Gesell (II)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’institution de la propriété privée rend automatiquement la richesse inhomogène : certains en auront plus et certains en auront moins. Le prêt à intérêt contribue à la concentrer encore davantage : si celui qui dispose d’argent peut le prêter et en recevoir plus en retour du fait-même de le prêter, l’argent appellera l’argent et les fortunes existantes croîtront, aux dépens de ceux qui en sont démunis. L’héritage contribuera à accentuer encore cette concentration : la richesse apparue à une certaine génération se voyant offerte l’occasion de se prolonger aux suivantes.

Une telle disposition à la concentration fait augmenter de manière constante la proportion des prix due aux intérêts et ceci débouche à terme sur l’insolvabilité massive de ceux qui se trouvent à la base de la pyramide de la richesse. Si l’on entend contrer cette disposition à la concentration, plutôt que de la corriger après coup par des palliatifs comme l’impôt progressif, il existe divers moyens d’aborder le problème. Le plus simple consiste à s’attaquer aux causes-mêmes de la concentration de richesse. On voudra par exemple abolir la propriété privée, et les questions de son héritage et de la perception des intérêts ne se poseront automatiquement plus. On aura pris le problème « en entrée », l’héritage et les intérêts étant conditionnés par la propriété privée ; on aura bien entendu reconnu là la solution proposée par Marx. Une alternative consiste à maintenir en place la propriété privée et l’héritage et à neutraliser « en sortie » la seule perception d’intérêts. C’est l’approche de l’Islam et celle qui est traditionnelle au christianisme ; Thomas d’Aquin qui s’est intéressé à la question, a repris la problématique là où Aristote l’avait laissée.

Ces deux premières approches sont politiques au sens où elle supposent un système légal qui fasse respecter des interdictions spécifiques. Il existe cependant une troisième option : celle qui consiste à neutraliser la concentration de la richesse sans instaurer aucune prohibition explicite, ni de la propriété privée, ni de l’héritage, ni même des intérêts. Cette troisième voie est d’une très grande subtilité : elle consiste à définir la monnaie de telle manière qu’elle interdit automatiquement la concentration de richesse, comme une simple conséquence de ses propriétés intrinsèques.

Cette troisième voie a été adoptée historiquement par ceux qui entendent prévenir la concentration de richesse en raison de ses conséquences sociales nocives mais sans vouloir passer par la solution radicale consistant à supprimer la propriété privée. Ce sont essentiellement des mouvements socialistes antimarxistes qui ont préconisé ce type d’approche. Ce qui nous ramène en particulier à Silvio Gesell (1862 -1930) et à son projet de « monnaie fondante ».

La solution de Gesell consiste, je le rappelle, en une monnaie qui se déprécie avec l’écoulement du temps. Les expériences de monnaie fondante furent rares, et concernèrent toujours des monnaies de « complément » dans un environnement qui demeurait dominé par une monnaie légale émise par une banque centrale.

Le faible nombre d’applications historiques et le fait qu’elles intervinrent toujours dans un contexte de crise (1) rendent très malaisée une évaluation de l’effectivité de ces monnaies fondantes. Il est en effet difficile de dire, comme l’a souligné Thomas Greco (2), si leurs bénéfices apparents découlent de la nature fondante de la monnaie ou de certains éléments de contexte comme le fait qu’elles ne circulaient qu’en faible quantité en parallèle à une monnaie officielle, qu’elles offraient un moyen commode de payer les impôts locaux, qu’elles tiraient bénéfice du système global, parasitant en fait la monnaie émise par la banque centrale, qu’elles « captaient » à leur profit les intérêts accrus sur la monnaie légale déposée en garantie pour la monnaie fondante, voire encore que des quantités non-négligeables en étaient retirées du circuit par des collectionneurs, qui subventionnaient ainsi involontairement le système, etc.

Considérons comme acquis que la concentration des richesses est pernicieuse à long terme. En l’absence de confirmations empiriques de la possibilité de la contrer sans prohibitions portant ni sur la propriété privée, ni sur l’héritage, ni encore sur les intérêts mais uniquement en attribuant à la monnaie des qualités spécifiques, est-il possible de démontrer sur le plan théorique que cette manière d’aborder le problème est la meilleure ? Ou bien faut-il toujours envisager sérieusement ses deux concurrentes : une prohibition de la propriété privée comme le préconisait Marx, ou une prohibition de la perception d’intérêts, comme le préconisent le christianisme historique et l’Islam ?

––––––––––
(1) Irving Fisher, Stamp Scrip (1933).

(2) Thomas H. Greco, Comment on the Wörgl Experiment with Community Currency and Demurrage (2002).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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148 réflexions sur « Gesell (II) »

  1. @Marc, Yann et à tous,
    Merci à Marc pour les références sur le crédit social et le système à deux monnaies en tandem que je ne connaissais pas. Il se trouve qu’en partant d’une réflexion sur les rapports entre la monnaie et la productivié j’ai abouti aussi sur l’idée d’un système à deux monnaies. La monnaie capitalisable là où les gains de productivité sont censés (biens et services standardisables) et une monnaie fondante (travailliste) là où les gains de productivité n’ont que peu de sens, c’est à dire les besoins sociaux et cultutrels gourmands en main d’oeuvre pour l’essentiel. La redistribution de l’activité me semble être un des points faibles de notre économie, aussi je préconise d’explorer le développement de la pratique de 2 métiers comme norme, un métier productif et un métier social.
    Vous pouvez trouver plus de détail sur ce projet surle blog Etat Providence Participatif et vos commentaires y sont bienvenus.

  2. @ Paul

    La façon de répartir le résultat des entreprises est déjà largement biaisée depuis que l’on s’est employé à remplacer les fonds propres (l’apport en capital des «investisseurs ») par de la dette (détenue par des « rentiers »).
    Les mêmes « capitalistes » maximisent ainsi leur revenu : ils obtiennent une « vraie rente » contractuelle grâce à l’intérêt perçu sur les créances, alors que le dividende (la fraction des profits attribuée aux actionnaires) est aléatoire et en tout cas non contractuel.
    S’il demeure du profit résiduel après paiement des énormes intérêts que suppose l’accroissement inconsidéré de la dette, le cours des actions s’en trouve dopé, car il valorise l’effet de levier mécanique sur des fonds propres anémiés (avec le rachat de ses propres actions par l’entreprise, notamment, qui est la négation de l’essence même de l’entreprise capitaliste). Ainsi, le « capitaliste » perçoit-il un revenu contractuel élevé (les intérêts de ses créances) et enregistre une plus-value (au sens financier) spectaculaire sur ses actions.
    De ce fait, la plus-value (au sens marxien) dégagée par l’entreprise se trouve-t-elle principalement captée par les « capitalistes », que l’on doit plutôt qualifier de « financiers ». Les managers (« entrepreneurs ») ne sont outrageusement rémunérés que pour imposer aux salariés cette répartition inéquitable de la plus-value.

    Logiquement, (comme la situation actuelle le démontre), l’excès d’endettement – et son corollaire la faiblesse des fonds propres- conduit les entreprises concernées à la faillite en cas de retournement conjoncturel (quelle qu’en soit la cause). Contre toute cohérence capitaliste, les financiers refusent aujourd’hui l’évidence de leur ruine (tant par la non-valeur de leurs créances que par la dépréciation de leurs actions) et exigent le renflouement par les autorités publiques… qui acceptent (au nom des périls – réels – du risque systémique, que les Chinois traduisent ainsi : « quand les riches maigrissent, les pauvres meurent »).

    Le tsunami actuel résulte bien d’un détournement de la plus-value au profit de la finance, que la vigilance réglementaire aurait pu prévenir. Un « bug », en quelque sorte, qui ne remet pas nécessairement en question la pertinence du modèle capitaliste. Mais si l’on institutionnalise le refus de la sanction des erreurs commises (comme c’est le cas aujourd’hui), alors le capitalisme n’a plus de sens.

  3. @Paul et @JJJ
    Je ne suis pas nécessairement en désaccord avec la phrase de Paul que je cite (ci-dessous) , sauf que l’on peut facilement remplacer les banquiers par des ‘super-comptables’ (est-il besoin de dire que la comptabilité me donne des boutons, mais que je me soigne) – leur côté parasitaire ne m’apparaissant pas essentiel. On peut donc fort bien imaginer une économie ‘libérale’ sans capitalistes – ou du moins sans banquiers ‘parasites’, dès lors que ces banquiers seront rémunérés à la commission, ou au forfait, comme tout ‘commerçant’, et pas au pourcentage.

    Je pense, au contraire, que les entrepreneurs sont indispensables. Il faut encore creuser, évidemment, le problème du et des services publics. Cela fera sans doute l’objet d’un autre billet, ici ou ailleurs 😉

    En ce qui concerne l’argumentation de JJJ je suis d’accord dans les grandes lignes, puisque le problème essentiel me semble être la ‘guerre’ entre entrepreneurs et actionnaires.

    Pour mémoire, la phrase de Paul:
     » Le capitalisme est un système social caractérisé par l’existence de trois classes principales : celle des « rentiers », détenteurs de capital (= « investisseurs » = « capitalistes »), celle des « entrepreneurs » (= « chefs d’entreprises ») et celle des « travailleurs » (= « salariés »), et par la domination au sein de ce système de la classe des « capitalistes », d’où son nom.

    Le rapport de force entre rentiers et entrepreneurs détermine le partage entre eux du surplus créé par le travail des travailleurs : les rentiers obtiennent les intérêts et ce qui reste du surplus revient aux entrepreneurs comme profit, à charge pour ces derniers de redistribuer à leur tour ce profit entre eux et les travailleurs dans une proportion que détermine le rapport de force existant entre ces deux classes.  »

    On ne peut pas réconcilier le capital et le travail, on peut facilement réconcilier travail et travail, le travail des entrepreneurs et le travail des ‘prolétaires’. Faut-il encore que le système monétaire fonctionne correctement, ainsi que les mécanismes d’épargne et d’investissement. a mort les ‘revenus non gagnés’ 😉

    B.L.

  4. @ A-J Holbecq,
    Une rapide lecture de votre lettre résumant votre projet à deux monnaies me convainc que nous sommes sur la même longueur d’onde. La monnaie fondante me semble être une excellente façon d’éviter l’accumulation et de l’injecter là où on le souhaite et, globalement, de servir cette économie sociale. Les choix techniques sont importants, mais sans expérience d’une économie à deux monnaies il est bien difficile de se positionner de façon solide.
    J’ajoute votre référence à mon site.

  5. @ BLemaire

    Il y a quand même un problème de qualification. Pour moi, les managers des grandes firmes ne sont pas des entrepreneurs – il n’investissent pas leur responsabilité financière. Ce sont des mercenaires.

  6. @JJJ tout à fait OK pour les patrons des grands groupes, les ‘mercenaires’. Je ne confonds pas non plus les vrais ‘managers’ et les ‘gestionnaires’.

    Les banquiers devraient gérer (comptablement) NOTRE argent, pas se substituer à Dieu pour le créer en fonction de ceux qu’ils pensent être notre bien (et surtout leurs intérêts).

    Les vrais ‘patrons’ d’entreprise devraient manager des compétences, et des différences, pas ‘gérer’ des qualifications ‘tayloriennes’ dépassées, ou se contenter de gérer la présentation de leurs bilans à leurs actionnaires.

    B.L.

  7. @ Quentin [31 mars 20:59]
    Non je voudrais que ce système de location soit la norme, et qu’en particulier le droit de restitution soit généralisé pour forcer les entreprises à penser à long terme en fabriquant des produits
    Prenez l’exemple des AIRBUS
    Les ingénieurs ne font-ils pas déjà le maximum pour aboutir à des appareils
    – reclamant si possible moins de maintenance que ceux de Boeing,
    – durent plus longtemps que ceux de Boeing,
    – soient toujours plus légers (c’est vital, fondamental, en aéronautique)
    … au bout de 30 ans tout a changé … l’électronique, les cables, les modes d’assemblage, etc.
    Vous avez surement une idée … à ce stade je ne vois pas ce que les concepteurs pourraient faire de plus
    prenez un autre exemple si celui-ci ne vous plait pas.
    Je sens qu’il y a une idée astucieuse mais je ne la capte pas vraiment (avec un bon exemple, une piste …)

  8. Bordeaux, 3 Janvier 2009
    Une monnaie anticrise ou l’oeuf de Colomb

    Je lis toujours attentivement la revue « Humane Wirtschaft(=l’économie humaine) », ses analyses me sont si familières que je ne puis plus penser autrement que du point de vue de l’économie franchiste.
    Les articles de Günther Moewes et de Helmut Creutz (naturellement!) sont, comme toujours, excellents.
    J’ai eu cependant un mouvement d’arrêt quand j’ai lu chez Moewes: « L’instant actuel serait, pour un changement abrupt de cap, on ne peut plus inapproprié. »
    Précisément, il me semble que non!
    L’instant n’a jamais été aussi approprié!
    En effet, la thésaurisation de monnaie liquide a pris des formes extrêmes, et rien ne la ralentira sans l’introduction d’une monnaie nouvelle grevée de frais de circulation – une monnaie anticrise.
    La situation est telle qu’il vaudra mieux renoncer à un mouvement abrupt de réduction de la thésaurisation, et il s’avérera que cela n’est absolument pas nécessaire! Le problème se règlera de lui-même comme je le montrerai ici.
    Les coupures de 500,200 et 100 Euros devraient nous laisser indifférents parce qu’elles ne circulent guère !
    Seules les coupures de 50,20,10 et 5 Euros sont importantes !
    Il suffirait que la banque centrale européenne décide de n’émettre plus que ces coupures-là !
    Mais la BCE ne devrait, du fait de la crise de refinancement, n’émettre plus que des « billets anticrise », dès maintenant ! Cest-à-dire des billets qui, selon le modèle gesellien, seront pourvus de frais de circulation ! Car il ne saurait être dans l’esprit des gardiens de la monnaie que la monnaie nouvellement émise soit aussitôt thésaurisée et mise de côté.
    La BCE a pour cela des raisons suffisantes. J’ai lu plusieurs fois dans la presse économique que les banques déposent en ce moment leurs excédents du marché au jour le jour préférentiellement sur leurs comptes à la BCE au lieu de les placer sur le marché interbancaire pour les reprendre les jours suivants, selon leurs besoins. La BCE regrette ceci, car ceci aggrave la crise de confiance entre banques, complique et ralentit les crédits consentis au secteur économique. La BCE veut à juste titre baisser le taux de rémunération pour de telles opérations, et elle le fera aussi sans doute.
    La crainte que, dans la situation présente, les banques continueront à déposer trop d’argent à la BCE, même à taux zéro, reste cependant fondée, justement par la crise de confiance.
    Il me semble ainsi que dans cette situation, reconnue par tous comme inhabituelle, la BCE pourrait être en droit, et cela sans aucun changement de loi, de grever ses billets nouveaux d’une taxe à la circulation, par exemple 5,2% annuels, et elle veut explicitement tout mettre en oeuvre pour empêcher que ces émissions nouvelles ne soient pas « pendant la nuit » immobilisées mais qu’elles alimentent effectivement le marché interbancaire de l’argent ! Cette taxe peut être marquée électroniquement et aussi être imprimée mensuellement, quoi qu’il en soit, si l’idée est juste, il y aura aussi un chemin.
    Puisque la BCE est largement indépendante et « autonome », il est évident qu’elle pourra justifier cette mesure par la crise inhabituelle – si elle le veut!
    La résistance semble être surtout intellectuelle, tout comme jadis le problème de l’or. Nous savons que la seule « couverture » de la monnaie est son seul pouvoir d’achat et sa validité légale.
    Une telle réorganisation de l’émission du numéraire ne provoquerait, seule, aucune inflation dans le contexte actuel ! C’est pourquoi le moment est aussi favorable que possible !
    Il est évident que les billets traditionnels seront repris par la BCE sans aucune retenue ni perte pour les banques et sans pertes pour les clients auprès des banques de détail !
    Les billets nouveaux ne seront repris par la BCE que moyennant une détaxe en fonction du temps – 5,2% annuels, 0,1% hebdomadaires ou 0,014% au jour le jour ! Justement parce qu’il s’agit d’une monnaie anti-crise qui est censée circuler rester en usage quand il y a la crise de confiance comme maintenant !

    Retentissements d’une telle mesure vraiment simple:

    La monnaie anticrise serait toujours mise en mouvement préférentiellement et assurera la tâche stimulante de la conjoncture immédiatement !
    Lors d’une crise financière nouvelle survenant à coup sûr dans les mois à venir d’une façon répétée, la BCE devra répondre avec sa monnaie anti-crise parce qu’elle ne pourra faire autrement !

    Il est alors plus que vraisemblable que les prix des actions et des terrains ne cèderont et remonteront plutôt vite, événement actuellement plutôt souhaitable. Les liquidités ainsi dégelées retourneraient aux banques, car la baisse actuelle provient justement de la rétention liquide (thésaurisation!) des investisseurs.
    Les banques pourront régler leurs dettes auprès de la BCE, quand c’est nécessaire.

    La BCE devra geler et détruire dès lors des quantités importantes de monnaie liquide, car sa tâche est et reste le contrôle de l’inflation et le maintien du niveau des prix. En même temps, cela sera essentiellement la monnaie traditionnelle qui refluera, car elle sera reprise sans perte.

    Effets sur les comptes courants : Puisque le refinancement ne sera effectué qu’avec la monnaie anti-crise, les banques devront d’elles-mêmes appliquer la taxe circulante aux comptes courants, car le rôle de la monnaie liquide est, en fait, d’être prête dès que les usagers la demandent, et les banques doivent pouvoir fonctionner normalement.

    L’objection qui prétend que la monnaie liquide n’aurait qu’un impact faible est foncièrement fausse, car tous les comptes courants ne valent que si la promesse de liquide est tenable d’une façon crédible.

    Des excédents sur les comptes d’épargne, qui ne sont pas concernés par la taxe circulante, ne manqueraient pas d’apparaître rapidement ; ils entraîneront le fait que les banques doivent accorder davantage de crédits à l’économie parce que les dépôts bancaires causent aux banques des taxes circulantes que les banques n’éviteront qu’en les redistribuant aux emprunteurs le moins cher possible. Une Baisse des taux de l’épargne et du crédit serait la conséquence, ce qui ne peut que stimuler la conjoncture.

    Ce mouvement de baisse des taux serait cependant freiné par le règlement des paiements d’intérêts contractuels du passé qui devront être faits pour rester crédible.

    Seuls les crédits nouveaux seront moins chers; ils se substitueront peu à peu aux anciens et les éteindront finalement.

    Fondamentalement, il doit être clair que les nostalgiques de la thésaurisation garderont le droit de le faire, mais ils s’apercevront bientôt qu’il ne leur revient de cela plus d’avantage particulier dès que la BCE ne fournit d’une façon constante que de la monnaie anticrise (la monnaie franche). Libre à eux d’échanger leurs beaux billets contre des nouveaux sans perte, et rien de plus. S’ils trouvent alors quelqu’un qui leur offre davantage d’intérêts ils auront de la chance !

    La monnaie thésaurisé et du pouvoir d’achat thésaurisé, et cela reste ainsi, il faut re-émettre de la monnaie nouvelle, comme c’est déjà le cas, seulement : sans l’introduction de la monnaie anticrise, cela ne pourra plus continuer, sauf à accepter une « crise » qui ne durerait pas un ou deux ans, mais dix ou vingt et plus, exemple : Le Japon !

    Nous voyons donc, la réforme gesellienne est réalisable en une nuit, sans menacer ou déstabiliser le système, au contraire, elle stabiliserait l’ensemble.

    La rente du capital baisserait cependant, les salaires augmenteraient instantanément et le chômage reculerait rapidement.
    De même l’objection d’une fuite des capitaux est totalement intenable, justement parce que l’Euro vaut d’abord en Euroland !

    La principale fuite des capitaux est de toute façon toujours la thésaurisation, car il est absolument indifférent d’avoir des trésors dans le pays sous le matelas ou dans un coffre suisse.

    Le capitaux gigantesques circulant autour du globe ne sont que la conséquence du fait que la monnaie est thésaurisable et qui transfère sa propriété d’être capital sur les « produits financiers » divers.
    Il serait, au contraire, vraisemblable que les autres banques centrales suivraient rapidement l’exemple, car l’avantage économique de la zone Euro serait énorme rapidement !

    Johannes Finckh, Bordeaux

  9. Avez-vous pensé aux millions de personnes qui n’ont presque rien ?
    à celles et ceux qui comptent chaque jour à chat-peu (châ-peu ?) avec leur retraite toujours rognée ?
    aux précaires ? rmistes ? … millions de travailleurs pauvres ?
    aux seniors qui n’ont pas assez de trimestrialités pour se constituer une retraite ?
    aux nouveaux chomeurs chaque semaine ? … à ceux qui sont en fin droit et ont une famille ?

  10. @Johannes Finckh: J’approuve totalement. En fait, la solution est presque trop évidente. Le blocage est ailleurs (je retire ce que je dis si la BCE adopte un euro fondant anticrise dans les deux ans). La finance a trop à perdre à voir sa fortune fondre, comme neige au soleil. J’ai comme une crainte que les 3000 milliards de $ crées par la Fed + 2000 milliards détenus par les chinois s’abattent un de ces jours sur le pas si vaste monde. Et là, inflation, certes, je rejoins Werrebrouck sur ce point, y ajoutant la pure et simple possession de la Terre par la finance. Et arrivés à ce stade, c’est le droit de propriété qu’il faudra remettre en cause.
    Pour ceux ou celles qui me trouveraient pessimistes. Non, du tout, mais il faut chercher plus loin, je pense. Peut-être du côté du darwinisme social, officiellement disparu et pratiquement omniprésent.

  11. aux milliers de PME qui seront avalées en un clin d’oeil par les patriofurtifs
    Il est urgent de :
    – (1) soutenir les Eva Joly et Denis Robert
    – (2) débrancher les sociétés écrans et les « non résidents » de l’Economie réelle du territoire
    – (3) interdire les prêts et les acquisitions « from offshore into onshore »
    en traçant, au jour le jour, les « banquiers heureux » (M.Pigasse, Carlyle, BNP, SG, etc. ) jouant les go-between
    – (4) émettre un signal dès que la part étrangère (ou non résident) du total dette d’une firme enregistrée en France dépasse 44%
    – (5) émettre un signal dès que la part étrangère (ou non résident) du total dette d’une firme enregistrée en France dépasse 44%
    – (6) interdire à M. Trichet de remonter le taux de la BCE

  12. @Michel MARTIN
    La « monnaie » UMS proposée dans le système d’Entreprises à Mandat Societal http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=EMS n’est pas une monnaie de crédit. De ce fait, il n’y a nul besoin de compliquer le système en y introduisant une « fonte » (système auquel je suis de toute façon opposé car je le trouve inutile: la monnaie moderne étant produite par le crédit bancaire, s’il y a épargne et donc « manque » de monnaie, il suffit de créer ce « manque », que ce soit par une émission monétaire au niveau des banques centrales en monnaie permanente qu’au niveau des banques commerciales en monnaie temporaire en assouplissant les conditions de crédit pour des besoins non spéculatifs. Nous voyons bien qu’actuellement le problème n’est pas dans une quantité insuffisante de monnaie circulante mais dans sa mauvaise répartition)

  13. Je comprends l’intérêt politique de proposer deux monnaies. Mais s’il existe une monnaie conventionnelle, ‘éternelle’, non fondante, et que cette monnaie sert à payer l’impôt (et est donc obligatoire), alors comment empêcher l’accumulation de cette monnaie entre peu de mains, et avec tous les problèmes actuels?
    Soit la monnaie fondante peu servir à payer l’impôt, et alors la monnaie conventionnelle disparaîtra bien vite faute d’emprunteurs (je préfère emprunter sans intérêt), soit elle ne sert pas à payer l’impôt, et son usage est alors nécessairement (trop) limité.
    Quelque chose m’échappe?

  14. « L’institution de la propriété privée…. »

    Premier abus de langage.

    PERSONNE n’a INSTITUE la propriété privée: c’est une composante de la vie.

    J’ai, tu as, il a, besoin d’une ration d’oxygène, d’eau, et de calories alimentaires, l’ensemble aussi peu empoisonné que possible. C’est par nature une propriété privée.

    Tout le problème est de faire la distinction entre la richesse et la propriété, confusion sciemment entretenue par ceux qui s’approprient l’une et l’autre au prétexte de défendre la légitime part de propriété privée, la confusion agissant comme comme justification « imparable »du système.

    Proudhon lui même, qui n’avait pas une conscience claire de la distinction, malgré son fameux « la propriété, c’est le vol », n’est jamais allé jusqu’à prôner l’expropriation générale car il savait bien que c’était la porte ouverte à la tyrannie.

  15. @Allegra,
    Pourquoi deux monnaies?
    Pour différencier et découpler l’activité sociale non rentables mais riches en lien social, on pourrait dire en capital social, des activités où les gains de productivité ont un sens et qui sont par nature dans une situation concurentielle. Il s’agit, par exemple, d’éviter que la façon dont on s’occupe de grand-mère soit assujèti aux aléas du CAC 40, ou au moins d’en limiter les effets.
    La question du contrôle du capital, en ce qui concerne la monnaie capitalisable, c’est une autre question en débat ici et ailleurs en ce moment.

  16. Je réalise qu’un présupposé implicite dans la plupart, sinon toutes ces discussions, est que, quand même, le système actuel a permis une grande augmentation de la productivité, et donc des richesses sous forme de biens de consommation. Cela ne me parait pas évident. A mes yeux, les deux principaux facteurs de développement ont été:
    1/ La découverte d’une source abondante d’énergie, avec le pétrole (et le gaz et le charbon).
    2/ Et surtout le progrès technique (le point 1/ ayant également été rendu possible grâce à la thermodynamique).

    Je ne serais pas surprise, après changement de paradigme économique (toujours optimiste :-), que nous découvrions avec stupeur combien chacun peut être riche de biens et de technologies, et combien le système actuel est source de gaspillage. Une monnaie fondante n’exclut pas libre entreprise et productivité.
    En revanche, elle exclut toute activité purement financière lucrative. Je suis toujours étonnée de voir que les actions Monsanto (ce n’est qu’un exemple) se portent bien, que les banques prêtent sans regrets pour les OGMs. Si le financement de Monsanto était démocratique, à mon avis, ils n’auraient pas un radis… Si la monnaie franche n’est pas en soi plus démocratique que la monnaie actuelle, elle évite au moins l’accumulation; et si l’argent est mieux réparti, chacun a un plus grand pouvoir de décision sur l’utilisation de l’argent.
    Les aléas du CAC40 sont une conséquence de l’utilisation d’une monnaie éternelle (qui ne fond pas). Pourquoi vouloir contrôler le capital par des lois et des règlements, quand on peut en éliminer la nuisance avec une monnaie fondante?

  17. @Allegra,
    C’est possible qu’une monnaie fondante appliquée au domaine productif permette une meilleure répartition de l’argent. Il y a toutefois beaucoup de questions techniques à régler concernant la création et la circulation de ce genre de monnaie. Quelles que pourraient être les vertus d’une monnaie fondante, il faudrait que tous les pays, ou au moins une majorité, se mettent d’accord pour mettre en place une telle économie. On ne peut échapper au contexte, aux relations, aux échanges avec les autres pays. Le domaine social bénéficie de marges de manoeuvre plus importantes, chaque pays a un peu plus de souveraineté en ce domaine que pour les échanges de biens et de services standardisables. Comme en plus les activités sociales sont peu délocalisables, qu’il s’agit essentiellement de main d’oeuvre, on peut plus facilement défendre l’idée d’une monnaie fondante appliquée à ce secteur (monnaie affectée en quelque sorte) quà toute l’économie.

  18. @Auguste

    Le cas des Airbus est particulier. Mais il est de notoriété publique que les constructeurs de lave-linge ne cherchent pas à construire des produits solides pour pouvoir en vendre plus. Toutes les industries à destination du grand public ont plus ou moins intérêt à faire du jetable, et en parallèle à avoir un un bon service marketing pour nous donner envie de renouveler nos produits plus fréquemment que besoin. Le résultat, c’est un énorme gachi.

    C’est ainsi parce que nous payons pour acquérir, non pas pour posséder. Une fois l’objet vendu l’industrie ne s’en soucie plus. Aujourd’hui l’optimisation des processus par le marché n’est appliquée qu’à la production de bien. Si les entreprises avaient le devoir de gérer les biens sur l’ensemble de leur durée de vies (à cause du droit de restitution), elles réfléchiraient autrement et mettraient en place des systèmes de récupération/réparation.

    Imaginons que je puisse rendre mon lave linge quand je le souhaite à mon magasin. Le magasin se retrouve avec plein de lave-linge d’occasion dans les bras. Les gens qui déménagent les rendent simplement et vont un prendre un autre dans leur nouvelle ville, par exemple…

    Conséquences :
    – le magasin va chercher à réparer les laves-linge pour les refourguer à d’autres utilisateurs, éventuellement moins cher, afin de les rentabiliser
    – il va mettre en place un système de récupération des pièces des laves-linge en fin de vie pour faire des économies sur les réparations
    – il va demander au constructeur des lave-linge plus solide, pour avoir moins de récupérations/réparations à gérer.

    L’idée de base derrière tout ça, c’est que ce n’est pas réellement la propriété privée le besoin de l’homme : le besoin réel, c’est de pouvoir accéder aux biens pour en jouir au moment ou nous le voulons. Alors pourquoi ne pas se diriger vers une économie ou seul le service existe (l’accès exclusif à un bien étant un service) et non pas la propriété en tant que tel ?

    Autre exemple : pourquoi avons nous tous un mixer à légume chez nous si nous nous en servons en moyenne une fois par an ? J’imagine que si le droit de restitution était généralisé, il deviendrait rentable pour les industries de mettre en place des magasins de proximité pour aller louer un mixer fonctionnel le temps d’une journée… De même pour les tondeuses à gazon.

  19. Je soutiens totalement @Allegra, ue personne visiblement assez fine!
    La monnaie fondante simplifiera la vie de l’immense majorité des citoyens et poussera vers des biens durables!
    Elle est tellement efficace qu’elle marcherait même parfaitement au cas où elle serait introduite dans un seul pays!
    En effet, l’avantage de pouvoir produire et consommer sans être pris à la gorge par le charges financières versées à chaque transaction sur les comptes des fortunés ferait que le pays à monnaie fondante se retrouverait rapidement comme puissamment productive et exportatrice de biens et services!
    De plus, les biens importés en échange de la monnaie fondante « obligerait » les exportateurs étrangers de ramener la monnaie fondante d

  20. De plus, les biens importés en échange de monnaie fondante « obligerait » les exportateurs de ramener cette monnaie, en achetant par exemple, dans l’espace où elle vaut, ou alors, autre éventualité, de l’accepter dans les pays voisins (et partout) comme moyen de paiement.
    Autrement dit, il est tout à fait plausible que la onnaie fondante deviendrait de fait LA MONNAIE INTERNATIONALE!
    Les « problèmes techniques » de la « fonte » que craint Holbecq ne tiennent pas, à mon sens, car il suffit d’appliquer la « fonte » automatique sur les comptes courants somme elle le sera faite en imprimant des dates de change sur les billets, après quoi il faut les ramener à la banque avec la fonte inscrite dans les comptes ou par application d’un tampon (payant) sur le billet par exemple. Mais je suis confiant que la bonne technique sera aisée à mettre en oeuvre:
    On pourrait même faire tamponner les billets dans les commerces ou les bureaux de tabac, etc. etc.

  21. @Allegra

    Tout à fait d’accord avec vous sur le pétrole.

    Et une façon, pas la plus stupide, de voir la crise, est qu’elle n’est que la remise en question de toutes les activités (ou métiers) qui, sous différents masques, reviennent tous à susciter une augmentation de la consommation de pétrole.

    C’est la cause profonde de la vraie crise à mon sens, et il n’y a à mon sens aucun échappatoire autre qu’une politique mondiale cataclysmique (à envisager sérieusement!).

    En font partie deux types d’activités qui sont au mains de la caste qui décide aussi dans les « démocraties » grâce au « consensus bipartisan » relevé par H.ZINN (l’alternance démocrates/républicains aux US et ses équivalents en Europe) et toute évolution dans ces domaines supposera des renversements de rapports de force.

    – la première, qui commence à être mise en question, c’est toute l’activité financière générée par l’intérêt, sans lequel, monnaie fondante ou pas, « le temps ne serait pas de l’argent ».

    – la seconde, c’est l’activité hypertrophiée de création des dispositions légales qui prétendent régenter lensemble des comportements individuels au niveau quasi-planétaire, destinées à créer chez le citoyen du monde, un conformisme parfaitemement accordé à l’atome économique « a »moral auquel la doctrine économique veut le réduire.
    Et il me semble que ce n’est pas le côté le moins inquiétant du système.

  22. Avec les banques qui ne peuvent monétiser et la monnaie fondante, il n’y en aura rapidement plus, n’est ce pas ? Nous pourrons enfin revenir au troc :))

  23. Encore une fois pour notre ami holbecq:
    Les banques ne « vivent » pas du fait de faire de l’argent avec rien, mais du travail de mettre en relation les créanciers et les débiteurs.
    Et ce travail fort utile, sans quoi, cela ne se ferait guère! est normaleent profitable comme toute entreprise utile!
    La faillite actuelle vient du fait que les créanciers ne veulent plus prêter aux banques qui ne PEUVENT donc plus prêter aux entreprises!
    C’est vrai que les banque ont pris des risqes insensés en prêtant à des insolvables (crise des subprimes!) et en brouillant les pistes via des titres ensuite!
    Mais: si les banques avaient appliqué les règles prudetielles normales, la crise systémique serait intevenue déjà 20 ans plus TOT!
    D’autre part, les « prêteurs » à qui on a ainsi forcé la main pendant toutes ces années folles (on a joué après le match pendant 20 ans!) avaient pour certains tellement d’argent à placer qu’ils ne se sont pas aperçu pendant tut ce temps que cela allait s’effondrer!
    D’autres sont des spéculateurs dans l’âme, et ils ont « surfé » sur cette vague, certains se sont retirés avec profit, les autres boivent le bouillon.
    Les injections de monnaie centrale acuelles sont faites pour boucher (mal) les trous du refinancement!
    Le risque: l’hyperinflation dès que les crises sociales ne laissent plus entrevoir d’autres issues (faillites publiques!)
    jf

  24. @johannes finckh
    C’est beau, la foi… mais regardez plutôt les bilans des Banques Centrales pour voir si la monnaie « injectée » corresponds bien à la monnaie en circulation.

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