Cinéma La Garenne, Vannes, « Cleveland contre Wall Street », le mardi 26 octobre à 20h30

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

« Cleveland contre Wall Street »

J’ai donc vu hier « Cleveland contre Wall Street » de Jean-Stéphane Bron, et pendant une petite heure, j’ai engagé la discussion avec les spectateurs vannetais de cet excellent film.

Je rappelle l’argument : la ville de Cleveland dans l’Ohio engage une action en justice contre les banques américaines pour se faire rembourser du naufrage d’East Cleveland, le « ghetto des ghettos » comme l’appelle dans le film un courtier en prêts subprime, où les saisies de maisons consécutives à l’éclatement de la bulle de l’immobilier transforment le quartier en désert. J’aurais personnellement aimé en savoir un peu plus sur les tactiques qui ont été utilisées pour faire dérailler les poursuites judiciaires mais bon, le réalisateur a préféré suivre une autre voie : faire comme si le procès avait lieu et le filmer. L’« infomentaire » est suisso-français, j’aimerais savoir s’il est vu aux États-Unis, ne serait-ce que pour mettre un peu de baume au cœur des faux acteurs / vrais participants qui (pour la plupart) ne se sont pas crus à Hollywood mais bien plongés dans leur propre histoire.

Il n’est pas facile de raconter la crise des subprimes en 98 minutes vu la convergence dans l’affaire de la cupidité de Wall Street, de la prédisposition de l’espèce à l’espérance contre toute évidence, de l’héritage d’un passé esclavagiste, de l’enfer pavé de bonnes intentions des gouvernements et du cynisme du capitalisme en général, etc., etc., et le film s’en sort très bien de ce point de vue : 80 % de ce qui devait être dit l’a été, et à part quelques erreurs de traduction de l’américain en français dans les sous-titres, quasiment sans faute.

Comme un jury avait été réuni selon les règles de l’art, personne ne savait comment il se prononcerait à l’issue du film / procès. Cleveland est déboutée : un « hung jury », cinq en faveur de l’accusation, trois contre. Cela se dessinait, avec trois jurés pour qui des mots comme « solidarité » ou « compassion » sont, comme ils l’expliquent très bien, des obscénités. N’empêche, j’ai pris personnellement cette chute où Wall Street est exonérée, et le sourire de satisfaction de l’avocat des banques, comme un coup de poing dans la figure.

Mon seul regret, ma conviction – comme je l’ai d’ailleurs dit à la salle – que j’aurais su comment convaincre un juré supplémentaire en démontant le mécanisme du « prêt rapace », en expliquant la fourberie de Wall Street pariant avec les CDO sur la toxicité des produits financiers qu’elle invente. Mais ce n’est que du cinéma et il vaut mieux que le film soit vu porteur du message : « on est baisés », et fasse partie ainsi de ces petits rus qui font les grandes rivières et font passer insensiblement de l’indignation résignée à l’indignation révoltée.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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30 réflexions sur « Cinéma La Garenne, Vannes, « Cleveland contre Wall Street », le mardi 26 octobre à 20h30 »

  1. Paul, vous allez pouvoir annoncer à vos spectateurs médusés que la grande et très sage Christine Lagarde, Ministre des économies de son état (et Ministre d’Etat par la même occasion) a enfin écouté ce que vous revendiquez depuis si longtemps : l’interdiction des ventes à découvert !
    Voir ici pour une analyse « objective » de cette loi de régulation financière si souvent annoncée par notre grand Président et qui prend enfin effet !
    Wall Street n’a qu’a bien se tenir, la Frrrrance est là !

  2. Arg… J’étais de manif et de comité de réflexion. Sinon, j’aurais envoyé ça plus tôt :

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/10/26/ni-coupables-ni-responsables_1431389_3234.html
    « Bref, celui que beaucoup désignaient comme l’archétype de la « culture de la cupidité » ne connaîtra jamais la couche sans sommier d’une cellule de prison. Il n’est pas le seul à s’en sortir. Pour tout dire, c’est même la règle générale. Cela étonne de plus en plus de commentateurs. Car lorsque la crise des subprimes a généré cette incroyable débâcle financière, nombre d’experts pronostiquaient que, pour certains, l’affaire se terminerait forcément devant un juge. Or rien de tel n’est advenu. C’est une des nouveautés de la crise actuelle. »

    Rappelez-moi le nom de cet Espagnol chevalier qui ne supportait pas les éoliennes..???

    Ce n’est pas en replâtrant ou en interdisant la spéculation que nous aurons une chance de nous sortir.
    Mais bon, le choix du plus fort est toujours plus facile.

    1. Merci Yvan,
      J’ai déjà fait un post la dessus à la suite du billet d’Alain Gauvin;
      Les faits rapportés par cet article sont écoeurants. j’ai du relire plusieurs fois pour me persuader que j’avais bien lu.
      Comparaison n’est pas raison mais quand même:
      Kerviel, rouage de la machine, condamné à rembourser 4 milliards d’euros en France!
      Mozillo, chef d’orchestre est absout par un chèque de 67 millions. Apres avoir touché 521 millions de dollars de revenus pour 8 ans a son poste (un salaire annuel 54 fois celui du PDG de ma boîte de 1000 salariés ). Pendant que tant d’américains sont jetés à la rue!!!
      J’espère que le procès dont parlait Paul Jorion avant hier (PIMCO vs BoA) pourra rattraper ces responsables et ces coupables.
      Si la justice n’existe plus combien de temps la violence va t’elle être contenue?

    2. Terriblement écoeurant en effet (… mais de notre point de vue d’Européen). Parce qu’en fait, de l’autre côté de l’Atlantique, les « règles » du jeu ne sont-elles pas ainsi établies, que l’on peut s’en mettre plein les poches, même dans la plus totale illégalité ; au seul risque, semble-til, si l’on
      se fait pincer, de devoir partager une (petite) partie du butin avec l’Administration en acceptant la transaction proposée par le juge. Et pourquoi la population u.s. encaisse-t-elle sans broncher (ou à peine) tous ces scandales ?? Sont-ils à ce point lobotomisés ? … ou leur secret espoir, à chacun, serait-il d’un jour, eux aussi, de pouvoir « en croquer » ? Le gros malheur, c’est que lorsque nous envoyons nos élites et futures elites voir là-bas, comment cela se passe, ils reviennent avec des étoiles plein les yeux et se mettent à faire pareil. Cela a l’air tellement évident, tellement facile !!

    3. Hole Street,
      Il ne semble pas y avoir de protestations aux US, ce n’est pas tout à fait juste car la perspective des elections dans quelques jours est une sorte de soupape. Quel score vont faire les républicains et Tea Parties? Mais je me demande qui aux US défend vraiment le peuple? La justice, on verra apres le proces PIMCO (et encore…) mais l’exemple du porces COntrywide ne donne aps d’espoir. La cour suprème? surement pas avec le déplafonnement des fonds versés par les lobbies. Les démocrates? La dérégulation financière est due à l’administration Clinton. Bush a quand a lui « juste » appliqué une politique de droite de réduction des impots.
      En tout cas qu’on ne parle plus de rêve américain.
      MAis chez nous est ce beaucoup mieux?
      Que changent les grèves sur le cours des choses ? Pour l’instant rien car beaucoup espèrent encore que le futur les épargnera, ou plus encore car ils n’ont pas conscience de la précarité de leur situation (je veux parler des privilégiés qui ont un job et ont assez pour bien vivre comme moi) ou de l’effondrement de la démocratie.
      MAis bon faut relayer ce qu’il y a ici et continuer à résister.

    4. Bon, en même temps il faudra bien qu’un jour ils comprennent que les produits toxiques c’est du ressort de la FDA 😉

  3. A propos d’indignation révoltée, je suis dans cet état aujourd’hui à propos de la taxe sur les transactions financières spéculatives.

    En effet, alors que le Parlement belge a voté pour une telle taxe à condition qu’elle soit généralisée à l’Europe. Et logiquement, en septembre 2010, le ministre belge des Finances a mis le point à l’agenda du Conseil Ecofin, le Premier ministre a proposé la taxe au sommet des Nations unies et le ministre de la Coopération au développement a participé à un side event à New York en faveur de la taxe avec la France et le Japon.
    Or, ce 20 octobre 2010, le Parlement européen a débattu d’une proposition en faveur d’une taxe européenne de 0,05% sur les transactions financières internationales, qui aurait permis de mobiliser quelque 200 milliards d’euros par an alloués au budget européen. Cette proposition a été rejetée de peu par les parlementaires européens : 330 contre, 315 pour et 20 abstentions. Chaque vote a compté et 3 parlementaires auraient pu inverser le vote. Et le détail des votes permet de réaliser que les votes des parlementaires belges ont sensiblement pesé dans la balance du «non» alors que la présidence belge de l’Union européenne a fait de la mise en application de cette taxe une de ses revendications. C’est ainsi que du côté francophone, si les députés verts et socialistes ont voté pour, les deux députés MR (Louis Michel et Frédérique Ries) ont voté contre, tandis que les deux députés CDH ont pour l’un voté pour mais pour l’autre voté contre (Anne Delvaux). Du côté flamand, les députés verts et socialistes ont voté pour mais les députés partis libéraux, chrétiens et de droite plus ou moins extrême ont tous voté contre, à l’exception notable de Jean-Luc Dehaene qui a voté en faveur de la taxe. On ne peut dès lors que s’indigner du fossé entre les paroles et les actes de plusieurs représentants belges du Parlement européen et de l’incohérence entre leur vote et la position officielle de leur parti et de la présidence belge de l’Union européenne.

    Une nouvelle fois, les déclarations fracassantes n’ont pas été suivies de faits. Avec de pareils traitres à leur parole et à leurs votes antérieurs, comment espérer sortir de la litanie des crises causées par la spéculation financière.

  4. http://www.lepoint.fr/monde/la-coree-du-nord-appelle-le-sud-a-l-aide-27-10-2010-1254850_24.php
    « La Corée du Nord appelle le Sud à l’aide »
    « La Corée du Nord, en proie à des pénuries chroniques, a demandé mercredi à la Corée du Sud une aide de 500.000 tonnes de riz et 300.000 tonnes d’engrais, en échange de concessions sur le programme de réunions de familles séparées par la guerre de Corée »

    Comme dirait un financier : il est temps de spéculer sur le riz.

    1. Ce qui serait rizible serait que l’ordolibéralisme considère que la victoire du gouvernement français sur les manifestations lui ouvre la voie sur la maîtrise des peuples orbi ét urbi.

      Va y avoir des lendemains qui seront cuisants pour quelques gars qui auront envoyé l’armée en pure perte.

    1. « d’autres ont cru que j’allais appeler à l’insurrection sur la base de la radicalité des mes propos et ils ont été déçus, analyse Paul Jorion » : je n’y ai jamais cru mais je l’espère toujours…

    2. Tain ! Simplesanstête avait précédé votre annonce ! Et il vous fait un p’tit post à la SST pas piqué des hannetons, le rascal !

      Le nouvel Economiste.
      Le journal des pouvoirs d’aujourd’hui.
      Economique, administratif, politique, social, judiciaire, intellectuel, spirituel, médiatique.
      « Elites & hauts dirigeants, leaders & relais d’opinion »

      Mazette !

      Pas glop la tête à Jorion sous la tête à Bauer (Alain, le futur ex pote à Nicolas, pas Charly, l’ex pote à Mesrine !). Ça fait froid dans le dos, non ?

    3. *
      « digne serviteur du triste sire Attali » dit le seul commentateur du texte, en vous donnant ce titre.

      Je continue à me poser des questions sur vos ancrages ou déambulations dans le monde où nous cohabitons et nous cotoyons parfois

      Pouvez-vous, vous et les commentateurs érudits de votre blog, me donner quelques précisions sur cette supposée « collusion » avec Attali ?

    4. Extrait d’un autre commentaire, d’un certain vitifera : « Quelques commentaires un brin outranciers -particulièrement d’un certain « batracien écarlate », mais de la tenue, du flux et du fond « .

      MDR 🙂

    1. yvan, je suis d’accord avec toi, mais faut pas oublier que si l’Europe s’est ainsi construite c’est parce que le ménage n’avait pas été fait au niveau des Etats nationaux. Ce sont encore eux qui dirigent le paquebot Europe (et en particulier la France et l’Allemagne). En gros, ils ont fourgué à l’Europe le rôle de prendre les mesures qui auraient pu être bloquées par les peuples au niveau national. Mais la décision, elle reste au niveau national, quoiqu’ils en disent (et on le voit bien que quand il veut le Sarko, il s’en fout de ce qu’elle dit la commission).
      Donc, s’attaquer à l’Europe, ce n’est pas prendre le mal à la racine. Le mal est au niveau national, voire même encore un peu derrière. Le jour où les ricains ne tireront pas les ficelles de nos marionnettes de dirigeants nationaux, il y aura peut-être un espoir.
      Ils rigolaient moins avec de Gaulle car lui il s’en foutait de la droite et de la gauche et ne regardait que l’intérêt national, pas celui de la chambre de commerce US. Je le cite: « après ma mort, on dressera une grande croix de Lorraine sur la plus haute colline, derrière ma maison…Et comme il n’y a personne, par là, personne ne la verra. Elle incitera les lapins à la résistance.  »
      Il se faisait pas d’illusions sur sa postérité le grand Charles.

  5. Ca sent le roussi . Il y a des lois en thermodynamique et en Physique que les « économistes », ne devraient pas négliger. Si par manque de pratique j’ai du mal à entrer dans les détails techniques des systèmes( ce n’est pas par paresse, faute de temps ,à chacun sa tâche). J’ai développé une approche globale, intuitive et synthétique (un peu bordélique) et , il me semble qu’il y a une loi commune a tous les systèmes. Car notre monde est un système complexe constitué de systèmes interdépendants. On peut créer des systèmes à l’infini mais leur cohésion est déterminé par un principe invariable commun.

    Me trompe-je?

    Lorsque cette loi ou ce principe est excessivement contrarié, les effets sont dévastateurs.

    J’écoute beaucoup, je lis, un peu de tout, j’absorbe, je digère, transforme. En fait je suis comme un bac à composte , je jette dedans,tout ce que je ramasse, je laisse pourrir, je touille et tantôt je jette un oeil.

    Je ne vous dis pas cela pour parler de moi , mais pour expliquer ce flash que j’ai pris en pleine poire ce soir. Peut-être ai-je écouté une émission de trop. La nausée.

    Une sensation comme lorsque l’on est face a un évènement que l’on redoute, que l’on sait inévitable et qui approche. L’automne est magnifique, tout en couleurs chaudes, délicates nuances et douce luminosité. Mais il y a comme un noeud a l’estomac. Je le reconnais celui là. Il ne ment pas.

    Comme un marin en pleine mer qui contemple des eaux calmes, un coucher de soleil de toute beauté. Mais qui flaire un truc louche.

    En fond de toile un sentiment d’exaltation comme un défis a la catastrophe qui s’annonce. « Viens je t’attends et je ne te crains pas, je suis née, comme tant d’autres, pour ce face à face. Petit d’Homme je suis et tu ne passeras pas. Pas cette fois »

    La témérité folle de celui qui est acculé. « Trop pauvre pour être humble ». Je fais partie de ces optimistes forcenés qui refuse la fatalité. Quand je suis à poil je ris aux éclats, il me reste ma Royauté: notre Humanité. Ca n’est pas à vendre, hors de prix.

    Comme le dit monsieur Leclerc, le plus nu des deux , n’est pas celui qu' »Ils » croient.

    Il est là le Monstre, il suffit de tendre la main pour le toucher du doigt. Aujourd’hui j’ai compris le conte du « Chat Botté »( le conte préféré de maman ,elle n’aimait pas que je dise ma mère, mon préféré c’est l' »Oiseau de l’Empereur).

    Les contes disent des choses entre les lignes, comme les musiques entre les notes. Des portes s’ouvrent entre deux mondes, le notre respire entre deux portes.

    « Vade retro , toi le « Sans Nom »,le « Maudit », le « Sans Visage »,le « Sans Patrie »,le « Diviseur », tu t’es exclu des vivants, tu as choisit .Ton » Royaume » n’est pas le « Notre ». Tu n’es rien et Nous sommes Tout ».

    Bonne nuit

  6. Mon seul regret, ma conviction – comme je l’ai d’ailleurs dit à la salle – que j’aurais su comment convaincre un juré supplémentaire en démontant le mécanisme du « prêt rapace », en expliquant la fourberie de Wall Street pariant avec les CDO sur la toxicité des produits financiers qu’elle invente.

    Voir même tout un jury, je n’en doute pas. Paul « Henry F » Jorion ! 😉

    1. Ah, peut-être …Qui sait ?
      C’était un excellent film. ça me donne envie de le revoir ….Ce Fonda, la grande classe ….

      Garder ses capacités d’indignation, c’est le principal ….

  7. J’ai beaucoup ,apprecié l’expément cinématographique de Jean-Stéphane Bron.

    Ca monte plein des choses entre autre la difficulté de trouver ou d’exprimer la nuance dans une jugement.

    Le monde et les jugements ne sont à mon avis pas noir et blanc et en regardent le film j’ai eu la mal aise que l’essentiel ne parait pas, l’intégralité de cette monde bassée sur l’abus de pouvoir qui est une ensemble de Cleveland et Wallstreet!!!!

    Biensur Wallstreet est mille fois plus responsable, mais c’est la

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