L’actualité de la crise : EN TOTAL DÉPHASAGE, par François Leclerc

Billet invité

Il fallait à tout prix un accord, toute l’énergie des participants au G20 finances y a donc été consacré : quel piètre résultat ! Un compromis a été passé, écartant les réserves de change de la liste des indicateurs ayant vocation à diagnostiquer les facteurs de déséquilibres mondiaux, pour ne retenir que la dette et le déficit public ainsi que l’épargne privée, caractérisant les déséquilibres internes d’un pays, et la balance courante pour les déséquilibres externes. Une formule savante évitant de retenir au premier rang le taux de change et la politique monétaire. Voilà ce à quoi ont pu aboutir, en tout et pour tout, les représentants des vingt plus grandes puissances mondiales totalisant 85% du PIB mondial : un accord infinitésimal !

Tous les autres sujets à l’ordre du jour n’auront pas été traités, cet accord finalement obtenu à l’arraché augurant mal de la bataille suivante qui aura lieu en avril prochain, lorsque des seuils devront être fixés pour chacun des indicateurs retenus, permettant ensuite que des « recommandations » soient adressées par le FMI à ceux qui les dépasseraient. La régulation du prix des matières premières a été renvoyée à plus tard, l’adoption d’un code de conduite permettant de tenter de réguler la circulation des capitaux en folie également, les représentants du BRICS n’en voulant pas davantage.

Ces derniers ont dit non aux solutions proposées par les pays développés, ainsi qu’au renforcement des pouvoirs d’un FMI sur lequel l’Europe et Etats-Unis ont gardé le contrôle, refusant de s’engager sur une pente qui leur ferait perdre la main sur leurs propres affaires. La confiance ne règne pas ! Si le G20 finances de Paris a mis une chose en évidence, et de façon éclatante, c’est bien le nouveau rapport de force imposé par les pays émergents. Ces derniers considèrent que le matelas constitué par leurs réserves de change est encore la meilleure garantie possible de leur indépendance dans le monde actuel et ne veulent pas le remplacer par un hypothétique mécanisme qui pourrait être mis en place par le FMI, qui continue à être de triste mémoire pour ceux qui ont du passer sous ses fourches caudines.

Lors de son discours prononcé vendredi soir devant les membres du G20, les banquiers centraux et le directeur général du FMI, Nicolas Sarkozy a estimé nécessaire « de renforcer et de rehausser le rôle du FMI qui, plus que jamais, doit être la pierre angulaire de la coopération monétaire internationale ». Mais comment y parvenir sans accorder aux pays émergents autre chose que des strapontins à sa direction ? Quel que soit le biais qui est choisi, on retombe immanquablement sur le même blocage. Tous les chemins qui pourraient mener à une mise en cause du rôle privilégié du dollar sont barrés. Comment alors s’étonner que les pays émergents réciproquent sur un terrain où pourrait être menacée leur liberté nouvellement acquise ?

Moins spectaculaire, un amendement aux statuts du FMI vient d’être ratifié pour permettre son entrée en vigueur, après avoir été adopté en 2008. Il autorise l’institution monétaire à utiliser à sa guise « la monnaie d’un de ses membres, détenue dans son compte d’investissement », sans demander comme jusqu’alors l’autorisation à celui-ci. Pour utiliser les dollars qu’il détient, il lui fallait au préalable l’autorisation des Etats-Unis. Cela ne sera plus le cas. Cette nouvelle autonomie est un pas en avant vers un rôle du FMI qui se rapproche de plus en plus de celui d’une super banque centrale mondiale. Elle s’inscrit dans la perspective d’un accroissement du rôle des droits de tirage spéciaux (DTS), qui reposent sur un panier de monnaies et pourraient à terme intégrer le yuan, une fois celui-ci devenu suffisamment convertible.

Mais Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la Banque populaire de Chine, a tempéré les ardeurs de ceux qui voudraient accélérer le mouvement associant la réévaluation du yuan à sa convertibilité et à la réorientation de l’économie chinoise vers son marché intérieur. A l’occasion de son passage à Paris pour assister au G20, il a évalué à au moins une décennie le temps nécessaire pour parcourir ce chemin, car cela nécessitera une transformation de l’appareil de production, tandis que les marchés à l’exportation continueront d’être plus rentables pour les entreprises chinoises, en dépit du début de réévaluation que connaît le yuan, grâce à l’augmentation de leur productivité.

Les pays émergents ne fonctionnent pas au même rythme et selon les mêmes échéances que les pays développés, ces derniers étant assaillis par une crise dont ils sont à l’origine et qu’ils ne savent pas régler. Les pistes qui sont explorées s’inscrivent dans un calendrier dont les émergents sont désormais les maîtres, priant les puissances occidentales de régler autrement que sur leur dos leurs petits problèmes. Quitte, comme les Chinois le font, à donner de petits coups de pouce afin d’éviter que leurs marchés à l’exportation ne s’effondrent…

En marge de la réunion du G20, Robert Zoellick a annoncé que la flambée des prix alimentaires était en train d’atteindre la cote d’alerte, appelant le G20 – qui vient de rater une occasion de le faire – à « considérer l’alimentation comme la priorité numéro 1 en 2011 ». « Nous devons être très sensibles à ce qui se passe en termes de prix alimentaires et sur les effets potentiels qu’ils peuvent avoir sur la stabilité politique » a-t-il déclaré, ayant conservé les pieds sur terre, car « il pourrait aussi y avoir une masse de troubles, les gouvernements pourraient tomber et les sociétés basculer dans le désordre ».

Traitant de la même question sous un autre angle, Jean-Claude Trichet a reconnu que « les pressions inflationnistes provoquées par les prix du pétrole, de l’énergie et des matières premières doivent être prises au sérieux ».

Ces deux déclarations illustrent le total déphasage de cette réunion du G20 – sous l’impulsion de sa présidence française – avec les épisodes en cours de la crise, en faisant de ceux-ci des choses accessoires, dont la portée est sous-estimée.

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71 réflexions sur « L’actualité de la crise : EN TOTAL DÉPHASAGE, par François Leclerc »

  1. si j’ai bien compris, c’est le taux d’épargne privée, et non pas l’épargne privée qui est retenue.
    Je ne trouve nulle part un indicateur sur l’épargne privée. Seul le taux est présent …
    Hors, pour payer la dette, il faudrait pouvoir la mettre en relief avec l’épargne, et non pas le taux annuel de ce qu’on met de coté. Non ?
    est-ce que l’épargne est disponible quelque part ? (pas moyen de trouver ca sur l’INSEE) …

    d’ailleurs tous les chiffres macros sont très dur a trouver et rassembler. J’ai déjà essayé de le faire, mais il faut parcourir le net dans tous les sens pour y voir clair. Moi je trouve cette initiative déjà pas mal, même si c’est loiiiiiiin d’être suffisant ! Au moins a titre personnel je vais pouvoir y voir un peu plus clair.

    Les chiffres sur le site de la banque mondiale par exemple, inexploitables …

    1. Et, Yoananda, encore faudrait-il qu’ils soient vrais.

      Que penser de la différence de PIB sortant et entrant de chaque pays où l’on découvre, sur le total mondial que le PIB total sortant est supérieur de 10% à celui entrant…
      Vigneron nous parlerait de la « part des anges » mais sachant, qu’en principe, dieu ne demande pas encore à être payé…
      J’ai bien une piste vu que les milliardaires de la planète sont considérés comme des demi-dieux vivants…
      Et que l’on découvre qu’un dirigeant qui avait officiellement 45 milliards, en possède en réalité 70…

      Les choses ne sont pas simples, hein.?? Mais c’est peut-être volontaire.

  2. Monsieur Leclerc,

    honnêtement, j’adore vos analyses, et je me réjouis de voir si bien expliquée la mascarade qui se joue « en haut », ainsi que le cynisme avec lequel vous anticipez les évènements à venir.

    Souvent, après vous avoir lu, j’en viens à me demander « mais comment fait-il pour ne pas voir, pour ne pas comprendre que tout cela est absolument logique, inéluctable? » à partir du moment où nos dirigeants raisonnent dans le cadre capitaliste, c’est à dire celui de la concurrence, de la force pour dire mieux, comment pourrait-il en être autrement ?

    Et puis après je réfléchis, et je me dis que vous devriez proposer quelque chose, vous engager dans les solutions à apporter…

    Et enfin je finis par hausser les épaules, et me rends à l’évidence : vous savez très bien tout ce qui se passe, et vous connaissez les solutions : sauf que vous savez qu’elles sont impossibles à mettre en place, car personne ne vous laisserait faire. Et pour cause, changer les règles du jeu c’est, à l’heure de la mondialisation, l’équivalent d’un changement de jeu. Et changer de jeu c’est mettre le capitalisme, son fonctionnement, ses équilibres, ses injustices, le monde entier tel qu’il fonctionne depuis des décennies dans un chaos sans nom.

    Alors je me désespère de voir un jour les choses changer : nous connaissons, le problème, les causes du problème et les solutions, et il n’y a donc rien d’autre à faire que d’attendre 2012 pour voter Nicolas Sarkozy ou Dominique Strauss Khan ? la belle affaire !

    Pourquoi refusez-vous, monsieur Jorion et vous, de vous engager plus avant dans un combat qui ait du sens, pour vous ou pour les autres ? Pourquoi n’assumez-vous pas le fait qu’il faudra bien y passer un jour ou l’autre, et que le plus tôt sera le mieux ?

    Des gens comme vous ont un poids dans l’éveil des citoyens aux enjeux de notre monde. ne pourraient-ils pas peser sur l’Histoire d’une autre manière que la seule critique, et passer à la proposition ?

    ps : pardon mais ça fait du bien !

    Caleb Irri
    http://lavoiedespeuples.unblog.fr

    1. Vous n’avez pas le monopole de cette attente qui vous désespère…

      Quand au déroulement de la crise, j’en vois la logique, si je n’en perçois pas la fin.

      Ne sachant pas décrire autrement qu’en terme très généraux d’autres règles du jeu, les fondements d’une société alternative, je suis convaincu que cela ne peut être qu’oeuvre collective et ne se réaliser que dans la pratique.

    2. Ce ne serait pas encore mieux de présenter au public un discours commun des économistes alternatifs ? avec encore par exemple des gens comme Gréau, Sterdyniak, etc…

    3. j’en suis aussi à me demander à quoi sert encore de relayer tout ça… non les réunions du g20 ne donnent rien, non il n’y a aucun changement de direction, non, il n’y a aucune chance que ça change.. ce qui me fait penser à todd que j’ai entendu il y a quelques jours dire à un journaliste de france cul quelque chose du genre « c’est terrible pour vous les journalistes parce que vous êtes obligés de prendre tout ça au sérieux, alors qu’objectivement on est dans une situation de fou. » (bon, il parlait de la situation nationale et des gesticulation du petit président, mais c’est parfaitement extrapolable aux problèmes économiques mondiaux)…

      du coup, je me demande s’il ne serait pas franchement plus productif, de laisser tomber le suivi de la crise au jour le jour pour des articles parlant du top 20 des bouquins qui ont changé votre vie, ou des gens qui vous ont influencés, ou de musique, bref, d’autant de sujets qui permettraient aux lecteurs de s’instruire en attendant la chute puisque de toutes façons on ne pourra pas influer sur le cours des évènements…

      @ F. Leclerc : quand vous dites fin, c’est fin comme « hmm, il est long cet intermède, on n’en voit pas la fin » ou fin comme finalité ?
      parce qu’autant on n’est pas prêts de voir la fin de la crise, autant on commence à très bien percevoir la finalité de tout ça…

      et pour terminer sur une touche d’humour dans le registre « on vit une situation de fou », voici le nouvel ambassadeur de la france en tunisie :
      http://www.youtube.com/watch?v=SnuH0fuXcSg
      soit le philosophe qui trouve ses concepts au rayon petit électroménager chez darty…

    4. von der blob

      C’est parce que rien ne change que tout va changer.
      Tournez votre regard vers l’Orient ! Sarkozy vient de lancer sa nouvelle campagne dont la cible est l’islam. Il fait un contre-sens historique total. L’éveil politique de l’Orient balaie tous les clichés de la lutte contre le terrorisme et l’islamisme. Nous n’avons pas fini d’assister au développement de cette nouvelle logique qui perturbe les plans trop convenus et entendus de ceux qui pensaient finir tranquillement le programme libéral. C’est inattendu, mais ce sont là les signes évidents d’un changement qui agit déjà ne serait-ce que sur la perception que nous avions jusqu’ici de l’évolution possible de la crise.
      Le mouvement de balancier de l’histoire vient d’amorcer son retour dans l’autre sens et cela vient de la périphérie du système.
      Le temps travaille désormais contre le système avec la complicité active et passive de tous ses acteurs.

    5. La finalité, la fin ????
      Je préfére « la finalité sans fin des lumières », « les fins de l’oeuvre » …..

      extrait de cours, fac St Charles, Arts plastiques, Paris I ,séminaire, atelier de synthèse, « Les fins de l’oeuvre »
      « Eveiller « l’inachevé » plein de terreur
      Qui dort si mal en nous,
      De son mauvais sommeil. » (Valery, Cahiers,)

      Lever des lièvres: voila comment pourrait se dire notre technique de progression. Mais non pas pour les « achever » : au contraire pour les laisser courir, pour qu’ils poursuivent leur course, pour qu’ils aillent se cacher ailleurs, et qu’il reste toujours quelque chose à chercher
      .
      Le choix d’une notion telle celle qui nous occupe, « l’inachèvement », implique une stratégie particulière : car il ne s’agit pas d’une notion simple, unique, fixée. Il s’agit bien plutôt d’une notion à bords flous, d’un concept qui traverse les champs.

      Fragment, disent les poètes. Forme ouverte. Que l’on ne s’étonne pas que les discours se croisent. Le sujet dicte la forme. L’objet incertain qu’est « l’inachevé » laisse un peu sur sa faim, car il est insatiable.

      Thème, si l’on veut, mais thème qui n’est pas seulement littéraire, qui permet de circuler entre les genres et les époques.
      Thème probablement inépuisable, qui touche, qui dépasse les catégories de l’esthétique étroitement entendue, pour faire se superposer symboles et histoire, technique et savoir, psychologie de la création et pragmatique de la réception, en tenant compte du parcours social qu’il y a dans le travail de l’artiste, et dans celui de l’œuvre.

      Pas question de penser que les choix esthétiques qui se montrent forcément dans ce cours ont fonction de préceptes.
      Pas de devise telle « N’achevez pas ! » : mais plutôt la suspension d’évidence qui doit mener à l’expérience de « l’inachèvement ».

      « Inachèvement et sens »
      « L’inachèvement » fais-t-il sens ?
      Pas un sens unique, pas une signification monologique,
      pas un universel qui traverserait l’histoire dans une orientation unique.
      « L’inachèvement » est lié très essentiellement à une structure anthropologique, et plus précisément au fait du travail, dans son rôle général mais plus encore dans ce travail singulier qu’est le processus créatif.

      Un sens ? »

    6. François Leclerc,

      Je multiplissoie.

      Je verbalise : le système actuel m’impose de participer à ce marché unique qui n’est en aucun cas représentatif de l’ensemble des valeurs, et en particulier pas de la mienne. Le marché du travail traduit cette tyrannie de la valeur unique : l’argent qui doit vivre, par la consommation, par le salariat, par l’acceptation par tous du jeu et de ses règles. La valeur propre de chacun n’est pas considérée, le salariat et son indispensable avatar (pas folle la reine des guêpes !) l’impôt sur le revenu, ne le permettent pas ! : ne serait-ce que par le temps et l’énergie qu’ils requièrent, qu’ils exigent. Certes et heureusement certaines valeurs portées par quelques-un(e)s traduisent une autre option, et permettent à la société de garder une autre dynamique, mais ces valeurs sont constamment assaillies par le marché commun, le salariat, l’argent.

      Je souhaite payer une taxe sur ma seule consommation. Je souhaite donner ma valeur à ma consommation. Je veux manger : je travaille pour mon repas, j’achète mon repas, je l’échange contre du travail. Et pas contre de l’argent, cet argent qui m’impose de le créer à crédit : je ne souhaite pas faire un pari sur l’évolution de ce crédit, son deal ne m’intéresse pas, il me propose de lui filer ma vie et qu’il me refilera la dope plus tard ! Bâtard-là ! Je travaille pour mon repas donc.

      Donc : le salariat, dégage ! On va parler sérieusement : quand j’ai besoin de toi l’argent, je viens te voir, on fait affaire cash, et j’me barre (pardonnez-moi le style : c’est juste pour obliger un certain **** à faire lui aussi des efforts de lecture (sourire Colgate)) ! T’inquiète-pas pour ta croissance – la bonne taille c’est quand les pieds touchent par terre : t’en trouveras toujours d’autres qui auront faim, qui auront envie de bosser. Et comme ça je leur laisse à manger : mort au CDI ! Et si je veux autre chose ? T’inquiète, je sais où te trouver.

      Payer une taxe sur ma seule consommation avec mon travail. Le travail comme taxe à la consommation.

      Faut arrêter ! Travailler pour avoir le dernier modèle de chez Peugeot, j’veux bien, mais ça va un peu. Travailler pour manger des bananes, j’veux bien, mais ça va un peu ! Mais travailler pour que ceux qui me les vendent + ceux qui les amènent + ceux qui les conditionnent + ceux qui les produisent + ceux qui travaillent pour le producteur … puissent faire autre chose que de manger des bananes (ou acheter le dernier modèle de chez Peugeot) : non ! Si ça se trouve dans le tas il y en a qui vont consommer des trucs qui polluent ou qui (ça pollue aussi remarquez !) exploitent d’autres êtres humains ou animaux ou végétaux ! Et il faudrait en plus que je paie, que je travaille pour ceux qui polluent ? Non : je ne cautionne pas leurs valeurs sans les avoir considérées (sans avoir considéré leur verbalisation).

      Au niveau politique c’est la démocratie directe.

      Au niveau monétaire c’est la monnaie de ****.

      Au niveau social c’est la semaine des quatre jeudis possible pour celui qui le souhaite.

      Au niveau fiscal c’est le travail comme taxe sur la consommation.

      Au niveau écologique c’est le travail pour payer le viol et ses conséquences.

      Au niveau éducatif c’est la transmission des valeurs comme champ des possibles à compléter, l’exemple.

      Au niveau humain c’est le respect de soi et de l’autre.

      Au niveau concret, pour en revenir à la question de l’avatar Caleb, c’est la verbalisation. À haute voix si possible en particulier pour ceux dont la parole est actuellement écoutée ! Ils pourraient s’exprimer davantage sur les conséquences – les autres changements qui seraient nécessairement synchrones à la mise en œuvre des mesures qu’ils proposent, parce que si eux comprennent que ces mesures ne sont pas une finalité en soi, ce n’est pas le cas de tout le monde : il faut rassurer le marché.

      Les « autres règles du jeu » sont à la fois les « fondements » et la construction d’une « société alternative » : elle(s) ne peu(ven)t être qu’une « œuvre collective et ne se réaliser que dans la pratique ».

      Bon dimanche

    7. Sarkozy vient de lancer sa nouvelle campagne dont la cible est l’islam. Il fait un contre-sens historique total. L’éveil politique de l’Orient balaie tous les clichés de la lutte contre le terrorisme et l’islamisme

      oui, contre-sens total …et surtout idée fixe : il y tient, ça l’arrange, pour d’obscures raisons …et, ça sent le mépris !
      les manipulations vont bon train à l’intérieur du Pays aussi : montrer l’autre du doigt, c’est la politique la plus bas de gamme qui soit !
      il faut qu’une majorité de citoyen(ne)s tiennent le cap, et ne se laissent surtout pas manoeuvrer …
      allons vers le meilleur de nous-même …

      plus rien ne sera comme avant …le grand basculement du Monde a commencé, et c’est tant mieux …
      ici, on étouffe …du *vent de liberté qui souffle ailleurs, nous parvient quelque brise -* et, avec quel courage : je pense aujourd’hui en particulier aux Libyens qui se font massacrer …par des milices privées : les mercenaires tuent toujours « au plus offrant » ( et, c’est ce que nous concocte le sous-vers-rien …il faudrait sérieusement y réfléchir )

    8. je vous trouve bien hâtifs de sauter de joie en voyant ce qui se passe actuellement dans le monde arabe, on n’a aucune certitude que ce qui émergera du brouillard pourra offrir des meilleures conditions de vie aux habitants de cette zone, vous semblez occulter le fait que c’est avant tout le manque de soutien des états majors des armées tunisienne et égyptienne qui a causé la chute des dirigeants de ces pays ; sans ça les révoltes populaires auraient été avortées dans un bain de sang géant. Il se peut très bien que ces armées attendent que la fièvre retombe pour placer leurs hommes à la tête des états et de continuer comme si de rien était (il se pourrait aussi très bien que les armées libyennes et algériennes etc. soutiennent leurs raïs…) et combien même, si la transition démocratique se fait ce qui risque bien de se passer c’est que ces pays voient arriver à leur tête un type « civilisé », cad formé à harvard aux théories autrichiennes, adoubé par les réseaux d’influence habituels et dont l’objectif sera de moderniser le pays (soit de remplacer les activités artisanales par des entreprises d’import-export chargées de faire venir les mêmes objets de chine pour moins cher) et de sortir les pays de l’obscurantisme (soit faire basculer dans le domaine marchand tout ce qui y échappe encore grâce aux traditions et aux vieilles solidarités pré-capitalistes), privatiser ce qui peut l’être et de mettre en place une fiscalité favorable au capital etc. bref, pas de quoi sauter au plafond…

      l’occident est tellement habitué culturellement à croire que si ça change c’est que c’est nouveau et que si c’est nouveau c’est forcement mieux que ça en occulte les vraies questions… et c’est particulièrement flagrant dans ce cas là je trouve…

      et je signale en passant que si la transition ne se fait pas bien et que ça débouche sur une instabilité politique et à des conflits internes au sein de ces pays, alors la thématique de conflit civilisationnel mise en place par l’ump (et plus généralement par l’occident tout entier depuis 2001) pourrait au contraire s’avérer très payante politiquement… malheureusement.

    9. von der blog

      IL ne s’agit pas de sauter de joie béatement, mais de simplement de prendre en considération l’ouverture de nouveaux possibles, là où tout était bloqué.
      Vous pouvez penser que cette ouverture peut déboucher sur un intégration plus grande encore de ces pays dans la société de marché mondialisée. Mais alors cela contredit ce que vous semblez tenir pour acquis, à savoir la chute du système.
      L’UMP sarkozienne, quoiqu’il arrive, cherchera toujours à tirer les gens vers le bas, nul doute qu’elle continuera d’exploiter les mauvais filons pour des perspectives à très court terme. Mais en arrière plan, l’histoire joue contre elle car l’accroissement des inégalités ne peut durer indéfiniment.

    10. @ Pierre-Yves D.
      la question est justement celle là : quels sont les possibles possibles ?

      perso, j’en vois 3 :
      1/ le remplacement du dictateur usé par un nouveau dictateur issu du même petit groupe dominant (avec le soutien appuyé de l’occident)
      2/ mise en place d’un démocrate de marché et création d’un nouveau petit groupe dominant (avec le soutien appuyé de l’occident)
      3/ lutte pour le pouvoir (permettant à l’occident de faire peur aux occidentaux avec « la barbarie à nos portes », « le péril islamiste » etc. et en réduisant encore le périmètre des libertés et en justifiant la la baisse du niveau de vie (avec l’argument de : « ne vous plaignez pas trop, vous pourriez vivre de l’autre coté de la méditerranée »)

      si vous voyez d’autres scénarios possibles faites m’en part mais en ce qui me concerne je ne trouve pas ça tellement réjouissant…

      enfin, concernant la « contradiction », il faut faire la part de ce que je pense à titre personnel (cad la non viabilité du système actuel) et les stratégies mises en place par les gens qui cherchent à exploiter le situation à leur profit et qui ne pensent pas que le modèle actuel soit non viable.

  3. Quel gag ce G20…
    Et ce n’est même pas une façon biaisée de présenter la chose, c’est vraiment la réalité.
    Les chefs d’états se décrédibilisent encore plusse en s’y montrant et en faisant des déclarations « optimistes », alors qu’ils n’ont rien décidés, alors que les problèmes sont importants et urgents.
    Mais ils sont passés à la télé, c’était là l’essentiel.

    «Il y a urgence à apporter des solutions concrètes à cette question de la volatilité du prix des matières premières agricoles pour lutter contre le risque d’émeutes de la faim et le problème de la faim dans le monde», a plaidé le ministre français de l’Agriculture, insistant sur le fait que «le risque d’émeutes de la faim dans le monde reste réel en raison de l’augmentation des prix alimentaires mondiaux».
    Il a cité à titre d’exemple le blé, dont le prix est passé de 140 euros la tonne en Europe en juillet à plus de 260 euros aujourd’hui. Le prix de l’orge a doublé. L’indice des prix alimentaires établi par la l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est à son plus haut niveau depuis sa création en 1990.

    « Les émeutes en Afrique du Nord ont été nourries par la spéculation », a dit Giulio Tremonti, le ministre italien des Finances. « Le G20 commence à comprendre » selon lui que les prix du marché pour le moment ne sont pas les bons prix.

    Après un été caniculaire en Russie, des inondations en Australie et en Asie, «nous n’avons plus de place pour un nouvel incident climatique», affirme à l’AFP Michel Portier, PDG d’Agritel, cabinet français de conseil en gestion des risques des marchés. «D’où nos craintes en raison de l’actuelle situation de sécheresse en Chine», qui pourrait menacer la prochaine récolte de blé, ajoute-t-il. La Chine est le premier producteur de blé au monde. Après des précipitations très inférieures à la normale depuis octobre 2010 dans la plaine de Chine du nord, première région productrice de blé du pays, la récolte pourrait être mauvaise et entraîner de «graves problèmes», a indiqué la semaine dernière l’Agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

    ‘curieux de voir ce que donnerait des émeutes de la faim en Chine, surtout s’il y a une chute du gouvernement en prime. Faudrait pas croire que les chinois sont riches, la chine l’est, mais pas la plupart des chinois.
    Je ne sais pas comment les chinois sont informés de ce qui se passe en afrique du nord.
    Parce que si la Chine suit les pays arabes et cesse de jouer les pompiers économiques, y va y avoir du vent… Je ne pense pas que la Chine suivra les pays arabes, mais il est possible et à mon avis probable que « l’épidémie de chute de chefs d’état peu démocratiques » touche l’asie via les pays musulmans asiatiques, puis la Chine. La Chine ne peut plus se permettre une répression sanglante comme il y a 22 ans, y a trop d’étrangers.

    1. Certes, la fin du PC et de sa dictature est une idée séduisante mais je suis convaincu que ce qui se construirait sur les ruines fumantes laissées par la révolte serait beaucoup moins sympathique que ce à que les doux rêveurs occidentaux s’attendent. Des nationalistes agressifs, par exemple ? et quid de l’armée populaire, armée jusqu’aux dents ? Suis pas sûr comme vous qu’elle fraterniserait avec le bon peuple (je parierai même qu’elle prendrait le pouvoir, sans promettre d’élections, tiens !). Quant aux dissidents dûment désignés comme tels, il n’y a que les occidentaux pour leur accorder du crédit (les Chinois ne les connaissent pas). Je ne pense pas que les USA, le Japon, la Corée du Sud, Taiwan et autres désirent ce scénario : le PC chinois = la stabilité pour nous et pour les Chinois, à défaut d’autre chose.

    2. les doux rêveurs occidentaux

      ni douce (enfin pas envers les » trop-de-tout-sans-limites »), ni rêveuse à ce sujet …plutôt réaliste :
      nous observons ce qui se passe, c’est tout !
      quand c’est trop, c’est trop …les Mingong manifestent depuis longtemps …c’est peu su, c’est tout …mais, les mafias sont trés influentes aussi dans les régions …c’est loin d’être simple …

      un lâchage de sutûres complet donnerait probablement ce qui s’est passé en Russie : les mafias ont tout investi, et ce qui fonctionnait bien a craqué d’un coup …
      une méthode plus fine – s’occuper de réformes sociales, en urgence ( s’ils « copient » sur les USA, et, sur le sous-vers-rien, on peut craindre le pire) : mais l’Orient : proche, moyen ou extrême est patient longtemps , contrairement à l’occident, mais un jour ….la preuve ! – serait certainement plus judicieuse en Chine : les Pays gigantesques ont des difficultés avec l’équilibre.
      Voilà aussi pourquoi l’UE prend une pente de moins en moins démocratique (trop gros, trop différents) …de petites unités démocratiques bien vivantes, et fluides, avec des échanges avec nos partenaires, alliés, amis de là-bas et d’ailleurs …seraient, je le pense, plus judicieuses, et moins agressives vis-à-vis de tous . [ trop de rigidité dans cette pseudo-union, ce n’est pas bon : et, d’ailleurs – on le voit plus que jamais avec la « crise » : tout le monde se déteste, et est prêt à anathémiser l’autre : je parle des ploutocrates entre eux ] Ce doit être une Union du meilleur de chacun, et c’est une (dés)union du pire ….
      (Mon optique sur la chose ayant changé depuis 2005, en fait ….)

      Or, le choc des civilisations, c’est pas notre truc : ça vient des « born-again neocon » …et de leur adorateur sans failles : le sous-vers-rien : tout ceci est parfaitement archaique !

      Emmanuel Todd dit des choses concrètes et trés intéressantes sur tout cela ( travail sur les temps longs de l’Histoire …et regard ouvert )

  4. je suis convaincu que cela ne peut être qu’oeuvre collective et ne se réaliser que dans la pratique.

    Et tout ce qui se dit sur ce blog y contribue grandement par le phénomène de l’arborescence.
    Merci.

    1. je me demande si on ne devrait pas commencer à faire un compte de cette arborescence « pauline » (du prénom de notre mentor), créer un site où nous nous retrouverions et commencions à réfléchir à des actions concrètes collectives dans le domaine des consommations.

      Je dois probablement rêver,

      Je sais bien qu’il existe des décroissants, et d’autres initiatives, mais je pense qu’ici sur le blog il existe une communauté de plus en plus visible qui aurait peut-être des moyens de communication efficaces grâce à une renommée qui a l’air d’enfler de jour en jour.

  5. La Chine et l’Iran peuvent tout se permettre, surtout lorsque le Bahrain et la Libye massacrent les manifestants par centaines (le Bahrain s’est calmé aujourd’hui, sans doute sur injonction US). Mais que la Chine ait eu peur de la contamination et que son peuple apprenne de l’expérience d’un pays aussi peuplé que l’Egypte (80 millions), c’est fort possible, car elle avait fait censurer les recherches du mot Egypte sur Google et autre durant le mouvement égyptien.
    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jouZpFFMjFynq1IYbEUDeba-qCqQ?docId=CNG.67623850a684b3db3f7388147dd9cea7.1b1

    Mais accréditer l’idée que les humains ne sont que des consommateurs et des estomacs sur pattes, que des politiques incohérentes et stagnantes ne font pas descendre dans la rue, me paraît encore faire le jeu de la propagande.

  6. Il faut bien constater que l’attaque en GB est particulièrement violente et brutale. C’est ce qui nous attend, et on aurait tort de croire qu’on y coupera .Mais il y a un peu d’attentisme parce que la présidentielle fait écran, dans tous les sens du terme. A gauche quelques grandes gueules l’ouvrent encore , assez rares mais surtout très peu répercutées, le vedettariat seul intéressant les médias.
    Où en est par exemple le mouvement de défense des services publics qui avant démarré dans la Creuse et organisé le référendum réussi sur la privatisation de La Poste ? En tous cas à droite certains ne se gênent pas pour dire ce qui se prépare , cf déclarations de Dassault sur la suppression de toute aide sociale, du gars de l’UMP qui veut réserver aux fonctionnaires régaliens la sécurité de l’emploi etc…ils attendent le prochain épisode financier pour le faire, peut-être même qu’il est souhaité : ça permettrait de mettre tout le monde au pain sec avant même la présidentielle.
    C’est pour ça qu’il me semble urgent que vous disiez beaucoup plus fort, en tant qu’économistes, qu’on court à la catastrophe, que tout le monde va déguster , qu’il y a des mesures réalisables à prendre . Urgent qu’il y ait regroupement, et articulation avec le mouvement des services publics par ex. et popularisation des mesures : séparation dépot /investissement, interdiction des paris sur les variations de prix etc… les gens sont très choqués de ce qui se passe sur les produits almentaires, il y a une attente.
    C’est frappant de voir le terme « simplistic » dans la bouche de gars de Barclay répondant aux manifestants de Londres . Pour court-circuiter ce genre de mépris, pour donner de l’assurance à ceux qui voudraient résister mais craignent de se tromper, d’être naïfs justement etc… il y a besoin de votre intervention experte, engagée et collective (regroupement individualités B,C,D selon les catégories de Jean-Maxence Granier)

    1. regroupement individualités B,C,D

      les « B » sont trop proches des A …et ne demandent qu’à y retourner : pas de changement de paradigme avec les mêmes.

  7. Quel gag ce G20…
    Et ce n’est même pas une façon biaisée de présenter la chose, c’est vraiment la réalité.
    Les chefs d’états se décrédibilisent encore plusse en s’y montrant et en faisant des déclarations « optimistes », alors qu’ils n’ont rien décidés, alors que les problèmes sont importants et urgents.
    Mais ils sont passés à la télé, c’était là l’essentiel.

    @ HP:

    Si les grands de ce monde -minuscule- se montrent en public, ce n’est pas pour satisfaire les peuples.

    Ils se savent aujourd’hui honnis, plus qu’hier et moins que demain.

    C’est pour les marchés qu’ils montrent une unité de façade.

    Un seul des participants -du G7- de ce G20 finance à Paris ce samedi, claquant la porte, et lundi matin en Asie, tout explose !

    Voilà la vérité des rapports mondiaux : le jour où ils vont arréter de se parler, ça sera la guerre !

  8. En fait il y a un grand accord …pour utiliser le thermomètre pour mesurer la fièvre, mais aucun traitement pour si besoin la faire baisser.

  9. Et voici le Maroc en pré révolte à présent:

    Maroc : incidents lors d’une manifestation contre les prix à Tanger

    belga
    Des manifestants ont lancé des pierres contre un commissariat de police et endommagé une agence de distribution d’eau et d’électricité vendredi soir à Tanger (nord du Maroc) pour protester contre des tarifs jugés excessifs, a-t-on appris samedi de sources concordantes. Selon un habitant joint par téléphone, la manifestation a regroupé plusieurs centaines de personnes. Aucun blessé n’a été signalé, a précisé cette source. Un sit-in organisé par une branche locale du groupe altermondialiste Attac a « dégénéré », a déclaré à l’AFP une source à la wilaya (préfecture) de Tanger, précisant que cette association organisait de tels rassemblements pratiquement chaque semaine. Les manifestants ont jeté des pierres contre un commissariat et un véhicule de la société Amendis (filiale du groupe français Veolia) chargée de la distribution d’eau et d’électricité à Tanger, a-t-on indiqué de même source. Une agence d’Amendis a aussi été la cible de jets de pierre de la part des manifestants, a pour sa part indiqué l’habitant joint par téléphone. La manifestation avait pour but de réclamer l’annulation de la concession accordée à Amendis par les services municipaux, l’organisation altermondialiste jugeant ses tarifs excessifs. Ces incidents ont eu lieu à la veille de manifestations prévues, dimanche en faveur de réformes politiques au Maroc.

    1. Sur injonction du FMI, l’État ( ? ) marocain a vendu la distribution de l’eau et de l’électricité à des boîtes étrangères, alors que jusques-là, les choses dans ce domaine se passaient plutôt bien.
      À la REDAL (espagnole) et à VEOLIA.
      Les services sont devenus plus médiocres et plus chers.
      CQFD..
      Cette absence d’État n’a pas vendu que cela.
      Les municipalités ont ‘vendu’ le ramassage des poubelles à VÉOLIA. Les arabes savent très bien le faire ici, c’est même un métier qu’on leur laisse bien volontiers. Mais au Maroc, il faut donner cette niche à une multinationale française!
      et ceterae et ceterae
      (les banques, les télécommunications, la grande distribution…)

      Néo-colonialisme?
      Oh le vilain mot!

      Je suis étonnée de la trop longue patience de ces peuples qui ne sont pas assez anti-occidentaux à la mesure de leur prédation par un système qui a les insignes et les sigles de l’étranger.

    2. 19 février 2011 à 23:02
      Et voici le Maroc en pré révolte à présent:

      Maroc : incidents lors d’une manifestation contre les prix à Tanger

      On semble avoir oublié bien vite la répression sanglante de la manifestation spontanée des ménagères de Casablanca (fin 1980 ou début 1981) après le doublement brutal du prix des aliments de base ( blé, sucre, huile) subventionnés jusque-là par l’état . Plus de mille morts, essentiellement des femmes et des enfants tombés sous les balles dans les rues de Casablanca . Les familles pauvres se nourrissaient alors ( cela a guère changé) exclusivement de pain fait à la maison, avec quelques olives ou imbibé d’un peu d’huile d’olive et de verres de thé à la menthe très sucré pour tenir et cette augmentation brutale des prix signifiait la famine .
      Les lycéens du bidonville voisin qui avaient la chance de préparer le bac ( heureux veinards) venaient se regrouper les soirs à la lumière des derniers réverbères de la ville moderne pour étudier, debout ou assis par terre, car il n’y avait pas d’électricité chez eux . Evidemment, les filles du bidonville n’avaient pas cette chance.
      Et ces multinationales qui viennent dépouiller un peu plus les pauvres gens . Pendant des années, les monarques marocains se sont maintenus au pouvoir en prétendant être les descendants du prophète et le peuple les a crus , prétention qui fait bien rire les musulmans Yéménites .
      Mais toutes les impostures ont une fin et le réveil sera sans doute brutal .

    3. Cela fait partie de l’ensemble, astarté : les multinationales du monde entier ( les actionnaires usant de fortes pressions sur les salariés pour augmenter leurs dividendes, viennent de tous les Pays, au plus haut niveau), à l’assaut du monde …il y a donc un système global contre lequel il faut bâtir un contre-pouvoir.
      une oligarchie transfrontalière, face à des Peuples soit hagards, vampirisés, tvbétifiés, soit des Peuples qui se dressent …et qui font leur propre histoire …même si rien n’est gagné.
      Pour qu’arrive un équilibre, il faudrait parvenir à une union des Peuples, par des réseaux informels transfrontaliers : c’est d’ailleurs déjà ce qui se passe par le biais des alliances, des binationaux …
      L’Europe, actuellement, paralysée par une UE de technocrates, ne fait pas le poids …mais qui sait …peut-être ….un jour …

      En tout cas, cela ne m’empêche pas d’apprécier et d’admirer les Peuples oeuvrant pour leur Liberté !

    4. Pendant ce temps-là, al-Jazeera, avec ses qualités et ses défauts (info minimum sur les manifs et les morts au Bahrain et au Kuwait ces derniers jours), sert de forum, de salons, où des gens de tous bords expriment leur idée des « lumières », d’une démocratie à venir, des autocrates. Pour le moment personne n’ose encore développer quelque critique de l’Islam, et même à Qardawi, qui était consulté quotidiennement pour son opinion sur ce qu’il se passait en Egypte dès le début de la contestation et ceci alors que sur Tahrir on avait pas encore vu un seul religieux, on a pas demandé de développer ce qu’il voulait dire il y a 10 jours en affirmant que « la liberté prime sur la loi religieuse ». On aimerait pourtant l’entendre sur ce thème. Les spectateurs des chaînes arabes voient maintenant que les mêmes (absences) de stratégie mènent à des massacres identiques et d’une lâcheté honteuse: à Bahrain avant-hier, et en Libye aujourd’hui, on attend que le convoi funéraire soit formé pour tirer (de loin) sur la foule avec des armes automatiques. Il y en a en ce moment qui réfléchissent à deux fois sur ceux qu’ils ont cru « musulmans » comme eux. Les fondamentalistes continuent à s’enfoncer en expliquant que l’islam interdit la remise en cause du pouvoir établi car le souverain serait le représentant de Dieu sur terre.
      Mais ces jours-ci, l’image parle et elle dit la vérité.

  10. Question à François Leclerc;
    Le compromis passé (sous réserve d’un accord en avril sur la fixation des seuils) et le code de bonne conduite, ainsi que l’amendement aux statuts du FMI peuvent-ils conduire à se maintenir en position C (survie avec métamorphose du système) l’avant dernière des quatre postures de J.M. Granier ?

  11. On aime aussi la littérature ici, mais seulement la vraie…

    DSK est Notre agent à la Havane, plutôt l’Agent Secret, de Conrad. :

     » Michaelis poursuivi son idée, l’idée née de sa réclusion solitaire, l’intuition accordée à sa captivité et qui croissait en lui telle une foi révélée par des visions. Il se parlait à lui-même, indifférent à la sympathie ou à l’hostilité de ses auditeurs, indifférent même à leur présence, tout à l’habitude qu’il avait acquise de penser ses espoirs à haute voix dans la solitude des quatre murs chaulés de sa cellule, dans le silence sépulcral d’un aveugle et gigantesque amoncellement de briques dominant une rivière, sinistre et hideux comme une morgue colossale pour les noyés de la société.  »

    « Il ne valait rien dans la discussion, non parce que quelque argument que ce fût pût ébranler sa foi, mais parce que le seul fait d’entendre une autre voix le déconcertait péniblement et lui embrouillait aussitôt les idées, ces idées que, pendant tant d’années, dans une solitude mentale plus stérile qu’un désert sans eau, aucune voix vivante n’avait combattues, commentées ou approuvées. »

    Joseph Conrad, l’Agent secret… qui met en scène un piètre trio de révolutionnaires. Ce Michaelis est en fait un marxiste, l’autre menmbre du trio est un vieux « terroriste » :

    Le vieux terroriste … Karl Yundt ricanna d’un air sinistre, grimaçant à peine et sombrement de sa bouche édentée. Le terroriste – c’était l’appellation qu’il se donnait – était vieux et chauve, avec une touffe étroite et blanche comme la neige lui pendant au menton en guise de barbiche…. une extraordinaire expression de malveillance perfide survivait dans ses yeux éteints. etc.

    Je vais relire Conrad et encore, pas Nostro Homo que je n’aime pas, Conrad, Céline, mais ni Kafkaf ni Dostoievki, ni autres. Ce sont des auteurs surestimés, grandement surestimés. Il leur manque la méchanceté et on ne fait pas de littérature avec de bon sentiments. N’oublions pas que la volonté de K était de brûler ses manuscrits.

    Il me semble que l’Agent secret pourrait réduire cette société en poussière. La parole vraie, venant du sombre, et de la bouche d’ombre…. !

    1. « Si on pouvait tout simplement se défaire dans le temps. Ce serait agréable. Ce serait agréable si on pouvait tout simplement se défaire dans le temps.  »
      Tandis que j’agonise  (1930), William Faulkner (trad. Maurice- Edgar Coindreau), éd. Gallimard, coll. Du monde entier, 1966.
      Bonne nuit !

    2. Bonne littérature et bons sentiments: un sujet de dissertation scolaire inépuisable.

      Je m’y vois encore: les 3 parties du bon élève , thèse, antithèse, conclusion.
      J’avais conclu « non, pas de bonne littérature avec de bons sentiments,
      quoique des exceptions soient possibles ». Un classique: toujours laisser une porte ouverte.

      L’expérience de la longueur du temps me manquait.
      La bonne littérature avec de bons sentiments demande un talent rare,c’est tout.
      La bonne littérature est rare.

      Pas besoin de littérature. Notre époque déborde de noirceur et d’abandon moral.
      Ouvrez un journal: toutes les pages « économie et finance » étalent sont lots
      d’ignominie et de promesses de souffrance. Du barbouillage de cynisme.
      Un exemple: François Leclerc a rappelé une déclaration de M.e Lagarde.

      « Nous ne disons pas que la spéculation nourrit la hausse des prix. Peut-être que ça l’anticipe un peu, peut-être que ça l’accélère un peu, il y aura un débat à ce sujet, peut-être que ça n’a aucun effet, c’est aussi une éventualité ».

      C’est pas mal dans le genre. Un résumé:
      « La spéculation tue, mais elle a des avantages… , mais on va continuer à la préserver,
      tout en montrant que nous étudions une réforme.

      Exactement comme un fumeur qui contemple « fumer tue » avant d’ouvrir son paquet,
      tout en se promettant que c’est le dernier.

      La même M.e Lagarde nous a donné un exemple extraordinaire de sa lucidité:

      « Plus on est riche, moins on paie ! »

       » Nous avons un système d’impôt sur les sociétés qui a un taux facial élevé mais toute une catégorie de niches fiscales diverses et variées, dont des conseillers fiscaux bien documentés arrivent à optimiser les différents méandres. A côté de cela, vous avez des PME qui n’ont pas forcément les mêmes moyens et qui n’ont pas la même optimisation.  » Aveu désarmant de Christine Lagarde, le 24janvier, lors de l’émission  » Le Club LCI « . La ministre de l’Economie et des Finances sait de quoi elle parle, elle est avocate !

      Le titre- de la rédaction du Point, sans doute- résume tout…
      Noirceur? cynisme ? Meuh Non. Tout de suite les grands mots !
      Elle fait , à son niveau, oeuvre de Dieu. Pas plus.

      Pas besoin d’acheter des complicités, les comparses sont dans la place.
      En somme « notre homme à la Havane », the right man in the right place.
      Même pas besoin d’une feuille de route: « It’s Up To You » est implicite.

      « l’Agent secret » est sans doute le premier roman qui suggère l’intérêt de la taupe subversive, magnifiquement mise en scène dans « l’espion qui venait du froid ».
      C’est une simple remarque et elle nous éloigne de la vraie littérature…

      Donc pas besoin de Conrad et des semblables en noir, la réalité suffit.
      Chais pas bien , mais des sujets récents traités par Paul et François montraient un certain pessimiste, par exemple et en substance :  » a quoi bon » ou  » … on aurait envie de se flinguer ». ( Rassurons nous : c’est une façade, rien de plus.)

      Courage et haut les coeurs . Lisez du noir, la réalité est pire.

    3. Lindqvist, dans « Exterminez toutes ces brutes » (éd. le Serpent à plumes)
      lecteur de « Coeur des ténèbres » traque la phraséologie qui a validé l’horreur:

       » Vous le savez déjà. Moi aussi. Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences « .

       » aujourd’hui, les Européens cultivés et informés savent comment les enfants meurent lorsque le fouet de la dette siffle au-dessus des pays pauvres. Ce ne sont pas les informations qui font défaut « .

       » Et lorsque ce qui avait été commis au coeur des ténèbres se répéta au coeur de l’Europe, personne ne le reconnut. Personne ne voulut reconnaître ce que chacun savait « .

      je ne vais pas vous chercher sur Kafka ou Dostoïevski, mais c’est quoi méchant pour vous ?

      c’est quoi ça?

      Schubert – Der Leiermann – Thomas Quasthoff / Daniel Barenboim
      http://www.youtube.com/watch?v=pze4NxCOjg0&playnext=1&list=PL89A55D820AE29371

      Le joueur de vielle

      Là-bas, derrière le village, il y a un joueur de vielle
      Et de ses doigts gourds il joue ce qu’il peut.
      Pieds nus sur la glace, il va chancelant ça et là
      Et sa petite sébile reste toujours vide.
      Nul ne daigne l’entendre, Nul ne le regarde
      Et les chiens grondent après le vieil homme.
      Mais il laisse tout filer,
      adviennent que pourra, il joue, et sa vielle jamais ne se tait.
      Étrange vieillard, dois-je aller avec toi?
      Voudrais-tu faire tourner ta vielle pour mes chants ?

  12. @François :
    « Les pistes qui sont explorées s’inscrivent dans un calendrier dont les émergents sont désormais les maîtres, priant les puissances occidentales de régler autrement que sur leur dos leurs petits problèmes. »
    A une nuance près, bien qu’elle soit infime.
    Si les émergents gèrent maintenant le calendrier en lieu et place des puissances occidentales, il leur reste néanmoins à faire face à la gestion d’un autre calendrier pour certains d’entre eux : le calendrier social, qu’ils ne maitrisent pas non plus.
    On l’a vu en Tunisie. Puis en Egypte.
    Puis au Yémen, à Barhein, en Algérie, en Jordanie, en Libye, peut-être même au Maroc …

    Certes, ces pays ne sont pas les BRIC.
    Mais si la crise spéculative sur les matières premières, en premier lieu alimentaires continue ainsi, qui sait si les plus grands émergents eux-mêmes ne devront pas non plus faire face eux-aussi à leur absence de maitrise de l’agenda social …

    1. L’onde de choc dépasse les frontières de la nation arabe et va continuer de nous surprendre.

      Non seulement en raison de la détermination qui anime ses artisans, et de la force de l’exemple que donne ceux qui ont déjà gagné, mais aussi de leur maturité qui déjoue les mécanismes de leurs divisions et va au coeur du pouvoir pour l’atteindre.

      Ici déjouant les pièges de l’opposition entre sunnites ou chiites, ou bien nordistes et séparatistes du sud, là se revendiquant de la laïcité et de la tolérance, là encore exigeant la fin du « système ».

    2. J’avais réagi à chaud aux premiers contacts du nouvel ambassadeur de France avec le peuple tunisien. Ce n’est pas passé car sûrement pas assez étayé. Maintenant que je bous ça devrait passer !

      La France, le « système » français à la manœuvre, cherche par l’entremise de son ambassadeur à introduire la philosophie de son système en Tunisie : travail contre argent. On n’arrive pas dans un pays en voulant introduire sa propre philosophie, ça ne se fait pas, ça n’est pas poli. C’est du colonialisme. Un viol de l’identité de l’autre. Sa philosophie donc, au-delà de l’aspect primordial d’imposer le mauvais deal travail contre argent, est d’importer, d’introduire, la hiérarchie en place dans notre douce France. Les mauvais acteurs se bousculent au portillon : le réseau en place est prêt – il a déjà commencé et n’a pas attendu son représentant médiatique- à attaquer le marché, à imposer sa valeur au marché tunisien.

      L’intervention du « diplomate » qui devait être une diversion culturelle s’est transformée en boulette médiatique aux yeux de son réseau, et comme révélateur de la tentative de viol. Ne doutons pas que d’autres réseaux étrangers mais néanmoins collègues sont à l’œuvre. En silence.

    3. le « système » français à la manœuvre, cherche par l’entremise de son ambassadeur à introduire la philosophie de son système en Tunisie

      oui, mais, il y a des personnes trés conscientes :
      « …Il n’est pas question de nier la nécessité de rétablir l’ordre et la sécurité comme condition de l’exercice d’une véritable liberté. Il n’est pas question de nier l’urgence économique car la révolution aura évidemment un coût, fragilisant une situation sociale et économique préoccupante. Il n’est pas question de nier l’importance que les touristes reviennent séjourner dans le pays. Mais il faut surtout affirmer la nécessité de construire une Tunisie démocratique qui ne se hâte pas de recoller les morceaux de l’Ancien Régime, avec les mêmes individus, les mêmes fondamentaux économiques, la même obsession d’une libéralisation de l’économie qui a prospéré sur l’affairisme et la corruption. Il nous faut enfin affirmer que la priorité absolue est de veiller à ce que la rupture historique qu’a réalisé la Tunisie puisse se poursuivre en aboutissant à de véritables élections libres. .. »
      http://blogs.mediapart.fr/blog/myriam-marzouki/190211/la-democratie-nest-pas-une-affaire-de-competences-ni-dinterets-econ

  13. Puisque certains parlent du Maroc et de la prochaine manifestation (demain), une interview pleine d’intelligence (Paul Jorion parlait de la nécessité d’avoir plus d’intelligence au pouvoir) :
    http://www.france24.com/fr/20110218-fr-entretien-prince-moulay-hicham-el-alaoui-maroc-mohammed-vi-transition-chercheur-stanford-democratie
    Et la vidéo dont il parle :
    http://www.youtube.com/watch?v=Nws2EbnbzD0

    MAIS, le Mouvement Liberté et Démocratie vient d’annuler la marche de demain :
    http://www.lesafriques.com/actualite/exclusif-annulation-de-la-manifestation-du-20-fevrier-au.html?Itemid=89?article=278550
    La décision a été prise pour éviter l’instrumentalisation, notamment des islamistes.
    Il doit certainement parler du mouvement Justice et Spiritualité dont la dirigeante, Nadia Yassine, fille de Abdessalam Yacine (assigné à résidence sous Hassan II), a déclaré vouloir participer à la marche.

    A priori donc, le mouvement social dont la maturité politique est loué par Hichem Ben Adbdallah El Alaoui est réel.
    Si révolte il y a, elle ne semble donc pas dirigée contre le palais.
    Mais l’existence d’un mouvement social est certain : jeunes, diplômés, sans emplois.
    Si cette colère rejoint celle du monde rural et des ouvriers agricoles, le risque est néanmoins grand :
    http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/RAIMBEAU/16979
    Celui que le pilier du pouvoir royal, « Le Fellah marocain Défenseur du trône », qu’avait analysé Rémy Leveau ne soit plus celui qu’il avait analysé en 1973 :
    http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/?GCOI=27246100566810
    L’auteur ne reconnaitrait sans doute pas cette ‘figure’ aujourd’hui, tant le décalage serait patent entre le Maroc d’Hassan II de 1973 et celui de Mohammed VI de 2011.
    Les politiques de libéralisation, notamment du FMI, sont passées, elles aussi (comme en Tunisie, en Egypte, …) par là.
    De sorte qu’il n’existe plus guère de défenseur du trône, aujourd’hui car le défenseur est bien mal en point (j’entends par là non pas qu’il n’y ait pas de défenseurs du trône : l’annulation de la marche est en soit une sorte de réponse ; mais bien au sens sociologique, une disparition au sein de la société marocaine de ce que Leveau avait pu définir comme un ‘statut’ social pour le fellah marocain).

    A priori, étant donné la configuration du paysage politique marocain, une des manières de répondre à cette colère serait un choc politique important : une constitution monarchique.
    Une autre serait de remettre en cause la libéralisation de l’économie qu’a vécu le Maroc depuis plus de deux décennies, au profit des plus pauvres.

    Sans cela, il y a tous les risques en cours : islamistes (100 000 partisans de Yassine, à minima), salafistes, prix alimentaires, dette publique, chômage des jeunes, corruption, …

    Le Maroc est à la croisée des chemins, semble-t-il.
    Mais il semble le faire à un rythme différent de ceux observés actuellement : le sien propre.

    1. @Zébu,

      France 24 étant accessible au Maroc, je ne sais pas si cet interview a été diffusée, il serait intéressant de le savoir, Moulay Icham étant quelque peu objet d’irritation. Il a défini le régime comme « autoritaire souple », expression assez juste. A ce stade, je ne connais d’ailleurs pas d’opposant remettant en cause radicalement le principe de la monarchie. Le Maroc a tout les atouts pour intégrer les réformes graduelles (s’éviter les massacres comme en Libye me semble une position assez partagée), ce qui serait un cas de figure intéressant à suivre. Encore faut-il que des initiatives soient prises pour la direction du pays.

    2. il y a vraiment une petite équipe de kleptocrates qui oeuvrent dans l’entourage immédiat du monarque dont il est à douter qu’ils consentiront à une transformation ‘douce’.

      3 éléments sont noués qui font l’horreur sociale au Maroc.
      – l’absoluité du pouvoir et une sacralisation post-coloniale j’insiste post-coloniale et création de Hassan II de la personne du roi. La tradition politique et la théorie du droit public islamique telle que pratiquée durant des siècles dans le Maghreb Al Aqsa veulent que le sultan soit sous contrat et révocable. Il n’est pas et n’a jamais été le représentant de Dieu sur terre au sens capétien du terme, il n’est qu’un administrateur, suprême certes, mais uniquement cela avec un pouvoir très limité au niveau des réformes.
      Un autisme certain frappe les détenteurs de l’autorité.
      – Une très inégale répartition des richesses. Comme toutes les élites illégitimes des pays dits en développement, celles-ci sont converties en espèces expatriées dans des secteurs non productifs ( immobiliers dans les capitales occidentales et comptes numérotés)
      – les bienfaits de la restructuration de la dette imposée par le FMI. Tous les secteurs publics ont été privatisés et vendus contre commissions à des firmes étrangères, y compris l’enseignement public. Le Maroc a progressé dans un secteur, l’analphabétisme.

      L’actuel sultan vient de passer trois semaines dans un de ses châteaux en France, dans l’Oise, c’est dire de quel point de vue il se nourrit pour s’intéresser aux révolutions qui transforment les pays arabes. Il aurait fait expédier depuis Israël des ‘armes’ anti-émeutes.

    3. @ François :
      Objet d’irritation mais intouchable : petit-fils de Mohammed V, second après le frère du Roi en succession.
      Je ne suis pas loin de croire qu’il y a une répartition des rôles (qu’il a par ailleurs défini lors de l’interview), entre lui et le Roi.
      Tout le monde y gagne. La monarchie, en tout cas.
      Par contre, il existe bien un opposant qui remet en cause la monarchie : c’est UNE opposante.
      Nadia Yassine, qui prône une république … islamique (of course de chevaux à Téhéran).
      http://www.yabiladi.com/forum/republique-selon-nadia-yassine-2-1186865.html

      Je ne suis pas certain que même Ben Barka ait voulu aller jusque là.

    4. @ astarté :
      Certes, mais le palais a néanmoins de ‘bons atouts’.
      Notamment le lien indissociable que font (jusqu’à maintenant) les marocains entre la nation et le Roi. Comme les marocains sont (très) nationalistes, ce n’est donc pas demain la veille (je pense) que la monarchie sera remise en cause, sauf à voir une guerre civile (ce qu’un marocain pèsera très longtemps, avant que de se lancer dans pas moins que ce qu’il considèrerait comme une ‘fitna’).
      Cf. l’article de Tel Quel :
      http://www.telquel-online.com/460/images/Patriotisme.pdf
      Ce dernier magazine, pourtant plusieurs fois suspendu par le palais, titre le dernier numéro ainsi : http://www.telquel-online.com/ (« La révolution … avec lui »).

      La seule chose qui déstabiliserait sérieusement le palais serait une répression accrue de certains mouvements politiques (ce dont s’est d’ailleurs abstenue la police hier) ou des émeutes de la faim, comme à Casa en 1965 et 1981. Mais c’était sous Hassan II et depuis, le palais préfère voir augmenter le déficit du Fond de compensation que de prendre ce risque.
      Le dossier du Sahara Occidental étant en cours de réorientation positive internationalement, tout est ‘under control’.

      Le seul problème, c’est que le palais le sait. Ce qui ne l’oblige plus, depuis 5-6 ans, pratiquement, à réaliser de grandes réformes (depuis la réforme de la Moudawana en fait).
      Il préfère réaliser un travail de fond, sur le logement (d’ailleurs très intelligemment), en créant dans les grandes villes des ensembles sociaux et raser les taudis (ce en quoi, ils vont générer pour dans 30 ans les mêmes problèmes qu’en France sur ce sujet) ou sur l’appui à la structuration économique rurale.

      Pendant ce temps, l’élite mondialisée continue de prélever sa dîme, la classe politique d’être inopérante et les ‘investissements d’immobilier touristiques’ de battre des records …
      Sans compter que toute une classe d’âge, qui a vécu sous Hassan II principalement, reste encore aux commandes, socialement, politiquement et économiquement (hors les ‘wonder boys’ au pouvoir de l’économie et de la finance internationalisée).

      Tout le monde ‘sent’ qu’il doit se passer quelque chose mais tout le monde attend le signal … du palais.
      Preuve s’il en est qu’il a la haute main sur les destinées du pays.

    5. C’est vrai que le titre de Amir Al mu Minin ne correspond à rien.
      En dehors des marocains illettrés, il ne fait plus guère illusion au Maroc même.
      En tout cas, pas pour Nadia Yassine et ses partisans.

    1. pillage est le mot juste

      le représentant de la Commission européenne Servaas Deroose a (proposé) de « vendre les plages pour développer le tourisme et le marché des propriétés touristiques ». « La Grèce pourrait facilement lever cinq milliards d’euros en vendant l’ancien aéroport d’Athènes, situé dans une zone côtière lucrative » (et) la vente de terrains, d’aéroports régionaux et de ports pour un bénéfice de 35 milliards d’euros.

      c’est sans doute ce qui attend tous les pays européens, que ce soit « proposé » de façon curative ou préventive.

  14. Monsieur Leclerc vous mériteriez bien un duché !

    Duc de Saint Simon, pour le suivi de cette Cour qui nous gouverne, mais sans réelle comparaison pour vos heures de plume, avec le mémorialiste, trop impliqué qu’il était en cette Cour, trop animé qu’il était à créer système et gérer les préséances…

    Vous avez plume plus tenue, plus rigoureuse, plus claire.
    Lu : perception du déphasage, de cette « sous estimation » de ce qui nous vient du Sud.

    Plume souple, sensible aux vibrations, même lointaines :
    Lecture de ce mot maturité des peuples levés ( plus de six cents morts connus, en leurs soulèvements divers )

    Oeuvre collective qui se réalisera dans la pratique dites-vous :
    Plume qui nous aide, non à nous asseoir, mais à nous lever.

    Musiciens du Blog merci de trouver un vibrato pour le Duc LECLAIR !

  15. Je n’ose imaginer les conséquences d’un embrasement des pays du golfe avec un baril à 200, 300 $, sinon plus…..

    1. Le prix du baril à 200 voire 300$ …
      Il n’y a pas besoin qu’il soit si haut pour torpiller nos économies et nous paupériser.
      Je ne vois autour de moi que la misère et la pauvreté qui s’accroissent, le chômage qui augmente et le baril n’est  »qu’à » une centaine de dollars.

      Attendez que les mesures d’austérité soient mises en oeuvre.
      N’oublions pas que pour plusieurs millions de français la fin du mois se joue à 50 euros près et que des millions de familles ne vivent que grâce aux transferts sociaux.

    2. Prophétie que je fais depuis 4 ans : le pétrole augmente de 10% par an en tendance de fond. Faites les comptes….

      Le prix de toutes les énergies suivront, en plus, même l’électricité.

      Ca change la nption de risque pour les investissements structurels à 20 ans, ça.

    3. La déplétion moyenne de l’ énergie accessible , référée sur le petrole est d’environ 3 % par an.
      Cela suffit pour impacter fortement une dynamique a tendance « croissance » .
      La solution qu’ à trouvé le système est en fait assez simple : transformer une variable en constante .
      La  » néo-constante » est bien sur un « consumérisme » suffisant pour conserver une dynamique au système économique .cette « constante » en induit une autre : un prix de l’ énergie compatible avec ce consumérisme ….Pour celà il faut réduire la demande …Facile ! , si la « constante » fluctue (prix energie) , elle « largue » suffisamment de perdants pour diminuer la demande !
      Tant que l’on ne fait pas partie des « largués  » , le seul constat est de voir l’energie baisser ! et peut etre d’enjamber un peu plus de SDF !
      Ce phénpmène de « collage » a l’ancien modèle est tres fort , car il est facile de présenter SDF et « Crises » comme résultants d’autres causes moins traumatisantes (chinois , islam , ecolos …) .

    4. Il n’y a rien à faire pour relancer, c’est impossible.
      Le système ne peut coller qu’à la disponibilité du pétrole aucune mesure macroéconomique n’y changera quoi que ce soit, il faut faire avec.
      On sait maintenant QU’À 150$ le système dégringolera encore d’une étage et qu’on emjembera plus les SDF mais qu’on se trébura dedans.
      Mais bon, nous n’en sommes encore qu’aux prémisse du tout début de la prise de conscience.

    5.  » Enjamber les SDF  » comme nouveau moyen de mesurage:
      l’expression est géniale, mais si… géniale.
      La méthode présente bien quelques « biais » méthodologiques, en hiver par exemple,
      ou en cas de ramassage rapide, comme dans les camps.
      Mais citez une seule méthode sans incertitude intrinsèque; il n’y en a pas.
      Et c’est une mesure indirecte: d’un coté, sur l’axe des X, nous avons le décompte
      des corps; sur l’axe des Y, nous lisons à l’intersection, le degré d’intensité du libéralisme.
      Il faudra étalonner. Un problème de métrologie passionnant: pour 5 corps au 100 000
      habitants, on dira 98,76% de spéculation, par exemple.

      Que l’on ne se trompe pas: cette expression indique surtout un abaissement furtif,
      un timide début : celui de notre inhumanité.

      Le libéralisme doctrinaire est incompatible avec la vie.

    6. Chez nous le prix du pétrole n’est que d »un dixième du prix que l’on paye à la pompe. Ils peuvent très bien ne pas nous répercuter d’augmentation en encaissant moins de taxes .

  16. @ François Leclerc

    En disant ; « là encore exigeant la fin du « système » » N’entrez vous pas dans l’intuition haute qui vous mène à « la dimension psychologique et eschatologique de la crise  » ?

    Je me permet de coller un extrait d’un article de Dedefensa à ce sujet ; L’argument TINA (There Is No Alternative) qui soutient le Système contre toutes les attaques se retourne absolument contre le Système.

    “Puisque ce Système nous conduit à l’effondrement et qu’il affirme qu’il n’y a pas d’alternative à lui-même dans le cadre où il évolue, eh bien il faut le détruire, et le cadre où il évolue avec lui, pour ne pas être emporté dans son effondrement”).

    Article complet ici: http://www.dedefensa.org/article-rupture_psychologique_19_02_2011.html

    Vous dites : l’onde de choc dépasse les frontières. Vous avez raison, il se passe des évènements dans le Caire-Madison (capitale du Wisconsin).

    http://www.dedefensa.org/article-du_caire_au_wisconsin_really__18_02_2011.html

    Bien à vous

    1. Le système auquel mon commentaire faisait référence, c’était celui du régime algérien. Ce legs encombrant de l’indépendance qui tient le pays.

    2. @ François Leclerc

      Il y a cependant un lien historique et au delà, ne serait-ce que par la présence et l’influence des intérêts occidentaux; Autrement dit « le système » Mais peut-être essaie-je de lier ce qui n’est pas forcément évident dans le cas présent.

    3. Observer le trajet qu’empruntent les vols de papillon est toujours très instructif  !

      Ben Bernanke vient d’en parler à Paris, en présentant la défense et illustration de la politique de la Fed. Il a fait valoir l’appétit que les banques européennes ont manifesté pour les actifs toxiques américains avant que ne démarre en grand la crise.

      Une histoire de poule et d’oeuf, étant entendu qu’il considère que les fautifs sont les demandeurs et que les banques américaines n’ont fait que répondre à la demande européenne…

    4. @ François Leclerc

      Venant de la FED, c’est assurément une posture qui ne surprend guère. De là à être en opposition avec les propos de Ben Bernanke, il n’y a qu’un pas qu’une simple considération éthique ou morale, m’empêche de franchir. Tout le monde savait ce que tout le monde savait.

      Poursuite de la métaphore de la poule et de l’oeuf,
      Quand la pierre tombe sur l’œuf, pauvre œuf. Quand l’œuf tombe sur la pierre, pauvre œuf !

  17. Bonjour,

    tout le beau monde qui dirige l’orientation du monde à partir de l’antichambre de la finance a absolument rien à faire des conséquences nanoéconomique (la cellule économique individuelle ) des agissements de l’industrie de l’argent. L’ impuissance politique flagrande implique necessairement à terme à la révolte pure et simple : réechelonnement des dettes des états quelqu’en soit le prix même pour nos trop chéres banques avec moins de banques moins de joueurs moins de marché, moins de consommateurs : certainement la speculation devrait pouvoir s’assagir.
    Gardons nos sous pour l’esentiel, pas pour le remboursement des dettes, même si cela devrait toucher nos propres créances, ces cher possesseurs !

    cordialement

  18. On pourrait aussi invoquer la théorie des catastrophes et les seuils qui provoquent des discontinuités; les mots de Char (ceux que la RATP a mis sur la ligne 14 par exemple : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. Ainsi, ils s’habitueront); Fortune carré de Kessel, ou encore la description des salons mondains totalement décalés qu’en fait Proust à la fin de son oeuvre.

    On peut aussi remarquer que le tremblement en cours, s’il est la lame de fond attendue, est venu d’un coté relativement inattendu, comme souvent. Et penser que les solutions à venir ne sont sans doute pas encore perceptibles.

    Egalement, se souvenir que la 2ème guerre mondiale fut histoire militaire, mais son héritage le plus significatif est moral.

    Tout cela pour dire que la lucidité des uns et des autres (et vous êtes ici nombreux, à ce qu’il me semble) ne saurait décrire les temps à venir, les forces qui s’ébrouent et les mécaniques qui se figent, ou tournent à vide. Toutes caractéristiques d’un renouveau, inconnu par essence, qui recomposera ce qui s’est toujours fait d’une manière encore jamais appréhendée.

    Il faut se tourner vers l’inconnu. Tout nous y pousse. En rechercher les signes et les graines anonymes, à la lisière fragmentée des faits et dépouillé de toute interprétation.

  19. Une analyse toujours aussi lucide, M. Leclerc.

    Cependant, je dois avouer que, comme sûrement beaucoup de gens, je n’attendais rien de ce G20 qui accouche d’un accord microscopique, dont franchement tout le monde se fout.

    Quant aux indicateurs de crise,c’est de la poudre aux yeux! C’est fait pour occuper le terrain médiatique , pour dire « Ah! Braves gens, regardez comme nous sommes préoccupés par la crise, comme nous essayons de la résoudre… »

    Le taux de saisies immobilières aux USA ou le nombre de personnes allocataires des foods stamps ne sont-ils pas des indicateurs? Ce n’est pas fiable? Ou c’est trop réel pour eux?

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