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L’actualité de la crise: un magistral contresens, par François Leclerc

Billet invité

UN MAGISTRAL CONTRESENS

C’est en direct que nous assistons à ce que les historiens qualifieront plus tard de l’un des plus magistraux contre-sens de toute l’histoire contemporaine. Les uns après les autres, pressés par la BCE, le FMI, l’OCDE et la Commission de Bruxelles, les gouvernements européens s’enfoncent dans la crise en mettant progressivement en oeuvre de rigoureux plans de réductions budgétaires, qui ne peuvent en réalité, pour toute garantie et résultat, qu’ouvrir la voie à une dépression économique de longue durée, ainsi qu’à une éventuelle remise en cause de la zone euro.

Ils tentent ainsi de se présenter comme les meilleurs pourfendeurs des déficits publics, présentés comme étant la cause de tous les périls, tout en continuant de se refuser à prendre à bras le corps l’état du système bancaire européen, qui donne pourtant tous les signes d’un nouvel accès de faiblesse, appelé à être le vecteur du rebondissement systémique de la crise quand elle se manifestera brutalement.

Enfermés dans leurs contradictions et leurs choix de départ, ne voulant pas affronter la nécessité d’une restructuration en profondeur du système bancaire, à laquelle ils ont préféré substituer un soutien financier de la BCE devenu permanent, les gouvernements européens sont en train de créer les conditions du rebondissement de la crise actuelle, face auquel ils vont se retrouver fort démunis.

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L’actualité de la crise: dynamique d’implosion, par François Leclerc

Billet invité.

DYNAMIQUE D’IMPLOSION

L’équation de la crise européenne va rester insoluble, et on peut anticiper que celle de la crise mondiale le sera tout autant.

Tôt ou tard – mais nous n’en sommes pas encore là – il faudra l’admettre, afin de chercher à poser le problème autrement pour parvenir à le résoudre. Car, pour la seconde fois après l’épisode de la chute libre initiée par la faillite de Lehman Brothers, les gouvernements et les autorités financières tentent de régler un problème d’insolvabilité par le déversement de liquidités, renflouant les dettes en créant de nouvelles dettes.

Tout se passe comme si ces liquidités étaient vidées dans des seaux percés – des facilités de caisse jamais vues délivrées aux banques et désormais également aux Etats – avec comme seul destin de ne jamais parvenir à la remplir. Car cette solution est aussi inadéquate ici que lorsqu’elle fut utilisée précédemment, condamnant à terme à l’échec, cette fois-ci, le plan de sauvetage (intitulé plan de stabilité) de la zone euro.

Le remède prescrit n’est qu’un pis-aller, tout comme l’est l’ersatz de régulation financière qui va nous être vendu. La nouveauté est qu’il apparaît illusoire aux yeux des marchés eux-mêmes, permettant de tirer sans plus tarder cette leçon sans appel de la crise européenne : il va falloir trouver autre chose.

Loin d’être singulière, cette dernière ne fait qu’ouvrir la voie à celle qui mûrit aux Etats-Unis, retardée là-bas par l’énormité des moyens mis en oeuvre pour l’éviter, qui ne peuvent cependant remédier à un délitement financier, économique et social dont le spectacle s’offre à qui veut le regarder.

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L’actualité de la crise: de conciliabules en bricolages et en tâtonnements, par François Leclerc

Billet invité.

DE CONCILIABULES EN BRICOLAGES ET EN TÂTONNEMENTS

Une nouvelle série de réunions internationales au plus haut niveau format G20 est en préparation dans les antichambres. Des ministres des finances et des présidents des banques centrales, en Corée du sud les 4 et 5 juin, puis des chefs d’Etat, à Toronto les 26 et 27 juin. A croire que la tenue de ces rencontres obéit à une loi étrange : moins elles aboutissent à des décisions pratiques, plus elles se multiplient. Comme si toute une énergie devait leur être dépensée, consacrée à la difficile rédaction d’un communiqué final aussitôt classé que publié.

De quoi sera faite l’unité de circonstance qui va être affichée ? Deux grands sujets vont former la trame publique de ces réunions : la quadrature du cercle d’une réduction des déficits publics n’affectant pas la croissance, toutes deux présentés comme salvatrices, et l’ajustement international des mesures de régulation financière, dont les chefs d’Etat ont besoin de se prévaloir, puisque les marchés sont par ailleurs les maîtres incontestés, voire même revendiqués. Un troisième sujet sera certainement évoqué, mais pas nécessairement depuis les tribunes : la fragilité toujours très grande du système financier et bancaire, comme la crise européenne vient de l’illustrer.

De toutes les voix qui commencent à s’exprimer à propos du danger que représenterait un arrêt brutal des aides publiques à la relance de l’économie, en raison de réductions budgétaires trop précoces au nom de la lutte contre les déficits, une mérite d’être mise en exergue. Celle de Wen Jiabao, le Premier ministre chinois. « Certains disent que l’économie mondiale est déjà repartie et que nous pourrions arrêter les mesures de soutien, mais je considère ce jugement trop hâtif », a-t-il estimé à Tokyo devant le patronat japonais. « La crise de la dette dans quelques pays européens pourrait entraver la reprise économique de l’Europe (…), le taux de chômage aux Etats-Unis ne baisse pas ». Prédisant que « Nous devons nous préparer à des difficultés », il a assuré que la Chine en tirait sans attendre les conséquences, faisant en sorte « de rester en alerte et de prendre des mesures avec calme (….) afin d’éviter une nouvelle baisse de la croissance ».

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L’actualité de la crise: banques qui rient, banques qui pleurent, par François Leclerc

Billet invité.

BANQUES QUI RIENT, BANQUES QUI PLEURENT

C’est en passe d’être réalisé : une loi de régulation financière va être dans les semaines à venir promulguée par Barack Obama, après un rapprochement des textes successivement adoptés par la Chambre des représentants et du Sénat qui va permettre d’encore en édulcorer l’ensemble. Les mégabanques ont d’ores et déjà remporté aux Etats-Unis une écrasante victoire dont elles entendent se prévaloir, dans le monde entier, afin de poursuivre leurs jeux délétères. Il n’y a pas à tergiverser, mais à s’interroger sur ses conséquences.

Avec l’appui de l’administration – en dépit de quelques batailles menées par des agences de régulation et d’escarmouches à portée limitée – et avec le soutien qui ne s’est pas démenti, sauf à l’occasion d’alertes qui n’ont pas duré, d’un Congrès miné par le lobbying et la corruption, les mégabanques viennent d’illustrer le fameux « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». La gloire n’était qu’accessoire, elles se contenteront de la victoire. Seuls quelques élus auront tenté de sauver l’honneur, sans succès.

Durant ces mois de travail législatif, Barack Obama n’aura cessé de mettre en scène son courroux et sa détermination pour masquer qu’il n’entendait pas mettre la bride sur le cou au capitalisme financier dont il est en réalité, avec son administration, partie largement prenante. Justifiant l’utilisation du concept d’oligarchie pour qualifier le pouvoir qu’il représente, certains préférant le terme de ploutocratie.

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L’actualité de la crise: le marché a toujours raison mais ne dit pas en quoi…, par François Leclerc

Billet invité.

LE MARCHE A TOUJOURS RAISON MAIS NE DIT PAS EN QUOI…

Avec un bel ensemble, toutes les bourses européennes, japonaises et américaines viennent à nouveau de louper une grosse marche. De son côté, l’euro continuait de descendre par rapport à toutes les monnaies, à l’exception de la livre anglaise. Dans le monde entier, les dirigeants s’alarment de la situation de l’Europe, depuis Pékin et Tokyo jusqu’à Washington. Timothy Geithner, secrétaire d’Etat Américain au Trésor, est à nouveau dépêché en ambassade auprès des Allemands, des Britanniques et de la BCE, à peine finie sa mission à Pékin. Barack Obama s’entretient une fois encore au téléphone avec Angela Merkel.

Plus la crise européenne se poursuit, moins son issue s’éclaire, plus elle acquiert une dimension internationale.

Pour tous, les sujets d’inquiétude sont en effet multiples. La chute de l’euro et la perspective d’une récession européenne viennent freiner les ambitions commerciales de tous ceux qui voient dans le développement de leurs exportations la seule opportunité de développer leur croissance. Le danger d’une déstabilisation du système bancaire européen, provenant de défauts jugés inévitables de certains des pays de la zone euro, pourrait menacer le système bancaire américain et déclencher un nouveau cataclysme, sévère rebond d’une crise qui ne manque pas d’occasions à cet égard.

Le Peterson Institute for International Economics estime que les banques américaines seraient globalement exposées à hauteur de 1.500 milliards de dollars dans l’Union européenne. Citigroup, pour sa part, évalue à 190 milliards de dollars l’exposition des cinq plus grandes banques américaines à la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.

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L’actualité de la crise: les démiurges malfaisants à l’oeuvre, par François Leclerc

Billet invité.

LES DEMIURGES MALFAISANTS A L’OEUVRE

Il avait pu sembler aux gouvernements européens qu’ils avaient gagné un répit prolongé, les faits viennent de les détromper. Non seulement la crise continue, mais elle a repris une mauvaise tournure en cette fin de semaine. Deux signes qui ne trompent pas : l’euro continue d’être très attaqué sur les marchés et les cours des valeurs financières (les banques) font un nouveau grand plongeon. Seuls, les taux obligataires sous surveillance renforcée et interventions de la BCE restent stables, mais à un niveau qui reste très élevé. Ce n’est pas encore tout à fait la Bérézina, mais ce n’est pas du tout le soleil qui se lève sur Austerlitz. Les marchés sont tenaces et ont les moyens de le faire savoir.

Les gouvernements grec, espagnol, portugais, et même italien, continuent de donner des gages en annonçant de nouvelles mesures d’austérité, mais les marchés n’en ont cure, car c’est l’euro qu’ils ont pris pour cible dans l’immédiat, en attendant de voir jusqu’où la BCE est prête à aller dans son soutien au marché obligataire. Certains annoncent que le tour de la livre sterling ne devrait pas tarder à venir, ces rumeurs continentales étant alimentées par les réactions qu’a suscité le refus britannique de participer au plan de sauvetage européen…

Qu’attendent donc les marchés, ces intervenants que l’on n’ose même pas identifier par leur nom, et qui aspirent au rôle de démiurges malfaisants ? Ils doutent d’abord de l’issue de la partie qui s’annonce : la réduction des déficits et la baisse de la demande des Etats sur les marchés obligataires, à laquelle ils poussent avec acharnement. Car déjà s’installe l’idée, chez ceux qui en ont encore les moyens, que pour être politiquement jouables les sacrifices vont être étalés dans le temps.

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Comme avant ?

VB : Pensez-vous que (ou savez-vous si) le commerce international a repris dans les mêmes conditions qu’avant la Grande Crise ?

Baltic Dry : prix du fret maritime des matières premières (données sur cinq ans). Relativement bon indicateur du trafic lui-même étant donné l’inélasticité du nombre de bateaux disponibles (longs à construire)

© Bloomberg

HARPEX : taux d’occupation des porte-conteneurs. Bon indicateur du fret maritime des produits manufacturés (données sur cinq ans).

© Harper Petersen & Co

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L’actualité de la crise: le pari stupide de la rigueur, par François Leclerc

Billet invité

LE PARI STUPIDE DE LA RIGUEUR

De réunion en réunion, les gouvernements de la zone euro ne sont toujours pas parvenus à lever le veto de l’Allemagne, dont l’objectif est de pousser la Grèce dans les bras du FMI, afin de ne pas être financièrement impliqué dans son sauvetage, et de défendre ce que l’on commence à appeler le deutscheuro.

Une téléconférence de l’Eurogroup doit avoir lieu ce dimanche à 14 heures, sans attendre la réunion des ministres du week-end prochain de Madrid, la situation réclamant qu’une décision soit prise sans tarder. C’est sans doute la réunion de la dernière chance, la Grèce n’ayant ensuite plus comme issue que de demander tôt ou tard l’intervention du FMI, dont les experts sont déjà à pied d’oeuvre.

Cette gestion calamiteuse de la première crise de la dette publique augure très mal de celles qui vont suivre. En Europe pour commencer. L’heure n’est plus à déplorer l’impéritie dont les gouvernements font preuve ou bien de tenter de décrypter leurs calculs. Peu importe, car le fait est là : la Grèce va être pour les Etats le signal que Lehman Brothers a été pour les banques, aussi résolument même si son effet va être plus progressif. L’affaire ne peut pas et ne va pas en rester là. De premiers Etats, les plus vulnérables, vont rejoindre les banques dans un même statut de sinistré. « Dans quoi nous entraînent-ils ? quelle démonstration veulent-ils faire? », nous commençons à la comprendre.

Si la crise grecque a mis en évidence une chose, c’est que l’effet domino (on dit systémique maintenant) est susceptible de fonctionner en Europe, non pas selon un seul mécanisme mais avec la combinaison de deux : une brutale et incontrôlable hausse des taux obligataires atteignant un nouveau pays – la liste des pré-sélectionnés est connue – les banques pouvant ensuite vite répandre le mal, comme le cas de la Grèce le montre en ce moment. Car les grandes banques européennes sont gavées d’obligations d’Etats, et un plan global de restructuration de la dette qui interviendrait à la faveur de la crise d’un pays européen, avec réduction de peine à la clé, pourrait générer en retour un rude choc pour certaines. Confirmation du fait que les secousses successives de la crise – dégonflement brutal puis très lent de la dette privée, gonflement irrésistible de la dette publique – influent l’une sur l’autre, ce qui n’arrange rien.

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Chaîne Parlementaire (LCP) et 24/24, dimanche 11 avril (diffusion à 8h35, 16h30 et 23h30)

Chaîne Parlementaire (LCP) et 24/24 : un débat entre Patrick Devedjian, Philippe Askenazy et votre serviteur : « Une crise fatale ? » dans le cadre de l’émission « Parlons-en ».

Je ne me suis pas disputé avec le Ministre de la relance, nous nous sommes contentés de n’être fermement pas d’accord.

Le débat a été enregistré mardi dernier, il passe en différé demain dimanche (diffusion à 8h35, 16h30 et 23h30). On devrait le trouver également en podcast dans les jours qui viennent.

Visible grâce à Dominique Larchey-Wendling. Merci !

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L’actualité de la crise: la dette, un cadavre dont on ne peut se débarrasser comme ça, par François Leclerc

Bilet invité.

LA DETTE, UN CADAVRE DONT ON NE PEUT SE DÉBARRASSER COMME ÇA

La série à suspens grecque a focalisé ces dernières semaines toute l’attention, faisant presque oublier que la crise de la dette publique était globale et touchait potentiellement tous les pays occidentaux.

L’Europe, et plus particulièrement la zone euro, était et reste sur le devant de la scène, faisant passer au second plan des situations tout aussi préoccupantes (pour manier la litote) mais pas encore arrivées à maturité : celles du Japon et des Etats-Unis. Les deux premières puissances occidentales où ont été émises les plus grandes masses de dette publique, ce qui mérite d’être rappelé.

Le Japon, plus que jamais condamné à une déflation dont il ne parvient pas à sortir, est dans une situation à force inextricable. On dit souvent, pour décrire le financement de son énorme dette publique, qu’il provient de l’épargne intérieure, à la différence de celui des Etats-Unis. Ce qui est exact mais omet de préciser qu’une grande partie de la dette japonaise est en réalité achetée par les banques du pays, qui se financent auprès de la Bank of Japan où elles déposent en garantie les obligations souveraines qu’elles ont acquises.

L’épargne des ménages joue parallèlement son rôle, mais elle parvient de moins en moins à éponger les nouvelles émissions, tandis que le bilan des banques – et de la BoJ – continuent de gonfler. Par voie de conséquence, le Japon commence à se tourner vers les marchés financiers internationaux, ce qui ne va pas être sans conséquences pour les autres pays.

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L’actualité de la crise: un sauvetage qui n’augure rien de bon, par François Leclerc

Billet invité.

UN SAUVETAGE QUI N’AUGURE RIEN DE BON

Tout le monde s’y est donc mis, ou presque, afin de conclure au finish d’interminables négociations. Un plan de sauvetage semble cette fois-ci avoir été vraiment décidé, auquel ont contribué, dans le désordre, la BCE, le FMI et des Etats de la zone euro dont on ne connaîtra la liste que lorsque le moment sera venu de passer à l’acte. Afin de laisser intact le suspens, un ultime examen de passage a encore été prévu, une adoption unanime par les pays membres de la zone euro, qui donne encore à chacun d’entre eux un droit de veto final au moment décisif.

Comment réagissaient les marchés  ? A New York, à l’annonce de l’accord, l’euro plongeait et valait 1,3277 dollar, contre 1,3315 dollar mercredi soir. Cela semble signifier que la crise de l’Euro n’est pas terminée, car celle des déficits publics ne prend pas le chemin d’être réglée devant l’ampleur et les difficultés de la tâche.

L’épisode grec a révélé de profonds désaccords entre les deux principaux partenaires de la zone euro, qui ne datent pas d’hier d’ailleurs mais d’avant même sa constitution, qui vont être aussi difficiles à résorber que vont l’être les déficits. Le chacun pour soi a, dans ces conditions, toutes les conditions de devenir la règle.

Les pays les plus faibles vont inévitablement en subir les conséquences et la question se pose sans attendre de savoir où et quand va éclater la prochaine crise. Reposant le problème d’une aide financière pour laquelle il sera difficile d’employer le schéma qui a été péniblement adopté aujourd’hui. Car il met à contribution directement les finances des Etats, ce que des émissions d’euro-obligations ou plus simplement l’octroi de garanties aurait évité.

En réalité, des problèmes identiques et commun se posent à des degrés divers à tous les pays de l’Union européenne, qu’ils soient faibles ou plus puissants, membres ou non de la zone euro. Ils s’appellent croissance anémique et risque de récession (si les mesures de relances publiques cessent), chômage accru devenu structurel, déficit des finances publiques impliquant pour les résorber des coupes budgétaires aux lourdes conséquences sociales, montée des taux obligataires rendant l’équation encore plus difficile à résoudre.

La première puissance exportatrice mondiale va elle aussi subir le contre-coup de la crise européenne, puisqu’elle y réalise plus des trois quarts de ses affaires. Toute l’Europe est confrontée à une même et simple question : quel peut être le moteur d’un renouveau économique (pour ne pas parler de croissance), ayant comme préoccupation de résorber le chômage et de relancer la consommation ?

Les mots ne vont être d’aucun secours.

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La « reprise » aux États-Unis

Deux graphiques intéressants sur la situation aux États-Unis que je découvre ce matin dans The Liscio Report par Philippa Dunne & Doug Henwood, qui m’est communiqué par l’analyste John Mauldin (« Outside The Box », Volume 6, No 14, le 15 mars 2010).

Le premier graphique montre à gauche l’évolution du niveau de l’emploi et à droite celle du taux de chômage en Amérique.

© Liscio Report

L’information n’est pas identique pour des raisons que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici : que le calcul du taux de chômage américain ne tient pas compte des chômeurs « découragés », ceux qui ont cessé d’être à proprement parler des « chercheurs d’emploi ». L’évolution actuelle « recent » est comparée à celle de reprises historiques, « weak », c’est-à-dire molles (1991–1992 et 2001–2002) et « strong » ou fortes (1975–1976 et 1982–1983).

On note que la « reprise » actuelle se situe en-dessous du niveau des reprises historiques molles du passé pour ce qui touche à l’emploi et à peu près au même niveau que celles-ci pour ce qui touche au taux de chômage. Pour que l’emploi aux États-Unis coïncide avec la reprise molle du graphique, 600 000 emplois supplémentaires devraient être créés. Ce que la tendance actuelle révèle bien entendu, c’est l’absence totale jusqu’ici d’une réelle reprise au niveau de l’emploi.

Autre graphique intéressant dans le même rapport : celui consacré aux dépenses des ménages, divisés en « riches » et en « pas riches » (la barre se situant au niveau des 90 000 dollars de revenus annuels).

© Liscio Report

Alors que les dépenses quotidiennes des « pas riches » sont stables à leur niveau le plus bas, atteint au printemps 2009, les dépenses des « riches » continuent elles de baisser et sont aujourd’hui à leur niveau le plus bas. Pour les deux groupes, les dépenses actuelles sont à peine supérieures à la moitié de ce qu’elles étaient avant le début de la crise. Phénomène intéressant que notent les auteurs du rapport, ce sont les dépenses « ostentatoires » des riches qui sont les plus affectées, révélateur sans doute des tensions sociales qui affectent désormais le pays, ce que les auteurs du rapport appellent le « stigma » désormais attaché aux dépenses ostentatoires.

Autre observation intéressante du rapport, ce sont les aspirationally affluent, ceux qui « aspirent à devenir riche », qui ont le plus réduit leurs dépenses et c’est la vente des produits « tape-à-l‘œil » qui est la plus affectée à l’heure actuelle. La chose n’est pas étonnante puisque les aspirants-riches obtiennent leur « richesse » sous forme de crédits et que les banques commerciales ne sont pas disposées dans le climat actuel à en accorder à ceux dont la richesse se limite à leur aspiration.

Observation finale, qui en dit long sur la qualité de la « reprise » actuelle aux États-Unis : « Les meilleurs chiffres viennent des États où existe un important secteur de banques d’affaires ».

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L’actualité de la crise : La Grande Crise, par François Leclerc

Billet invité.

LA GRANDE CRISE

La crise de la dette publique va toucher les uns après les autres et sans distinctions tous les pays occidentaux, (« ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » – Jean de la Fontaine). La Grèce a eu l’honneur, dont elle se serait bien passé, d’en faire la première les frais. Les pays membres de la zone euro en sont déjà la victime, pour ne pas vouloir y faire face, succombant à la tentation de s’y dérober, et cela ne peut que se poursuivre ainsi, selon une lente et inexorable montée vers un on ne sait quoi. Quant au sort des Britanniques et des Américains, ils sont appelés à rejoindre le bal des vampires, selon de plus en plus nombreux Cassandre (jamais crue mais ayant toujours raison, selon la légende). En attendant, la crise financière, devenue économique puis politique, acquiert progressivement toute sa douloureuse dimension sociale, dans une Europe qui était encore épargnée par rapport aux Etats-Unis.

En raison de l’énormité des déficits actuels et à venir et de la politique suivie pour y faire face, nous sommes entrés – avec des variantes, mais pas davantage – dans une longue période faite d’une stagnation économique qui ne dit pas son nom et d’un surenchérissement progressif et irrésistible du marché obligataire. Celui-ci accroissant encore le coût de la dette et réduisant les marges de manoeuvre budgétaires. La croissance, condition supposée de la sortie de crise dont on ne parle d’ailleurs plus, n’a dans cet environnement aucune chance d’être au rendez-vous.

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BFM Radio, lundi 15 février à 10h46

Les optimistes.

Pour chacun d’entre nous la crise a éclaté à une date différente, qui dépend de la familiarité que nous avons avec la machinerie interne des marchés financiers : pour certains, ça a été en février 2007 : quand le prix des CDS qui assuraient les titres subprimes a bondi d’un seul coup ; pour d’autres, ça a été août de la même année : quand le flux des capitaux sur le marché interbancaire s’est soudain asséché ; ou encore, pour le grand public, un an plus tard : en septembre 2008, quand la chute de Lehman Brothers et la panique qui s’ensuivit sur les marchés monétaires a obligé la Federal Reserve, et à sa suite, les autres banques centrales, à injecter d’urgence sur les marchés, des centaines de milliards de dollars – pour tenter de stopper l’hémorragie. Quoi qu’il en soit, lorsque la crise a éclaté, il était évident pour tout le monde – des professionnels à l’homme de la rue – que l’on avait affaire à une crise d’une dimension cataclysmique et telle qu’elle remettait en question, non seulement notre système financier dans son ensemble mais aussi le système économique qui va avec.

La nature humaine est optimiste – c’est probablement la principale qualité qui a permis à l’homme de survivre dans le passé à des situations véritablement abominables mais cet optimisme inébranlable est aussi sa principale vulnérabilité – et aussitôt qu’une apparence de rétablissement est devenue visible à l’horizon, l’idée s’est imposée que les choses n’avaient peut-être pas été aussi graves qu’il avait semblé au moment-même et qu’il ne s’agissait peut-être après tout avec cette crise, que d’un incident de parcours finalement assez banal.

On l’a vu il y a quelques semaines, quand ceux qui avaient le destin de la finance internationale entre leurs mains à l’automne 2008 – parmi lesquels on trouve Hank Paulson, le Secrétaire au Trésor américain, le Ministre des Finances sous George Bush, et Timothy Geithner, qui est le Secrétaire au Trésor actuel – étaient convoqués pour témoigner devant une Commission parlementaire américaine et qu’ils furent obligés de confirmer que « Oui : on avait été à deux doigts d’un effondrement catastrophique du système capitaliste » et que ceux qui les interrogeaient faisaient la moue – puisqu’en fin de compte la situation avait pu être sauvée de justesse – en disant : « Ouais, bon, peut-être … êtes-vous vraiment sûr ? »

On aurait pu penser que ce serait l’homme de la rue qui se montrerait le plus sceptique quand on irait suggérer qu’il ne s’agissait après tout que d’un incident de parcours qui ne se répétera plus – « croix de bois, croix de fer… » – , puisque c’est lui, au bout du compte, qui a payé et continuera de payer les pots cassés. Or, ce n’est pas ce qu’on constate : alors que l’année dernière, 76 % des Américains pensaient qu’il était indispensable de mettre en place une réglementation plus sévère pour les institutions financières, il ne sont déjà plus que 62 % cette année.

Est-ce qu’il y a de quoi être surpris ? Quand on a la chance de faire partie des nantis, on peut se permettre d’être réaliste. L’homme de la rue lui, est condamné à être un optimiste. Au grand soulagement certainement de ceux qui nous ont mis dans ce pétrin !

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