Archives par mot-clé : nucléaire civil

DES PROMESSES N’ENGAGEANT QUE CEUX À QUI ELLES SONT FAITES, par François Leclerc

Billet invité.

La catastrophe rampante de Fukushima a désormais acquis dans les esprits un statut équivalent à celui de Tchernobyl, il y a vingt-cinq ans. Bien que son scénario soit différent, et que le pire ait été miraculeusement évité dans les tous premiers jours, ce nouveau désastre suscite désormais une profonde réticence à l’égard de l’électro-nucléaire, en dépit de la résilience d’un complexe industriel nucléaire installé au cœur du pouvoir politique.

Mais Fukushima n’a pas fini de dispenser ses leçons, bien que disparu de l’actualité. En premier lieu, parce que Tepco, son opérateur, n’est toujours pas parvenu à reprendre en main la situation à la centrale, qui reste profondément instable et incertaine. En second, parce que les conséquences de la catastrophe se sont désormais propagées sur quatre échelles.

D’abord celle de la centrale elle-même, toujours sous soins palliatifs improvisés, aux installations dévastées et fragilisées, dont le coeur de trois coeurs de réacteurs a fait fusion et où sont stockés dans des conditions précaires d’importantes quantités de combustible. Résultat des attentions dont elle est entourée, Fukushima Daiichi a subi une sorte de mutation, devenue bouilloire a produire non plus de l’électricité mais des masses d’eau hautement contaminée. Sans visibilité sur la poursuite des opérations, de dangereux rebondissements sont toujours à redouter.

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LE GARS QUI SE FÂCHE ET QUI A RAISON

Il a fait des vidéos depuis le début de la crise à la centrale nucléaire de Fukushima, vidéos que j’ai regardées. Sa colère était d’abord contenue. Elle ne l’est plus. Et c’est parfois quand on se fâche qu’on parle le plus juste, parce qu’on dit « ce qu’on a sur le coeur », selon l’expression consacrée. On parle avec passion.

Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, mais qu’importe : le faire voir et le faire entendre est un devoir.

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L’actualité des crises : FUKUSHIMA, CATASTROPHE RAMPANTE, par François Leclerc

Billet invité.

A Fukushima Daiichi, les jours se suivent et se ressemblent avec leur lot de mauvaises nouvelles, amenant aujourd’hui Tepco à se décider à reconnaître que son calendrier de travail ne pourra pas être respecté. Prévue en janvier prochain, la perspective d’un arrêt à froid des réacteurs est repoussée à une date ultérieure, qui n’est même pas envisagée.

Une brutale augmentation de température enregistrée hier au réacteur n°5, en raison d’une panne de la pompe le refroidissant en eau, illustre l’instabilité de la situation. Il y a été remédié en changeant la pompe, mais l’eau avait entretemps presque atteint la température de 100°C, toute proche de commencer à bouillir, les barres de combustible amenées à être découvertes, le combustible appelé à entrer en fusion. L’un des deux réacteurs – avec le n°6 – resté en dehors de la série noire affectant les 4 autres a menacé de les rejoindre. Le temps de réaction de l’opérateur est particulièrement préoccupant.

Aujourd’hui, la pluie tombe très dru et les opérations sur le site en sont affectées. Un débordement de l’eau hautement contaminée répandue dans les sous-sols et les tranchées des réacteurs est attentivement surveillé, une formule laissant en suspens la description des moyens permettant d’y faire obstacle, car ils n’existent pas. Pas moins réels, le ruissellement sur le sol ou le débordement des piscines désormais à ciel ouvert ne sont pas mentionnés dans la liste des dangers potentiels. Pas plus que le vent qui pourrait s’engouffrer dans des structures très endommagées et à la résistance inconnue. L’opérateur est à la merci des éléments.

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ARNOLD GUNDERSEN

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai déjà eu l’occasion de dire à plusieurs reprises que le Blog de Paul Jorion serait le lieu où les débats qui n’ont pas lieu ailleurs ou qui s’interrompent ailleurs, avaient et auraient lieu. J’espère que c’est bien le cas. Cela représente non seulement un travail énorme pour les modérateurs mais aussi d’innombrables cas de conscience : qu’est ce qui est de l’obstruction et qui n’en est pas ? qu’est-ce qui est de l’intoxication et qui n’en est pas ?

Cela me pose aussi une difficulté pratique. Il y a des domaines où je me sens à l’aise parce que j’ai le sentiment que je maîtrise le sujet suffisamment pour en parler en confiance. La finance en est le meilleur exemple, ou l’anthropologie pour ce qui est de sujets que nous abordons plus rarement ici. Il y a d’autres sujets, où je ne suis pas un expert du plus haut niveau mais où j’ai le sentiment que je maîtrise suffisamment le cadre pour parler en confiance des questions générales qui s’y posent. Les mathématiques (qui auront été mon principal gagne-pain durant ma vie professionnelle) ou la physique, en sont de bons exemples. Il y a enfin des domaines où le débat me paraît indispensable mais où, franchement, je ne maîtrise pas le sujet sur le plan technique. Le nucléaire en est un exemple : j’en saisis les enjeux mais je suis incapable de trancher sur tel ou tel point précis, le mieux que je puisse faire (ce qui n’est peut-être déjà pas si mal), c’est de traiter les questions qui se posent à partir de mes connaissances scientifiques globales, ou en tirant parti de mon expertise en mathématiques appliquées – comme quand j’ai recouru à la théorie des probabilités et à la combinatoire pour calculer (à partir de valeurs arbitraires mais plausibles) la probabilité d’un accident nucléaire majeur en fonction du nombre de réacteurs en activité.

Comment puis-je arbitrer un débat sur le nucléaire civil dans le cadre de ce blog en l’absence d’une véritable expertise ? En fonction simplement de la rationalité : en fonction de la validité des raisonnements qui sont tenus et de la qualité des données expérimentales qui sont proposées. Et c’est ici que j’en viens au titre de mon billet.

Depuis le début de la crise qui a éclaté sur le site nucléaire de Fukushima, ou en tout cas aussitôt que nous en avons entendu parler en Europe, j’ai visionné les vidéos produites par Arnold Gundersen sur le site Fairewinds. Il a été mon principal guide jusqu’ici. Je dispose de peu d’éléments pour lui faire confiance : sa notice sur Wikipedia, qui décrit une personne qui a acquis la réputation d’un professionnel fiable dans son domaine, ensuite ce qu’il dit, et finalement, la manière dont il le dit.

On entre ici – j’en suis conscient – dans le subjectif, et je m’avancerai encore davantage dans cette direction en disant que j’ai tendance à me reconnaître en lui dans une certaine mesure, en raison de sa capacité à révéler des horreurs (lui, dans le domaine du nucléaire, moi dans celui de la finance) sans pour autant monter sur ses grands chevaux, faisant montre – il me semble en tout cas – d’une certaine résignation rationnelle devant les manquements qui caractérisent la nature humaine. Si je ne me trompe pas sur la personne qu’il est, je lui adresse mes remerciements car on a besoin de gens comme lui, et le besoin dans ce domaine ne cessera de croître.

Mon seul regret, mais il n’y est personnellement pour rien : que le tableau qu’il brosse de la situation à la centrale nucléaire de Fukushima suggère, sinon que le pire est encore à venir, tout au moins que nous sommes encore très loin d’avoir pris la pleine mesure de l’horreur à laquelle nous sommes confrontés là.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Traduction de la vidéo (merci à ventilo !) :

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NUCLÉAIRE CIVIL : TESTER PLUTÔT LES ACCIDENTS QUI N’ARRIVERONT PAS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le nucléaire civil a bien assimilé les leçons de la finance : les stress-tests, les tests de résistance européens, ignoreront ce qui est le plus dangereux : l’erreur humaine. Le raisonnement est familier : comme l’erreur humaine ne devrait normalement pas se produire, il est de loin préférable de faire comme si elle n’aura jamais lieu. C’est la manière exactement dont les économistes du courant dominant raisonnent : l’économie reflète le comportement de l’homo oeconomicus qui est une créature parfaitement rationnelle. « Si l’économie ne se comporte pas de la manière dont nous l’avons prévu, c’est que l’homme ne se conduit pas de manière rationnelle. Ce qui n’est quand même pas de notre faute ! », s’exclament en choeur ces économistes, quand la catastrophe a quand même lieu.

De la même manière, les ingénieurs du nucléaire civil nous disent : « Nous résolvons les problèmes qui sont de notre ressort. Vous ne voudriez tout de même pas que nous tenions compte du fait qu’un taré écrase délibérément un avion sur une centrale, essaie de la faire sauter, ou qu’un hacker à l’enfance malheureuse pirate le logiciel du système de sécurité d’une centrale nucléaire ? »

Pour notre grand malheur, ces ingénieurs confondent deux choses : « Ce ne serait pas de notre faute si ça arrivait ! » et « Ça n’arrivera pas ». Qu’est-ce qui peut bien leur passer par la tête pour qu’ils confondent deux choses aussi tragiquement différentes aux yeux des gens qui exercent une autre profession ? La réponse est malheureusement très simple. Il y a deux dimensions au problème : 1) le fait qu’un ingénieur puisse perdre son boulot à la suite d’une déplorable erreur de calcul et 2) le fait qu’un accident nucléaire rende une partie de la planète inhabitable et, dans l’ordre des préoccupations des ingénieurs, la première considération leur semble infiniment plus importante que la seconde.

Le résultat, c’est que nous vivrons sur une planète de plus en plus exigüe, dont on aura réduit la surface habitable d’un bout d’Ukraine ici, d’un bout de Japon là, et ainsi de suite au fil des années.

Grâce aux économies qu’on aura réalisées en s’accrochant au nucléaire civil en ignorant les règles élémentaires de la gestion du risque – sans même mentionner celles du bon sens, on pourra financer substantiellement la recherche dans la lutte contre le cancer – qui en aura bien besoin. « C’est la rançon du progrès », dira-t-on d’un ton sentencieux.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité des crises : SIMPLEMENT, EN CONSCIENCE ! par François Leclerc

Billet invité

Combien d’années vont être nécessaires – si aucun événement imprévu n’intervient, comme une nouvelle catastrophe naturelle d’ampleur – pour mettre un point final à celle qui a été créée par les hommes à Fukushima Daiichi ?

Au fil des accidents que connaissent les centrales nucléaires, des étendues désertiques excluant les êtres humains tués ou meurtris sont créées autour d’elles, pour une très longue période. Démanteler ce qui a été détruit se révèle être une tâche redoutable, coûteuse et de longue haleine, à l’image du stockage des déchets, pour lesquels aucun tapis n’existe sous lequel les planquer.

Les partisans de la poursuite de la production nucléaire d’énergie font aujourd’hui valoir que la reproduction du même accident n’est pas crédible et multiplient à ce sujet les démonstrations. Ses causes sont exceptionnelles et propres à la région, les nouvelles générations de centrales sont pourvues de dispositifs qui, en tout état de cause, auraient évité que les mêmes causes aboutissent aux mêmes effets. A ce propos, on verra celles qui seront effectivement fermées, qu’ils condamnent ainsi implicitement !

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 15 AVRIL 2011

À quoi sert le blog ?

Le calcul du risque par l’Autorité de Sûreté Nucléaire française

Le capitalisme à l’agonie
— La crise de la zone euro
— Goldman Sachs, Deutsche Bank, et la destruction du système financier
— M. François Baroin et la prime de 1 000 €

Karl Marx et la fin du capitalisme

Carmen M. Reinhart & Kenneth S. Rogoff, This Time is Different. Eight Centuries of Financial Folly, Princeton University Press, 2009

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« UN CERTAIN TEMPS ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Didier Cavart écrit :

« On y remarque p.ex. de nombreux incidents de bas niveau qui concernent l’indisponibilité temporaire de dispositifs de secours : comme ils sont sans conséquence tant que les systèmes normaux sont OK, le classement INES reste à 0 ou 1 en général (cette échelle est ainsi faite), mais en cas de problème sur les systèmes à secourir, ça pourrait avoir des conséquences gênantes ; je trouve l’ASN trop indulgente pour ce type d’incident. »

Je commence par rappeler que l’ASN, c’est l’Autorité de Sûreté Nucléaire française. Le classement INES (International Nuclear Event Scale), c’est l’Échelle internationale des événements nucléaires.

Didier, l’ASN n’est pas « trop indulgente » : l’exemple que vous offrez là, constitue une condamnation sans appel de sa manière de faire. Si les autres autorités nationales procèdent de la même manière, ce qui n’est pas exclu, j’ai le sentiment que vous avez mis le doigt sur le talon d’Achille du nucléaire civil tout entier.

Car que révèle cette « indulgence » ? Rien d’autre qu’une incompréhension absolue de la notion de risque. Le risque y est en effet défini A POSTERIORI : « Rien de grave n’a résulté de l’indisponibilité de l’appareil de secours ». Le risque doit bien entendu être au contraire évalué A PRIORI : « Quelle est la gravité de l’incident qui pourrait résulter du fait que l’appareil de secours est indisponible ? » Ce qui est mis entre parenthèses, c’est le fait que l’utilisation de l’appareil est conditionnelle : l’appareil de secours est nécessaire « en cas d’urgence » et non pas « en général ». La conséquence de cette ignorance, c’est que la mesure de la gravité de l’incident est celle de l’observation : « Rien de grave n’a résulté de l’indisponibilité de l’appareil de secours alors qu’il n’était pas nécessaire », ce qui est un truisme, alors que la gravité de l’incident devrait être la mesure de « ce qui résulterait-il de l’indisponibilité de l’appareil de secours en situation où il est nécessaire. » On rejoint ici les sommets atteints autrefois par le fût du canon qui prend pour refroidir « un certain temps » !

Par cet exemple, vous attirez l’attention sur une faiblesse intrinsèque du nucléaire civil, et vous avez peut-être du coup – je dis bien « peut-être » – trouvé le moyen de le sauver sur le long terme, si l’on prenait la peine de corriger cette invraisemblable erreur dans le calcul du risque. Quoi qu’il en soit, entretemps, vous nous avez inquiété encore bien davantage. L’autre jour, par un calcul combinatoire élémentaire, nous avons mis en évidence le risque global résultant de l’existence de 443 réacteurs à la surface du globe, alors même que le risque d’accident par réacteur est très faible. Le fait que ce calcul est aujourd’hui diffusé sur la toile, suggère qu’il n’était pas familier. Aujourd’hui, c’est une erreur de logique élémentaire que vous nous faites relever. Je vous pose alors la question : « Ces constatations lamentables sont-elles la conséquence du fait que tous nos ‘bons’ ingénieurs sont employés par de grosses banques à la tâche autrement plus utile de faire des paris sur des fluctuations de prix ? »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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SORTIR DU NUCLÉAIRE SANS AUGMENTER LA CONSOMMATION DE CARBURANTS FOSSILES

Didier Cavard écrit :

M. Jorion, vous ne répondez pas au fond du commentaire 67, qui stigmatise surtout le peu de propositions concrètes des commentateurs et chroniqueurs du blog.

Pour choisir le Grand sachem de la tribu des Ynyaka, on a l’embarras du choix. Pour proposer, avec un peu de calculs, comment on phase une sortie du nucléaire sans augmenter les carburants fossiles, il n’y a plus grand monde.

Quant à un arrêt « à la hussarde » de nos chères centrales, dites-vous bien que ce n’est pas gagné.

C’est pourquoi je répète ce que j’ai déjà écrit, mais que vous ne semblez pas vouloir comprendre : il faut obliger l’ASN et les exploitants à améliorer la sûreté de réacteurs qui vont, même si le prochain président et l’assemblée nationale sont couleur vert fluo, continuer à fonctionner pendant des années. Manifester pour l’arrêt sans s’impliquer dans l’amélioration serait un comportement de gribouille.

Didier Cavard, je vais faire avec vous comme j’ai déjà eu souvent l’occasion de le faire avec des intervenants sur le blog qui me disent (la liste est ouverte) : « Ce blog n’est pas un parti politique ! », ou « Ce blog n’est pas une manifestation ! », ou encore : « Ce blog n’est pas une pétition, une Constituante, un manifeste, etc. » Et je leur réponds : « Non, ce blog est un blog ! avec ses avantages et ses inconvénients », et j’ajoute alors : « Mais cela ne veut pas dire que je vous recommande d’aller regarder la télé, une fois la lecture du blog achevée ! Rédigez vos pétitions, manifestes, organisez vos manifestations, Constituantes, et je vous apporterai tout le soutien possible dans le cadre du blog ! »

Voilà, la voie est tracée. Le projet que vous définissez est « Comment mettre en place une sortie du nucléaire sans augmenter la consommation de carburants fossiles ? » C’est un projet ambitieux et tous mes vœux vous accompagnent. Les colonnes du blog vous sont ouvertes – comme elles l’ont déjà été. Vous avez pu voir quelles sont les compétences que nous avons réunies parmi les commentateurs – si vous voulez que je vous mette en contact avec l’un ou l’autre, je le ferai très volontiers, et si je peux vous être utile de toute autre manière, dites-le moi.

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DU PEU D’IMPORTANCE DES FAITS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Hier dans la soirée pour nous, les autorités japonaises ont haussé la gravité de la catastrophe de Fukushima au niveau 7, le niveau le plus élevé sur l’échelle du malheur nucléaire civil.

Où sont tous ceux qui, du 14 mars, quand la catastrophe nous fut d’abord connue, à hier, avant l’annonce, ont clamé haut et fort qu’elle n’atteindrait jamais – vous m’entendez bien : « jamais » – le degré de gravité de Tchernobyl en 1986 ? Au premier jour, c’était simple : ils ne disposaient d’aucun élément pour le dire, tandis que depuis plusieurs semaines, tous les éléments d’information disponibles les contredisaient. Ils sont passés insensiblement au fil des jours, de l’intoxication éhontée à la désinformation systématique. Pas véritablement un progrès. Aujourd’hui, ils mangent leur chapeau.

Et après ? Et après, car souvenez-vous d’une époque pas si ancienne, où un ministre ayant commis une faute grave, pris sur le fait parfois d’un unique mensonge, un chef d’entreprise ayant pris une décision calamiteuse, démissionnaient. Pourquoi ? Parce qu’aux yeux de tous, ces dirigeants avaient une responsabilité dont le champ dépassait celui de leur petite personne : leurs décisions, pensait-on, ne concernaient pas qu’eux : ils étaient en charge d’une tâche que l’on qualifiait de « collective » – pour employer un mot devenu aujourd’hui un gros mot.

Les choses ont changé : le dirigeant pris la main dans le sac, nie. Et pas même de manière convaincante. Tous les arguments sont bons, comme dans l’histoire du seau troué racontée par Freud : « D’abord, je te l’ai rendu en bon état… et d’ailleurs, le trou s’y trouvait déjà… et de plus : ce n’est pas même ton seau ! ». Parce qu’il ne s’agit pas de convaincre : si j’ai été nommé à la tête de l’État, il est désormais ma chose. Le chef d’entreprise peut raisonner de la même manière, comme l’a montré l’affaire récente des bonus extravagants que les dirigeants d’entreprises soutenues à bout de bras par la communauté, s’attribuent généreusement les uns aux autres : « La caisse est là, donc j’y puise. Qu‘importe la manière dont l’argent y est venu ! »

Les décideurs du nucléaire civil appartiennent-ils à l’ancienne famille des serviteurs du bien public ou à la nouvelle, des potentats marchands de soupe ? La question mérite au moins d’être posée, même si on craint la réponse.

J’ai repris à notre commentateur Lisztfr, son mot d’ordre : « Big Brother mangera son chapeau ! ». Mais qu’on y prenne garde : du train où vont les choses, une fois son chapeau mangé, il nous fera au visage un rot sonore, puis retournera vaquer à ses affaires, de la manière dont cela se fait aujourd’hui : sans se soucier de nous davantage.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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FUKUSHIMA : OÙ EN EST-ON ?, par Gouwy

Billet invité. Il ne s’agit pas d’une mise à jour : celles-ci ont lieu dans les billets de François Leclerc. L’auteur parle en première personne, à partir d’un faisceau de présomptions.

Je reste et je me conforte dans mes premières impressions :
Je suis persuadé que le but maintenant, après avoir été celui de sauver la centrale, c’est d’évacuer le site le plus rapidement possible.

Les techniciens continuent d’essayer d’installer une espèce « d’automatisation » de gestion de l’accident (ouverture vers la mer des débordements etc.) dans le but de gagner du temps et de réduire le nombre de personnes sur le site.
Pour tenter de minimiser les dégâts en cas d’explosion, le travail est maintenant uniquement concentré sur l’évacuation du maximum d’eau des sous-bassements, des sous-structures et peut-être des sous-sols.
Désormais, on ne parle plus de remise en état de systèmes, de rétablissement de l’énergie électrique ou d’arrosages « améliorés » (où sont les camions télécommandés par exemple ?).

En même temps les communiqués (pratiquement les seuls qui sont officiellement diffusés) se font de plus en plus insistants sur le fait que le site devient « invivable » : certains réacteurs sont désormais inaccessibles, ça s’étend au site complet au travers de nappes d’eau etc. et que l’on trouve de moins en moins de volontaires pour y travailler mais on fait quand même savoir qu’on cherche à recruter pour ça !
On parle aussi beaucoup d’innombrables solutions techniques, toutes plus « aberrantes » ou « ridicules » les unes que les autres qui ne sont naturellement jamais mises en oeuvre…et d’appels du pied à l’étranger (France, Russie … mais pas ou plus les USA, bizarrement alors qu’ils sont en partie les constructeurs), là aussi très rapidement classés dans suite ou passés sous silence (où sont les experts d’Areva et du CEA ?? … Quid de l’usine de retraitement russe ?

Ça à au moins le mérite d’alimenter la presse et de soutenir tant que faire se peut, les opinions et les marchés. Encore un signe qui montre et vise à gagner du temps !

Ceci, d’après moi, pour préparer les opinions à une probable évacuation du site.

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LE CONNAISSEUR, LE TECHNOCRATE ET L’EXPERT-ROI

« Les pieds dans le plat », vous écrivez ceci :

« Paul, si vous voulez que votre blog ne soit pas un endroit d’auto-persuasion mentale d’un petit groupe voué à la critique exclusivement, à laquelle votre notoriété et votre propre mesure donnent un crédit qu’ils ne méritent pas, vous devriez soit filtrer plus, soit laisser parfois la tribune à d’autres sons de cloche. Parce que votre message fondamental, sinon, va apparaitre sectaire et brouillé, ce que personnellement, je regretterai. »

Et vous justifiez votre accusation (ou votre conseil, si vous voulez), en disant entre autres ceci (votre commentaire complet peut être lu en suivant le lien) :

« On remarquera que ce genre d’articles émane rarement de personnes au fait (justement) de la réalité avec les connaissances appropriées, qu’elles soient médicales, scientifiques, biologiques : celles-ci sont éliminées de base car les technocrates sont dans le camp de l’ennemi. Et tout connaisseur est technocrate. Donc, les seuls capables de discerner la limite de l’hypothèse et de la réalité, et de montrer où la manipulation commence, sont discrédités dès le début. Les manipulateurs connaissent leurs ennemis ».

Il se fait – c’est une pure coïncidence – que j’ai répondu à ce genre d’argument justement hier, dans un autre contexte : dans le cadre de ma chronique mensuelle dans le Monde-Économie. Le sujet évoqué là était pourquoi M. Robert Shiller, économiste de renom, imagine-t-il que la « science » économique peut être sauvée par une dose de pluridisciplinarité ? Et ma réponse était celle-ci :

« … la valeur ajoutée de l’expert d’un autre domaine n’est pas d’apporter la pièce manquante, empruntée à son propre savoir, mais de désigner les aveuglements nés de la cooptation incestueuse qui affecte toutes les disciplines. »

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LE (vrai) TEMPS QU’IL FAIT, LE 1er AVRIL 2011

Le sens de l’État
Le calcul du risque
Propos indécents
La différence entre un objet mathématique et un modèle physique
Les processus critiques
« Comment la vérité et la réalité furent inventées » (Gallimard 2009)
Le mirage pythagoricien
La bonne et la mauvaise foi
Les débats qu’on ne fait pas ailleurs

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