BFM Radio, le lundi 16 novembre à 10h46

Un héros des temps modernes

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par vous citer quelqu’un parlant de quelqu’un d’autre. Voici :

« … [son système] était sur le plan moral, égalitaire. On y trouvait le plein emploi, il était à la fois généreux et joyeux ; c’était une nouvelle sorte de capitalisme, contrôlée non pas par les adorateurs cupides de Mammon mais par l’intellect et la joie de vivre d’une démocratie intelligente et robuste ». (*)

De qui parle-t-on selon vous ?

Oui, il s’agit bien de John Maynard Keynes, le grand économiste anglais, et c’est l’un de ses élèves qui parle de lui. J’ai beaucoup pris le train durant les semaines passées et, m’ont accompagné dans mes voyages, les trois épais volumes de la biographie de Keynes par Robert Skidelsky. J’essaie d’en savoir plus, non pas tant sur l’œuvre que sur la vie de celui dont le nom hante aujourd’hui les conversations des économistes. Vous connaissez le refrain ? « Quand un économiste rencontre un autre économiste, Qu’est-ce qu’y s’racontent ? » Eh bien, aujourd’hui, ils parlent de Keynes.

Qu’est-ce qui semblait donc si neuf chez lui, par rapport à ses contemporains ? C’était le fait que le plein emploi apparaissait comme la solution recherchée à un équilibre entre production et consommation. Jean-Baptiste Say avait fait croire au XIXe siècle que la consommation s’alignerait toujours sur la production. Les années trente mettaient en évidence que – même vraie – la loi de Say n’interdirait pas des périodes de misère profonde dues à un chômage massif. Keynes apportait un rai de lumière en mettant en évidence qu’un capitalisme en bonne santé exigeait le plein emploi. Deux bénéfices évidents à sa théorie : premièrement, que le capitalisme pouvait être sauvé – et le communisme ou le fascisme cessaient d’être ses seules alternatives ; et deuxièmement, que les hommes d’affaire devaient se convaincre qu’il fallait donner du travail à tous – et la misère refluerait des rues qu’elle avait envahies.

Est-ce toujours vrai aujourd’hui ? On ne croit malheureusement plus aujourd’hui à ces fadaises : on vous dit que la reprise aura lieu – voire même qu’elle A eu lieu – mais l’on met aussitôt les points sur les « i » : « Cela ne signifiera pas une reprise de l’emploi ! Pensez ! avec la productivité d’aujourd’hui, on ne pourra pas remettre tout le monde au travail ! »

Zut ! Keynes, ça ne marche plus !? Alors comment fera-t-on pour éviter la misère dans les rues ? « Excellente question mon cher Watson ! Sur laquelle il nous faudra certainement revenir un prochain lundi ! »

–––––––––––––
(*) David M. Bensusan-Butt cité dans Robert Skidelsky, John Maynard Keynes. The Economist as Saviour. 1920-1937, London : MacMillan, 1992 : 574.

Jeff Parker

© Comics.com/Jeff_parker

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46 réflexions sur « BFM Radio, le lundi 16 novembre à 10h46 »

  1. Bonjour et bon week end à tous.
    Mon commentaire n’est certainement pas à la bonne place.
    Je suis à la recherche des discussions qui ont eu lieu ici sur la création de la monnaie.
    j’espère que ces choses n’ont pas disparu.
    MERCI de m’aiguiller.

    1. Je vous conseille le site de mon ami Johannes Finckh qui différencie monnaie, signes monétaires et avoirs monétaires (sur la base de ce qui disaient Silvio Gesell et plus récemment Helmut Creutz) :
      http://monnaiefondante.canalblog.com/

      Il ne le tient plus tellement à jour mais le passé récent est toujours d’actualité.

  2. Je mise 2 pièces sur un certain type d’individu plutôt que sur un nom propre.
    Je ne crois pas au plombier polonais dans le contexte alors je verserais pour la jeune mère de famille ou l’entrepreneur, celui qui ose.
    Penser optimisme a un caractère héroïque par les temps qui court, l’optimiste est le héros des temps moderne.

    Bon, j’attendrai demain comme tout le monde.

    1. Mon père, je ne suis pas d’accord avec vous. Je pense que l’optimiste aujourd’hui est le bon citoyen qui croit à la reprise que lui vend une personnalité reconnue du monde de la finance comme Christine Lagarde, qui va donc tout confiant consommer ses dernier sous et faire un effort louable pour échapper à la lucidité.

      Un excellent texte, comme souvent, de Mona Chollet sur l’optimisme comme vecteur de l’idéologie dominante :

      http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/CHOLLET/18118

  3. En parlant de Keynes et de Say, on omet de parler de Patinkin qui a mis en évidence le caractère dichotomique de la monnaie. Pourquoi la loi des débouchés est-elle cohérente ? En posant que l’offre crée sa demande, le postulat implicite est que, dans une économie où la monnaie serait dépourvue de sa fonction de réserve de valeur, il y aurait identité, et non égalité, entre la valeur des marchandises offertes et celles qui sont demandées puisque, in fine, les produits seraient échangés contre des produits.

    Le processus de marché décrit par Walras repose sur cette conception de la monnaie qui en évacue sa fonction de réserve de valeur. Si bien que, quelque soit la quantité de monnaie en circulation, il y aurait égalité entre la valeur des marchandises demandées et la valeur de celles qui sont offertes.

    Si vous prenez en compte la fonction de réserve de valeur, ça ne marche plus et des déséquilibres peuvent apparaître.

  4. En complément du petit dessin humoristique de Jeff Parker, je n’ai pu m’empêcher de sourire en voyant lors d’une manifestation aux Etats-Unis, un panneau où il était écrit : « Jump you fuckers » ! Et cela m’a rappelé qu’en 1929, des banquiers se sont suicidés à cause de la crise financière. Mais aujourd’hui, ce ne sont pas les banquiers qui se suicident mais les employés ou des cadres de Francetélécom et d’autres multinationales parce qu’ils sont maltraités psychologiquement, mutés comme de simples pions sur un échiquier à taille inhumaine.

  5. « Quand la demande privée est défaillante, il faut lui substituer de la demande publique. »

    Ca c’est le petit bout de la lorgnette, la version primaire de Keynes, celle qu’on raconte aux collégiens : Keynes c’est la demande, Marx la lutte des classes, Schumpeter la destruction créatrice, Hayek l’ordre spontané, Adam Smith la main invisible, ce pauvre Adam Smith qui finit sa vie comme douanier, ce qui est bien tragique pour un théoricien du libre échange….

    On ne croit malheureusement plus aujourd’hui à ses fadaises dites-vous , Keynes n’est vraiment pas fréquentable, cars Keynes prônait tout simplement l’euthanasie du rentier et l’abolition de l’accumulation. Pour le dire en français, il était pour la décroissance, il suffit de lire le dernier livre de son grand ouvrage « La Théorie générale ». Il y parle de Sylvio Gesell, inventeur des « monnaies fondantes », monnaies impropres à l’accumulation, monnaies qui interdisent à l’argent de faire de l’argent.
    On verra, si on lit Keynes, qu’il était aussi pour la nationalisation du sol ! Parce qu’il estimait que la terre était, pour une nation, un bien collectif ; et parce que la terre, du fait de sa rareté, est porteuse de rente. Or la rente pour lui, je le répète, est une catégorie économique illégitime.

    Enfin, Keynes était un ardent défenseur de la beauté, notamment de la beauté architecturale, qu’il voulait offrir même aux plus pauvres, et, que je sache, les économistes ne sont pas vraiment des amis de la beauté.

    « Montesquieu, le plus grand économiste français, celui qu’il est juste de comparer à Adam Smith. » Keynes, préface à l’édition française de la Théorie générale.

  6. Si la théorie keynesienne ne marche plus, force est de constater que son « antithèse » ne marche pas d’avantage.

    Retranscription sommaire – peut-être maladroite – du raisonnement de F. Lordon sur le sujet:

    Lorsqu’une économie concentrée en forte proportion sur son marché intérieur – exportations minoritaires – ne garantit pas une « rémunération seuil » à sa population (fort taux de chômage / emplois précaires / autres) elle scie elle-même la branche sur laquelle elle est assise: La demande ne peut plus absorber l’offre (qui a dit « crise de surproduction »?).

    Les solutions proposées par le modèle actuel sont de deux types:
    – augmentation « extensive » de la productivité – multiplication du nombre d’emplois pour une personne donnée, allongement de la durée du travail, etc.
    – recours facilité aux crédits à la consommation.

    Or, il semblerait bien que la crise actuelle soit précisément la démonstration de l’arrivée aux limites de ce modèle.

    ——————————————————————————–

    Les fadaises, en l’occurrence, consistent à prétendre qu’on puisse produire tant et plus, vendre de moins en moins les productions, et que tout cela persiste à produire de la croissance. Ou plutôt, si croissance on peut encore observer sous ces conditions, elle ne peut être au mieux qu’un artéfact purement statistique: Il s’agit alors d’une croissance de flux financiers, sans plus aucun rapport avec une quelconque augmentation des moyens de subsistance de la population. On peut alors considérer que cette statistique phare de l’économie moderne ait été en quelque sorte privatisée: Il s’agit alors plus que jamais s’interroger sur la pertinence de cet indicateur, ou à minima de l’usage qu’on fait.

  7. Keynes, un partisan de la décroissance avant l’heure ?

    C’est un anachronisme car Keynes pensait qu’il serait possible en moins de trois générations d’éradiquer la pauvreté. Keynes était un bon scientiste à la sauce comtienne.

    C’est la fonction de réserve de valeur qui empêche la circulation de l’argent ((et/ou?) la monnaie) et qui peut provoquer une surproduction. D’où la mention de Sylvio Gesell puisque la monnaie fondante dont il est l’inventeur vise à diminuer cette capacité de réserve de valeur.

    1. Ce qui provoque la surproduction c’est simplement la faible demande, et cette faible demande est due aux faibles revenus de la majorité de la population.
      Mais augmenter ces revenus – si cette augmentation n’est pas un simple transfert – aura d’autres effets pervers dans le système actuel (prix de l’énergie, importations, etc)
      Et ce n’est pas réellement la monnaie (pas fondante) qui est responsable, mais le type d’économie d’accumulation et d’appropriation des fruits du travail dans lequel nous baignons.

    2. @Paulo

      L’effet pervers serait tout simplement celui de l’inflation; tout adoucissement du sort des pauvres est absorbé par l’inflation. Le président du pouvoir d’achat avait soigneusement omis de s’en vanter.

  8. Pourquoi certains s’embarraseraient-ils de trouver du travail à des individus dont ils considèrent qu’ils sont en surnombre ? Malthus contre Keynes en somme…

  9. Qui est Keynes, ce héros des temps modernes ? Les fonctions qu’il a exercées dans la période de l’entre-deux-guerres, où se déroula l’essentiel de sa carrière, le placent au sein même de l’oligarchie financière du Royaume-Uni, comme le souligne son principal biographe, Robert Skidelsky, dans John Maynard Keynes : 1883-1946 : Economist, Philosopher, Statesman.

    Après avoir suivi ses études secondaires à Eton, le lycée le plus réputé du Royaume, il obtient son diplôme du King’s college, à Cambridge. C’est là que Keynes est recruté, en 1903, au club qui va influencer tout son système de valeurs et restera jusqu’à la fin de sa vie au centre de sa vie sociale. Il s’agit des « Apôtres » de Cambridge, une société secrète où le recrutement se fait à vie et où les élus sont choisis non seulement en fonction de leurs talents, mais aussi de leur désir de transgresser la morale traditionnelle pour s’adonner à des plaisirs plus exotiques…
    Un drôle d’apôtre, Paul, non ?….
    Ne me dites pas que vous en êtes, depuis votre passage ethnologie à Cambridge !!!

    En 1927, au cours de sa campagne pour faire élire Lloyd George, pour qui il écrira un an plus tard un essai intitulé « Lloyd George peut-il réussir ? », Keynes prononce une série de discours en faveur du corporatisme et de la cartellisation, dont « Libéralisme et Industrie ».

    Un problème se pose, selon Keynes, du fait de la démocratie et de la révolution industrielle : « Les classes laborieuses industrielles sont désormais (…) sur le chemin du pouvoir politique ». Le Parti Libéral se propose, contrairement aux socialistes qui pourraient pousser ces forces vers des voies « destructrices », de les canaliser vers des voies productives.

    La joie de vivre d’une démocratie intelligente et robuste….
    Que non, le « zeitgeist optimiste du XIXème siècle a fait place à un zeitgeist pessimiste ». Avant, « nos conditions matérielles semblaient s’accroître de façon soutenue. Maintenant, nous sommes contents de pouvoir empêcher leur détérioration ; ce qui signifie que les classes laborieuses n’ont plus assez d’espoir dans la tendance générale pour détourner leur attention vers d’autres plaintes ». ( !)

    Ceci intervient alors que l’économie a beaucoup changé. « Le tableau de multiples petits capitalistes, responsables des risques pris avec leur fortune, a été remplacé par un monde de grandes entreprises appartenant au public (des petits actionnaires) qui ne connaît rien aux détails de la véritable position financière de l’entreprise, et dont la gestion quotidienne est assurée par des salariés qui ne risquent pas grand-chose, sinon rien de leur fortune ».

    Dans une situation de déclin industriel, le gouvernement doit donc se mêler des affaires et aller vers la « cartellisation qui, dans le monde des affaires comme dans celui du travail, est à l’ordre du jour ; il serait (…) insensé de vouloir la combattre. Notre tâche est celle d’en profiter, de la réguler et de l’orienter vers la bonne voie ». Keynes propose aussi un « système maximum de décentralisation compatible avec de grandes unités et une compétition régulée ». « Le gouvernement doit reconnaître la nécessaire tendance d’aller vers des entreprises bien gérées, vers des trusts et des cartels. »

    Et tant pis pour les revendications salariales : « L’Etat doit être prêt à jeter un œil sur la régulation des salaires de grands groupes industriels (…) et ne pas laisser cela au hasard d’organisations privées et de négociations privées ». Bien sûr, mentant comme un arracheur de dents, Keynes proclame que tout ceci sera fait pour le plus grand bien des salariés, mais quand on sait que l’on s’achemine vers la grande dépression et que la cartellisation est le produit d’une lutte de tous contre tous pour la survie, la litote de Keynes est aisée à démasquer.

    Comment contrer ce déclin ? Par le contrôle des naissances, répond Keynes à plusieurs reprises, ajoutant, dans La fin du laissez faire, par l’eugénisme, le contrôle de la qualité de « l’inné ». Malthus est l’économiste favori de Keynes, autant pour ses théories démographiques que pour son idée de créer des emplois en dopant la demande. Dans un essai qu’il lui consacre, Keynes encense son Essai sur le principe de population (1798). Il lui attribue un don d’ »intuition économique profonde », tout comme à Newton qu’il considère avec admiration comme « le dernier des magiciens ».

    Décidément, un drôle d’apôtre ce Lord de la confrérie des « magiciens » qui parait toujours si neuf à certain pour éviter la misère dans les rues… Et sauvegarder les intérêts de l’empire Britannique, ce système si généreux et si joyeux, qui organiserait les nouveaux camps de travail du NOM, pour le bien de tous et dans le « meilleur des mondes », il va sans dire.

    1. Pierre, c’est le Keynes « de surface », tout cela. N’oubliez pas qu’il fut l’un de ces « Cambridge Apostles », pour qui la surface comptait peu, comme vous le dites vous-même. Vous n’avez pas mentionné, par exemple que les Apostles furent la principale pépinière d’espions soviétiques en Grande-Bretagne.

    2. Les tendances sexuelles des apostles en faisaient des proies faciles pour le NKVD.
      Chantage à l’outing pas nouveau.

  10. Le principe du capitalisme et « sa » loi de l’offre et de la demande vont contre le plein emploi. C’est bien la façon dont se fait le prix qui ne « marche pas ». Comme celui ci se « fait » plutôt par un effet de relation de force déséquilibrée par deux aspects : Le vendeur est plus fort que l’acheteur et la libre concurrence est faussée puisque le prix du gros n’est pas du tout aligné sur le prix de détail. Pour moi d’autre part une des grosse erreur dans notre système de calcul des taxes est le suivant : on a confondu addition et multiplication. On fait une multiplication pour les taxes ou la valeur ajoutée de même pour les impots là ou de fait on fait une addition. Ce qui est sensiblement vrai à certaines échelles devient faux à d’autres et surtout devient une rente. Plus on fait de volume plus on peut gagner d’argent et là la concurrence des petits est impossible.

    Sinon pour ce qui est des paradis fiscaux ceux ci ont pour certains accepter de fournir des informations. Belle demande en effet. Si un pays connait la banque, le numéro de compte, la société écran, soit en gros si celui qui ne veut pas payer se dénonce lui même en même temps, en faisant preuve d’un masochisme très particulier, en envoyant toutes les informations au bon service fiscal, sur comment il essaye de ne pas payer il a « une chance » de se faire piquer. Donc c’est vraiment pour endormir les pauvres gens mais si ils y croient…

  11. La question que je me pose est la suivante : aujourd’hui, le système dans lequel nous sommes est-il le système capitaliste, comme on essaye de nous le faire croire, ou sommes nous dans un système de type féodal ? Comprendre ce qui se passe, c’est trouver des solutions pour demain. Apprendre à vivre ensemble.

  12. La lucidité de Keynes:

    « La sagesse universelle enseigne qu’il vaut mieux, pour sa réputation, échouer avec les conventions que réussir contre elles. »

    « Ce qui arrive en fin de compte, ce n’est pas l’inévitable mais l’imprévisible. »

    « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes. »

    « Tous les hommes politiques appliquent sans le savoir les recommandations d’économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom. »

    « Les économistes sont présentement au volant de notre société, alors qu’ils devraient être sur la banquette arrière. »

    « La situation devient sérieuse lorsque l’entreprise n’est plus qu’une bulle d’air dans le tourbillon spéculatif. »

  13. Keynes a écrit :
    « Comment pourrais-je faire mien un credo qui, préférant la vase aux poissons, exalte le prolétariat grossier au-dessus des bourgeois et de l’intelligentsia qui, quelles que soient leurs fautes, incarnent le bien-vivre et portent en eux les germes des progrès futurs de l’humanité ?  »

    (classiques.uqac.ca/…/gill_louis/Keynes…/Keynes_et_ses_combats.doc)

    A propos du parti travailliste :

    « C’est un parti de classe, et cette classe n’est pas ma classe. Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j’appartiens… Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la guerre de classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée »

    Paul se leurre. Keynes fut un sale con d’aristocrate méprisant.

    1. Je suis de votre avis. L’objectif de Keynes ne fut pas de sauver les pauvres de la misère mais de sauver le capitalisme à un moment critique de son histoire. En bourgeois intelligent et avisé qu’il était, il avait compris que la bourgeoisie devait lacher du lest pour se maintenir au pouvoir. Si le capitalisme n’eut pas été en danger, je doute qu’il se soit le moins du monde tracassé des miséreux.

    2. et Malthus ?

      Il me semble qu’il dénonçait les effets pervers de l’aide aux pauvres, il y avait une fameuse loi à l’époque; cette aide serait démotivante (il fallait un stimulus pour participer à l’économie, ou a l’esclavage), elle serait injuste puisqu’on nivellerait la différence entre emplois précaires et pauvres (idem lorsqu’aujourd’hui on refuse d’augmenter le smic, le même argument est employé).

      A Malthus on reprochera malgré sont pessimisme qui porte la critique en germes, de n’avoir jamais envisagé une autre économie et donc d’avoir contribué à la réification, à la naturalisation du capitalisme comme une fatalité.

  14. « (…) que le capitalisme pouvait être sauvé – et le communisme ou le fascisme cessaient d’être ses seules alternatives (…) »
    Le fascisme n’a jamais été une alternative au capitalisme. Il s’en accomodait bien et le défendait comme on l’a vu en Espagne avec la guerre civile (1936-39). Le communisme n’a pas été la seule réponse pour bâtir une société égalitaire, il y a eu (et il y a encore pour certains) l’anarchisme (pour qui l’égalité ne signifie rien sans la liberté), très puissant encore une fois en Espagne durant la période évoquée plus haut, dans son expression anarcho-syndicaliste et communiste libertaire. Evidemment, il a été combattu par les franquistes (ou fascistes) mais surtout par les communistes staliniens pendant la guerre civile (lire le témoignage de George Orwell dans Hommage à la Catalogne).

    1. « Le fascisme n’a jamais été une alternative au capitalisme. »

      Mais il voulait l’être… Le rêve du Fascisme et du Nazisme était d’être une 3e voie entre le communisme et le capitalisme. En Espagne la Falange dans les années 30 était violemment anticapitaliste, et Franco (qui n’a jamais été fasciste mais a utilisé les « chemises bleues » espagnols pour prendre le pouvoir et s’y maintenir) avait une politique économique pas du tout libérale: l’Etat contrôlait le commerce extérieur, l’industrie à travers l’Institut National de l’Industrie, fixait les prix agricoles, empêchait les patrons de licencier, etc, etc. Pour Franco capitalisme et démocratie allaient ensemble, et donc il n’en voulait pas.

    2. @Pablo

      Ne soyez pas naïf. Fascime, franquisme, nazisme ou libertariens aujourd’hui aucun ne s’attaque au système capitaliste. En Allemagne, ce sont même les grands patrons qui ont aider Hitler (Krupp etc.). Primo de Ribera en Espagne était du côté des riches contre les pauvres, la classe étant presque inexistante à cette époque. Alors peu importe les nuances de doctrine, le résultat est le même : domination et exploitation. Et si demain une doctrine d’extrême droite devait pouvoir « sauver » le capitalisme , les patrons s’y rallieraient. Voir l’ouvrage Le choix de la défaite de l’historienne Annie Lacroix-Riz. Quant à Franco il était bien capitaliste mais étatique et autoritaire avec défense de la propriété sous toutes ses formes. Les propriétaires terriens de toutes catégories ne s’y étaient pas trompés.

    3. @ Enrique

      Vous lisez mal: j’ai écrit que le fascisme voulait être une alternative au capitalisme, pas qu’il a réussi à l’être… En Allemagne Hitler a utilisé les patrons pour prendre le pouvoir et pour préparer l’Allemagne à la guerre. S’il l’avait gagné, à mon avis les patrons auraient passé des mauvais quart d’heure et auraient fini comme dans la Russie de Staline. Hitler voulait le pouvoir absolu, je vous le rappelle…

      Quant à la Falange de Primo de Rivera, lisez ses écrits, vous seriez surpris. Et je vous rappelle qu’elle n’a jamais gouverné.

      Économiquement, le franquisme jusqu’aux années 60 (et la prise de pouvoir des économistes libéraux de l’Opus Dei) ressemblait bien plus à un pays communiste de l’Est qu’aux pays occidentaux, et ce jusqu’au point qu’il marchait aussi mal que toutes les économies étatiques.

      Je vous rappelle que le thème de la discussion est le capitalisme pour Keynes comme alternative au communisme et au fascisme dans les années 30, et non de savoir si là où il y a « domination et exploitation » il y a systématiquement capitalisme, ce que vous semblez penser en oubliant les sens des mots (les premières ont toujours existé, y compris chez les communistes, le deuxième est beaucoup plus récent).

    4. @Pablo

      Oui, il y a Keynes et après ? Il est mort non ? Nous vivons dans son long terme. Les notions de « domination et exploitation » dépassent évidemment largement le capitalisme et ses diverses versions. Il a essayé de sauver le capitalisme de son époque. Ne disait-il pas en parlant de l’URSS que c’était « le laboratoire de l’avenir » ? Il n’y a plus de sauveur aujourd’hui, ni de concurrent sérieux et immédiat au capitalisme.

    5. A voir, pour les plus jeunes qui ne l’aurait pas vu, le film « Mourir à Madrid » de Frédéric Rossif (1962), il décrit très bien, dans sa première partie, le contexte économique et social de l’Espagne au début des années 30…………

  15. Ce tabou que Keynes n’a pas pu ou pas voulu briser, c’est celui du cannibalisme.
    N’oublions pas que le capitalisme est cannibale. Qu’il conditionne la sélection naturelle en économie libérale.
    Que c’était l’époque où Nietzche fascinait les intellectuels par sa théorie .
    Les peuples primitifs et cannibales d’Océanie par exemple étaient de libéraux purs et durs. C’est la morale qui bride le libéralisme.

  16. Je suis un peu étonné que l’on ait pas encore parlé dans les commentaires de partage du travail, concept qui me paraît incontournable si l’on souhaite une société relativement apaisée dans un système encore plus ou moins capitaliste. Il apparaît à de nombreuses personnes que notre modèle de croissance (et le capitalisme qui va avec, de même que le modèle politique qui lui est associé, la fameuse démocratie de marché) est quasiment mort, du moins cliniquement. Certes on s’échine au sommet, on fait de l’acharnement thérapeutique mais les lecteurs de ce blog savent que la situation est quasi désespérée pour le malade. On sait aussi que les progrès de la productivité ont été énormes durant les 50 dernières années et qu’ils vont continuer sur le plan technologique, crise du pétrole ou pas. En revanche, revenir sur les principes absurdes du management serait une mesure de santé publique…
    Permettre à tous d’avoir un emploi, du moins en occident c’est aujourd’hui redéfinir le travail et le partager. Cela passe forcément par une redistribution bien meilleure des richesses qui à mon sens, ne peut advenir hors d’un contexte étatique mais on s’éloigne du propos stricto sensu.

    Pierre Larrouturou est en France un des défenseurs les plus actifs de cette baisse de la durée du travail. Il montre que le partage d’icelui est déjà effectif , ce qui tend à prouver une certaine inéluctabilité, mais sur des modes profondément inégalitaires dans le monde anglo-saxon, un peu plus justes en France par exemple, du fait des lois Aubry (trop rigides et assez sournoises au demeurant) même si le néolibéralisme y fait maintenant quasiment autant de ravages qu’ailleurs, avec son cortège d’emplois précaires, à temps partiels etc…

    http://www.lautrecampagne.org/article.php?id=34

    Il me semble donc qu’une des solutions possibles pour réduire la misère passe par une baisse de la durée du travail et son corollaire si l’on s’en tient à une vision « socialiste », à savoir une répartition des richesses bien mieux effectuée (au sein du « bloc » occidental mais aussi entre Nord et Sud, notamment comme compensation d’éventuelles taxations sur le dumping social à l’exportation etc). Au final, c’est encore et toujours le système financier qui doit être mis hors d’état de nuire avec les implications politiques que cela suppose (je rappelle que le traité de Lisbonne comme ses prédécesseurs interdit toutes restrictions de circulation des capitaux…)

    1. La régulation d’un partage du travail Nord-Sud passerait par la mondialisation administrative.
      Ce serait LE changement de paradigme.
      Il en est question parfois quand on évoque dans la foulée le malthusianisme global et la fin des nations….
      Vaste débat.
      Huxley, les Fabiens et Orwell pointent leurs truffes.

    2. @ Nicks 17 novembre 2009 à 14:58 http://www.pauljorion.com/blog/?p=4949#comment-41113
      Partager le travail en faisant travailler chacun moins longtemps, c’est peut-être possible en conservant le même salaire horaire. La conséquence est une baisse de niveau de vie. Qui est prêt à l’accepter ?
      Ce qui pénalise l’occident vient du fait que sur la planète, en de nombreux endroits, les producteurs travaillent beaucoup plus pour être payés beaucoup moins. En conséquence, leurs productions, qui valent les nôtres, sont bien plus compétitives et nous amènent du chômage. Ce sont les écarts qui sont exploités avec profit. Le coût de l’argent n’est déjà pas uniformisé, mais pour le coût du travail c’est encore bien pire. L’uniformisation viendra peut-être un jour mais, même dans ce cas, il y aura toujours des gens prêts à travailler plus que d’autres, par plaisir ou par nécessité.

    3. Pourquoi faudrait-il travailler pour  » gagner » sa vie ? Un artiste ou un footballeur aujourd’hui travaillent-t-ils ?Qu’est ce qu’une heure de travail ? Jusqu’à quel âge travailler ?

      Travailler comment ? Pour qui ? Dans quel(s) système(s) financier(s) ? En taxant le travail ou la rente ou les deux ? Quelle cohérencee entre travail pour projets privés ( individuels ou de niveau « multinationales » ) et projets d’intérêt public décidés par la collectivité ?

      PS : pour moi les 35h/semaine de Martine Aubry ont été au moins aussi efficaces que la RGPP en cours ( sournois) pour démolir la fonction publique .

  17. @Tartar

    Je ne parle pas d’un partage du travail Nord-Sud, puisque c’est déjà un peu le cas avec la désindustrialisation de l’Occident en raison de l’avantage comparatif salarial des pays émergents. En revanche, pour que le partage du travail puisse être rendu possible au Nord il faut obligatoirement une meilleure répartition des richesses pour que justement il n’y ait pas de baisse de niveau de vie global (en réponse à l’objection de Jducac qui a du oublier la prédation financière). Pour être plus clair, il faudra une fiscalité adaptée et un contrôle des flux financiers. L’Europe pourrait, si elle le voulait, montrer seule l’exemple et servir ainsi de modèle, son statut de première économie mondiale le lui permet en théorie (on verrait bien alors si les capitalistes horrifiés fuient en masse le continent)

    @Jducac

    J’ai déjà répondu à votre commentaire pour ce qui est du niveau de vie (pas de baisse de production mais réorientation des richesses). L’avantage comparatif salarial est un faux problème. Si l’Union aujourd’hui imposait une taxe sur ses importations de produits dont la chaîne de production ne respecte pas certaines normes sociales, taxe compensée par un transfert financier solidaire pour aider les pays émergents à rattraper leur retard en matière de conditions de travail et de salaires, (objectif qui peut être considéré comme intéressant, notamment par la Chine car cela lui permettrait de constituer son marché intérieur et de moins dépendre de de la consommation américaine), si cette taxe était mise en place, je crois qu’elle pourrait réduire les pratiques de dumping social. Bien entendu, il y a du boulot quand on voit qu’une harmonisation fiscale en Europe est bien loin de voir le jour et que les pays membres se concurrencent allègrement. Mais la crise saura peut-être révolutionner les esprits, nous n’en sommes qu’au début après tout…

    Pour le reste, il ne s’agit pas d’imposer un temps de travail de façon globale et rigide mais de partager l’emploi salarié d’une part et encore une fois de mieux répartir les richesses. Pour l’emploi non salarié, c’est la fiscalité qui servira de régulateur. Dans le même temps, on n’échappera pas à une redéfinition de la place du travail rémunéré dans la société, le temps libre pouvant être consacré à d’autres formes de socialisation constructive (bénévolat, loisirs, culture, temps passé avec les enfants ou les proches etc)

    @Juan nessy

    Je ne suis pas fan des lois Aubry bien au contraire puisque la deuxième version a été un cheval de Troie pour la managerialisation forcée mais ce n’est pas ici le partage du travail qui est en cause mais bien ses modalités. Je reste persuadé cependant que les 35H étaient une bonne idée, que cette idée aurait pu être bien mieux exploitée même si le bilan est tout de même assez positif. Je connais quand même peu de gens qui crachent sur les journées de récupération ou sur les aménagements des plannings. Quant au modèle français et son économie en particulier, la crise a contribué à mettre en exergue son équilibre même avec la RTT si décriée pourtant par certains milieux.

    La démolition de la fonction publique n’a pas grand chose à voir avec les 35h mais là encore avec l’implantation toujours plus avant des dogmes néolibéraux, dont elles ont pu, mais avec moins de force que dans le privé, servir de paravent. Il est là aussi assez amusant de constater qu’aujourd’hui on loue le modèle français pour l’importance de son secteur public qui amortit les effets de la crise en tant que pourvoyeur de travail et de protecteur des plus fragiles. Ce qui n’empêche pas le gouvernement actuel de continuer la casse à marche forcée…

    1. @Nicks 18 novembre 2009 à 03:53 http://www.pauljorion.com/blog/?p=4949#comment-41181

      Ai-je bien compris ? Vous pensez que l’on pourrait moins rémunérer le capital pour réaliser ainsi un transfert de revenus vers le travail et maintenir notre niveau de vie. Ce serait certainement possible si nous étions seuls au monde et si le capital était contraint de rester investit chez nous. Mais le capital est ce qu’il y a de plus flexible. Il va vers les domaines d’activité et les zones d’activité les plus rentables. Il me semble que pour imaginer un processus d’évolution réaliste, il est indispensable de prendre le problème en ayant comme toile de fond le monde dans sa globalité.
      Ce qui fait la « richesse » de certains pays, c’est la disponibilité d’une abondante main d’œuvre à faible niveau de vie. D’autres disposent de gros « capitaux » sous forme de grandes réserves de matières naturelles. Les uns et les autres peuvent compter sur ces deux types de richesses pour engager une conversion de leur production et de leur mode de vie tenant compte des besoins futurs.
      La faiblesse du monde développé et singulièrement de notre pays, c’est d’être en général dépourvu dans ces deux types de richesse. On peut craindre qu’en attendant d’être en mesure de se doter d’autres ressources par des voies technologiques qui restent à découvrir, nous soyons contraints de réduire notre niveau de vie en payant davantage d’impôts. Les pays « riches » que je viens d’évoquer pourront faire croître leur niveau de vie pendant que nous verrons réduire le nôtre. A terme nous tendrons vers le même. Cela offrira d’autres possibilités.

    2. « si le capital était contraint de rester investi chez nous. Mais le capital est ce qu’il y a de plus flexible. »

      Le capital peut être contraint. Preuve en est qu’il ne s’est pas toujours déplacé aussi facilement qu’aujourd’hui (la dernière grande période de mouvements mondiaux du capital c’était les premières décennies du XXè s., la crise de 29 y mettant un terme).

  18. @juan nessy:

    « Pourquoi faudrait-il travailler pour « gagner » sa vie ? »

    Existe-t-il un seul organisme vivant sur cette planète qui puisse vivre sans fournir le moindre travail*?

    Non, bien entendu. Le travail n’est pas une possibilité, c’est une nécessité, fondamentalement le seul moyen connu de subvenir à ses besoins. Paradoxalement, les spéculateurs et les rentiers aussi travaillent: Ils travaillent pour les uns à trouver le moyen d’exploiter au mieux (pour eux-même) le travail des autres, pour les seconds à trouver le moyen de pérenniser leurs rentes.

    *Le mot « travail » est à prendre au sens rigoureusement thermodynamique (il fut un temps ou le choix des mots désignant les concepts scientifiques étaient tout à fait pertinents) à savoir la transformation de l’énergie produite lors d’une combustion en action mécanique.

    « Un artiste ou un footballeur aujourd’hui travaillent-t-ils ? »

    Selon la définition que je viens d’en faire, évidemment un artiste ou un sportif travaillent. La véritable question derrière celle que vous évoquez est certainement celle-ci:

    Le travail d’un artiste ou d’un sportif, ou plus généralement l’industrie du divertissement dans son ensemble, est-elle indispensable à l’existence humaine?

    C’est une question rhétorique dont la réponse est pour ainsi dire contenue dans la question. Son corolaire est néanmoins intéressant: Quels sont les mécanismes de relation entre un travail et sa rémunération, étant entendu que l’industrie du divertissement nous prouve par l’exemple que le niveau de rémunération d’un travail n’est pas nécessairement le témoignage de son caractère indispensable?

    1. Tout à fait exact
      Même le voleur travaille : il donne au « volé » une leçon, il lui apprends à faire plus attention la prochaine fois.

  19. @ Jducac

    Le concept de partage du travail préconisé par Pierre Larrouturou ne sous entend aucune baisse sensible de salaire.
    En pratique cela donne :

    Aucune baisse de salaire sous les 1500€ nets mensules – 3% max négociable et temporaire au-delà.

    Je dis « temporaire » car le but secondaire de cette mesure est de rééquilibrer le rapport de force salarié/employeur afin de redonner au 1er un pouvoir de négociation salariale. Actuellement la peur du chômage réduit souvent la négociation à un « Si t’es pas content tu peux aller voir ailleurs ! », mais imaginez le marché du travail avec 2 millions de nouveaux postes à pourvoir (chiffre le + probable, 1.6 étant le + pessimiste), les salaires ne resteraient pas longtemps à leur niveau actuel !

    400 PME sont à 4 jours/semaine depuis 12 ans et s’en portent très bien (Mamie Nova – Télérama – Fleury-Michon – et tous type d’entreprises de 5 à 800 salariés – 15000 emplois créés en CDI à l’époque).

    http://www.nouvellegauche.fr/vaincre-chomage/

  20. @Moi 18 novembre 2009 à 13:33 http://www.pauljorion.com/blog/?p=4949#comment-41242
    Certes, il est possible d’empêcher la circulation des capitaux, mais les traités européens que nous avons signés l’interdisent.
    @MKL 18 novembre 2009 à 12:08 http://www.pauljorion.com/blog/?p=4949#comment-41226
    Effectivement, le partage du travail arrivera probablement un jour. Je l’envisage possible dans quelques siècles lorsque nous aurons épuisé toutes les ressources non renouvelables et que notre monde industrieux privé d’énergie et de métaux sera un peu placé dans la situation de nos ainés de l’âge de pierre. Nous aurons un niveau de vie probablement supérieur au leur. Mais quel sera-t-il ?
    Dans l’immédiat certains secteurs, non soumis à la concurrence internationale, peuvent réduire le temps de travail et augmenter les effectifs si l’économie du pays le permet. Nous pouvons rêver de vivre comme des cigales et croire que nous aurons ainsi découvert un filon de richesse. C’est un peu ce que nous avons fait avec les emplois publics. Cela ne nous a pas enrichi au contraire, notre dette s’est accrue. L’important est d’être en mesure d’exporter pour pouvoir importer ne serait-ce que l’énergie et les métaux que nous n’avons pas. Je ne pense pas que Mamie Nova et Télérama soient soumis à la concurrence internationale, pas plus que la plupart de nos services publics et tous les services à la personne. Il y a des gisements d’emplois certes, mais orientés vers le confort dont rêvent les cigales. Au point où nous en sommes, je reste persuadé qu’il vaut mieux se reconvertir en fourmis et travailler plus pour maintenir notre niveau de vie.

    1. « mais les traités européens que nous avons signés l’interdisent »

      Eh oui, c’est là qu’est l’os, hélas. Vous pensez bien que c’est pour cela qu’ils ont été signés sans demander l’avis des peuples (ou en négligeant cet avis lorsqu’il était négatif).
      Mais ce qui a été fait peut se défaire.

  21. @Jducac

    C’est le discours dominant sur la fuite des capitaux que vous relayez. Je vous renvoie aux travaux de Frédéric Lordon sur la restructuration du secteur financier:

    http://blog.mondediplo.net/2008-04-23-Quatre-principes-et-neuf-propositions-pour-en

    A l’échelle de l’Europe, il m’apparaît possible en effet de restreindre le ROE en éliminant une bonne partie de son attractivité, sans pour autant que nos braves investisseurs fuient à bride abattue, du fait justement de la puissance intrinsèque du marché de l’Union. Bien entendu, il faut une volonté politique pour cela…

    Pour résumer ma pensée, je peux tout simplement dire qu’il faut aller vers plus d’égalitarisme, sans pour autant tomber dans un système communiste dont on a vu qu’il ne fonctionnait pas. Il s’agit de retrouver le chemin de la troisième voie dont la France a été un des pays à s’approcher véritablement. Faute de cette volonté, on peut faire une croix sur des sociétés relativement pacifiées comme on les a connu en Occident depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Dans un accès de pessimisme, on peut même redouter réellement la troisième…

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