Grèce : LE SURPLACE SE POURSUIT, par François Leclerc

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Toujours déterminé à faire sortir la Grèce de l’euro, Wolfgang Schäuble refuse le principe évoqué la veille par Jeroen Dijsselbloem d’un versement partiel de fonds, car le Bundestag ne l’a pas décidé ! Faute d’opposition, il continue à donner le ton aux dirigeants européens qui se taisent.

Ni la BCE ni le FMI ne veulent cependant appuyer sur le bouton. Ce n’est pas nouveau pour la première, qui poursuit dans la même veine en décidant de ne pas augmenter la décote sur le collatéral que les banques grecques doivent fournir pour obtenir des liquidités d’urgence. Mais le FMI a de son côté accepté que la Grèce rembourse le prêt du second plan de sauvetage en utilisant ses DTS (droits de tirage spéciaux) détenus auprès de l’institution, ce qui dans les faits sinon dans la forme revient à accorder un nouveau prêt pour rembourser le précédent, ce que les banquiers appellent faire rouler la dette ! Enfin, Alexis Tsipras aurait insisté lors d’une nouvelle réunion de cabinet sur le respect des lignes rouges, et les spéculations sur une disgrâce de Yanis Varoufakis ont fait long feu, montrant le niveau de compréhension de la situation par ses homologues, qui ont pris leurs désirs pour des réalités.

Si l’issue de l’affrontement reste de plus en plus incertaine, un troisième plan est dans les limbes, au cas où. Il fait l’objet de chiffrages et il serait question de 50 milliards d’euros cette fois-ci, mais les écueils se multiplient déjà. Le FMI aurait averti que cela se ferait sans lui, et la position du gouvernement grec est de s’en tenir à une ligne de crédit, une position cohérente avec les propositions initiales de restructuration de la dette de son ministre des finances. Pour estimer l’enveloppe, en tout état de cause, cela dépendra cependant des prévisions de croissance adoptées, s’il n’est pas accepté de lier les remboursements à la croissance effective du pays. Un nouveau bras de fer sera en perspective si la question vient sur le tapis.

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Le Monde / L’Écho, La « troïka » doit reconnaître de bonne grâce sa défaite, mardi 5 mai 2015

Le Monde : La « troïka » doit reconnaître de bonne grâce sa défaite

Le Fonds monétaire international avait dû admettre en octobre 2012, par la bouche d’Olivier Blanchard, son économiste en chef, que sa préconisation de l’austérité qui plonge depuis cinq ans la Grèce dans la misère, était fondée sur une erreur. Le chiffre utilisé pour le fameux multiplicateur budgétaire indiquant l’impact sur le Produit intérieur brut d’une nation d’une réduction du budget de l’État, était erroné. Faux d’ailleurs à ce point qu’il aurait dû conduire au rejet de la politique d’austérité en Europe et à adopter au contraire une relance de l’économie par la dépense publique.

Un chiffre inférieur à 1 du multiplicateur signifie que si l’État diminue ses dépenses d’un euro, le PIB baissera d’un montant moins important ; s’il est supérieur à 1, le PIB baissera de plus d’un euro. Le chiffre de 0,5 utilisé pour l’Europe en 2009 justifiait une politique d’austérité, alors que le chiffre réel, « significativement supérieur à 1 au début de la crise » (Blanchard & Leigh 2013 : 19), aurait encouragé une politique de relance. La Commission européenne et l’OCDE avaient elles aussi utilisé le chiffre erroné de 0,5.

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VU PAR LE FMI, LE MONDE NE SE SENT PAS TRÈS BIEN, par François Leclerc

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En choisissant de publier des rapports réguliers sur la « stabilité financière dans le monde », le FMI souligne combien celle-ci fait question, ce dont le PDG de JP Morgan Chase a également fait part dans sa dernière lettre ouverte à ses actionnaires, mais dans le but de mettre en garde contre l’excès de réglementation des banques…

Ne mentionnant que de manière anodine « la valorisation de certains actifs » – l’inflation des actifs boursiers – en raison de son appui prononcé aux mesures d’assouplissement quantitatif des banques centrales qui en sont à l’origine, José Viñals, le directeur du département monétaire et des marchés de capitaux du FMI, rejoint la constatation de Jamie Dimon en observant que les marchés obligataires et des changes connaissent des phénomènes inédits et inquiétants de volatilité, qui pourraient se révéler très déstabilisateurs. Il est question d’une crise de liquidité, quand chacun se retire chez soi, avec pour conséquence de dangereusement gripper le système financier.

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LES GRECS, CES EMPÊCHEURS DE TOURNER EN ROND, par François Leclerc

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Plus l’on s’approche de la prochaine réunion de l’Eurogroupe du 24 avril à Riga, plus la confusion s’instaure. Une fois encore, cette occasion est présentée comme fatidique en vue de conclure un accord entre le gouvernement grec et les autorités européennes. En conséquence, c’est le 20 avril que de nouvelles propositions de réformes doivent être au plus tard formulées par Athènes afin qu’elles puissent y être examinées, une échéance que le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, a déjà présenté comme « plus ou moins la date préliminaire »… Allez donc savoir !

Jusqu’à quand Athènes pourra-t-elle tenir financièrement ? Cette question a déjà donné lieu à de nombreuses supputations qui ont été infirmées, mais les échéances des remboursements de mai du FMI apparaissent cette fois-ci insurmontables, le gouvernement continuant d’assurer qu’il payera en priorité les salaires des fonctionnaires et les retraites, ce qui le conduira à faire rapidement défaut s’il n’obtient aucun nouveau financement.

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GROS EFFET DE CISEAU ENTRE DETTE ET CROISSANCE, par François Leclerc

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Que peut-on attendre de l’économie dans les années à venir ? Préparant avec la Banque mondiale sa réunion de printemps de la semaine prochaine à Washington, le FMI nous livre en avant-première le fond de sa pensée, et l’on n’en sort pas ébloui.

Non pas tant à cause des médiocres perspectives qu’il dessine, aussi bien pour les pays avancés que pour les émergents, mais en raison de la multiplicité des raisons à cette situation qu’il invoque, ce qui fait que l’on ne sait plus par quel bout prendre la question. En d’autres termes, comme si les dés étaient jetés, ce que corrobore l’importance que le Fonds accorde dans son analyse au vieillissement de la population dans les pays avancés, sur lequel on ne peut pas agir, auquel s’ajoute un chômage qui ne donne pas signe de se résorber si l’on considère le taux de participation au marché du travail.

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SYRIZA ABAT SES DERNIÈRES CARTES, ET APRÈS ? par François Leclerc

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Le dénouement approche donc, et l’équipe de Syriza joue ses dernières cartes. Alexis Tsipras se rend à Moscou à l’invitation de Vladimir Poutine, laissant planer la menace de perturber le jeu des sanctions prises par l’Union européenne contre la Russie, car elles nécessitent l’unanimité. Yanis Varoufakis s’envole pour Washington, afin de rencontrer Christine Lagarde et de mieux évaluer la durée de la période de grâce dont le gouvernement grec pourra bénéficier avant que le FMI ne déclare formellement un défaut. Il est enfin tenté d’accréditer l’existence d’un plan B, destiné à se placer dans une fragile situation d’attente en se finançant avec les moyens de fortune que représenterait l’émission de lettres de crédit auprès d’États y trouvant leur intérêt comme la Chine et la Russie, une fois que la BCE aura fermé le robinet des liquidités d’urgence.

L’équipe de Syria reste déterminée et ne donne aucun signe de préparation de sa reddition, plaçant les autorités européennes au pied du mur, elles qui ont toujours déclaré qu’une sortie de la Grèce de la zone euro était à leurs yeux « impensable ». Aux États donc – Syriza ayant fait ses concessions sans contrepartie – de tempérer leurs exigences et de cesser de réclamer l’adoption de mesures que même Antonis Samaras avait refusé d’accepter. Le message est clair : « ne comptez pas sur nous pour nous renier et faire le sale boulot ! ». Pour le rendre crédible, le choix est fait d’entrer dans une ultime stratégie de tension, quitte à prendre le risque que la situation échappe des mains de tout le monde.

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LE FMI EST PENCHÉ SUR LA DETTE… ET NE S’EN RELÈVE PAS ! par François Leclerc

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L’endettement des 129 États notés par Standard & Poor’s progressera de 1,7% cette année et atteindra 44.300 milliards de dollars. Au fur et à mesure que la masse de la dette publique s’accroît et que la croissance économique s’installe dans ce qui est qualifié de stagnation séculaire – deux tendances fortes – le risque de défaut souverain augmente. Que faire ?

Celui-ci n’apparait plus à l’horizon de lointains pays émergents mais en Europe, même si le risque d’éclatement de la zone euro s’est éloigné depuis l’épisode de 2011. La stratégie de désendettement qui y est imposée alimente une crise sociale et politique qui autorise à douter de sa viabilité. L’énormité d’autres dettes dont la croissance est sans fin, comme celles du Japon et des États-Unis, est telle qu’il est feint de croire qu’elle pourront être éternellement financées, faute d’alternative. A la vue de ce spectacle, une constatation s’impose : la problématique du désendettement a de l’avenir.

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SYRIZA NE SE LAISSE PAS DÉMONTER ET RELANCE, par François Leclerc

Billet invité.

Dans l’adversité, le gouvernement grec ne se laisse pas démonter et refuse de demander l’extension du plan de sauvetage en cours pour ne pas avoir à en accepter les conditions. Il continue vendredi soir de réclamer un financement-relais – une notion réfutée par Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe – afin de négocier un plan d’ensemble et rappelle à la BCE qu’elle doit à la Grèce 1,9 milliards d’euros, qu’il lui réclame, ce montant correspondant aux profit sur les titres de la dette grecque qu’elle détient. La banque centrale s’était engagée à les reverser dans le cadre des accords précédents, qui n’ont pas été dénoncés. Standard & Poor’s dégradait la note de la dette grecque au cours de la soirée avec peu de conséquence vu que les émissions grecques sont à court terme.

Sommé par les autorités allemandes de préciser ses intentions avant la réunion extraordinaire de l’Eurogroupe de mercredi prochain, le gouvernement grec n’a pas tardé à préciser que son propos était de travailler dans les semaines à venir à un programme sur quatre ans incluant des réformes dans un « nouveau cadre budgétaire ». Celles-ci viseront notamment à lutter contre l’évasion fiscale, a-t-il été précisé. Dimanche soir, le premier ministre grec présentera au Parlement son programme et ne semble pas avoir l’intention de mettre son drapeau dans sa poche. De son côté, le FMI s’est manifesté et Gerry Rice, son porte-parole, a espéré être bientôt informé de ses projets, sans faire plus de commentaires.

Adossé à un risque de défaut, le gouvernement grec réplique au chantage par le chantage. En Grèce, sa popularité déborde son électorat.

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LA BCE ENGAGE LES HOSTILITÉS, par François Leclerc

Billet invité.

C’est peu dire que le style et la tactique de négociation de l’équipe grecque agacent les dirigeants européens. Cohérent avec son rejet de la Troïka comme interlocuteur, Yanis Varoufakis voit un par un ses créanciers et essaime des interviews dans la grande presse au fur et à mesure de ses déplacements. Au fil de ses déclarations, on apprend petit à petit les éléments de son plan qu’il distille. En expliquant par exemple qu’il voudrait renégocier le taux des prêts du FMI, qui sont au-dessus de ceux du marché, après avoir aussi rencontré Poul Thomsen, son représentant pour l’Europe. Il réserve, a-t-il promis, des derniers détails qui auront leur importance pour la prochaine réunion de l’Eurogroupe mercredi prochain, la première à laquelle il assistera.

Alexis Tsipras a joué au même jeu en proposant à Bruxelles de préparer un plan de réformes et de financement sur quatre ans, qui comprendrait un plan de lutte « radical » contre la corruption et la fraude fiscale, ainsi qu’un allègement des contraintes budgétaires qui pèsent sur la Grèce. Ne créant pas la surprise, François Hollande est apparu en retrait de Matteo Renzi après avoir rencontré Alexis Tsipras à Paris. Spécialiste des prudents petits pas qui ne donnent pas grand-chose, il n’était pas l’homme de la situation. Cela a en tout cas permis à Angela Merkel d’affirmer qu’il n’y avait pas « de divergences de fond » entre les États de l’Union européenne à propos de la Grèce, ce qui laisse tout de même la place à des différences de vue.

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« VAMOS SYRIZA ! » (Pablo Iglesias), par François Leclerc

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Chacun y va de ses espoirs, de ses encouragements ou de son analyse, mais l’avenir proche de la Grèce est avant toute chose marqué par une grande incertitude, probablement durable, que partagent aussi bien les dirigeants de Syriza que ceux des autres pays européens.

Celle-ci porte d’abord sur le résultat des élections législatives, qui devraient sauf contre-ordre avoir lieu le 25 janvier prochain, étant établi que la campagne électorale sera placée sous la menace du chaos. Même si Syriza empochait la prime du vainqueur, il n’est en effet pas certain que le parti bénéficierait d’une majorité parlementaire, et les alliances qu’il devrait rechercher restent floues, faute de pouvoir anticiper les résultats des partenaires éventuels, tout comme la solidité de la coalition qu’il devrait mettre sur pied pour gouverner.

Les spéculations ne manquent pas sur la nécessité dans laquelle Syriza va se trouver de composer, ayant déjà annoncé qu’il chercherait à négocier la restructuration de la dette grecque, le point le plus dur, et non pas de créer des faits accomplis. Mais pour y parvenir il faut être deux, et aucun signe n’a pour l’instant été donné que les principaux détenteurs de la dette grecque – les protagonistes des plans de sauvetage réunis dans la Troïka, qui sont juge et partie – s’y sont résolus, même sous la forme la plus vénielle d’un étalement des remboursements et d’une diminution des taux. Les efforts donnent l’impression d’être unilatéraux.

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NOS ÉDILES PRIS À LEUR PROPRE PIÈGE, par François Leclerc

Billet invité.

Ils se sont précipités pour réagir à la convocation des élections législatives, et on se demande bien pourquoi si ce n’est pour mieux souligner leur inquiétude. Sans attendre, Matteo Renzi a nié toute possibilité de contagion à l’Italie, coiffant au poteau le commissaire européen socialiste Pierre Moscovici qui n’a pas hésité à appeler les électeurs grecs à soutenir les réformes « favorables à la croissance », dans un bel effort de distorsion des enjeux. Puis le FMI a donné les grandes orgues, en annonçant la suspension de son aide jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement, et Wolfgang Schäuble a réitéré son injonction à ce que la Grèce poursuive les réformes engagées, on ne pouvait moins attendre.

En chutant, la bourse grecque a traditionnellement manifesté la crainte des milieux d’affaires, la hausse d’un point du taux obligataire grec n’ayant pas la même portée, vu que le gouvernement grec est de toute manière coupé des marchés financiers, vu également le faible volume des échanges sur le marché secondaire. Mais le calendrier qui se présente désormais recèle d’autres dangers : c’est à la fin février au plus tard qu’un accord devra être trouvé avec la Troïka afin de débloquer le dernier versement de 7,2 milliards d’euros de l’aide accordée, et les autorités européennes comptent sur cette échéance pour influencer les électeurs lors des élections du 25 janvier prochain, si la date est retenue, ou par défaut amener un gouvernement Syriza issu de celles-ci à résipiscence. Ce qui explique dans les deux cas son choix par Antonis Samaras.

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L’ARME DES TAUX A LA CROISÉE DES CHEMINS, par François Leclerc

Billet invité.

Cela devait arriver un jour ou l’autre : les dérèglements du système financier s’additionnant, c’est le FMI qui est à son tour touché par la bande. Les Droits de tirage spéciaux (DTS) qui constituent son unité de compte risquent de voir leur taux d’intérêt tomber en territoire négatif, or celui-ci sert à établir le taux des emprunts et des prêts du FMI. La conséquence ? Un État pourrait devoir payer un intérêt pour prêter au FMI, et le FMI en finirait pas faire autant pour prêter des fonds à un pays bénéficiant de l’un de ses programmes d’assistance !

Pour éviter de se retrouver dans une telle situation, le FMI a annoncé vendredi qu’il instituait un taux plancher de 0,05% pour les DTS. L’origine du problème se situe dans la méthode de calcul du taux d’intérêt des DTS, qui repose sur un bouquet de taux, un pour chacune des quatre devises qui composent à l’heure actuelle ce panier (le dollar, la livre sterling, le yen et l’euro), dont certains sont actuellement négatifs et d’autres très faibles. Pour l’euro, c’est l’Euribor trois mois et pour le dollar les bons du Trésor américain à trois mois.

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SORTIR DE L’IMPASSE, par Jean-Pierre Pagé

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Plus les années passent, plus s’accroît la sensation que l’Europe s’enfonce dans une impasse redoutable vers laquelle la dirige l’indigence des autorités de la Zone Euro. L’on a le sentiment extrêmement pénible que l’Europe est en train de reproduire le processus des « années 30 ». En témoignent plusieurs traits de la situation actuelle.

En premier lieu, en ce qui concerne notre pays, l’obligation, à laquelle ses gouvernants se croient tenus d’obéir pour « rester dans les clous » de la voie tracée par les autorités de Bruxelles, de passer au crible toutes les composantes du Pacte résultant des accords sociaux signé après la Seconde Guerre Mondiale, qu’il s’agisse, par exemple, du régime de l’allocation-chômage dont l’actuel ministre de l’Economie a clamé haut et fort qu’il ne saurait constituer un tabou, de la remise en question du régime de l’emploi à vie des fonctionnaires, élément capital de la fonction de « service public, ou encore, de la prime à la naissance, clef de voûte de la politique familiale qui est l’une des « réussites françaises ».

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« MAIS OÙ VONT-ILS CHERCHER TOUT CELA ? » par François Leclerc

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« Mais où donc vont-ils chercher tout cela ? » est une question en passe de devenir lancinante. Dernier en date à inciter à se la poser, Peter Praet, économiste en chef de la BCE et membre de son directoire. A Washington, devant l’auditoire choisi de l’Institute of International Finance (IIF), il a livré le fond de sa pensée en déclarant : « Le pire, c’est d’annoncer des réformes et de ne pas les appliquer, et je pense que c’est ce qui est en train de se passer ». Devant une telle perspicacité, que faire si ce n’est s’incliner ?

D’autant qu’elle n’est pas en phase avec l’évolution de celle de Mario Draghi, qui, devant le Comité monétaire financier international du FMI, a admis que « le faible niveau de demande agrégée est devenu un facteur contribuant à une inflation plus basse qu’attendu ». La demande agrégée représente la consommation des ménages, la dépense publique et l’investissement privé.

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LE MARCHÉ, NOTRE SAUVEUR ? par François Leclerc

Billet invité.

En écoutant les grands décideurs de notre monde, on se demande parfois : « mais où vont-ils chercher tout cela ? ». Le sujet du moment qui nous vaut de nous interroger à nouveau est celui de la relance par l’investissement, le dernier thème à la mode. « Nous ne suggérons pas que la zone [euro] se dirige vers une récession, mais nous disons qu’il existe de sérieux risques que cela n’arrive si rien n’est fait », a prédit en marge de l’assemblée générale du FMI Christine Lagarde, dans une de ces déclarations balancée dont elle a le secret, associant la relance à la poursuite de « réformes structurelles potentiellement douloureuses ».

Mais faut-il privilégier l’investissement privé ou public ? et accessoirement, dans quels secteurs investir ? A la seconde question, le FMI n’apporte qu’une réponse très générale – les transports et l’énergie – tandis que la Commission et la Banque européenne d’investissement (BEI) doivent remettre en décembre prochain un rapport sur le sujet, rajoutant l’économie numérique aux secteurs identifiés par le FMI. Continuer la lecture de LE MARCHÉ, NOTRE SAUVEUR ? par François Leclerc

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L’EXPORT ET LA DETTE TOMBENT A L’EAU, QUE RESTE-T-IL DANS LE BATEAU ? par François Leclerc

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La cause était entendue, au lendemain de l’épisode aigu de la crise : le salut viendrait par l’export que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) avait brillamment contribué à développer. Les Chinois étaient sommés de valoriser leur monnaie pour freiner leurs exportations inondant les marchés occidentaux, et les Européens d’accroitre leur compétitivité pour augmenter les leurs. Mais le résultat n’est pas au rendez-vous, il y a quelque chose qui cloche là-dedans ! Le FMI vient de rendre publiques ses dernières prévisions mondiales et manifeste à nouveau son inquiétude. Il y a de quoi : ce sera la neuvième fois en trois ans qu’il révisera celles-ci à la baisse…

De puissants facteurs s’additionnent pour créer une spirale descendante, aux effets plus ou moins prononcés suivant les régions du monde et les pays ; la contagion se répand au sein d’une économie devenue mondialisée au sein de laquelle les pays exportateurs se révèlent très dépendants de la santé de leurs clients. La baisse de la production industrielle allemande vient de frapper les esprits, elle que l’on croyait intouchable en raison de son excellence. Le Japon connait un gros trou d’air en raison d’une augmentation de la TVA destinée à modestement limiter un déficit budgétaire et une dette gigantesques. Le Brésil est rudement touché, son modèle de développement reposant sur les exportations agricoles et le développement de son marché intérieur sur le crédit aux classes moyennes.

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LE GRAND TOURNANT QU’ILS NE SONT PAS PRÈS DE NÉGOCIER, par François Leclerc

Billet invité.

Faute de sortir du cadre, le FMI préconise de tout faire à la fois, comme le Fonds nous y a accoutumé depuis un certain temps : poursuivre le désendettement, mais en ralentissant son rythme, et investir dans les infrastructures (énergie et transport). On est prié de décrypter ce nouveau modèle. Ayant constaté que la croissance économique des pays émergents sur laquelle il était tant compté pour tirer celle des pays développés fait défaut, une nouvelle formule magique est proposée.

Cette vision reposait sur l’idée sommaire qu’il faut toujours une région ou un pays pour tirer les autres. Une autre lui a succédé, exprimant la crainte que la faible croissance à venir ne s’auto-alimente par les effets d’une prophétie auto-réalisatrice. C’est celle que Christine Lagarde délivre dorénavant. On reste toujours à la surface et à l’évocation de mystérieux enchaînements, sans poser de diagnostic sur un fond qui vous échappe.

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ILS ONT LE TOURNIS ET NOUS DE MÊME, par François Leclerc

Billet invité.

Les bourses européennes ont vilainement décroché jeudi avant la clôture, à peine l’intervention d’hier de Mario Draghi terminée. Les marchés ont faim et il n’y a pas grand chose à leur offrir, si ce n’est l’achat d’une poignée d’Asset-backed securities (ABS) et d’une grosse pincée d’obligations sécurisées, loin de la manne attendue !

Le président de la BCE s’abrite derrière « l’ultime référence » de l’inflation, qu’il voudrait bien faire rebondir. Manière de reconnaître que, pour le reste, il n’y peut pas grand chose, et que même là il ne fait pas la pluie et le beau temps ! Quand on est gêné aux entournures, la recette éprouvée est de lancer des chiffres époustouflants, et le président de la BCE n’y déroge pas : ses achats d’ABS et d’obligations sécurisées pourraient atteindre un montant de 1.000 milliards d’euros, annonce-t-il, ce qui lui évite de préciser les dimensions de l’enveloppe. Car elles ne dépendent pas de lui mais de l’appétit du marché des capitaux et de dirigeants allemands qui s’opposent à ce que la BCE devienne une bad bank (ce qu’elle est déjà). Il en résulte la formule équilibrée qu’il a utilisée pour annoncer que les achats de la BCE seront « aussi vastes que possibles mais conduits avec prudence »… Le principal sujet de discorde a donc été repoussé à des jours meilleurs : les critères d’éligibilité des tranches mezzanine d’ABS (les plus risquées) seront communiqués ultérieurement, précise un alinéa anodin d’une annexe du communiqué officiel. Continuer la lecture de ILS ONT LE TOURNIS ET NOUS DE MÊME, par François Leclerc

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Monde financier : QUAND LE BROUILLARD S’ÉPAISSIT, par François Leclerc

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Les banques n’ont pas toujours tort, reconnaissons-le ! Elles menaçaient du développement du shadow banking au cas où les mesures de régulations à l’étude étaient adoptées, et elles ont vu juste ! Ce qui aujourd’hui conduit le FMI à produire un rapport alertant de sa « croissance excessive », qui pourrait mettre en danger la stabilité financière.

Les chiffres donnés donnent le frisson, le montant des transactions effectuées annuellement par ses acteurs (hedge funds, fonds d’investissement et monétaires, compagnies d’assurance, etc.) avoisinant la taille de l’économie mondiale pour donner une référence, soit en 2013 un PIB global de 72 mille milliards de dollars. Et il ne faudrait pas croire que la zone euro joue un rôle mineur dans cette affaire, le volume de ses activités au sein du shadow banking étant quasi équivalente à celle des États-Unis, d’après le FMI.

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Grèce : ENCORE UNE DÉMONSTRATION TRÈS ABSURDE ! par François Leclerc

Billet invité

Les représentants de la Troïka vont demain mardi soumettre la Grèce à un nouvel examen de passage, occasion de dresser également le terrible bilan de deux plans de sauvetage successifs ayant plongé le pays dans une profonde récession, dont il est officiellement annoncé pouvoir sortir très timidement. Ces années de plomb qui ne sont pas finies ont connu un chômage colossal et une atteinte profonde des revenus, ainsi qu’un programme de réformes structurelles et de privatisations qui est encore loin d’avoir été totalement réalisé. 240 milliards d’euros d’aide auront été débloqués au total, et le seul chiffre qui mérite d’être placé en regard est celui du poids de la dette publique, actuellement de 318 milliards d’euros et ne déclinant que d’un soupçon – soit 174 % du PIB – qui est désormais détenue à 85 % par l’Eurosystème, BCE en tête ! Destinée à être un laboratoire, la Grèce est devenue au fil des ans, et du désastre, un cas d’école de ce qu’il ne fallait pas faire.

L’hypothèse d’un troisième plan de sauvetage n’est plus d’actualité pour des raisons politiques, l’Union européenne arrivant en décembre prochain au terme de son programme financier. La poursuite de celui du FMI, pour une dernière tranche de 12,5 milliards d’euros, est en question et donne lieu à de grandes manœuvres. Le gouvernement grec est sous la menace grandissante d’élections anticipées, qui donneraient la victoire à Syriza : faute de réunir une majorité qualifiée de 180 parlementaires pour élire le chef de l’État, en mars prochain, des élections législatives anticipées s’imposeraient, la coalition gouvernementale actuelle n’en comptant que 153.

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