Une autre science économique est possible et a déjà existé, par Vladimir Yefimov

Billet invité.

Cher Monsieur Jorion,

Comme convenu lors de notre conversation téléphonique de ce matin, je vous envoie mon article intitulé « Comparative historical institutional analysis of German, English and American economics ». Ce papier est consacré à l’investigation des origines historiques du lamentable état actuel de la science économique.

L’objectif de mon article est de montrer qu’une autre science économique est possible, que cette science a déjà existé, qu’elle était très productive du point de vue des résultats pratiques, et qu’il faudrait maintenant restaurer cette tradition sur la base des techniques développées au sein de certains courants sociologiques et anthropologiques. Vous faites vous-même déjà ce travail de restauration sans peut-être le savoir.

Il ne s’agit pas d’un papier sur l’histoire de la pensée économique, mais il inclut une histoire de la profession d’économiste en tant qu’activité académique. Cette activité peut être étudiée, comme toute autre activité humaine, par l’application de l’approche institutionnelle, c’est-à-dire en étudiant les règles que suivent les acteurs et les croyances qui sont derrière ces règles. En utilisant cette approche, je montre que le déclin et la disparition des traditions lancées par Gustave Schmoller et John Commons étaient dus en premier lieu non pas à des raisons « scientifiques » (comme on peut l’entendre aujourd’hui : l’absence de « résultats théoriques tangibles » et la soi-disant « supériorité scientifique » de l’école alternative néoclassique), mais bien à des raisons institutionnelles et politiques.

L’institution de la discipline économique eut lieu presque en même temps en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis dans la deuxième partie du 19ème siècle au sein des universités. En Allemagne, c’étaient les universités de recherche lancées par Humboldt, Fichte et Schleiermacher. En Grande-Bretagne, c’étaient les universités orientées non pas vers la recherche mais vers l’éducation scholastique. Ces deux traditions universitaires se trouvaient confrontées aux Etats-Unis, et la discipline économique faisait partie de cette confrontation. Le milieu des hommes d’affaires américains de cette époque a tout fait pour que la discipline économique ne soit pas au service de l’investigation de la réalité socio-politico-économique, mais pour que celle-ci devienne une sorte de théologie légitimant l’ordre social émergeant. Le fait que le discours dominant à propos de la science était très influencé par le cartésianisme facilitait la rhétorique en faveur de cette orientation de la discipline. Après plusieurs générations d’économistes formés dans ce cadre, le contrôle extérieur par le milieu des hommes d’affaires n’est plus nécessaire. Plusieurs courants de la pensée économique qui se sont opposés au courant dominant (tout d’abord l’économie politique marxiste) ont hérité du même paradigme « théologique ». Ce n’était pas le cas de l’école historique allemande de Gustave Schmoller et de l’institutionnalisme du Wisconsin de John Commons, cette deuxième école étant l’héritière de la première sur le continent américain. Mon analyse historique montre que la disparition graduelle de ces deux écoles de la pensée économique avait des causes principalement institutionnelles et politiques.

Mon article peut être considéré comme un appel pour que cette absurdité que l’on nomme la « science économique » actuelle touche à sa fin – qu’importe qu’elle soit du courant mainstream ou du courant hétérodoxe -, et au lieu de générer des catastrophes (la Russie par exemple a subi deux catastrophes nationales provoquée par ladite science économique durant le 20e siècle : l’économie politique marxiste au début du siècle et l’économie néoclassique à sa fin), qu’une autre science économique produise des résultats positifs pour les nations, voire pour l’humanité toute entière, tout d’abord par la compréhension des réalités socio-politico-économiques et par la prévision de l’apparition de crises comme celle que nous subissons actuellement. Vous faites ce type de Science Economique.

Je propose dans mon article une classification bidimensionnelle des économistes pour aider à comprendre la situation actuelle de la profession. Suivant cette classification, Schmoller et Commons sont des « investigateurs altruistes » et des « anthropologues/historiens », alors que la plupart des économistes actuels sont des « artistes » ou des « marchands », et des « philosophes/mathématiciens ». Les « artistes » ne recherchent pas la vérité mais une certaine beauté des constructions qu’ils produisent. Les « marchands » ne cherchent qu’à « vendre » leurs produits académiques. Les deux ont pour objectif principal d’être reconnus et de connaître le succès au sein de leur communauté professionnelle, et non pas de comprendre les phénomènes économiques, et de cette façon d’être utiles à la société. Un phénomène comme celui de la crise actuelle pouvait être prévu – comme vous l’avez fait – par des « anthropologues/historiens » qui étudient les détails de la réalité et non pas par des « philosophes/mathématiciens » qui étudient des mondes imaginaires qui ne ressemblent que de très loin à la réalité.

Mon message est le suivant : afin de restaurer sur une grande échelle la tradition de Gustave Schmoller et de John Commons, une réforme radicale de l’institution de la discipline économique est nécessaire. Les exemples des institutions allemande et américaine de la discipline économique qui favorisaient les « investigateurs altruistes » travaillant comme des « anthropologues/historiens » pourraient être utiles pour concevoir cette réforme. Le nœud de l’institution allemande était la Verein für Sozialpolitik de Schmoller. Elle servait d’une part d’intermédiaire entre les chercheurs et l’Etat qui finançait leurs recherches, et d’autre part de structure qui organisait ces recherches. Les comités de l’union concernée formulaient les problèmes de recherches et commandaient directement ces recherches aux chercheurs individuels ou aux groupes de chercheurs membres de cette union. Leur principale méthode de recherche était l’enquête. Les associations professionnelles actuelles des économistes ne remplissent pas ces fonctions et n’en sont de toute façon pas capables. L’institution américaine de la discipline économique, dans le cadre de laquelle John Commons et ses élèves travaillaient, était fondée sur la liaison étroite de l’administration publique (en l’occurrence le gouverneur de l’Etat du Wisconsin) avec l’université de cet état. Leur principale méthode de recherche était l’« action research ». La faculté des sciences économiques était devenue un laboratoire qui faisait des recherches et élaborait des propositions (y compris sous forme de projets d’actes législatifs) sur la réforme du système économique de cet état. L’influence de cette institution a eu ensuite des répercussions pratiques à l’échelon national américain.

En vous remerciant par avance de vos commentaires, et en vous souhaitant de bonnes fêtes, je vous prie de croire, cher Monsieur Jorion, à l’assurance de mes respectueuses salutations.

Vladimir Yefimov

Le 21 décembre 2009

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20 réflexions sur « Une autre science économique est possible et a déjà existé, par Vladimir Yefimov »

  1. Même si l’enseignement économique d’aujourd’hui est largement à côté e la plaque, je suis comme saisi d’un doute affreux….L’économie d’Etat…. ??

    Jorion, Camarade, cours le vieux monde est occupé à te rattrapper.

    1. @ Laurent K

      On ne vous le fait pas écrire. C’est bien là le problème. L’économie d’Etat (présentée sous une variante par M; Yefimof)t on sait déjà ce que cela peut donner, on l’à vécu.
      L’économie privée on la vit, tous les jours.

      Quant à l’économie martienne, peut-être un jour mais alors ni trop grosse ni trop rouge, svp.

  2. @ bonjour et vraiment mille mercis pour ce message

    Je vous remercie de cette contribution qui donne un peu plus d’épaisseur au débat sur la crise de la pensée économique. Car c’est là la principale conséquence de cette crise moderne : si tout semble vouloir recommencer comme avant, la crise marque la perte de crédibilité du regard sur le monde que produit le discours économique dominant. C’est là sa conséquence , mille fois plus importante qu’une crise sociale ouverte ..
    De plus, je vous suis sur un point : l’heure n’est pas à la reconstruction  » à toute vitesse » d’une nouvelle théorie économique, mais à la compréhesion poussée du pourquoi on en est arrivé là C’est ce que vous tentez de faire et je voudrais rebondir sur trois points

    ==> il est vrai que l’approche dite de research action est porteuse d’une compréhension plus fine de la réalité . Mais elle est loin d’avoir disparu . C’est au contraire une démarche très répandue dans les milieux consultants ( c’est comme cela que je travaille) et consultants-chercheurs , notamment par exemple, l’école française de l’innovation à laquelle je me rattache (c’était d’ailleurs la démarche de Taylor , proche de Commons). Ceci dit et pour l’avoir pratiquée, je sais qu’il y a des limites à l’approche inductive qu’elle génère , celle du passage à la « macroéconomie ». Lequel passage exige une compréhension fondamentale de l’argent (qui est le médium par lequel un phénomène observé plusieurs fois conduit à un effet social). Or l’argent est une notion d’autant plus délicate qu’elle est à la fois un objet de compréhension cf mon point 3 , et le médium par lequel nous observons les choses ..

    ==> vous êtes évidemment trop court dans ce papier sur Commons (dont j’ai des souvenirs discutables )et sur Schmoller. Je crois que Commons a essayé de comprendre le monde de l’entreprise en la défissant comme le confluent de logiques – qu’il appelle contractuelles- , ce qui est à mon sens fondamentalement juste (même si l’école française dont je parle rejette cette approche) . Mais il me semblait très léger sur la question du capital. En d’autres termes il ne comprenait pas bien la dimension institutionnelle de l’argent. Tout cela donc au conditionnel et je serai intéressé par un développement sur ce point

    ==> enfin je ne vous suis pas et pour des raisons proches sur la question des philosophes-mathématiciens . Pour des raisons historiques d’abord : la mathématisation de l’économie s’est explicitement faite contre la référence à la philosophie, l’acteur principal sur ce point étant Pareto . Mais au-delà ,et je fais référence à mon dernier message, la monnaie moderne a été construite comme un objet fondamentalement philosophique (là on est aux racines de l’incompréhension de la science). Il y a d’ailleurs toujours eu proximité entre les débats sur la monnaie et les traditions religieuses : Marx niait déjà la dimension institutionnelle de la Banque d’angleterre en la comparant au « point d’honneur protestant qui se défie de la vision catholique de la monnaie marchandise et se coupe à jamais la voie de la compréension du capital »

    a vous lire plus avant
    amicalement

  3. le changement passe obligatoirement par la défaite des idées dominantes au pouvoir; la victoire est une autre question;
    la défaite des lieux-communs du genre : » c’est comme ça et c’est pas autrement »;
    nous faire croire comme éternelles des constructions qui ne sont si anciennes que ça;

  4. Je ne suis pas certain de comprendre John Commons. Il semble vouloir dire que l’acquisition ou la perte (de choses propres ou de capacités d’actions) est le résultat exclusif de conventions, lesquelles sont fixées par les parties avant que la transaction ne s’opère? Si c’en est le résultat exclusif, pourquoi affirme-t-il que certaines populations sont naturellement déterminées à vivre sous tutelle?
    Par ailleurs, qu’est-ce que vous entendez par « altruisme »?

  5. Bon, on dirait qe les choses bougent un peu!
    Tant mieux, car on ne peut agir que sur ce qui bouge.
    Vous avez raison, c’est bien l’analyse de la monnaie qui pose le plus de problème.
    Objet fétiche actuellement, la monnaie exerce beaucoup de fascination et empêche de ce fait qu’elle soit pensée.
    Le principal défaut du discours académique dominant est lié au fait que la monnaie tele qu’elle est instituée ne soit absolument pas interrogéde et encore moins repensée. On fait avec, et ceci a pour résultat que l’on ne trouve aucune issue à la logique capitaliste qui continue à agir sans coup férir ou presque.
    Ce qu’il faut bien enfin acter c’est que la monnaie telle qu’elle est, héritée de la monnaie or, produit ipso facto l’ordre capitaliste tel qu’il est.
    Un objet à la fois échangeur universel et réserve de valeur, une absurdité conceptuelle héritée depuis Aristote, nesemble toujours guère poser deproblèmes à des gens instruits!
    Un objet est l’un (objet d’échange) ou l’autre (réserve de valeur).
    Tant que l’objet monnaie est les deux à la fois, c’est la fonction réserve de valeur qui l’emporte toujours et la monnaie cesse de fonctionner comme monnaie d’échange.
    Il est certain que les cassiqueset les marxistes ne se sont jamais arrêtés sur ces points, puisque leur postulat est la monnaie voile = neutre.
    Keynes s’y intéressait, mais très peu les keynesiens me semble-t-il.

    Penser l’institution monétaire comme l’émission d’un objet qui doit toujours assurer les échanges en toute circonstance apporterait d’autres réponses, notamment si on maintient l’idée que la monnaie est u bien public, une instituton publique destinée à transmettre le pouvoir d’achat et à opérer les transactions convenablement à tout moment!

    Si on veut cela, la notion de réserve de valeur n’a pas sa place pour l’objet monnaie, par contre, son pouvor d’achat doit rester stable (stabilité del’indice des prix). L’objet monnaie ne doit jamis être entravé dans sa circulation.

    Je rappelle que c’est bien ce que l’on observe comme principal problème au niveau des banques centrales
    Elles n’arrvent plus à remetre l’économie à flot tout simplement parce que la monnaie injectée d’en haut reste « gelée » entre banques centrales et banques, seonl’expression de DSK.

    Quant à la monnaie fiduciaire, la banque centrae européenne a publié un raport en juin 2009 pour révéler que90%(!) de la monnaie fiduciaire émise est thésaurisée hors des circuits bancaires, et elle est de ce fait non disponible pour animer les échanges et encore moins pour permettre des crédits par le jeu épargne/prêt.

    Un autre point que l’économie doit thématiser aussi, là aussi, ce sont les rapports mêmes des banqes centrales qui fournissent les chiffres:
    Actuellement, les versements d’intérêts de la part des banques en faveur des déposants/épargnants représentent environ 40% du PIB en volume, autrement dit, 40% du revenu du travail va directement dans la poche des dits capitalistes, et seuls 60% reste au travailleur.
    Pour payer ces intérêts, les banques les perçoivent évidemment de la part de ceux qui ont obtenu des crédits, autrement dit, les plus pauvres.
    Le transfert des richesses annuel (tendance croissante) de 40% du PIB en faveur des plus riches et payé donc par les moins riches écrase de loin en volume toutes les autre charges possibles qui pèsent sur l’économie.
    La vraie signification de l’exploitation capitaliste est à situer là!

    Je jour où, à l’université, la question de la concentration des richesses et la question sociale tout simplement dviendra actuelle, un pas sera franchi.
    J’insiste pour dire que l’approche de Marx a malheureusement tout embrouillé en exigeant la nationalisation des moyens de production mais en se désintéressant du fonctionnement de la monnaie. On paut donc dir que Marx a rendu un immense service au capitalisme et à ses serviteurs, car en poussant les fausses analyses, le capitalisme pouvait subsister et prospérer à l’ombre d’une contestatin sociale totalement stérilisée. L’effondrement communiste confirme parfaitement cette analyse.

    1. @johannes finkh et @ claude roche

      Les deux extraits suivants « la monnaie tele qu’elle est instituée » (JF) et « la monnaie moderne a été construite comme un objet fondamentalement philosophique » (CR) me posent problème.

      Est-ce que vous pensez que la monnaie est une création « pensée », « inventée » par quelques marchands qui un beau jour ont décidé que pour améliorer le système antérieur de troc il fallait instituer un système unique de référence pour les échanges?

      Je me demande si l’enseignement reçu à l’école (en primaire, au collège et au lycée) n’induit pas des modes de pensée que je qualifie d’anti-scientifiques (ce n’est probablement pas le bon terme, je laisse le soin aux experts de corriger). En tout cas, quand j’étais au lycée (à l’époque collége et lycée étaient dans le même établissement) je pensais que les mathématiques étaient un concept totalement achevé avec des règles intangibles issues … de l’éternité. Ce qui, d’ailleurs, avait fini par m’ennuyer. Ce n’est qu’en lisant des livres sur l’histoire des mathématiques que j’ai compris que c’était un outil, construit au cours du temps, et que les théories de Bourbaki n’étaient qu’un moment de ce travail.

      Dans mon travail j’ai rencontré dans différents domaines les approches institutionnelles où finalement certains pensent que la réalité devrait se conformer à une conception a priori censée régler tous les problèmes. Poussé à l’absurde cela revient à dire que si le corps humain se conformait à un modèle simple et surtout maîtrisé par le corps médical, il serait plus facile de soigner les gens!
      Pour donner un autre exemple, je suis étonné par les débats entre certains « informaticiens » sur le « vrai » ou le « faux » logiciel libre. Pour quelqu’un comme moi, le principal avantage des logiciels libres est d’être gratuit … quant à leurs qualités spécifiques, leur sécurité « supérieure », je pense que ça dépend surtout de celles des concepteurs et développeurs des dits logiciels.

  6. ma mère avait la « religion de l’espoir », qu’elle s’était forgée à travers tous les cataclysmes auxquels elle avait survécu;
    dans les pires situations, où une personne normalement raisonnable aurait dit : « bon, là, c’est foutu, c’est râpé , c’est plié », elle arrivait encore à nous dire, avec son accent hongrois difficilement imitable :  » il y a de l’esssspoar!  »
    mais il me semble que notre problème n’est pas tout à fait là; un jour il faut couper le cordon;
    notre problème réside dans notre conviction; celle-ci se base sur ce que nous voyons tous les jours autour de nous; et la conviction dans notre capacité collective et individuelle à convaincre nos contemporains de la nécessité de changer le cours des choses;
    notre problème n’est pas l’espoir d’y arriver; mais c’est notre certitude d’y arriver ;

    1. bonjour Georges, comme je me reconnais dans votre com: ces accents inimitables qui en ont tant vus, tant résisté sans jamais abandonner. Ces accents de ma vie sont partis maintenant, n’empêche, ils continuent à me guider dans ma certitude que rien ni personne ne me fera plier, ni la mort, ni le doute.

  7. Bonjour,
    Cela fait un temps que je m’intéresse à la question sans être économiste mais seulement utilisateur sans nécessairement mon plein gré.
    Dernièrement, j’écrivais un article sur Shanghai. http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2009/12/16/shanghai-premiere.html
    Histoire très spécifique mais très révélatrice du fonctionnement quand l’Etat se fait complice avec les dessous de l’affaire. Profits partagés qui n’ont pas de couleur politique. Tchang qui passe la main à Mao. Mao qui passe la main à Deng. Du rouge au bleu et du bleu au rouge. Droite et gauche mais toujours avec les mêmes gagnants. Ceux qui sortent de la mêlée idiote et qui ne réfléchissent pas pris par une foule d’occupations pour brouiller les cartes. Ce sera le sport, l’opium du peuple, les gadgets que l’économie produit parce que nous le vallons bien, comme dit la pub. Communisme et capitalisme se rejoignent dans un cycle circonscrit en vase clos. Rien de nouveau, seulement, un discours qui change.
    Les philosophes n’ont eu l’audience qu’on a voulu leur donner. Les dissidents se taisent ou se retrouvent en prison, comme le dernier en Chine. Aujourd’hui, il y a les philosophes autodidactes qui ne le deviennent que par leur expérience ex cathedra. Cela fait peur. Internet est une bombe mais on ne le sait pas. Entretemps, il dérange alors qu’il était conçu comme outil de propagande et de profit pour l’économie.
    Comme mes deux prochains articles tourneront autour du sujet, j’ajouterai le lien vers celui-ci.
    Merci de nous faire réfléchir.

    1. « Le communisme, c’est un capitalisme d’État » : je ne sais plus qui a dit cela.. moi seulement, peut être?

  8. Mes faibles connaissances en matière de sciences (!) économiques ne m’autorise qu’à poser des questions sur cette approche qui se veut différente et semble-t-il plus humaniste…
    Ma situation de candide de service, attentif aux questions énergétiques, environnementales et de ressources dites « naturelles » me fait poser (comme souvent lorsque j’interviens sur ce blog…) la question suivante.
    Quid de l’énergie et des matières premières dans cette approche ci ?

    En d’autres termes, est-il question chez ces partisans de la dépendance énergétique fossile dans la quelle nous vivons, croissons, développons… comme des… depuis deux siècles maintenant ?
    Un petit calcul simpliste fait apparaître que pour l’équivalent d’un millième de SMIC aujourd’hui en France (on adaptera les valeurs pour chaque pays si nécessaire, mais qu’importe…) soit 1€ nous avons à notre entière disposition un litre d’essence fournissant le travail de 10 paires de jambes ou 100 paires de bras… soit 10 « esclaves » par litre et par euro ou encore « l’esclave » à 10 centimes ou à dix millième de SMIC !
    Le calcul est amusant, je vous l’accorde, théorique et tout et tout (!), mais néanmoins factuel si nous y réfléchissons un tout petit peu. Jean-Marc Jancovici développe le concept mieux que je ne saurais le résumer ici, mais le résultat est là : l’énergie ne coûte RIEN !
    Or, mais je me trompe peut-être, sans énergie et sans matières premières (d’autant que pour certaines, la double casquette est de rigueur, le pétrole en l’occurrence, énergie faisant voler nos avions, rouler nos véhicules… et matière première à la base des plastiques, solvants, lubrifiants, engrais… la liste est longue), que serait notre économie ? Que serait notre civilisation du commerce, des échanges, des déplacements (voiture, avions…), de la production, de la consommation, des délocalistations et de tout ce bonheur dégoulinant un vendredi matin de 25 décembre comme un lundi… de soldes, un samedi de courses hebdomadaires ou un dimanche d’ouverture (enfin !) des grands magasins ?

    D’aucuns nous disent, «Mais il en reste encore pour 40 ans, 40 ans de réserves voire 300 ans… et puis, on trouvera bien autre choses, le génie humain s’en charge, la technique, la recherche, celle qui trouve, hein, et le progrès, monsieur, le progrès ! Le professeur Courtillot et son ami M. Allègre nous ont bien démontré que les conséquences environnementales sont de vastes blagues de millénaristes onusiens et autres agités des labos payés par l’État pour le plus grand bénéfice des lobbies écolos et altermondialistes. L’avenir est infini, le monde éternel et la croissance notre amie fidèle.»
    Soit…
    Comme dit mon banquier, le bonheur est dans le prêt… cours-y vite !

    Mais je digresse encore une fois.

    Les énergies fossiles et les matières premières ne sont-elles donc QUE des variables d’ajustement, dont les cours sont décidés uniquement par quelques traders, investisseurs et autres acteurs économiques,mais pas du tout par une exploitation à terme achevée et abandonnée fatalement par faute de ressources ?
    Peut-on imaginer une science économique qui prenne en compte la finitude de notre monde ? Car, que cela nous plaise ou non la seule source infinie (à l’échelle humaine) d’énergie est le solaire et ses dérivés (vents, marrées, biomasse). Le reste, pétrole, minerais, charbon, gaz, uranium… étant appelé si ce n’est à disparaître dans nos moteurs, nos radiateurs et autres aspirateurs… du moins à passer par un maximum d’extraction plus connu sous le nom de « pic de production » inhérent à toute exploitation de ressource matérielle finie.

    De grands économistes officiels nous vantent encore et toujours, les vertus de la croissance comme moteur incontournable de notre société moderne et maintenant planétairement « modernisée ».
    Soit, encore une fois. J’avoue que rêver du prochain iFaune, iSlate et autre iBidule à venir sur une plage des Seichelles au mois de février est foncièrement séducteur. Lutter contre cet appel de sable chaud, de filles nues, de cocotiers et de mails à la sortie du bain à prix « Low Cost » est bien difficile… et forcerait le respect de trappistes convaincus…
    Les vertus d’une « décroissance » en tongues sur les causses du Lot ou le vert Limousin, ne font pas le poids… force est de le constater.
    Reste à savoir si la semaine d’Océan Indien pour un demi SMIC par personne tiendra encore l’affiche quand nos ressources « naturelles » viendront à se faire rares à des prix de moins en moins « discount ». Espérons que non, mais je voudrais bien que l’on m’explique comment nous allons nous y prendre.

    Si j’en crois les deniers rapports de l’AIE sur nos ressources énergétiques, j’ai le sentiment que nous n’en prenons pas la voie.
    Si j’en crois aussi les derniers rapports du GIEC et le 4e sous rapport concernant les mesures à prendre pour éviter le pire (auquel on peut ne pas souscrire, certes, mais ce n’est pas mon cas) et les propositions faites à Copenhagen malheureusement demeurées à ce stade, il serait nécessaire, voire impérieux de réduire drastiquement toutes les sources d’émissions de GES, dès aujourd’hui, faute de ne pas l’avoir initié hier afin de ne pas dépasser des valeurs de réchauffement délétères à terme pour le monde vivant, humains inclus.

    Mais voilà, nous faisons exactement l’inverse de ce qu’il faudrait entreprendre avec la croyance toujours entretenue d’un mouvement énergétique perpétuel, de « moteurs » produisant plus qu’ils ne consomment…
    Je répète ma question. Quelle science économique prend aujourd’hui en compte ces paramètres ?

    Cher Paul, une autre question me taraude l’esprit… La mécanique quantique certes est un sujet passionnant. Qu’en serait-il ainsi de nos lasers, CD, disques durs et autres bijoux informatiques ?

    Mais la thermodynamique appliquée à l’analyse de notre civilisation énergivore et gaspilleuse ne serait-elle pas tout aussi pertinente ? Un dix millième de SMIC permettant de nous offrir un « esclave » à l’heure ne laisse pas de surprendre, non ?
    Sept milliards d’humains aspirant à vivre comme de riches occidentaux que nous sommes est-il possible avec des ressources fatalement finies ?
    Peut-on encore vendre l’idée de croissance (ce qui n’est pas votre cas, certes) quand on sait ou devrait savoir que ce principe épuise de plus en plus rapidement ces fameuses ressources ? (Pour l’exemple, je rappelle qu’une ressource dont l’exploitation constante mènerait à son épuisement en mille ans serait épuisée en 240 ans avec une croissance d’extraction de 1% et en… 50 ans avec une croissance de 10%).

  9. The Lost Science of Classical Political Economy

    By Prof. Michael Hudson

    There is a seeming riddle in the recent evolution of economic thought. It has become more otherworldly and abstract, more detached from the reality of how economies are running deeper into debt to a financial oligarchy. The global economy itself is polarizing between creditor and debtor nations, financial core and periphery (even as the United States manages to play both sides of this street). Yet academic orthodoxy treats this as anomalous, side-stepping the two key features of today’s economic crisis: the « magic of compound interest » multiplying debts owed by the bottom 90 percent of the population to savers among the top 10 percent, while industrial capitalism is turned into a « tollbooth economy » by privatizing rent-extracting privileges on what used to be the public domain.

    Academic rationalizers of today’s economic policy use models that deny that such as failure could exist in the first place. Yet mathematically inclined economists claim that their discipline has become a science. It may seem natural enough for the hallmark of science to be mathematics, but the real issue should not be universals but rather how nations are diverging economically and how this is a result of policy, not the presumably automatic workings of « free markets. » The mathematical boys confuse social sciences grounded in history and jockeying for political power with the universals of physics. We should be glad that they finally have dropped equilibrium theorizing, but game theory and chaos mathematics still do not address the key causal dynamics at work.

    Pseudo-science wielded on behalf of special interests turns mathematical abstraction into a vehicle to strip away what used to be the major concern of classical political economy, and indeed economic reform, over the past two centuries. The aim of classical value and price theory was to isolate land rent, monopoly rent, and financial interest and fees (and « capital » gains) as a free lunch accruing to privilege.

    1. Oui : il faut lire cet excellent article. Un autre extrait :

      For classical and Progressive Era economists, the word « reform » meant taxing economic rent or minimizing it. Today it means giving away public enterprise to kleptocrats and political insiders, or simply for indebted governments to conduct a pre-bankruptcy sale of the public domain to buyers (who in turn buy on credit, subtracting their interest payments from their taxable income). The global economy is being « financialized, » not industrialized in the way that most economic futurists anticipated would be the case a century ago.

      One would think that this should be the focus of economic theory and the mathematics it uses backed by appropriate statistical categories so that the mathematics would have something empirically quantitative as their subject matter, not merely Greek letters. That this has not occurred should throw the whole mathematical fad in question as being fundamentally dishonest and captured by the special interests. And this political use of mathematics merely as a rhetorical ploy should not be welcomed as science. It is simply deception.

  10. Jacques Lacan a déjà épinglé et spécifié les discours analytiques et universitaires dans leurs rapports au savoir et au sujet .
    A cause de cette inertie universitaire , la « praxis » économique a des traits communs avec la « praxis » analytique dans son rapport avec la théorie académique .
    Les articulations et maniements de concepts opératoires ou non se jaugent à l’aune d’un immédiat empirisme.
    Le retour à l’économique est sur un bon chemin .

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