ARNOLD GUNDERSEN

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai déjà eu l’occasion de dire à plusieurs reprises que le Blog de Paul Jorion serait le lieu où les débats qui n’ont pas lieu ailleurs ou qui s’interrompent ailleurs, avaient et auraient lieu. J’espère que c’est bien le cas. Cela représente non seulement un travail énorme pour les modérateurs mais aussi d’innombrables cas de conscience : qu’est ce qui est de l’obstruction et qui n’en est pas ? qu’est-ce qui est de l’intoxication et qui n’en est pas ?

Cela me pose aussi une difficulté pratique. Il y a des domaines où je me sens à l’aise parce que j’ai le sentiment que je maîtrise le sujet suffisamment pour en parler en confiance. La finance en est le meilleur exemple, ou l’anthropologie pour ce qui est de sujets que nous abordons plus rarement ici. Il y a d’autres sujets, où je ne suis pas un expert du plus haut niveau mais où j’ai le sentiment que je maîtrise suffisamment le cadre pour parler en confiance des questions générales qui s’y posent. Les mathématiques (qui auront été mon principal gagne-pain durant ma vie professionnelle) ou la physique, en sont de bons exemples. Il y a enfin des domaines où le débat me paraît indispensable mais où, franchement, je ne maîtrise pas le sujet sur le plan technique. Le nucléaire en est un exemple : j’en saisis les enjeux mais je suis incapable de trancher sur tel ou tel point précis, le mieux que je puisse faire (ce qui n’est peut-être déjà pas si mal), c’est de traiter les questions qui se posent à partir de mes connaissances scientifiques globales, ou en tirant parti de mon expertise en mathématiques appliquées – comme quand j’ai recouru à la théorie des probabilités et à la combinatoire pour calculer (à partir de valeurs arbitraires mais plausibles) la probabilité d’un accident nucléaire majeur en fonction du nombre de réacteurs en activité.

Comment puis-je arbitrer un débat sur le nucléaire civil dans le cadre de ce blog en l’absence d’une véritable expertise ? En fonction simplement de la rationalité : en fonction de la validité des raisonnements qui sont tenus et de la qualité des données expérimentales qui sont proposées. Et c’est ici que j’en viens au titre de mon billet.

Depuis le début de la crise qui a éclaté sur le site nucléaire de Fukushima, ou en tout cas aussitôt que nous en avons entendu parler en Europe, j’ai visionné les vidéos produites par Arnold Gundersen sur le site Fairewinds. Il a été mon principal guide jusqu’ici. Je dispose de peu d’éléments pour lui faire confiance : sa notice sur Wikipedia, qui décrit une personne qui a acquis la réputation d’un professionnel fiable dans son domaine, ensuite ce qu’il dit, et finalement, la manière dont il le dit.

On entre ici – j’en suis conscient – dans le subjectif, et je m’avancerai encore davantage dans cette direction en disant que j’ai tendance à me reconnaître en lui dans une certaine mesure, en raison de sa capacité à révéler des horreurs (lui, dans le domaine du nucléaire, moi dans celui de la finance) sans pour autant monter sur ses grands chevaux, faisant montre – il me semble en tout cas – d’une certaine résignation rationnelle devant les manquements qui caractérisent la nature humaine. Si je ne me trompe pas sur la personne qu’il est, je lui adresse mes remerciements car on a besoin de gens comme lui, et le besoin dans ce domaine ne cessera de croître.

Mon seul regret, mais il n’y est personnellement pour rien : que le tableau qu’il brosse de la situation à la centrale nucléaire de Fukushima suggère, sinon que le pire est encore à venir, tout au moins que nous sommes encore très loin d’avoir pris la pleine mesure de l’horreur à laquelle nous sommes confrontés là.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Traduction de la vidéo (merci à ventilo !) :

Bonjour, je suis Arnie Gundersen de Fairewinds, on est vendredi 13 mai. J’avais pensé utiliser le temps d’aujourd’hui pour résumer ce qui se passe sur le site de Fukushima et dans les alentours immédiats. Mais un résumé rapide serait que, basiquement s’il s’agissait d’un rodéo américain, les chevaux sauvages auraient secoué les cow-boys pendant toute la semaine.

Il y a une réunion le jeudi où le NRC est informé par l’équipe, et je pense que, ce que le staff va leur dire est que la situation est encore instable. Heu, je pense que instable est un euphémisme.

(0:46)
Aujourd’hui au sujet de l’unité 1, TEPCO a annoncé que le coeur du réacteur était découvert, et qu’une quantité significative de combustible a été endommagée, et, je ne pense pas que cela arrive comme une surprise pour chacun de vous, mais c’était une dépêche de presse de TEPCO, et…
Ils ont découvert cela car ils ont été capables de faire entrer des gens dans le confinement (US: containement) pour un très court temps, qui ont pu placer des nouveaux Geiger à l’intérieur. Les nouveaux Geiger ont indiqué qu’il n’y a pas d’eau dans le réacteur et très peu dans le confinement.

Eh bien cela amène la question : où toute cette eau est-elle allée ? Nous avons mis des dizaines de milliers de tonnes d’eau pendant les derniers, pendant les deux derniers mois, maintenant. Et, c’est une indication qu’il y a, qu’il y a des fuites vers l’eau souterraine (US: ground water), dont je vais parler un peu plus tard.

Donc l’unité 1 est sèche et possiblement a fondu au travers du réacteur nucléaire et est maintenant étendue sur le sol du confinement nucléaire, causant des expositions extrêmement hautes pour les gens qui tentent d’y entrer. Les expositions sont 70 R par heure, cela veut dire basiquement que en 4 à 5 heures vous êtes mort. Et ce n’est pas une mort à long terme, c’est une mort rapide, donc c’est une haute, haute exposition aux radiations dans l’unité 1.

Donc il est temps de faire marche arrière et changer les plans pour l’unité 1, et je crois que c’est ce que TEPCO doit faire. Les niveaux de radiations sont simplement trop élevés.

(2:19)
Passons à l’unité 2, il n’y a réellement pas de changement là, elle fuit comme une passoire. De l’eau est versée depuis le sommet, elle ressort par un trou à la base, et le confinement fuit. Donc, vous avez une autre large source d’eau, et il n’y a simplement pas assez de place sur le site pour capturer toute cette eau et heu, il y a évidemment un besoin de la décontaminer (US: cleanse) et… Nous parlons d’une capacité de décontamination au-delà de tout ce qui a été
essayé avant dans le passé. En moyenne, les unités de Fukushima utilisent pas loin d’une centaine de tonnes d’eau par jour, et la déminéralisation est normalement une tonne ou deux par jour. Donc, évidemment il faut qu’il y ait un changement considérable dans le plan pour nettoyer cette eau. Ou sinon elle va être relâchée dans l’eau souterraine, et elle va être relâchée
dans le, dans l’océan.

(3:14)
L’unité 3 est intéressante. Il y a eu des discussions sur internet, à propos de fumée sortant de l’unité 3. Je ne pense pas que cela soit une raison de s’inquiéter. Cela se produit la nuit, et l’air devient plus frais la nuit, et le Pacifique est très froid, et je pense que ce que vous voyez, c’est la vapeur chaude qui sort de l’unité 3, heurtant l’eau froide et produisant une fumée humide réellement épaisse. Elle est radiocactive, sans doute, mais ce n’est pas une indication d’un feu, en tout cas je ne pense pas que ça le soit. C’est à peu près les seules bonnes informations qui proviennent de l’unité 3, heu, comme je l’ai dit avant, la température au sommet du réacteur nucléaire est vraiment haute, mais la pression dans le réacteur est très basse. Ce que cela
signifie c’est que de l’eau ne peut pas exister sous de telles conditions. Il n’y a pas d’eau et il n’y a pas de vapeur à l’intérieur du réacteur de l’unité 3, en se basant sur la température haute des gaz et la pression basse. Eh bien, cela signifie qu’il y a de l’air à l’intérieur, et les réacteurs nucléaires ne sont pas censés être refroidis par air. Donc il y a toujours un réel, sévère
problème pour refroidir le réacteur de l’unité 3. Une explosion d’hydrogène est encore possible dans l’unité 3, à cause de cette large disparité. Une autre chose qui ressort sur l’unité 3 cette semaine était un film qu’ils ont réussi à prendre dans la piscine à combustible. Et, vous vous rappelez que l’unité 3 est celle qui est largement un grand tas de débris à ce point, et les
images de la piscine étaient… terrifiantes. Elles indiquaient réellement que de grands morceaux de béton étaient tombés dans la piscine, de grandes masses de métal étaient dans la piscine, les barres, les barres de contrôle et les casiers de combustibles m’apparaissent déformés. Il y a une indication claire qu’il y a eu une violente explosion dans cette piscine. Je pense que les images confirment ce que je vous avait dit, qu’une sorte de réaction violente,
exothermique s’est produite à l’intérieur de cette piscine. Eh bien, l’autre information que j’ai rencontrée qui soutient cela, est qu’ils ont trouvé de hauts niveaux d’iode 131 dans cette piscine. Maintenant, on est dans cet accident depuis 60 jours, et l’iode 131 devrait être partie. Le fait de trouver de hauts niveaux d’iode 131 dans la piscine de l’unité 3 est une
autre indication qu’il y a eu ce que j’appelerais une criticalité modérée prompte (US: prompt, moderated criticality), heu, et je crois encore que c’est une preuve supplémentaire qui supporte ce que je dis depuis maintenant plusieurs semaines.

(6:00)
Passons à l’unité 4. L’unité 4 penche. Heu, TEPCO reconnaît que l’unité 4 penche. Heu, la structure externe est évidemment compromise par le feu et l’explosion de l’unité 3. Mais elle s’incline au sommet. Et, et ce n’est pas bon. S’il y a une réplique sismique, en résultat du premier tremblement de terre, l’unité 4 pourrait s’effondrer. Heu, TEPCO essaie de façon spectaculaire de consolider ce bâtiment mais c’est, c’est difficile. C’est vraiment difficile. Il y également eu des photos parues de l’intérieur de la piscine de l’unité 4. Et les casiers ont l’air d’avoir conservé leur intégrité. Donc, le plutonium qui a été trouvé à l’extérieur du site, je vais parler de cela un petit peu, le plutonium qui a été trouvé à l’extérieur ne pouvait pas provenir
de l’unité 4. Les casiers sont intacts. Il y a suffisamment de chaleur générée dans l’unité 4 pour brûler le bâtiment, pendant deux jours il y avait un feu. Je ne parierai pas que du plutonium et d’autres isotopes, cesium, strontium, ont été volatilisés. Mais je ne pense pas que l’unité 4 soit une source des grandes quantités du plutonium qui a été trouvé à l’extérieur du site. J’ai
fait quelques calculs cette semaine, et j’ai déterminé que, pour que des morceaux de combustible nucléaire soient trouvés à deux kilomètres, et c’est défini dans le rapport du NRC, ces morceaux devraient avoir été lancés à environ 900 à 1000 miles par heure, à partir de la piscine à combustible, pour parcourir cette distance. Basiquement ce dont j’ai fait l’hypothèse c’est un morceau de combustible à peu près de cette taille (montre un objet de quelques centimètres de long – 7:55) qui est lancé depuis la piscine de combustible nucléaire de l’unité 3 et qui parcourt 2 kilomètres. Et pour que cela se produise, avec la résistance de l’air, il devait démarrer à plus d’un millier de miles par heure. Ce que cela signifie, c’est que, à nouveau, ça confirme ce que j’ai dit tout du long, c’est plus rapide que la vitesse du son. Cela montre qu’il y a eu une détonation dans l’unité 3, et pas une déflagration.

(8:26)
Eh bien, tout ce que cela signifie, heu, le confinement de l’unité 1 fuit, ils ne peuvent pas mettre de l’azote dedans pour maintenir sa, maintenir sa pression. L’unité 2 fuit et remplit des tranchées à l’extérieur du site. L’unité 3 fuit maintenant également et remplit des tranchées à distance du réacteur. Donc, tous les 3 confinements nucléaires fuient.

(8.52)
Maintenant, ici aux Etats-Unis une commission de régulation a dit que c’est impossible pour un confinement nucléaire de fuir. Dans le Advisory Committee on Reactor Safeguards en octobre de l’année dernière, il est dit explicitement qu’ils font l’hypothèse d’une probabilité zéro de fuite du confinement. Bon évidemment c’est faux. Et cela affecte de nombreuses régulations sur l’exploitation des centrales, de même que le nouveau réacteur AP1000 Westinghouse qu’ils essaient de licencier. Je parlerai plus de cela la semaine prochaine.

(9:27)
Finalement je veux parler de ce que cela signifie pour les équipements à l’extérieur du réacteur Fukushima. D’abord parlons de l’eau. Comme je l’ai dit il y a beaucoup d’eau qui rentre, qui n’est pas toute capturée. Les experts ont montré que le, que le site s’est enfoncé d’un, environ d’un pied. Cela indique que le béton doit avoir cassé, que les fondations en béton doivent être en train de casser, et que les radiations doivent aller dans l’eau souterraine. Dans la dernière vidéo j’ai parlé du fait que les radiations sont entrées dans le système des égouts d’une ville locale. Un expert des eaux usées m’a contacté cette semaine et m’a dit que ce n’est pas rare après un tremblement de terre que de l’eau souterraine s’infiltre dans le réseau d’égout. Donc je pense que l’information la plus importante dont nous avons besoin de la part de TEPCO et du gouvernement japonais, et que nous n’avons pas encore obtenue, est quelle est la concentration de radioactivité dans l’eau souterraine.

(10:33)
Et finalement, les radiations dans l’air, il y a une étude qui est sortie cette semaine, à partir d’une combinaison de survols américains et japonais, qui indiquent une contamination à une distance de 50 et 60 kilomètres du réacteur, heu, une école, un collège, où les enfants doivent maintenant porter des masques et des vêtements à manches longues pour protéger leur peau, et dans l’école, dans le parking on gratte le sol, car il est tellement contaminé que si les enfants étaient dehors, ils seraient exposés à des niveaux de concentrations d’adultes travaillant dans le nucléaire. C’est déraisonnable que cette école soit gardée ouverte. Et finalement, tous les réacteurs continuent à émettre des radiations, les confinements ont échoué. Donc cela va en-dessous comme eau, au-dessus comme vapeur, et il n’y pas de plan ni d’idée pour empêcher cela dans l’avenir.

Merci beaucoup, et je reprendrai contact avec vous la semaine prochaine.

Partager :

138 réflexions sur « ARNOLD GUNDERSEN »

  1. Le blog de Dominique Leglu sur le site de « sciences et avenir » me parait sérieux. Elle a une formation de physicien nucléaire!

    Elle actualise et n’est guère optimiste…
    12 mai : « On s’en doutait depuis longtemps, mais voir la chose admise par l’opérateur TEPCO de la centrale Fukushima fait un effet sidérant : le cœur fondu du réacteur n°1 a percé sa cuve en de multiples endroits !(…)  »

    http://sciencepourvousetmoi.blogs.sciencesetavenir.fr/archive/2011/05/12/fukushima-suite-36-accident-maximal-dans-le-reacteur-n-1.html

      1. >Hervé

        A priori ce n’est pas la même gamme d’énergie, pas le même type d’interaction et de problématique.

        Il y a quelques passerelles, mais ça reste à la marge.

      2. Par contre sur le site de la wikipédia Dominique Leglu est créditée d’une thèse de physique des particules et de physique nucléaire: à priori en 1978 les champs des thèse étaient moins tranchés, ceci pour des raisons administratives car les divisions de physique nucléaire des particules et de physique nucléaire dans la recherche française n’ont été séparé que plus tard, ce que m’a confirmé un ami physicien nucléaire.

        Cela étant dit, le travail que fait Mme Leglu est intéressant.

  2. Ce qui m’étonne,c’est que la majorité de la population mondiale pense que quatre réacteurs nucléaires au plutonium en ruine(dont les bases fondamentales de controle et de fonctionnement sont anéanties)soient moins dangereux que Thernobyl…La perception instinctive de l’homme est elle si altérée par l’abondance d’informations contradictoires?

    1. La perception instinctive de l’homme est elle si altérée par l’abondance d’informations contradictoires?

      La réponse s’impose malheureusement à chaque élection….
      >_<"

  3. L’application de la formule de probabilité avait suscité la controverse, car une probabilité arbitraire avait été choisie : 1 / 5000, cad 1 accident majeur tous les 5000 ans.

    En lisant l’article sur Fukushima dans le Science&Vie de mai 2011 ils ont énoncé une probabilité de 1 /100.000. Dans un document du ministère de l’industrie on trouve le nombre 5 / 100.000.

    On peut considérer que la probabilité se trouve entre les 2, bien que les normes de sécurité n’ont certainement pas été au-dela de ce qui était demandé. En appliquant la formule :

    1 – (1 – 1 / 100000) ^ 443 = 0.0044
    1 – (1 – 5 / 100000) ^ 443 = 0.0219

    Il y a entre 0.4% et 2.2% d’avoir un accident majeur par an. On est loin de la probabilité annoncée : 1/100.000 = 0,005 %

    1. Je ne vois pas pourquoi on raisonne encore en termes de probablilité dans ce domaine. Quand un accident arrive, il est là, quel que soit la probabilité inisignifiante qu’on lui ait attribuée a priori. La seule chose qui compte, c’est l’étendue possible des dégats. De plus, une probabilité ne représente que ce qu’on a bien voulu faire rentrer dedans, elle dépend donc du modèle choisi, des hypothèses imaginées et retenues. Encore faut il que le scénario soit modélisable, et que la modélisation soit en adéquation avec la réalité. Or, il est très clair que les causes des accidents majeurs qui se sont produits ces dernières années échappent à cette modélisation (réactions inadaptées, expérimentations hasardeuses, construction et entretien au rabais, falsification, etc.)

    2. @bob L’utilisation de probabilité ici a posteriori est pour utiliser le langage du discours sur la sécurité nucléaire.
      La plupart des accidents graves correspondent à des situations considérées comme « impossible ».
      terme utilisé pour désigner les scénarios catastrophiques dont la probabilité d’occurrence est jugée extrêmement faible.
      tellement faible qu’ils ne sont même pas pris en compte dans les études probabilistes de sûreté.
      L’étendue possible des dégats est souvent évacuée au nom de l’impossibilité.
      Elle est niée
      Seuls restent les exemples de Tchernobyl et maintenant Fukushima.
      Un calcul a posteriori, tout criticable qu’il soit, ne fait appel à aucune modélisation.
      Son intérêt est de l’appliquer en généralisant là ou aucun accident ne s’est encore produit
      En France pour 60 réacteurs sur les 30 ans qui viennent soit 60 x30= 1800 années réacteur, l’espérance d’un accident grave sur la base de 7200 ans est de 1800/7200= 25% !
      Ce qui devrait inciter à s’en préoccupper.

      1. Un « Bayésien » vous dirait que les fréquences sont une chose, que les probabilités (ou plus exactement les vraisemblances) en sont une autre et que le lien entre les deux se trouve dans l’a priori que l’observateur des données leur applique.

        Tante Ursule prétend qu’elle est capable de distinguer si le sucre a été versé avant ou après le lait dans son thé de 5 heure. On prépare en secret 10 tasses de thé, 5 où le sucre a été versé avant le lait et 5 où il a été versé après. Tante Ursule répond correctement à la question « avant ou après » 7 fois sur les 10. Humm … finalement peut être qu’il y a du vrai dans ce que dit cette charmante tante Ursule.

        Oncle Rodolphe prétend posséder des dons de perception extra-sensorielle. On prépare en secret dix cartes à jouer, 5 rouges et 5 noires. Oncle Rodolphe répond correctement 7 fois sur 10 à la question « rouge ou noire ». Ouais, hé bien il en faudra plus me convaincre que cette vieille ganache d’oncle Rodolphe voit plus loin que le bout de son nez !

        Bref, même fréquence (7/10) dans les deux cas, peut-être, mais la vraisemblance que j’en déduis est différente en fonction de mon a priori sur le domaine.

        Pour des discussions plus précises, le chapitre 5 de Jaynes, « Probability theory, the logic of science » est impeccable (mais en anglais) :
        http://www-biba.inrialpes.fr/Jaynes/cc05e.pdf

      2. Quelle est la probabilité qu’un responsable politique ou industriel actuellement au pouvoir en France se retrouve pleinement impliqué de son vivant dans une catastrophe nucléaire ? C’est peut-être à calculer pour chacun des pro-nucléaires qui sont en charge, en fonction de leur espérance de vie, histoire de leur rendre plus palpable, plus « personnalisé » le risque qu’il prennent…

      3. @ slowXtal Merci pour cette vision des choses et ces exemples parlants, j’en déduis que quelque soit le nombre de catastrophes nucléaires au delà de Fukushima, les partisans de l’électro-nucléaire resteront inébranlables (puisque c’est impossible ou extrêmement improbable).

      4. @ fuku

        Un bayésien continuera en vous disant que pourvu que le prior ne soit pas rigoureusement nul sur certaines parties du domaine (c’est un tout petit peu plus compliqué que cela techniquement mais passons), à la longue, l’observation des données finira par l’emporter sur l’a priori et que deux observateurs partant de priors différents arriveront (asymptotiquement) aux mêmes décisions.

        Et là, il est temps d’entonner avec Keynes « Certes, oui, mais dans le long terme, nous sommes tous morts » en y ajoutant que, s’agissant du nucléaire, le long terme pourrait se révéler désagréablement proche !

        Il en est ainsi de tous les processus complexes qu’on cherche à optimiser : il existe une limite (en complexité admissible, en nombre de degrés de liberté, de paramètres si vous voulez) au-delà de laquelle il n’est pas envisageable de contrôler le système même si les espérances d’optimisation sont considérables ; en clair, en augmentant la complexité du système, on ouvre des espérances d’optimalité supérieures mais on se ferme dans le même temps les possibilités de contrôle du processus d’optimisation proprement dit : un meilleur optimum existe sûrement mais on ne peut plus le trouver et le système se « balade » comme il veut et pas comme on le souhaite.
        (connu sous le nom de dilemme biais-variance en apprentissage automatique)

        C’est toute la différence entre la régulation (introduire des paramètres de contrôle **dans** le système et donc le complexifier … pour la bonne cause — de meilleurs optima sont accessibles — mais en pure perte — algorithmiquement on a perdu tout contrôle) et la réglementation (qui borne le domaine où le système a le droit de se balader de façon abrupte — et tant pis pour les optima encore meilleurs qui sont à l’extérieur — et se contente de laisser chercher l’optimum dans cette région que l’on suppose pouvoir contrôler).

      5. @slowXtal merci encore pour le lien précédent qui nécessite un peu de temps pour le gouter pleinement.

        pour rependre les termes régulation et réglementation :
        Le confinement était vu comme une réglementation (rien ne sort sauf quelques dégazages d’urgence).
        Sauf que son intégrité était dépendante d’un refroidissement actif constant qui est plutôt de l’ordre de la régulation (avec sa complexité).
        Alors qu’un refroidissement statique aurait pu être exigé (réglementation),

        ou plus simplement la régulation par les audits ou la réglementation par l’arrêt ?

  4. Fukushima : Deux autres réacteurs sérieusement endommagés

    The Wall Street Journal
    MAY 15, 2011, 12:30 P.M. ET
    Two Other Reactors Suffer Serious Damage
    By MITSURU OBE

    TOKYO–Substantial damage to the fuel cores at two additional reactors of Japan’s Fukushima Daiichi nuclear complex has taken place, operator Tokyo Electric Power Co. said Sunday, further complicating the already daunting task of bringing them to a safe shutdown while avoiding the release of high levels of radioactivity. The revelation followed an acknowledgment on Thursday that a similar meltdown of the core took place at unit No. 1.

    (…)

    Tepco separately released its analysis on the timeline of the meltdown at unit No. 1. According to the analysis, the reactor core, or the nuclear fuel, was exposed to the air within five hours after the plant was struck by the earthquake. The temperature inside the core reached 2,800 degrees Celsius in six hours, causing the fuel pellets to melt away rapidly.
    Within 16 hours, the reactor core melted, dropped to the bottom of the pressure vessel and created a hole there. By then, an operation to pump water into the reactor was under way. This prevented the worst-case scenario, in which the overheating fuel would melt its way through the vessels and discharge large volumes of radiation outside.

    (…)

    1. Excusez moi Monsieur Paul, mais F. Leclerc fait, je crois, mention de ceci dans son fil sur Fukushima.

    2. Dans les semaines passees j’ai egalement ecoute Arnie Gundersen avec interet et assez bien de confiance.

      Il y a quelques semaines, on savait qu’il y avait plein de problemes mais que, contrairement a Tchernobyl, il ne s’agissait pas d’un reacteur ayant explose en plein fonctionnement. C’est peut-etre pour cela que l’opinion minimisait la gravite de la situation. Il semblait y avoir de l’espoir de refroidir tout ca et d’aller repecher une partie (voire tout) le combustible nucleaire present (pres de 800 TONNES au total).

      Les dernieres nouvelles me font penser que en dehors d’un eventuel repechage du contenu de la piscine #4, pour le reste la situation est foutue. Et, contrairement au cas de tchernobyl, la possibilite d’avoir un retour de criticalite va planer pendant longtemps: c’est ce que Mr Gundersen pense qui s’est passe au reacteur no 3… c’est une mini explosion nucleaire (tres peu efficace, donc tres « sale ») et ca peut briser n’importe quel sarcophage qui aurait ete erige par-dessus. =:-[

      A propos, je suis physicien, pas specialiste du nucleaire, et pas chimiste non plus: est-ce que quelqu’un pourrait me dire si ce qui suit tient la route (j’espere que non): puisque a haute temperature le zirconium est capable de reduire l’oxyde d’hydrogene (eau) en H2 + ZrO2, est-il capable de faire de meme avec l’oxyde d’Uranium ou de Plutonium? Car cela libererait le metal liquefie qui s’ccumulerait d’autant plus facilement dans des creux situes plus bas, augmentant d’autant le risque de retour a la criticalite!

      1. Je pense que de toute façon le Zirconium est déjà complètement transformé en oxyde vu les quantités de vapeur d’eau et d’eau disponible.

  5. Comme le poison,l’injection à petites doses d’une réalité morbide sera mieux tolérée par les populations?Et pendant deux mois,les autorités mondiales n’auront rien fait…nous assistons à un très mauvais film,un remake nucléaire de la crise financière…

  6. Une question me chatouille l’esprit, ou allons-nous loger ces 123 millions de japonais qui vont devoir quitter leur île contaminé?

  7. Ce soir, heute Abend, sur la radio allemande 98eins Sebastian Pflugbeil entre de 22 à 23h.
    Sebastian Pflugbeil (ici son portrait en français) est président de la Société pour la protection contre les radiations. C’est une personne qui a mon avis n’est pas moins digne de confiance et de respect que Gundersen, même s’il dit parfois les choses un peu plus « crûment « . En fait sont parcourt est riche en expériences humaines difficiles, surtout datant de l’époque de l’ancienne RDA.

Les commentaires sont fermés.