Yoda impatient : Le « trou de ver » du chercheur mûr, par Timiota

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

La sagesse vient-elle au chercheur qui parvient à la cinquantaine ? Peut-il enfin, libéré des questions de carrière, faire son « maître Yoda », utiliser son expertise pour explorer enfin à fond ce qu’il maîtrise si bien ? C’est ce qui semblerait le mieux dans une majorité de cas. Mais, oublions même les financements et considérons seulement la récompense en termes de reconnaissance scientifique : je veux parler du fameux « facteur h ».

Pour ceux qui ne connaissent pas le « facteur h » ou Hirsch factor, voyez l’explication qu’en offre Wikipedia.

Dans une bonne carrière scientifique, ce facteur avoisine 40 typiquement à l’âge mûr : 6 à 12 papiers par an dans la période prolifique (33-50 ans en très gros), soit en tout un package de 150+/-50 dont les 40 meilleurs seront cités plus de 40 fois. Arrivé à ce niveau, le risque de stationner est grand : même avec de l’excellent travail, notre chercheur n’est cité que par ses collègues mondiaux aux thèmes proches : ça laisse le h au niveau 40 car il n’y a pas vraiment plus de 10-20 labos pour le citer, chacun 1 ou 2 fois, tout ça dépasse rarement 30-35 citations au bout de 3 ans, puis ça n’augmente plus. Donc les papiers du « bon chercheur » vont faire dans l’histogramme de la bibliométrie un bourrelet de nombre de citations N sous le fameux seuil h.

Et que vous le vouliez ou non, cela vous ramène un sentiment de demi-échec.

Continuer la lecture de Yoda impatient : Le « trou de ver » du chercheur mûr, par Timiota

Partager

POUR UNE MÉDECINE PRÉVENTIVE, par Jean-Paul Vignal

Billet invité

Nous vivons actuellement dans un système qui se préoccupe beaucoup de soigner des malades, et beaucoup moins de maintenir la population en bonne santé, essentiellement pour des motifs économiques : le puissant secteur de la santé assure l’essentiel de ses revenus en soignant des malades, et qui, sauf diversification majeure dans des domaines tels que l’alimentation, l’activité physique, le bien-être ou l’hygiène de vie, aurait beaucoup de mal à maintenir ses revenus et ses marges si l’on retenait systématiquement une approche préventive de la santé en lieu et place de l’approche curative qui prévaut actuellement.

En simplifiant à l’extrême, tant que l’on ne comprend pas comment une personne devient malade, la seule chose que l’on puisse faire en dehors d’invoquer les esprits ou des forces surnaturelles c’est de soigner ceux qui ont la malchance de l’être. Par contre, dès que l’on comprend la séquence qui déclenche la maladie, on peut tenter de la prévenir. L’exemple type est la vaccination.

Continuer la lecture de POUR UNE MÉDECINE PRÉVENTIVE, par Jean-Paul Vignal

Partager

CHRÉODE ET CATASTROPHISME APOCALYPTIQUE, par Olivier Brouwer*

Billet invité

Bonjour Paul Jorion,

Ceci est une réaction à votre billet du 19 juillet, « COMMENT J’AI APPRIS À AIMER LE CATASTROPHISME APOCALYPTIQUE », après avoir écouté les interventions de Jean-Marc Lévy-Leblond et de Pascal Bruckner.

Et je dois bien le dire : là, ça commence à devenir intéressant !

À quel destin l’humanité est-elle promise ? Je parie d’ailleurs, en aparté, que c’est l’objet du prochain opus BD que vous nous préparez et qui à ce stade s’intitulerait « Après l’espèce ».

Continuer la lecture de CHRÉODE ET CATASTROPHISME APOCALYPTIQUE, par Olivier Brouwer*

Partager

L’ILLUSION DU CONCEPT DE DESSEIN, par Fabien Villard

Billet invité. À propos de : LE PROCESSUS « CULTUREL » DE REPRODUCTION / SÉLECTION « NATURELLE » par Jean-Baptiste Auxiètre et Paul Jorion.

Ah le joli texte que voilà ! Enfin révélée, l’illusion du concept de dessein, aussi illusoire que celui de dieu. Tout concourt aujourd’hui à nous en convaincre : les expériences de Libet (1), bien sûr, mais aussi les explications de Pascal Boyer (2) sur la structure logique du cerveau, la meilleure compréhension de ses fonctionnements et de leurs origines évolutionnaires, les analogies de Hofstadter et Sander (entre autres) (3), l’hypothèse mémétique (Blackmore (4), Dennett…), les réflexions sur l’émergence et sa capacité à expliquer des comportements complexes par une collection de comportements simples (5), et surtout notre capacité structurelle et évolutive à raconter des histoires, à créer l’histoire « a posteriori ».

Vous posez les deux questions qui découlent et commencez à y répondre par la voie politique, ce qui est naturel évidemment. Il y a un complément indispensable à cette réflexion : la conception. Elle permet de fabriquer, comme un sous-produit, les éléments de communication nécessaires. Elle y apporte la cohérence, la clarté des messages, et les moyens de filtrer les contenus en fonction des intentions de communication. Elle permettrait sans doute aussi de sélectionner différemment les choses, pas sur ce qui marche, mais sur ce qui nous intéresse en vertu de principes (par exemple démocratiques ?).

Continuer la lecture de L’ILLUSION DU CONCEPT DE DESSEIN, par Fabien Villard

Partager

LE PROCESSUS « CULTUREL » DE REPRODUCTION / SÉLECTION « NATURELLE », par Jean-Baptiste Auxiètre et Paul Jorion

Quand Darwin parle de « sélection naturelle », le processus implicite, sans lequel il ne pourrait y avoir sélection de certaines des combinaisons obtenues, est bien entendu la reproduction qui s’opère elle à proprement parler naturellement, c’est-à-dire mécaniquement.

Il en va en réalité de même pour ce que fabrique l‘homme : il ne produit pas véritablement à dessein, il produit au contraire « tout », c’est-à-dire l’ensemble de toutes les combinaisons possibles et, toutes les combinaisons qui « fonctionnent » trouvant nécessairement un acheteur, elles sont reproduites.

L’homme se contente de poursuivre, de manière « culturelle » et il faut entendre par cela, simplement : « au-delà du biologique », la dynamique de la sélection naturelle. Par ailleurs, l’homme se révèle incapable d’exercer le moindre contrôle, la moindre maîtrise, sur ce processus « culturel » de reproduction / sélection « naturelle », l’épithète « naturelle » renvoyant précisément à l’absence de choix, au fait que tout est tenté, et que tout ce qui « fonctionne » est reproduit.

Bien sûr, comme pour notre destin individuel et ses multiples péripéties, nous, êtres humains, sommes toujours capables de produire a posteriori un discours justificatif mettant en scène une intention préalable, un « but », que l’effet produit et constaté aurait en fait « réalisé », et un « choix » opéré entre différents buts possibles (*). Pour vous en convaincre, consultez votre quotidien imprimé ou en ligne, où vous trouverez des justifications érudites des O.G.M., du nucléaire civil, des armes de destruction massive, physique, chimique, et aujourd’hui, biologique, etc. en dépit du fait qu’avec eux le péril pour l’espèce grandit à chaque jour qui passe.

Continuer la lecture de LE PROCESSUS « CULTUREL » DE REPRODUCTION / SÉLECTION « NATURELLE », par Jean-Baptiste Auxiètre et Paul Jorion

Partager

DES FOURMIS ET DES HOMMES, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

Bunuel

Un Chien andalou, Buñuel/Dalí, 1929

Avertissement : ce texte est une manière d’apologue animalier qui verse de propos délibéré dans l’anthropomorphisme.

Sur la côte Est des États-Unis, près de Fort Sumter, par exemple, en Caroline du Sud, dans cette contrée placide où les hommes ont assez de savoir-vivre pour ne s’entretuer que parce que la loi les y autorise, il arrive fréquemment aux promeneurs de croiser la route de Protomognathus americanus, vulgairement appelé fourmi esclavagiste. L’unique occupation de Protomognathus consiste à razzier les fourmilières voisines de la sienne afin d’y dégoter les pupes (équivalent chez les diptères des nymphes des lépidoptères) les plus prometteuses. Cette hyperspécialisation lui vaut d’être considéré par certains entomologistes évolutionnistes comme une espèce condamnée. À peine écloses, les captives n’ont pas le temps de s’étonner du changement de décor et de regretter la compagnie des leurs. Leurs ravisseuses les mettent aussitôt à la tâche, tâche multiforme qui comprend le service de la reine, l’entretien de sa pouponnière et la sustentation de toute la colonie, car si les raids forment des pillardes habiles, ils les rendent inaptes à toute autre activité, même élémentaire.

Continuer la lecture de DES FOURMIS ET DES HOMMES, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Partager

JEAN-MARC LÉVY-LEBLOND – RENCONTRES SCIENCE ET HUMANISME 2013, Ajaccio

Voici la vidéo de l’intervention de Jean-Marc Lévy-Leblond lors des Rencontres Science et Humanisme à Ajaccio, abordant la question « La pensée scientifique a-t-elle un avenir ? ». L’intervention de Paul Jorion lors de ces rencontres est toujours visible ici.

Partager

Nous les azo-cyborgs, par timiota

Billet invité.

Je commente le billet de Jean-François Le Bitoux : De quoi les marées vertes sont-elles le message ?, en particulier sur la question des nitrates, en montrant à sa façon en quoi elle est un impensé.

Si cette réflexion sur l’écologie en baie bretonne et les nitrates me parait très pertinent dans son message et ses lignes générales (un retour intelligent au « hands on »), il me semble que l’humanité n’est pas très consciente de l’énorme modification que MM. Haber et Bosch nous ont permis de faire dans le cycle de l’azote depuis 1913 (voir les écrits de Vaclav Smil, par exemple celui-ci ou encore celui-là – avec mes remerciements à « blob » pour ces liens).

On n’en est pas conscient car bien sûr il n’y a strictement aucun manque d’azote possible ou imaginable, vu ce que dame atmosphère en contient (et que, de plus, on n’utilise pas pour respirer). Ce sont des gens comme Liebig qui ont compris que les plantes manquaient d’azote assimilable, et on y pourvoyait par les fumures (urée, etc.), le guano (« beancake » en Chine), le nitrate des mines chiliennes d’Atacama (eh oui, s’il fait humide, le nitrate migre dans tous les sols et murs poreux, c’est le salpêtre), recherché avant la guerre de 1914.

Continuer la lecture de Nous les azo-cyborgs, par timiota

Partager

DE QUOI LES MARÉES VERTES SONT-ELLES LE MESSAGE ?, par Jean-François Le Bitoux

Billet invité

Étiologie des marées vertes bretonnes, réinterprétation du rôle des nitrates. Pourquoi remettre en question un consensus mou, largement partagé faute d’hypothèse de travail plus solide ?

L’impression première est que tout un chacun peut avoir accès sans effort aux arcanes de la biologie. L’objectif de cette contribution est de montrer que cette impression est fausse. Pour le chercheur, faire le tri dans toutes les données d’observation est un exercice d’une grande difficulté. Les difficultés sont telles que les plus grands peuvent déraper. La simplification à outrance de concepts biologiques complexes souvent transmis sous cette forme aux médias peut avoir des conséquences dommageables.

Hervé Le Guyader dans « La complexité de la biologie à l’aune du langage naturel », Partager la science. L’illettrisme scientifique en question (Actes Sud/IHEST, 2013), p. 135

Un rapport officiel sur l’étiologie des marées vertes constate que les nitrates d’origine agricole sont la cause essentielle des marées vertes en Bretagne : Bilan des connaissances scientifiques sur les causes de prolifération des macro-algues vertes – Application à la situation de la Bretagne et propositions (2012), 147 pages.

Ce rapport est une synthèse de documents plus anciens ; il a pour but de clore toute controverse sur le thème et de justifier une politique visant à limiter les apports d’engrais dans les bassins versants limitrophes.

Ce faisant, le problème devrait se résoudre de lui-même et Gaïa et ses océans devraient récupérer leur capacité naturelle d’autoépuration ; dans 15 ou 20 ans ? Rien n’est moins sûr car d’autres catastrophes plus conséquentes auront probablement remplacé ces marées vertes si on n’a pas appris auparavant à corriger certaines impasses écologiques que nous construisons au quotidien et dont les marées vertes ne sont qu’un exemple somme toute mineur – si l’on observe ce qui se passe sur certaines plages chinoises cet été 2013.

Continuer la lecture de DE QUOI LES MARÉES VERTES SONT-ELLES LE MESSAGE ?, par Jean-François Le Bitoux

Partager

COMMENT J’AI APPRIS À AIMER LE CATASTROPHISME APOCALYPTIQUE

Deux exposés hier à « Penseurs d’avenir » au Lazaret d’Ajaccio : celui de Pascal Bruckner consacré à La passion de la peur et celui de Jean-Marc Lévy-Leblond, répondant à la question : La pensée scientifique a-t-elle un avenir ?

La thèse de Pascal Bruckner est que la pensée unique serait aujourd’hui le catastrophisme apocalyptique jouant de manière irrationnelle avec notre prédisposition trop naturelle à la peur.

L’exposé s’apparentait à ces exercices de style que l’on impose aux collégiens surdoués : de devoir démontrer une thèse paradoxale telle que « Les vices sont en réalité des vertus, et les vertus, des vices », ce à quoi, comme l’on sait, s’applique le monde financier depuis deux siècles et demi. Dans un cas comme dans l’autre, Bruckner et les banquiers, la démonstration est astucieuse et souvent brillante, mais la conclusion échoue à convaincre.

J’ai posé à Bruckner la question suivante. Les êtres humains disposent d’une centaine d’années tout au plus. Leur vie est menacée tout ce temps. Normal qu’ils aient parfois peur. L’espèce existe elle depuis plus d’un million d’années. Imaginons que la conscience soit attachée à l’espèce plutôt qu’à l’individu, l’espèce aurait-elle raison aujourd’hui d’avoir peur ?

Réponse de Bruckner : il y a en réalité deux peurs, l’une est mauvaise et l’autre salutaire. Celle de l’espèce est justifiée et salutaire. Fort bien. Mais si les mots ont en réalité deux sens opposés, tout paradoxe n’est-il pas aisément prouvé ?

Ce que Jean-Marc Lévy-Leblond nous a proposé, c’est la lecture du chapitre consacré à la science au XXIe siècle, extrait d’un ouvrage publié un siècle plus tard.

Quiconque imagine que le catastrophisme apocalyptique constitue la pensée unique d’aujourd’hui aurait mieux fait de se trouver au Lazaret d’Ajaccio hier soir. La stupeur qui saisit l’auditoire souligna son impréparation à ce qu’il s’entendit dire. Pour la plupart d’entre nous, le monde de Mad Max, c’est encore toujours du cinéma et non le portrait de ce qui nous pend au nez.

Nous avons reparlé lui et moi ce matin du scénario qu’il a présenté hier soir. Le mot qui m’est venu pour le qualifier est celui de « chréode », le mot qu’utilisait C.H. Waddington pour un chemin tout tracé au sein d’une dynamique. Il est possible d’échapper à une chréode mais cela demande un apport énergétique considérable. À bon entendeur, salut !

Partager

De l’intérêt des centres de recherche interdisciplinaire (CRI)

, par Bernard Hennion

Billet invité.

Un groupe de chercheurs curieux constatant la sclérose de créativité des chapelles ultra-pointues monochromes de recherche, et voulant en sortir, avait organisé, aux Arcs, puis à Berder, des rencontres informelles (par cooptation-intérêt mutuel en fait) entre des chercheurs en médecine, en biologie, en mathématique, en physique, en éthologie, en épistémologie, en sociologie, en philosophie… Aucune discipline n’était rejetée en réalité…

Il y avait des exposés informels le matin. On mangeait ensemble, attablés par auto-curiosités mutuelles, et si possible en mélangeant les disciplines… Et on faisait des balades scientifiques dans le beau Golfe du Morbihan l’après-midi.

À Berder, il était explicitement demandé à chaque expert de tenter d’exposer, dans la langue de tout le monde, un travail d’autant plus difficile que leur sujet était plus ardu… Un fil directeur global très large pour la semaine, une sorte de thématique englobante horizontale était donnée deux mois avant
 (voici quelques exemples de telles thématiques englobantes très fécondes: le temps, le hasard, le bruit, la morphogénèse, les catastrophes, l’information, l’auto-organisation, la diffusion, les fractales, le vieillissement, les « flocks of… » (bancs de poissons, « vols » de certains oiseaux), l’émergence… etc.)

Continuer la lecture de De l’intérêt des centres de recherche interdisciplinaire (CRI)

, par Bernard Hennion

Partager

CAPITALISME, SCIENCE ET HUMANITÉ, Jacques Testart – Paul Jorion, à Morlaix, le 9 avril 2013 à 20h30

Les vidéos du débat avec Jacques Testart sont maintenant en ligne :

Continuer la lecture de CAPITALISME, SCIENCE ET HUMANITÉ, Jacques Testart – Paul Jorion, à Morlaix, le 9 avril 2013 à 20h30

Partager

Groupe vaudois de philosophie : Savoir financier et vérité, à Lausanne, le mercredi 13 février à 20h30

Affiche_Jorion_2013

Conférence exceptionnelle
de Paul Jorion, Anthropologue et économiste :
« Savoir financier et vérité : une relation ambiguë »

Cette conférence analysera le paradoxe qui traverse le discours économique dominant: Se présentant comme une science exacte grâce au recours massif à la modélisation et au calcul de probabilités, il se coupe en même temps de la démarche scientifique à proprement parler en renonçant à la vérification expérimentale. La description et les ambitions normatives y entretiennent des rapports pour le moins ambigus aux graves conséquences.

Mercredi 13 février, 20h30
Maison de Quartier sous-gare
(Avenue Édouard Dapples 50, Lausanne)

– entrée libre –

Résumé :

L’économie politique, qui prévaut jusqu’au troisième quart du XIXe siècle, est un discours de type scientifique, même si son recours aux mathématiques est éclectique parce que ad hoc, selon les nécessités de l’objet à modéliser. La « révolution marginaliste » qui intervient alors est paradoxale : elle permet à la « science » économique de présenter davantage les signes de la scientificité grâce au recours massif à la modélisation par le calcul différentiel, mais elle ouvre la voie à un éloignement de plus en plus prononcé de la démarche scientifique à proprement parler.

1) On attachera de moins en moins d’importance à la vérification expérimentale.
2) On pose en principe l’« individualisme méthodologique », qui implique la négation de processus collectifs émergents et nie tout pouvoir heuristique à la simulation, en contradiction avec les découvertes de la physique.
3) On pose en principe le postulat laplacien de connaissance parfaite de l’avenir à partir d’une connaissance parfaite du présent, là aussi en contradiction avec les découvertes de la physique.
4) L’homo oeconomicus « rationnel » n’est pas abstrait par l’observation empirique mais posé en principe normatif : il décrit des comportements qu’il convient d’adopter.
5) Certains économistes influents dont les travaux sont couronnés par un « prix Nobel d’économie », comme Friedrich von Hayek ou Milton Friedman, assignent à la « science » économique, un rôle hégémonique : la
« science » économique n’est pas descriptive mais vise à faire advenir un type de société identique à ses modèles qui n’ont pas été abstraits par l’observation empirique mais constituent des « types idéaux » à émuler.

Partager

LA VIE MANIFESTE, Paul Jorion, entretien

Ça ne date pas d’hier, cela date d’il y a exactement un an : du 24 janvier 2012. Mais c’est aujourd’hui que ça paraît sur La vie manifeste.

Il est beaucoup question de l’histoire de la pensée économique. Si vous avez la flemme de lire Misère de la pensée économique (2012) mais que vous avez deux heures devant vous, n’hésitez pas. Ceci dit, on y parle de beaucoup d’autres choses encore : d’Aristote-anthropologue, des prophètes (les vrais), etc.

Ça s’écoute ici.

San Francisco (1936), film de Woody Van Dyke.

Partager

LE SOLITON VU D’EN-HAUT

Dans Misère de la pensée économique (Fayard 2012), j’utilise comme image de la crise qui engage notre espèce dans un Grand Tournant qu’elle parviendra ou non à négocier victorieusement, le soliton, une lame de fond d’une hauteur inhabituelle constituée de la superposition accidentelle de plusieurs vagues de taille ordinaire : 1) l’aboutissement destructeur pour son environnement de la stratégie colonisatrice de notre espèce, 2) la complexité dont nous avons perdu la maîtrise, 3) la crise économique et financière due à la « machine à concentrer la richesse » inscrite au sein du capitalisme.

Voici une vue par satellite de quatre solitons clairement visibles à la surface de l’océan au Sud de la Thaïlande (les lignes quasi verticales à gauche du cliché).

Solitons

 

Partager

Du normal au pathologique en écologie, en politique et en économie, par Jean-François Le Bitoux

Billet invité. Un commentaire sur La Glue : POUR LES GENS PRESSÉS : TOUT JORION EN 3 PAGES.

Si seulement les gens pressés pouvaient être « touchés » par la lecture de 3 pages ? Mais la force de ce blog, des articles, des conférences et des livres, naît d’une expérience de 40 ans et d’une série de remises en question profondes qui dérangent les économistes classiques qui n’y retrouvent pas leurs fondamentaux. Déranger ne suffit pas, encore faut-il reconstruire avec de nouveaux éléments ! Quelle jouissance quand l’évolution vous donne raison ! Mais quelle rage quand vous voyez les dérives perdurer et nous enfoncer plus profondément !

Le Diable est toujours dans les détails. Et quand tout allait bien, pendant les 30 Glorieuses par exemple, où donc était planqué le Diable ; où a-t-il su se faire oublier ? Le Diable se fait oublier dans une vie plus facile. Non pas celle d’un État Providence mais une société de « bien-être », rêvée par des résistants rescapés. N’est-ce pas ce que signifie le mot welfare ?

Et dans la facilité, les dérives mineures sont tolérées – il faut être large d’esprit ! Mais quand des dérives mineures s’accumulent, elles deviennent tout naturellement la cause de pathologies majeures !

Continuer la lecture de Du normal au pathologique en écologie, en politique et en économie, par Jean-François Le Bitoux

Partager

CE QUI FONCTIONNE ET CE QUI NE FONCTIONNE PAS :
« COMMENT LA VÉRITÉ ET LA RÉALITÉ FURENT INVENTÉES » DE PAUL JORION
, par Vincent Eggericx

Billet invité. Ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas : « Comment la vérité et la réalité furent inventées » de Paul Jorion a été publié originellement sur le blog de Vincent Eggericx.

Louis Couturat, brillant philosophe écrasé par une voiture allant porter des ordres de mobilisation au moment du déclenchement de la première Guerre mondiale, disait dans sa Logique de Leibniz (1) que la philosophie était un cri. Le livre de Paul Jorion, Comment la vérité et la réalité furent inventées, s’inscrit dans cette lignée d’une philosophie-cri qui répond à l’appel du monde et le fait ressurgir sous les miroirs des fantasmagories logiques derrière lesquels danse, telle Salomé devant Hérode, cette antique passion humaine pour la démesure et pour la domination, l’hubris.

Livre passionnant que ce Comment la vérité et la réalité furent inventées, livre frondeur, fouineur, convoquant tous les fantômes qui ont participé à la création des artifices où se reflète le monde dans lequel nous vivons et qui l’organisent en retour ou lui font signe avec des mythes et des mystères, interpellant ces spectres, les questionnant, leur ouvrant la porte des cachots (Quine, Gödel, Cantor, Hilbert), les cantonnant au purgatoire (Platon, Kepler, Newton, Turing malgré tout), ou les élevant avec de solides arguments sur un trône (Aristote, Hegel, Kojève, les Aborigènes ou les Bunaq de Timor). En fonction de ses connaissances et, dirait Jorion, de ses « affects », le lecteur se passionnera pour tel ou tel point, lira certaines pages plus distraitement – les observateurs de Platon ne s’attarderont pas forcément sur les passages où Jorion parle de l’inventeur du mythe d’Er et auteur du Phèdre, du Timée, du Parménide (2) au prisme d’Aristote et de Kojève, ceux de La Partie et le tout, d’Heisenberg, auront une impression saisissante de déjà vu lorsque Jorion évoque les fameuses relations d’incertitude (3) mais seront souvent passionnés comme je l’ai été entre autres par la distinction qu’opère Jorion entre pensée symétrique (de connexion simple, sur le mode primitif, qui serait aussi celui, autre coïncidence, de la pensée orientale (4) et rappelle le fonctionnement du blog de Jorion où Bruce Springsteen côtoie Guillaume d’Ockham, Keynes, le gouverneur de la banque d’Angleterre, Kerouac, monsieur Dupont et Aristote), et antisymétrique (d’inclusion, de causalité, germe d’une hiérarchisation et d’une mathématisation du monde), par la manière dont il met en perspective la philosophie d’Aristote et des scolastiques, ou restitue dans son contexte la naissance du fameux théorème de Gödel (captivant !), dans ce grand mouvement de la fin du XIXème siècle qui voit s’élaborer sur le cadavre iconique du Dieu chrétien les géométries non euclidiennes et la théorie des ensembles de Cantor.

Continuer la lecture de CE QUI FONCTIONNE ET CE QUI NE FONCTIONNE PAS :
« COMMENT LA VÉRITÉ ET LA RÉALITÉ FURENT INVENTÉES » DE PAUL JORION
, par Vincent Eggericx

Partager

MONÉTISER LA RELATIVITÉ GÉNÉRALE DU PHYSIQUE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Monnaie : unité corporelle de la numération complexe

Martine Mounier avait parlé quelque part sur ce blog de la neutralité humaine de l’unité de compte monétaire. Neutralité du point de vue du compte de n’importe quelle matière réelle mais pas du point de vue de la substance physique, volontaire et spirituelle de la réalité comptée. Voici une proposition de théorisation mathématique de la neutralité humaine active de la monnaie. Proposition à discuter pour que les prix inhumains soient différentiables des prix porteurs de développement humanisant.

Le lecteur qui trouvera ce texte trop ardu peut juste en retenir la conclusion. La crise du XXIème siècle résulte sans doute d’un effondrement de la rationalité par privatisation numérique de la raison. La raison réduite à la quantité ne donne plus de sens aux relations. Les prix ne sont plus relatifs aux autres, aux choses et à l’explication des choses par les autres. La raison financière affranchie de la loi politique a simplement détourné les mathématiques pour interdire les prix de la réalité dans une guerre des égos.

Si la politique veut remettre l’économie du réel au service de la croissance humaine, elle doit reprendre son autonomie à connaître les sociétés humaines par le retrait du contrôle de la monnaie aux banquiers du crédit, de l’investissement et de l’assurance. La théorie de la numération complexe fournit un cadre scientifique rationnel à la réfutation des modèles financiers qui falsifient la monnaie. Les prix ne sont pas de simples quantités universelles mais une classification des représentations humaines complexes par le nombre. La monnaie est unité de résolution des réalités complexes à condition que la loi politique délimite un périmètre réel de négociation des prix au service de l’imaginaire commun des personnes en société.

Continuer la lecture de MONÉTISER LA RELATIVITÉ GÉNÉRALE DU PHYSIQUE, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager