Accaparement * : Quand on veut, on peut !, par Jacques Seignan

Ouvert aux commentaires.

Le Huffington Post : M. Le Maire impose un prix encadré des gels hydroalcooliques pour lutter contre l’accaparement.

Les prix obéissent-ils (simplement) à la loi de l’offre et de la demande ? En apparence : forte demande => hausse du prix. Amen.

Mais si on repense à ce que nous a expliqué Paul Jorion, d’autres facteurs interviennent : le rapport de force : les riches (déjà en Première Classe) doivent logiquement être les premiers dans les canots de sauvetage ; et la spéculation : par ex. des petits malins revendent à prix fort sur des sites de vente en ligne.

(Notons qu’on retrouve à un niveau plus élevé ce qui se passe pour les traitements anti-cancéreux hors de prix : tu paies, tu es soigné sinon enrichis-toi ─ si tu en es capable).

Donc ce matin, un ministre a commis une intolérable attaque contre deux libertés individuelles que tout homo œconomicus doit chérir entre toutes : la liberté des prix (halte à de telles décisions d’encadrement puisque le marché règle tout parfaitement) et la liberté de spéculer (droit fondamental de s’enrichir en ne faisant strictement rien, tout en étant nuisible à la société.)

Mais qui s’en soucie de la société ? Madame Thatcher l’avait formulé : « Et qui est la société ? Cela n’existe pas ! Il n’y a que des individus, hommes et femmes, et des familles ». Le Covid-19 pourrait-il finir par ébranler une si belle et pure croyance ? Épi-démie = sur / le peuple. Un moment de vérité pour l’individu dans la société ?

Où ira-t-on si un jour on continue dans cette voie : encadrer les prix et interdire la spéculation ? Je vous le demande !

============================

* Wikipedia :

L’accaparement est une manœuvre économique réalisée par un ou plusieurs individus qui vont accumuler un bien pour provoquer sa raréfaction artificielle et tirer un bénéfice de l’augmentation des prix qui en résulte.

L’accaparement est une combinaison de spéculation et de manipulation de marché. Il rentre dans la catégorie des abus de marché.

Lors de périodes de troubles politiques des accapareurs ont tenté de s’enrichir en raréfiant les denrées alimentaires. Ces pratiques ont été à l’origine de la loi sur l’accaparement pendant la Révolution française.

Partager :

8 réflexions sur « Accaparement * : Quand on veut, on peut !, par Jacques Seignan »

  1. Une question me traverse l’esprit : peut-on accaparer l’argent ?

    En y réfléchissant, on assiste aujourd’hui à d’une part des banques centrales qui innonde « lémarché » de liquidité pour maintenir des taux bas et permettre de rouler les dettes, avec comme conséquence une envolé des cours de bourse et du prix de l’immo et d’autre part ces même liquidités qui sont captés par une poignée d’accapareur abusant des principes capitalistes*, raréfiant l’argent déversé et entrainant la modicité des salaires…

    Or si l’accaparement est un « abus de marché », la concentration du capital (1000 personnes possèdent 60% des richesses mondiales) ne constitue-t-il pas aussi un abus de marché ?

    (*) Comme l’a déploré un président des USA durant la crise de 29, « le problème du capitalisme c’est que les capitalistes sont tellement cupide… »

    1. @ Ar c’hazh du,
      En passant, notons une bonne nouvelle : Bloomberg (un immense accapareur!) avec son 1/2 milliard $ n’a pas réussi à accaparer les voix démocrates.

  2. Tout coup de canif à l’idéologie qui nous gouverne est bon à prendre.
    Cependant, nous avons une large expérience de la limitation des prix, sous Dioclétien avec son «Edit du Maximum» et sous la révolution. En URSS aussi.
    En gros, ça marche pas.
    Les détenteurs ne mettent plus en vente ce qu’ils détiennent à un prix qu’ils n’estiment pas assez rémunérateur, par rapport aux espoirs spéculatifs.

    On pourrait imaginer un KGB ayant droit de perquisition universel, pour débusquer les réfractaires spéculateurs. La Révolution l’a fait ainsi que Staline. Le prix à payer, surtout pour les peuples de l’Union Soviétiques, a été effroyable.

    Une solution civilisée est le bon vieux carnet des restrictions avec ses tickets. Répartition équitable et lutte contre le marché noir. Nul doute que des fanas de la technologie (Le Progrès…) peuvent nous en concocter une version électronisée. Avec transmission des infos personnelles à Google et Facebouque. Passeque faudra bien faire appel au Privé pour le financement…
    Si c’est ainsi, très peu pour moi. Préfère le risque de crever.

    De toute façon, Paul vient de reporter l’avis d’un connaissant : les solutions hydro-alcooliques ne marchent pas. En revanche, le savon… Va falloir que je retrouve la recette de ma grand’mère (1943, l’année terrible selon elle) pour en faire soi-même.

    Où l’on voit, encore une fois, que le gouvernement ne gouverne qu’à coups d’épée dans l’eau. (Désolé, pas pu faire plus court pour amener la seule conclusion utile.)

    1. Bien vu Daniel : tout coup de canif est bon à prendre. Spécialement de nos jours, pour les classes moyennes supérieures (cf. les lecteurs du Monde si méprisants pour les couches populaires) qui croient dur comme fer à l’idéologie individualiste des « winners » pour qui l’État est une entrave à leur épanouissement. Une épidémie est un triste moyen de remettre tout ça à sa place.
      Et je partage votre conclusion sur la comm’ ─ votre commentaire n’est pas trop long : il est normal de développer ses arguments car vos rappels sont utiles.

    2. « En gros, ça marche pas. »

      Ça me semble un peu rapide comme analyse.  Après la seconde guerre mondiale le prix du pain et les loyers étaient fixés en Conseil des ministres et c’est me semble-t-il ce qui a permis à beaucoup de français de s’en sortir malgré la situation désastreuse de l’agriculture et les destructions dues aux bombardements.

      En réalité ça a aussi pas mal arrangé les choses pour les plus riches: il leur aurait été difficile de faire reconstruire le pays par des gens trop mal nourris et trop mal logés. La « menace communiste » a du fortement jouer aussi mais il n’y avait aucune chance que boulangers et propriétaires fassent spontanément les sacrifices nécessaires. Les tickets de rationnement ne suffisaient pas à régler les problèmes pour le pain et étaient inapplicables pour le logement.

  3. Si vous aviez écouté la radio (BFM business, oui j’ai honte, mais au moins c’est une radio qui parle) vous auriez compris que limiter le prix des masques et des gels hydroalcooliques ce n’est pas la solution. Car en effet cela donne le signal aux producteurs qu’on en a pas besoin.

Les commentaires sont fermés.