L’ULTRALIBERALISME TENTE DE RESSUSCITER UNE ARISTOCRATIE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai modifié le titre de ce billet qui était initialement : « Ressusciter une aristocratie » en « L’ultralibéralisme tente de ressusciter une aristocratie ». J’ai également explicité une phrase. La raison en est que certains lecteurs semblent se contenter de lire le titre et se font à partir de là une opinion de ce dont parle le billet. Ainsi sur le blog de Jacques Attali, JPJM écrit que « Paul Jorion appelle de ses vœux une nouvelle aristocratie au sens élevé du terme ». Rien n’est plus éloigné de mes vœux, ce que j’écris ci-dessous, c’est ceci : « Si le libéralisme est le moyen qui a permis historiquement à une bourgeoisie d’abattre une aristocratie, l’ultralibéralisme est alors le moyen qu’utilise une bourgeoisie – continuant de prôner les mêmes principes une fois sa victoire achevée –, de se reconstituer elle-même en cette aristocratie qu’elle a précédemment évincée. »

Autrement dit – et pour lever toute équivoque – je dénonce les visées de l’ultralibéralisme de reconstituer un système aristocratique. Aucun rapport avec le fait d’« appeler de mes vœux une nouvelle aristocratie au sens élevé du terme ».

L’ultralibéralisme tente de ressusciter une aristocratie

Si le libéralisme est le moyen qui a permis historiquement à une bourgeoisie d’abattre une aristocratie, l’ultralibéralisme est alors le moyen qu’utilise une bourgeoisie – continuant de prôner les mêmes principes une fois sa victoire achevée –, de se reconstituer elle-même en cette aristocratie qu’elle a précédemment évincée. La manière dont ceci est possible est la suivante : réclamer un plus grand progrès de la liberté dans un cadre aristocratique fondé sur les droits acquis initialement par la force, c’est offrir à l’argent le moyen de détrôner la force dans son rôle de vecteur de la puissance. Et ceci parce que l’argent, en permettant d’acheter un service, exerce un pouvoir de « commandement » identique à celui de la force (1). Une fois la bourgeoisie en charge des affaires, continuer de réclamer un plus grand progrès de la liberté dans le cadre d’une société bourgeoise, c’est offrir au nouvel ordre qui s’est constitué, le moyen de se renforcer, autrement dit de permettre à cette bourgeoise triomphante de recréer un système semblable à l’ancien mais où ce serait elle qui assumerait cette fois le rôle d’une aristocratie. L’exercice de la liberté est en effet différentiel : ce que la liberté autorise n’est pas le même dans le cas du riche et celui du pauvre. En effet, le riche utilise comme une chose qui va de soi le pouvoir de commandement qu’autorise sa richesse. La liberté du pauvre se limite aux rêves de grandeur qu’il peut entretenir en imaginant que l’on devient riche par un simple effet de la liberté, par le simple effet de le vouloir. Cette illusion est possible parce que du point de vue auquel on a accès quand on est pauvre, l’effet de levier nécessaire pour progresser dans l’ordre bourgeois est invisible.

On oublie que si Marx affirme qu’une dictature du prolétariat sera nécessaire pour créer une société sans classe, c’est parce que la bourgeoisie arrivant au pouvoir ne partage pas elle cette ambition : le pouvoir auquel elle accède, il lui semble qu’elle l’a mérité, et les privilèges de l’aristocratie qui la révoltaient autrefois n’étaient pas répréhensibles à ses yeux pour leur qualité en soi mais seulement parce qu’ils n’étaient pas les siens.

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(1) Sur ce qu’en a dit Adam Smith, voir « L’argent, mode d’emploi » (2009) : 70 et « Le prix » (2010) : 36.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : LES BANQUES CENTRALES, DERNIERS RECOURS A CONTRE-CŒUR, par François Leclerc

Billet invité.

En adoptant le principe d’une révision du traité de Lisbonne afin de pérenniser un dispositif collectif de sauvetage financier d’un Etat en difficulté, les 27 de l’Union européenne se sont engagés dans un tournant dont il ne voient pas la fin.

Ce premier coup de canif dans le contrat de mariage pourrait en effet être suivi d’autres. Reconnaître l’hypothèse que certains pays ne seraient pas en mesure de respecter le contrat d’austérité qu’il leur est exigé de suivre pourrait impliquer que, pour d’autres, du mou devrait être donné à la laisse. Mais n’anticipons pas…

Dans l’immédiat, à peine engagé, ce tournant a suscité une passe d’arme entre Jean-Claude Trichet et Nicolas Sarkozy, rapportée de plusieurs sources. « J’ai l’impression que certains ne se rendent pas compte de la gravité de la situation » a tonné le premier, en pure perte.

Non seulement le président de la BCE n’a pas obtenu gain de cause sur un sujet à propos duquel il s’était exprimé sans ambages – l’automaticité des sanctions pour les pays allant hors des clous – mais il n’a pu empêcher que soit adopté un mécanisme anti-crise qui pourrait selon lui susciter sans tarder une réaction des marchés, furieux devant la perspective de devoir participer demain à d’éventuelles restructurations de dette. Ou, pour le dire sans détours, craignant que les banques européennes ne causent une nouvelle hausse des taux obligataires de pays comme la Grèce et l’Irlande. Pour commencer.

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QUE VEUT FAIRE L’EUROPE AVEC l’EURO ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Crise internationale de la Loi

Dans une page difficile à tourner, François Leclerc passe en revue les contradictions politiques et économiques de l’Europe exacerbées par la crise des monnaies et du crédit. Depuis l’abandon de l’étalon or en aout 1971, la monnaie est dans le monde entier un pur produit des règles d’émission et de calcul du crédit par les banques centrales. Le crédit est depuis l’origine de la civilisation à la fois l’anticipation économique du futur et l’application du droit de la valeur dans une société. La relation formelle entre le droit et la loi économique qui rationaliserait la mesure de la valeur future n’est formulée ni par la science juridique, ni par la science économique. Cette relation est donc appliquée empiriquement. La crise actuelle traduit l’inefficience des règles élaborées dans le régime des changes flottants en vigueur depuis quarante ans. Le contexte nouveau d’une économie mondiale multipolaire précipite la dégénérescence de la monnaie. Les pouvoirs politiques ne savent pas comment réguler un système monétaire et financier qui ne trouve plus par lui-même les conditions d’une croissance économique compatible avec l’équilibre humain des sociétés.

La stabilité monétaire et financière est une question toujours ouverte d’économie politique. La création de l’euro a été une tentative de créer une référence monétaire internationale alternative au dollar. C’est la première expérience historique de monnaie multinationale dont la valeur soit fondée exclusivement sur le crédit. Une monnaie repose sur un système de valeur commun aux institutions politiques et aux agents économiques d’un même espace politique et culturel. L’hypothèse d’une communauté de valeur des États et citoyens de la zone euro a justifié l’instauration d’une même unité de compte. Tout objet de valeur formé dans cette communauté a pu s’échanger contre un prix en euro à la place des anciennes monnaies qui fluctuaient les unes par rapport aux autres.

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A propos de « LE POINT DE FUSION DES RETRAITES » de Frédéric Lordon

Faites-moi plaisir, consacrez dix minutes de votre temps ce weekend à lire Le point de fusion des retraites par Frédéric Lordon. J’ai consacré trois phrases dans ma vidéo d’hier à la question répartition / capitalisation, il faut un véritable débat qui peut avoir lieu sur son site internet mais ici aussi. En tout cas, lisez le texte de Lordon.

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L’actualité de la crise : LES RENCONTRES SE SUIVENT…, par François Leclerc

Billet invité.

A l’image de celle des ministres des finances et des chefs d’Etat et de gouvernements – bien que sur un pied plus modeste – la vie d’un chroniqueur de l’actualité de la crise permet de beaucoup voyager. Nous étions à Bruxelles et nous nous dirigeons maintenant les uns et les autres vers Séoul, pour le G20, après une brève escale à Washington, à l’occasion de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed.

Pour être clairement formulées, les conclusions du sommet de Bruxelles devront toutefois attendre une nouvelle rencontre, prévue en décembre prochain. Il est pour l’instant sorti de celui qui vient de se terminer l’adoption du principe d’un mécanisme de crise permanent, destiné moins à sauver tel ou tel pays – car des conditions drastiques devront être acceptées pour en bénéficier – que la zone euro elle-même, car elle pourrait être en fin de compte menacée d’éclatement. Entérinant l’apport du FMI dans le dispositif financier et envisageant de mettre à contribution les banques européennes, détentrices d’obligations d’Etat appelées à être dépréciées ; s’efforçant donc de minorer l’apport des Etats eux-mêmes.

Une procédure simplifiée, prévue au traité de Lisbonne, devrait permettre de formaliser le principe de ce mécanisme en l’amendant tout en évitant la tenue de référendums, sans toutefois supprimer l’étape ultime de la ratification par les Etats, toujours susceptible de donner lieu à des surenchères et des demandes de compensation compliquant et retardant les choses.

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Le temps qu’il fait, le 29 octobre 2010

La psychanalyse
Principes des systèmes intelligents (Masson 1990)
Le mystère de la chambre chinoise

Le prix (Le Croquant 2010)
• Le mécanisme de la formation des prix
• Les interactions entre classes sociales et les interactions à l’intérieur d’une classe sociale
• Karl Marx

Les systèmes de retraites
• Répartition et capitalisation
• Comment il faudrait repenser la question

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L’actualité de la crise : DÉMONSTRATIONS PAR L’ABSURDE, par François Leclerc

Billet invité

Faut-il ou non s’engager dans une révision du traité de Lisbonne s’interroge-t-on à Bruxelles ? Présenté sous ce seul angle, il est difficile à ceux qui le préconisent de justifier de repartir dans une procédure, même allégée, qui a tout de même duré dix ans pour être bouclée… C’est pourquoi Angela Merkel, tout en restant ferme sur le principe, s’efforce de présenter sous un jour plus avenant sa proposition, en parlant de « deux phrases » à changer, et en suggérant des modalités d’amendement qui ne passeraient pas par des référendums populaires, hautement hasardeux dans certains pays alors que l’unanimité est requise.

L’actualité de ces deux jours est dominée par la réunion des chefs d’Etats et de gouvernements et par ce thème qui les oppose, reléguant au second plan une nouvelle qui éclaire pourtant leurs discussions. La Grèce s’enfonce et prend un mauvais chemin. Le coût de l’assurance contre son défaut de remboursement de sa dette – le taux des fameux CDS – grimpe sur le marché tandis qu’il apparaît que les objectifs de réduction du déficit grec ne seront pas tenus : les recettes fiscales diminuent, la croissance n’étant pas au niveau attendu, alors que le trou de la dette est plus profond que prévu. L’écart croît en conséquence, au lieu de diminuer.

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LE ‘PRIX DEMOCRATIQUE’ DE MON VOTE, par zébu

Billet invité

Regardant nonchalamment l’émission de ce lundi soir ‘Mots croisés’ concernant, notamment, les retraites, plus par désœuvrement que par réel intérêt, j’ai eu l’étrange impression d’avoir trouvé la confirmation de ce que je pressentais un peu mais aussi un sentiment plus diffus, comme une promesse qui refuserait de celer encore ce qu’elle promettait hier mais dont on sait pertinemment que passée la nuit, plus rien ne s’opposerait à ce qu’elle s’offre à son promis.
Oui, bon …

Quatre intervenants y étaient présents, représentant chacun les différents ‘ordres’ de la société française actuelle, que l’on pourrait résumer ainsi : le capitalisme via le MEDEF, les salariés via les deux organisations syndicales de salariés (CGT et CFDT) et le gouvernement via le ministre de l’industrie.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans l’organisation spatiale du débat, le journaliste (‘les médias’) se trouvait au milieu, entre deux tables, où les ‘salariés faisaient face au ‘capitalisme’ et au ‘gouvernement’, côte à côte, tant il est vrai qu’en ce qui concerne le sujet des retraites, le projet gouvernemental est le projet du MEDEF peu ou prou et que le MEDEF défend le projet du gouvernement. Représentation médiatique donc très schématique et manichéenne de la société mais instructive, quant au parallèle fait entre le pouvoir économique et le pouvoir politique, face au pouvoir du ‘peuple salarié’.

Et ce qui devait donc advenir advint, tant cette opposition médiatique ‘organisée’ tint ses promesses, en termes d’affrontements, parfois violents, entre les deux tables : ‘nous ne céderons pas’, ‘nous non plus’. Les acteurs performaient donc à rejouer la même scène tenue depuis des mois, sans que rien ne doive modifier ce bel agencement des rôles et du cours de la pièce.

La situation évolua cependant. Car la ‘jeune’ entra en scène sur le ‘plateau médiatique’.

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