Presse à sensations et géopolitique

Ci-dessous le billet qu’un grand quotidien français m’avait commandité le 27 mars. À ma connaissance il n’a jamais été publié. Je le publie ici parce que j’y fais allusion dans la vidéo que je publierai tout à l’heure. Ouvert aux commentaires.

Presse à sensations, dit-on en français, « gutter press », soit presse de caniveau ou « gossip press », presse à cancans, dit-on plus volontiers en anglais.

« Sensations » renvoie à l’affect, qu’il s’agit de secouer avec de l’inouï, voire de l’incroyable, « caniveau » renvoie au caractère sordide de la motivation : sexe ou argent ou, souvent, les deux à la fois, « cancans », à la pipolisation qui veut que ce ne soient pas les grandes forces sociales ou politiques qui meuvent l’histoire, mais des personnalités ou, en s’élevant d’un cran, des sociétés secrètes, des groupes ethniques tout entiers ou les fidèles d’une religion particulière.

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Trends – Tendances, La solution de la question européenne : dissoudre le peuple ! le 15 décembre 2016

Ouvert aux commentaires.

Qui ne se souvient du poème de Bertolt Brecht « La solution » qui semblait, au moment où il fut écrit en 1953, résumer très justement toutes les tares qui affectaient le communisme de type soviétique ?

Après l’insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l’Union des Écrivains
Fit distribuer des tracts sur le boulevard Staline.
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts
Qu’il peut la regagner.
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ?

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 4 NOVEMBRE 2016 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 4 novembre 2016. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le vendredi 4 novembre 2016 et dans quatre jours, le 8 novembre, le mardi 8 novembre, il y a des élections aux États-Unis. Alors, il y a des choses que je ne dois pas vous rappeler : je ne dois pas vous rappeler que c’est une grande nation, qu’elle pèse énormément sur le poids des affaires. Que le monde, dit occidental, repose essentiellement sur cette puissance pour son pouvoir militaire, pour pouvoir se défendre vis-à-vis d’attaques qui viendraient de l’extérieur.

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Donald Trump et Marine Le Pen : Le Peuple abandonné réclame au fond du désespoir le retour de l’État !

Un article sur le site américain The Week : « How an obscure adviser to Pat Buchanan predicted the wild Trump campaign in 1996 », par Michael Brendan Dougherty, analyse la course triomphale de Donald Trump dans la primaire républicaine des élections présidentielles du 8 novembre.

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Discours imaginaire, par Pascal

Billet invité.

Le peuple veut des droits ? Qu’a cela ne tienne, Il les aura. Mais Nous, nous conserverons le pouvoir de définir les droits et les devoirs. L’important n’est pas le droit, mais l’intérêt de Ceux qu’il sert et pour cela, Nous devons garder le pouvoir de l’initiative et de l’écriture.

1789 a donné des droits Sociaux au peuple que le CNR a confortés à la Libération, il serait bien imprudent de les contester. Alors, à Nous de renforcer l’autre droit, le Nôtre, le droit du Commerce et des affaires. Il suffira ensuite, droit contre droit, de soumettre le droit Social au droit du Commerce.

Le peuple sera satisfait de pouvoir revendiquer ses droits Sociaux mais sous couvert du « réalisme économique » qu’il s’agira d’instiller dans les cerveaux, le peuple devenu « communauté de consommateurs » acceptera de soumettre Son droit Social à Notre droit du Commerce.

Cette société ainsi organisée à Notre avantage, appelons la « Démocratie ». Ainsi, toute revendication ou remise en cause du système sera, de fait, attribuée à une volonté Anti-démocratique. Nous pourrions même qualifier ces contestataires de « populistes », ainsi la notion même de peuple deviendra suspecte.
 

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Pourquoi la gauche française s’est-elle fait voler le peuple ? L’entretien de Chantal Mouffe avec Pablo Iglesias, par Lazarillo de Tormes

Billet invité.

Un clip sous-titré de 6 minutes issu de l’interview récente de Chantal Mouffe par Pablo Iglesias en réponse au sentiment s’exprimant ici et là que Pablo Iglesias de Podemos n’intègre pas la France dans le scénario de conquête politique véhiculé dans son discours de Lisbonne. Au contraire, les cas de l’Italie et de la France sont des sujets d’intérêt – de frustration ? – pour un Iglesias qui, comme j’expliquais dans le billet sur ses tribulations new-yorquaises, a une vision de son engagement politique résolument post-national et de portée planétaire.

Dans cet extrait c’est donc le cas français qui est abordé dans la perspective de Chantal Mouffe. (Je me suis fait plaisir avec le « générique » 😉 : les cinéphiles reconnaîtront la bande originale du chef-d’oeuvre L’Arnaque de George Roy Hill avec Paul Newman et Robert Redford).

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LES JEUX POLITIQUES EUROPÉENS SE TENDENT, par François Leclerc

Billet invité.

À Athènes, Antonis Samaras tente de grignoter des voix parlementaires et d’assurer la victoire de son poulain à la Présidence de la République, afin de reculer la perspective d’élections législatives anticipées gagnées par Syriza. Le troisième et dernier tour des élections à la présidence aura lieu le 29 décembre, mais les pointages ne lui sont toujours pas favorables. Deux épisodes de débauchage font déjà jaser, avec pour cible un député des Indépendants et le parti Dimar, le premier sous la forme la plus classique d’un achat de vote, un enregistrement non authentifié circulant. Le second à l’occasion d’une allocution télévisée, hier dimanche, au cours de laquelle le premier ministre a proposé aux députés d’avancer les élections législatives à la fin 2015, au lieu de juin 2016, ainsi qu’un élargissement du gouvernement, en contrepartie de leur soutien à son candidat à la présidence, Stavros Dimas. Il reste une semaine pour conclure !

Le gouvernement espagnol a plus de temps devant lui, mais l’échéance des législatives s’approche, et il s’affaire tout autant à leur préparation. Avec en toile de fond l’étrange compétition qui est engagée entre l’Espagne et le Portugal – dont le calendrier est similaire – pour savoir dans lequel des deux pays les rapports entre l’argent et le monde de la politique sont les plus malsains. Dans les deux, le grand déballage se poursuit. La leçon catalane et le danger d’un éclatement de l’Espagne n’a pas été perdue par tout le monde, et le gouvernement de Madrid propose à toutes les régions de les faire bénéficier du taux avantageux dont le pays bénéficie sur le marché obligataire, afin de les soulager du poids de leur endettement. Une démonstration pratique des intérêts de la mutualisation des dettes régionales est donnée, en vue de mieux faire réfléchir aux bienfaits de l’État espagnol, qui n’en a pas été exagérément prodigue ces dernières années.

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Hongrie : Le gâteau, les miettes et la poubelle, par Michel Leis

Billet invité.

La reconduite du Fidesz, le parti de Viktor Orban à la tête de la Hongrie mérite d’être analysée à plus d’un titre. Les bonnes âmes souligneront une loi électorale taillée sur mesure, qui permet à la coalition populiste au pouvoir d’obtenir les deux tiers des sièges dans l’assemblée avec 44,5 % des voix. Elles invoqueront une opposition muselée, l’absence de liberté de la presse et d’autres facteurs qui disqualifient la Hongrie aux yeux de tous les démocrates sincères.

Il ne faut pourtant pas se leurrer, ces restrictions apportées à l’exercice de la démocratie ne suffisent pas à elles seules à expliquer la victoire du Fidesz, sans compter les 20 % obtenus par le Jobbik, ce parti d’extrême droite qui pourrait permettre demain de constituer une majorité alternative en cas de défection de son allié de coalition. En tout état de cause, un remord tardif du parti Chrétien Démocrate reste hypothétique, sa participation dans un gouvernement qui ne porte pas vraiment des valeurs chrétiennes n’a pas eu l’air de le gêner jusque-là et c’est une caution vis-à-vis de l’Europe à laquelle tient le Fidesz.

Cette victoire va être observée par tous les partis populistes européens qui pourraient bien voir dans le programme du parti de Viktor Orban la matrice d’un programme à succès.

En quoi consiste ce programme ? Un gros gâteau pour le monde économique, des miettes pour le peuple, et pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir trouvé leur place dans le train de l’économie triomphante, la poubelle.

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1er tour des Municipales en France

Vous me l’avez peut-être entendu dire ce matin, sur la radio suisse : quand les partis dits « raisonnables » ignorent délibérément les enjeux de société, la nature – qui a horreur du vide – permet aux partis dits « populistes » de s’en emparer. L’attachement du peuple à ce que les problèmes qui se posent à lui soient résolus, va se nicher où il le peut. Et Dieu merci, puisqu’on reste ainsi dans le cadre démocratique. Tant, du moins, que ces partis populistes demeurent légaux parce qu’ils respectent les règles du fonctionnement démocratique. Il faut louer le peuple de faire preuve de tant de sang-froid quand on voit la manière dont on le traite !

Ceci est-il susceptible de rendre un peu de jugeote aux partis dits « raisonnables » ? On aimerait bien, mais vu leur incapacité constatée au cours des six dernières années à secouer le joug de la finance sur les enjeux de société, et leur entêtement à adopter – quand ils prennent des mesures – celles qui ne font encore qu’aggraver la situation, on a toutes les raisons d’être inquiet !

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TRANSITION, par Michel Leis

Billet invité.

Les discours politiques des partis de pouvoir ne sont plus en phase avec la réalité d’aujourd’hui. Au-delà de leur dimension idéologique, ils font appel à des référentiels dépassés ou en voie d’épuisement. Cette situation reflète peu ou prou l’état présent des normes collectives : la norme de progrès a disparu et la norme de consommation s’effrite tous les jours un peu plus. De norme sociale dominante, rôle qu’elle a joué sur une très courte période, la norme de consommation est en train de devenir une machine à exclure et fragmenter notre société.

Depuis la naissance des formes modernes de la démocratie, le succès des partis politiques a presque toujours reposé sur leur capacité à être en phase avec la norme sociale dominante, dans le discours comme dans les actes. Se pose alors une question : est-il possible de reconstruire un discours et une action politique en l’absence d’une norme sociale qui joue son rôle ?   

Le retour en force dans les années 80 du discours libéral en Occident s’est fondé sur une ambiguïté. La place accordée à la prospérité économique était parfaitement en phase avec la montée de la norme de consommation, mais le contexte de crise qui a accompagné cette percée lui donnait une autre dimension : le retour à la prospérité promis après de nécessaires et douloureuses réformes (rien de nouveau sous le soleil !) renvoyait à la promesse de beaux lendemains. La crise serait bientôt vaincue : l’annonce d’un futur meilleur est l’essence même de la norme de progrès, ce discours jouait donc sur les deux tableaux. Certes, la consommation a prospéré au prix d’une lutte économique impitoyable, mais la crise a perduré. Un peu plus de dix ans après la percée des idées libérales, Jacques Chirac fait de la fracture sociale un thème de campagne, vingt ans après, le thème reste plus que jamais d’actualité, mais il est exploité sous d’autres formes et par d’autres partis.

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