Le Brexit à l’épreuve de l’Irlande, ou « On ne m’écoute jamais ! »

Le Monde, le 29 mai 2018 : Alarmée par la question irlandaise, Theresa May envisage de reculer le Brexit à 2023, par Philippe Bernard

Theresa May vient discrètement de recouvrir le Brexit d’une nouvelle couche de fudge [caramel mou] : elle envisage désormais le report à 2023, autrement dit aux calendes grecques, d’un divorce avec l’Union Européenne (UE) qui menace rien moins que son gouvernement d’éclatement, l’économie britannique de récession, et l’Irlande de retour à la violence ou de réunification.

Le Monde, le 11 avril 2017 : Les Britanniques peuvent-ils vraiment se passer du continent ? par Paul Jorion

La procédure chirurgicale de sortie de l’UE est-elle seulement envisageable ? Le risque de complications est infini. L’Écosse entend demeurer dans l’UE et voit dans un vote d’indépendance – après celui de 2014 où les séparatistes recueillirent 44% des votes – le moyen de s’y maintenir. Une telle amputation du Royaume-Uni marquerait bien sûr sa fin. Le Brexit réintroduirait aussi une frontière « dure » entre l’Irlande et l’Ulster, tragique pas en arrière si l’on pense au sang versé avant d’atteindre la paix en Irlande du Nord. […]

Pour ne pas se déjuger, Londres s’efforcera de déguiser le maintien du statu quo en la rupture brutale que le Brexit aurait dû signifier. La preuve aura été faite que si les Britanniques méprisent le continent, ils n’ont jamais pu non plus s’en passer.

Trends – Tendances, le 30 novembre 2017 : Brexit et Catalogne: ‘Quelle est la taille idéale de « l’entre-soi »‘ ? par Paul Jorion

Mais le nuage le plus menaçant aujourd’hui était évident avant même que ne soit lancé le referendum : le statut de la frontière entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande. L’absence de frontière dure entre les deux fut consacrée par l’Accord du Vendredi saint de 1998, accord passé à l’époque entre deux composantes de l’Union européenne. Le retrait hors de celle-ci du Royaume-Uni remettrait l’accord en question et obligerait à redéfinir une frontière « dure » à un endroit ou un autre : soit entre les deux Irlandes, soit entre l’île entière et la Grande-Bretagne. Et sur ce point, le désaccord est absolu, la République d’Irlande mettant son veto à la première option, et le Royaume-Uni, à la seconde.

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