Archives par mot-clé : accaparement

Je ne suis pas d’accord avec vous (IV), par Dominique Temple

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Je ne suis pas d’accord avec vous (I) ; Je ne suis pas d’accord avec vous (II) ; Je ne suis pas d’accord avec vous (III)

Je ne suis pas d’accord avec vous (IV)

La spéculation commerciale, la spéculation financière et la spéculation capitaliste

D’où vient qu’une part de l’économie politique soit devenue l’économie capitaliste, et pourquoi ?

Si l’on comprend cela, on comprendra aussi pourquoi toutes les tentatives d’économie empiriques en l’absence d’une théorie de l’économie politique sont condamnées à réanimer l’économie capitaliste dont elles espéraient (pour la plupart) s’affranchir.   Continuer la lecture de Je ne suis pas d’accord avec vous (IV), par Dominique Temple

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Accaparement * : Quand on veut, on peut !, par Jacques Seignan

Ouvert aux commentaires.

Le Huffington Post : M. Le Maire impose un prix encadré des gels hydroalcooliques pour lutter contre l’accaparement.

Les prix obéissent-ils (simplement) à la loi de l’offre et de la demande ? En apparence : forte demande => hausse du prix. Amen.

Mais si on repense à ce que nous a expliqué Paul Jorion, d’autres facteurs interviennent : le rapport de force : les riches (déjà en Première Classe) doivent logiquement être les premiers dans les canots de sauvetage ; et la spéculation : par ex. des petits malins revendent à prix fort sur des sites de vente en ligne.

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L’EXPANSION, « Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ? », LE 25 JANVIER 2011

Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ?

Entretien avec Laura Raim

Le président de la République a vivement critiqué une étude de Bruxelles mettant en doute l’impact de la spéculation sur la hausse des prix agricoles. Qu’en est-il vraiment ? L’avis du sociologue et anthropologue Paul Jorion.

« L’étude montrant que la spéculation ne conduit pas à l’augmentation du prix des matières premières au niveau mondial, je recommanderais une date pour la publier, le 1er avril », s’est emporté Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse lundi. C’est sûr que le rapport de Bruxelles tombe mal alors que le chef d’Etat fait de la lutte contre la spéculation sur les matières premières agricoles l’un de ses chevaux de bataille pour sa présidence du G20. Encore faut-il s’entendre sur la définition de la spéculation et en comprendre les mécanismes. Les explications de Paul Jorion, sociologue et anthropologue.

Comment spécule-t-on sur les produits agricoles ?

La spéculation se déroule sur les marchés « futures » ou à terme, c’est-à-dire où les intervenants fixent un prix aujourd’hui pour une transaction qui interviendra dans quelques mois. A l’origine, cela devait permettre aux négociants de se couvrir contre les variations de prix. Mais aujourd’hui, entre deux tiers et 90% des transactions émanent de spéculateurs. Il faut distinguer deux approches spéculatives : les investisseurs « longs » et les traders opportunistes. Les premiers achètent en général des parts dans des « fonds longs » constitués de « paniers » de matières premières, comprenant en particulier des produits agricoles et misent sur une hausse à long terme des prix, comptant sur des facteurs structurels comme l’accroissement de la demande chinoise. Ces investisseurs peuvent notamment venir sur le marché des matières premières pour se couvrir contre une baisse du dollar. Cette stratégie de long systématique génère une tendance à la hausse des cours.

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BFM Radio, lundi 6 septembre 2010 à 10h46 – Désordres monétaires et émeutes de la faim

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Désordres monétaires et émeutes de la faim

Évoquons d’abord les faits. On reparle ces jours-ci du prix des céréales, au plus haut depuis deux ans. La mauvaise récolte en Russie, gros exportateur de blé en général (13,6 % de la production mondiale), a conduit Poutine à en interdire l’exportation jusqu’à la fin de l’année 2011. On reparle, comme en 2008, d’« émeutes de la faim » et Maputo, la capitale du Mozambique a connu, la semaine dernière des émeutes de la vie chère qui ont fait sept morts. Le 24 septembre, la FAO, l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture, consacrera une session spéciale à ces questions, on insiste à Rome, au siège de l’organisation, sur le fait qu’il s’agit d’une réunion « spéciale » et non « extraordinaire », pour souligner qu’il n’y a pas urgence : le prix du blé est encore plus faible de 38 % du sommet qu’il atteignit à l’été 2008.

En arrière-plan de tout cela, la suspicion, non pas tellement de spéculation cette fois, que d’accaparement. Qu’est-ce que l’accaparement ? La création artificielle d’une pénurie par le stockage de quantités qui pourraient être proposées à l’offre.

L’accaparement fait l’actualité en ce moment, ainsi, le fret maritime est à ce point bon marché en l’absence d’une reprise économique, que des cargos inutilisés pour le transport sont mobilisés pour le stockage de gaz naturel liquide. Cela donne lieu à des comptes d’apothicaire : de combien peut-on faire grimper le prix en accaparant, alors que l’on perd du gaz liquide par « ébullition », parce qu’il se réchauffe au stockage ?

On a également beaucoup parlé ces temps derniers de Mr. Anthony Ward, « analyste du marché du cacao », insiste-t-il dans un entretien, et non « accapareur », qui est parvenu cette année à acheter à luiseul, 7% de la récolte. Les exemples plus anciens ne manquent pas non plus, comme celui des frères Nelson et William Hunt, qui étaient parvenus à accaparer le marché de l’argent en 1979-80. Ils avaient perdu leur pari, ce qui leur avait coûté très cher.

Quand le pain est hors de prix, on le sait, le peuple gronde. La fin du XVIIIe siècle a connu de nombreux renchérissements du prix du pain et l’une des rares choses que la plupart d’entre nous savent de Marie-Antoinette, c’est son fameux : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». Jacques Roux, à la tête des Enragés, obtiendra de la Convention qu’elle passe le 8 décembre 1792 un décret, jamais appliqué, qui frappe de la peine de mort les accapareurs. On combat la hausse des prix qui accompagne l’accaparement par la fixation des prix. Mais comme le grain est cher, c’est la qualité du pain qui pâtit : davantage de son… et de sciure de bois, jusqu’à ce qu’il devienne immangeable !

Il y a plusieurs motifs à l’accaparement, et si l’on entend aller chercher au-delà de la simple cupidité et de la méchanceté humaine, on découvre le facteur sans doute le plus puissant : le désordre monétaire. Quand la monnaie cesse d’être fiable, il est plus prudent – et plus payant à moyen terme – de stocker le produit. Celui qui avait le mieux démonté ce mécanisme, c’est Saint-Just, qui déclarait dans un discours sur les subsistances, prononcé à la Convention le 29 novembre 1792 : « Ce qui a renversé, en France, le système du commerce des grains depuis la révolution, c’est l’émission déréglée du signe » (488). Le « signe », c’est le « signe monétaire », et en l’occurrence l’assignat, dont la planche à billets ne chômait pas. « Le laboureur, qui ne veut point mettre de papier dans son trésor, vend à regret ses grains, ajoutait-il, cette classe… préfère de conserver ses grains à amasser du papier » (491-492). Et il conclut : « Il faut donc que le législateur fasse en sorte que le laboureur dépense ou ne répugne point à amasser le papier ; que tous les produits de la terre soient dans le commerce, et balancent le signe. Il faut enfin équipoller le signe, les produits, les besoins : voilà le secret de l’administration économique » (492).

Qu’il faut un équilibre entre la monnaie et la richesse produite, Saint-Just le savait donc déjà. Mr. Milton Friedman lui le niait, et son élève Ben Bernanke, le nie également, il évite en tout cas ainsi le reproche de contradiction alors qu’il s’apprête à relancer la planche à dollars. Mr. Friedman n’apprendra jamais : pour lui, il est trop tard. Pour Mr. Bernanke, il est toujours temps : il l’apprendra à ses dépens.

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Saint-Just, Antoine-Louis, Å’uvres complètes, édition établie et présentée par Anne Kupiec et Miguel Abensour. Précédé de « Lire Saint-Just » par Miguel Abensour, Paris : Gallimard, 2004

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Philosophie Magazine, No 41, juillet-août – Faut-il interdire la spéculation ?

Faut-il interdire la spéculation ?

Oui, selon Paul Jorion : krachs éclairs, cours jouant du Yo-Yo, crise grecque, il est temps d’encadrer ces dérives. Non, pour le libéral David Thesmar, qui préfère laisser les marchés financiers arbitrer.

Propos recueillis par Nicolas Cori

Paul Jorion : Il y avait un grand débat au XVIIIe siècle, entre Turgot, le héros aujourd’hui des libéraux, qui était pour le commerce libre des grains, et Necker, son successeur, qui interdit les pratiques de stockage et d’accaparement qui étaient à l’origine de disettes. La philosophie du marché devrait d’ailleurs condamner l’accaparement qui fausse la formation des prix.

David Thesmar : L’accaparement est effectivement une pratique condamnable, même dans une perspective libérale. Il s’agît d’une manipulation de cours, on crée des goulots d’étranglement et on pervertit le système de formation des prix. C’est d’ailleurs ainsi que les économistes raisonnent. Ils ne disent pas qu’il y a de mauvais spéculateurs d’un point de vue moral. Ce n’est pas leur métier. Les économistes ont une notion du bien et du mal qui est liée à l’efficience économique. Un système est bon si les bonnes personnes sont au bon endroit pour fabriquer ce qu’il y a à fabriquer et si les personnes qui veulent le plus ces produits sont celles qui les reçoivent.

P. J. : Si je condamne la spéculation, ce n’est pas non plus en termes de morale. Mon raisonnement est économique. On sait qu’Adam Smith écrivait au XVIIIe siècle qu’en dépit du fait que chacun poursuit son intérêt personnel, il y a un mécanisme d’autorégulation du type de la « main invisible ». Une telle assertion était probablement vraie à son époque. Mais la situation a changé avec la complexité croissante. A partir des années 1980, on a introduit l’ordinateur dans les salles de marché. Aujourd’hui, la bourse, ce ne sont plus des courtiers qui s’agitent autour d’une corbeille en criant et topent sur un nombre d’actions à échanger, ce sont des machines qui font des transactions en quelques micro-secondes. Le 6 mai dernier, un « krach éclair » s’est produit. Il a fallu des jours et des jours pour comprendre ce qui s’était passé. Les opérations avaient été déterminées par des algorithmes inscrits dans les ordinateurs. Il y a un saut qualitatif par rapport à l’époque d’Adam Smith : Alan Greenspan a déclaré en octobre 2008 que les agents économiques avaient cessé d’agir selon leur intérêt, c’est faux bien sûr, mais la complexité croissante fait qu’une vision d’ensemble leur échappe désormais.

La suite dans le numéro.

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