LA SITUATION A FUKUSHIMA (IV), par François Leclerc

Mise à jour n°116 (lundi 13h35)

Selon l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN), la contamination radioactive va s’étendre sur « des zones considérables », des taches sont déjà constatées au-delà de la zone des 30 kms.

La gestion des territoires contaminés va, selon elle, « prendre des années sinon des décennies ».

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Mise à jour n°115 (lundi 12h39)

La radioactivité des masses d’eau contaminées découvertes dans les sous-sols des réacteurs serait la suivante  : réacteur n°2 = 1.000 millisieverts – n°3 = 750 millisieverts – n°1 = 0,4 millisieverts.

Dans les deux premiers cas, la très forte radioactivité rend particulièrement problématique l’évacuation de cette eau contaminée ainsi que la reprise des travaux préalables au redémarrage des installations de refroidissement.

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Mise à jour n°114 (lundi 12h09)

La température est en train de monter au sein du réacteur n°1, ce qui avait déjà conduit l’opérateur à augmenter le débit de l’injection d’eau. L’enjeu est dans l’immédiat de ne pas devoir procéder à des rejets de gaz contaminés dans l’atmosphère afin de soulager la pression interne et d’éviter une explosion.

L’élévation de la température résulte de la fusion du combustible, qui se poursuit donc.

Quant à elle, l’évacuation des eaux contaminées du réacteur n°2 se heurte actuellement à l’absence de solution de stockage, pour lequel une solution est recherchée.

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Mise à jour n°113 (lundi 11h14)

De l’eau hautement radioactive a été découverte à l’extérieur du bâtiment du réacteur n°2, dans des puits de regard d’une tranchée souterraine débouchant à l’extérieur de celui-ci, à 60 mètres du bord de mer. Le niveau est supérieur à 1.000 millisieverts par heure (1 sievert).

L’eau découverte dans les réacteurs n°1 et 3 est nettement moins radioactive.Correction : 0,4 sievert au n°1, la mesure n’a pas pu être possible au n°3 étant donné les décombres, d’après l’opérateur. Il en ressort que la situation au sein du réacteur n°2 est particulièrement critique. Et que l’évacuation de l’eau qui s’y est répandue sera une autre affaire que celle du réacteur n°1, en cours.

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Mise à jour n°112 (lundi 10h38)

Au mieux, la catastrophe s’annonce pour durer longtemps, accompagnée de la menace permanente du basculement dans une nouvelle horreur. Et de l’accroissement encore à venir de la pollution dans de très vastes zones autour de la centrale.

Dans des conditions de radioactivité qui n’ont pas été précisées, le travail d’évacuation de l’eau des sous-sols du réacteur n°1 a recommencé. Elle est évacuée par trois pompes auxiliaires dans un réservoir non identifié situé dans le bâtiment lui-même.

Les autorités japonaises de sûreté nucléaire ont reconnu que l’eau hautement contaminée qui s’est répandue dans les sous-sols du groupe des réacteurs « pourrait provenir » d’une fuite du réacteur n°2. Selon elles, elle « pourrait » avoir fuit vers la mer. Elle résulterait – toujours selon les autorités – de la fonte de cartouches de combustibles et proviendrait de vapeurs d’eau contaminée et non pas d’une fuite de la cuve.

Un nouveau prélèvement dans la mer a fait apparaître lundi une contamination élevée de l’eau en iode 131, soit 1.150 fois la valeur maximum autorisée. Il est donc confirmé que la zone polluée est étendue, cette nouvelle mesure ayant été effectuée dans un échantillon d’eau prélevé devant les réacteurs n°5 et 6, où aucun dysfonctionnement n’est enregistré, distant d’un kilomètre et demi du groupe des 4 autres.

Pour la première fois, Tepco a demandé « l’appui » d’EDF, Areva et le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique). Le gouvernement japonais à « interdit » à Tepco de renouveler l’erreur d’analyse qu’il a commise la veille, qui reste douteuse.

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Mise à jour n°111 (dimanche 17h02)

De jour en jour, de nouveaux événements alarmants se succèdent et s’enchaînent sans répit, dont les précédents – toujours non maîtrisés – sont à l’origine. Les zones d’ombre relatives à telle ou telle situation critique et potentiellement dévastatrice ne sont pas résorbées. La liste des questions s’allonge, pas celle des solutions.

La contamination radioactive s’amplifie fortement et irrésistiblement et ne peut que se répandre plus largement. Aucune perspective de la stopper n’est évoquée. L’accès aux installations est de plus en plus dangereux, voire pour certaines d’entre elles impossible. Le rythme des travaux en cours se ralentit.

Progressivement, ce qui restait de contrôle limité et précaire de la situation semble échapper des mains des techniciens et pompiers qui travaillent dans des conditions dantesques. Les problèmes sans solution s’accumulent tandis que se rallongent les délais prévisibles de remise en état des installations de refroidissement, qui témoignerait d’un début de reprise en main de la situation.

La question doit être posée : une dérive sur le mode actuel est-elle pratiquement tenable longtemps, si aucun nouvel incident irrémédiable ne venait l’interrompre ? Quelle alternative pourrait être sinon envisagée ?

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Mise à jour n°110 (dimanche 11h34)

Toutes précautions de Tepco et des autorités mises à part, la situation dérape fortement sur le site, l’ampleur de la catastrophe étant sous-estimée, une fois l’ensemble des accidents successifs mis bout à bout.

Dans la logique infernale de la contamination élevée de l’eau constatée dans les sous-sols de plusieurs réacteurs, il a été constaté une augmentation importante de celle de la mer. Depuis le précédent relevé de vendredi, La présence d’iode 131 est passée de 1.250 à 1.850 fois la limite autorisée.

Avant que l’évacuation de la centrale ne soit décidée, les techniciens s’efforçaient de mettre en service des pompes auxiliaires, afin de réaliser les injections d’eau douce dans les réacteurs n°1, 2 et 3 avec le minimum de présence humaine aux alentours immédiats des réacteurs. Dans le but de s’installer dans la durée, les doses cumulées de radioactivité absorbées par les quelques 700 techniciens mobilisés augmentant (à des niveaux non divulgués).

L’évacuation de l’eau contaminée pose par ailleurs des problèmes dont la solution retenue n’a pas été expliquée : par quel moyen l’évacuer, une fois pompée, pour la stocker où ensuite ? Il est en effet exclu, à ce niveau de contamination, d’utiliser des camions-citerne.

Le directeur général de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) a déclaré de son côté que le Japon est « encore loin d’avoir surmonté l’accident ». L’alerte pourrait selon lui durer des semaines, et même des mois.

Le problème le plus préoccupant provient selon lui des barres de combustible stockées dans les piscines de refroidissement en contact direct avec l’atmosphère, et particulièrement la piscine n°4, qui comprend une très grande quantités de barres, le réacteur ayant été déchargé.

Il a également exprimé sa crainte que les opérations d’injection d’eau dans les réacteurs n’aient pas réussi à les refroidir suffisamment et à empêcher que le combustible ne prenne feu.

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Mise à jour n°109 (dimanche 7h47)

La centrale a du être une nouvelle fois évacuée, après le démarrage des travaux de pompage de l’eau radioactive découverte dans les sous-sols des bâtiments des turbines de plusieurs réacteurs. Après avoir probablement fuit par une ou plusieurs vannes ou tuyaux défectueux, en provenance du cœur d’un ou de plusieurs réacteurs ayant connu un début de fusion dégageant des radio-éléments hautement radioactifs.

Une nouvelle course contre la montre, l’évacuation de l’eau avant qu’elle ne soit pas trop contaminée, a été pour le moment perdue. La progression de la contamination de l’eau en l’espace d’une journée témoigne de l’importance des fuites radioactives.

Une très forte augmentation de la radioactivité a été mesurée dans un échantillon de l’eau à la base du réacteur n°2 : 1.000 millisievert par heure. Des taux de plusieurs centaines de millisieverts ont été enregistrés autours des réacteurs.

Une première pompe avait été installée au réacteur n°1. Deux autres devaient l’être, en raison du volume d’eau à évacuer. L’interruption des travaux est intervenue avant qu’une pompe ne soit installée au réacteur n°2.

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Mise à jour n°108 (samedi 16h58)

Le nouveau point quotidien de la situation de l’IRSN – à 10 h (Paris) – n’apporte pas d’élément modifiant l’appréciation de la situation.

Si les réacteurs n°1 à 3 sont désormais refroidis à l’eau douce, ainsi que les piscines – y compris la piscine commune de désactivation – les dangers dus à une présence massive de sel dans les cuves des réacteurs n’ont pas disparu pour autant.

Si la pression dans le réacteur n°1 semble maîtrisée, n’impliquant plus de rejets radioactifs dans l’atmosphère, la rupture d’étanchéité des enceintes de confinement n°2 et 3 contribuent toujours à la poursuite de ces rejets.

L’état du combustible et de la cuve du réacteur n°3 reste inconnus. Le combustible du réacteur n°1 a connu une fusion importante [rappelant pour l’instant et de ce point de vue l’accident de Three Mile Island, qui s’était terminé sans rupture de la cuve].

La présence d’importantes masses d’eau contaminée dans les salles des machines des réacteurs n°1 à 3 contribue à ralentir les travaux d’inspection des installations, malgré que l’électricité ait été rétablie dans les salles de contrôle de ces réacteurs. [La radioactivité de cette eau s’accroît avec le temps, ce qui implique de la pomper le plus vite possible. Pas d’information à ce propos].

L’INRS évoque la possibilité que cette situation de grande précarité puisse se poursuivre ainsi pendant « des semaines, voire des mois », non compte-tenu de possibilités d’aggravation.

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Mise à jour n°107 (samedi 10h30)

La contamination dans la zone comprise entre un rayon de 20 et 30 kms autour de la centrale, où continuent de vivre plus ou moins confinés des dizaines de milliers d’habitants, est périlleuse. Non seulement en raison du niveau de radiation enregistré, qui en un jour dépasse la limite annuelle acceptable, mais à cause de sévères difficultés d’approvisionnement.

Les secours ne sont pas livrés, les camions ne pénétrant pas dans la zone. Les habitants doivent se rendre dans les villes les plus proches pour acheter de la nourriture. Mais l’essence manque également pour s’y rendre et les queues aux stations service s’allongent.

Le gouvernement a incité les habitants de la zone à la quitter, sans organiser leur évacuation.

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Mise à jour n°106 (samedi 09h30)

La centrale contamine son environnement de manière incontrôlée et dans des proportions très supérieures à précédemment annoncé.

Sur le site, cela pourrait encore ralentir, voire stopper, les travaux en cours afin de rétablir le refroidissement des installations. Dans la mer, les effets de la contamination ne sont pas maîtrisés.

Selon des relevés effectués vendredi dans la mer à 330 mètres du rivage, le niveau d’iode 131 est 1.250 fois supérieur à la norme légale et celui du césium 137 est 80 fois supérieur (Autorité de sûreté nucléaire japonaise). Ces niveaux sont en augmentation en très forte proportion par rapport aux précédents qui ont été annoncés.

Greenpeace a annoncé qu’elle allait effectuer des mesures hors de la zone d’exclusion de 20 km autour de la centrale : depuis le début, « les autorités ont en permanence donné l’impression de sous-estimer à la fois les risques et l’étendue de la contamination radioactive ».

Dans la centrale, un important épanchement d’eau radioactive de 40 centimètres a été tardivement découvert dans le sous-sol du bâtiment abritant les turbines (pompes) du réacteur n°1. Dans ceux des réacteurs n°2 et 4, c’est respectivement un mètre et 80 centimètres d’eau qui ont été découverts, en cours d’analyse radiologique, selon Tepco. Les volumes estimés ne sont pas précisés.

L’opérateur admet ne pas savoir d’où provient cette fuite eau, mais envisage qu’elle pourrait provenir de tuyaux ou de valves reliant les réacteurs aux turbines. Mais il est aussi très possible – bien que considéré comme peu vraisemblable par l’opérateur – que la contamination de l’eau puisse provenir d’une rupture d’une ou même de deux cuves de réacteurs (n°1 et 3).

Tepco s’efforce d’évacuer l’eau découverte, sans indiquer ni les moyens employés, ni sa destination.

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Mise à jour n°105 (vendredi 20h40)

L’évolution de la situation catastrophique de la centrale conduit à se poser de nouvelles questions, au fur et à mesure de ses rebondissements.

La situation du réacteur n°3 concentre toutes les attentions, car une rupture avérée de la cuve du réacteur serait une première dans l’histoire des accidents intervenus dans les centrales nucléaires. L’inconnue n’étant pas seulement la résistance de la dalle de béton, ultime barrière avant les sols, sur laquelle le corium se répandrait, mais la propagation dans l’atmosphère de plutonium, notamment, l’enceinte de confinement n’étant plus étanche.

Après avoir évoqué cette possibilité, l’opérateur a affirmé qu’il n’en était rien, mais sa crédibilité est très relative.

La seconde interrogation concerne la contamination du site, non seulement par des rejets gazeux radioactifs provenant de fuites dans les enceintes de confinement, mais également d’eau contaminée répandue sur le sol de certaines installations, en particulier les bâtiments qui abritent les pompes. L’ensemble rend de plus en plus problématique la poursuite des travaux de remise en état de celles-ci et des circuits de refroidissement, ainsi que leur alimentation électrique.

Or le cœur de trois réacteurs connaît une fusion partielle et l’on peut se demander si les injections d’eau effectuées avec les moyens du bord pourront l’endiguer longtemps, alors que l’opérateur parle désormais de semaines, et même de plus d’un mois, avant de pouvoir remettre les installations de refroidissement en marche. C’est un second énorme facteur d’incertitude.

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430 réflexions sur « LA SITUATION A FUKUSHIMA (IV), par François Leclerc »

  1. Est-ce que TEPCO et le gouvernement japonnais ont-ils complètement perdu les pédales???
    Ce qui ne serai pas étonnant, les Japonnais ne connaissant pas de moyen terme entre la passivité moutonnière et l’hystérie la plus débridée.

    Je m’explique. La presse mondiale a relayé la prise d’arme à propos de la dose de flotte 10 000 000 de fois supérieure à la normale.
    Or,
    La dose annoncée(et confirmée) est de 1 Sievert. Soit 1000 millisievert, soit 1000 000 de microsievert.
    Et,
    La dose normale de l’eau par l’IRSN est de 0,1 microsievert.

    Donc, 1000 millisievert, ça fait bien 10 000 000 de fois 0,1 microsievert.

    Faut arrêter la moquette irradiée.

    1. « Faut arrêter la moquette irradiée. »…La phrase qui tue (*!*)…A bonne entendeur fumeur salubrité nationale…(« ! »)

    1. Notez qu’ils parlent encore et toujours d’un « incident ». Après quatre réacteurs au tapis !!

  2. 1. Votre mise à jour n°118
    Il est maintenant affirmé – car « aucune donnée ne le prouve » – que des fissures ou trous dans la cuve d’un réacteur ne pourraient être à l’origine de cette radioactivité.

    2. Warning : l’IRSN « affirme » en fait le contraire dans son rapport d’aujourd’hui (sans parler de trous, mais…)
    La présence d’eau contaminée dans les bâtiments turbine des 3 réacteurs met en évidence que des fuites importantes de l’eau contenue initialement dans la cuve du réacteur ont lieu. Ce constat confirme les suspicions d’inétanchéité des enceintes, etc.

    1. Exact !

      Ma mise à jour est antérieure à la mise en ligne de la note quotidienne de l’IRNS. Ma propre affirmation provenait de celle des autorités japonaises, effectivement contradictoire, et ma formulation était faite pour en douter, vu l’argumentation utilisée et rapportée.

      Voilà ce qu’écrit l’IRNS dans sa note : « Ce constat confirme les suspicions d’inétanchéité des enceintes ou des circuits de refroidissement des réacteurs n°2 et 3. L’eau très fortement contaminée détectée dans le bâtiment turbine n°2 pourrait provenir du tore situé en partie basse du bâtiment réacteur n°2 qui a vraisemblablement été fortement endommagé lors de l’explosion du 15 mars. »

  3. Les mises à jour deviennent de véritables casses-têtes, à la fois pour ceux qui les rédigent et pour ceux qui les lisent et il me semble même pour ceux qui devraient fournir toutes les informations que le monde exige.

      1. CNN: March 28th, 2011
        11:56 AM ET : il y aurait 3 types de plutonium trouvés sur le site .

      2. @quelqu’un
        Oui cela m’a étonnée également j’ai posé la question sur Fukushima V le nouveau fil de F. Leclerc.
        Pour les 3 plutonium il semble qu’il y en ait plusieurs avec de numéros différents qui peuvent être générés par un réacteur nucléaire.

    1. Les isotopes du plutonium apparaissent dès les premiers jours de fonctionnement du combustible. En trouver au sol n’est pas bon signe mais ça peut tout aussi bien provenir du coeur que des piscines qui contiennent du combustible usagé, dont le toit a sauté (pour les 1 et 3), donc détruit les enveloppes mécaniques.

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