L’actualité de la crise : Deux G20 sinon rien, par François Leclerc

Billet invité.

DEUX G20 SINON RIEN

Je vais essayer de vider l’un des tiroirs, bien que tous se soient encore bien remplis aujourd’hui. Celui du G20, dont il nous est annoncé de toute part qu’il ne faut pas en attendre des miracles. Pas au cas où cela nous aurait échappé, mais comme autant d’effets « de théâtre et de rhétorique pour correspondre à la colère populaire qui est grande », comme vient de les dénoncer l’ancienne juge Eva Joly, candidate de la liste Europe-Ecologie en Ile de France.

En vrac : « Il sera utile d’avoir un autre sommet cette année », a déclaré José Manuel Barroso, président de la Commission européenne car « on ne peut pas attendre de solution miracle le 2 avril». « Il y sans doute trop d’attentes sur ce qui peut être accompli pendant un sommet d’une journée », a de son côté regretté Klaus Schmidt-Hebbel, le chef économiste de l’OCDE. « Je vois davantage le G20 comme un processus qui pourrait s’institutionnaliser d’une manière ou d’une autre ». « Nous avons, c’est sûr, de longues journées de négociations devant nous » a déclaré pour sa part Gordon Brown, premier ministre britannique, qui avait visiblement oublié que le sommet ne durait qu’une seule journée. Le 25 mars, il avait déjà annoncé que la BCE allait baisser son principal taux, oubliant peut-être que la Grande-Bretagne ne faisait pas partie de la zone euro. La veille, plus dans le sujet, son porte-parole avait informé la presse que « nous n’exclurions pas la tenue d’une autre réunion du G20 cette année » (sic). Nicolas Sarkozy, le président Français, a réclamé sur son mode habituel un peu déconcertant, des résultats. « Je ne suis pas pessimiste, j’essaie d’être lucide. Vous savez, sur le théâtre international comme sur le théâtre national, les forces du conservatisme sont toujours très grandes ». Au moins, il reconnaît que nous sommes au théâtre. Ce qui lui a permis d’envisager de quitter le sommet s’il n’obtenait pas gain de cause (« Si ça n’avance pas à Londres, ce sera la chaise vide, je me lèverai et je partirai »), définissant des « marqueurs » pour en mesurer le moment. Gordon Brown, pour sa part, a préféré parler de « tests », au nombre de 5. Ce qui fait déjà problème, c’est que les marqueurs et les tests ne se superposent pas. « Cette semaine, le monde entier doit se montrer à la hauteur du défi » a-t-il conclu. Il voulait certainement parler des chefs d’Etat du monde entier.

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Gesell (II)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’institution de la propriété privée rend automatiquement la richesse inhomogène : certains en auront plus et certains en auront moins. Le prêt à intérêt contribue à la concentrer encore davantage : si celui qui dispose d’argent peut le prêter et en recevoir plus en retour du fait-même de le prêter, l’argent appellera l’argent et les fortunes existantes croîtront, aux dépens de ceux qui en sont démunis. L’héritage contribuera à accentuer encore cette concentration : la richesse apparue à une certaine génération se voyant offerte l’occasion de se prolonger aux suivantes.

Une telle disposition à la concentration fait augmenter de manière constante la proportion des prix due aux intérêts et ceci débouche à terme sur l’insolvabilité massive de ceux qui se trouvent à la base de la pyramide de la richesse. Si l’on entend contrer cette disposition à la concentration, plutôt que de la corriger après coup par des palliatifs comme l’impôt progressif, il existe divers moyens d’aborder le problème. Le plus simple consiste à s’attaquer aux causes-mêmes de la concentration de richesse. On voudra par exemple abolir la propriété privée, et les questions de son héritage et de la perception des intérêts ne se poseront automatiquement plus. On aura pris le problème « en entrée », l’héritage et les intérêts étant conditionnés par la propriété privée ; on aura bien entendu reconnu là la solution proposée par Marx. Une alternative consiste à maintenir en place la propriété privée et l’héritage et à neutraliser « en sortie » la seule perception d’intérêts. C’est l’approche de l’Islam et celle qui est traditionnelle au christianisme ; Thomas d’Aquin qui s’est intéressé à la question, a repris la problématique là où Aristote l’avait laissée.

Ces deux premières approches sont politiques au sens où elle supposent un système légal qui fasse respecter des interdictions spécifiques. Il existe cependant une troisième option : celle qui consiste à neutraliser la concentration de la richesse sans instaurer aucune prohibition explicite, ni de la propriété privée, ni de l’héritage, ni même des intérêts. Cette troisième voie est d’une très grande subtilité : elle consiste à définir la monnaie de telle manière qu’elle interdit automatiquement la concentration de richesse, comme une simple conséquence de ses propriétés intrinsèques.

Cette troisième voie a été adoptée historiquement par ceux qui entendent prévenir la concentration de richesse en raison de ses conséquences sociales nocives mais sans vouloir passer par la solution radicale consistant à supprimer la propriété privée. Ce sont essentiellement des mouvements socialistes antimarxistes qui ont préconisé ce type d’approche. Ce qui nous ramène en particulier à Silvio Gesell (1862 -1930) et à son projet de « monnaie fondante ».

La solution de Gesell consiste, je le rappelle, en une monnaie qui se déprécie avec l’écoulement du temps. Les expériences de monnaie fondante furent rares, et concernèrent toujours des monnaies de « complément » dans un environnement qui demeurait dominé par une monnaie légale émise par une banque centrale.

Le faible nombre d’applications historiques et le fait qu’elles intervinrent toujours dans un contexte de crise (1) rendent très malaisée une évaluation de l’effectivité de ces monnaies fondantes. Il est en effet difficile de dire, comme l’a souligné Thomas Greco (2), si leurs bénéfices apparents découlent de la nature fondante de la monnaie ou de certains éléments de contexte comme le fait qu’elles ne circulaient qu’en faible quantité en parallèle à une monnaie officielle, qu’elles offraient un moyen commode de payer les impôts locaux, qu’elles tiraient bénéfice du système global, parasitant en fait la monnaie émise par la banque centrale, qu’elles « captaient » à leur profit les intérêts accrus sur la monnaie légale déposée en garantie pour la monnaie fondante, voire encore que des quantités non-négligeables en étaient retirées du circuit par des collectionneurs, qui subventionnaient ainsi involontairement le système, etc.

Considérons comme acquis que la concentration des richesses est pernicieuse à long terme. En l’absence de confirmations empiriques de la possibilité de la contrer sans prohibitions portant ni sur la propriété privée, ni sur l’héritage, ni encore sur les intérêts mais uniquement en attribuant à la monnaie des qualités spécifiques, est-il possible de démontrer sur le plan théorique que cette manière d’aborder le problème est la meilleure ? Ou bien faut-il toujours envisager sérieusement ses deux concurrentes : une prohibition de la propriété privée comme le préconisait Marx, ou une prohibition de la perception d’intérêts, comme le préconisent le christianisme historique et l’Islam ?

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(1) Irving Fisher, Stamp Scrip (1933).

(2) Thomas H. Greco, Comment on the Wörgl Experiment with Community Currency and Demurrage (2002).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Krill et baleines : éloge du protectionnisme, par Marc Peltier

Billet invité.

KRILL ET BALEINES : ELOGE DU PROTECTIONNISME

Quiconque a nagé au dessus d’un récif corallien tropical demeure ébloui par la prodigieuse diversité de formes et de relations à l’environnement que la nature y déploie. Un nombre incalculable d’espèces différentes, toutes hautement spécialisées et étroitement interdépendantes, s’y côtoient dans un écosystème d’une complexité stupéfiante.

L’énergie disponible pour l’ensemble du récif est celle du seul soleil, en moyenne 12 heures par jour, et les intrants sont parcimonieusement distribués par l’océan environnant. Pourtant, quelle richesse!

Les niveaux trophiques (qui mange qui ?) sont subdivisés à l’extrême, la plupart des prédateurs sont extrêmement spécialisés, et presque tous sont aussi des proies intermédiaires dans les chaines alimentaires. Si un potentiel énergétique, aussi minime soit-il, est disponible quelque part, il sera utilisé par l’écosystème. On trouve ainsi des espèces spécialisées dans la consommation des mues ou des fèces d’autres espèces. Il existe même des parasites de parasites…

Ce système vivant infiniment diversifié est aussi hautement cloisonné par une multitude de barrières invisibles, dans l’espace et dans le temps. Un réseau d’armes et de défenses précisément ajustés maintient un équilibre dans la diversité des formes vivantes. Au total, la productivité, exprimée en biomasse par unité de surface, n’est pas extraordinaire, mais on peut parler d’une vraie richesse.

A contrario, notre planète porte aussi un autre écosystème dont les caractéristiques sont radicalement opposées, l’océan circumpolaire antarctique.

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L’actualité de la crise : La crise, meuble à tiroirs, par François Leclerc

Billet invité.

LA CRISE, MEUBLE A TIROIRS

Après nous être beaucoup penchés sur les USA, ce qui s’y passe ayant un impact international décisif, il est nécessaire d’aller un peu voir ailleurs. Au Japon, en Russie, au Brésil, en Allemagne, en Chine évidemment. Il faudrait aller voir aussi ailleurs et ne pas se contenter de survoler, mais…

Ce qui frappe d’abord, c’est la chute partout enregistrée de la croissance, quand ce n’est pas la récession qui s’installe, la production industrielle qui s’écoule brutalement, nous entraînant dans une sorte de « boucle rétroactive », où la crise économique alimente la crise financière, compliquant encore plus la relance, impliquant encore plus, pour régler la seconde, l’utilisation de méthodes drastiques toujours pas employées.

Il faut aussi toujours plus d’argent, car celui qui est déversé donne de moins en moins de résultat, la crise s’approfondissant. Voilà la constatation qui s’impose. Alors on laisse les problèmes en suspens et on les repousse, on racle les fonds de tiroir, on se crispe sur les positions acquises. On traite la crise dans les pays de l’Est a minima, on cherche à augmenter les fonds du FMI pour parer sur tous les continents au plus pressé, et on utilise aussi ceux de la BERD. On se refuse à changer de clé de voûte du système monétaire international. Aux USA, on bricole un plan de sauvetage plus que douteux des banques, qui ne sera pas à la hauteur d’une situation qui se détériore inévitablement et n’induira pas les recapitalisations, demain nécessaires et pas prises en compte aujourd’hui. En Europe, les Allemands nationalisent HRE, en y mettant les moyens, c’est-à-dire en expropriant, mais les Britanniques détournent les yeux devant l’arrogante Barclays, bloqués au milieu du gué du fait de leur condition de centre financier de premier plan. Pire que tout, on s’y refuse de choisir entre deux maux, l’endettement et l’inflation (moins en Grande-Bretagne, George Soros prédisant qu’elle pourrait bientôt faire appel au FMI). Opérant ainsi, de fait, un autre choix, la poursuite et l’approfondissement de la crise économique et de ses conséquences sociales, en dépit de tous les filets de protection tendus. On susurre seulement que la BCE pourrait s’engager à son tour dans des mesures d’ « assouplissement quantitatif » (de création monétaire), en intervenant directement sur le marché obligataire privé.

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Plaidoyer pour l’énergie houlomotrice, par Fabien Farella

Billet invité.

PLAIDOYER POUR L’ENERGIE HOULOMOTRICE

A l’heure à laquelle les leaders du monde nous chantent les louanges d’une relance verte salvatrice, nous tirant à la fois de la crise économique et financière mondiale et repoussant à un chouilla plus tard le spectre d’un bouleversement climatique global, l’histoire du développement de l’énergie renouvelable marine est une belle illustration de l’ambigüité de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Vue dans la perspective d’un jeune ingénieur débutant dans ce secteur lui-même à peine bourgeonnant, elle est absurde.

Les vagues : une source d’énergie encore méconnue

Tout d’abord parce que l’énergie issue de la récupération de l’énergie des vagues est toujours à l’heure actuelle très rarement mentionnée sur la liste des énergies renouvelables aux cotés du photovoltaïque, de l’éolien, géothermal, etc. Pourtant, sa densité énergétique est bien plus élevées que celle de ses consœurs. Ainsi, on estime que la ressource globale en énergie provenant des vagues (2TW) est du même ordre que la consommation mondiale en électricité, et qu’on pourrait à l’heure actuelle en récupérer 15-25%. De manière plus particulière, l’Europe Occidentale (UK, France, Espagne, Portugal) bénéficient de ressources gigantesques (en moyenne 50kWh d’énergie disponible par mètre de largeur de vague, la consommation moyenne d’un foyer français de 4 personnes étant de 7 à 11 kWh/jour). À titre d’exemple, la quantité journalière d’énergie transportée par les vagues sur la côte des îles Britanniques correspond à la consommation de Royaume-Uni, ou bien à l’énergie du tsunami qui a frappé les iles de l’océan Indien en Décembre 2004.

Outre son abondance, l’énergie contenue dans les vagues offre bien d’autres avantages. Je rappellerai tout d’abord que son origine est la radiation solaire, qui génère les courants atmosphériques et dont une conséquence est le vent. Lorsque ce dernier souffle sur la surface des océans, il crée de petites perturbations qui se propagent et se développent sur des centaines de km2. Elles donnent naissance à ce que l’on appelle des trains de houle qui parcourent des milliers de km en perdant très peu de leur énergie, et qui viennent achever leur parcours dans le fracas des déferlantes qui attisent le rêve de tout surfeur. Pour ceux qui comme moi sont impressionnés par la violence du déferlement d’une vague, sachez que ce phénomène ne dissipe qu’une fraction de l’énergie qu’elle contient : elle avait préalablement perdu beaucoup de sa puissance par friction en entrant dans des eaux peu profondes. Pour l’ingénieur, cette nature ondulatoire est synonyme de très bonne qualité, et le caractère irrégulier de la houle océanique est contrecarré par sa grande prévisibilité. Il est en effet bien plus facile de faire de prédictions concernant la hauteur des vagues et leur période sur un site donné que concernant la vitesse et la direction du vent au même endroit.

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L’actualité de la crise : Un sommet fini avant d’avoir commencé, par François Leclerc

Billet invité.

UN SOMMET FINI AVANT D’AVOIR COMMENCE

Que retenir du scoop du Financial Times, qui publie ce matin lundi une analyse détaillée du « draft » (projet) de déclaration finale du G20 ? Qu’ils n’ont plus besoin de se réunir ? Cela serait un peu enfantin, même si les chefs d’Etat ne devraient plus en changer que des virgules. Je retiens pour ma part, au-delà de toutes les formules pesées et ajustées entre sherpas, – la loi du genre – ainsi que des phrases alambiquées du texte – comme le veut l’usage – une annonce fondamentale : la mise au point implicite d’un accord entre Américains et Chinois, afin d’engager une discussion et la mise en place progressive de mesures concernant le FMI et les autres institutions internationales financières. S’appuyant sur deux pieds, un financement accru de celles-ci d’un côté, une redistribution des places partielle de l’autre, en faveur des pays émergeants (détenteurs des financements grâce à leurs excédents commerciaux engrangés et à venir, c’est un comble).

Cet engagement réciproque, qui doit être à ce stade très limité, reflète la nécessité d’une entente mais ne lève pas pour autant les incertitudes concernant l’avenir. Rien n’est évidemment réglé quant à une sortie de crise toujours aussi indiscernable. Il symbolise et sanctionne le changement d’axe économique et financier du monde, nous n’avons pas fini d’en tirer les conclusions.

Il va y avoir deux manières de lire ce G20. Une première lecture va consister à déplorer qu’aucune décision importante n’y soit prise, laissant ouverts tous les principaux chantiers, celui de la relance comme celui de la régulation. Confirmant indirectement qu’il va y être décidé au moins une chose, ne faire les choses qu’à moitié (et encore). La suite dépendra d’évènements qui ne sont pas écrits, même par les sherpas.

Une seconde, plus dynamique, peut considérer que ce sommet va marquer le début d’une nouvelle période, dont on ne mesure pas encore totalement les caractéristiques (on croirait lire un communiqué final de sommet). L’intention est de réformer à minima le capitalisme financier, et de s’y mettre à tous, à force de compromis entre intérêts divergents. Ce qui ne signifie pas que le dérapage en cours soit maîtrisé pour autant, ni que les compromis soient déjà passés et qu’ils se révéleront stables à l’usage.

Je retiens pour ma part une idée déjà évoquée, celle de la crise de longue durée et permanente dans laquelle nous allons nous inscrire dorénavant. L’analogie avec les avions modernes de combat, fers à repasser qui ne peuvent voler, dans des conditions extrêmes, qu’à grand renfort d’informatique embarquée. Ce monde va être très compliqué à gérer, il est fort à craindre que la tentation soit grande de rendre de moins en moins compte de sa gestion. La Société des Nations est née sur les décombres de la première guerre mondiale, les Nations-Unies sur ceux de la seconde, les institutions qui vont se mettre en place ne répondront pas au même espoir, par ailleurs déçu à chaque fois. Elles seront le lieu d’arbitrages confidentiels et de décisions sans appel, hors de tout contrôle démocratique minimum, non pas le résultat d’un élan dont on pourrait espérer des surprises.

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Le blogueur et son financement

L’argent n’est pas au centre de mes préoccupations et je ne pense à lui que quand sa présence – ou plutôt son absence – s’impose à moi. Je me souviens alors, comme l’autre jour, que je devrais vous rappeler l’existence de l’option « donation ». Ce que j’ai fait, sans me douter que je créerais à cette occasion un débat d’une telle ampleur.

On a beau être sociologue et porter sur sa société un regard en principe objectif, on n’en demeure pas moins l’un de ses membres à part entière et porteur de ses valeurs. Ce qui explique pourquoi je ne suis pas immunisé contre la stigmatisation qui s’attache au fait d’être « sans emploi » et pourquoi je n’arrive pas toujours non plus à écarter le sentiment d’être en train de « faire la manche ». J’observe que quand mon comportement trahit ces sentiments, quand je tente de « me justifier », c’est alors chez vous que je provoque la gêne. Il faut m’en excuser.

Dans un monde idéal je pourrais écrire ces billets et entretenir ce blog sans avoir à me préoccuper d’autre chose. Dans le monde où nous vivons, ce n’est pas le cas et il me faut découvrir une autre manière d’aborder la question du financement de mon activité. La solution idéale sur l’internet, ce serait d’ignorer la question : d’offrir le produit à titre gratuit et de subventionner sa production par un moyen d’une autre nature. C’est ce que j’ai fait de février à octobre 2007 : je travaillais à Countrywide dans la journée et rédigeais mes billets dans la soirée. Si vous jetez un coup d’œil au graphique relatif à la fréquentation du blog, vous verrez que le nombre de visites durant cette période est passé de zéro à 3.500. Les billets qui à cette époque provoquaient un commentaire étaient rares.

À partir d’octobre 2007 j’ai consacré mes journées entières à écrire des livres et à m’occuper du blog. Le nombre de visites mensuelles est aujourd’hui trente fois plus élevé et le nombre de commentaires par billet, vous avez pu le constater, peut désormais atteindre plusieurs centaines.

La publication de livres peut s’avérer rémunératrice et pourrait constituer le type-même d’activité qui servirait à subsidier un blog. Il faut cependant pour cela commencer par être un auteur à succès, c’est–à–dire avoir le bonheur que de nombreux exemplaires de vos livres soit vendus, et obtenir ensuite que des avances confortables vous soient offertes sur vos livres suivants. La chose n’est sûrement pas impossible, mais le problème ici est que la pompe est extrêmement lente à amorcer.

Le mécénat constitue une alternative classique : quelqu’un dispose des moyens financiers qui vous font défaut et les met à votre disposition. Je ne parle pas seulement des bienfaiteurs dont Voltaire ou Rousseau bénéficièrent mais aussi, et comme certains l’ont rappelé, de la manière dont Friedrich Engels subventionna les travaux de son ami Karl Marx, avec des moyens bien plus modestes que ceux dont disposaient les princes. Comme le souligne l’exemple d’Engels, bien des manières de réfléchir à la manière de réformer le monde ne sont pas tendres envers les riches et courent le risque de les prendre à rebrousse-poil. Ceci dit, et je suis sûr que la nouvelle vous réjouira : il existe encore des Engels aujourd’hui et deux d’entre eux se sont manifestés à moi récemment. Ils savent ce que je pense d’eux. Je sais aussi que je peux les remercier ici en votre nom.

C’est dans la même perspective que j’avais inauguré la « donation » : comme un « partage des frais » qui ne représenterait pas pour vous un sacrifice dommageable. Mon tort, c’est de ne vous en rappeler l’existence que de manière irrégulière : uniquement, comme le dit l’un d’entre vous, « quand j’aperçois le fond de la cassette ».

François Leclerc a eu la gentillesse d’entreprendre une campagne relative à la question du « financement du blogueur ». Je l’en remercie et je lui souhaite qu’elle débouche sur une formule qui puisse être d’application dans d’autres cas que le mien. En attendant, et dans l’immédiat, je ne changerai rien au principe de la formule actuelle : accès de tous et gratuit à l’ensemble des textes écrits aussi bien par les invités que par moi-même. Deux changements mineurs interviendront cependant : je rappellerai par un billet mensuel la formule de la « donation » et j’accepterai volontiers l’aide d’un ou deux d’entre vous pour ce qui touche à la modération – il suffira de définir entre nous des créneaux horaires. Et merci pour finir à ceux qui, à l’arrière-plan de notre discussion, ont fait des dons par Paypal. J’en ferai le bilan d’ici un jour ou deux.

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L’actualité de la crise : Tim et ses petits secrets, par François Leclerc

Billet invité.

TIM ET SES PETITS SECRETS

Il y a des jours où l’on aimerait bien être une petite souris pour suivre discrètement Timothy Geithner, afin de pouvoir ensuite répondre à ces questions que tout le monde se pose mais dont personne ne parle.

Quels sont les investisseurs privés qui vont acheter, avec l’aide de l’Etat américain, des gros paquets d’actifs toxiques détenus par les banques ? L’hypothèse favorite qui circule actuellement est que ce seront les banques elles-mêmes qui se prêteraient à cette opération, via des Hedge Funds et des Special Vehicule Purpose sous leur contrôle. Une variante voudrait même que les fonds privés qui seraient utilisés à cette fin proviendraient des paradis fiscaux. Ainsi, un magnifique coup double serait réussi :

1/ Grâce à la machinerie financière mise en place par le Trésor, suivant un circuit tortueux, les banques bénéficieraient in fine d’une recapitalisation financée sur fonds publics, mais reconditionnée sous forme de fonds privés contrôlés par leurs actionnaires actuels, via les fonds publics-publics qui garderaient les actifs toxiques à leur charge.

2/ Les fonds privés qui participeraient minoritairement à l’opération proviendraient des paradis fiscaux et seraient blanchis par la même occasion.

Merci de ne pas me demander des preuves de ces supputations hasardeuses et calomnieuses, d’autant que les derniers écrous ne semblent pas encore serrés. De ne pas attendre non plus du G20, qui va annoncer en fanfare une lutte sans faille contre les paradis fiscaux, trop de résultats une fois les lampions éteints.

A ce sujet, un excellent article du Guardian (en anglais) :

Qu’est-ce que ce sont dit Tim Geithner et Zhou Xiaochuan, gouverneur de la People’s Bank of China (la banque centrale chinoise) hier samedi, lors d’un forum à Medellin, ville colombienne bien connue pour son historique cartel de la drogue, dans le cadre de l’assemblée générale de la Banque interaméricaine de développement (BID) ? Cela n’a donné lieu à aucun communiqué commun.

Cela n’a pas empêché Zhou de déclarer à propos du G20 aux journalistes, dont il était la star, que « la Chine insistera sur la réforme du secteur financier, en particulier les mesures de régulations. ». Ainsi que : « nous en attendons l’adoption d’un calendrier de réforme des institutions financières internationales, comprenant le fonds (le FMI), la banque (la Banque Mondiale) et les autres banques de développement ». Il a aussi pointé le bout du nez à propos de la réforme monétaire proprement dite (les Chinois appellent les blancs des long nez), en évoquant des accords de swap de devises avec la Malaisie et l’Indonésie, le yuan commençant à jouer un rôle régional en Asie. Son approche est donc, comme prévisible, prudente et progressive. « Pour le moyen et le long terme, nous devons envisager un système financier plus diversifié, multipolaire. C’est l’intérêt de nombreux pays, spécialement des Etats-Unis » a-t-il finalement laissé tomber.

Cette rencontre américano-chinoise peut-elle trouver son éclairage dans les conclusions d’un opportun rapport conjoint de l’institut britannique de Chatham House et de l’Atlantic Council basé à Washington, qui vient d’être rendu public à Londres ? Estimant qu’un accroissement des ressources du FMI est nécessaire, les chercheurs proposent que le Royaume-Uni, dans un geste spectaculaire, renoncent à leur siège dans cette institution, pour faire de la place aux pays émergeants (permettant aux Etats-Unis de garder leur droit de veto), afin de débloquer les financements du FMI attendus des pays du BIRC, dont la Chine. Ceux-ci étaient, depuis la réunion des ministres de finances préparatoire du G20 d’il y a deux semaines à Horsham, conditionnés par une claire et rapide avancée sur la question de la répartition des droits de vote. Le Royaume-Uni, pour mémoire, détient 4,86% des droits de vote au conseil des gouverneurs du FMI, loin derrière les Etats-Unis (16,77%) mais devant la Chine (3,66%) et l’Inde (1,89%).

Mais nous ne savons pas ce que Tim Geithner peut avoir finalement convenu avec Zhou. En conséquence, le cours du dollar est resté cette fois-ci stable.

Avez-vous lu mon tout dernier post sur la souscription (29 mars à 10 :44) ?

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La situation s’améliore aux États–Unis !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous avez dû le voir : la nouvelle est partout, la situation s’améliore dans l’immobilier résidentiel américain – qui est à l’origine de la crise, je vous le rappelle. La vente de nouvelles maisons individuelles a augmenté de 4,7 % en février par rapport à janvier ! La reprise est très clairement visible sur le graphique.

© Thoughts from the Frontline Weekly Newsletter

Ah non, je n’ai pas de loupe. Petite remarque en passant, les 4,7 %, c’est sans tenir compte des ajustements saisonniers. Si on tient compte de la saisonnalité – comme on avait l’habitude de le faire jusqu’ici – le chiffre est moins bon : – 2,9 %.

Mais la bourse ! Vous avez vu la bourse ! Et on n’a encore rien vu : quand la « cote-au-marché » (mark-to-market) sera relâchée (au premier trimestre, à titre rétroactif : il y a urgence) le 1er avril, alors que le FASB (Financial Accounting Standards Board) ne statue officiellement sur la question que le lendemain (1), et que les entreprises pourront mentionner à nouveau des chiffres plus raisonnables que ceux que détermine le marché, l’économie va faire un de ces bonds !

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(1) A noter que l’organisme international correspondant au FASB : l’International Financial Reporting Standards est furieux. Il rappelle dans un communiqué que le G20 a recommandé que de telles mesures ne soient prises que dans la concertation.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Deux impasses et combien d’enterrements ?, par François Leclerc

Billet invité.

DEUX IMPASSES ET COMBIEN D’ENTERREMENTS ?

Au fil du déroulement de cette crise, nous sommes en train de bénéficier d’une formidable leçon de capitalisme. Seulement voilà, nous allons la payer cher. Plus ou moins selon l’endroit où nous vivons, d’accord, mais partout sans exception, même si c’est aux USA que la partie se joue d’abord, ce qui justifie de la suivre avec beaucoup d’attention.

Nous y voyons, jour après jour, le monde des capitalistes marcher sur la tête et redoutons de nous retrouver à force à genoux ou presque. Nos élites financières font du surplace avec obstination et nous enfoncent sans vergogne dans la crise, au nom de la défense de leurs intouchables avantages acquis, alors qu’ils ne se privent pas de bousculer ceux des autres.

Les économistes les plus distingués ont déjà relevé un premier paradoxe. La crise actuelle est une crise de solvabilité, mais elle est combattue avec une marée de liquidités, alors que c’est la montée des flots de celles-ci qui a démultiplié les effets et la laisse actuellement sans solution. Un autre paradoxe nous est maintenant proposé, avec le plan de sauvetage des banques américaines. On utilise les mêmes moyens que ceux qui sont à l’origine de la crise pour la combattre. Il est proposé de jouer de l’effet de levier de l’endettement, afin de favoriser la valorisation d’actifs devenus sans valeur, pour avoir trop joué du même effet de levier !

Nos capitalistes nous font penser, mais sans excessive tendresse, à ces enfants qui, malades, ne veulent pas prendre leurs médicaments. A ces futurs noyés qu’il faut assommer d’abord pour les tirer d’affaire. Devant la perspective de figurer sur la « stress list » de la honte, dressée par le Trésor US après examen des comptes des plus grandes banques, ils réagissent exactement sur le même mode que les paradis fiscaux menacés de figurer sur celle de l’OCDE. Prêts à tout pour ne pas y figurer et en subir les conséquences. On apprenait aujourd’hui que les banquiers suisses ne se déplaçaient plus, sur instruction de leur hiérarchie, en Allemagne et en France, où ils semblent craindre d’être persécutés. Les banquiers américains, eux, ont eu droit hier à une réception à la Maison Blanche, reçus dans la grande salle des repas officiels, mais il est vrai avec pour seul viatique un verre d’eau (dixit).

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Se révolteront-ils ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

dedefensa.org pose la question de la révolte éventuelle des citoyens américains : Se révolteront-ils ?.

L’article est intéressant et je vous conseille de le lire. Je me contenterai de le compléter de quelques remarques. Tout d’abord : l’habitat. Avec la voiture et le carburant très bon marchés aux États–Unis, ce dernier à peine taxé, seuls les très riches et les pauvres ont continué d’habiter les centre-villes. Les autres sont allés se reloger soit dans ces pseudo-campagnes qu’on appelle les suburbs, à une dizaine ou une vingtaine de kilomètres du centre de l’agglomération, soit dans les cités-dortoirs qui se trouvent parfois à une centaine (oui, je ne plaisante pas !) de kilomètres des grands centres urbains.

Ceci en soi, ne favorise pas une « culture de la manif’ ». Il ne faut cependant pas croire que les manifestations n’ont jamais existé aux États–Unis : elles existaient là comme ailleurs quand une majorité des travailleurs des villes habitaient en son centre. Les manifs et les piquets de grève ont existé aux États–Unis au XIXe et au XXe siècles et ont été réprimés de manière tout particulièrement brutale dans ce pays : un exemple parmi cent : les émeutes de Minneapolis en 1934. Si on les a oubliés, c’est essentiellement parce qu’il ne reste pas grand-chose comme mémoire du mouvement ouvrier aux États–Unis. Mais une telle mémoire peut se reconstituer.

Il reste des pauvres dans les centre-villes américains et cette pauvreté explique pourquoi les émeutes spontanées qui éclatent là, souvent à la suite de brutalités policières avérées ou d’incidents interprétés comme tels, se transforment rapidement en pillages.

J’ai évoqué dans « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte 2007), l’influence qui reste massive aux États–Unis de l’origine rurale de bien des immigrants européens qui peuplèrent la colonie, et la violence collective, raciale par exemple, porte encore souvent la trace de ses origines dans le posse improvisé qui répond à l’indignation suprême suscitée par le vol de chevaux ou de bétail et qui se termine en lynching mob rendant sa justice expéditive. Ceci n’est pas très original cependant : la foule meurtrière de l’émeute est la forme sauvage dont a émergé la manifestation comme sa forme domestiquée.

Si l’on excepte les protestations étudiantes et les piquets de grève (qui doivent, selon la loi américaine, être en mouvement constant), et la population hispanique, qui possède elle une authentique culture de la manifestation et est d’ailleurs la seule à défiler le 1er mai, le fait est que la colère collective aux États–Unis est imprévisible et brouillonne et n’a pas la retenue de la manifestation, soit qu’elle n’ait jamais accédé à ce niveau de planification et d’organisation, soit que, l’ayant connue, elle en a régressé. Il reste du coup que la protestation collective aux États–Unis est beaucoup plus dangereuse qu’ailleurs car spontanée et incontrôlable, étant privée des rambardes à la violence que constituent par exemple des organisateurs, un service d’ordre ou des cordons de sécurité.

Forme très spécifique aussi aux États–Unis, le vengeur solitaire, que l’exaspération conduit à s’emparer un jour d’un fusil d’assaut, et à aller dire deux mots à des parents, collègues de bureau, camarades de classe ou autres ennemis éventuels, dont il a établi la liste. Sa randonnée mortelle, largement répercutée par les media, conduit alors au copycat, l’imitateur à qui l’événement rappelle ses propres rancunes et passe à la phase d’exécution. Bien qu’il s’agisse souvent d’une forme de suicide by cop, « suicide par flic », le vengeur solitaire fait parfois des dizaines de morts.

Dans un pays où la possession d’armes est très commune, l’absence ou la disparition d’une véritable culture de la protestation collective constitue un danger sérieux quand la tension sociale monte. Le fait que dans le contexte actuel le coupable de cette tension soit aisément identifiable n’a rien non plus pour rassurer.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Appel de fonds

Quand je donne des conseils à des collègues, je leur dis : « N’oublie pas les rappels périodiques : sans eux les contributions des lecteurs tombent à zéro ou presque ! » Ce qui est vrai.

Pourtant, les bons conseils que je prodigue, je ne les applique pas moi-même. Aussi, le moment est venu d’un rappel : « Chers amis, mon blogage, l’entretien du site, sont des activités bénévoles », cela ne me rapporte pratiquement rien. Si : j’y fais la publicité de mes livres, l’un ou l’autre ici ou là me paie un modeste écot pour avoir le droit de reproduire mes billets, mais tout ça ensemble ne constitue encore que des sommes très modiques. Si vous lisez ce que j’écris vous comprendrez aisément pourquoi je ne suis le conseiller grassement payé de personne et pourquoi nul ne me demande de répandre ma bonne parole à l’intention d’élèves avides de savoir. Ne l’oubliez pas.

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Du capitalisme à la barbarie, par Jean-Jacques Jugie

Billet invité.

DU CAPITALISME A LA BARBARIE

Il est principalement question, dans cet espace, des dérives avérées du capitalisme financier anglo-américain. Et des conclusions que l’on peut en tirer sur un processus plus général : l’agonie du capitalisme de marché, suspect de porter en lui les germes de sa décomposition.

L’observation du contexte franco-français apporte, paradoxalement, de l’eau au moulin de ces spéculations. Paradoxalement, car les Français n’ont pas la réputation de nourrir une affection spontanée pour les thèses libérales, qu’il s’agisse de politique ou d’économie. Stendhal le notait déjà : « En France, très peu de gens se soucient de la liberté, tout le monde adore l’égalité, mais personne n’aime la République ». Datée de 1825, cette saillie incisive conserve toute sa pertinence. Pourtant, l’expression intégriste du libéralisme, sous la forme du libre-échangisme planétaire et déréglementé, a fini par s’imposer dans le pays. Au point même d’avoir séduit le courant de pensée socialiste, comme l’ont noté plusieurs commentateurs de ce blog.

Nouveaux convertis au dogme, les Français en ont adopté les aspects les plus outranciers, notamment dans les pratiques de management. Le feuilleton de l’attribution des bonus et des stock-options en donne un exemple éclairant. Et le gouvernement donne l’illusion de vouloir « moraliser » les rémunérations, en s’opposant à « l’exercice » des stock-options dans les « entreprises bénéficiant d’une aide publique ou qui mettent en place des plans sociaux », alors que le vrai scandale réside dans « l’attribution » même de ces stock-options dans toutes les grandes entreprises.

Dès lors que les mêmes pratiques prévalent dans les sociétés que l’Etat contrôle, il est permis de conclure à une collusion délibérée et revendiquée entre le pouvoir politique et la nomenklatura des grandes firmes. Récents convertis au capitalisme flamboyant, nous jouons peut-être le rôle des derniers entrants dans la martingale de Ponzi – qui en précipitent la chute. Désormais, la finalité de l’action des décideurs n’est plus le profit, c’est le tribut. Des pratiques de barbares, même si les nouveaux Wisigoths ont patiné leurs fonds de culotte, leur cynisme et leurs mauvaises manières, sur les bancs des prestigieuses écoles de la République.

Maintenant que le dogme n’est plus défendu que pour l’indicible vulgarité des pratiques qu’il autorise, ses temps sont probablement comptés. Accompagnés, on peut le craindre, de quelques « appels du pied extra-parlementaires »

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L’actualité de la crise : Des prolongations dès maintenant annoncées, par François Leclerc

Billet invité.

DES PROLONGATIONS DES MAINTENANT ANNONCEES

Au fur et à mesure que nous nous approchons de la date fatidique du 2 avril, de ce sommet du G20 dont nous avons déjà tant parlé, et dont on nous a de plus en plus averti qu’il ne réglerait pas tout loin s’en faut, un bruit de fonds perturbant s’amplifie et s’installe. Nous risquons désormais la saturation, ce qui n’est pas sans nous rappeler la méthode favorite d’attaque informatique des cyber criminels pour paralyser les serveurs. Après avoir tenté un tri, que pouvons-nous retenir de cette actualité foisonnante pour essayer de comprendre ce qui se passe réellement ?

Le rapport de Josef Stiglitz à l’Assemblée générale de l’ONU ne sera pas sans lendemain, même s’il est désormais affecté d’être ignoré, car non seulement le « machin » est une caisse de résonance où s’expriment tous les pays qui n’ont pas voix au chapitre ailleurs, et qui prennent de plein fouet les effets de la crise (le retrait massif et brutal des capitaux occidentaux), mais les Chinois ne lâcheront pas prise. Tous les observateurs sérieux de la scène internationale l’estiment, à commencer par Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI et fin connaisseur des arcanes financières internationales. Déjà circule l’idée, à l’initiative de Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, de mener sous son égide une conférence sur la crise mondiale. Medvedev, le président Russe a annoncé en soutenir le projet. Si Lula, le président Brésilien s’est fait discret sur la question, à l’occasion de ses discussions avec Gordon Brown, premier ministre britannique, on verra bien si le sommet des Amériques de la mi-avril à Trinidad-et-Tobago, en présence de Joe Biden, vice-président des USA, le sera tout autant.

Le pas de deux de Tim Geithner, envisageant d’abord de discuter de l’augmentation des allocations de DTS avec les Chinois, en totale contradiction avec la politique américaine menée jusqu’à maintenant, pour revenir ensuite sur cette ouverture devant la plongée immédiate du dollar, n’est le signal que d’une seule chose : les discussions auront lieu discrètement dorénavant. Aussi contestable que puisse être sa politique par ailleurs, il est en effet particulièrement bien placé pour connaître l’extrême importance que revêt la poursuite des achats de bons du Trésor par les Chinois. Et comprendre que l’on n’a rien sans rien.

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Le Machin se rebiffe

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand le 18 mars, les États–Unis ont annoncé l’enterrement programmé du dollar, la presse française n’en a pas parlé. Rebelote aujourd’hui avec la proposition de Joseph Stiglitz aux Nations-Unies en assemblée générale de « création d’une nouvelle facilité du crédit et d’un autre système mondial de réserves pour surmonter la crise ». Le monde uni, promettant la création d’un G-192 (le nombre de nations sur la planète), déclare la guerre aux États–Unis, et personne n’y prête attention.

©Marvel

Pourtant le programme est sans ambiguïté : il faut « aller au-delà des intérêts étroits des différents États, et en particulier des plus grands d’entre eux ». Stiglitz, Président de la Commission des experts, a déclaré que « si l’on ne prend pas les mesures qui s’imposent, il n’est pas certain que l’on sorte de la crise climatique qui gronde à l’horizon ». François Houtart, représentant du Président de l’Assemblée générale au sein de la Commission d’experts, a lui précisé que « nous nous trouvons face à l’effondrement de tout un système économique et pas seulement d’un système financier. Pourquoi simplement réformer ou réparer un système qui a détruit des millions d’emplois et des millions de personnes et continue de détruire la planète, alors qu’il faudrait reconstruire le système financier mondial ? »

Il est question de « transformer, de manière radicale, les bases de l’économie mondiale ». On demande « la création de nouvelles instances qui prennent en compte à la fois la crise climatique à venir et les exigences de démocratisation ». Et pour ceux qui n’auraient pas compris, le communiqué déclare que « Le G-8 et le G-20, s’étant montrés incapables de corriger les défaillances des cadres économique et réglementaire , les experts ont proposé la mise en place d’institutions dotées de la légitimité politique et réelle de tous les habitants de la planète, soit un « New Deal mondial », ou un G-192 travaillant sous les auspices des Nations Unies ».

Mais comme pour la fin annoncée du dollar, tout cela passe inaperçu dans le brouhaha général : le Wall Street Journal titre sur la bourse de New York qui a gagné 175 points, Le Monde, sur les bonus chez Natixis, le Washington Post sur des fonds supplémentaires pour la guerre en Afghanistan et Le Figaro sur les bandes qui défient la loi dans les banlieues. Néron lui joue de la lyre.

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Obama vs. US Chamber of Commerce, début du deuxième round

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Thomas Misrachi de BFM m’a donc proposé comme sujet dont nous parlerions entre autres samedi, la deuxième conférence de presse d’Obama, il y a deux jours : « le fond et la forme ». Je m’étais contenté jusqu’ici d’en lire un résumé, ce qui était sans doute symptomatique, mais puisque j’aurais à parler de la forme également, je suis allé visionner la vidéo. Et l’information qui transparaît par la forme de son intervention est en effet très révélatrice en soi.

D’abord, son allocution d’entrée, précédant le moment des questions et réponses, Obama s’est contenté de la lire sur un prompteur, et c’est davantage un texte aseptisé, genre communiqué de presse lu par un porte-parole officiel, que la déclaration d’un Président au pouvoir depuis soixante jours seulement. Ensuite, et tout le monde l’a remarqué, la presse susceptible de lui poser des questions délicates, New York Times, Washington Post, Wall Street Journal, a été ignorée, au point que la journaliste d’une publication mineure à qui il donne la parole, n’y croit pas vraiment – à moins qu’il ne l’ai carrément réveillée en sursaut – et il est obligé de lui dire « Eh oui ! c’est à vous que je parle ! »

Ceci dit, encore heureux qu’il n’ait pas eu à répondre à des questions sur la finance : une petite question relative à AIG, sur le temps qu’il lui a fallu pour réagir à l’affaire des bonus, provoque de sa part une réponse en quatre mots qui est davantage l’aboiement d’un chien enragé qu’une véritable réponse.

Ce qu’on a vu là, à l’occasion de cette deuxième conférence de presse, c’est un Président qui aurait de loin préféré passer la matinée au bord de l’eau, à contempler la mer ou un torrent de montagne, plutôt que d’être en face d’un micro. Déjà las et exaspéré. Un seul diagnostic possible : il ne savait pas qu’il avait été acheté par Wall Street et la nouvelle lui vient comme une très mauvaise surprise. Plutôt naïf donc que retors : les bons sentiments qu’il exprime dans ses livres doivent être les siens. Un avocat brillant sans aucun doute mais qui n’avait pas compris l’Amérique : aïe ! Il est en train de la comprendre et ce qu’il découvre, il ne l’aime pas du tout. En particulier Mrs. Geithner et Summers lui revendant le Plan Paulson comme la seule issue possible.

Ce qu’il a dit est sans intérêt, ce qui est logique puisqu’il s’est refusé à parler de quoi que ce soit d’important. Donc pour ce qui est du fond : zéro. Pour ce qui est de la forme : épuisé mais en colère, donc pas encore désespéré.

Obama, le challenger, contre « the US Chamber of Commerce », le champion en titre depuis deux cents ans. Début du deuxième round. Jusqu’ici le champion en titre n’a pas l’air de pouvoir être inquiété et mène aux points. Mais l’outsider se révèle hargneux. Alors, qui sait ?

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L’actualité de la crise : Un monde à la dérive, par François Leclerc

Billet invité.

Nous avions, d’un côté, les USA et ses feuilles de décor cinématographiques, de l’autre, un monde où l’on nous promettait de raser gratis, mais mal et à condition de faire longtemps la queue. Nous sommes aujourd’hui devant l’inconnu…

UN MONDE A LA DERIVE

Le dollar a brusquement dégringolé, hier mercredi, lorsque Tim Geithner a considéré la proposition chinoise autrement que par un refus catégorique, alors que j’en étais resté à l’épisode précédent d’une mini ouverture. Cette actualité, décidément, galope. Le secrétaire au Trésor a dû très vite réviser ses propos et réaffirmer son ferme attachement à ce qu’il reste la principale monnaie de réserve, pour que la situation se rétablisse. En d’autre terme, si l’on comprend bien, envisager un compromis avec les Chinois sur les questions monétaires internationales, s’est s’exposer à une chute immédiate du dollar. Voilà la réponse faite par le marché aux Chinois, détenteurs de 2.000 milliards de dollars (estimés), qui vont prochainement subir la dévalorisation de l’inflation. Voilà bien une image de plus, mais édifiante, de la situation de blocage dramatique dans laquelle nous nous trouvons. Jusqu’où, dans ces conditions, va nous entraîner « le marché » ? Jusqu’au fond ?

Une conclusion s’impose désormais : il n’est plus possible d’attendre des USA de véritable solution à la crise actuelle, comme beaucoup l’espéraient. Souvent d’ailleurs en s’appuyant sur l’espoir qu’a fait naître, aux USA d’abord, mais aussi dans le monde entier, l’élection de Barack Obama, l’assimilant abusivement avec la réalité d’un pouvoir qu’il occupe plus qu’il ne le détient.

Cette constatation laisse la crise intacte et ceux qui croyaient en cette issue, un peu orphelins et démunis, sans sauveur de rechange. La dynamique qu’elle va engendrer, toujours aussi incertaine, n’en va être que plus cruciale, mais que peut-on en escompter ?

Sans attendre de le savoir, il est notable que les énormes résistances à l’adoption de mesures radicales que l’on enregistre, seules solutions à la crise, ont toutes les chances non seulement de la prolonger, mais de l’accentuer. Au nom de la préservation des intérêts du « monde de la finance » (cette entité abstraite et mystérieuse), la crise économique est exacerbée, ainsi que ses conséquences sociales, d’incertaines traductions politiques en sont attendues ou plus souvent redoutées.

Nous vivons une époque étonnante. Encore marquée dans nos têtes par la guerre froide USA-URSS, l’équilibre de la terreur disait-on, alors que ses deux protagonistes s’écroulent successivement sous nos yeux, l’un après l’autre, minés par leurs propres contradictions et impasses. C’est donc cela : ils étaient chacun leur meilleur et plus impitoyable ennemi ! Ce n’est pas comme cela que cela nous était présenté.

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BFM Radio, USA Hebdo, samedi 28 mars 7h-8h

Durant le premier quart d’heure, j’évoquerai la conférence de presse du Président Obama, mardi, l’éventualité d’un rebond de l’économie américaine (?) et le rôle du dollar comme devise de référence.

Durant le dernier quart d’heure, je parlerai des diverses mesures prises en faveur des banques américaines, du sentiment du peuple américain dans l’affaire AIG et de la visite d’Hillary Clinton au Mexique.

Podcast ici.

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100.000

Je sais que ces chiffres ne signifient rien. Je sais aussi que nous aimons les chiffres ronds. Alors voilà : le compteur qui se penche sur le mois écoulé et enregistre le nombre de visites dépasse aujourd’hui pour la première fois 100.000. Ces 100.000 visites correspondent à près de 33.000 visiteurs, signalant que la plupart d’entre vous sont des accros à l’adrénaline, consultant le site trois fois par jour en moyenne et y consacrant en moyenne cinq minutes par visite.

Tout ça n’est pas mal du tout pour un blog où l’on discute essentiellement de sujets assez, voire même très pointus.

Comme vous le savez, le site est devenu un point de référence dans le monde francophone pour les grands débats de société, et certains d’entre vous, commentateurs, êtes en train d’acquérir votre propre notoriété. Félicitations à vous et merci à tous !

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