Pourquoi la gauche française s’est-elle fait voler le peuple ? L’entretien de Chantal Mouffe avec Pablo Iglesias, par Lazarillo de Tormes

Billet invité.

Un clip sous-titré de 6 minutes issu de l’interview récente de Chantal Mouffe par Pablo Iglesias en réponse au sentiment s’exprimant ici et là que Pablo Iglesias de Podemos n’intègre pas la France dans le scénario de conquête politique véhiculé dans son discours de Lisbonne. Au contraire, les cas de l’Italie et de la France sont des sujets d’intérêt – de frustration ? – pour un Iglesias qui, comme j’expliquais dans le billet sur ses tribulations new-yorquaises, a une vision de son engagement politique résolument post-national et de portée planétaire.

Dans cet extrait c’est donc le cas français qui est abordé dans la perspective de Chantal Mouffe. (Je me suis fait plaisir avec le « générique » 😉 : les cinéphiles reconnaîtront la bande originale du chef-d’oeuvre L’Arnaque de George Roy Hill avec Paul Newman et Robert Redford).

Comme le sujet est essentiellement le populisme, voici une anecdote pour illustrer la stratégie de désamorçage par Podemos de la novlangue ordo-libérale. Celle-ci rend inopérant tout argumentaire dissident en le privant de la sémantique indispensable pour qu’il ait une chance d’incarner une opposition avec succès et, comme c’est le but en démocratie, de convaincre et susciter l’adhésion d’une majorité.

Après le résultat surprise des européennes de mai 2014 et les premiers sondages de l’été qui donnaient à Podemos 15 puis 20, 25 et dernièrement jusque 30% d’intentions de vote. L’argument « populisme! » occupait une place de choix dans l’arsenal des médias presque unanimement diffuseurs (et propriété) de l’ordo-idéologie dans un contexte d’hostilité médiatique totale.

Pablo Iglesias n’esquive pas, prend le taureau par les cornes et met à profit le vecteur pédagogique que sont ses deux émissions-débat pour en organiser une intitulée « Podemos et le populisme ». Des politiques et intellectuels de gauche et de droite et un psychanalyste débattent de la question. L’introduction de l’émission fait référence à la pensée d’Ernesto Laclau, en particulier sa définition du populisme:

« Lorsque des masses populaires exclues revendiquent leur présence dans l’arène politique, des formes de leadership non orthodoxes du point de vue libéral émergent. Sans populisme la politique court le danger de se transformer en bureaucratie. »

L’émission a 100.000 vues sur internet et le cercle sectoriel Podemos Filosofia à pendant des semaines produit des recensions, saucissonné l’émission et commenté chaque segment au point qu’aujourd’hui « monsieur tout le monde » curieux de Podemos connaît Gramsci et Laclau, et ceux apparentés au mouvement se revendiquent populistes avec la légèreté d’esprit de celui qui s’est approprié le concept.

La réduction au populisme a du coup pris du plomb dans l’aile, est de moins en moins utilisée dans la presse où elle se limite surtout à celle de l’arc extrême-droite/centre-droite (Libertad Digital, ABC, La Razon, El Mundo)

En quelques lignes le résumé de la totalité de l’émission avec Chantal Mouffe:

  • Aujourd’hui nous devons défendre les institutions socio-démocrates que nous avons toujours critiquées de ne pas être suffisamment progressistes.
  • La priorité aujourd’hui c’est récupérer les fondements de la social-démocratie pour ensuite les radicaliser.
  • Il faut une Europe forte non néolibérale. L’option du repli vers l’état nation n’est pas la solution
  • On ne peut comprendre Podemos en termes de droite ou de gauche. La bataille en Europe aujourd’hui c’est populisme de droite contre populisme de gauche
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55 réflexions sur « Pourquoi la gauche française s’est-elle fait voler le peuple ? L’entretien de Chantal Mouffe avec Pablo Iglesias, par Lazarillo de Tormes »

  1. Merci, c’est très intéressant!
    Vous pouvez développer, dans le dernier point, ceci que Chantal Mouffe m’a paru contredire?

    On ne peut comprendre Podemos en termes de droite ou de gauche.

  2.  »L’option du repli vers l’état nation n’est pas la solution », certes, mais dans les paramètres des programmes et discours politiques, il semble nécessaire d’introduire un peu de national pour emporter l’adhésion, Alexis Tsipras n’a-t-il pas déclaré au soir de l’élection: « C’est la Grèce digne, la Grèce juste, la Grèce qui travaille, la Grèce de la connaissance qui a gagné. »
    Hugo Chavez (Vénézuela), Evo Morales (Bolivie), José Mujica (Uruguay), Rafael Correa (Equateur) n’ont-ils pas agis pour recentrer l’économie sur leur pays? En cela, ils ont été taxés de populistes.
    Une Europe forte non néolibérale est bien évidemment souhaitable mais comment renouveler cet élan qui a été initié au lendemain de la dernière guerre, synchroniser les actions à entreprendre au niveau des états européens?
    L’espérance viendra sans doute de ces jeunes hommes (et femmes) politiques avec des idées neuves prêts à bousculer les partis traditionnels, figés qu’ils sont dans leurs certitudes.

    1. Sapir , sur ce theme a des idées qui me paraissent intérressantes. Comme lui ne ne voit pas comment on peut construire « une autre europe » non libérale , toutes les institutions européennes sont ordo libérales et surtout aucune (sauf peut etre le parlement croupion) n’est démocratique au sens qu’elle rest sous le controle du peuple souverain.
      On le voit bien avec la grece en ce moment , Ils sont seuls et c’est seuls qu’ils s’en sortirons et donnerons peut etre des idées a d’autres , mais pour le momment toutes les institutions sont braquées contre ce gouvernement démocratiquement élu.
      Autre souci , il est tres clair que dans certains pays du nord ( autour de l’arc allemand plutot) la majorité de la population n’a strictement pas envie de changement , ils sont les « rescapés » du massacre et tiennent a leur boué de sauvetage au risque de noyer les autres.
      Le salut ne peut passer que par un rapport de force national , détruire les institutions européennes et recomencer ( on ne partira pas de zero) sur des bases plus respectueuses du principe de la souveraineté populaire.
      Mais il faut faire tres vite , le TAFTA risque d’etre un obstacle supplémentaire , un lourd carcan de « droit » pour empecher toute politique.

      1. Sapir , sur ce theme a des idées qui me paraissent intérressantes.

        Voui, sur l’assassinat de Nemtsov aussi il a des « idées intéressantes ». Surtout pour ses amis du Kremlin d’ailleurs. Ça tombe bien ce sont aussi leurs idées, de ses amis. C’est beau l’amitié, la fidélité, la loyauté, etc.
        http://russeurope.hypotheses.org/3509

      2.  » Le salut ne peut passer que par un rapport de force national , détruire les institutions européennes……… »

        AVERTISSEMENT DE LA DESTROÏKA .
        Depuis une dizaine de jours, un nouvel appel circule sur l’internet germanophone. Suite à l’attitude cavalière de la BCE vis-à-vis de la Grèce, les organisateurs de la « Destroïka » montent au créneau :

        « Aux petits maîtres de ce monde :

        Inutile de vous le cacher, vous nous avez irrités. Vos manières d’avares nous ont toujours semblé détestables ; vos manœuvres pour perpétuer votre règne feutré nous ont toujours paru infâmes ; l’hypocrisie complète de votre morale économique ne nous a jamais échappé.

        Mais la semaine passée, vous êtes allés un peu trop loin. Vous avez poussé l’arrogance jusqu’à tomber les masques. En révoquant de manière unilatérale toute « facilité » de refinancement aux banques grecques, vous avez décidé de couper les vivres sans préavis à un État qui ne demandait guère qu’à jouir d’un petit peu de keynésianisme et de quelques instants d’euphorie nationale. Dans la foulée, vous avez osé déclarer en public, avec une franchise digne de Margaret Thatcher, qu’« il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens » – façon de réduire le politique au casting d’un film dont le scénario ne doit pas varier, ayant été écrit par vous. Vous avez tracé, sous les yeux écarquillés de tous, une ligne. Il y a vous, vos commissaires européens falots mais despotiques, vos grises institutions qui livrent une discrète guerre à l’échelle continentale, votre Banque Centrale qui, sous prétexte de servir l’économie, mène, souveraine, sa propre politique. Il y a surtout votre univers glacé et impeccable de l’optimisation économique, qui a ses quartiers, son langage, ses buildings et ses corps modèles. Et il y a nous, nous la plèbe planétaire qui trime, qui triche, qui tranche, et fait toujours un peu mauvais genre. Mais que croyez-vous ? Vous vous croyez seuls dans votre république phénoménale des taux d’intérêts, dans votre bulle médiatique des petites phrases sans conséquence, dans vos quartiers d’angoisse sécurisée ? Vous nous croyez sourds et aveugles, ou simplement bêtes et soumis ?

        Vous avez commis une erreur. La semaine passée, vous avez ajouté à l’humiliation muette du quotidien l’humiliation ouverte de la domination. Ce que vous avez fait « aux Grecs », vous nous l’avez déjà fait cent fois dans l’histoire, et vous le faites en permanence partout ailleurs sur la planète. Mais cela réveille en nous tous de vieilles blessures qui n’ont jamais cicatrisé.

        Vous avez commis une erreur. Vous avez cru pouvoir déclarer la guerre à un pays entier depuis Francfort, entre une soirée à l’opéra et un cocktail au Frankfurter Hof. Et cela, aucune issue heureuse des négociations sur la « dette grecque » ne pourra l’effacer.

        Vous avez commis une erreur. Vous pensez encore pouvoir inaugurer le nouveau siège à 1,2 milliard d’euros de la Banque Centrale Européenne le 18 mars prochain. Certes, vous avez prudemment réduit l’ampleur des festivités, étant donnée l’obscénité des circonstances, mais vous les avez maintenues. Erreur. Vous ne dominez pas encore le monde depuis les airs. Vous êtes quelque part sur terre. Vous êtes à Francfort les 16, 17 et 18 mars, les 16 et 17 pour discuter de « l’avenir de la branche financière » et le 18 pour manger des petits fours dans vos locaux flambant neufs. Chacun sait où vous trouver. Nous vous trouverons. Vous allez devoir payer. Nous allons vous faire la fête, avec tous nos amis, dès le lundi 16. Et croyez-nous : nous n’allons pas, nous, réduire nos festivités.

        Avec ce que vous avez fait la semaine passée, nos amis de partout en Europe qui hésitaient encore à se déplacer de si loin pour venir à Francfort vous gâcher quelques digestions se sont finalement décidés à venir. Nos amis grecs sont particulièrement furieux. Et leur rage est contagieuse. Ceci n’est pas une menace. Ceci est un constat. Vous êtes quelque part, nous sommes partout. Vous avez commis l’erreur de nous déclarer la guerre que vous nous livrez depuis toujours. Les parois de vos salons ne sont pas à l’épreuve de nos coups. Vos assiettes ne sont pas à l’épreuve de nos crachats. Vos forteresses sont vulnérables. Vous allez bientôt vous en rendre compte.  »

        MANE THECEL PHARES

        Pour aller plus loin :
        http://www.destroika.noblog.org

      3. @vigneron
        Même si les idées de Sapir heurtent ta sensibilité elles ont le mérité d’apporter une matière, contrairement aux articles de Libération, Le Monde, l’Obs…. avec leurs titres subliminaux (‘le premier opposant à Poutine assassiné devant le Kremlin’, en une seule phrase le pékin aura tout compris et continuera à se faire son cinéma). Nemtsov, présenté avec Kasparov, ou Navalny comme un redoutable opposant ne représentait en fait plus rien politiquement depuis son heure de gloire dans les années 90. L’idée que Poutine ait pu le faire assassiner en devient que plus ridicule. La seule chose dont on peut être sûre et que cet assassinat réveille de fortes craintes dans toute la société russe et qu’elle ne peut qu’avoir un effet déstabilisateur pour le pouvoir.

  3. Une première tentative de réponse via cette interview très synthétique -en anglais- de Chantal Mouffe qui résume bien l’émission.

    Une deuxième dans le dessin de « générique ». Question: sans compter les « noyaux durs » respectifs des deux goupes qui s’entre-déchirent, est-ce que la majorité ne seraient pas d’accord que le problème ne sont pas les portes individuelles mais bien ce qui se passe à partir du premier étage? Si on leur explique bien sûr… Et ça, ça n’a rien à voir avec la distinction gauche/droite mais parfois ou souvent ces-jours (voir documentaire d’Arte) avec le droit commun, c’est une… arnaque qui affecte les citoyens indépendament de leur idéologie.

  4. Lazarillo, vous qui avez vu l’émission en entier, que s’y est-il dit sur ce point?

    Mon idée actuelle, c’est que Podemos s’affirme ni de droite ni de gauche, à la fois pour réunir et pour renvoyer dos à dos droite et gauche de gouvernement, ennemis communs du peuple que Podemos construit – la plupart de ses représentants se reconnaissant de gauche à titre personnel.

    Tandis que pour Chantal Mouffe, droite et gauche sont deux catégories essentielles du positionnement politique et elle ne semble pas tenir pour possible un authentique « ni droite, ni gauche », que l’histoire nous a en effet présenté jusqu’à présent comme un des masques du conservatisme.

    Je rappelle, et cela fait un lien avec un autre billet actuellement ouvert aux commentaires, que pour J.-C. Michéa dans Impasse Adam Smith la gauche est une catégorie qui ne peut mener à un dépassement du capitalisme.

    1. Chantal Mouffe et Pablo Iglesias sont de gauche et savent mieux que nous que la gauche et la droite ne sont pas la même chose. Il disent aussi qu’on ne peut plus faire de classifications binaires comme jusque dans les années ’70 et que la raison n’est pas le facteur unique déterminant les positionnements électoraux. Les affects jouent un rôle grandissant à des époques de crise économique et de déficit de confiance dans la classe dirigeante.

      1. Objection, votre honneur. Mieux que vous, peut-être. Mieux que moi, vous n’en savez rien.

  5. Tant que les partis politiques s’accrocheront à la croissance ce sera perdu d’avance. Pour faire de la croissance (économique), chaque année, il faut plus d’énergie, chaque année.

    Dans notre monde moderne tout est lié au pétrole, du fait de l’extraction de matières premières dans des mines (diesel), du transport (diesel, kérosène) et/ou lorsque le pétrole est lui-même matière première (p.e. plastiques).

    Si l’on examine la production mondiale de pétrole (hors USA et Canada) on constate qu’elle oscille entre 74 et 76 millions de barils par jour depuis 2010. Pas d’augmentation depuis 5 ans, alors qu’avec un accroissement minimum de 2% par an, on aurait déjà dû être à 84 millions de barils par jour!

    La situation est pourtant très simple: si sur 59 pays producteurs, 35 pays voient leur production de pétrole diminuer de 1,5 millions de barils par jour (1,5Mb/j) d’une année à l’autre, les 24 autres pays doivent produire 1,5Mb/j en plus, simplement pour maintenir la production à niveau égal.

    Mais si l’on veut de la croissance, des emplois, des recettes fiscales, plus de population, etc., ces 24 pays doivent produire bien plus que 1,5Mb/j supplémentaires chaque année.

    Ron Patterson a examiné 15 pays dont la production a augmenté de 2005 à 2014.

    Il s’est posé la question suivante: « est-ce que la production future de ces pays va augmenter de manière telle qu’elle va compenser le déclin des autres ET augmenter la production chaque année »? La réponse est « non ».

    Conclusion, aucune promesse, d’aucun parti politique, ne pourra être tenue, parce que l’énergie dont le monde moderne disposera dans les années à venir va constamment diminuer.

  6. Lorsqu’on n’est plus maitre chez soi et que l’on ne connait pas le maitre qui vous dirige ni comment l’atteindre pour en changer, c’est aussi désagréable que de se réveiller ligoté sur son lit avec sur le ventre un paquet cadeau sur lequel est inscrit le mot « RESTAURATION ».
    Bégaiement de l’Histoire.
    Cette configuration nouvelle prend de cour tous les dépendants du système, forces politiques comprises.
    Si pour désigner ce délitement on considère que c’est carrément « la patrie qui est en danger », on verra bien vite que chaque pays agira alors en fonction de sa mémoire historique.
    A suivre donc au regard de la Grèce et de son histoire, ce qu’il adviendra des réactions pour l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Fance…

    1. En complément si l’on regarde les réactions « souverainistes » en France, on voit la transversalité de ce mouvement sur l’étendu de l’offre politique. D’un bord à l’autre de ce demi cercle les noms sont connus, un peu moins la représentativité fluctuante de leurs adhérents. Pour l’heure c’est l’extrême droite qui en tire avantage mais c’est une bulle informe difforme aléatoire qui peut rapidement faire des petits pour rejoindre ses lieux de naissance respectifs. Une bonne raison de ne pas faire silence sur cette question.
      À souhaiter vivement pour éviter la terrible gueule de bois d’un certain lendemain de 2017.

  7. Dans l’échec relatif du FdG en France face au FN – échec dans le sens où il est dépassé largement dans les votes notamment parmi les ouvriers et employés, relatif dans le sens où le FdG continue tout de même d’exister et d’être présent – il faut certainement lire deux facteurs déjà cités par Chantal Mouffe, l’avance prise par le FN auprès des classes populaires dès avant le début de la crise financière – le FN premier parmi les ouvriers dès le début des années 2000 voire avant – et la question de l’identité collective à laquelle le FdG apporte une réponse moins affirmée que le FN, voire une réponse peu claire.

    J’ajouterais un autre facteur potentiel, la crédibilité de l’opposition, mesurée d’abord par la perception de l' »esprit de décision ». La question de l’euro et des autres politiques européennes est un exemple marquant, voire peut-être fondamental : certes il y a une grande différence d’objectif entre un FdG qui en gros veut « une autre Europe fortement réorientée » et un FN qui veut « la France », donc les propositions des uns et des autres ne pouvaient que diverger. Mais ce que le FdG à ma connaissance n’a jamais fait est dire clairement « nous agirons pour réorienter l’Europe, mais si les autres ne veulent pas nous agirons d’abord tous seuls en France, quitte à ce que les autres nous rejoignent plus tard. Et si c’est contre les traités, eh bien ce sera le même tarif !« . Difficile de percevoir dans le FdG une volonté de faire passer les réformes qu’il défend envers et contre tout, notamment envers et contre les institutions européennes dont la plupart des gens savent qu’elles ont aujourd’hui une très forte influence sur la politique de la France, qu’ils en connaissent ou non précisément les leviers. Si cette volonté est présente – si ? – alors elle n’a pas été suffisamment exprimée. La partie « eh bien ce sera le même tarif » n’est pas là. Le FN étant sur des positions fortement souverainistes n’a en revanche bien sûr aucune difficulté à exprimer quelque chose de ce genre.

    Bien sûr tout cela est lié à la question de l’identité collective, c’est-à-dire celle de la nation. Nation que l’on recherche en elle-même et pour elle-même – version FN ou plus généralement souverainiste – ou nation que l’on considère comme moyen d’action visant à son propre dépassement, mais quoi qu’il en soit nation capable d’agir par elle-même donc y compris contre les contraintes, filets et rets auxquels l’UE actuelle peut donner l’impression de se réduire. L’articulation de la nation et de la gauche n’a bien sûr rien d’impossible – c’est même la version originale du nationalisme républicain en France 🙂 ! – mais une telle gauche n’a pas actuellement de porte-drapeau en France depuis que Jean-Pierre Chevènement s’est retiré de la course au pouvoir. Il vaut la peine d’ailleurs de remarquer que Florian Philippot le principal conseiller de Marine Le Pen est issu à l’origine de cette gauche et des rangs chevènementistes. Il n’est pas nécessairement le seul dans ce cas… et une partie de cette gauche a probablement déjà rejoint le FN.

    La crédibilité de l’opposition est d’ailleurs aussi mesurée par la réaction des autres forces politiques. Le fait est le FdG ne se prive pas d’appeler au vote PS « faute de mieux » lorsqu’il n’est pas en mesure de l’emporter, c’est-à-dire jusqu’ici quasiment toujours, le fait que le soutien apporté par le FdG n’est pas considéré comme problématique par les dirigeants du PS, ni dénoncé comme scandaleux et dangereux pour la démocratie par ceux de l’UMP, ne peut que désigner le FdG comme « moins opposant », ou opposant moins dur que ne l’est le FN toujours diabolisé parmi la classe politique même s’il l’est nettement moins parmi l’ensemble des Français. Ceci indépendamment du fait qu’il puisse être bon pour le FdG d’appeler à voter PS : même si c’est une bonne idée, le fait est que cela aide à désigner le FdG comme opposant peut-être davantage de nuance que sur le fonds… y compris si en réalité son opposition est tout à fait sérieuse ! Je parle ici de la perception plus que de la réalité.

    Naturellement les choses empirent largement lorsque le PS recevant cet indispensable soutien du FdG – indispensable oui, si Mélenchon avait renvoyé dos-à-dos Hollande et Sarkozy, comme Le Pen l’a fait de son côté, qui dit que le premier aurait bien gagné le second tour en 2012 ? – y répond… en négligeant totalement les propositions du FdG, il fait bien plutôt tout le contraire ! Et lorsque Mélenchon réagit à ce qui non seulement est un scandale politique, mais également un outrage personnel… en continuant peu ou prou sur la même ligne politique. Que pouvait-il faire d’autre ? Je n’en suis pas sûr. Mais le fait que le pouvoir socialiste se f…. éperdument de sa g….. – franchement, y a t il d’autres mots ? – ainsi que de celle de ses électeurs, après les avoir utilisés sans vergogne peut-il faire autre chose que « désespérer Billancourt » ? Désespérer justement sur le fait que le FdG puisse apporter des solutions ?

      1. Comment ils disent déjà les malins de l’analyse, « ni droite ni gauche » … On sait, in fine, à qui sert ce genre de propos malheureusement. Alexis est un très mauvais prestidigitateur, on voit tous ses trucs : nul ! je veux être remboursé de mon temps de lecture !

  8. « Je vais demander au gouvernement français de présenter un plan de réformes ambitieux. La loi Macron (…) réforme structurelle (…) est un premier pas », a indiqué le commissaire européen aux Finances et ancien locataire de Bercy, Pierre Moscovici
    Jean-Claude Juncker: « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »,
    « Nous voudrions voir la France renforcer ses réformes, en nombre comme en intensité. » Selon lui, « la France soufre d’un manque de réformes dites structurelles, de réformes qui portent sur l’essentiel (…). Elle doit soigneusement examiner les faiblesses de son droit du travail. »
    Faut-il s’étonner ensuite que les peuples renâclent, car tout ce qu’ils intitulent ‘réformes’ sont des reculs en matière de droits sociaux, durement acquis au cours du temps?
    Oui il y a des réformes à mener, mais pas celles que ces gens tentent d’imposer, et la première d’entre-elles est le mode de fonctionnement de l’Europe elle-même, malheureusement, les partis traditionnels sont trop ‘conformistes’ et n’osent s’attaquer à cette tâche laissant ainsi la voie ouverte aux extrémistes.

  9. @ Guy Leboutte ; Ici (vidéo) Pablos Iglesias en parle un peu, mais ça doit se trouver plus clairement énoncé dans une de ses autres interventions vidéos (quoi qu’ il en soit il s’ agit d’ une intervention dans une vidéo sous-titrée en fr) et je suis quasi certain de l’ avoir entendu dire : d’ abord prendre le pouvoir (sans tenir compte des clivages gauche droite donc) et ensuite agir à partir de ce résultat. Donc le contraire de ce qui se fait habituellement.
    C’ est d’ ailleurs un peu ce qu’ a fait Syriza en incluant Pános Kamménos, le chef du parti Grecs indépendants (quoiqu’ il s’ agisse ici plutôt d’ une coalition), afin d’ avoir la majorité absolue au gouvernement.

    De 2′ à 3’15 », c’ est assez clair.
    https://www.youtube.com/watch?v=wVj4Avs5EUY&feature=youtu.be

    Sorry, c’ est un peu brouillon mais le temps me manque ce matin.

    1. On avait déjà tout à fait bien compris ce que signifiait l’éternel mot d’ordre « ni droite ni gauche » populiste. Tsipras et Kammenos se sont chargés des travaux pratiques, i.e de le démontrer par l’exemple, aux tardifs niveau comprenette.

    2. Pierre C, oui oui, je connais cette vidéo.

      Pour ce qui est de Syriza, ce mouvement a débordé du cadre d’une gauche radicale plus ou moins classique bien avant les élections, sans quoi il ne les aurait pas gagnées pour la raison qu’il prêcherait une épure désincarnée, plus ou moins bien rationalisée contre l’euro et éventuellement pour la sortie du cadre de la monnaie unique. Varoufakis explique très clairement dans sa conférence de mai 2013 à Zagreb (vidéo) « Comment je suis devenu un marxiste erratique » (ici texte en français et là l’original du Guardian en anglais), pourquoi selon lui la tâche stratégique (et marxiste ajoute-t-il) de l’heure est de sauver le capitalisme de lui-même et de l’effondrement de la zone euro à un moment où il n’y a pas encore de projet de rechange. Pour lui, la politique allemande et européenne actuelle travaille à cet effondrement, et l’état des forces ne pourrait que pousser à la réussite des dérives droitières et ultra-droitières. D’où sa ligne qu’il appelle stratégique. On en pense ce qu’on veut, mais c’est clair et cohérent, et pour le moment, Syriza a créé le premier et à ce jour le seul ébranlement de la scène européenne.

      Podemos est certes différent. Quand on y dit « ni droite ni gauche » , il s’agit évidemment des partis de gouvernement (voir le slogan « de gauche ou de droite, ils sont au-dessus, et nous sommes en-dessous » ), et vraisemblablement aussi aux radicaux empêtrés dans les vieilles formes et les vieux concepts. Les vieux concepts sont la meilleure sauvegarde du merdier ambiant, et la Commission peut dire merci au parti communiste grec et à quelques autres.

      vigneron, Chantal Mouffe ci-devant présentée considère que sans populisme la politique devient bureaucratique, et qu’il y a des populismes de droite et des populismes de gauche. Elle considère qu’il n’y a pas de bon projet politique qui n’inclue les passions, et ça fait du bien à entendre en notre époque technocratique. (C’est à l’évidence une des grandes raisons de la force d’attraction qu’exerce de Gaulle sur d’anciens gauchistes vieillissants, je ne citerai pas de noms.) Mouffe utilise aussi le concept de post-démocratie, où les formes et le label de la démocratie subsistent, mais sont de plus en plus une coquille creuse. Pour elle nous y sommes déjà, pour Colin Crouch nous y allons. Ce concept ne peut que parler à un nombre croissant de citoyens. Et certains iront jusqu’à partager la thèse de Jacques Rancière dans son petit livre La haine de la démocratie, selon laquelle nos dirigeants considèrent la démocratie, expression de l’ « homme sans qualités » (et sans propriété) comme l’ennemi. Juncker a commencé de le dire explicitement.

      On ajoute à ça un peu de Gramsci, qui n’a jamais été aux affaires, et est cité dans le mouvement espagnol comme par Chantal Mouffe, et on a une petite chance de répondre créativement à un capitalisme qui n’est plus celui du passé.

      En bref, le populisme ou soi-disant populisme de Syriza ou de Podemos n’est pour moi pas un problème. Dans l’atonie européenne d’aujourd’hui, il a même les traits d’une avancée.

      —————————-

      PS:
      Merci encore à Lazarillo de Tormes pour ce billet que vigneron fait semblant de ne pas avoir lu.

      1. S’il n’était pas indispensable d’être populiste, les publicitaires ne le seraient pas.
        Les gens (trop) sérieux font fuir.

      2. Ce qu’elle dit la dame, Leboutte, c’est qu’en Europe aujourd’hui ce serait « populisme de droite contre populisme de gauche ». Ce que je vois aujourd’hui en Grèce, Leboutte, c’est une chimère de gouvernement d’union populaire social-démocrate/populiste de droite.

      3. Historiquement, les populistes montrent leurs gros bras, suivant les cas, s’affrontent, puis selon l’issue du combat, si combat il y a, le gros des troupes du perdant fait allégeance au vainqueur. Non mais quelle stupidité cette histoire !. Pas une seconde personnellement je ne filerais les clés à ces gens là, de droite ou de gauche. C’est pas déjà assez le bordel comme ça, saperlipopette !

  10. J’ai beaucoup de mal (je m’en remettrai) avec cette expression « se faire voler le peuple ».

    Le premier « parti ouvrier » est toujours (au moins en France) l’abstention.

    Le choix de la « gauche de gouvernement » de s’adresser à la droite en croyant qu’elle va y gratter des voix et au mieux idiot au pire révélateur de ses choix idéologiques de ces quarante (et je suis poli) dernières années.

    Qui à intérêt à répéter/matraquer/marteler que la seule contestation possible/existante/viable est à droite?

  11. Notre monde moderne est en train de s’effondrer (collapse) et les gens se demandent si Podemos est de gauche ou de droite… Mais de quoi pouvaient donc parler les passagers du Titanic le 14 avril 1912 à 23h55?

  12. Je suis sidéré par l’accent de cette dame (qui soit dit en passant tient des propos très intéressants), elle parle un espagnol presque parfait et très fluide mais sans jamais rouler un « r » !!! ???? Comment peut on maitriser à ce point une langue sans la moindre notion de phonétique ?? Iglesias a un peu du mal a garder son sérieux tant cela fait penser à l’accent Français forcé des doublages de films espagnols quand ils font parler un français. C’est dommage car son propos perd de son impact pour l’auditeur hispanophone.

    1. Normal que cette dame ait cet accent français lorsqu’elle s’exprime en espagnol, elle est originaire de Belgique, côté francophone.
      Pour l’Histoire, il peut être dangereux de ne pas posséder l’accent du pays où l’on réside, 30.000 malheureux haïtiens présents en République dominicaine en 1937 ont été massacrés car prononçant perejil (persil) avec l’accent créole haïtien !

    2. Peut-être est-ce l’accent argentin, qui est la façon italienne de parler l’espagnol, de son ami Ernesto Laclau? 🙂

  13. Passionnant. Juste deux remarques :
    1) Si Mélenchon a si bien compris la dimension passionnelle de l’action politique, du coup qu’est-ce qui explique qu’il ait beaucoup plus de mal à convaincre que Tsipras ou Iglesias ?
    2) Côté générique, petit rappel du nom du génial auteur de la musique : Scott Joplin.

    1. 1 – Il a l’air de sortir des années 50…
      2 – Il ne sait pas se maîtriser, ce qui fait un peu peur s’il doit un jour diriger.
      Dommage qu’on en soit pas conscient au FdG…

  14. Je n’ai trouvé qu’une définition satisfaisante (de mon point de vue et correspondant à ma culture historique) de la notion de populisme; C’est celle de l’université canadienne Sherbrooke que je rappelle ici:
    « Populisme: Idéologie (ou mouvement politique) qui fait la promotion du «peuple» -imaginaire ou réel, majoritaire ou identitaire- en développant un discours fondé sur une triple méfiance : 1) à l’endroit de certaines élites (partis, députés, fonctionnaires) ; 2) à l’endroit d’un prétendu système caché (complot) qui trahirait les intérêts fondamentaux du peuple et 3) à l’endroit d’entités ou de mouvances internationales -entreprises, organisations, migrations, etc.. Associé parfois à la droite et parfois à la gauche, le populisme est aussi un style politique : doctrine simple, chef fort et charismatique, organisations de masse structurées. »
    Cette définition montre bien que le populisme désigne un discours démagogique et simpliste désignant somme toute des boucs émissaires à la vindicte du bon Peuple.
    Par contre l’appel à la souveraineté populaire, le démontage et la dénonciation fondée, argumentée, du fonctionnement d’institutions comme la Finance, l’UE, la Presse,..ne relèvent pas du populisme.
    Alors faut-il utiliser un populisme de gauche en privilégiant la diatribe, la dénonciation sur l’analyse puis la condamnation? Je crois que le combat politique passe toujours par un moment populiste dans les arènes des meetings électoraux.
    Si la gauche française s’est fait voler le peuple, c’est d’abord parce qu’elle a trahi ses engagements depuis le milieu des années 80 et dans le sillage ordo-libéral de la construction européenne et de la mondialisation. Jusqu’à admettre le contournement du refus du TCE par le vote d’élus godillots foulant aux pieds la décision du peuple qu’ils prétendent représenter!
    Aucun parti, hors le FN, ne remet pourtant en jeu la sortie de l’euro ou de l’UE. La construction européenne à cliquet a donc mis l’essentiel du fonctionnement de l’UE ou de l’euro hors du champ démocratique.
    Même la gauche plus radicale ayant argumenté contre Maastricht, le TCE, la BCE et longuement débattu de ces sujets lors de la campagne du TCE, avec en plus la victoire au bout, même cette gauche ne cherche pas à thésauriser sur ces thèmes de peur d’avoir un discours trop proche de celui du FN et des souverainistes.
    La gauche radicale a d’ailleurs un problème avec la notion de souveraineté y compris populaire, pourtant au cœur des processus historiques de fondation de la République ; elle craint une dérive vers le nationalisme et renforce du coup ses références à l’internationalisme. Elle se retrouve alors enfermée dans cette contradiction : dénoncer, combattre la finance, le capitalisme sans remettre en jeu l’UE qui est pourtant leur cheval de Troie, sans faire référence et appel à la souveraineté nationale et populaire et en s’en remettant à une hypothétique fédération internationale des luttes illustrée par un altermondialisme en perte de vitesse et de repères (comme on a pu le voir à l’occasion des dernières crises, Libye, Syrie, Ukraine, Mali…).
    Enfin la Gauche de gauche est partagée entre ses différentes chapelles et un réalisme électoral qui , à l’approche des diverses élections, entraine de fait un éclatement des différents collectifs d’actions fédérées en cours, ainsi du Collectif du 29 mai, puis des collectifs unitaires antilibéraux en 2007, puis du Collectif pour un Audit Citoyen de la Dette en 2012…

    Comme on a pu le voir lors des multiples épisodes du voile islamique, des émeutes de banlieue, des caricatures de Mahomet et pour finir avec les tragiques attentats de Paris et le djihad syrien, d’autres fractures traversent la Gauche concernant l’Islam, la laïcité, l’intégration ou le communautarisme et plus généralement une difficulté à « débattre » des problématiques de l’immigration.
    Entre le « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » de Rocard et l’invitation de Mélenchon faite à nos « frères et sœurs du Maghreb » il y a largement la place pour un débat potentiel. Cette absence de débat masque en fait de nombreuses contradictions idéologiques ou sociologiques que le récent dérapage de Valls sur l’apartheid des banlieues ne fait que révéler.

    Apartheid, ségrégation, ghetto, zones de non droit, zones sensibles, quartiers prioritaires… On n’arrête pas de tourner autour d’une réalité de ségrégation à caractère ethnique concernant les immigrés d’origine africaine et surtout leurs enfants pourtant nés français.
    Les travaux de l’enquête Trajectoires et origines 2008-2009 de L’INED http://teo.site.ined.fr/fr/ et l’ouvrage : « La ségrégation des immigrés en France : état des lieux » de Jean-Louis Pan Ké Shon * (INED population et sociétés 477 avril 2011) font un constat alarmant de cette situation. On peut retrouver les principaux éléments de cette étude sur :
    http://environnement.geopolitique.over-blog.fr/2015/02/qui-sont-les-jeunes-des-quartiers-questions-d-integration.html

    Le choc Charlie a mis à jour une partie de la problématique ; on a parlé de civisme, de laïcité, de valeurs de la République, de citoyenneté, de la nécessité de cours d’instruction civique, de morale…Il ne s’agit plus pourtant d’un problème d’immigration mais d’une question d’intégration mais aussi d’un questionnement sur la notion de communauté, d’identité nationale, d’appartenance, de consistance de la notion de Peuple et sur le contrat social : liberté, égalité, fraternité.
    Là aussi, sur ces questions, la Gauche a abandonné une partie du terrain à la Droite et à l’extrême droite en ignorant un peu trop la dose nécessaire de populisme de gauche- dont parle Podemos -si l’on veut mobiliser les gens.
    Reste ensuite à définir les objectifs de cette mobilisation…Poursuivre dans une social-démocratie molle as usual, radicaliser, quoi ? comment ? jusqu’où ? Autant de points de divergence potentiels pour nos diverses chapelles à la gauche de la Gauche !

  15. Il faut quand même noter que les partis d’extrème droite sont interdits en Espagne du fait de la loi contre l’apologie du Franquisme. C’est donc beaucoup plus facile d’occuper l’espace pour une gauche populiste du fait que l’équivalent du FN est inclu dans le PP au pouvoir qui est à ce jour totalement discrédité. Si en France on avait un UMP et un FN réunis dans un même partis les électeurs qui ont fui l’UMP n’auraient pas aussi massivement rejoins le FN et ceux qui fuient le PS n’auraient d’autre alternative que l’aile gauche. cependant je pense qu’a la lumière du quinquenat de Hollande il vas émerger une espèce de masse informe au centre qui se dira « démocrate » et qui se caractériserons par le fait qu’ils « paient leurs dettes avant de remplir le frigo et d’élever leurs enfants », c’est peut être le FG qui a le plus gros coup a jouer au prochaine présidentielles malgré ce qu’il parait…. Cependant la caste française est bien consciente de ce qui s’est passé en Espagne et pour l’instant elle ne commet pas les erreurs commises en espagne, il faut regarder les choses en face, c’est la mise au grand jour d’une corruption systématisée (avec un cynisme inimaginable de la part des mis en cause associé a une impunité inimaginable) dans les deux grands partis qui a fait monter Podemos et l’effet à été d’autant plus puissant qu’il n’y avait pas d’alternative a droite, chose qui est en train de changer avec la montée de Ciutadans.
    On imagine pas en France la bombe qu’aurait été un cas Barcenas. Pour donner une idée imaginons qu’on ait saisit les ordinateurs de Cahuzac et qu’on se soit rendu compte que le parti avait formaté les disques durs puis que la justice perde le dossier relatif à la plainte pour destruction de preuves….. et encore, Cahuzac n’avait qu’un compte en suisse ou il avait mis Son argent alors que Barcenas a fourni un listing avec tous les encaissement illégaux du Parti Populaire depuis 1990 avec dans la colonne en face les paiements en liquide effectués chaque mois à tous les éléphants du parti dont l’actuel président du gouvernement. En France un cas Barcenas aurait fait tomber le gouvernement, voire la Republique, du moins je l’espère. Et ici je n’ai pas parlé du cas des ERE du PSOE qui se faisaient entre copain des petits cadeaux en guise d’indemnités de licenciement en Andalousie : on parle d’1milliard d’euros?? Et puis Gurtel, Operacion Punica, les Visa Black, etc etc etc …. il sort un nouveau cas tous les jours ou presque et les juges sont inhabilités en moins de 2 ou alors on leur donne 2 mois pour clore un dossier qui necessite 5 ans, aprés quoi le dossier change de main… (J’ai un copain qui s’en vas vivre en thailande et il était inquiet de la corruption la bas, quand je lui ai raconté la situation en espagne il m’as dit que la thailande c’était a peu près de cette ampleur (avec la junte militaire en plus) il avait du mal à croire qu’on avait ça en Europe).

    1. Merci, Dup, ça manque, des commentaires comme le vôtre!

      Iglesias lui-même dit que le FN en France peut se prétendre « anti-système » parce que jamais aux affaires, et qu’en Espagne l’extrême-droite appartient au PP. (J’en tire une petite conclusion personnelle, qu’il faut attaquer le FN sur cette prétention.)
      Je ne l’ai pas entendu dire à quel point la corruption est grande dans son pays, et merci de donner des détails.
      Mais n’oubliez pas que la saisie des logements aussi est sans équivalent en Espagne – et une des sources de la mobilisation, et que le chômage est autrement plus important encore qu’en France.

      Il reste que la réussite du FN en France est préoccupante et nous inquiète dans le monde entier.

      La Grèce comme l’Espagne, que je tiens pour des leçons d’histoire en direct, nous montrent qu’il « faut » une énorme souffrance sociale avant que les choses et les gens ne bougent.

      1. Si, il le dit, la corruption est son principal cheval de bataille, peut être moins dans la com exterieure car on lui reprocherait d’abimer la « marque espagne » bien qu’il renie cette expression, il n’en reste pas moins espagnol et comme une grande majorité ici il a honte, le mot le plus utilisé en ce moment en espagne ce n’est pas crisis, ni prima de riesgo comme il ya quelques années mais Verguenza (honte en français)

        Verguenza : pour la corruption, pour la malnutrition infantile, pour les résultats educatifs, pour le retour a l’émigration comme au temps de Franco, pour les expulsions en plein mois de janvier de familles avec des enfants, de handicapés, de mamies de plus de 90 ans, Verguenza pour les cas de preferentes qui ont paralysés les économies des gens confiants au profits des cajas de ahoro (certains documents signés avec des empreintes digitales pour cause d’illettrisme et les économies d’une vie bloquée pour 15 ans…. : « tu sais ou je serais moi me dit Manolo (70 ans) dans 15 ans… tiens j’ai oublié de lui dire F.ls de p.te au banquier, je vais y repasser demain… » anecdote vécue) . Et pendant ce temps les conseillers d’administration avec des visa fantômes ou ils peuvent piocher sans limites ni justification, ni déclaration au fisc…
        C’est fort de tout ça que Podemos est monté si vite, comme j’ai l’habitude de le dire Podemos c’est la créature de Bankeinstein…

    2. « Il faut quand même noter que les partis d’extrème droite sont interdits en Espagne du fait de la loi contre l’apologie du Franquisme. »

      Ce que vous dites là est faux. Dans 3 semaines il y a des élections en Andalousie. Jetez un coup d’oeil attentif aux candidatures et vous remarquerez la présence de ce parti. La version française est plus courte mais devrait suffire.

      1. Globalement l’extrême-droite est absente de l’offre électorale en Espagne, Lazarillo, ne faites pas le difficile. Ses représentants conséquents, actifs et potentiellement dangereux, ils sont au PP.
        En tout état de cause, vu la proximité du franquisme, ils ne peuvent pas se dire anti-système comme le FN en France, ce qui était notre point de départ. Le but étant de comprendre ce qui se passe en France, dans l’hypothèse, peut-être fausse en matière historique, que la compréhension aiderait à faire avancer les choses.

        Quand j’entends Philippot au 7-9 de France Inter, je suis consterné de constater le boulevard qui lui est ouvert.

        Par qui? D’abord par la bêtise et les impasses des pouvoirs français et européen, plus ou moins relayés par le journaliste, c’est clair, mais aussi par le fait que s’il peut se prévaloir d’être le seul sur la question de l’erreur euro-européiste, c’est que personne d’autre ne s’est rendu audible sur le sujet.

        La gauche de gauche ou d’outre gauche a totalement raté la question de la souveraineté. Frédéric Lordon est tout seul.

      2. Vous m’en bouchez un coin! je vais me renseigner mais a priori je vous fait confiance, rassurez moi, il y a bien une loi qui interdit de faire l’aplogie du Franquisme et de hisser le drapeau de l’aguila en chantant le caralsol (lors du mondial de foot j’ai vu pas mal de drapeau de l’aguila et on m’a dit que la loi l’interdisait mais je suis jamais allez vérifier) ??

      3. J’ai bien peur de ne pas pouvoir vous rassurer. A ma connaissnce, la dernière fois que le sujet de légiférer sur ce point s’est exprimé au gongrès ce fut le rejet par le PP, majorité absolue, contre tous de la classification en délit de l’apologie du franquisme et autres idéologies d’extrême droite Quant aux drapeaux les deux qui posent polémique régulièrement, le tricolore républicain et celui frappé de l’aigle, son inconstitutionnels et ne peuvent être hissés par une entité officielle, mais ils ne sont pas illégaux.

        L’apologie du terrorisme est un délit.

  16. Malheureusement il convient de constater, que c’est le FN qui s’est approprié le « populisme ». Ceci semble propre à la France.
    Le pays est gouverné par des profils administratifs, par des énarques (Ecole Nationale d’A d m i n i s t r a t i o n) et compagie. Autrement dit, le pays n’est pas réellement dirigé (je parle du niveau national, pas des communes où certains élus font un travail remarquable). Cela frappe même les observateurs étrangers. Par conséquent, « le peuple » reste sur sa faim dans de nombreux domaines. De plus, les Francais adorent la théorie, le verbe, les grands discours, les grands principes, ils parlent souvent de « valeurs »…….Mais quant aux actions pragmatiques, salutaires, c’est plutôt le grand vide, du moins beaucoup de points d’interrogation.

  17. Je vais encore me faire pleins d’amis…

    Mais quand même pour m’être farci pas mal de ses vidéos à Pablo, ce ton, ces harangues, ce poing levé, cette dégaine cool mais classe, l’enfant de la TV, bien aidé par son origine sociale, j’en ai tiré comme une sensation, très sensible ma foi, que ce gars va finir par être comme Dany le Rouge. Et vous être gros-jean comme devant. Ce garçon a vrai plan de carrière : la sienne !

    1. Y a une erreur dans ton logiciel. Mais je ne vais pas te dire mon idée, car la lire n’aura aucune influence sur la tienne.

  18. j’en ai tiré comme une sensation, très sensible ma foi, que ce gars va finir par être comme Dany le Rouge

    Je crois pas: au moins Pablo est devenu universitaire. Dany le Rouge s’est juste contenté d’être un branleur éruptif et de finir commentateur de football…

    1. C’est vrai aussi qu’un « universitaire », par définition, ne saurait être un « branleur », ou alors un « branleur non éruptif » ce qui doit être passablement lassant.

  19. Ce que je vois, c’est ce qui se passe en ce moment ! C’est tout à fait logique si cette partie est détestée par tout l monde, vu l’incompétence et l’incapacité de ses membres !

  20. Merci au salmantin pour cette nouvelle traduction des interventions d’Iglesias. Chantal Mouffe parle des identités collectives et de la « passion » non comme décors mais comme fondements pratiques de la politique. Ceux qui dénient cette réalité simple sont les menteurs. (Et les garants idéologiques du désordre établi).

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