La fusée Ariane, petite fille du missile balistique nazi V2, ou les origines du programme spatial français, par Roberto Boulant

Billet invité.

Un petit texte en hommage à Jacques Villain qui vient de nous quitter. Ingénieur de formation et historien de la conquête spatiale, ces travaux nous rappellent combien il n’existe pas de recherche appliquée neutre. Continuer la lecture de La fusée Ariane, petite fille du missile balistique nazi V2, ou les origines du programme spatial français, par Roberto Boulant

Partager

Le dernier qui s’en va éteint la lumière, chapitre 11 : « La guerre, encore et toujours seule solution envisagée pour les questions compliquées »

Le chapitre 11 de Le dernier qui s’en va éteint la lumière (à paraître en janvier) : La guerre, encore et toujours seule solution envisagée pour les questions compliquées.

Les hommes se sont toujours montrés incapables de tirer les leçons de l’histoire, nous rappelait Hegel dans son introduction à La philosophie de l’histoire :

On recommande aux rois, aux hommes d’État, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais l’expérience et l’histoire nous enseignent que les peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer (Hegel [1822-23] 1965) : 35).

Continuer la lecture de Le dernier qui s’en va éteint la lumière, chapitre 11 : « La guerre, encore et toujours seule solution envisagée pour les questions compliquées »

Partager

Ne dites pas robots-tueurs, dites SALA, par Roberto Boulant

Billet invité.

Il y a une certaine forme de naïveté, voire de pensée magique, à croire que les mots peuvent occulter la réalité. C’est particulièrement vrai dans le domaine militaire, là où la violence guerrière doit se faire présentable à l’heure du dîner familial devant les informations télévisées. Sans aller jusqu’à l’utilisation d’oxymores tels que ‘frappes chirurgicales’ (la chirurgie tente de réparer et de sauver son prochain, pas de l’occire), il est toujours de bon ton de manier l’euphémisme : de dire ‘neutraliser’ en lieu et place du trop grossier ‘tuer’ ou mieux encore, d’évacuer la mort des hommes au profit de simples destructions matérielles. Ainsi, il conviendra de dire qu’un blindé a été détruit -voire pour les plus sourcilleux, de dire que la cible a été traitée- mais surtout de s’abstenir de parler du sort de son équipage transformé en pot-au-feu dans une carcasse carbonisée…

Continuer la lecture de Ne dites pas robots-tueurs, dites SALA, par Roberto Boulant

Partager

Sommes-nous en guerre ?, par Roberto Boulant

Billet invité.

Sommes-nous en guerre ? Oui. Bien sûr.

Pas entre nous Français, surtout pas entre ‘communautés’ comme voudraient le faire croire les boutes-feu de tous bords, mais notre pays, nos armées, font la guerre dans quasiment toute l’Afrique sub-saharienne et en ce moment même, l’armée de l’air bombarde l’Irak après avoir bombardé la Libye sous la présidence Sarkozy.

Je ne me place pas là sur le terrain juridique. Je n’en ai pas les compétences et puis surtout, il est évident que le droit international peut être tordu dans tous les sens par les grandes puissances. J’en veux pour preuve l’exemple de l’invasion de l’Irak en 2006, qui est typiquement une guerre d’agression, interdite par les conventions internationales. Nonobstant, messieurs Bush junior et Blair peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ils ne risquent certainement pas d’être traduits devant un tribunal (et ça n’est pas de l’anti-occidentalisme primaire, les Russes ou les Chinois font exactement la même chose).

Continuer la lecture de Sommes-nous en guerre ?, par Roberto Boulant

Partager

DE L’INTÉRÊT D’INTERROGER LE SYMBOLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

Un symbole, au sens premier du mot, est un objet fractionné que se partagent deux hommes pour sceller un contrat et dont ils rassemblent les deux parties pour le liquider. Le symbole, comme une pièce de puzzle, casse le sens mais sa ligne de fracture aide à le reformer. Le préfixe sum– (« avec ») se retrouve dans le mot synoecisme, qui désigne, dans la Grèce antique, la coalescence de deux ensembles urbains. La ville de Zeugma (« joug » en grec), sur l’Euphrate, née de la réunion d’Apamée et de Séleucie, en est un exemple parfait. La symbolique se sert du réel comme d’un lexique iridescent, d’une lettre au-delà de la lettre, pour décrire les combinaisons sociales humaines. Cette instrumentalisation du réel n’est pas sa négation mais son détournement par distraction. Il n’y a donc rien qui doive nous retenir, dans la perspective d’une refondation des rapports sociaux sur des bases non concurrentielles, d’interroger les symboles autant que les pratiques. Le symbole est le chiffre de la pratique. Il nous rappelle que toute pratique, légale ou illégale, naît d’une entente entre deux ou plusieurs individus. En ces temps où la démocratie se résume à des rituels vides, autoréférentiels, en ces temps où des citoyens déboussolés se réclament de religions dont ils n’ont pas lu les livres (ainsi d’un manifestant contre le mariage pour tous qui situait l’épisode de la destruction de Sodome dans les Evangiles) et dont ils méconnaissent, quand ils ne l’ignorent pas tout à fait, le foisonnement symbolique, il me paraît capital de réfléchir à cette question.

Continuer la lecture de DE L’INTÉRÊT D’INTERROGER LE SYMBOLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Partager

LES OPÉRATIONS MILITAIRES « COMPLIQUÉES »

Nous sommes, il faut bien le dire, une sale engeance. Dès qu’il s’agit de définir la « nature humaine », il faudrait être vraiment de mauvaise foi pour prétendre que « faire la guerre », n’est pas l’un de nos « attributs essentiels », mais seulement « accidentel ».

Il est beaucoup question ces jours-ci du monde abominable que nous léguons à nos enfants et petits-enfants. J’envisage quant à moi la question avec une certaine équanimité : pour ce qui est d’appartenir à une génération à qui la précédente n’a pas fait de cadeaux, je crois que la mienne est un peu là.

J’accueille du coup avec sympathie et soulagement tout signe d’allergie que nous pourrions manifester désormais vis-à-vis de notre tolérance ancestrale pour ce trait de notre patrimoine spécifique qu’est la prédisposition à faire la guerre.

Il y eut jusqu’à très récemment des époques où le fait que les guerres font des morts en grand nombre allait de soi. Et puis, les 300.000 morts de Verdun et le million (dont 250.000 civils) de Stalingrad, parvinrent tout de même – malgré notre indifférence atavique à ce genre de choses – à soulever le cœur.

Depuis, le fait que les guerres font des morts commence, Dieu merci, à nous chagriner.

Les historiens militaires me corrigeront si nécessaire, mais j’ai le sentiment que le décompte consciencieux des soldats morts durant la guerre menée par les États-Unis au Vietnam contribua, jour après jour, à la démoralisation progressive de cette nation, et à sa défaite – même si un soin particulier était toujours apporté à annoncer que si « n des nôtres étaient tombés au champ d’honneur », « n+1 (au moins) de la vermine terroriste du camp d’en face » avaient elles été éliminées. Vu le passé accablant de l’espèce en la matière, je trouve cette démoralisation admirable en soi.

Je dis ceci sans ironie aucune : à Santa Monica en Californie, où j’ai vécu de 2004 à 2009, des citoyens de la ville avaient planté sur la plage à l’ombre du « pier », l’estacade, des rangées de croix représentant chacune un soldat tombé en Irak. Ç’aurait été plus beau encore si les morts irakiens – civils en particulier – avaient été comptabilisés de la même manière, mais la plage de Santa Monica toute entière n’y aurait peut-être pas suffi.

Ceci pour dire que quand je lis aujourd’hui dans les journaux que la mort d’un officier français au Mali (qu’il repose en paix, et que sa famille sache que je conçois dans toute son horreur l’étendue de leur malheur) signifie que « l’opération s’annonce compliquée », je me dis que – malgré toute l’évidence que nous avons du contraire – il ne faut peut-être pas désespérer de notre espèce : son écœurement devant ses propres excès fait son chemin, même si c’est hélas encore à pas de souris.

 

Partager

LA GUERRE NUMÉRIQUE

Paul Ariès m’avait demandé au mois de juillet, un article pour le N° du Sarkophage qui sortirait en septembre. En fait la revue à fait peau neuve, changé de titre, etc. et mon article est beaucoup trop long pour la nouvelle formule. Ici, on peut faire aussi long qu’on veut, Alors, le voilà.

Trois aspects des temps que nous vivons aujourd’hui sont très remarquables. Le premier est l’enthousiasme que nous mettons à rendre la planète inhabitable à notre propre espèce. Le second est l’effondrement économique et financier de nos sociétés dû à une disparition du travail par l’automation et à une tentative ridicule de remplacer le revenu de ceux qui continuent à travailler par un accès facilité au crédit, alors que les implications de la propriété privée drainent une portion toujours plus élevée du patrimoine vers une fraction toujours plus étroite de la population. Le troisième est notre perte de maîtrise sur la complexité, conséquence du fait que nous avons délégué les décisions de notre quotidien aux ordinateurs et que leur fonctionnement nous est devenu opaque parce qu’ils opèrent trop rapidement pour que nous puissions encore nous représenter de manière véridique ce qu’ils font exactement.

Continuer la lecture de LA GUERRE NUMÉRIQUE

Partager

NE PAS RATER UNE BONNE DIVERSION SI L’ON EN VOIT UNE

Nous nous disons que nous sommes assez idiots pour rechercher une diversion qui nous fasse oublier notre lâcheté devant l’attitude adoptée par nos dirigeants face au désastre économique et financier qui nous engloutit, en allant faire la guerre ailleurs, avec un quelconque de nos ennemis de toujours. C’est ignorer qu’il y a peut-être des gens plus stupides encore que nous quelque part à la surface de la planète, qui s’empressent de nous prendre de vitesse.

Ainsi, depuis quelques jours, les Chinois protestent en masse devant le comportement agressif des Japonais vis-à-vis de quelques îlots inhabités au large de Taiwan, le tout étant exacerbé par le fait que la Chine augmentant ses salaires, le Japon – nation pas plus bête qu’une autre – délocalise aussitôt ses usines vers des pays plus « compétitifs » (traduisez : dont les salaires décollent moins du seuil de la simple subsistance – qui est bien suffisante après tout).

Les îlots inhabités ont toujours joué un rôle essentiel quand il s’agit de mettre en évidence la stupidité humaine. Oui, je sais, les Malouines ne sont pas vraiment inoccupées : il y a quelques moutons et leurs bergers dévoués.

Je lis dans la presse : « Pourquoi la Suisse veut un deal fiscal avec la Belgique ». Il s’agit probablement d’une affaire d’« optimisation fiscale », donc particulièrement sensible pour les gens comme il faut, et prête à tout moment à s’envenimer : il n’y a rien qui soit plus susceptible de mettre les gens hors d’eux que les affaires de gros sous. Aussi, si vous avez eu vent de l’existence d’îlots inhabités entre la Suisse et la Belgique, soyez gentil de me le signaler : je m’empresserai de mettre de l’huile sur le feu, et nous réunirons avant demain soir des foules indignées, hurlantes, agitant des drapeaux, et toute disposées à incendier l’ambassade de Suisse à Bruxelles et de Belgique à Berne.

 

Partager

LIBYE, LES CHEMINS D’UN ÉCHEC MAJEUR DE L’OCCIDENT, par Cédric Mas

Billet invité

Libye 2011 : entre incompétence politique et illégitimité démocratique, les chemins d’un échec majeur de l’Occident.

Le terrain : la Libye est constituée de deux provinces côtières : la Tripolitaine et la Cyrénaïque, chacune bordée de deux « marches » frontalières. La zone qui nous intéresse particulièrement est appelée Sirtique, placée au fond du golfe de Sirte entre ces deux provinces. C’est fort logiquement dans cette zone que vont se concentrer les combats entre deux régions relativement homogènes (rappelons que c’est là que combattirent les Italo-Allemands et les Alliés à 3 reprises : février 1941, janvier et décembre 1942). Cette zone est une bande de terre étroite, entre la mer Méditerranée et le Sahara, parsemée de bancs de sables mous impropres aux mouvements et coupée par une route côtière unique (construite par les Italiens à l’époque de la colonisation). Cette zone stratégique majeure, point de passage obligé entre les deux provinces est coupée par une ville importante, Sirte, lieu de naissance du dictateur et sanctuaire de son pouvoir. A l’Est de Sirte, se situe un goulet d’étranglement, Mers el Brega véritable porte d’entrée de la Cyrénaïque, la chute de cette position ouvrant sur une vaste étendue de terrain plat et indéfendable jusqu’à Benghazi, avec au centre le carrefour d’Ajdabiya. Enfin, le tableau ne serait pas complet si l’on ne précise pas que c’est justement dans cette zone que se trouve le débouché principal du pétrole libyen le terminal Ras Lanouf, dont l’importance économique est essentielle pour les deux camps.

Continuer la lecture de LIBYE, LES CHEMINS D’UN ÉCHEC MAJEUR DE L’OCCIDENT, par Cédric Mas

Partager

UNE HISTOIRE DE DOMINOS (EGYPTIENS), par Zébu

Billet invité

Mianne a récemment évoqué dans un post la possibilité d’un parallèle entre la situation actuelle de l’Egypte pour les USA et celle de la Pologne en 1989 pour l’URSS : une situation vitale. Car pour ces deux puissances militaires, « l’extérieur », qu’il soit proche ou lointain, a toujours eu de forts liens d’interdépendance avec l’ensemble du système.

Ce dont on oublie aussi de parler sur ce sujet, si l’on parle « d’extérieur », c’est l’analogie possible avec l’URSS sur un autre front : celui de l’Afghanistan, un des fronts de « l’extérieur lointain » (pour peu que l’on suive la thèse de De Defensa) pour les USA. On pourra arguer que l’Afghanistan était un « extérieur proche » de par sa situation limitrophe, mais cela ne constituait néanmoins pas le cœur du système soviétique, à l’inverse de la Pologne dans les années 80, de la Hongrie dans les années 50 ou de la Tchécoslovaquie dans les années 60.

Si la Pologne a fortement contribué à son effondrement en 1989, l’URSS est déjà en guerre en Afghanistan depuis plus d’un an quand le syndicat Solidarnosc naît en 1980. Et quand le 15 février 1989 les dernières troupes soviétiques sont évacuées du pays, il ne reste plus que quelque mois avant la chute du mur de Berlin qui verra deux mois plus tard, la légalisation du syndicat Solidarnosc et sa participation aux élections. L’empire soviétique aura été saigné à blanc par cette guerre : plusieurs dizaines de milliers de morts et de blessés au combat, des centaines de milliers de malades, 900 000 soldats ayant servis, pour un coût au final de 2 milliards de dollars par an (soit environ 6 milliards en dollars constants).

Si on prend, au regard du nombre de soldats ayant servi, le nombre de morts pendant les neuf années de conflit (14 000 morts pour 900 000 soldats), on obtient un pourcentage de tombés au combat faible (1,56 % du total), a fortiori si l’on prend le nombre total de soldats dans l’armée de l’URSS. Pour autant, l’impact fut très important psychologiquement, avec les dizaines de milliers de soldats blessés au combat revenant au pays et surtout la première défaite de l’armée rouge sur le terrain depuis la seconde guerre mondiale.

Continuer la lecture de UNE HISTOIRE DE DOMINOS (EGYPTIENS), par Zébu

Partager

La décadence

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Hegel attribua la chute de l’empire romain à la prévalence des intérêts particuliers. Préoccupés de poursuivre essentiellement leur intérêts propres, les Romains se seraient désintéressés de la chose publique. L’avènement du christianisme aurait joué un rôle essentiel dans ce désintérêt croissant : en relation privée avec leur dieu – « Le royaume de Dieu est en vous » – les citoyens cessèrent de s’identifier au sort de leur Cité.

La guerre, dit Hegel, rappelle aux citoyens l’existence de l’État comme entité supérieure par rapport à laquelle leur vie s’organise dans un cadre plus large que celui de leurs préoccupations immédiates. Quand la guerre éclate, le bourgeois qui loge au cœur du citoyen se rend compte que seul, il ne pourra pas défendre les possessions dont il est propriétaire et auxquelles il tient par-dessus tout : c’est l’État seul qui pourra organiser la force collective qui permettra de défendre la propriété de chacun.

La décadence résulte de la perte de ce sentiment du bien commun comme seul capable d’assurer le bien individuel. La société civile, comme simple conjugaison d’intérêts particuliers est insuffisante à alimenter la flamme de ce sentiment.

La décadence a lieu de son propre mouvement quand l’individu fait prévaloir sa liberté immédiate par rapport au bonheur de la communauté dans son ensemble. Une idéologie existe qui place cette liberté immédiate au pinacle : l’ultralibéralisme sous ses formes diverses du libertarianisme, de l’anarcho-capitalisme, etc. Notre société contemporaine se singularise par le fait qu’une idéologie porteuse des principes de sa propre décadence s’est formulée explicitement en son sein, prône les valeurs qui la provoquent inéluctablement quand elles sont mises en œuvre, et applique son programme consciencieusement et systématiquement, quelle que soit la puissance des démentis que les faits lui apportent.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager

La première guerre de spéculation mondiale, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

LA PREMIERE GUERRE DE SPECULATION MONDIALE

Le jeu infini de la guerre

Une guerre est une confrontation collective d’intérêts humains où les parties ne discutent pas et ne cherchent pas à se comprendre. Le gagnant impose son point de vue. Le perdant renonce à choisir. La Première Guerre mondiale était survenue sur une accumulation de désaccords à une époque où les États et les nations concevaient de régler leurs différends par les armes. Les destructions infligées à l’ennemi devaient faire émerger la loi du plus fort. Après la Deuxième Guerre, la destruction physique des souverainetés étrangères est devenue un mode accidentel de résolution des conflits. Les motifs de conflit entre lois différentes sont demeurés mais les guerres ont été circonscrites. La rationalisation des conflits a primé sur la confrontation physique.

L’idée d’imposer un jugement à l’autre contre sa liberté est néanmoins demeurée active. Confinée au terrain de l’économie, la guerre est devenue un jeu non létal. Le triomphe du capitalisme après la chute de l’idéologie communiste s’est interprétée comme l’institution mondiale de la guerre par le marché. Le jeu a été d’imposer sa loi par le contrôle du marché indépendamment de l’offre ou de la demande. L’autre n’est pas détruit mais simplement soumis par la négociation dialectique hors d’un équilibre objectif des libertés. Les intérêts sont matériellement conciliés dans un prix d’échange ; mais une partie impose son raisonnement de la valeur qui reste inaccessible à l’autre. Ce qui est bien pour l’un doit l’être moins pour l’autre afin de dégager un bénéfice. Sans définition commune a priori des critères de la valeur, l’état de guerre s’impose dans la délimitation du terrain de négociation. La spéculation de marché travaille l’asymétrie d’information pour déséquilibrer le prix au profit de celui qui a la maîtrise des termes de négociation dissociés de l’objet.

La guerre se gagne par une succession de batailles où le vainqueur a réussi à créer un rapport de force localement favorable. La spéculation financière mène la guerre par des positions de force locales. Les armes sont remplacées par l’information qui définit ce qui est négociable. Les munitions sont le crédit et le dommage infligé à l’adversaire est le risque qu’il prend malgré lui. Le combat consiste à prendre un avantage d’information qui crée un écart de crédit. Le crédit finance les anticipations financières entre prêteurs et emprunteurs. L’accord sur les critères de la valeur future entre un vendeur de temps et un acheteur de temps libère les ressources du premier au profit du second qui s’engage à les rembourser à l’échéance convenue. L’emprunteur qui parvient à être crédible attire les ressources qu’il investit dans l’anticipation des objets futurs de valeur.

Continuer la lecture de La première guerre de spéculation mondiale, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager