UNE RESPONSABILITÉ QUI NE POURRA ÊTRE ÉLUDÉE, par François Leclerc

Billet invité.

La fin de partie s’approche pour le gouvernement grec, dont les caisses seront vides dans deux semaines au maximum. Dans une lettre datée du 15 mars, Alexis Tsipras avait annoncé à Angela Merkel, qu’il rencontre aujourd’hui à Berlin, qu’il allait devoir très vite faire un choix entre faire face aux échéances de remboursement des dettes et poursuivre les dépenses sociales. Sans accès aux marchés financiers, soumis aux restrictions de la BCE, aucun gouvernement ne pourrait assurer le service de la dette, fait-il remarquer dans son courrier.

Alexis Tsipras et Angela Merkel n’ont pas retenu les mêmes conclusions du mini-sommet de la semaine dernière, le premier prétendant que le gouvernement gardait l’initiative des mesures à prendre, et la seconde qu’il fallait revenir aux exigences précédentes. Luis de Guindos, le ministre espagnol des finances, l’a par la suite clairement explicité, martelant qu’entre deux dangers – une sortie de la Grèce de l’euro et une violation des règles – le second serait « plus important ».

Continuer la lecture de UNE RESPONSABILITÉ QUI NE POURRA ÊTRE ÉLUDÉE, par François Leclerc

Partager

RIEN QUE DES BRAVES GENS… par François Leclerc

Billet invité.

On n’a pas fini de sortir des cadavres des placards : le Luxembourg favorisait à grande échelle l’optimisation fiscale de 340 grandes entreprises transnationales entre 2002 et 2010, du temps où Jean-Claude Juncker en était le premier ministre, et la BCE a en 2010 pratiqué un chantage caractérisé sur le gouvernement irlandais, afin que l’État fasse sa demande d’un plan de sauvetage et prenne à sa charge le sauvetage des banques du pays, et celles des banques européennes qui en étaient les créancières du même coup, du temps où Jean-Claude Trichet en était le président.

Les deux larrons sont pris la main dans le sac, et même si ce ne sont pas à proprement parler des révélations, les preuves en sont désormais étalées sur le tapis. Le Irish Times a publié la lettre adressée par la BCE au ministre irlandais des Finances de l’époque, Brian Lenihan, et le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a rendu public, sous le nom de Luxleaks, 28.000 pages de documents provenant de PriceWaterhouseCoopers, la grande société d’audit, de conseil et d’expertise comptable, en première ligne au nom de ses mandants lors de négociations fiscales à répétition sous couvert de la procédure du « tax ruling » luxembourgeoise.

Continuer la lecture de RIEN QUE DES BRAVES GENS… par François Leclerc

Partager

LE MONDE, Taux d’intérêt et survie de la zone euro, lundi 22 – mardi 23 juillet 2013

Taux d’intérêt et survie de la zone euro

L’originalité de l’euro réside dans le fait qu’à la zone économique dont il est la devise ne correspond pas une zone fiscale unifiée. Dès lors, les dettes souveraines des différents pays membres, libellées en euros, se voient imposer des taux d’intérêt intégrant notamment des primes reflétant la santé économique et financière spécifique de chacun des pays.

La première, la prime de crédit, couvre le risque que le versement des intérêts ou le remboursement du principal n’ait pas lieu. La seconde, la prime de convertibilité, tient compte de l’éventualité que le pays émetteur de dette ne quitte la zone euro et, du coup, rembourse sa dette dans son ancienne devise.

Cette particularité, source de tensions susceptibles de faire éclater la zone, a été ignorée par les architectes de l’euro. Ils imaginaient que l’unification fiscale se réaliserait d’elle-même et que les dettes des pays de la zone tendraient toutes vers un taux d’intérêt unique, dépendant seulement de leur maturité, les primes de crédit et de convertibilité étant de facto nulles. A l’origine d’une telle candeur, l’optimisme qui présida à la création de la monnaie commune.

Lorsque, en 2010, le défaut sur leur dette souveraine de certains pays de la zone euro cessa d’apparaître comme une hypothèse fantaisiste, le montant de ces primes de crédit et de convertibilité décolla de zéro et une dynamique centrifuge s’initia pour ces pays. Cette éventualité n’ayant pas été envisagée, un risque de désintégration de la zone euro apparut.

Ces pays se trouvent aujourd’hui dans une situation financière telle que le taux d’intérêt qui leur est réclamé lorsqu’ils empruntent sur le marché des capitaux dépasse leurs capacités financières en raison d’un double effet pervers.

D’une part, le doute qui s’est installé quant à leur capacité à remplir leurs obligations financières fait grimper le montant de la prime de crédit. D’autre part, ce doute en entraîne un second, portant sur la solidarité que les autres pays leur manifesteront ou non, l’absence d’une telle solidarité les obligeant à quitter la zone euro. Le montant de la prime de convertibilité vient alors s’ajouter à celui de la prime de crédit, aggravant le risque d’insolvabilité de ces pays, et forçant les autres à venir à leur aide en garantissant leur dette.

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que la présence de ce mécanisme pervers n’ait pas été prise en compte au moment de la constitution de la zone euro, et n’ait pas retenu ses dirigeants quand ils fermèrent les yeux sur les supercheries dont se rendirent coupables des pays comme la Grèce ou l’Italie (avec la complicité de grandes banques d’investissement) pour cacher l’état de leur dette souveraine afin de pouvoir souscrire aux conditions d’entrée dans la zone en matière d’endettement. C’est pourtant le cas.

Un risque élevé de non-remboursement

La Grèce, l’Irlande, le Portugal et Chypre sont aujourd’hui dans l’incapacité de se présenter sans soutien sur le marché international des capitaux. Celui-ci considére, en effet, comme trop important le risque que les sommes empruntées par ces pays ne soient pas remboursées et/ou que les intérêts promis ne soient pas versés, d’où l’exigence d’une prime de crédit élevée. Et que le risque est également trop grand que le pays en question n’en vienne à quitter à échéance la zone euro, d’où l’exigence d’une prime de convertibilité élevée.

La question se pose maintenant de savoir si les treize pays encore capables d’émettre de la dette sur le marché des capitaux disposent de la capacité de soutenir financièrement les quatre pays assistés ayant, eux, perdu cet accès. Ils clament haut et fort qu’ils en sont capables, mais les difficultés considérables qu’ils ont d’en apporter la preuve inquiètent.

L’alternative est celle-ci : soit la garantie des pays solidaires autorise effectivement la solvabilité de l’ensemble de la zone euro, soit cela a cessé d’être le cas.

Dans le premier cas de figure, le plus favorable, tout va bien, du moins tant que la hausse des primes de crédit et/ou de convertibilité pour un pays additionnel ne fait pas basculer celui-ci de la catégorie des pays en sécurité à la catégorie de ceux en péril. Auquel cas, le calcul de la solvabilité de l’ensemble de la zone doit être refait dans un cadre moins favorable.

La situation de la zone euro est donc instable et fragile, même dans ce cas de figure favorable.

Dans le second cas, défavorable, où les pays solidaires ne peuvent plus apporter de garanties suffisantes aux pays assistés sans mettre automatiquement en danger leur propre solvabilité, il existe deux options :

1. recréer une zone de solvabilité restreinte, au prix du départ des pays insolvables, ceux-ci recourant alors au défaut, à la restructuration de leur dette et au retour à leur ancienne devise, qui se verra dévaluée par rapport à l’euro à hauteur de la restructuration nécessaire pour assainir leur situation budgétaire et prendre un nouveau départ ;

2. décréter le défaut généralisé de l’ensemble de la zone euro, restructurant l’ensemble de la dette, l’euro se dévaluant par rapport aux autres devises. De son coté, la dette de l’ensemble des nations souveraines de la zone se trouverait de facto mutualisée et l’unification financière, fiscale et bancaire devrait alors être immédiatement réalisée.

Au point où nous en sommes, cette seconde approche semble être la seule susceptible de faire disparaître de la zone l’instabilité et la fragilité constatées aujourd’hui.

Partager

L’actualité de demain : QUAND LA BUÉE SE DISSIPE DANS LE RÉTROVISEUR, par François Leclerc

Billet invité.

Que ne voit-on pas dans le rétro, ces temps derniers ! À quelques jours de son départ de la Banque d’Angleterre, son gouverneur Mervyn King s’épanche devant les députés britanniques. En référence aux dirigeants des banques, il leur a expliqué que la « première réponse » de ceux-ci est souvent de décrocher leur téléphone pour appeler le ministre des finances ou le premier ministre, lorsqu’ils rencontrent un problème dont ils ne veulent pas que le régulateur le soulève. L’Autorité de régulation prudentielle (PRA), qui officie désormais sous la responsabilité de la Banque d’Angleterre, vient d’annoncer que les cinq principales banques britanniques devaient augmenter leurs fonds propres de 27,1 milliards de livres, 13,4 milliards manquant encore à l’appel après leurs récents renforcements. De quand datent donc les dernières pressions des banques sur le 10, Downing Street ?

Continuer la lecture de L’actualité de demain : QUAND LA BUÉE SE DISSIPE DANS LE RÉTROVISEUR, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : SI VOUS N’ÊTES PAS ENCORE TOTALEMENT LASSÉS D’EUX… par François Leclerc

Billet invité.

Va-t-il falloir revenir sur le dernier en date des plans de sauvetage, celui qui a été conclu dans des conditions fort mouvementées à Chypre ? Cela semble tout à la fois inévitable mais peu probable dans l’immédiat, bien que ce soit ce que vient de demander son président, Nicos Anastasiades.

Il constate que l’économie de son pays « est précipitée dans une profonde dépression, annonçant une nouvelle progression du chômage et rendant la consolidation fiscale encore plus difficile ». En conséquence, il demande l’assouplissement des mesures déjà décidées, le principal établissement financier – la Banque de Chypre (BoC) – étant en particulier durement atteint, non sans conséquences sur l’activité économique. Sans explicitement demander une rallonge financière, le président chypriote souhaite qu’une partie des aides d’urgence de 9 milliards d’euros de l’Eurosystème (Emergency Liquidity Assistance – ELA), initialement reçues par la banque Laïki et depuis sa fermeture au bilan de la BoC, soit convertie en obligations à long terme. Il met en cause ce soutien (« abusif » est le terme juridique, car il est intervenu alors qu’il était déjà clair que Laïki n’était pas solvable). Le point est sensible, car il rejoint la critique faite par le FMI à propos de l’insolvabilité de la Grèce, dont la reconnaissance a selon ce dernier trop tardé.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : SI VOUS N’ÊTES PAS ENCORE TOTALEMENT LASSÉS D’EUX… par François Leclerc

Partager

NOUS, L’OPINION PUBLIQUE

Un rapport du Sénat américain rédigé sous la direction des sénateurs Carl Levin du côté démocrate et John McCain du côté républicain, et divulgué à Washington hier 20 mai, en vue d’une audition de dirigeants de la firme Apple aujourd’hui 21 mai, met en évidence les techniques d’« optimisation fiscale » utilisées par le géant de l’électronique.

Les montages sont expliqués de manière détaillée dans ce document de 40 pages. On y lit par exemple que l’un des départements de la firme, Apple Operations International, n’a payé aucune taxe dans aucun pays de 2009 à 2012 malgré un revenu net de 30 milliards de dollars ; un autre, Apple Sales International, a versé en 2011, 10 millions de dollars en impôts sur un montant de recettes s’élevant à 22 milliards de dollars, soit un taux d’imposition effectif de 0,045%.

C’est l’Irlande, en sa qualité de « centre financier international » (l’appellation méliorative des havres fiscaux), qui a permis à Apple un tel degré d’« optimisation », allant jusqu’à accorder à la firme des conditions d’imposition privilégiées : abaissant dans certains cas l’imposition des 12% officiels exigés des compagnies non-résidentes à un taux privilégié de 2%, voire même moins. On se souviendra que lorsque l’Irlande fut tirée d’affaire par les autres pays de la zone euro en 2010, une des conditions posées initialement pour son sauvetage était la fin de son statut de havre fiscal. On apprit rapidement, mais sans réelle surprise, que cette pré-condition pour l’aide qui lui était accordée était abandonnée.

Le rapport du Sénat américain souligne que l’« optimisation fiscale » n’est pas illégale : « C’est cela la définition même d’une entourloupe fiscale, a déclaré le sénateur Levin, une pratique qui sur le plan purement technique est légale, mais qui contrevient à l’esprit de la loi ».

En d’autres temps, le fait que l’« optimisation fiscale » n’est pas illégale aurait assuré à Apple une indifférence bienveillante des États à l’égard des techniques auxquelles la compagnie recourt. Les temps ont changé : ce ne sont pas seulement les États-Unis, mais également le Royaume-Uni, l’Australie et l’Union européenne qui poussent ces jours-ci l’« optimisation fiscale » dans ses derniers retranchements. Restons cependant vigilants et attentifs au fait qu’il n’est pas dans la nature même des gouvernements de ces pays d’opérer un tel revirement « hostile au milieu des affaires » (pour employer l’expression consacrée) parce que ce changement d’attitude n’a en réalité qu’une seule origine : l’exaspération croissante que nous manifestons envers l’« optimisation fiscale » de compagnies telle Apple, nous, l’opinion publique.

Partager

L’actualité de demain : AU RAYON BRICOLAGE, A DUBLIN, par François Leclerc

Billet invité.

Réunis à Dublin, les ministres des finances vont courir beaucoup de lièvres à la fois avec le risque de n’en attraper aucun. Un premier gros dossier les attend, celui de la sortie qui se voulait exemplaire du Portugal et de l’Irlande de leurs plans de sauvetage. Comme d’habitude, cela s’annonce une fois de plus bidouillage et compagnie.

A la manière des banquiers qui traitent ainsi leurs débiteurs insolvables, les deux pays devraient bénéficier d’un très substantiel allongement de leurs délais de remboursement, on parle même de sept ans supplémentaires. L’objectif est de diminuer leurs besoins de financement annuels et de faciliter leur retour sur le marché. Mais il est craint que cela ne suffise pas. Même bénéficiant d’un tel assouplissement, le Portugal devrait faire face à des besoins de financement très élevés et ses timides essais en direction du marché n’ont intéressé que des hedge funds en quête de bonnes affaires. Ce n’est pas avec cette clientèle qu’ils iront loin. Un nouveau sauvetage se profile à l’horizon.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : AU RAYON BRICOLAGE, A DUBLIN, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : LE BONHEUR DES UNS…, par François Leclerc

Billet invité

Qu’il est dur de faire le bonheur des gens malgré eux ! C’est ce que doivent se dire les responsables politiques européens, voyant leurs homologues italiens traités de zombies par Beppe Grillo, alors qu’ils tentent de sauver du naufrage non pas l’Espagne, comme prétend y être parvenu Mariano Rajoy, mais leur stratégie de désendettement en affichant sa réussite.

Elle ne va pourtant pas de soi. En Espagne, précisément, le déficit public aurait atteint 10,2 % du PIB en 2012, et non 6,7 % comme annoncé par le premier ministre, si l’on tient compte du sauvetage des banques qui a transité par le budget de l’État. Le gouvernement reconnait une récession de -1,4 % du PIB, qui va se poursuivre cette année, des chiffres qu’il faut tous prendre avec des pincettes. Le fond de la crise immobilière est loin d’être touché et les 40 milliards d’euros d’aide européenne destinés à renflouer les banques ne seront pas suffisants. La recherche d’une assistance financière à la Sareb, la bad bank espagnole, déstabilise paradoxalement les banques, car les décotes des actifs qu’elle annonce – pour attirer en son sein les investisseurs – sont très largement supérieures à celles que les banques ont adoptées ! C’est cela ou faire intégralement supporter par les finances publiques le risque que représente la Sareb, qui est destinée à recevoir 60 milliards d’actifs… Les pertes doivent toujours se trouver quelque part !

Continuer la lecture de L’actualité de demain : LE BONHEUR DES UNS…, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : PARJURES ET GROSSES CACHOTTERIES, par François Leclerc

Billet invité.

Réalisé en douce, le sauvetage du sauvetage de l’Irlande a nécessité une restructuration de la dette de l’État Irlandais envers sa banque centrale nationale ayant toute les apparences d’une monétisation qui ne dit pas son nom, la BCE en prenant note distraitement comme si elle avait regardé ailleurs.

Le plan qui va devoir être adopté d’ici la fin mars pour tirer d’affaire Chypre va bousculer d’autres tabous. Car Jörg Asmussen, l’un des membres du directoire de la BCE, vient de l’affirmer : il est hors de question d’attendre que le cap du 22 septembre des prochaines élections allemandes soit passé, car cela reviendrait à mettre en question « les progrès accomplis l’année passée pour surmonter la crise de l’euro ».

Les ministres des finances de l’eurozone vont devoir plancher sur plusieurs scénarios qui leur sont proposés, selon le Financial Times qui en donne tous les détails. Ils ne prévoient que de véritables horreurs : suivant les options, une nouvelle restructuration de la dette souveraine grecque, la participation des créanciers des banques dans le cadre d’un bail-in (une recapitalisation sans injection de capitaux), et même une ponction sur les dépôts. Une mesure susceptible de déclencher leur retrait précipité, puisqu’elle est désormais connue comme étant envisagée, aggravant encore la situation des banques chypriotes.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : PARJURES ET GROSSES CACHOTTERIES, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : ET C’EST AINSI QUE LE MONDE TOURNE MAL…, par François Leclerc

Billet invité

Comment sauver le sauvetage de l’Irlande et faire une démonstration biaisée de la réussite d’une stratégie en déroute en Grèce ? C’est une affaire compliquée et loin d’être résolue, qui va imposer de procéder par étapes, la première d’entre elles venant d’être franchie en faisant rouler une partie de la dette irlandaise.

30,6 milliards d’euros de la dette publique viennent d’être restructurés dans des conditions rocambolesques, à la faveur d’un échange entre billets à ordre à 7 et 8 ans du gouvernement et obligations d’une maturité moyenne de 34 ans, avec un taux diminué de 8 à 3 %. Ceux-ci avaient été signés à l’occasion d’un montage complexe et précipité, afin d’être utilisés par l’Anglo Irish Bank comme collatéral auprès de la Banque d’Irlande, lui permettant de prêter des fonds au titre des ELA (Emergency Liquidity Assistance – Assistance de liquidité exceptionnelle) prévus au sein de l’Eurosystème. Mais la charge annuelle de remboursement étant de 3,1 milliards d’euros, égale cette année aux coupes budgétaires qu’elle annulait, elle faisait obstacle au retour sur le marché, le but recherché. Il fallait donc restructurer.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : ET C’EST AINSI QUE LE MONDE TOURNE MAL…, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : FRAGILES MARGES DE MANOEUVRE, par François Leclerc

Billet invité.

Faisons le point : tandis que Barack Obama propose un nouveau plan temporaire de réduction du déficit, afin d’éviter le couperet des coupes automatiques du 1er mars prochain, Shinzo Abe, le premier ministre japonais, tente une nouvelle fois de sortir son pays de la trappe à liquidité en faisant déverser par la Banque du Japon dans celle-ci… de nouvelles liquidités. De son côté, François Hollande voudrait obtenir de la BCE, sans pouvoir ni le dire ni l’obtenir, une action favorisant la baisse d’un euro fort subissant les effets de la guerre des monnaies et faisant obstacle aux exportations françaises, tandis que Mario Monti tente de sauver les maigres crédits européens d’une hypothétique relance dans le cadre d’une épineuse négociation budgétaire européenne. Tous recherchent des marges de manœuvre et tentent comme à l’accoutumée de gagner du temps. On a la stratégie des objectifs que l’on se donne, avec les résultats que l’on peut.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : FRAGILES MARGES DE MANOEUVRE, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : LE DÉSENDETTEMENT EST UN TORRENT TUMULTUEUX, par François Leclerc

Billet invité.

La partie non annexée par la Turquie de Chypre pèse 0,15% du PIB de la zone euro, mais elle représente un risque systémique, d’après Jörg Asmussen, membre du comité directeur de la BCE. Refuser d’aider financièrement le pays pourrait avoir un impact sur les banques grecques, déjà très atteintes, et envoyer « un mauvais signal » au moment où le Portugal et l’Irlande s’efforcent de revenir sur le marché, a-t-il fait valoir. Cela donne la mesure de la fragilité extrême de la construction financière de la zone euro…

Mais le gouvernement allemand, en cela fidèle à la position qu’il défend déjà vis à vis de l’Espagne, ne souhaite pas de nouveau plan de sauvetage et tente de justifier son refus en arguant du fait que les banques chypriotes blanchissent à grande échelle des capitaux russes douteux (ce qui fait peu de doute). Il en a résulté des échanges à fleuret moucheté entre Mario Draghi et Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, ce dernier trouvant pour s’abriter une défausse juridique : Chypre ne remplirait pas les conditions pour bénéficier d’un sauvetage, n’étant pas reconnu comme systémique eu égard à sa définition dans la loi allemande adoptée à propos du fonctionnement du MES. Mario Draghi a répliqué que cette question ne pouvait être tranchée que par des économistes, et pas des juristes (ce qu’est Wolfgang Schäuble de formation).

Continuer la lecture de L’actualité de demain : LE DÉSENDETTEMENT EST UN TORRENT TUMULTUEUX, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : DES BANQUES A DÉMANTELER…, par François Leclerc

Billet invité.

Il faut que le cas de Chypre vienne à l’ordre du jour pour que l’on se rende compte de l’hypertrophie du système bancaire, qui ne lui est pas propre. Le bilan des banques chypriotes, gonflé par les apports financiers en provenance de Russie, représente rien de moins que 800% du PIB. Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui de l’Islande, dont les activités bancaires off-shore avaient abouti à un même résultat. Sauf que, dans ce cas, cela pourrait résulter du blanchiment d’argent à grande échelle, la partie chypriote grecque de l’île ayant connu une grande prospérité, due dans un premier temps à sa situation de terre d’accueil pour les Libanais aisés, puis de lieu de villégiature pour les nouveaux riches russes.

Les dirigeants européens sont devant l’obligation de sauver le pays, dont les banques sont plombées par la dette grecque, et la Troïka s’efforce d’y voir clair dans les comptes, en se posant la question désormais rituelle : le montant des dettes est-il soutenable ou pas ? Fidèle à son personnage, Angela Merkel avise dès maintenant qu’il ne peut y avoir de conditions particulières pour Chypre, au contraire de ce qui est affirmé pour l’Irlande, qui reste néanmoins dans l’attente des mesures qui le soulageraient. Comment, en effet, justifier une même règle pour tous, si les dérogations se multiplient ?

Continuer la lecture de L’actualité de demain : DES BANQUES A DÉMANTELER…, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : DONNANT-DONNANT EN IRLANDE, par François Leclerc

Billet invité.

Si vous voulez pouvoir présenter un plan de sauvetage réussi, nous pouvons faire quelque chose pour vous, explique en substance aux dirigeants européens le premier ministre irlandais, Enda Kenny, qui profite du fait qu’il gère la présidence de l’Union européenne pour six mois. Il suffit que les aides que vous nous avez accordées pour renflouer nos banques leur soient rétroactivement attribuées, afin de les déduire de notre dette publique, et que la BCE consente un allongement de la durée de ses prêts à huit ans et une baisse de leur taux.

C’est tout simple, mais cela coince depuis des mois. Le renflouement des banques a coûté 64 milliards d’euros à l’Etat, qui a dû demander à bénéficier d’un plan de sauvetage en raison de la réaction du marché à l’ampleur de son déficit, ce qui n’a pas grand chose à voir avec l’idée que l’État est trop dispendieux et qu’il faut se serrer la ceinture, une habitude que les Irlandais ont acquise au cours de leur histoire. Et cela renvoie à une question intéressante : quelle est la démonstration que les dirigeants européens veulent faire, qu’ils sont inflexibles ou que leur stratégie réussit ?

A moins qu’ils ne craignent de fabriquer une jurisprudence, sur laquelle les Portugais et les Espagnols pourraient s’appuyer pour demander à bénéficier du même dispositif…

Partager

L’actualité de demain : CES MOTS QUI PEUVENT EN CACHER D’AUTRES, par François Leclerc

Billet invité.

L’Irlande prend la présidence tournante de l’Union européenne et les commentaires sur la réussite irlandaise ne vont pas manquer de fleurir. Elle repose, est-il expliqué, sur un redressement financier résultant d’un choc de compétitivité favorisant les exportations. Le modèle même qui est proposé à l’ensemble de l’Union européenne, cela tombe bien !

De quoi s’agit-il, en réalité ? Le gouvernement irlandais a cherché le salut en poursuivant sa stratégie de tête de pont vers la zone euro destinée aux entreprises transnationales. Ce sont ces dernières qui créent les flux financiers comptabilisés comme des exportations, et le choc de compétitivité provient de la baisse des salaires, de la chute des prix de l’immobilier de bureau, et surtout du maintien d’une fiscalité avantageuse. L’État ayant supporté les pertes colossales des banques, suite à l’explosion de la bulle immobilière irlandaise, a vu sa dette exploser et, dans le cadre d’un plan de sauvetage, la rembourse en appliquant des mesures d’austérité ayant plongé le pays dans la récession, généré un chômage de près de 15% et contribué à une nouvelle vague d’émigration.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : CES MOTS QUI PEUVENT EN CACHER D’AUTRES, par François Leclerc

Partager

L’actualité de la crise : LA PAROLE EST AU MARCHÉ ! par François Leclerc

Billet invité

Il ne faut pas s’attendre à un miracle. Prise entre des impératifs contradictoires et soumise à de fortes pressions, la BCE devrait s’en tenir à un programme minimum, selon les informations qui circulent ce soir.

On s’oriente vers une intervention sous forme d’achats obligataires sur le second marché au coup par coup, décidée à chaque fois par le conseil des gouverneurs, sans qu’aucun mécanisme automatique ne soit adopté. L’abandon de la priorité de remboursement de la BCE par rapport aux autres investisseurs (la séniorité) a moins fait l’objet de longues discussions.

Cette décision, si elle se confirme, est à l’image du reste. Les cas de la Grèce, de l’Espagne, de l’Irlande et du Portugal sont toujours en suspens, les deux premiers devant impérativement être réglés à la mi-octobre selon François Hollande, qui n’a pas dit comment il fallait s’y prendre. Une union bancaire se prépare sur laquelle les espoirs vont se reporter, mais sans attendre elle ne nous déçoit pas : sous couvert du dispositif de surveillance des banques, c’est la taille des mailles du filet qui est en discussion, l’articulation entre la BCE et les régulateurs nationaux et les complaisances qui pourront l’accompagner.

Partager

L’actualité de la crise : LE PARI HASARDEUX DE LA BCE, par François Leclerc

Billet invité

Avec la restructuration de la dette grecque, un tabou est tombé a souligné Paul Jorion dans son intervention du 24 février dans « Le temps qu’il fait ». Il a en effet été admis, au terme de longues négociations, que les investisseurs de la dette souveraine étaient susceptibles d’enregistrer des pertes et qu’ils admettaient d’être mis à contribution pour assurer un sauvetage considéré comme essentiel. Un précédent, quoi qu’en disent ceux qui assurent en croisant les doigts qu’il ne sera pas renouvelé .

Mais voilà que la BCE à son tour surprend. Elle frise le reniement de ses principes – et le viol de ses statuts – en aidant les banques à acquérir des titres de la dette souveraine, une aide indirecte manifeste à leur financement. Jean-Claude Trichet avait déjà du accomplir quelque gymnastique, en prétextant la nécessité d’assurer la bonne transmission de la politique monétaire de la BCE, pour justifier ses achats obligataires sur le marché secondaire, mais la banque centrale s’aventure encore plus loin sur des terres inconnues.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : LE PARI HASARDEUX DE LA BCE, par François Leclerc

Partager

L’actualité de la crise : POUR PRENDRE UN PEU D’AVANCE ! par François Leclerc

Billet invité

Une farouche compétition est engagée en Europe, afin de ne pas être le pays qui va suivre la Grèce, dont le cas est toujours présenté comme unique et allant le rester. S’efforçant de se présenter sous leur meilleur jour afin de tenter rassurer les marchés, le Portugal, l’Espagne et l’Italie sont sur les rangs.

Les Portugais jouent les bons élèves de la classe, tout en admettant mezzo voce qu’ils ne savent pas comment ils vont pouvoir revenir sur le marché en 2013, laissant entendre qu’une rallonge financière sera nécessaire et que plus de temps sera nécessaire pour respecter les objectifs fixés. L’hypothèse d’une restructuration de la dette plane. Les taux longs sont très tendus sur un marché obligataire à la détente. L’extension du programme leur a d’ailleurs déjà été promise par Wolfgang Schäuble, une caméra qui passait par là l’ayant enregistré au vol à Bruxelles, alors que la Troïka termine à Lisbonne sa troisième mission.

Le pays renoue avec la pauvreté, et parfois la misère, qu’il n’a quitté qu’à la suite de la chute de la dictature en 1974, encore sur la lancée qui s’épuise de la prospérité résultant de l’entrée dans l’Union européenne et de la manne des fonds structurels de Bruxelles. Cette année, l’économie devrait se contracter d’au moins 3 %, le taux de chômage a officiellement atteint en fin d’année dernière le seuil de 14 %. De nombreux signes permettent de reconnaitre la montée de la précarité.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : POUR PRENDRE UN PEU D’AVANCE ! par François Leclerc

Partager

DE L’AUSTÉRITÉ ET DU MAUVAIS USAGE DE LA SOUVERAINETÉ, par Éric Walravens

Billet invité.

Lundi 30 janvier 2012, Bruxelles. Réunis en sommet, les dirigeants européens s’apprêtent à entériner un traité de discipline budgétaire, alors que dans les rues de la ville, étrangement calmes en ce jour de grève générale, les syndicats protestent contre la même austérité. A écouter chacun des deux camps, le débat semble se résumer à une opposition entre ceux qui veulent assainir les finances publiques et ceux qui ne veulent pas couper dans des budgets essentiels. Deux points de vue tout à fait valables.

Concilier ces deux approches est tellement simple qu’il semble naïf de l’énoncer. Pour revenir à l’équilibre budgétaire, il ne faut pas tant réduire les dépenses qu’augmenter les impôts. Et non pas augmenter les impôts sur les travailleurs et classes moyennes, mais bien capter les montants énormes qui y échappent grâce à un ensemble de règles internationales héritées de trente années de libéralisation des capitaux.

La concurrence fiscale entre les Etats est au cœur des dynamiques qui ont permis à ces règles de se développer. Concurrence qui pousse les Etats à offrir aux multinationales un pont d’or en échange de la promesse de quelques emplois. Qui permet à ces multinationales de déplacer leurs revenus, en toute légalité, d’une filiale à l’autre pour réduire à presque rien leur contribution à l’impôt. Qui permet aussi aux individus les plus fortunés de faire leur shopping entre les destinations les plus exotiques et les moins imposées.

Continuer la lecture de DE L’AUSTÉRITÉ ET DU MAUVAIS USAGE DE LA SOUVERAINETÉ, par Éric Walravens

Partager

L’actualité de la crise : UN TRÈS GROS BOUT DE GRAS, par François Leclerc

Billet invité

Les discussions à propos de la restructuration de la dette grecque font l’objet d’un marathon et sont depuis plusieurs jours annoncées comme allant incessamment aboutir ! Il serait plus que temps, car c’est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour que la Grèce ne fasse pas défaut le 20 mars prochain. L’enjeu est d’embrayer ensuite sur un second round de discussion avec la troïka, qui a débuté hier vendredi et porte sur les mesures que va devoir prendre le gouvernement afin de bénéficier d’un prêt dont le montant a été fixé en octobre dernier à 130 milliards d’euros.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : UN TRÈS GROS BOUT DE GRAS, par François Leclerc

Partager