FMI, POURRAIT MIEUX FAIRE ! par François Leclerc

Billet invité.

L’aurait-on cru il y a seulement quelques années ? L’habitude en a été prise, les grandes institutions internationales placent le développement des inégalités au premier plan de leurs préoccupations. Mais si Christine Lagarde n’a pas manqué, une fois de plus, de le souligner à Davos, il ne peut toujours pas en être attendu l’espoir d’un quelconque changement.

La directrice générale du FMI a également mis en garde contre une instabilité financière qui ne se résorbe pas, sans aller jusqu’à en chercher les causes, et un manque de coopération internationale en visant plus particulièrement les relations commerciales pratiquées par Donald Trump.

Le tapering, ce détricotage des mesures exceptionnelles des banques centrales, continue de faire naviguer le système financier dans des « eaux inexplorées », a soulevé de son côté Axel Weber, le président du conseil de surveillance de la banque UBS. De grandes inconnues sont à la source de son dosage précautionneux, tant les investisseurs ont pris leurs aises en raison des distorsions suscitées par les banques centrales en matière de coûts de financement et de bas niveau des taux obligataires. La disparition de ces facilités, les premières plus particulièrement, pourraient facilement prendre à contre-pied les spéculateurs qui en ont très largement profité et créer des incidents de parcours susceptibles de se propager. L’insaisissable danger systémique est le roi de tous les dangers, rien n’a changé…

En Europe, il est noté que si Jens Weidmann mène campagne sur le thème qu’il faut stopper dès la fin de l’année tous les achats d’actifs, il fait preuve de beaucoup plus de prudence dès qu’il aborde la hausse des taux. Pour avoir tant contribué à gonfler la masse des actifs financiers, les banques centrales se sont prises à leur propre piège.

Qu’appelle la critique de Christine Lagarde sur le manque de coopération internationale ? Le slogan « America First » n’est pas seulement l’expression d’un calcul électoral, qui a fonctionné, il renvoie à un lent déclin de l’Amérique que Donald Trump essaye d’enrayer, masqué par les succès de la Silicon Valley. Mais il ne redresse pas la mauvaise allocation de la richesse, selon les propres termes employés par Christine Lagarde, qu’au contraire il accentue. La croissance n’est pas tout, fait-elle remarquer en pointant l’augmentation des inégalités dans les économies avancées.

Quel étonnant spectacle offre ainsi le FMI, à cent lieues de son discours traditionnel, incapable d’identifier les causes pour ne s’en tenir qu’aux effets, et encore moins de les corriger ! La période que nous vivons veut cela, sans doute, comme si la seule attitude était de gagner du temps et de pratiquer une fuite en avant. La prochaine crise ? La tentation est grande de croire que les banques centrales y remédieront à nouveau. Elles sont là pour cela.

Il ne manque pas d’images pour évoquer la situation actuelle, depuis la vision de l’orchestre continuant imperturbablement à jouer tandis que le Titanic coule, jusqu’au suicide collectif des lemmings * qui se jettent du haut des falaises. Certes, la fameuse réplique cinématographique d’un prince sicilien – « Il faut que tout change pour que rien ne change » – est dans certains cas préférée, mais elle n’est pas plus encourageante.

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* P.J. Des populations de lemmings à la recherche en masse d’un nouveau territoire peuvent occasionnellement tomber d’une falaise. Il s’agit d’un accident dans une stratégie adaptative qui s’avérera souvent couronnée de succès.

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