SOMMES-NOUS CAPABLES DE FAIRE CE QUE QUE NOUS DISONS ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

L’économie et la monnaie découlent de la responsabilité politique. Les dérèglements financiers actuels ne sont pas l’effet d’une cyclicité économique naturelle mais la conséquence d’une désagrégation des structures politiques dans la mondialisation. La compétition économique entre les États-nations détruit la notion d’égalité devant la Loi. Les prix réels et financiers sont produits en asymétrie d’information et de droit entre les acteurs économiques. Les acteurs en position internationale arbitrent les systèmes juridiques. Ils reportent le risque financier sur les acteurs dépendant d’une protection publique nationale légale. Les pertes financières qu’occasionnent des bénéfices expatriables pèsent par la fiscalité et par les coûts collectifs d’assurance sur les économies domestiques. Le système financier mondial s’autodétruit dans ses bases politiques et économiques réelles.

Les projets européens de convergence fiscale, de constitutionnalisation d’équilibre des finances publiques et d’assurance financière commune des équilibres économiques sont nécessaires à la resolvabilisation des États européens. Mais ils ne créent pas d’ordre politique mondial ni ne soldent les pertes impayées du passé. Or l’Union Européenne constitue en elle-même un modèle d’organisation politique et financière multinationale générateur d’équilibre économique. Pour être efficiente, l’Union doit s’affranchir du désordre monétaire qui résulte de l’incapacité des États-Unis à réguler la liquidité mondiale par le dollar. L’Union doit pouvoir régler avec certitude tous ses engagements financiers dans d’autres monnaies que les siennes tout en s’appliquant à elle-même la régulation qu’elle juge utile au maintien de ses équilibres internes. La solution est de construire un marché des changes européen régi par le droit européen actuel où les Européens s’engagent à coter toutes leurs monnaies ainsi que leurs dettes publiques.

Un tel marché d’option crée une unité de compte monétaire sans valeur libératoire dans les souverainetés nationales mais uniquement entre nationalités distinctes au sein de l’Union et face à des non-Européens. L’option transnationale européenne généralisée permet une notation transparente hors intérêts nationaux des monnaies et des dettes. Entre zones monétaires différentes, la cotation de tout engagement financier en monnaie transnationale européenne (que nous nommons bancor eu égard à son inspiration britannique keynésienne) produit deux prix : le prix nominal et le prix du risque de non-réalisation du nominal. Le risque est explicitement la prime d’option d’un engagement de droit, variable en temps réel sur un marché d’égalité juridique.

L’intérêt d’un marché commun européen d’options financières est de recadrer la finance dans l’ordre politique et de fournir à la politique un équilibre objectif des prix en risque et en crédit que ses décisions produisent. Les parités nominales des monnaies européennes et des dettes publiques et privées sont alors systématiquement couvertes par des investisseurs européens ou internationaux. Ces investisseurs ne réalisent de plus-value que si les engagements qu’ils ont garantis sont effectivement accomplis. Les pouvoirs judiciaires européens arbitrent les litiges du marché financier européen sous le contrôle de la Cour Européenne de Justice. Les États européens constituent un fonds commun, le Fonds Européen de Stabilité Financière qui existe déjà, pour indemniser tout acteur qui serait judiciairement déclaré lésé dans les règlements financiers effectués par le marché financier européen.

L’équilibre intrinsèque d’un marché international européen d’option vient de l’ajustement réel permanent des prix nominaux par rapport aux primes investies. Si le capital disponible à la couverture des crédits à terme nominaux est jugé insuffisant par le marché, les parités des monnaies européennes en bancor baissent mécaniquement pour que les débiteurs restent solvables par la réévaluation de leurs actifs réels. Les Européens ne font plus leur liquidité extérieure par leurs monnaies mais par le bancor qu’ils garantissent collectivement. Les créanciers non européens ont intérêt à déposer leurs réserves de change dans le marché en bancor car ils sont assurés par le système politique européen de la liquidité de leurs avoirs. Les pouvoirs politiques européens disposent d’une appréciation permanente des conséquences de leurs décisions par des investisseurs indépendants protégés par le droit européen. Ce modèle réconcilie la décision politique et la décision économique par la régulation financière de marché sous contrôle d’un véritable pouvoir économique judiciaire d’une démocratie européenne ouverte sur le monde.

Ce paradigme politique de la finance est réalisable immédiatement si les Européens décident de faire ce qu’ils disent. Il pourrait rétablir la place de la France dans l’Union Européenne et l’influence de la culture politique européenne dans le monde.

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137 réflexions sur « SOMMES-NOUS CAPABLES DE FAIRE CE QUE QUE NOUS DISONS ?, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. @ PSDJ
    Permettez que je resserve un commentaire vieux de plusieurs mois sur ce même blog. Il me semble qu’il y a une certaine convergence:

    « Je suis à peu près convaincu, même si ce n’est pas ma tasse de thé, que Marine le Pen virera en tête au premier tour de la présidentielle de 2012. Qui l’affrontera ( ; ) ) pour le second tour dépendra de la multiplication des candidatures à gauche, au centre et à droite. Ensuite ?
    Le point qui m’intéresse aujourd’hui, dix huit mois avant ce type d’échéance, est l’anteaction (le contraire de rétroaction) que cette perspective devrait impacter sur les politiques de l’Union Européenne, sur la relation franco-allemande et sur l’avenir de l’Euro.
    Une sortie de la France de l’Euroland (programme du FN), que je ne souhaite pas, soyons clairs, ferait bien évidemment capoter ce dernier mais aurait une conséquence extrêmement fâcheuse pour la RFA. L’Allemagne exporte massivement en Europe parce qu’elle bénéficie d’un très gros avantage par rapport aux autres « insiders » : il y a un taux de change fixe, l’Euro, qui étrangle les exportations des autres membres de l’Euroland vers la RFA et favorise les exportations de cette dernière vers eux. C’est un état de fait, et je ne discute pas s’il résulte d’une bonne gestion de l’une contre une mauvaise gestion des autres ou bien d’un « dumping » social de l’une au détriment des autres, puisqu’il doit bien y avoir un mix de tout cela dans le cocktail Molotov qu’est l’Euro aujourd’hui.
    Il semblait que l’avantage économique et commercial de l’Allemagne était compensé par l’accès à des taux d’intérêts « allemands » bas pour les autres membres de l’Euroland. Le non soutien solidaire de la RFA a mis fin à cette illusion et je ne vois pas quel avantage ces derniers ont à rester dans un système qui les garrotte jusqu’à ce que mort finisse par s’en suivre… On se dirigerait donc vers des dévaluations compétitives au sein de l’actuel Euroland. Ainsi l’Allemagne n’est-elle pas en train de scier la branche sur laquelle son économie et sa puissance sont assises ?
    Une solution alternative, comme une sorte de moyen terme, serait une forme de Bancor au sein de l’Euroland avec l’avantage de préserver des acquis de la construction européenne et l’inconvénient de ne satisfaire aucune des ambitions nationales de ses membres dont l’Allemagne en tout premier lieu. »

    1. @Eole,
      Les données du problème n’ont toujours pas changé. Les contradictions de la construction européenne sont toujours là dans un euro dont la valeur ne résout les problèmes de personne. Si l’Union se dote d’une monnaie commune (Zebu l’appelle bankeuro) à coté de sa monnaie unique, il devient possible d’évaluer objectivement à travers la prime de change de l’euro et la prime de crédit des Etats membres de l’euro le prix collectif et individuel de l’euro ou des monnaies nationales des pays qui ne trouvent pas leurs comptes dans l’euro. En connaissant le prix de ce qu’on veut, on trouve les moyens de le réaliser et on révèle ce qu’on ne veut pas…

  2. La théorie psychanalytique nous prouve que nous sommes surtout capable de faire ce que nous ne disons pas.

    1. Dans un genre voisin , La Rochefoucauld écrivait :

      Nous promettons selon nos espèrances et nous tenons selon nos craintes .

      1. Ce pourrait être le mot de la fin .

        Ou du début , dès que le trouillomètre aura atteint le point d’ébullition .

    2. quand à la pratique taoiste, elle dit à propos des politiques: ils ne font pas ce qu ils disent mais ils ne disent pas ce qu ils font. sauf nicolas bien sûr. mais peut-être sous-estime-t-on son impact..

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