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L’actualité de la crise: l’Europe à la recherche d’un mécanisme de crise, par François Leclerc

Billet invité.

L’EUROPE A LA RECHERCHE D’UN MECANISME DE CRISE

Après avoir déversé le froid, les autorités et gouvernements Européens font couler l’eau tiède. En choeur, soudainement, ils assurent la Grèce qu’elle ne va pas être laissée seule dans l’épreuve, continuant de réaffirmer qu’elle doit faire un gros effort et va être surveillée de très près, afin de ne pas se déjuger. Ce que chacun traduira par : « nous sommes peut-être allés un peu trop loin, nous n’avons pas mesuré les conséquences de ce que nous avons engagé, il est temps de calmer le jeu ».

Que faut-il penser de cette histoire qui n’est pas terminée ? Elle est à la mesure de l’improvisation dans laquelle ces autorités et gouvernements agissent, de leur absence de stratégie commune. Car, si l’objectif était de signifier que le temps de la rigueur était venu et de faire un exemple, elles ont surtout illustré qu’elles ne savaient agir que pour montrer qu’elles n’avaient pas l’intention d’intervenir ensemble ! Ce qui augurait, inévitablement, d’une cascade d’autres catastrophes, allant au-delà de leurs intentions, si tant est que celles-ci soient claires. Après la Grèce, c’était au tour du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, commençait-on à dire et à entendre…. (pour ne parler que de la zone euro, et taire la situation de la Grande-Bretagne, le grand malade de l’Europe). Or, elles ne pouvaient pas se permettre ce délitement.

Les alertes des uns, les spéculations des autres, avaient en effet donné petit à petit corps à l’idée que la zone euro était susceptible, sinon d’éclater, de se désagréger. Qu’autour de l’Allemagne, à la manoeuvre dans cette affaire grecque, allait se constituer un pôle économique droit dans ses bottes, auxquels pourraient se joindre ceux des pays qui en seraient encore capables, et qui satisferaient à ses conditions.

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L’actualité de la crise: préparation d’artillerie en Europe, par François Leclerc

Billet invité.

PREPARATION D’ARTILLERIE EN EUROPE

Etre entré dans une phase plus politique de la crise, qu’est-ce que cela signifie dans l’immédiat ? D’abord, cela ne fait pas disparaître pour autant ses autres manifestations : financières, économiques et sociales, qui interagissent entre elles de manière peu contrôlée. Chacune gardant sa propre logique, porteuse de ses incertitudes particulières. Sont ainsi à prendre en considération : l’épée de Damoclès du crédit immobilier commercial, parmi d’autres inconnues de ce monde financier toujours aussi opaque ; la confirmation de la faible reprise économique et de sa configuration ultérieure prévisible dans les pays OCDE ; l’accroissement du chômage et la reconnaissance de sa dimension structurelle réelle, assorti de mises en cause du bouclier de la protection sociale, au nom de la réduction des déficits publics.

Ensuite, cette nouvelle dimension politique reflète l’impérieuse nécessité devant laquelle les gouvernements sont désormais d’agir, après avoir confié aux financiers les clés des coffre-forts publics afin qu’ils règlent à leur manière le chaos qu’ils ont créé. Elle est susceptible d’ouvrir des champs d’intervention, de générer des initiatives dans l’opinion publique, là où l’apathie semble s’être installée.

Voilà ce qui est en cause. Nous donnant l’occasion d’être attentif au développement des contradictions déjà apparues parmi les décisionnaires – amenant certains à tenir des propos rompant avec l’orthodoxie de la pensée unique – ainsi qu’aux initiatives et contestations de tous ordres, qui sont susceptibles de se développer. L’un de leurs modèles, non reproductible tel quel nécessairement, étant par exemple le mouvement Américain « Move your money », auquel il a été fait référence par Corinne Lepage. Ce qui est en question, au final, c’est l’interaction qui pourrait naître entre les contradictions exprimées par les uns et les actions des autres.

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BFM Radio, le lundi 4 janvier à 10h46

« Reprise sans emplois »

Parmi les innovations linguistiques de 2009, je retiendrai l’expression de « reprise sans emplois » qui fut beaucoup utilisée. Que signifie une « reprise sans emplois », eh bien, comme ses termes l’indiquent : qu’on assiste à une reprise de l’économie sans que le chômage baisse pour autant.

Comment est-ce possible ? La reprise, c’est bien une reprise de la croissance, donc de la consommation, non ? Comment peut-on consommer plus avec moins d’emplois ? Ce n’est malheureusement pas possible. Sauf si le crédit remplaçait les revenus manquants. Mais on sait que ce ne fut pas le cas : les banques ne sont pas folles : celui qui n’a pas d’emploi ou qui pourrait perdre le sien demain est un mauvais risque.

Alors une « reprise sans emplois » n’est-ce pas simplement une reprise de la finance sans une reprise de l’économie ? Il y a eu un peu de ça en 2009 – quand on a eu tendance à confondre la Bourse avec l’économie, mais il y a autre chose. Au lieu de « reprise sans emplois », on a aussi entendu l’expression : « reprise purement statistique ». Ce que celle-ci veut dire est plus facile à comprendre : la reprise est dans les chiffres – mais uniquement dans les chiffres. Comment est-ce possible ? Grâce au restockage, par exemple, parce qu’une fois les stocks épuisés, il faut bien réassortir les étagères, même si les perspectives de ventes ne sont pas folichonnes. Ou à cause des chômeurs qui disparaissent de l’écran radar, parce qu’ils sont en fin de droit, ou sont découragés et ont cessé de chercher. A ce propos-là, il y a une autre expression qu’on a beaucoup entendue l’année dernière, c’est « correspondant à un réel… ». On a entendu pendant toute l’année aux États-Unis : « Un taux de chômage de 10% correspondant à un réel 17,5% » : les commentateurs prenaient l’habitude de corriger les chiffres officiels par les vrais.

Mais le vrai coupable avait un nom, un nom très compliqué peut-être, mais un nom : « corrigé des variations saisonnières ». On ajuste pour ne pas présenter des chiffres qui montent et qui descendent selon le saisons : parce que le bâtiment s’arrête quand il gèle et parce que les ramasseurs de fraises n’en cueillent que quand il y en a. D’où viennent ces chiffres ? Eh bien, des années précédentes, et si elles ont été bonnes, l’optimisme y est inscrit. Si 400.000 charpentiers ont repris le boulot au printemps les années précédentes on les suppose à tout hasard dans l’ajustement de la courbe cette année-ci. Et si la construction va mal et que les 400.000 ne se manifestent pas ? Ça ne fait rien : on corrigera avec les vrais chiffres – le mois prochain.

Et c’est pourquoi une autre rengaine de 2009 ce furent les bons chiffres de ce mois-ci, suivis des chiffres du mois précédent revus à la baisse. Est-ce que c’est grave, l’optimisme dans le présent et le pessimisme appliqué au passé ? C’est en tout cas meilleur pour le moral que le pessimisme dans le présent et l’optimisme appliqué au passé !

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L’actualité de la crise : Coup d’avance japonais dans la régulation, par François Leclerc

Bilet invité.

COUP D’AVANCE JAPONAIS DANS LA REGULATION

Il est souvent difficile, étudiant longuement dans le détail tous ces mécanismes financiers et leurs effets, de ne pas faire une pause afin de se poser de temps en temps un peu naïvement la question : « Mais quand va-t-on se décider à arrêter ce jeu de massacre ? ». Pour replonger derechef dans ses savantes découvertes, ne sachant ni qui pourrait le décider, ni par quel moyen il y parviendrait.

Car tout concourt à ce qu’il s’amplifie, ce massacre. Les bulles en train de gonfler (dont celle des matières premières, à laquelle on ne prend pas assez garde, dont la montée en puissance vient d’être dénoncée par ThyssenKrupp, le leader Allemand de l’acier). Le carry trade, qui survalorise relativement les devises des pays émergents et pénalise lourdement leurs exportations, les déséquilibrant. L’achat par les banques des obligations d’Etat, grâce aux liquidités à taux presque zéro des banques centrales, avec l’espoir qui sera exaucé que leurs taux montent, en raison des déficits croissants causés par leur propre renflouement ainsi que par les plans de relance de l’économie en crise (dont elles portent la responsabilité).

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France Inter, « Rue des Entrepreneurs », samedi 5 décembre de 9h10 à 10h

J’étais l’invité de Didier Adès et Dominique Dambert.

Le podcast est ici.

Mon souvenir des sommes payées en impôts par Goldman Sachs en 2008 et le bonus de son patron Lloyd Blankfein, était très mauvais : ce n’était pas respectivement 1 million de dollars et 17 millions de dollars, mais 14 et 42,9 millions de dollars.

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BFM Radio, le lundi 30 novembre à 10h46

La « reprise sans emploi » et les nombreux Dubaï à venir

L’expression paradoxale « reprise sans emploi » est apparue au début de l’année pour convaincre le public qu’une reprise était parfaitement possible alors même que le taux de chômage n’arrête pas de progresser. Si reprise il y a, les chiffres de l’emploi ne sont en effet pas très bons : + 2 % en France en Octobre, ainsi qu’une perte d’emplois se montant « seulement » à 466 000 emplois perdus aux États-Unis, chiffre qui serait de 544 000 si n’était pas intervenu un très salutaire « ajustement en fonction des variations saisonnières ». Et cet « ajustement en fonction des variations saisonnières » attire notre attention sur le côté très « statistique » de la reprise actuelle – qui se lit dans les chiffres et les indices, bien davantage que dans le monde que nous observons autour de nous.

De quoi s’agit-il avant tout ? On le sait : des retombées des plans de relance, les « primes à la casse » en particulier, suivi de restockage, essentiellement. Pour le reste, la faible remontée du trafic maritime constatée ces dernières semaines, préluderait selon les prévisions à une retombée au plus bas au second semestre de l’année prochaine.

La notion de « reprise sans emploi » voudrait suggérer qu’il ne s’agirait que d’une question de patience : que les emplois sont en route, handicapés seulement par un délai qui s’explique aisément. Comment s’expliquerait ce retard ? Par le fait que quand l’emploi repart, il faut d’abord résorber les réserves de main d’œuvre qui se sont constituées quand – plutôt que de les licencier au plus fort de la crise, certains salariés furent mis en temps partiel, et que la première chose à faire sera d’abord de les réemployer à temps plein, avant de réembaucher toute main d’œuvre nouvelle.

Le défaut de la dette d’un fonds souverain de Dubaï la semaine dernière nous rappelle brutalement qu’une « reprise sans emploi » – pour autant qu’elle puisse en être une – ne constitue en tout cas qu’une reprise extrêmement fragile. Nos sociétés sont en effet des sociétés « de consommation », et pour qu’une économie reprenne, elle ne peut se passer de consommateurs.

Nous nous sommes habitués au cours des vingt dernières années à ce que les salaires puissent être complétés – si nécessaire – par du crédit. Les faits se sont chargés de nous rappeler – depuis l’assèchement du crédit de l’été 2007 – que les banques ne prêtent volontiers qu’aux « bons risques » et ni les chômeurs, ni les travailleurs menacés de licenciement ne tombent malheureusement dans cette catégorie.

La bonne santé des presqu’îles en fronde de palmier de Dubaï dépend essentiellement de ceux qui viennent y passer leur temps libre. Sans eux, elles ne sont rien d’autre que des monceaux de dettes. De même pour les hôtels qui couvrent la surface du monde : seuls peuvent les faire vivre les touristes ou les hommes d’affaires qui viennent y passer la nuit. L’immobilier commercial américain attend – on le sait – sa vague de refinancement en 2011 et 2012. Si d’ici-là les consommateurs ne sont pas réapparus dans les centres commerciaux, de nombreux nouveaux Dubaï viendront hanter les nuits de leurs bailleurs de fonds.

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Le Monde – Économie, lundi 23 – mardi 24 novembre

Le lien est ici.

L’ETAT D’URGENCE

Les États–Unis se trouvent aujourd’hui dans une situation paradoxale puisque deux projets de loi, l’un au Sénat, émanant de Chris Dodd, l’autre au Congrès, proposé lui par Barney Frank, visent respectivement à restreindre les pouvoirs de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, et à les étendre. L’explication de cette divergence de vue entre parlementaires démocrates, s’explique par leur attitude vis-à-vis de ce que j’appellerai – avant de m’en expliquer – « l’état d’urgence » : Dodd pense qu’il convient de le lever au plus tôt, tandis que Frank considère qu’il faut le renforcer.

Pourquoi parler d’« état d’urgence » ? Rappelons en quelques mots la relation existant entre banques centrales et États. La puissance publique relève du politique dont la transparence est garantie pour permettre aux élus de rendre compte de leurs actes. Les banques centrales ont été créées autonomes et indépendantes pour mettre leur gestion monétaire et le maintien par elles de la stabilité financière, à l’abri des préoccupations à court terme de ces élus.

Le refus des banques centrales de divulguer au politique certaines informations sur leur fonctionnement propre serait un corollaire de leur indépendance. C’est du moins ainsi que la Fed justifie par exemple son refus de révéler le nom des bénéficiaires de ses mesures de soutien, affirmant que la divulgation des noms fausserait la logique concurrentielle. Conséquence immédiate d’une telle rétention d’information : plus les responsabilités des banques centrales sont importantes, moins le public est informé de l’impact des mesures qu’elles prennent.

Confrontées en septembre dernier à la tâche de sauver la finance en perdition, les autorités eurent d’abord recours aux moyens « conventionnels » à leur disposition, avant de les compléter par d’autres, qualifiés eux de « non-conventionnels ». Des règles économiques et comptables, jugées jusque-là intangibles, furent alors enfreintes, tandis qu’un « état d’urgence » s’instaurait de facto.

La théorie économique dominante met l’accent sur la transparence comme condition de la vérité des prix. L’état d’urgence nécessitait lui au contraire le blackout, la dissimulation, non seulement des mesures effectivement prises mais aussi de l’identité de leurs bénéficiaires. La transparence fut sacrifiée. Son maintien aurait révélé lui que les autorités avaient cessé de croire à certains principes qu’elles continuaient cependant à clamer haut et fort.

La relative opacité des opérations des banques centrales, censée garantir leur indépendance, tombait donc à point nommé. L’extension de leur pouvoir aux dépens des organismes étatiques, augmentait leur aptitude à juger au coup par coup des gestes à poser « pour la bonne cause ». La capacité du politique à prendre des mesures s’en trouvait bien sûr restreinte d’autant. Le transfert aux banques centrales de certaines prérogatives permettait de cacher non seulement des infractions sérieuses aux grands principes mais surtout l’affreuse fragilisation du système qu’entraînait l’insolvabilité généralisée des établissements financiers. Mieux encore, l’opacité permettait la mise en place de « villages Potemkine » mettant en scène le spectacle d’une reprise, qui servirait d’aiguillon à une reprise effective.

L’hémorragie du système financier se trouve aujourd’hui apparemment stoppée mais c’est dans un contexte d’état d’urgence où les principes de régulation du monde financier ont été de facto suspendus. Les responsables de cette situation sont sans doute convaincus que cet état d’urgence sera levé dès que possible et l’état de droit rétabli. Mais n’ayant pas dit clairement qu’un état d’urgence avait été instauré, ils ont en réalité rendu possible sa prolongation sine die.

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L’actualité de la crise: l’introuvable régulation systémique, par François Leclerc

Billet invité.

L’INTROUVABLE REGULATION SYSTEMIQUE

A Washington, un deuxième coup vient d’être frappé annonçant l’entrée en scène la future régulation financière, sans que l’on sache par quoi il sera suivi. Le sénateur démocrate Chris Dodd, en charge de la commission bancaire, vient de rendre public un nouveau projet de loi, allant dans le sens durcissement, celui proposé par l’administration Obama déjà en cours d’amendement au sein de la commission des finances de la Chambre des représentants présidée par Barney Franck. Avant même que les 1.136 pages du projet Dodd aient pu être épluchées et leurs nouveautés inventoriées, il en est immédiatement ressorti que la Fed était dans le collimateur. Laissant croire que ce nouvel épisode pouvait se résumer à une lutte de pouvoir au sein de la myriade des institutions et agences gouvernementales chargées de la régulation financière sous tous ses aspects. Ou bien à l’expression d’une tentative du sénateur Dodd de préparer sa réélection de l’an prochain, qui s’annonce difficile, en prenant la tête du mouvement d’opposition à la Fed, qui cristallise le profond ressentiment qui se manifeste dans l’opinion publique vis-à-vis des banques.

Sans doute ne faut-il pas s’en tenir à ces deux explications. Non pas qu’elles soient fausses, mais parce qu’elles éludent la véritable dimension de ce débat, qui vient de rebondir encore. La régulation financière, cette question pourtant si technique (telle qu’elle est présentée et étudiée), suscite en effet de fortes prises de position qui viennent de toutes parts. Des rangs des républicains et des libertariens, très en pointe dans la mobilisation de l’opinion publique et des membres du Congrès, mais également chez les démocrates, insatisfaits du cours des événements, notamment dans l’appareil syndical. Mais cette dimension politique-là, à son tour, doit être dépassée, si l’on veut bien comprendre la pièce qui est en train d’être jouée. La fausse piste de la régulation systémique se révèle, en réalité, dans toute sa splendeur. Car à peine des mesures sont elles envisagées, pesées et soupesées, qu’elles sont déjà dépassées dans le cours des débats et polémiques par les objections qu’elles soulèvent, par les problèmes qu’elles ne règlent pas. D’autant que la poursuite de la crise, dont il est de plus en plus clair que la reprise n’en sonne pas la fin comme espéré, quand bien même elle se préciserait enfin, exacerbe ces mêmes discussions. Amenant certains des acteurs majeurs de la partie à prendre des prises de position inattendues, pris dans ce qu’ils ressentent être des sables mouvants qui les entraînent vers le fond.

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Pires que des sangsues, par Jean-Pierre

Billet invité.

PIRE QUE DES SANGSUES

La politique monétaire pratiquée par le monde occidental depuis l’amorce de la crise bancaire en 2007 ne mène à rien. À peu près tout le monde sur ce blog l’admet. Les interventions de Paul Jorion et de François Leclerc sur ce sujet nous le démontrent. Les esquisses de solutions proposées sont souvent pleines de bon sens et généralement faciles à instaurer. À se demander pourquoi personne parmi les responsables ne s’y attèle.

S’il ne fait aucun doute que de nouvelles bulles spéculatives sont en gestation actuellement, alimentées par l’argent facile et abondant distribué par les banques centrales occidentales, il y a un danger bien plus grand qui pointe lentement à l’horizon. Car s’il est vrai que rien de ce qui a été entrepris jusqu’à présent ne résout la crise et ne consolide le système bancaire, force est de constater que ce système s’en accommode parfaitement, voire le préconise. Il y trouve, en effet, tout bénéfice. Considérons quelques faits.

Dès l’avènement de la crise en juillet 2007, les banques centrales ont rapidement compris l’ampleur du désastre et ont ouvert leurs divers robinets de liquidités. La plupart d’entre elles, pour ne pas dire toutes les banques centrales, avaient parfaitement conscience du danger. Depuis plusieurs années, peut-être même avant la publication du livre prémonitoire de Jorion, la BRI, la Banque des Règlements Internationaux, s’alarmait de la propension incontrôlée du crédit et des produits dérivés dans le monde (occidental). Elle a récemment réitéré ses craintes après avoir constaté que le volume des produits dérivés négociés de gré à gré était de nouveau en progression, alors que les contrats antérieurs posent encore toujours problème. Il est donc évident que la crise n’a dû surprendre personne en haut lieu.

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Le Monde, lundi 2 – mardi 3 novembre 2009

Un entretien avec Adrien de Tricornot sur le thème : « Nous sommes dans une opération de mise en scène et de méthode Coué ».

– Le fort rebond concomitant des marchés financiers ces derniers mois (actions, obligations, matières premières) annonce-t-il une nouvelle bulle spéculative ?

Quel que soit le niveau auquel la finance tombe, elle repart ensuite dans sa dynamique de bulle car rien n’a été fait pour changer le mécanisme qui préside aux mouvements spéculatifs.

En octobre 2008, après la faillite de Lehman Brothers, on a pu penser que les règles allaient être bouleversées aux Etats-Unis. Mais le processus démocratique prend beaucoup de temps, ce qui laisse aux lobbyistes le temps d’agir pour empêcher les mesures contraignantes. De plus, le personnel politique et financier n’a pas changé. Il raisonne toujours selon les critères de la science économique classique alors qu’il faudrait un changement de paradigme.

– Les modèles keynésiens ont été laissés en friche depuis les années 1970. Ne manque-t-il pas une pensée alternative ?

La première réaction des économistes est celle du mouvement de balancier. Si les keynésiens ont tort, c’est que les monétaristes ont raison. Si les monétaristes ont tort, c’est que les keynésiens ont raison. Mais il serait naïf de croire que la vraie réponse à la crise se trouve dans la science économique. Il faut la trouver ailleurs…

– Dans politique ? De même que Keynes, après les avoir inspirées, a théorisé en grande partie a posteriori les politiques de relance menées, par tâtonnements successifs, dans les années 1930 ?

Oui. Mais cette fois ci toutes les manettes de politiques économiques ont été actionnées en même temps, si bien que, dans le cas tout hypothétique d’une reprise effective, on ne saura jamais in fine, laquelle a vraiment marché. L’analyse sera plus difficile.

– Vous jugez que les problèmes des banques n’ont pas été résolus. Pourquoi ?

Toutes leurs pertes n’ont pas été encaissées. Les banques ont pu falsifier leurs comptes en obtenant de valoriser leurs actifs non plus aux prix du marché (marked to market) mais au moyen d’un modèle (marked to model), ce qui est une hérésie. Ce changement de méthode ne fait que reculer le moment de vérité.

– N’était-ce pas nécessaire de gagner du temps en attendant la normalisation de l’économie, plutôt que d’amplifier la crise : d’être « procyclique » selon le terme du jargon économique ?

Non. Dire qu’il ya des cycles dans l’activité c’est simplement constater qu’à chaque fois que l’économie s’est cassée la figure, elle est par la suite arrivée à repartir. Mais les actifs auquel je fais allusion sont les mortgage backed securities (MBS)-, des obligations adossées à des créances hypothécaires dont la valeur n’évolue pas selon des oscillations cycliques. Le prix des MBS dépend des mensualités qui sont remboursées sur le portefeuille de crédits auquel l’obligation est adossée. Or, aux Etats-Unis, le nombre de faillites personnelles continue à augmenter, et le nombre de chômeurs aussi. Le prix des MBS devrait donc chuter : ce n’est pas un marché spéculatif ou un produit dérivé.

– Dans votre dernier livre, vous écrivez que l’affaire Madoff est un schéma de Ponzi (une cavalerie) « honteux » tandis le système de la titrisation des subprimes est un Ponzi « éhonté » (qui n’a pas conscience de sa honte). Cette évolution des bilans bancaires en est le prolongement ?

Nous sommes en fait dans une opération de mise en scène et de méthode Coué. La plupart des consommateurs américains ne connaissent pas d’autre baromètre économique que la Bourse. On essaye d’établir un lien malhonnête. Le public, voyant la Bourse remonter, doit se dire que la crise va se finir. Cela permet effectivement de gagner du temps mais c’est un mauvais calcul…

– C’est en tout cas un bon calcul pour les rémunérations dans la finance…

Oui, et auprès de l’opinion publique, cela est naturellement ressenti comme une provocation. Quand l’économie connaissait des années de vaches grasses, l’enrichissement des traders et des dirigeants de banques paraissait au moins un peu corrélé. Dans les années 1950, le philosophe et économiste Karl Polanyi avait mis en garde contre la divergence de la finance et l’économie, citant le précédent des années 1920. On a vu où cela a conduit le monde. Malheureusement, la leçon n’a pas été apprise. Le risque est que les thèses populistes et les plus simplistes trouvent un écho dans l’opinion.

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L’actualité de la crise : Quadratures du cercle, par François Leclerc

Billet invité.

QUADRATURES DU CERCLE

C’est avec des mots choisis que les temps prochains nous sont contés. « USA : le patron de la banque centrale mise sur une reprise à court terme » titrait hier encore une dépêche d’agence, à propos de la réunion des banquiers centraux de Jackson Hole (Wyoming) ; mais seule la lecture de celle-ci nous apprenait toutes les réserves que Ben Bernanke mettait à la réalisation de cette perspective, ainsi que la modestie de la reprise pour laquelle il formulait ses vœux. Au fil de la lecture des titres de la presse internationale, il est flagrant de constater combien de nombreux journalistes, ces temps-ci, aimeraient bien pouvoir annoncer de bonnes nouvelles. A leur décharge, ces titres de leurs papiers ne sont généralement pas rédigés par eux-mêmes, mais par les secrétariats de rédaction, ou les desks pour les agences.

Au-delà des phrases alambiquées qui sont employées par les « décideurs » pour annoncer la suite des événements, que les médias reproduisent, effets de leurs recherches soutenues de la formule qui pourra signifier que cela repart, alors que ce n’est pas encore le cas, un fait est considéré comme assuré et ne fait l’objet d’aucun débat : l’économie devrait redémarrer, mais le chômage va encore progresser. Ne cherchez pas dans leurs propos une explication à ce phénomène singulier, vous n’en trouverez pas ! Tout au plus vous sera-t-il explicité qu’il y a un temps de latence (du à l’écoulement des stocks, nous disent-ils), que c’est normal et c’est comme cela, et puis que cela ira mieux ensuite. Nul part la croissance qui nous est promise est analysée. D’où proviendra-t-elle donc ? Mystère, son moteur n’est pas décrit, le secteur d’activité qui en sera responsable pas cerné. Les plus explicites des commentateurs procèdent par élimination et, après avoir en premier lieu tous biffé d’un trait la relance par la consommation, en arrivent à la même conclusion : ce sont des exportations que viendra la délivrance, sans hélas préciser quels seront les pays importateurs ! Dans un premier temps, la Chine avait été chargée de cette lourde mission, mais l’accumulation de ses propres problèmes a fait réfléchir. On en est à l’Amérique Latine, excusez-nous du peu ! En réalité, la seule croissance que l’on connaît est celle des services financiers, et l’on s’attend – des hausses notables étant déjà constatées dans le secteur des « commodities » (matières premières, dont les énergétiques et les alimentaires), alors que l’économie est en pleine récession – à une nouvelle flambée des prix. Une relation de cause à effet serait-elle envisageable entre les deux ?

Le discours sur le chômage fait donc l’objet d’une unanimité pas vraiment rassurante, mais le mot qui fâche n’est pas encore prononcé. Il n’est pas encore explicité que celui-ci va inévitablement être structurel pour partie, une manière de dire permanent ou, tout du moins, très difficile à résorber. Car ce n’est pas la « prime à la casse », dont le gouvernement américain vient d’ailleurs d’annoncer la fin, qui va régler durablement les problèmes (également structurels) de l’industrie automobile, par exemple. Et, d’une manière générale, rien ne va venir efficacement contrarier l’essor industriel des pays « émergents », ainsi que ses conséquences sociales dans les pays « développés », si la reprise est au rendez-vous, même faiblement. Par ailleurs, les économistes reconnaissent que les ménages vont continuer d’avoir des « difficultés d’accès » au crédit (une expression anodine qui signifie insolvabilité accrue des uns et durcissement des conditions de prêt des autres), ils disent craindre que les particuliers, par précaution, vont consacrer d’avantage leur revenu à l’épargne qu’à la consommation. Dans ce panorama peu engageant, le haut niveau persistant du chômage ainsi que la faiblesse de la consommation sont déplorés par des commentateurs navrés, mais il n’est pas encore parlé de la poursuite de la montée des « nouveaux pauvres ». Cela va venir, car on va vite reparler de la fracture sociale.

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L’actualité de la crise : Déflation ou pas ?, par François Leclerc

Billet invité.

DEFLATION OU PAS ?

C’est le sujet de la rentrée. Rappel : certains analystes, au premier rang desquels les experts de la BCE, ont ces derniers temps insisté sur le fait qu’il y a avait déflation et déflation, ne pas confondre ! Que ce que nous enregistrions en avait certes l’apparence, mais que celle-ci était trompeuse. Qu’il ne fallait pas se fier aveuglément aux chiffres (pour une fois que ce sont eux qui le disent !) et prendre en compte que le niveau historiquement très élevé des prix du pétrole, il y a un an, faussait la comparaison. Tout va rentrer dans l’ordre à la fin de l’année, prédisent-ils, sans expliquer si c’est de la hausse du pétrole, et d’une manière générale des matières premières, qu’il va falloir attendre cette amélioration des données de l’inflation, effaçant un peu magiquement la déflation constatée. Car cela serait alors tomber de Charybde en Scylla, la déflation ne serait peut-être plus aux portes (ce qui reste à vérifier), mais la hausse du prix des « commodities » ferait en contrepartie obstacle à la relance économique. De fait, la hausse du prix des matières premières est attendue par de nombreux commentateurs financiers. Comme il sera difficile de l’expliquer par une forte demande résultant d’une croissance économique échevelée, les mauvais esprits considéreront certainement qu’elle résultera de la spéculation financière. Arguant du fait qu’il faut bien se refaire une santé et qu’il n’y a pas tant de terrains de jeux disponibles, depuis qu’un certain nombre d’entre eux sont désertés. Mais n’anticipons pas !

Quoi qu’il en soit, le Financial Times, vient d’annoncer que les prix des produits industriels avaient chuté de 7,8 % en un an en Allemagne, ce qui ne s’était jamais vu depuis la fin de la seconde guerre mondiale (1949), « éclairant la faiblesse des pressions inflationnistes dans toute l’Europe », précise le journal avec une de ces formules contournées qui sont l’apanage des financiers et le privilège de ceux qui ne veulent pas employer les mots qui blessent. Le même article, signé de Ralph Atkins, correspondant à Francfort, considère que cette donnée « renforce la crainte que les forces déflationnistes se renforcent dans la principale économie européenne. » Le mot est finalement dit.

L’appréciation des données déflationnistes n’est pas un exercice d’école. Les économistes sont familiers avec la notion de « core inflation » (noyau de l’inflation), qui exclut du calcul de celle-ci le prix de l’énergie et des produits alimentaires, considérés comme les plus volatiles et pouvant être trompeurs. Le malheur veut que cette mesure du noyau de l’inflation est déjà négative en Irlande et qu’il est difficile de soutenir que ce n’est pas un signe inquiétant qui pourrait se révéler précurseur. Selon Eurostat, l’office de statistiques Européen, les prix à la consommation, et donc le taux d’inflation (incluant pétrole et produits alimentaires), sont négatifs à -0,6% en juillet (sur une année), accentuant le – 0,1% du mois de juin précédent. Il ferait bien voir que ces pourcentages modestes ne puissent pas être considérés comme significatifs, alors que l’on fait des gorges chaudes de modestes pourcentages identiques lorsqu’ils mesurent la croissance (en Allemagne et en France).

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Les limitations de la méthode Coué – Le retour

Il suffit d’un petit coup de bourdon à la Bourse (-5,8 % à Shanghai, – 3,8 % à Tokyo, – 1,46 % à Londres, – 2,16 % à Paris, – 2 % à New York) pour que les langues se délient et que tous s’écrient en chœur « Il n’y a pas de signes évidents d’une reprise ! » Je ne l’invente pas : vous le lirez partout.

Le moral ne devait pas être aussi excellent qu’on l’affirmait pour qu’un petit choc suffise à faire sombrer tout le monde dans la déprime.

C’est le problème de fond avec la méthode Coué : on a beau répéter que ça va bien, on n’y croit pas vraiment.

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