RFI, « 7 milliards de voisins », LUNDI 28 FEVRIER 2011,12h00 – 13h00

Je fus tout à l’heure à l’émission d’Emmanuelle Bastide, en compagnie d’Annick Bidan. On a parlé du surendettement des ménages.

Les deux podcasts de l’émission sont ici :

1ère partie

2ème partie

Je n’ai pas dit exactement ce qu’on s’attendait à ce que je dise : j’ai comme à mon habitude parlé du cadre général du surendettement, d’où quelques passes d’armes !

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L’actualité de la crise : DERNIERES BETISES A NE PAS DIRE, par François Leclerc

Billet invité

Jean-Claude Trichet s’est dernièrement fait remarquer en déclarant qu’augmenter les salaires en Europe « était la dernière bêtise à ne pas faire ». Il se joint ainsi à ceux qui depuis quelque temps osent dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas, pensant le moment venu pour relever la tête et reprendre la main pour réaffirmer leur vision du monde et de leurs intérêts.

Ainsi, Laurence Parisot, la présidente du Medef, n’a pas hésité à qualifier de « vue de l’esprit » l’idée du partage des profits en trois tiers entre les actionnaires, les salariés et l’entreprise elle-même (pour investir). Une idée sans suite de Nicolas Sarkozy, parmi d’autres.

« Il y a des moments où il faut distribuer un tiers, d’autres deux tiers, des moments, il ne faut pas distribuer du tout, chaque année ce sont des circonstances ou des enjeux différents », vient-elle d’expliquer, forte de son expérience de chef d’entreprise. Sans préciser qui pourrait bénéficier des deux tiers des bénéfices dans l’exemple donné !

Rendons-lui cependant cette justice qu’elle n’est pas d’accord avec Jean-Claude Trichet, car « il y a eu ces dernières années un ralentissement de la politique salariale », reconnaît-elle. Sa conclusion est donc imparable : « Ce qui pénalise le salaire net, ce sont les cotisations sociales ».

Jean-Pascal Tricoire, président du directoire du groupe Schneider Electric, vient de tenter sa chance dans ce nouveau concours. « Notre taxation du travail est une offense au bon sens. Il va falloir la réformer pour rester compétitif ». Il poursuit non sans logique, mais sur un air très connu : « Nous avons un énorme défi d’adaptabilité et de flexibilité à relever ». Qui peut dire le contraire ? Pour en tirer la conclusion qui s’impose : « Nous vivons dans un univers de relations de travail extrêmement rigide, totalement inadapté au temps économique », évoquant un nouveau concept de la science économique, « le risque recrutement ».

Les paroles de patrons valent de l’or. Le « temps économique » est désormais l’étalon mesurant notre existence. Mais quelle est donc sa définition ?

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AU PRINTEMPS

Désolé s’il n’est pas encore arrivé chez vous, mais en Bretagne, il est bien installé depuis deux ou trois semaines. Avec un certain télescopage d’ailleurs, vu la rapidité du changement de température : les jonquilles et les crocus ont fleuri en même temps. La première jacinthe s’est ouverte hier et la première fille en organdi, là-bas dans la prairie, ne saurait tarder.


Hugues Aufray – Des que le printemps revient

Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d’amoureux
Aux bergères peu sages
Vois tout Paris
Joue la fête au village
Pour bénir au soleil
Ces nouveaux mariages

Jacques Brel, Au printemps

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SOMMES-NOUS CAPABLES DE FAIRE CE QUE QUE NOUS DISONS ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

L’économie et la monnaie découlent de la responsabilité politique. Les dérèglements financiers actuels ne sont pas l’effet d’une cyclicité économique naturelle mais la conséquence d’une désagrégation des structures politiques dans la mondialisation. La compétition économique entre les États-nations détruit la notion d’égalité devant la Loi. Les prix réels et financiers sont produits en asymétrie d’information et de droit entre les acteurs économiques. Les acteurs en position internationale arbitrent les systèmes juridiques. Ils reportent le risque financier sur les acteurs dépendant d’une protection publique nationale légale. Les pertes financières qu’occasionnent des bénéfices expatriables pèsent par la fiscalité et par les coûts collectifs d’assurance sur les économies domestiques. Le système financier mondial s’autodétruit dans ses bases politiques et économiques réelles.

Les projets européens de convergence fiscale, de constitutionnalisation d’équilibre des finances publiques et d’assurance financière commune des équilibres économiques sont nécessaires à la resolvabilisation des États européens. Mais ils ne créent pas d’ordre politique mondial ni ne soldent les pertes impayées du passé. Or l’Union Européenne constitue en elle-même un modèle d’organisation politique et financière multinationale générateur d’équilibre économique. Pour être efficiente, l’Union doit s’affranchir du désordre monétaire qui résulte de l’incapacité des États-Unis à réguler la liquidité mondiale par le dollar. L’Union doit pouvoir régler avec certitude tous ses engagements financiers dans d’autres monnaies que les siennes tout en s’appliquant à elle-même la régulation qu’elle juge utile au maintien de ses équilibres internes. La solution est de construire un marché des changes européen régi par le droit européen actuel où les Européens s’engagent à coter toutes leurs monnaies ainsi que leurs dettes publiques.

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LE VIEILLISSEMENT ET LA MORT, par Marc Peltier

Billet invité.

Paul Jorion a évoqué dans sa plus récente vidéo du vendredi l’hypothèse d’une époque où la mort cesserait d’être subie.

Cette perspective chatoyante m’a donnée envie de propager ici des idées paradoxales concernant le vieillissement et la mort, qui me semblent peu répandues dans la culture générale, alors qu’elles résultent de l’état actuel des théories du vivant, et sont bien connues des biologistes. Favoriser des remises en cause de paradigmes très répandus me semble être dans l’esprit de ce blog. De plus, en soulevant ce genre de sujet, je suis assuré d’avoir des lecteurs qui s’estimeront assurément concernés : nous sommes tous mortels !

Le vieillissement est le plus souvent perçu comme une usure progressive, dont l’issue ne peut être que la mort : quand la machine est trop usée pour être réparée, elle ne peut que cesser de fonctionner. Tout comme un bâtiment qui vieillit ne peut que se délabrer en ruine, le vieillissement est perçu comme normal, aussi inéluctable que le second principe de la thermodynamique : il semble être une expression des propriétés du temps.

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LES REVOLTES DU MONDE ARABE, par Guillaume Lapeyre

Billet invité

L’objectif est de proposer une analyse qui évite de spéculer sur ce que souhaiteront et réaliseront les peuples arabes.

L’essentiel de cet article traite des lectures dominantes que nous avons de ces événements et cherche à faire remarquer que les commentaires qui sont les nôtres en disent finalement plus long sur nous-mêmes que sur les pays concernés.

Il est inutile de spéculer sur l’avenir mais il est possible de prendre en compte le fait que le sens de l’Histoire, son inertie pousse dans certaines directions qu’il est intéressant de relever.

C’est ce que cette analyse essaie de montrer dans un deuxième temps. Cette crise risque de rencontrer dans son déroulement à venir certains des déterminismes qui sont ceux d’une réalité globale et historique à laquelle le monde arabe ne pourra pas échapper. En effet, de profondes influences auront tendance à pousser sur le devant de la scène des logiques qui peuvent être autant de limites aux luttes entamées.

Le premier point intéressant à considérer est le regard que porte l’Occident sur la situation. Nous lisons les événements à travers deux grilles de lecture majeures ; deux lectures qui sont liées à notre propre situation, qui est celle d’une civilisation traversant une situation de crise. Cette crise est pour certains passagère et inévitable dans la globalisation, pour d’autres elle nécessite de profondes réorientations.

Ainsi quand les seconds verront dans ces événements au Maghreb et au Proche-Orient la naissance d’une contestation dont l’Occident devrait s’inspirer, les premiers y verront la preuve que les valeurs absolues qui régissent nos sociétés restent plus que jamais d’actualité. Dans les deux cas, ces approches s’inscrivent dans une tentative pour l’Occident de se rassurer sur sa destinée. Se rassurer en espérant y trouver une source d’inspiration pour réformer notre civilisation ou au contraire en y voyant l’affirmation et la preuve de la pérennité de notre modernité et de l’adhésion qu’elle entraine.

Ces deux lectures ne s’opposent pas que du point de vue des conclusions, elles s’opposent plus globalement par les idéologies qui les sous-tendent.

Dans un cas, il s’agit de la pensée révolutionnaire internationaliste néo-marxiste qui part du principe que la révolution contre le capitalisme ne se fera pas en Occident – où il n’existe plus de prolétaires révolutionnaires, seulement des « exclus » de la prospérité – et que le prolétariat potentiellement révolutionnaire se trouve ailleurs. Il se situe dans les ateliers sud-asiatiques, en Afrique, dans les « pays en développement » subissant le capitalisme impérialiste dans toute sa barbarie. D’où l’espoir que ces pays s’unissent dans une contestation globale qui mettrait un terme au capitalisme, et qu’ils exportent leur contestation vers les pays dits développés.

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L’actualité de la crise : LE NOUVEAU MUR DE BERLIN, par François Leclerc

Billet invité.

Pas toujours facile de succéder à Paul, surtout un vendredi, lorsqu’il évoque pour faire rêver rien de moins qu’un monde sans argent et où la disparition ne serait pas une fatalité !

Surtout pour atterrir ensuite, quoique virtuellement, à Berlin et non pas au Caire, à Aden et à Sanaa, à Manama ou à Tunis et à Benghazi (en attendant d’autres pistes d’aéroports). En se rappelant, et j’en oublie, d’anciennes libérations vécues sur place et dans la fièvre, à Saigon (Hô Chi Minh ville), Santiago, Amman et Beyrouth, à Barcelone, Athènes ou Lisbonne et Lourenço Marques (Maputo), puis à Berlin (mais dans un autre contexte). En scrutant les nouvelles de Tripoli, où la famille régnante a la folie de proclamer vouloir mourir dans sa ville en la mettant à feu et à sang.

Comme on dit, cela remet les choses en perspective, et la litanie médiocre dont nous rendons compte devient moins insupportable, puisque dans certaines circonstances – généralement, elles sont imprévues – des bouchons qui semblaient à jamais scellés sautent ! Champagne !

Sans attendre le dessert, ils s’y sont mis à 189 pour mettre les pieds dans le plat ! C’est le nombre d’économistes allemands signataires d’un court manifeste publié par le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le quotidien étendard des conservateurs allemands, qui balaye d’un revers tous les bricolages de stabilisation financière actuels, à propos desquels les discussions n’en finissent pas ; rendant de plus en plus incertain un accord européen d’ici au sommet européen de la fin mars.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 25 FEVRIER 2011

Un monde sans argent
Un monde sans mort nécessaire
Les hyperdiffusionnistes anglais : Grafton Elliott-Smith, William Perry, A. Maurice Hocart, W.H.R. Rivers
Par quoi remplacer le monde qui s’effondre ?
Marx, l’objection de croissance
Les blogs, les « clubs »
* L’argent mode d’emploi,
* Le capitalisme à l’agonie,
* La guerre civile numérique,
* Comment on devient l’« anthropologue de la crise »,
* Le prix

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APPEL DE FÉVRIER

L’appel de janvier a rapporté : 2 322 € (somme brute).

Somme (brute) reçue à ce jour (28) pour février : 1 972 €.

Merci à vous tous, vos dons me permettent de me consacrer au blog et aux activités annexes au blog (dont vous trouverez un bon échantillonnage ci-dessous) sans me faire de soucis.

Après un mois de décembre relativement calme, janvier a renoué avec une activité extra-blogueuse bien remplie – qui m’a conduit d’ailleurs à interrompre les chroniques que je faisais le lundi matin sur BFM Radio ; j’y suis remplacé par Jacques Sapir – les auditeurs n’y perdront pas.

Pour commencer : les textes publiés. Un article récapitulatif intitulé : « L’année 2010 : la dernière cartouche » a paru dans la revue L’ENA hors les murs, No 407. Ma chronique mensuelle dans Le Monde-Économie, le 10 janvier, s’intitulait : « Wikileaks dévoile aussi comment fut gérée la crise bancaire ». L’Expansion a publié le 25 janvier un entretien intitulé : « Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ? ».

Mes chroniques sur BFM Radio furent, le 3 janvier : « Depuis l’été dernier, la crise des marchés financiers a changé de nature » ;  le 10 janvier :  « La rivalité États-Unis / Chine » et,  le 17 janvier : « Tunisie et bons pères de famille ». J’ai été l’invité de Pierre-Louis Basse sur Europe 1, « Bienvenue chez Basse », le 24 janvier.

Le 20 janvier, j’ai parlé de « L’avenir de la zone euro » au Rotary Club de Vannes. Le 22, j’ai participé à un débat organisé par Le Nouvel Observateur, intitulé : « Les financiers : ils n’ont rien compris, ils n’ont rien appris », aux côtés de Jacques Mistral et Laurent Joffrin. Le 29, je suis intervenu à Grenoble, dans le cadre des Etats-Généraux du renouveau, aux côtés de Karima Delli, Jacques Mistral et Lionel Zinsou, dans un débat intitulé : « Crise financière ou crise sociale ».

Je vous tiendrai au courant de mes activités au cours du mois de février. Dans les jours qui viennent, je donnerai à 9h00 la conférence inaugurale au colloque « Heurs et malheurs du capitalisme », qui se tient vendredi prochain le 4 février à l’IUFM d’Auvergne à Chamalières. Lundi prochain, 7 février à 9h30 au Sénat à Paris, je parlerai de « L’histoire de l’idée de progrès », aux côtés, entre autres, d’Antoine Compagnon et Raffaele Simone.

En janvier, Le Blog de Paul Jorion était No 1 des blogs d’économie sur Wikio.

Merci à Julien et à François pour leur aide infatigable dans la modération et leur suivi quand je suis sur la route. Merci également aux auteurs de « billets invités » et aux commentateurs en général : le sentiment se confirme dans l’opinion que le blog constitue une source permanente d’idées neuves pour le monde de demain.

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REPONSES A CERTAINS DE MES CRITIQUES, par Karima Delli

Billet invité.

@ Carl :

Cher Carl, de retour du Forum Social de Dakar et suite à vos différents commentaires, je souhaitais vous répondre personnellement. Je ne vous connais pas mais je considère comme un devoir de répondre à vos messages.

Tout d’abord, je ne trouve pas très juste que vous me présentiez comme la « Fadela Amara d’Europe écologie ». Je suis désolée que vous ayez cette image de moi, et que vous me compariez à cette personne qui a trahi ses idéaux en rejoignant un gouvernement de droite néolibérale alors qu’elle défendait des valeurs de gauche, uniquement parce que vous considérez que toutes les femmes politiques d’origine maghrébine sont à mettre dans le même panier. Certes nous avons toutes les deux un passé militant associatif. Mais pour ma part je n’ai jamais abandonné le mouvement social, et je continue à militer jour après jour pour porter les valeurs de justice sociale et environnementale. Je vous invite à visiter mon site pour constater le travail que je fais au Parlement et sur le terrain sur ces différents sujets (revenu minimum, travail décent, mal logement, précarité, défense des stagiaires, etc.).

J’ai été désignée comme candidate en 4e position sur la liste d’Europe écologie en Île-de-France car les militants de mon parti ont cru en moi et m’ont fait confiance pour porter leurs combats dans la campagne des élections européennes. Mon but dans cette campagne était de faire élire Eva Joly (en 2e position sur la liste) et éventuellement mon ami Pascal Canfin (en 3e position), mais certainement pas d’être élue moi même.

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L’actualité de la crise : CE SERAIT FOLIE…, par François Leclerc

Billet invité

L’onde de choc qu’a suscitée l’immolation par le feu d’un jeune Tunisien désespéré n’a pas fini de se propager. Avant-hier, des Américains faisaient explicitement référence à la contestation qui parcourt le monde arabe dans les rues de Madison (Wisconsin), les dissidents chinois se sont depuis emparés du symbole de la révolution du jasmin, aujourd’hui les Grecs en grève générale manifestent dans Athènes, à Salonique et au Pirée sous une banderole proclamant « Nous n’en pouvons plus ! ». La prochaine fois, ce sera « Dégage ! ».

Rien a priori ne relie ces événements éparpillés, mais tout pourtant les rassemble. Tous ont comme même origine de refuser de continuer à silencieusement accepter l’inacceptable, les atteintes instituées à la liberté ou renforcées aux moyens d’existence. D’opposer une détermination accrue aux pressions et moyens répressifs utilisés pour faire taire et rentrer dans le rang, dompter et soumettre.

Il est particulièrement impressionnant de voir comment sont déjouées les habituelles diversions destinées à diviser pour régner. Entre musulmans et laïcs en Tunisie, avec les coptes en Egypte, ou bien entre sunnites et chiites ou nordistes et sudistes au Yémen. En dépit des difficultés qu’ils rencontrent, les Algériens vont finalement le plus loin, en demandant non pas le départ d’un dictateur mais la fin d’un système, car c’est de cela qu’il s’agit. Quant au danger islamique dont la menace imminente résonnait en Europe et justifiait les pires soutiens à des dictatures censées y faire rempart, qu’en reste-t-il dans un monde certes chaotique mais enivré de liberté et de promesses de mieux-être ?

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« LES DIRIGEANTS POLITIQUES SONT DEPASSES », Usbek & Rica N° 4, Printemps 2011

C’est très bien, ce que font Usbek et Rica (le nom des protagonistes des Lettres persanes de Montesquieu), ils cherchent à être les nouveaux Encyclopédistes.

« Paul Jorion : Les dirigeants politiques sont dépassés », un entretien avec Thierry Keller, dans le magazine / livre jeune et captivant Usbek & Rica N° 4, pages 38-40.

Pour l’anthropologue et économiste belge, les élites capitalistes feraient bien de négocier un nouveau pacte avec les peuples, sous peine de tout perdre.

D’après vous, le capitalisme serait à l’agonie. Il n’aura donc pas besoin des antisystèmes pour s’effondrer ?

Il y a une dynamique d’implosion qui est en marche et les mouvements de contestation vont accompagner son effondrement. Jusqu’à aujourd’hui, le système était toléré par la grande masse qui, sans en profiter directement, bénéficiait de ses avantages sociaux. Or, on nous dit aujourd’hui que l’Etat providence était un luxe. Mais ce n’était pas un luxe ! C’était justement sa présence qui faisait que les gens ne se révoltaient pas. Sans l’Etat providence, le système n’aurait jamais été accepté par la majorité de la population qui ne bénéficie pas directement de la manière dont le système fonctionne. L’erreur des dirigeants, c’est de croire que tout le monde profitait du système et l’aimait, et qu’en retirant ici et là des subsides qui ne bénéficiaient en réalité qu’à des losers, ça marchera encore. Erreur totale d’interprétation. Cela dit, les élites ont une excuse : elles n’ont pas la maîtrise de la dynamique qui est à l’œuvre, elles n’ont donc pas beaucoup le choix.

Ainsi, nous ne sommes pas dans une simple crise cyclique du capitalisme, qui s’en relèvera comme d’habitude ?

C’est un point de vue que je partage avec Marx : il n’y a pas de crises cycliques, il y a des crises successives, sui generis, qui parfois se ressemblent. Ce n’est pas la même chose. L’analyse conservatrice consiste à les comprendre en fonction des cadres anciens. Mais la complexification due à la technologie, qui progresse entre une crise et la suivante, invalide cette approche. D’une crise à l’autre, même rapprochée dans le temps, comme 2002 et 2008, le monde a changé.

Marx est sans doute le dernier des grands économistes : il pensait à l’intérieur du système, tout en imaginant que ce système pouvait disparaître. Mais il a aussi été un révolutionnaire. Alors l’establishment a réagi : « Cette manière de faire de la science économique, on ne veut plus en entendre parler ». On a créé une science économique d’où était exclue l’idée que le système pouvait s’effondrer. Personnellement je dis : le capitalisme n’est pas un système en soi, c’est un défaut que présentent certains systèmes économiques.

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ADAPTER EQUITABLEMENT LES BESOINS AUX MOYENS DE LES SATISFAIRE, par Paul Tréhin

Billet invité

Quel que soit le système politico-économique, il faudra toujours que ce dernier s’attelle à une question fondamentale : comment mettre en adéquation une diversité de besoins individuels ou collectifs avec une multitude de moyens plus ou moins disponibles pour satisfaire ces besoins.

Voici une proposition pour un début d’analyse de ce problème et des difficultés qu’il va soulever, car il faut bien se rendre compte qu’il n’y a pas de solution satisfaisante disponible à ma connaissance pour garantir que les membres de la société, membres individuels ou collectifs, producteurs ou utilisateurs/consommateurs vont pouvoir obtenir les biens et services dont elles et ils estiment avoir besoin car mis à part les besoins les plus élémentaires liés à la survie, les autres besoins sont conditionnés par une perception subjective des individus et des collectivités, perception influencée par les expériences personnelles, incluant dans ces expériences des informations reçues en provenance d’autres membres de la société.

Voici donc cette proposition.

Mettre en correspondance besoins et moyens de satisfaire ces besoins.

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L’actualité de la crise : HISTOIRES A DORMIR DEBOUT, par François Leclerc

Billet invité.

Ils ne sont pas loin du storytelling – cette technique narrative de communication qui a si bien servi pour les armes de destructions massives irakiennes, ou à laquelle le danger islamique s’apparente également – mais ils s’y essayent. Qu’ils appartiennent au parti républicain américain, au gouvernement britannique ou à la coalition CDU/CSU-FPD allemande, les leaders politiques qui tiennent actuellement le haut du pavé et monopolisent le verbe n’arrêtent pas de fabriquer de belles et édifiantes histoires destinées à formater les esprits.

Les premiers font de l’amoindrissement du rôle de l’Etat, auquel tous les maux ou presque sont attribués, leur nouvelle religion. N’envisageant pour tout programme que des coupes budgétaires et des baisses d’impôt. Les yeux rivés sur l’échéance présidentielle, avec pour seul objectif de faire chuter Barack Obama, ils ne veulent en aucun cas être associés à de nouvelles dépenses budgétaires ou, pis, à des augmentations d’impôts. Ils sont d’autant plus prêts à exiger des mesures drastiques qu’ils savent la majorité démocrate du Sénat et l’exercice du droit de veto présidentiel se préparer à si nécessaire les bloquer.

A terme, les uns comme les autres n’ont d’autre foi que dans la croissance économique, à propos de laquelle ils fondent des prévisions irréalistes et placent tous leurs espoirs. Telle la poursuite infernale d’une fuite en avant américaine qui en masque une autre, celle de la dette et de son financement.

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CINQ CONDITIONS POUR VOTER A LA PRESIDENTIELLE DE 2012, par le Yéti

Billet invité.

Chers candidats, je vois que déjà vous vous bousculez pour rallier à vous les électeurs en 2012, que le grand train de la campagne de la future présidentielle se met en branle. Mais ce qui lui manque encore, à votre train, ce sont les wagons de vos programmes, de vos propositions claires, argumentées, réfléchies et structurées.

En attendant que vous vous décidiez enfin à nous les mettre sur les rails, permettez au modeste citoyen que je suis de vous soumettre cinq conditions qui détermineront ma décision de me rendre ou non aux urnes le jour électoral venu.

1. La garantie d’un minimum vital décent pour chaque ménage

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires » – article 25 des Droits de l’homme et du citoyen de 1948

Dans la mesure où ces biens et ces services sont disponibles en quantité suffisante dans notre pays, il est intolérable que certains, de plus en plus nombreux, en soient privés au prétexte qu’ils sont aussi privés d’emplois, ou que les revenus de leur travail ne leur permettent plus d’assurer leur subsistance. En bref, qu’une dépravation systémique leur enlève les moyens de se procurer ce qui est bel et bien existant.

Garantir à chaque ménage un revenu vital décent de base est une façon d’appliquer ces droits de l’homme que nous sommes si prompts à exiger des autres.
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JOURNEES PORTES OUVERTES DU NOUVEL OBSERVATEUR, LE 22 JANVIER 2011

Ça se passait il y a quelques semaines à Paris. A mes côtés, Laurent Joffrin et Jacques Mistral. « Financiers : rien compris, rien appris ? ». Les vidéos sont maintenant disponibles.


Financiers : rien compris, rien appris ? (1)
envoyé par Nouvelobs. – L'actualité du moment en vidéo.


Financiers : rien compris, rien appris ? (2)
envoyé par Nouvelobs. – Regardez les dernières vidéos d'actu.

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UN AUTRE PRINTEMPS MEMORABLE

Un autre printemps mémorable se dessine, qui a déjà débuté dans certains pays. Tunisie, Egypte, Yémen, Libye, Bahreïn, … Madison (Wisconsin), Chine ? qui d’autre encore ?

Lorsqu’il y a quelques semaines j’ai répondu à Grenoble à une question sur l’avenir des États-Unis en n’excluant pas la possibilité d’une guerre civile dans ce pays, un autre participant à la table ronde n’a pas pu retenir son hilarité : la possibilité-même l’a fait pouffer, et il a continué de rire de mon « millénarisme » longtemps après. La salle n’a pas partagé son fou-rire et lui a ensuite expliqué pourquoi.

J’espère en tout cas que ce Monsieur s’intéresse à l’actualité et est en train de suivre l’escalade qui se poursuit en ce moment-même sur la place du Capitole à Madison dans le Wisconsin, où le gouverneur de l’État, Scott Walker, se propose de révoquer les droits syndicaux « pour faire les économies qui sont indispensables ». Les sénateurs démocrates ont pu retarder l’adoption de la mesure en quittant l’État pour empêcher que n’existe le quorum qui permettrait de la faire passer. La tension était vive hier entre manifestants et contre-manifestants du Tea Party rassemblés devant le Capitole. Chaque parti a promis des renforts pour aujourd’hui.

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RECIPROCITE OU RAPPORT DE FORCES ? – REPONSE A PAUL JORION, par Dominique Temple

Billet invité. Originellement publié ici, le 14 février 2011.

Dans les années 90, nous avons lu un article de Paul Jorion sur la relation des courtiers et pêcheurs de l’île de Houat (Bretagne) [1]. La loi de l’offre et de la demande ne fonctionnait pas comme prévu car des ententes cordiales entre les uns et les autres modifiaient le principe ou lui substituaient des relations de réciprocité : les prix étaient alors déterminés selon certaines conventions non écrites dans lesquelles la solidarité, l’amitié, la confiance jouaient un rôle important. Il nous semblait que deux dynamismes différents de marché, l’un de libre-échange et l’autre de réciprocité, étaient superposés.

À la même époque, nous faisions des observations qui paraissaient de même type, à la différence qu’à Palavas-les-flots (Hérault), la relation était le plus souvent directe entre les pêcheurs et les consommateurs. Il n’existait de relation médiatisée par des courtiers que pour quelques pêcheurs, et seulement lorsque la pêche excédait les possibilités de consommation locale. Pour les autres, lors d’un “gros coup”, on portait ses prises à la criée de Sète. À la criée, la loi de l’offre et de la demande s’imposait. Mais entre les pêcheurs et les consommateurs directs, les relations étaient du même type que celles observées entre les pêcheurs et leurs mareyeurs à l’île de Houat. Cependant, de ces observations nous n’avons pas tiré les mêmes conclusions.

Jorion pense que c’est en fonction d’un certain quotient d’amitié ou de toute autre valeur de nature éthique “constituée” en statut que le marché de libre-échange est modifié. Nous soutiendrons, au contraire, que c’est la pratique de la réciprocité qui génère les liens d’amitié en question.

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