SCHEMA DE DEMANTELEMENT DE LA CIVILISATION, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Déséquilibre irréversible de l’économie mondiale par la crise des produits dérivés subprimes

Enchainement des causes depuis 1945 :

Fonctionnement asymétrique du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods

Accumulation de créances internationales sur l’économie étatsunienne afin d’alimenter l’économie mondiale en liquidités

Concentration des risques de crédit mondiaux sur les emprunteurs étatsuniens ayant accès au refinancement de la Fed

Réexportation, par la titrisation, des risques de nationalité étatsunienne sans compensation de capital

Crise générale de solvabilité du système financier occidental par destruction de sa capitalisation réelle

Mise en œuvre des garanties publiques partiellement libérées par la relance budgétaire et monétaire

Crise de solvabilité publique, maintien de la liquidité nominale du système par le quantitative easing

Déconnexion de politique monétaire et financière de l’économie réelle

Enchainement des causes financières :

Accumulation de pertes financières latentes non comptabilisés dans les bilans bancaires adossées aux déficits et dette publiques

Stimulation de la liquidité financière par les dettes publiques et refinancement illimité des banques centrales aux États et banques « too big to fail »

Fuite de la liquidité hors des économies occidentales, croissance mondiale réelle inférieure à la croissance de la masse monétaire

Inflation dans les pays émergents, augmentation des prix nominaux à terme des actifs durables dans les pays développés

Chômage et déflation par insuffisance de la demande dans les pays développés, trappe fiscale de liquidité

Impossibilité de dévaluer les monnaies occidentales par rapport aux monnaies en excédent de balance des paiements, valeur des monnaies déconnectée de la réalité visible

Pas de régulation des déséquilibres financiers par ajustement rationnel et négocié des parités de change.

Déstructuration des équilibres politiques internationaux et domestiques

–      Énonciation des résultats probables ou avérés :

–      Tension entre les États débiteurs pour la captation de l’épargne mondiale

–      Instabilité des changes par transferts financiers internationaux non négociés des pertes de crédit non calculées

–      Baisse du niveau de vie des classes moyennes et inférieures, accroissement des écarts de revenu

–      Démantèlement des solidarités sociales publiques de répartition des revenus vitaux

–      Divergence des économies de la zone euro, éclatement à terme par impossibilité de dévaluation dans les pays insolvables

–      Menace d’effondrement général économique et politique par illiquidité des monnaies et des échanges monétisés, avènement de la sauvagerie financière universelle

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L’actualité de la crise : QUEL DRÔLE DE MONDE ! par François Leclerc

Billet invité.

Objets symboliques de tous les ressentiments, les banques le sont aussi de toutes les attentions.

Au chapitre des plus délicates, il ne faut pas manquer de signaler les tests qui viennent d’être effectués aux Etats-Unis, ou ceux qui vont devoir l’être en Europe, malgré les difficultés à les mettre au point.

Les résultats des premiers sont restés très confidentiels, prétexte choisi pour autoriser les banques à verser à nouveau des dividendes à leurs actionnaires (à une seule exception). Une bonne manière qui a pour objectif de faciliter de futures augmentations de capital, faisant de celles-ci une bonne affaire pour les investisseurs.

Les seconds, en Europe, sont bien engagés pour être une nouvelle opération de communication bâclée, leur principale fonction n’étant pas de révéler la situation des banques mais de la masquer. Tous les artifices de la technique comptable bancaire seront bons pour y parvenir, nous aurons l’occasion d’y revenir.

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LE « PRINCIPE DU MARCHAND DE SOUPE »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Monsieur Alan Greenspan, qui dirigea la Federal Reserve, la banque centrale américaine pendant près de vingt ans, a commis hier un article dans le Financial Times intitulé : « Dodd-Frank fails to meet test of our times », la loi Dodd-Frank-n’est pas à la hauteur des exigences de notre temps.

La loi Dodd-Frank, c’est ce fatras de 243 règlements, couvrant plusieurs milliers de pages, qui passe pour une réforme de la finance américaine, et cela va de soi qu’elle n’est pas à la hauteur puisque ce qu’il aurait fallu, à savoir quelques grands principes comme l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, ne remplirait que cinq pages, grand maximum. Mais si je dis que M. Greenspan a « commis » un texte à ce sujet, c’est que ce qu’il reproche à la loi Dodd-Frank, ce sont précisément les quelques très rares mérites que présente ce fatras.

Quelques exemples, et l’on s’épouvante déjà que le premier type d’argument soit invoqué par la personne qui fit la pluie et le beau temps dans la finance mondiale de 1987 à 2006 : « Si l’on interdit l’activité financière X aux États-Unis, les gens qui la pratiquent, iront la pratiquer ailleurs ». Soumettons cet argument à un petit exercice de traduction en français puisque son ridicule a cessé de faire rire les politiques et qu’ils se sont mis depuis un peu plus de trente ans à le prendre très au sérieux.

Mettons-nous tous ensemble, nous, représentants du peuple, et votons une loi qui interdit des pratiques dangereuses, ou comme l’on dit aujourd’hui : « qui introduisent du risque systémique », autrement dit, qui aggravent la probabilité que le système économique tout entier ne s’écroule. Mais voilà que M. Greenspan passe par là et dit : « Attention, il y avait là de l’argent à gagner, et vous voudriez que ce soient d’autres que nous qui le gagnent ? », et tous de s’écrier alors : « Ah, zut ! Vu sous cet angle-là, ce n’est peut-être pas une bonne idée ! »

Aristote avait déjà fait remarquer que la fièvre de l’or est une maladie professionnelle des marchands – excusable chez eux, précisait-il – mais contre laquelle les gens ordinaires devraient être vaccinés. Cela n’empêche pas le principe de marchand de soupe irresponsable de M. Greenspan d’avoir acquis aujourd’hui un statut d’évidence – à Bruxelles aussi bien qu’à Washington.

Autre faiblesse de la loi Dodd-Frank selon M. Greenspan : le fait d’avoir voulu responsabiliser les agences de notation a eu des conséquences négatives imprévues. Vous vous souvenez sans doute qu’autrefois les notateurs se contentaient d’émettre des « opinions » du type « AAA », c’est-à-dire « risque de non-remboursement quasi nul », alors que la nouvelle loi exige d’eux qu’ils s’engagent un peu plus : que quand ils attribuent une note de risque de crédit, ils le « croient vraiment ». Las ! s’écrie M. Greenspan, regardez à quelles conséquences fâcheuses cela conduit :

« Peu de temps après le vote de la loi (Dodd-Frank), en juillet 2010, Ford Motor Credit (le bras financier du constructeur automobile) s’attela à l’émission d’un titre (Asset-backed security) d’un montant supposé d’un milliard de dollars. Il fallait à ce produit une notation de crédit, que Ford ne parvint pas à obtenir. La loi stipulait entre autres que les notateurs seront responsables devant la loi de leurs opinions évaluant un risque. Pour permettre l’émission de cette Asset-backed security, la Securities and Exchange Commission (le régulateur des marchés financiers américains) a dû suspendre de facto la nécessité d’une notation de crédit ».

Résumons, Ford Motor Credit rassemble une collection de prêts automobiles pour un montant d’un milliard de dollars en véhicules. Les notateurs, qui engagent désormais leur responsabilité, refusent de noter le titre – ce qui ne peut vouloir dire qu’une seule chose : que c’est une camelote absolue. À la suite de quoi la SEC déclare qu’après tout, une notation n’est pas vraiment nécessaire, et le titre est néanmoins émis.

Qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que comme la loi Dodd-Frank a retiré l’irresponsabilité coupable aux agences de notation, le régulateur des marchés financiers a embrayé et a pris l’irresponsabilité coupable à son propre compte, en disant : « Après tout, cette notation de risque de crédit n’a pas tellement d’importance : appliquons quand même le tampon ! ».

Mais ce laxisme imbécile est-il attribuable à la nouvelle loi, comme le prétend Greenspan ? Autrement dit, qu’est-ce qui a dû se passer pour que la SEC cautionne la merde produite – selon l’opinion implicite des agences de notation – par Ford Motor Credit ? Je ne suis pas dans le secret des dieux mais il n’est pas très difficile de l’imaginer : le chantage à l’emploi par la société Ford.

Le chantage à l’emploi, c’est quand on essaie d’éveiller l’esprit « marchand de soupe » chez les employés, quand on cherche à provoquer la fièvre de l’or chez eux. « On ne va quand même pas laisser fermer l’usine d’obus à uranium appauvri, dit-on. Si on le faisait, ce seraient les autres qui les fabriqueraient à notre place ! ». On aura reconnu une variété de la règle sacro-sainte prônée par M. Greenspan.

Pendant près de vingt ans, à la tête de la Fed, M. Greenspan a été la personne la plus influente de la finance mondiale. Il l’a réglée ou – le plus souvent – s’est abstenu de la réguler, il nous le dit maintenant, en fonction du principe du marchand de soupe : « On ne va quand même pas laisser d’autres faire de l’argent que nous pourrions faire nous-même ! » – et ceci, quelle que soit la nocivité de l’activité en question, quelle que soit la quantité de « risque systémique » que l’on injecte dans l’économie en l’autorisant.

J’ai mentionné il y a quelques jours la lettre réclamant l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix adressée conjointement par un grand nombre d’organisations à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur américain des marchés à terme de matières premières, et j’ai attiré l’attention sur la présence massive d’ordres religieux parmi les signataires de la lettre. C’est que les marchands reviennent envahir le temple aussitôt qu’on a le dos tourné : ils encombrent désormais les couloirs à New York, Chicago, Londres et Bruxelles. Moïse en a pété les plombs, Aristote a crié casse-cou, Jésus-Christ, l’agneau de Dieu, s’est transformé en casseur. Comme on l’a vu, les Sœurs de la Présentation et de la Très Sainte Vierge Marie prennent le relais et montent au créneau. Il ne faudrait pas qu’elles s’y retrouvent toutes seules.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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PAUL JORION ET L’AGONIE DU CAPITALISME

La librairie Tropiques a mis en ligne l’exposé que j’y ai fait jeudi dernier, 24 mars.

Paul Jorion annonce l’agonie du capitalisme, avec la même pertinence qu’il le fit pour la crise, mais ça ne l’émeut pas plus que ça.

PS : Durant l’entretien, je me pose la question de savoir si Schumpeter a eu un « Prix Nobel » d’économie. La réponse est non : il meurt en 1950, alors que le premier Prix d’économie de le Banque de Suède « à la mémoire d’Alfred Nobel » est décerné en 1969.

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UN VOLCAN ISLANDAIS, FUKUSHIMA, LA REVOLUTION, par zébu

Billet invité

Comme dans les jeux enfantins, on peut proposer de trouver l’intrus parmi différents termes d’une proposition, mais il se pourrait bien que cette fois, il n’y ait point d’intrus.

Dans le choix des risques, nous pouvons être confronté à 2 types de risques : des risques naturels et des risques humains et technologiques (les risques technologiques ne sont que des effets des risques humains), le dernier terme de la proposition étant une conséquence des risques encourus ou une solution pour les éviter.

Il apparaît étrange de pouvoir lire ces trois termes côte à côte, tant ils semblent disparates : un élément naturel, une centrale nucléaire en déperdition et un phénomène politique. En précisant bien, on y ajoute même des périodes de l’histoire et des lieux différents, puisque le volcan islandais en question est le Läki au 18ème siècle, Fukushima au Japon du 21ème siècle et la révolution un phénomène… trans-historique et trans-géographique.

Pourtant, à y regarder de près et justement parce que ceux-ci sont par trop éloignés, la comparaison de ces termes est non seulement opportune mais aussi nécessaire.

En 1783, le volcan Läki entra en éruption en Islande, provoquant une fissure éruptive de 40 km de long, d’où sortira le plus grand épanchement lavique de tous les temps, l’équivalent de deux fois le débit du Rhin à son embouchure… par seconde.

Un véritable hiver volcanique s’ensuivit, par la projection de cendres et de pluies d’acides sulfuriques, provoquant des hivers terribles, réduisant la production alimentaire et créant les famines en Europe de la fin des années 1780. Des orages de grêle par exemple, en plein été, détruisirent une bonne partie des récoltes de l’année 1788 en France. Le prix d’un boisseau de blé, de 11 sols en 1706, passa à 206 au printemps 1790. L’un des rares scientifiques de l’époque à avoir fait le lien entre l’observation des intempéries météorologiques et l’éruption du Läki fut Benjamin Franklin, un des pères de la révolution américaine de 1776.

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LA SITUATION A FUKUSHIMA (V), par François Leclerc

Mise à jour n°129 (jeudi 19h47)

La situation n’est en rien stabilisée. Il se confirme que la centrale contamine très gravement son environnement, sans que rien puisse être fait pour le stopper, l’origine des fuites n’étant pas décelée.

La présence d’iode 131 à un taux 10.000 fois supérieur à la normale a été mesuré dans une nappe d’eau phréatique sous la centrale. Aucun des nouveaux expédients qui ont été envisagés – stockage de l’eau contaminée dans un tanker, bâchage des réacteurs et projection de résine sur le sol et les débris des explosions – n’a encore pu être mis en place.

Ces mesures ne régleraient en rien les ruissellements d’eau contaminée, qui continuent d’être alimentés par les injections d’eau dans les réacteurs.

Rien n’est par ailleurs dit sur la présence encore plus inquiétante d’autres radio-éléments, dont le césium 137 (période de 30 ans).

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Mise à jour n°128 (jeudi 08h05)

Un taux d’iode radioactif 4.385 fois supérieur à la norme légale a été mesuré dans la mer, à 300 mètres du rivage de la centrale, signe d’une forte accentuation de la contamination de celle-ci.

Cent cinquante-cinq Marines américains spécialisés dans les situations d’urgence sont envoyés au Japon. Ils fourniront « une expertise radiologique aux responsables sur le terrain et si besoin aux forces militaires japonaises, dans les domaines du médical, de la logistique et des matières dangereuses, chimiques, biologiques, nucléaires ».

Les autorités japonaises n’envisagent pas d’étendre la zone d’évacuation de 20 kms autour de la centrale, en dépit de l’annonce par l’AIEA de la découverte d’une contamination radioactive supérieure à la normale dans un village situé à 40 kms de celle-ci.

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Mise à jour n°127 (mercredi 18h28)

L’AIEA, du haut de son autorité d’agence de l’ONU, vient de confirmer que des niveaux de radiation dépassant les niveaux recommandés ont été mesurés dans un village à 40 km de la centrale, justifiant son évacuation.

Soupçonné de dissimuler l’ampleur de la contamination, le gouvernement japonais se voit sommé de réagir.

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Mise à jour n°126 (mercredi 14h16)

Il est envisagé d’asperger les nombreux débris radioactifs épars sur le site et résultant des explosions d’hydrogène avec une résine (utilisée pour fixer la poussière sur les routes).

L’utilisation de tankers pour stocker les eaux contaminées reste à l’étude, ces bateaux n’étant pas conçus pour transporter des liquides radioactifs.

Etant donné la distance qui les séparerait des sous-sols des réacteurs, cela imposerait d’utiliser des citernes intermédiaires, multipliant les opérations et les risques de contamination pour les techniciens.

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Mise à jour n°125 (mercredi 13h54)

On peut à bon droit s’interroger pour savoir si les autorités japonaises ne traitent pas la population aussi mal que Tepco ne le fait de ses techniciens.

Des mesures de la radioactivité ambiante effectuées par Greenpeace au-delà de la zone d’évacuation d’un rayon de 20 kms autour de la centrale confirment une contamination par taches en « peau de léopard ». Des relevés à 40 kms de celle-ci en témoignent.

Greenpeace estime que la zone d’évacuation obligatoire devrait être étendue de 10 kms (il n’est que « recommandé » de la quitter) et que les femmes enceintes et les enfants devraient évacués au-delà.

La ville de Fukushima est à soixante kms de la centrale.

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Mise à jour n°124 (mercredi 13h37)

Dix neuf jours après le séisme et le tsunami qui ont ravagé le Japon et enclenché la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Meti (Ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie) vient d’ordonner aux neuf compagnies d’électricité qui se partagent le marché un contrôle des réacteurs de l’archipel (une cinquantaine).

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Mise à jour n°123 (mercredi 07h30)

Une forte augmentation de la radioactivité a été mesurée à l’occasion d’un prélèvement d’eau de mer effectué à 300 mètres du rivage de la centrale. Un taux d’iode radioactif 3.355 fois supérieur à la norme légale a été mesuré, dont l’origine – dégagements gazeux ou infiltrations dans le sol et ruissellements dans la mer – n’a pas été identifiée.

Tepco envisage désormais d’utiliser un tanker, amarré devant la centrale, afin de stocker l’eau contaminée des sous-sols et tranchées des réacteurs. Il restera à trouver comment pomper l’eau très contaminée.

Il est aussi étudié la possibilité de couvrir de gigantesques bâches – d’une matière non précisée – les 4 réacteurs, afin de limiter la propagation des fuites radioactives, ce qui aurait pour effet de les concentrer en contrepartie.

Enfin, il pourrait être déployé des systèmes d’aération destinés à éviter l’accumulation de gaz et de nouvelles explosions dans les bâtiments des réacteurs. La question suivante sera de savoir quoi faire des gaz contaminés.

L’opérateur cherche à s’installer dans la durée en multipliant le déploiement de moyens de fortune.

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LES FRERES ET LES SŒURS SE REBIFFENT

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Une étape importante vers l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix a eu lieu aujourd’hui (au plan symbolique s’entend !). Un ensemble imposant d’organisations ont adressé une lettre commune à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur américain des marchés à terme de matières premières, qui appelait le public à commenter des mesures envisagées.

La lettre se trouve ici. J’en ai traduit quelques passages importants :

« Pour assurer le bon fonctionnement des marchés des matières premières et pour éviter les bulles dans le prix des matières premières alimentaires et de l’énergie, telles celles qui se sont développées en 2008, nous voudrions insister sur les points suivants touchant au processus de mise en application :

1) A minima, les règles proposées touchant à des limites (en volume) des positions devraient être pleinement appliquées. Nous pensons que ces mesures régleront la question des manipulations mais non celle de la spéculation excessive. Pour réduire la spéculation excessive, nous encourageons la Commission à envisager en sus des limites globales visant spécifiquement la spéculation.

2) D’éventuelles exemptions aux limites sur les positions ou aux règles sur la transparence doivent être réservées aux entreprises qui traitent véritablement des matières premières physiques et recourent aux marchés de matières premières pour couvrir un risque commercial. Les banques, les fonds d’investissement spéculatifs, les fonds de retraite ainsi que les institutions qui offrent des indices de matières premières, les exchange-traded funds (ETF) ou exchange-traded notes ne doivent pas bénéficier d’exemptions.

3) Nous sommes particulièrement concernés par l’effet d’investissements passifs comme les indices de matières premières, les exchange-traded funds (ETF) et les exchange-traded notes. Nous encourageons le Commission à envisager pour ceux-ci des restrictions supplémentaires ou l’interdiction pure et simple de ces instruments sur les marchés des matières premières. »

À propos des doutes régulièrement émis par les spéculateurs eux-mêmes quant à la nocivité de leurs pratiques, la lettre cite le rapport de juin 2009 du Sous-comité permanent d’Investigations américain :

« Pratiquement tous les opérateurs (traders) et les analystes contactés par le Sous-comité ont déclaré que la présence massive des opérateurs (traders) d’indices de matières premières sur le marché de Chicago était le principal facteur ayant contribué aux problèmes de prix sur le marché du blé ».

Si le titre de mon billet vous paraît toujours mystérieux, consultez la liste des signataires de la lettre.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité des crises : LA MACHINE INFERNALE, par François Leclerc

Billet invité.

A la suite de Three Mile Island et Tchernobyl, Fukushima s’inscrit dans le livre des grandes catastrophes suscitées par la main de l’homme. Certes, celles-ci ne sont pas toutes d’origine nucléaire et peuvent être de natures très diverses ; le réchauffement de l’atmosphère ou la pandémie du diabète en sont des exemples. Mais les accidents nucléaires ont cette particularité d’être plus spectaculaires en raison de leur soudaineté, de leur issue très incertaine et de leurs conséquences à très long terme.

Dans sa catégorie, Fukushima innove. Sauf accélération subite de la catastrophe, pouvant toujours survenir à tout moment, celle-ci est partie pour durer des semaines, voire des mois. Avec pour conséquence une lente montée de la contamination radioactive, avec des pics, dans une zone très étendue de plusieurs dizaines de kilomètres dans les terres, avec des concentrations par endroits. Fukushima, c’est une catastrophe dans laquelle il va falloir s’installer, mais dont on ne pourra pas s’accommoder.

La remise en marche des installations de refroidissement, au départ présentée comme une opération simple et rapide, n’est aujourd’hui même plus assurée, condamnée au mieux à s’éterniser. Faute d’instruments de mesure en état de fonctionner, l’état des réacteurs est indirectement estimé en aveugle. Des fusions partielles de combustible ont eu lieu et selon toute vraisemblance se poursuivent. Des radio-éléments hautement radioactifs s’en échappent, on ne sait comment, et sans que la possibilité de les contenir existe. L’état exact des enceintes de confinement ainsi que l’étanchéité des cuves des réacteurs ne sont pas plus connus. Ce tableau est celui d’une calamité qui va durer. A Fukushima, ce que l’on sait, c’est que l’on ne sait rien ou si peu !

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LA FENETRE D’OPPORTUNITE S’EST REFERMEE

Le 15 avril, de 9h30 à 11h00, je débattrai avec Jean Peyrelevade au Forum Libé Rennes. On a eu l’amabilité de me demander de quoi je voulais parler. Voici le petit texte que je viens de rédiger.

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Une fenêtre d’opportunité pour modifier le rôle que joue la finance dans l’économie, et partant dans la vie sociale en général, a existé dans les semaines et les mois qui ont suivi l’effondrement de la finance qu’avait provoqué la chute de la banque d’investissement Lehman Brothers en septembre 2008. Dans la période qui a immédiatement suivi le plus fort de la crise, une refondation indispensable a très justement été évoquée.

Depuis, cette fenêtre s’est lentement refermée. Rien ne s’est passé, ou si peu, le moment des véritables décisions a été repoussé de réunion en réunion et à mesure que le temps passait, le souvenir de velléités de refondation s’estompant peu à peu.

Aux États-Unis, les textes déjà bien timides que rédigèrent en grande partie les lobbys ne seront pas mis en vigueur : la nouvelle majorité républicaine a compris qu’elle peut en empêcher l’application en refusant – au nom d’une très saine rigueur budgétaire – les fonds qui permettraient de mettre en place les équipes. La nation s’est par ailleurs découvert comme planche de salut, la planche à billets : la possibilité qui lui reste offerte, quarante ans après la dénonciation des accords de Bretton Woods par Richard Nixon, d’imprimer à la demande des dollars, survivance du statut de monnaie de référence de la devise américaine. Ce faisant, les États-Unis exportent leurs difficultés, confiant à la planète entière le soin de les régler à leur place.

La zone euro s’est retrouvée quant à elle paralysée lorsque, dans un contexte d’effondrement financier, l’absence d’intégration fiscale des pays qui la constituent a fait apparaître en surface ses ramifications. Ce sont les achats de la dette publique des pays européens en difficulté par la Chine et le Japon qui ont pu empêcher jusqu’ici l’éclatement de l’euro. Le tremblement de terre et le raz-de-marée qui endeuillent le Japon, obligent désormais celui-ci à rassembler la totalité de ses ressources pour assurer son propre salut. Obsédée par des échéances électorales qui débouchent immanquablement sur la déroute des partis au pouvoir, l’Europe se retrouve dans la position de satellite infantilisé de la Chine et, ayant jeté aux orties toute fierté, elle s’en satisfait.

La fenêtre d’opportunité que la crise de l’automne 2008 avait ouverte s’est refermée. Une autre s’ouvrira certainement lorsque la nouvelle crise en gestation aujourd’hui aura éclaté. Le processus de désagrégation se sera poursuivi entretemps et c’est au sein d’un paysage encore plus dévasté que seront lancés de nouveaux appels à la refondation.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LA SITUATION A FUKUSHIMA (IV), par François Leclerc

Mise à jour n°116 (lundi 13h35)

Selon l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN), la contamination radioactive va s’étendre sur « des zones considérables », des taches sont déjà constatées au-delà de la zone des 30 kms.

La gestion des territoires contaminés va, selon elle, « prendre des années sinon des décennies ».

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Mise à jour n°115 (lundi 12h39)

La radioactivité des masses d’eau contaminées découvertes dans les sous-sols des réacteurs serait la suivante  : réacteur n°2 = 1.000 millisieverts – n°3 = 750 millisieverts – n°1 = 0,4 millisieverts.

Dans les deux premiers cas, la très forte radioactivité rend particulièrement problématique l’évacuation de cette eau contaminée ainsi que la reprise des travaux préalables au redémarrage des installations de refroidissement.

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APPEL DE MARS 2011

Somme (brute) reçue à ce jour, le 31 mars 2011 : 2 177 €.

D’abord un mea culpa : comme vous avez pu le constater, à part les vidéos du vendredi, je me suis fait très rare sur le blog en février. Ce n’est pas parce que je prenais des vacances – encore que cela ne me ferait pas de mal – c’est parce que je m’occupais activement de trois « projets éditoriaux », selon l’expression consacrée.

Le premier, dont on faisait la dernière lecture, c’est Le capitalisme à l’agonie, qui paraît chez Fayard dans quinze jours, le 16 mars très exactement. Ceux qui ont lu le blog régulièrement m’ont vu tester ici les différents chapitres. J’y explique d’abord pourquoi le capitalisme est à l’agonie : il est question de dark pools et de high frequency trading, de krach éclair et de manipulations boursières, de l’effondrement du système monétaire mondial, de la spéculation sur les matières premières, de l’impasse de la zone euro et de la fin programmée de l’État-providence. Il est beaucoup question du sauvetage du capitalisme par John Maynard Keynes dans les années 1930 ; j’explique pourquoi ce n’est plus aussi simple 😉 et du coup, il est beaucoup question aussi de Karl Marx et, surtout, de la Révolution française. Sur le plan des solutions, j’évoque les efforts que nous devons faire pour repenser des choses qui nous paraissent encore évidentes mais peut-être plus pour très longtemps, comme le travail, l’argent et la propriété privée. Enfin – vous ne serez pas surpris – je fais l’historique de la spéculation, j’explique comment et pourquoi nous l’avons laissée s’installer, j’explique aussi pourquoi la plaisanterie a assez duré.

Deuxième projet éditorial : neuf heures d’entretiens avec Régis Meyran, qui paraîtront aux éditions Textuel (je vous en dirai plus en temps utile) sous le titre : La guerre civile numérique. Il s’agit d’une réflexion dont le point de départ est la déclaration de guerre de Paypal et de Mastercard contre WikiLeaks. Il y est question du rapport ou non entre Facebook et Twitter et ce qui se passe en ce moment au Proche-Orient. Il y est question aussi de blogs, de journalisme citoyen, de mécénat citoyen (ce que vous avez l’amabilité de faire quand vous répondez à mes appels mensuels) et de manière plus générale de ce que nous faisons ici en pionniers.

Troisième projet éditorial, plus vaste et qui me prit le plus clair de mon temps en février : Comment on devient l’« anthropologue de la crise », une expansion (x 7) de l’article du même titre, paru ici et dans la revue Le débat (septembre 2010). J’en dirai bien davantage sur mon expérience dans le monde de la finance mais je porte le même regard critique sur la « préhistoire » de mes aventures dans le monde bancaire : sur le fonctionnement du monde universitaire que je connais (Cambridge), sur l’univers ô combien cruel de la recherche (en anthropologie), sur les projets de développement (dans le cadre de la FAO). J’en profite pour parler aussi des choses qui font que tout ça en vaut quand même la peine : les pêcheurs bretons et africains, les professeurs qui sont des exemples pour leurs étudiants, les gens généreux, les femmes qui vous permettent de traverser les épreuves en un seul morceau. Ce texte paraîtra chez Climats, ici aussi, je vous tiendrai au courant en temps utile.

L’appel de février a rapporté 2 054 €. Merci beaucoup à vous pour votre mécénat citoyen !

Le 7 février, Entretiens Diderot, « L’avenir du progrès », je suppose qu’une vidéo viendra.

Le 8 février, Le Monde Economie, « La mesure du risque de crédit doit être un service public ».

Le 22 février, Usbek & Rica, « Paul Jorion : Les dirigeants politiques sont dépassés », un entretien avec Thierry Keller, N° 4, pages 38-40.

Le 28 février, RFI, 7 milliards de voisins, « Le surendettement »

Merci à tous les contributeurs de billets invités qui font que le cerveau collectif carbure. Merci aux habitués et merci aux nouveaux venus !

Merci à Julien, à François, à Jean-Baptiste et à Nathanaëlle. Tout particulièrement durant un mois au cours duquel le disque dur de notre serveur rendit l’âme ! Merci à vous et à votre patience pendant ce temps-là !

En février, Le blog de Paul Jorion, était No 1 pour l’économie sur Wikio.

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LE CHOIX DES RISQUES, par Didier Cavard

Billet invité

Ce billet est, au départ, une réaction à celui de Paul intitulé « Propos indécents », du 15 mars dernier. Plus précisément, j’ai souhaité rebondir sur sa constatation de la vanité des calculs de probabilité des risques lorsque les occurrences des évènements redoutés sont trop rares pour donner prise à un calcul statistique pertinent.

Il est particulièrement hasardeux d’assigner une probabilité à un évènement qui ne s’est jamais produit, même si on est capable de l’imaginer. J’en donne en annexe deux exemples qui peuvent nous concerner en France.

Cependant, une fois ceci posé, il faut bien constater que notre industrie a fait pousser un peu partout  des installations hautement dangereuses. Si les installations nucléaires en sont probablement le plus beau fleuron, elles ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt chimique : nous avons dans l’hexagone toute la camelote requise pour réitérer Bhopal ; même notre principale source d’électricité renouvelable, les grands barrages hydrauliques, a déjà fait la démonstration, chez nous et ailleurs, de son potentiel destructeur.

La situation étant ce qu’elle est, avec certainement toute une escadrille de « cygnes noirs » prêts à fondre sur nous on ne sait quand, la question que je pose est : qu’est-ce qu’on fait maintenant, concrètement ? L’explorer est le but de ce billet.

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L’actualité de la crise : UN PLAN « B » EUROPEEN ?, par François Leclerc

Billet invité

Leur sommet terminé, après avoir été bousculés par l’actualité portugaise, les dirigeants européens se sont congratulés pour avoir réussi à adopter un « pacte pour l’euro », ainsi que les grandes lignes du mécanisme du MES, le fonds de stabilité financière qui succédera en 2013 au mécanisme provisoire actuel, à propos duquel rien n’a d’ailleurs été décidé.

« On peut dire que beaucoup a été fait », s’est exclamée Angela Merkel, satisfaite d’avoir obtenu l’étalement des versements au MES qu’elle réclamait, avant d’affronter dimanche ses électeurs pour une élection régionale d’importance. Et de faire face à une virulente campagne dans la presse allemande, sur le thème des promesses faites à l’occasion du passage à l’euro et non tenues ou de l’addition que les Allemands vont devoir payer pour les autres.

Une toute autre leçon va-t-elle continuer longtemps à être éludée ? Les programmes d’austérité et de renflouement des banques, auxquels les pays européens sont contraints, les envoient les uns après les autres dans le décor, c’est à dire au purgatoire. Ils impliquent des sauvetages successifs et au bout du compte une mutualisation de la dette qui ne parvient pas à être mise en place, n’existant dans l’avenir qu’assortie de conditions toujours aussi expéditives.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 25 MARS 2011

« Le capitalisme à l’agonie » (Fayard 2011)

Rassembler dans un livre les idées qui s’élaborent sur le blog
Aller les défendre ensuite à l’occasion de sa parution
… ce qui crée l’ébauche du livre suivant
Inventer un monde nouveau contre celui qu’on a essayé de nous vendre
L’auteur lui joue un rôle de catalyseur

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L’actualité de la crise : VOUS AVEZ DIT ARISTOCRATIE ?, par François Leclerc

Billet invité

Parmi les idéologues qui, en toute indépendance d’esprit, pilotent la Banque centrale européenne (BCE), il n’est plus besoin de présenter son président, Jean-Claude Trichet, ou celui qui devait lui succéder, Axel Weber. En revanche, Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire, gagne a être lu.

Dans une interview au Monde daté de vendredi, il vient de résumer en une seule phrase la principale conclusion qu’il tire de la crise financière, caractérisée par une hypertrophie de la dette privée : « les pays doivent être moins libres d’émettre de la dette ».

Pour y parvenir, sa vision de l’avenir s’appuie sur deux piliers : l’automaticité des sanctions affectant les pays abusant de la « flexibilité d’augmenter les déficits publics », et la création d’une « agence européenne de la dette indépendante » (sur le modèle de la BCE), « qui lèverait les fonds à la place des États ». Ceux-ci perdraient donc leur indépendance fiscale au profit d’un organisme inaccessible et probablement aussi opaque que ne l’est la BCE.

Il a été rarement explicité avec autant de clarté les rêves les plus fous des néo-libéraux.

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L’actualité de la crise : DESSOUS DES CARTES, par François Leclerc

Billet invité

A quoi tiennent parfois les choses ! L’avenir de l’Europe et de l’euro est désormais prisonnier des péripéties de la vie politique allemande, au fil des élections régionales qui se succèdent et que la coalition au pouvoir semble continuer à devoir perdre.

L’intelligence de la crise de la dette européenne et de sa solution se résumant pour Berlin à l’impérieuse nécessité de réduire par tous les moyens les déficits publics, il en découle deux conséquences qui éclairent les épisodes en cours, le gouvernement étant dans l’obligation d’être exemplaire sur ce terrain.

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