Archives par mot-clé : règle d’or

LE TEMPS QU’IL FAIT LE 24 OCTOBRE 2014 – (retranscription)

Le temps qu’il fait le 24 octobre 2014. Merci à Olivier Brouwer pour la retranscription.

Bonjour, nous sommes le vendredi 24 octobre 2014. Et ce dont je voudrais vous parler, c’est de mon intervention, hier, sur Euronews. Le fait que j’étais en studio avec madame Audrey Tilve, à commenter l’arrivée des participants au sommet européen.

Et alors, c’est un peu, pour quelqu’un comme moi qui pose un regard critique sur la manière dont on envisage les choses, c’est un petit peu casse-gueule, parce que les questions qu’on vous pose, c’est par exemple, voilà : « Ils veulent se mettre d’accord sur une diminution de 40 % d’émissions de CO2 d’ici 2025, est-ce que vous croyez qu’il serait possible de se mettre d’accord sur un compromis à 37 % ? »

Et alors là, vous êtes obligé d’avoir l’air de pas jouer le jeu, puisque vous répondez d’emblée en disant : « Eh bien écoutez, j’aimerais qu’on me prouve d’abord qu’une diminution de 40 % assurerait la survie de l’espèce à la surface de la planète. » Alors là, on vous regarde en se disant : « Bon, est-ce qu’il va jouer le jeu ou est-ce qu’il ne va pas jouer le jeu ? »

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L’actualité de la crise : LE GARROT ET LA CORDE RAIDE, par François Leclerc

Billet invité

Il serait hélas fastidieux d’énumérer les mesures qui, en Europe, convergent vers une diminution des salaires, des retraites, et des prestations sociales, ou contribuent à la baisse des crédits pour la santé et l’éducation. D’autres, destinées aux revenus élevés, tentent symboliquement de rétablir, au nom d’une justice qui peine à être trouvée, un soi-disant équilibre et témoignent que les gouvernements sont sur la corde raide. Affaire de communication plus que de juste politique, est-il ressenti.

Tour à tour, les mesures de rigueur étranglent progressivement ceux qui n’ont d’autre refuge que leur propre pays et d’autres ressources que leur salaire. À l’œuvre, la pratique du garrot est le triste pendant de la théorie du culbuto qui veut que tout reviendra comme avant. Tristes foutaises qui s’alimentent aux dogmes de la pensée unique !

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ATLANTICO.fr, Traité budgétaire européen : étrangleur ou sauveur de croissance ?, le 19 septembre 2012

Je réponds à la question : « Traité budgétaire européen : étrangleur ou sauveur de croissance ? », aux côtés de Christian Saint-Étienne et de Jean Peyrelevade.

Atlantico : Le traité budgétaire européen est présenté ce mercredi au Conseil des ministres. Doté d’une « règle d’or » interdisant les déficits structurels à 0,5% du PIB pour les Etats, va-t-il pénaliser la croissance et la sortie de crise en favorisant les hausses d’impôts et les coupes drastiques dans les dépenses afin d’atteindre l’équilibre budgétaire ?

La suite est ici.

P.S. : On me fait dire : « Il n’y a pas d’alternative ». Ce n’est pas le genre de phrases que j’ai l’habitude de prononcer. Ne serait-ce qu’en raison de son sinistre précédent historique.

Quand je dis : « Ce traité budgétaire a au moins une vertu : il contient des objectifs d’harmonisation et de convergence fiscale. Mais ils n’apparaissent qu’en troisième place dans l’ordre des priorités alors qu’ils devraient y figurer en première position », j’avais ajouté : « La première priorité est l’unification fiscale de la zone euro. Telle qu’elle est aujourd’hui, la zone euro permet à quiconque de pratiquer l’« arbitrage fiscal » en se déplaçant d’à peine 300 km. La deuxième priorité, c’est la fermeture des paradis fiscaux, question que l’on a déclarée « réglée », sans même y avoir touché ».

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COMPRENDRE LES TEMPS QUI SONT LES NÔTRES

The English version of this post can be found here.

Depuis le début de la crise en 2007, une chose est claire en politique européenne : les sortants ne sont pas reconduits. Devant l’incapacité des gouvernements et des majorités en place à résoudre les problèmes de l’heure, les électeurs – enfin, ceux de plus en plus clairsemés qui prennent encore la peine de se déplacer – votent pour l’opposition, quelle qu’elle soit.

Dans ces conditions, le manège ne peut faire qu’un nombre restreint de tours avant qu’on ne passe aux gouvernements d’union nationale, préludes aux comités de salut public.

Le gouvernement français ne vient encore que de fêter ses premiers 100 jours, mais il n’est pas trop tôt pour lui de penser à la nouvelle tendance qui s’est dessinée au sein des électorats européens.

« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! », c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui si l’on veut sortir de l’ornière, et d’autant plus si l’ornière en question n’est que le révélateur de l’immense bourbier que constitue désormais la zone euro dans son ensemble.

Or le traité européen sur lequel la France doit se prononcer en octobre est tout sauf de l’audace. La fameuse Règle d’Or, offre un faux sentiment de sécurité quand les choses vont bien – pour autant que ceci puisse un jour redevenir d’actualité – et aggrave dramatiquement la situation quand les choses vont mal.

Les dépenses d’une nation ne se mesurent pas en points de Produit Intérieur Brut, elles se mesurent plus banalement par rapport à ses rentrées. Le PIB est un mauvais étalon dans le meilleur des cas car plus il contribue à la destruction de la planète, mieux il se porte. Mais là n’est pas même la question : dans un monde d’où le travail disparaît et où la concentration du patrimoine atteint de nouveaux sommets en raison du mode extravagant de répartition de la richesse créée que nous tolérons, le Produit Intérieur Brut des nations, constitue aujourd’hui leur corps en proie à la fièvre, et le moment est alors particulièrement mal choisi pour vouloir faire de lui un thermomètre.

Si les sortants ont cessé d’être reconduits en Europe depuis 2007, c’est parce qu’ils ont adopté un profil bas, sont allés dans le sens du courant, ont attendu que les choses s’arrangent. Or les choses ne s’arrangeront malheureusement plus : la crise que nous connaissons depuis 2007, crise de l’effet de levier et du crédit facile comme substitut du salaire, n’est plus qu’à deux doigts de se transformer en véritable dépression. C’est de cela qu’il s’agit, c’est à cela qu’il faut s’attaquer, car un énorme retard – cinq ans – a déjà été accumulé.

« Les mesures à prendre doivent être à la hauteur de la gravité de la situation » a dit il y a quelques années, M. Barroso. Mais ni lui, ni aucun de ses collègues européens ou à la tête d’une des 17 nations composant la zone euro, n’a encore compris le sens de ces mots. Ceux qui se prononceront en tant que membres du gouvernement ou que représentants de la nation française, devront avoir cela présent à l’esprit.

Le « Je ne veux voir qu’une seule tête » convient bien au régiment qui marche d’un cœur léger dans la campagne, mais il s’agit aujourd’hui d’autre chose : de sauver la mise alors que c’est une pluie de bombes qui s’abat sur nous.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 10 AOÛT 2012

Message à M. Ayrault, premier ministre français, sur la « Règle d’Or ».

Ma chronique du Monde-Économie : « La Règle d’Or, cette blague de potache »

Sous la direction de Christian Walter, Nouvelles normes financières, Springer 2010

Sur l’histoire de la modélisation, mon Comment la vérité et la réalité furent inventées, Gallimard 2009

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Der Stabilitätspakt, ein schlechter Witz und eine Verwechslung zwischen Äpfeln und Birnen

Comme Dagmar Kiderlen renvoyait dans sa traduction en allemand de mon billet d’hier à l’une de mes chroniques dans Le Monde-Économie, cela lui a donné envie de la traduire dans la foulée. Il s’agit de ma chronique du mois de janvier intitulée : La règle d’or, cette blague de potache.

Unsere führenden Politiker in der Euro-Zone scheinen einige Grundkenntnisse im Wirtschaftsrechnen nicht zu beherrschen. Die Folge davon ist, dass sie die Grundsätze der Demokratie erodieren und das Ende der gemeinsamen Währung beschleunigen.

Der europäische Stabilitäts-und Wachstumspakt beschränkt das Jahresdefizit und die Gesamtverschuldung in Bezug auf das BIP : 3% maximal des BIP für das Jahresdefizit, 60% maximal für die Gesamtverschuldung.

Dieser Stabilitätspakt mit seiner « goldenen » 3-Prozent-Regel enthält einen grundlegenden Fehler : denn was ist eigentlich ein ausgeglichener Haushalt ? Ein Haushalt, bei dem die Ausgaben die Einnahmen nicht übersteigen. Warum drückt man dann die Gesundheit eines Staatshaushaltes nicht in dieser Form aus ? 102% Ausgaben im Verhältnis zu den Einnahmen : das Land hat ein Defizit von 2 % ; bei 97 % Ausgaben hat es dagegen einen Überschuss von 3%.

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ADRESSE À TOUS LES PARLEMENTAIRES EUROPÉENS QUI ENVISAGENT DE VOTER LA « RÈGLE D’OR »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La formule inepte du pacte de stabilité financière européen et de la « règle d’or » qui en a été déduite nécessite, comme je l’ai rappelé dans une récente chronique du Monde-Économie, que la croissance soit égale ou supérieure au niveau du coupon « moyen » exigé par le marché des capitaux sur la dette souveraine d’un pays. Bien entendu, moins la croissance est élevée, plus l’économie d’une nation est en danger, et plus une économie semble en péril, plus ce marché des capitaux réclamera que la composante « prime de risque » du taux exigé de cette nation quand elle emprunte soit élevé. La règle d’or impliquant que la croissance soit égale ou supérieure au coupon « moyen », le fameux effet de ciseau apparaît : « Si l’on ne veut pas que la dette souveraine s’accroisse lorsque le taux de croissance baisse, il faut que celui-ci augmente alors rapidement jusqu’à dépasser le taux « moyen » de la dette » – qui est en train lui d’augmenter en raison du risque induit par la baisse de la croissance ».

Très chers Parlementaires, si vous pensez que de votre vie vous n’avez jamais rien entendu d’aussi stupide, alors, reconsidérez votre vote, car il ne s’agit de rien d’autre : c’est bien cela que vous vous apprêtez à voter !

Il est bien sûr possible d’émerger de ce cauchemar auto-infligé en comparant plutôt les dépenses d’une nation, pouvant déboucher sur un déficit annuel et alimentant sa dette cumulée, avec ses rentrées. Mais dire « rentrées » signifie parler « impôts », et parler « impôts » rappelle inévitablement que d’une manière générale les classes dirigeantes de nos nations sont toujours tentées par le fait d’y échapper en tout ou en partie, raison pour laquelle il est de loin préférable de parler de « croissance », quelles que soient les libertés qui doivent être alors prises avec la logique, les mathématiques et le bon sens en général.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LE TEMPS, « Nous sommes en train de mettre en place une machine à créer de l’hyperinflation », le 12 mai 2012

Mon entretien avec Sébastien Dubas

Avant de retourner chez lui en Bretagne, Paul Jorion a fait escale, jeudi dernier, au « Club 44 » de la Chaux-de-Fonds pour donner une conférence. L’occasion d’évoquer avec cet économiste connu pour avoir prédit la crise des subprime, l’avenir d’un système capitaliste qu’il décrit comme étant « à l’agonie ».

Le Temps : La fin programmée du « Merkozisme », autrement dit de l’austérité comme seule issue à la crise de la dette, est-elle une bonne nouvelle pour la zone euro ?

Paul Jorion : Depuis qu’on a commencé à parler des problèmes de la Grèce, en décembre 2009, les décisions politiques ont toujours été prises avec au moins six mois de retard. Si bien que le budget qui aurait pu permettre à la Grèce de sortir de la crise est passé de 13 milliards, une somme évoquée en janvier 2010, à 105 milliards d’euros lorsque des mesures ont enfin été prises en mars de cette année. C’est presque dix fois plus que prévu. Ces atermoiements ont à chaque fois été motivés par des calendriers électoraux. Il a fallu attendre les élections dans les Länder en Allemagne, les législatives en Espagne, les présidentielles en France ou les prochaines réunions du G8 et du G20. Et ce sera probablement encore le cas avec les législatives françaises. La maladie de l’Europe a été de ne jamais prendre des mesures à la hauteur de la gravité de la situation. Tout ça parce que les hommes et les femmes politiques manquent d’audace et de détermination.

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POLITIS.fr, « La perte du triple A entraîne la France dans une machine infernale », lundi 16 janvier 2012

« La perte du triple A entraîne la France dans une machine infernale »

Politis.fr : La perte du triple A est-elle une catastrophe ?

Paul Jorion : À l’intérieur du système tel qu’il est, oui. Mais la catastrophe est liée au pacte de stabilité européen. Parce que cette règle est écrite de telle manière que les taux exigés pour emprunter ne doivent pas être supérieurs au taux de croissance. Le déficit maximum est en effet calculé en fonction du PIB et non pas des recettes de l’Etat. Si le taux d’intérêt s’élève au dessus du taux de croissance le rapport dette / PIB se dégrade inéluctablement. Avec la perte du triple A qui fera monter les taux d’intérêt, pour ne pas aggraver « l’infraction » par rapport au pacte de stabilité, la France devra connaître un taux de croissance encore plus élevé. C’est une imbécillité totale. Sans ce pacte de stabilité financière le coup serait beaucoup moins grave.

L’Italie, par exemple, est désormais à des taux de 5 ou 6 %, avec un exigence de croissance impossible à satisfaire. Dans le même temps, la hausse des taux d’intérêt due à la perte du triple A va imposer un plan de rigueur qui va freiner la croissance. C’est ce que j’appelle l’effet ciseaux. D’un côté on fait baisser la croissance, ce qui conduit à une dégradation de la notation et la dégradation de la notation fait monter les taux d’intérêt. Plus il y a de rigueur, plus ça se dégrade. On a mis en place un machine infernale qui fait que ça ne peut qu’aller plus mal.

La suite ici.

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LE MONDE-ÉCONOMIE, La règle d’or, cette blague de potache, lundi 9 – mardi 10 janvier 2012

La règle d’or, cette blague de potache

Certaines notions élémentaires du calcul économique semblent curieusement étrangères aux dirigeants des nations constituant la zone euro. Ceci les conduit à éroder les principes démocratiques et à précipiter la fin de la monnaie commune.

L’instrument pousse-au-crime est le Pacte de stabilité et de croissance européen exprimant déficit annuel et dette souveraine en termes de points du Produit Intérieur Brut (PIB) et leur fixant des seuils : 3% maximum pour le déficit, 60% pour la dette cumulée.

Or le principe du Pacte, et de la « règle d’or » que l’on en tire, recèle une erreur grossière. Qu’est-ce qu’un budget équilibré ? Un budget où les dépenses n’excèdent pas les recettes. Pourquoi ne pas exprimer alors la santé d’un budget national en ces termes-là ? 102% de dépenses par rapport aux recettes : le pays connaît un déficit de 2% ; 97%, et il s’agit au contraire d’un excédent de 3%.

Pourquoi comparer les pommes des dépenses aux poires du PIB, plutôt que les pommes des dépenses aux pommes des recettes ? Le PIB d’une nation, mesure de sa vitalité économique, serait-il un meilleur substitut de ses recettes que ces recettes elles-mêmes ? Ce serait peut-être le cas si les grandes fortunes n’avaient trouvé le moyen d’éviter l’impôt par l’évasion ou l’« optimisation » fiscale et si les grandes entreprises n’échappaient pas à la fiscalité en tirant parti de législations complaisantes.

Pourquoi l’artifice absurde de comparer les dépenses d’une nation à son PIB plutôt qu’avec ses recettes ? Écoutons ce que dit de son origine, Guy Abeille, le concepteur de l’indice : « La bouée tous usages pour sauvetage du macro-économiste en mal de référence, c’est le PIB : tout commence et tout s’achève avec le PIB, tout ce qui est un peu gros semble pouvoir lui être raisonnablement rapporté. Donc ce sera le ratio déficit sur PIB. Simple, élémentaire même, confirmerait un détective fameux. Avec du déficit sur PIB, on croit tout de suite voir quelque chose de clair ». Et Abeille d’ajouter à propos du seuil de 3% qu’il proposa pour le déficit annuel en points de PIB  : « C’est bien, 3%.  […] 1% serait maigre, et de toute façon insoutenable. […] 2% serait […] inacceptablement contraignant, et donc vain ; et puis, comment dire, on sent que ce chiffre, 2% du PIB, aurait quelque chose de plat, et presque de fabriqué. Tandis que trois est un chiffre solide ; il a derrière lui d’illustres précédents (dont certains qu’on vénère) » (*).

La formule de la règle d’or implique qu’aussitôt que le coupon moyen de la dette souveraine d’une nation dépasse le taux de croissance de son économie, le rapport dette / PIB se dégrade inéluctablement. Or, les politiques d’austérité malavisées des dirigeants européens impactent négativement la croissance, augmentant le risque de dégradation de la notation de la dette souveraine de leur pays, et provoquant l’effet de ciseaux redouté puisque le taux de croissance baisse tandis que les taux exigés par le marché des capitaux pour la dette émise, montent de leur côté.

La règle d’or censée garantir aux États un budget équilibré, que l’Allemagne a eu la naïveté d’inscrire dans sa constitution et tente d’imposer aujourd’hui à ses partenaires européens, n’est – on l’a vu – rien d’autre qu’une blague de potache. C’est en son nom pourtant que l’on malmène aujourd’hui la démocratie en Europe et qu’on assassine sa monnaie commune.

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(*) Guy Abeille, « Pourquoi le déficit à 3% du PIB est une invention 100% française », La Tribune, le 1er octobre 2010

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LE MONDE-ÉCONOMIE, Comment on assassine l’euro, lundi 9 – mardi 10 janvier 2012

Je parle du Pacte de stabilité et de croissance européen et de la « règle d’or », ou « Comment une blague de potache fondée sur une aberration logique entraîne la zone euro par le fond ».

Certaines notions élémentaires du calcul économique semblent curieusement étrangères aux dirigeants des nations constituant la zone euro. Ceci les conduit à éroder les principes démocratiques et à précipiter la fin de la monnaie commune.

L’instrument pousse-au-crime est le Pacte de stabilité et de croissance européen exprimant déficit annuel et dette souveraine en termes de points du Produit Intérieur Brut (PIB) et leur fixant des seuils : 3% maximum pour le déficit, 60% pour la dette cumulée.

Or le principe du Pacte, et de la « règle d’or » que l’on en tire, recèle une erreur grossière. Qu’est-ce qu’un budget équilibré ? Un budget où les dépenses n’excèdent pas les recettes. Pourquoi ne pas exprimer alors la santé d’un budget national en ces termes-là ? 102% de dépenses par rapport aux recettes : le pays connaît un déficit de 2% ; 97%, et il s’agit au contraire d’un excédent de 3%.

Pourquoi comparer les pommes des dépenses aux poires du PIB, plutôt que les pommes des dépenses aux pommes des recettes ? Le PIB d’une nation, mesure de sa vitalité économique, serait-il un meilleur substitut de ses recettes que ces recettes elles-mêmes ? Ce serait peut-être le cas si les grandes fortunes n’avaient trouvé le moyen d’éviter l’impôt par l’évasion ou l’« optimisation » fiscale et si les grandes entreprises n’échappaient pas à la fiscalité en tirant parti de législations complaisantes.

Pourquoi l’artifice absurde de comparer les dépenses d’une nation à son PIB plutôt qu’avec ses recettes ? Écoutons ce que dit de son origine, Guy Abeille, le concepteur de l’indice : « La bouée tous usages pour sauvetage du macro-économiste en mal de référence, c’est le PIB : tout commence et tout s’achève avec le PIB, tout ce qui est un peu gros semble pouvoir lui être raisonnablement rapporté. Donc ce sera le ratio déficit sur PIB. Simple, élémentaire même, confirmerait un détective fameux. Avec du déficit sur PIB, on croit tout de suite voir quelque chose de clair ». Et Abeille d’ajouter à propos du seuil de 3% qu’il proposa pour le déficit annuel en points de PIB  : « C’est bien, 3%.  […] 1% serait maigre, et de toute façon insoutenable. […] 2% serait […] inacceptablement contraignant, et donc vain ; et puis, comment dire, on sent que ce chiffre, 2% du PIB, aurait quelque chose de plat, et presque de fabriqué. Tandis que trois est un chiffre solide ; il a derrière lui d’illustres précédents (dont certains qu’on vénère) » (*).

La formule de la règle d’or implique qu’aussitôt que le coupon moyen de la dette souveraine d’une nation dépasse le taux de croissance de son économie, le rapport dette / PIB se dégrade inéluctablement. Or, les politiques d’austérité malavisées des dirigeants européens impactent négativement la croissance, augmentant le risque de dégradation de la notation de la dette souveraine de leur pays, et provoquant l’effet de ciseaux redouté puisque le taux de croissance baisse tandis que les taux exigés par le marché des capitaux pour la dette émise, montent de leur côté.

La règle d’or censée garantir aux États un budget équilibré, que l’Allemagne a eu la naïveté d’inscrire dans sa constitution et tente d’imposer aujourd’hui à ses partenaires européens, n’est – on l’a vu – rien d’autre qu’une blague de potache. C’est en son nom pourtant que l’on malmène aujourd’hui la démocratie en Europe et qu’on assassine sa monnaie commune.

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(*) Guy Abeille, « Pourquoi le déficit à 3% du PIB est une invention 100% française », La Tribune, le 1er octobre 2010

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