Archives par mot-clé : populisme

LA PSEUDO-RUPTURE DU FRONT NATIONAL, par Zébu

Billet invité.

« Brignoles, c’est un vote de défiance à l’égard des partis de gouvernement. ». « Les Français attendent des résultats, nous avons une obligation de résultats » (François Hollande).

« La responsabilité des dirigeants de l’UMP, qui n’ont même pas levé le petit doigt pour défendre leur candidate, est extrêmement importante. » (Jean-Marc Ayrault)

« La reprise est là, faites-nous confiance » (Stéphane Le Foll)

« François Hollande ne comprend rien s’il dit que le vote FN est une conséquence économique. Si le FN est passé à Brignoles, c’est parce que les gens de gauche ne sont pas allés voter. La gauche officielle a sauté, il ne reste que nous » (Jean-Luc Mélenchon)

« Je crois qu’une fronde sociale qui arriverait à se généraliser, ce serait le meilleur rempart à la montée du FN. » (Olivier Besancenot)

« Jean-François Copé a affirmé dimanche à l’AFP que la victoire du Front national à l’élection cantonale de Brignoles (Var) était le résultat d’une « double peine : la gestion désastreuse de la ville par les communistes » et « la gestion calamiteuse de notre pays par la gauche ». » (Jean-François Copé)

« Selon lui, dimanche soir, « les électeurs de Monsieur Ayrault sont allés voter pour le Front national ». « Le Front national, c’est le front du refus, le front des oubliés », a-t-il lancé. » (François Fillon)

§

Un Président de la République en déplacement à l’étranger, un Premier Ministre, un ministre de l’agriculture, un ancien premier ministre et un président du premier parti d’opposition, d’anciens candidats aux présidentielles, pour ne parler que de ceux-là, avouons que pour une élection locale partielle, c’est bien la France politique du ban et de l’arrière ban que l’on convoque …

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« SHUTDOWN », POUVOIR DE L’ARGENT ET POPULISME

Quand j’ai eu l’occasion, mardi dernier, de bavarder avec Joseph Stiglitz, je lui ai posé la question de son influence actuelle sur la politique américaine. Il m’a expliqué qu’il venait de jouer un rôle dans le retrait de la candidature de Larry Summers au poste de gouverneur de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, en coachant l’un des sénateurs qui faisait partie de la commission qui l’aurait interrogé sur la manière dont il entendait exercer son mandat.

« Pourquoi pas un rôle plus direct ? », lui avais-je alors demandé, « Pourquoi les administrations Obama ne vous ont-elles jamais offert un poste ? ». Sa réponse était sans surprise : parce qu’Obama était en 2008 le candidat de Wall Street.

Un peu provocateur, j’avais alors demandé : « Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu pour les US, à tout prendre que John McCain l’emporte en 2008 ? »
– « Ah non ! », s’était écrié Stiglitz : « Tout candidat présidentiel républicain est automatiquement l’otage du gros business ! »

Voilà donc où l’on en arrive dans un pays où le 1% au sommet truste 40% de la richesse de la nation : l’argent domine à ce point le processus démocratique que quand le peuple est appelé à voter pour un candidat à la présidence, le seul choix qui s’offre à lui est entre celui qui représente Wall Street et celui qui représente la US Chamber of Commerce. À ma gauche, l’argent spéculatif sans foi ni loi, à ma droite, l’argent du profit, fondamentaliste et raciste.

Que font, le jour de l’élection, les gens qui aimeraient que l’argent ne joue pas le rôle qu’il joue aujourd’hui en politique ? La réponse est simple : ils vont à la pêche ou ils votent pour le moins pire des candidats, c’est-à-dire celui qui est à la botte de Wall Street plutôt que celui qui est à la botte de la Chambre de Commerce.

Est-ce que cette découverte nous aide à deviner ce qui va se passer dans les jours qui viennent en ce qui concerne le « shutdown », la fermeture (partielle) de l’administration fédérale intervenue hier lundi ? Pas vraiment parce que même s’il s’agit d’argent d’un côté comme de l’autre, les positions sont extrêmement polarisées : il y a d’un côté ceux qui sont en faveur d’une assurance-maladie universelle parce que la spéculation pompant son argent sur l’économie réelle, il faut que les gens aillent travailler, et il y a de l’autre côté, ceux qui sont pour la disparition de l’État, parce qu’une fois celle-ci réalisée, chacun aura autant de pouvoir que celui que lui assure l’argent dont il dispose et l’on pourra décomposer le pays, pour le bonheur de tous, en provinces dirigées chacune par un Seigneur de la guerre ou toute autre forme de potentat.

Que dit le pouvoir de l’argent quand on le met en question ? Que celui ou celle qui le critique « verse dans le populisme le plus abject, source de tous les totalitarismes ».

Et il est vrai que le populisme est dangereux. Prenons l’exemple d’Hitler. En 1925, dans Mein Kampf, il s’enthousiasme pour la critique du pouvoir de l’argent qu’on trouve dans les livres de Gottfried Feder (1883-1941). Quelques années plus tard, les gros industriels, les Thyssen, les Krupp, etc. lui rappellent qu’il va avoir besoin d’argent, et que cela faciliterait beaucoup les choses s’il pouvait oublier les rêvasseries peu réalistes et peu pragmatiques de Feder, et lui, le Guide charismatique d’un Empire qui aurait dû durer mille ans, fait alors comme tous les autres avant lui : il s’écrase devant le pouvoir de l’argent.

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« C’est la seule qui dit la vérité », par Jeanne Favret-Saada

Billet invité.

Depuis trois jours, je rumine un nouveau poncif entendu à Marseille sur Marine Le Pen, cette fois dans la bouche de gens « de gauche », de petite classe moyenne, pourvus d’un emploi mais vivant en partie d’aides qui sautent les unes après les autres sans préavis : « La différence, avec Marine, c’est qu’elle dit la vérité. » Questionnés plus avant, mes interlocuteurs, d’ailleurs gênés par ce qu’ils viennent de dire, avancent qu' »elle ne parle pas la langue de bois », qu' »elle dit où on en est ». N’étant pas assez bornée pour rétorquer qu’elle aussi parle une langue de bois, mais une autre, je retourne dans ma tête cette phrase énorme : « elle dit la vérité ». Or hier, dans Le Monde, Françoise Fressoz a publié un entretien avec Alain Mergier qui m’a aidée à comprendre.

Je connais en gros la thèse de Mergier sur « le descenseur social », et les analyses qu’il mène parmi les électeurs potentiels du FN. Les passages suivants m’ont paru lumineux :

« Pourquoi les milieux populaires et les classes moyennes se tournent-ils de plus en plus vers le Front national ? Pas parce que ce parti tient un discours xénophobe, raciste, antisémite, mais parce que son discours tend un miroir dans lequel ils reconnaissent leur expérience sociale : la fragilisation du lien social, la croissance de leur vulnérabilité, l’imprévisibilité du lendemain. Le reproche qu’ils font à l’UMP et au PS est d’être sourds à cette destruction de leur vie quotidienne. Il y a ainsi dans l’esprit des milieux populaires et des classes moyennes une différence fondamentale entre l’extrême droite et les partis traditionnels. »

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« Le Grand Œuvre : une autre Europe, vite ! » : État des lieux, par Michel Leis

Billet invité.

Nécessité d’une construction européenne

L’Europe est un assemblage de nations qui partagent des racines anciennes, mais qui n’ont pas réellement de cultures communes (à commencer par la langue) malgré des interactions permanentes au cours de l’histoire. L’histoire de l’Europe s’exprime plus sous la forme de rivalités et de conflits que de coopérations, le dernier en date sur le sol européen remonte à moins de 20 ans. Le réveil des nationalismes, depuis la forme soft d’un populisme fondé sur l’égoïsme des régions les mieux loties, jusqu’aux formes les plus virulentes que sont les partis d’extrême-droite, fait craindre une balkanisation de l’Europe. Le maintien de la paix reste un enjeu d’actualité, il est le résultat d’une bataille permanente, en Europe plus que partout ailleurs. 

Vivre dans une région frontalière montre à quel point les frontières ne sont avant tout qu’un trait sur des cartes, l’eau, l’air, la pollution, mais aussi les capitaux et les travailleurs les franchissent allègrement. Les enjeux de demain nécessitent une coordination forte dans un espace suffisant pour garder un sens : ni trop grand, car de trop fortes disparités ne peuvent s’effacer d’un trait de plume, ni trop petit, car l’État nation a-t-il encore les moyens de mener seul des politiques énergétiques, de recherche ou de défense ? La combinaison de ces deux facteurs continue à donner un sens fort à la construction politique européenne. 

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Dessiner un paysage global pour le futur et un chemin pour y parvenir, par Michel Leis

Billet invité.

Une vraie course de vitesse s’est engagée qui se joue à plusieurs niveaux. Sur le plan économique, la poursuite d’une politique vouée à la résorption des déficits et au maintien de la compétitivité entraîne inexorablement les populations vers la voie de la pauvreté. Sur le plan politique, les mauvais génies de la droite extrême surfent sur un discours social dans une stratégie de passager clandestin schizophrène qui les rapproche dangereusement du pouvoir.

Le contre-discours existe, on peut le trouver sans trop chercher, son problème est qu’il n’a droit de cité qu’à la marge dans les médias de masse.

L’option d’une dénonciation sur un mode sensationnaliste, c’est rejoindre les discours populistes dont le positionnement primaire est essentiellement le « contre » (c’est ce qui en fait un mauvais populisme). De tels discours cristallisent les mécontentements mais cachent le manque de caractère opératoire des programmes proposés. Au final, c’est adopter le positionnement d’imprécateur qui n’est pas sans rappeler celui de Jean-Marie Le Pen au début des années 2000.

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Le parti du Peuple majuscule, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

Le populisme existe-t-il autrement que comme injure à destination de l’adversaire politique dont la drague ramène une clientèle plus nombreuse ? Arrêtons-nous un instant sur le mot, qui doit bien signifier une chose avenante pour qu’on en fasse un repoussoir parmi ceux-là mêmes qui recherchent les suffrages du peuple, gardent les suffrages et régurgitent le peuple.

POPULISME. Les termes en -isme n’ont pas la cote. Selon qu’on s’y trouve coincé comme sur une langue de terre paradisiaque que pincent deux océans ou qu’on actionne soi-même, depuis l’Olympe, la pince océanique, ils suggèrent un resserrement subi ou machiné de l’idée exprimée par le radical. Mais si l’on entend « isthme » dans populisme, on peut aussi bien, moyennant une petite manipulation, entendre « -issime », survivance d’un suffixe superlatif latin, ce qui ferait de notre populisme le parti du Peuple majuscule. Un parti du Peuple majuscule ne constitue pas le peuple en force de frappe uniforme, en marteau-pilon pour tête de Turc du moment. Cela, ce serait le parti du peuple minuscule, de même qu’il existe dans l’Islam un jihad minuscule, une ascèse par la violence à l’usage des croyants frustes pour qui verser le sang honore le verset qui l’ordonne. Un parti du Peuple majuscule ne court pas après un chef de guerre, un démagogue viandard dans le style d’un führer, d’un conducator ou d’un caudillo ; pas davantage après un chef de secte, un mystagogue psychopompe (aspirateur d’âmes) dans le style d’un gourou, d’un pape ou d’un docteur de la Loi révélée. Un parti du Peuple majuscule n’est pas une meute de lévriers lancée à la poursuite d’un leurre pour le plaisir de quelques parieurs fortunés. Il ne court pas du tout. Dans ce parti, on – du latin homo ; on, c’est vous ou moi, pas plus vous que moi – se pose à côté de son prochain, mais pas de cette manière distante, soupçonneuse, tout juste polie qui est de règle sous l’abribus et qui fait du prochain un déjà lointain contre lequel on n’a jamais fini de se précautionner. On se pose à côté de son prochain parce que, pour tenir debout et toucher le ciel, contrairement à ce que disent les paléontologues, il ne suffit pas de se dresser sur ses deux pattes postérieures, il faut pouvoir compter sur un ou plusieurs épaulements, en cas de défaillance ou d’insuffisance de l’ossature, il faut également fournir un épaulement à son voisin, lequel contribue à rigidifier l’ensemble. C’est cela, faire société, s’arc-bouter les uns sur les autres pour répartir les charges au cas où, et c’est un principe d’architecture élémentaire qui explique la diffusion et la longévité de l’architecture ecclésiale improprement appelée gothique. En exhibant ce principe, jusque-là dissimulé dans les murs, les ingénieurs médiévaux donnaient à entendre à la société chrétienne ce qu’il lui restait à accomplir pour faire advenir l’ecclesia évangélique. La nef et le transept figurent la croix. Fort bien. Mais que figurent les arcs-boutants ? Toutes les épaules secourables qui ont manqué au supplicié sur le chemin de la Passion. Le Christ attend toujours qu’on le soulage. Avis à tous les imprécateurs de Civitas et d’Ichtus qui mettent des conditions à l’amour du prochain où leur prophète n’en mettait aucune. 

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EMMANUEL TODD ET LE BANCOR, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Emmanuel Todd n’est pas naïf. Il constate comme beaucoup de monde qu’il y a des trous noirs dans notre système collectif de pensée. Les « élites incompétentes » est un constat avant d’être un jugement. Et le jugement de Todd est dans l’incomplétude scientifique : il porte sur l’objet à connaître hors de la considération des sujets de connaissance.

La binarité de la situation dans laquelle nous nous trouverions entre totalitarisme libéral et totalitarisme populiste est une manipulation mentale du totalitarisme élitaire. Le totalitarisme élitaire est l’impossibilité théorique d’intellectualiser l’altérité : le refus de considérer une réalité hors de cadres de pensée posés en doxa universelle. Nous sommes bien dans le trou noir de l’incompétence des élites persuadées de leur réalité exclusive. Même si le Titanic s’est déchiré sur l’iceberg, il est par construction insubmersible !

Si Todd est naïf, alors c’est que la démocratie est un mythe. Et là le trou est vraiment très très profond… L’alternative entre libéralisme et populisme est une construction génocidaire. C’est la construction mentale qui nous a fait passer de la première guerre mondiale à la deuxième, puis de la deuxième à la guerre froide et maintenant à l’éradication de la civilisation par destruction de toute possibilité pratique de démocratie. La démocratie et la possibilité de démocratie sont la négociabilité des cadres de pensée dans des sociétés construites sur un vivre ensemble supérieur aux intérêts particuliers.

Ce que montre très bien Todd, c’est que les états de la démocratie sont construits sur des communautés de pensée géographiquement cohérentes par des territoires catalyseurs d’histoires particulières des vivres ensemble. Ce que les élites incompétentes ne voient plus du tout, c’est que leurs idéologies abstraites ne fabriquent pas de vivre ensemble : le réel absorbe la réalité qui ne peut plus être ni pensée ni discutée par des citoyens vivants.

La monnaie de Keynes est l’élément qui manque à Todd pour concrétiser ses analyses. La chambre de compensation en bancor est un espace abstrait de confrontation des analyses vivantes plurielles de la réalité. La monnaie keynésienne territorialise les idées par la localité des citoyens en négociation de prix de leur réel. Les citoyens peuvent se former en peuples. La négociation des libertés devient scalable de l’individu à l’humanité entière. Les États sont les structures du vivre ensemble à toutes les échelles. Les échelles d’état sont toutes négociables par des parités de change. La monnaie mesure le vivre ensemble au lieu de la théocratie du néant non compensable.

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LE PEUPLE ET CEUX QUI L’AIMENT (I)

J’ai accepté une proposition qui m’a été faite par le Théâtre du Rond-Point à Paris, de présenter un spectacle à la fin de l’année (je ne suis pas le seul à qui cette proposition a été faite : d’autres, que vous aimez bien, se sont vu faire la même offre et l’ont eux aussi acceptée).

Le thème que j’ai choisi, c’est le peuple. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : je suis ulcéré que le populisme (une valeur de ma tradition familiale) ait été abandonné de gaieté de cœur à l’extrême-droite, comme synonyme de « haine », du fait que le peuple (les gens ordinaires : les gens qui travaillent) n’intéresse plus personne.

Je ne suis pas de ceux qui imaginent qu’on s’improvise « génie » dans un domaine qu’on ne maîtrise pas, et comme j’ai été très impressionné l’autre jour par le spectacle d’Audrey Vernon, je lui ai demandé de me conseiller dans ce domaine, ce qu’elle a accepté et a déjà commencé de faire.

Parmi les images qui me serviront de décor, j’aimerais prendre certains tableaux de mon « pays » (Bruxellois comme moi-même), Eugène Laermans (1864-1940), peintre « populiste » et, j’imagine, fier de l’être.

Les intrus (1903)

 

Un soir de grève (1893)

 

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LE POPULISME

Je ne sais plus qui a écrit ça. Je crois que c’est dans un roman de Philip Roth que j’ai lu une phrase comme celle-ci : « Elle m’a immédiatement ému. Quand je l’ai vue, ce qui m’est revenu en mémoire, c’est un visage de femme que j’ai un jour longuement scruté sur une photo qui s’appelait ‘Ouvrières à Stalingrad en 1941’ ».

Quand je vois le mot populisme utilisé comme synonyme de « haine », cela me fait très mal. Je vous ai déjà parlé de la casquette de prolo de mon père. Il faudra que la dignité du populisme lui revienne un jour.

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SOCIAL-DEMOCRATIE : LE RAPPORT DU MEDECIN-LEGISTE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand le système financier international s’effondra à l’automne 2008, entraînant l’économie à sa suite, on s’attendit à un retour en force de la social-démocratie. Voilà tant d’années qu’elle attendait son tour et nombreux étaient ceux qui espéraient sa venue. Le communisme – dont les conservateurs de tout poil avaient toujours prétendu qu’il constituait son abominable vérité cachée – était mort, le capitalisme était désormais moribond : le moment était venu. Un grand vent d’enthousiasme social-démocrate se levait aux États-Unis : un candidat du parti démocrate au profil neuf était apparu, le pays appelait de ses vœux un second Franklin D. Roosevelt pour appliquer lui aussi un New Deal qui remettrait le pays sur ses rails, qui lui permettrait de renouer avec l’une de ses valeurs originelles : un pays sans aristocratie, une grande classe moyenne libérée des luttes de classes ancestrales.

Le désappointement fut à la mesure de l’espoir qui était né. Wall Street qui avait trahi l’idéal d’une société sans classes avait vacillé, une administration républicaine déboussolée glissait de jour en jour davantage – faute d’alternative – vers la social-démocratie. Enfin Obama vint, il rétablit Wall Street sur ses pieds et lui rendit les rênes du pouvoir qui avaient manqué lui échapper de très peu. Les électeurs d’Obama en sont encore sonnés. Il ne restait qu’un seul endroit pour une opposition déterminée à la restauration qui avait eu lieu : le populisme libertarien du Tea Party.

Le peuple de la social-démocratie est celui de la citoyenneté, de la triade Liberté-Egalité-Fraternité ; le peuple du populisme, c’est l’éternel vaincu, réduit à l’aigreur et au ressentiment, toujours trop bête pour comprendre les multiples manières dont il est sans cesse berné et du coup, toujours prêt à se précipiter sur les chiffons rouges agités devant lui pour l’égarer et s’amuser en haut-lieu de sa stupidité intrinsèque.

En Europe aussi, le silence de la social-démocratie fut assourdissant. Des partis socialistes dont on attendait un sursaut n’émergèrent que des querelles entre candidats interchangeables, faute d’un quelconque programme. La raison en était simple : on attendait du corps endormi de la social-démocratie qu’il se réveille enfin mais quand rien ne se passa, il fallut bien constater que s’il avait cessé de bouger, c’était parce qu’il était mort : l’âme de la social-démocratie avait déserté les partis dits « socialistes » depuis trente ans déjà, sans pour autant aller se fixer ailleurs.

Le projet de la social-démocratie est-il pour autant à jamais perdu ? Peut-être pas. Depuis trois ou quatre ans, nous avons pris l’habitude en Occident d’attendre, pareils à des enfants geignards, que nos parents résolvent tous les problèmes pour nous. « La Chine, dit-on d’un air entendu, rachètera bien toutes nos entreprises en difficulté ! ». Ce qui est vrai : c’est en train de se passer à côté de chez vous. Elle soutient le dollar à bout de bras, et pour faire bonne mesure, l’euro aussi. Elle a déjà sauvé la Grèce, elle aide activement aujourd’hui le Portugal et l’Espagne, et sauvera bien tout le monde, le moment venu. « C’est son intérêt bien compris ! », ajoute-t-on du même air entendu. Vous aimez la social-démocratie ? C’est très simple : un peu de patience, un jour ou l’autre, la Chine finira bien par l’inventer pour nous.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction sur un support numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le temps qu’il fait, le 23 juillet 2010


Paul Jorion – Le temps qu'il fait le 23 juillet 2010
envoyé par PaulJorion. – L'actualité du moment en vidéo.

Le « financial overhaul » aux États-Unis – ce qu’il en reste

* La campagne contre Elizabeth Warren
* Le retour des subprimes !

La Hongrie contre le FMI : la taxe sur les établissements financiers

* Le populisme contre l’affairisme
* Errare humanum est… sed perseverare diabolicum !

Mr. Trichet et les « processus non-linéaires »

* Tests de stress, villages Potemkine et le retour de la confiance
* Confiance et vérité

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La démocratie aujourd’hui

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’événement le plus significatif – sinon le plus important – des jours derniers, c’est cet appel à la création d’un « contre-lobby » financier émanant de l’euro-député Vert, Pascal Canfin, initiative justifiée par la puissance démesurée des intérêts particuliers dans les décisions que prend le Parlement européen et, comme il est dit dans l’appel, par « un contexte de forte proximité des élites politiques et financières ».

Le même message grave peut être entendu à Washington, communiqué non pas par un parlementaire, comme dans le cas de l’appel de Bruxelles, mais par le Président américain lui-même, affirmant dans son allocution télévisée hebdomadaire du 1er mai, que le pouvoir qui lui est institutionnellement garanti n’est pas de taille vis-à-vis de celui dont disposent les lobbys financiers, soulignant en outre qu’une décision récente de la Cour Suprême américaine a rendu ce pouvoir illimité en déplafonnant les sommes que les entreprises peuvent injecter dans les campagnes électorales.

On ne s’étonnera de la montée du « populisme » que si un éventail de partis démocratiques permet à chaque électeur de voir sa volonté représentée dans le gouvernement réel de son pays. Mais si la « forte proximité des élites politiques et financières » implique que tout vote s’assimile désormais à une voix de plus venant conforter des élites financières détentrices du pouvoir effectif, alors la démocratie n’est pas en danger mais elle est déjà morte.

L’optimiste pense que le courant peut encore être inversé, et il n’est pas impossible que le fossé entre le peuple et ses « élites politiques et financières », aujourd’hui perçues comme intimement liées, puisse encore être comblé. Les jours sont en tout cas comptés. Surtout, dans le climat actuel de nerfs à vif, tout importe ! Aux États-Unis, le président Obama a désigné la Cour Suprême comme « ennemie du peuple », il serait gravissime que celle-ci prenne cette accusation à la légère, il faut au moins qu’elle y réponde. En Europe aussi, l’opinion est en alerte : son regard est immanquablement attiré par la moindre apparence de « proximité excessive des élites politiques et financières ». Dans le contexte actuel, les hommes et femmes politiques vers qui le regard se tourne, à tort ou à raison, auraient grand tort d’écarter la rumeur d’un simple revers de main.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, lundi 22 février 2010 à 10h46

Le fossé qui se creuse

Un fossé inquiétant est en train de se creuser. J’ai vu la semaine dernière des chiffres très alarmants. Des chiffres économiques effrayants, on en voit tous les jours, mais là, il s’agissait d’autre chose : il s’agissait des chiffres d’un sondage américain de l’Agence Rasmussen. Les chiffres les plus récents confirment une tendance de plus en plus marquée au fil des mois : une défiance de la population envers ceux qui la représentent et la gouvernent. À peine un peu plus d’un Américain sur cinq (21 %) considère aujourd’hui que la classe politique représente les citoyens ordinaires. Plus inquiétant encore – si l’on peut dire – est le fait que la classe politique n’en est absolument pas consciente : quand on interroge ses membres, près des deux tiers d’entre eux (63 %) considèrent qu’ils représentent le peuple de manière satisfaisante.

Plus intéressant encore est le fait que les anciens clivages politiques ont cessé de jouer : les électeurs qui se sont enregistrés comme démocrate ou républicain (c’est la manière dont on procède aux États-Unis) sont très proches les uns des autres sous ce rapport. Le « populisme » dirigé contre les politiciens est devenu en Amérique le courant massivement majoritaire, regroupant entre les deux tiers et les trois quarts de la population. Au point que l’institut de sondage Rasmussen l’a débaptisé de « populiste » pour l’appeler désormais : « mainstream », autrement dit : « courant dominant ».

Quelles sont les causes de cette perte de confiance massive ? Le sentiment qu’il existe une collusion entre la classe politique et le monde financier. La crise a été perçue par le public comme une faillite retentissante de l’establishment financier, qui en sort décrédibilisé. Or la classe politique semble avoir pris fait et cause pour le monde de la finance. Quand on demande aux Américains si la classe politique constitue un groupe d’intérêt poursuivant ses propres objectifs, 71 % répondent désormais que oui.

Observe-t-on quelque chose de similaire en Europe ? C’est difficile à dire : je n’ai pas vu d’enquête d’opinion à ce sujet. Un sondage IFOP – Le Monde publié le 19 janvier, mené en parallèle en France et en Grande-Bretagne, faisait apparaître, comme aux Etats-Unis, une désaffection massive – et du même ordre de grandeur dans les deux pays – envers le monde de la finance et de la politique aujourd’hui confondus.

Quels enseignements peut-on en tirer ? Ils sont de deux types. Il faut tout d’abord constater que la désaffection de la population envers la classe politique a atteint la cote d’alerte. On a connu des périodes où le fossé s’était creusé de cette manière et ce furent des périodes de très grande instabilité. Scott Rasmussen, le directeur de l’agence, observe à propos de ce sondage que le rejet de leurs gouvernants par les Américains atteint sans doute le niveau qu’il avait lors de leur guerre d’indépendance au XVIIIe siècle. La deuxième remarque est plus positive : les majorités qui sont en train d’émerger dans des pays occidentaux très différents les uns des autres, comme les Etats-Unis, la France ou la Grande-Bretagne, exigent que la finance – et peut-être même l’argent – joue dans notre monde un rôle plus limité que celui qu’on lui a vu jouer dans les années récentes. Ce sont des majorités de l’ordre de 70 %, voire même de 80 %, et qui frôlent donc maintenant l’unanimité.

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