BFM Radio, lundi 6 septembre 2010 à 10h46 – Désordres monétaires et émeutes de la faim

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Désordres monétaires et émeutes de la faim

Évoquons d’abord les faits. On reparle ces jours-ci du prix des céréales, au plus haut depuis deux ans. La mauvaise récolte en Russie, gros exportateur de blé en général (13,6 % de la production mondiale), a conduit Poutine à en interdire l’exportation jusqu’à la fin de l’année 2011. On reparle, comme en 2008, d’« émeutes de la faim » et Maputo, la capitale du Mozambique a connu, la semaine dernière des émeutes de la vie chère qui ont fait sept morts. Le 24 septembre, la FAO, l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture, consacrera une session spéciale à ces questions, on insiste à Rome, au siège de l’organisation, sur le fait qu’il s’agit d’une réunion « spéciale » et non « extraordinaire », pour souligner qu’il n’y a pas urgence : le prix du blé est encore plus faible de 38 % du sommet qu’il atteignit à l’été 2008.

En arrière-plan de tout cela, la suspicion, non pas tellement de spéculation cette fois, que d’accaparement. Qu’est-ce que l’accaparement ? La création artificielle d’une pénurie par le stockage de quantités qui pourraient être proposées à l’offre.

L’accaparement fait l’actualité en ce moment, ainsi, le fret maritime est à ce point bon marché en l’absence d’une reprise économique, que des cargos inutilisés pour le transport sont mobilisés pour le stockage de gaz naturel liquide. Cela donne lieu à des comptes d’apothicaire : de combien peut-on faire grimper le prix en accaparant, alors que l’on perd du gaz liquide par « ébullition », parce qu’il se réchauffe au stockage ?

On a également beaucoup parlé ces temps derniers de Mr. Anthony Ward, « analyste du marché du cacao », insiste-t-il dans un entretien, et non « accapareur », qui est parvenu cette année à acheter à luiseul, 7% de la récolte. Les exemples plus anciens ne manquent pas non plus, comme celui des frères Nelson et William Hunt, qui étaient parvenus à accaparer le marché de l’argent en 1979-80. Ils avaient perdu leur pari, ce qui leur avait coûté très cher.

Quand le pain est hors de prix, on le sait, le peuple gronde. La fin du XVIIIe siècle a connu de nombreux renchérissements du prix du pain et l’une des rares choses que la plupart d’entre nous savent de Marie-Antoinette, c’est son fameux : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». Jacques Roux, à la tête des Enragés, obtiendra de la Convention qu’elle passe le 8 décembre 1792 un décret, jamais appliqué, qui frappe de la peine de mort les accapareurs. On combat la hausse des prix qui accompagne l’accaparement par la fixation des prix. Mais comme le grain est cher, c’est la qualité du pain qui pâtit : davantage de son… et de sciure de bois, jusqu’à ce qu’il devienne immangeable !

Il y a plusieurs motifs à l’accaparement, et si l’on entend aller chercher au-delà de la simple cupidité et de la méchanceté humaine, on découvre le facteur sans doute le plus puissant : le désordre monétaire. Quand la monnaie cesse d’être fiable, il est plus prudent – et plus payant à moyen terme – de stocker le produit. Celui qui avait le mieux démonté ce mécanisme, c’est Saint-Just, qui déclarait dans un discours sur les subsistances, prononcé à la Convention le 29 novembre 1792 : « Ce qui a renversé, en France, le système du commerce des grains depuis la révolution, c’est l’émission déréglée du signe » (488). Le « signe », c’est le « signe monétaire », et en l’occurrence l’assignat, dont la planche à billets ne chômait pas. « Le laboureur, qui ne veut point mettre de papier dans son trésor, vend à regret ses grains, ajoutait-il, cette classe… préfère de conserver ses grains à amasser du papier » (491-492). Et il conclut : « Il faut donc que le législateur fasse en sorte que le laboureur dépense ou ne répugne point à amasser le papier ; que tous les produits de la terre soient dans le commerce, et balancent le signe. Il faut enfin équipoller le signe, les produits, les besoins : voilà le secret de l’administration économique » (492).

Qu’il faut un équilibre entre la monnaie et la richesse produite, Saint-Just le savait donc déjà. Mr. Milton Friedman lui le niait, et son élève Ben Bernanke, le nie également, il évite en tout cas ainsi le reproche de contradiction alors qu’il s’apprête à relancer la planche à dollars. Mr. Friedman n’apprendra jamais : pour lui, il est trop tard. Pour Mr. Bernanke, il est toujours temps : il l’apprendra à ses dépens.

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Saint-Just, Antoine-Louis, Å’uvres complètes, édition établie et présentée par Anne Kupiec et Miguel Abensour. Précédé de « Lire Saint-Just » par Miguel Abensour, Paris : Gallimard, 2004

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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237 réflexions sur « BFM Radio, lundi 6 septembre 2010 à 10h46 – Désordres monétaires et émeutes de la faim »

  1. Donc ici on subventionne par les impôts le blé, et on paye un nouvel impôt aux spéculateurs sur ce dernier.
    Néanmoins il ne faut pas oublier que le pain en France est hydraté à 60% donc il ne contient que 40% de farine, dans un kilo de farine si on hydrate à 60% on obtient 5 baguettes, certains arrivent à hydrater jusqu’à 80 %.
    ceci explique les augmentations de ce dernier pour cause du prix de la matière première ont bon dos.
    Quand au gluten, il n’est indispensable que pour que le pain lève avec alvéoles à l’appui, sinon on peut très bien utiliser des farines pauvres et dans ce cas on a un pain plus lourd c’est tout.
    D’ailleurs les farines pour la pâtisserie ne contiennent pas ou très peu de gluten. _

  2. S’il y a équilibre entre la monnaie et la richesse produite, ceux qui produisent la richesse seront alors réellement rémunérés à la hauteur de celle qu’ils auront produite : la monnaie sera mieux répartie : le but sera atteint.
    Mais alors, si l’on admet que sans manque il n’y a ni salariat ni société de consommation, quel est le prochain jeu ? Quelle occupation commune permettra la cohésion du groupe et l’équilibre entre les groupes ? Un gouvernement responsable peut-il se lancer dans pareille aventure sans avoir la moindre idée du lendemain ?

    Convainquons-nous de notre asservissement avant de couper le levier qui soutient notre monde ; convainquons-nous qu’il est possible de travailler pour vivre (et pas le contraire) et de trouver le bonheur dans cette simplicité, cette naturalité.

    La voie de l’égalité imposée pour tous est parmi les plus dangereuses que l’homme puisse suivre : http://www.pauljorion.com/blog/?p=15535#comment-106593

    « Autre chose » : réguler l’économie risque de faire oublier les causes qui ont permis qu’elle soit déviée par certains. Pour exemple un message à ne pas rater : http://www.pauljorion.com/blog/?p=15700#comment-107224 , où l’on apprend à s’observer et à se critiquer : nous nous gavons à l’insu de notre plein gré. Et c’est la planète et toute l’humanité qui en subissent les conséquences. Rien que ça…C’est ça le capitalisme ! Les changements, pour être durables et donc avoir un réel sens, doivent venir de l’homme, de sa compréhension.

  3. Vous avez à plusieurs reprises attiré mon attention sur la similarité qui existe entre la manière dont Steve Keen et moi-même abordons les faits économiques. Si vous lisez l’anglais, ne manquez pas son Back to the future daté du 5 septembre.

    Vous noterez que son indicateur « Debt to M0 » vise dans ses analyses le même but que ma « dimension créancière » (L’argent mode d’emploi 2009 : 371-392).

    1. Paul,

      Sans vouloir ré-ouvrir un débat momentanément en veilleuse sur ce blog, j’ai cru comprendre que Keen mettait radicalement en cause la possibilité de « création » excessive de dette et donc de monnaie scripturale (M2, M3). Cette multiplication de crédits bancaires privés qui dépasse largement la création de monnaie d’Etat (M0) devrait donc être contenue pour éviter le retour d’éclatement de bulles spéculatives qu’il ose même appeler « Ponzi scheme ».

      Au-delà du souhait (repris de Caballero) de la venue d’inflation qui réduirait les dettes et les inégalités de patrimoine, comment peut-on imaginer la modération des appétits du système bancaire autrement que par sa mise sous contrôle étatique?

  4. Pensez vous Mr jorion ainsi que les autres commentateurs qu’ une révolte ou guerre est proche?

    Ce probleme de répartition des richesses est tellement récurrent qu’ additionné avec d’ autres soucis, le peuple risque de se révolter!

    1. Sur l’alimentaire en plus de la spéculation, c’est les marges qui tirent les prix vers le haut et rien d’autre.

      Je reprends mon exemple de baguette avec un kilo de farine normal de bonne qualité à 0.5 cts ça fait donc 0.10 cts de farine dans chaque baguette, même avec une augmentation du prix du blé de 100%
      on n’aurait que 0.2 cts de farine dans chaque baguette :

      or le prix est pratiquement de 1 euros chez le boulanger quand à la grande surface il est à 0.45 cts

      On ne peut pas dire que les marges sont insuffisantes tout de même :

      la grande surface achète la farine vers 0.25 cts le kilo soit 50% moins cher que le boulanger.

      reprenons l’exemple du boulanger :

      0.1 cts de farine reste l’eau l’énergie l’amortissement du matériel le loyer les salaires, plus la marge,

      Mais ce n’est certainement pas le prix de la matière première qui explique le prix du pain ces dernières années

      Il faut se souvenir que la baguette était à 1 francs en 1974 chez le boulanger, 1 francs ce n’est pas un 1 euros.

    2. Il n’y a pas de solutions au problème des retraites sauf à revoir notre capitalisme d’aujourd’hui pour inventer autre chose, tous ces gouvernements ne font que du court terme qui ne résout rien comme depuis trente ans on a nié le problème à venir.
      Si on attends que les pays neufs achètent chez nous quand nous ne produisons pratiquement plus rien sauf du tertiaire, c’est comme attendre un miracle, c’est totalement utopique.
      Et penser que le tertiaire suffira à donner du travail à tous, c’est le reste de l’utopie totale.
      Surtout que le tertiaire lui aussi est délocalisé.

      On a déshabillé Paul pour habiller Jacques, allonger l’âge du départ en retraite, c’est mettre un pansement sur une jambe de bois.

    3. « la baguette était à 1 francs en 1974 chez le boulanger, 1 francs ce n’est pas un 1 euros. »

      Bin en fait, si, un peu…
      Que faites-vous de l’inflation, tout ce temps? Une pièce de 1 franc en 1974 avait un pouvoir d’achat nettement supérieur à la même valeur nominale en 1999 : la baguette, on la payait dans les 4 €, il me semble.
      Lors de l’introduction de l’Euro, on fit remarquer qu’avec le taux de conversion adopté, la nouvelle monnaie avait la même valeur [en terme de PA, donc] que le Franc en 1967 ou par là [la mémoire me fait un peu défaut, là…]
      En monnaie constante, il ne doit pas y avoir une si grande différence entre la baguette à 1 franc de 1974 et celle à 1 € de 2010.

  5. Hors sujet (quoique …) et pour info :

    De la servitude moderne

    De la servitude moderne est un livre et un film documentaire de 52 minutes produits de manière totalement indépendante ; le livre (et le DVD qu’il contient) est distribué gratuitement dans certains lieux alternatifs en France et en Amérique latine. Le texte a été écrit en Jamaïque en octobre 2007 et le documentaire a été achevé en Colombie en mai 2009. Il existe en version française, anglaise et espagnole. Le film est élaboré à partir d’images détournées, essentiellement issues de films de fiction et de documentaires.

    L’objectif central de ce film est de mettre à jour la condition de l’esclave moderne dans le cadre du système totalitaire marchand et de rendre visible les formes de mystification qui occultent cette condition servile. Il a été fait dans le seul but d’attaquer frontalement l’organisation dominante du monde.

    1. Pas mal du tout.
      Pas du tout hors sujet quoiqu’il se rapproche encore plus du débat de « La transition (V) – C’est quoi moi ? »

    1. oui, oui on sait mais chez eux ce n’est pas mieux non plus. En fait la finance nous a tous ruiné, mais chut, certains ne veulent pas le savoir………..

  6. en France on a les choix entre la gauche ou la droite
    et au usa c’est la même chose.

    il ne faut pas croire qu’on va mettre la gauche que ce sera diffèrent.
    aucun de nos dirigeants n’a de solution a la crise.
    ils continueront a faire ce qu’ils font sans que rien ne change.

    c’est des gens qui sont détachés de la réalité
    ils ne savent même pas combien coute une baguette de pain.

    la solution ne peut venir que du peuple qui doit mettre en place de gens nouveaux
    avec de nouvelles idées..

    il faut qu’on reparte sur de nouvelles bases et qu’on mette en place un nouveau système.
    nous sommes a l’approche d’une nouvelle phase.

  7. Pour apporter un élément de réponse à Caprisonne et une lueur d’espoir, un sociologue plus qu’éclairé nous aide à poser les vrais problèmes et amorcer les axes de solutions.
    Un article « abonnés » du Monde du 5/9. Alain Touraine : « Nous sommes à l’heure de la « mini-politique »
    Un des bests à lire et à relire, à encadrer, ***
    http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2010/09/04/alain-touraine-nous-sommes-a-l-heure-de-la-mini-politique_1406684_823448.html
    Chaque alinéa vaut son pesant d’or, juste pour vous mettre l’eau à la bouche, quelques idées clefs/extraits :
    Alain Touraine s’inquiète du « silence de la vie politique, économique et sociale »
    Privilégier les droits de l’homme, le respect avant le fric
    Le gouvernement n’est pas épargné, l’Europe non plus face à la montée du populisme.
    Le niveau est bas et la médiocrité guette.
    « Le navire peut sombrer à chaque instant et pendant ce temps on joue aux cartes »
    « Il faut penser dur, penser des choses nouvelles, faire des efforts considérables à la hauteur des enjeux eux-mêmes immenses » (on essaie).
    Un article complémentaire « Les grands mouvements viennent d’en bas »
    Rôle du politique « écouter ce qui se passe en bas », utiliser au mieux « la raison, la science, la technique, la production »

    1. On a oublié le profit collectif pour le profit bête idiot et méchant : l’argent.
      Tout doit être commerce, tant que nous penserons seulement commerce, il n’y a pas de solutions.

  8.  » Que tous les produits de la terre soient dans le commerce, et balancent le signe. Il faut enfin équipoller le signe, les produits, les besoins : voilà le secret de l’administration économique »

    Pour réussir cet exercice d’équilibriste, je me demande parfois s’il ne serait pas plus simple de quantifier les besoins d’une population donnée délimités sur une période précise, (qui pourrait être le mois par exemple) , produire ensuite la quantité de biens et de services correspondant à ces besoins puis créer son corollaire en valeur c’est à dire la monnaie, laquelle serait distribuée ensuite sous forme de revenus d’existence répartis entre tout un chacun ?
    http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=33

    Dans un tel système , le circuit se trouve pour ainsi dire inversé, on distribue de l’argent , non plus au travailleur, mais au consommateur.
    Il n’est donc plus besoin de travailler pour avoir un revenu. Mais il est besoin de produire pour pouvoir consommer. Non seulement pour satisfaire les besoins de tout un chacun mais aussi parce que l’argent distribué perdrait de sa valeur au fil du temps.

    La nouvelle règle du jeu étant de dépenser le plus rapidement son blé au lieu de l’entasser si l’on ne veut pas qu’il se transforme en roupie de sansonnet.

    Avec ce nouveau jeu, les accapareurs se changeraient tous en Pères Noêl

    « Conçue pour empêcher que « l’argent fasse de l’argent », une monnaie de consommation ne peut pas être placée afin de rapporter un intérêt. Adaptée à une économie distributive, elle ne circule donc pas, elle n’est pas un facteur d’accumulation, elle n’est qu’un pouvoir d’achat…
    Quand cette monnaie a ainsi fait parvenir un produit à son consommateur, elle a joué son rôle, elle est donc annulée, comme est oblitéré un timbre qui a servi à affranchir une lettre, ou un ticket de métro qui a été utilisé pour un voyage. … Elle se consume en même temps que les biens produits ont été vendus …
    La monnaie n’est plus que l’outil de répartition de ce qui est produit dans ces conditions. L’expression « création de valeur » retrouve un sens réel et non pas symbolique, l’économie retrouve son objectif de produire de vraies richesses et non pas des profits financiers …

    Marie-Louise Duboin. »

    http://grit-transversales.org/dossier_article.php3?id_article=241

    1. Et en supposant que les valeurs qui n’ont pas de contre-valeur en argent, si prenant exemple avec l’URSS où cette expérience monétaire fut menée cela ferait un exemple qui rebuterait, ces valeurs sans contre-valeur en argent qui ont cours en dehors de toute nature de la consommation, elles doivent se comprendre par nature pour être extérieures à toute convention pour la consommation.

      Et l’état, garant de l’intensité du bien public, s’occuperait principalement de garantir cette extériorité!
      Afin que l’état mène sa tâche, il n’y aurait plus d’autres impôts qu’indirects, et sur la seule consommation…à condition qu’on ne consomme pas ailleurs, et que soient complices ou choisis les importateurs étrangers.

      Ce genre de monnaie comme vous dites ne peut-être que « greffée », et à la fin si à bonne fin elle advenait, elle aurait cours et même s’unifierait?
      Monnaie de transition ou genre d’assignat?
      A moins que l’étalage néo-libéral tienne pour sensé de financer d’une même monnaie pratique en leurs étals, l’apparition en trompe-l’œil de pays néo-communistes?

      Dans tous les cas, il faudra convaincre les riches détenteurs, non qu’ils s’appauvriront avec l’institution d’une telle monnaie, mais qu’ils investiront….dans une telle monnaie.

  9.  » Que tous les produits de la terre soient dans le commerce, et balancent le signe. Il faut enfin équipoller le signe, les produits, les besoins : voilà le secret de l’administration économique »

    Pour réussir cet exercice d’équilibriste, ne serait il pas plus simple dans ce cas de quantifier les besoins, d’une population donnée pour une période précise (le mois par exemple) , produire ensuite la quantité de biens et de services correspondant à ces besoins puis créer son corollaire en valeur c’est à dire l’argent, lequel serait distribuable sous forme de revenus d’existence.
    C’est ce qu’on appelle une monnaie de consommation c’est à dire une monnaie qui disparait lors de l’achat, que l’on ne peut donc thésauriser
    Une monnaie très vertueuse qui sonnerait le glas des spéculateurs
    http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=33

    Avec ce système on inverse le circuit, on distribue de l’argent au consommateur et non plus au travailleur. Il n’est donc plus besoin de travailler pour avoir un revenu. Mais il est certainement besoin de produire pour pouvoir consommer et ce de façon d’autant plus impérieuse que l’argent perdrait de sa valeur au fil du temps.

    Les règles du jeu ont changé : Dépenser le plus rapidement son argent au lieu de l’entasser.

    Avec ce nouveau passe temps, les accapareurs se changeraient tous en Père Noël de peur de voir leur blé se transformer en roupie de sansonnet.

    « Conçue pour empêcher que « l’argent fasse de l’argent », une monnaie de consommation ne peut pas être placée afin de rapporter un intérêt. Adaptée à une économie distributive, elle ne circule donc pas, elle n’est pas un facteur d’accumulation, elle n’est qu’un pouvoir d’achat.  » Marie Louise Duboin
    http://grit-transversales.org/dossier_article.php3?id_article=241

  10. Les émeutes de la faim sont en effet souvent causées par un renchérissement du prix des denrées alimentaires de consommation courante de base indispensables à la survie. Le stockage de ces denrées par les producteurs ou les intermédiaire dans une économie de marché, peu ou mal régulée, résulte de la cupidité de ces producteurs et ou intermédiaires qui cherchent soit à maintenir leurs revenus soit à les accroître en provocant une augmentation artificielle des prix, au dépend d’une demande finale finalement relativement incompressible. (loi de King ou effet King)

    Les émeutes de la faim sont cependant aussi souvent causées par une baisse forte des revenus dans les catégories les plus dépendantes de ce revenu pour leur survie, car ce revenu est très proche du strict minimum nécessaire à leur survivance. Ce type d’émeutes de la faim était surtout observé pendant la révolution industrielle quand les revenus des ouvriers ont étés réduits ou même supprimés par le chômage suite à la mécanisation de l’agriculture et des « manufactures ».

    Suite à la détresse de ces travailleurs ne pouvant plus nourrir leurs familles ni eux même, on a alors assisté à des révoltes parfois sanglantes mais toujours violentes. Pour ceux que cela intéresserait faites une petite recherche sur internet avec les termes « Luddites » ou « Révolte des canuts ». Les luddites ou les canuts, affamés par le chômage provoqué par la mécanisation des tâches jusque là exécutées par des ouvriers qualifiés, se sont dans les deux cas révoltés de manière extrêmement violente. Les gouvernements de l’époque faisant alors intervenir l’armée pour réprimer ces révoltes.

    Je profite de ces deux références pour revenir sur mon intervention à propos du rôle de l’évolution technologique sur les crises socio-économiques. Les révoltes des Luddites et des Canuts trouvaient leur cause profonde dans un accroissement massif de la productivité dont les patrons ne voulaient pas partager équitablement les résultats en redistribuant les excédents sous forme de revenus.
    En effet, bien que la technologie ait joué un rôle important dans ces révoltes de la faim, elle n’est pas seule en cause, je cite un extrait du texte qu’on pourra trouver au lien suivant : http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=18311122
    « Patrons réfractaires aux concessions
    Plus gravement, certains soyeux[nom donné à ces patrons lyonais des soiries] refusent d’appliquer le tarif minimum en prétextant comme de coutume de la concurrence internationale et des contraintes du marché. » (ça ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ?)

    Le cas des canuts est particulièrement d’actualité car il est le premier exemple d’augmentation de productivité liée à un système qui était en fait un des précurseur des machines à traiter l’information: le métier à tisser Jacquard, utilisant des cartes perforées pour faire fonctionner de manière quasi automatique des métiers à tisser la soie fabricant pourtant des tissus de luxes aux motifs complexes, nécessitant auparavant des compétences élevées de la part des ouvriers tisserands et 8 à dix ouvriers par métier à tisser alors qu’un seul ouvrier pouvait faire fonctionner le métier à tisser Jacquard. Eliminant donc environ 8 à 9 employés sur 10. Ces derniers se retrouvèrent au chômage, et ne pouvant plus acheter leur « pain quotidien » au sens propre de l’expression, s’organisèrent pour lancer des révoltes d’une violence inouïes mais bien compréhensibles compte tenu du fait que le pain constituait en ces temps là leur principal aliment.

    Il est possible que les futures révoltes, car il y en aura si nos dirigeants ne prennent pas la mesure de la gravité de cette révolution informationnelle, prennent des formes différentes compte tenu du fait que l’alimentation représente de nos jours une moindre proportion des dépenses des ménages, le logement ayant devancé l’alimentation dans les budgets des ménages… Mais ces émeutes n’en seront pas moins violentes… Je répète que mon discours n’a pas pour but de démoraliser les lecteurs mais d’espérer sensibiliser les personnes qui pourraient peut-être réagir à temps afin d’éviter que nos sociétés n’en arrivent à ces points de ruptures dramatiques que sont les émeutes de la faim ou de la pauvreté sous toute ses formes.

    Mais nos dirigeants dans les gouvernements ou les entreprises voudront-ils regarder les difficultés en face avant que la rue ne les force à le faire?

    1. @ Paul Trehin

      Je ne connaissais pas la « loi de King ». Des travaux d’économétrie au début du XVIIIème, c’est étonnant !

      Il est exact que certains prix alimentaires sont très volatiles, parce que la consommation varie assez peu avec le prix. C’est la « contrainte de l’estomac ». Une réduction de l’offre se traduit par une forte hausse du prix.

      Ce mécanisme peut-il être exploité par un manipulateur de marché ? Je ne doute pas que certains aient envie d’essayer. Mais la difficulté réside dans la multiplicité des vendeurs, autrement dit la concurrence. Si quelques producteurs tentent de « corneriser » le blé en réduisant l’offre, les prix montent et incitent d’autant plus les autres à vendre. Pour qu’un tel coup marche vraiment, il faudrait une collusion entre tous les producteurs, collusion qui a peu de chances d’exister puisque chaque producteur a intérêt à trahir les autres (vendre sans attendre dès que les prix montent).

      Un cas où cela peut se produire, c’est l’absence de concurrence. Tous les obstacles à la production, à la vente, et au transport du blé, facilitent la vie des manipulateurs de marché (cf. L’arrêt de Turgot discuté plus haut).

      Cdt,
      GSF

    2. Bonjour,

      @ GSF :

      La multiplicité des vendeurs a pour limites :
      1) la notion d’entente, qui est une réalité généralement assez sous-estimée à mon sens ;
      2) les concentrations aboutissant à des oligopoles voire des monopoles.
      C’est en effet le cas de ce que vous désignez du terme d’absence de concurrence. Le problème est que dans une optique de marché libre, chacun a intérêt a grossir en avalant l’autre, ce qui nous mène naturellement à une situation d’oligopole puis de monopole. D’où l’adage trop de concurrence tue la concurrence ;-).
      Les intermédiaires agissent ensuite, par dessus cette dynamique, en en rajoutant une tartine.
      Chaque intermédiaire de marché joue un jeu dépourvu de réalité physique, ce qui lui confère cette position structurellement amorale ; sur une situation oligopolistique ou monopolistique, on aboutit à des positions (des intermédiaires de marché) complètement hors sol, qui invalident votre thèse plus haut selon laquelle la spéculation peut aussi avoir du bon en remettant les producteurs sur des rails.
      J’ajoute que tous ces marchés départissent les dirigeants d’entreprise de la complète maitrise de leur entreprise, qui est à la fois leur objectif et leur moyen d’action professionnel : ce qui est très très problématique en soi, et source de graves dérives.

      Cdt,

      Cdt,

    3. Bonsoir Valérie,

      Votre remarque sur les intermédiaires (middlemen en anglais) me fait penser à un sujet en rapport avec ce billet.

      Le marchand, l’intermédiaire, puis l’intermédiaire financier, sont des personnages dont l’utilité sociale est souvent violemment contestée. On ne voit pas ce qu’ils produisent puisqu’ils se contentent d’acheter à quelqu’un pour revendre à quelqu’un d’autre. On essaie de se rassurer en se disant qu’ils transportent, exposent les marchandises, les détaillent etc. Mais il y a de nombreux exemples où ces services ne sont même pas fournis, et cela n’empêche pas l’intermédiaire de bien gagner sa vie.

      En fait, économiquement, le profit purement lié à l’activité d’intermédiaire n’a aucun rapport avec le transport ou tout autre service. Ce service consiste à trouver quelqu’un qui a un bien à vendre, et un autre qui souhaite l’acheter, et à mettre ces deux personnes en rapport ou bien transférer la marchandise de l’un à l’autre. Le simple fait de savoir qui a besoin de quoi, qui préfère quoi, n’est pas donné dans l’économie. Il faut le découvrir, et c’est ce que fait l’intermédiaire. A l’issue de ce méli-mélo, les biens atterrissent dans les mains qui leur accordent le plus de valeur. L’intermédiaire accroît donc la valeur des biens, simplement en les faisant changer de propriétaire.

      Cette histoire un peu abstraite est illustrée par une histoire étonnante. En 1945, à la libération des camps de travail en Allemagne, un prisonnier américain a écrit un article où il raconte le commerce auquel se livraient les prisonniers entre eux. L’article est intitulé « The economy of a prisoner of war camp » et une traduction française est disponible ici :
      http://tinyurl.com/32984yj

      Pratiquement aucune production n’est possible à l’intérieur du camp. Les seules denrées disponibles sont les rations distribuées aux prisonniers. Chaque prisonnier reçoit exactement la même ration quotidienne, qui inclut un peu d’alcool, de tabac, etc. Il y a aussi des rations de la Croix-Rouge, mais c’est du même tonneau. Les données importantes sont qu’il n’y a pas d’inégalités de dotation, et pas de production possible. Les prisonniers commencent à échanger du pain contre du corned beef, des cigarettes contre de l’alcool, etc. On dit même que, dans un camp, c’est un pasteur qui s’est chargé d’organiser le commerce et d’afficher les prix exprimés en cigarettes sur un tableau public.

      Le pasteur joue ici le rôle de l’intermédiaire. Son tableau se présente comme toujours de la façon suivante :
      – bouteille d’alcool : j’achète 8 cigarettes, je vends 9 cigarettes
      – pain : etc.
      On ne peut pas soupçonner le pasteur d’être malveillant. Les prisonniers qui échangent le font volontairement, puisqu’ils pourraient se contenter de leur ration. Cela ne les empêche pas de râler contre les prix, mais ils sont nombreux à préférer échanger plutôt que non.

      Le résultat est qu’à la fin d’une journée, le pasteur double sa ration. Voilà le paradoxe de l’intermédiaire !

      Ce mécanisme est très bien montré dans un film peu connu – « King Rat » – qui se passe dans un camp japonais durant WWII. Outre l’aspect économique du trafic interne au camp, le film montre très bien les questions sociales et morales qui se posent entre les intervenants. Concrètement, le prisonnier qui organise le trafic est un malin, débrouillard et roublard au possible. Il améliore considérablement son ordinaire, et rend service à ses codétenus sans que ceux-ci ne lui en soient reconnaissants. Lorsque le camp est libéré et que la pénurie de la guerre s’estompe, il n’est plus le « King ». A voir absolument.

      http://gigle.ws/rs-com-king-rat-1965_.382753.html

    4. Bonjour,

      @ GSF,

      Votre histoire laisse, en vérité, très songeur. Elle tendrait à démontrer que les intermédiaires sont « dans la nature », c’est-à-dire dans l’ordre logique des choses et que cet ordre découle du fait que chacun n’a pas les mêmes besoins => en effet, l’un préfère le pain aux protéines, l’autre se contente d’une moindre ration mais a besoin de boire pour oublier sa condition etc (avec des variantes quasi infinies).
      Soit, mais je prétends que ce phénomène, sans devoir être totalement nié, devient très très très problématique pour le consommateur lorsque l’on se trouve dans une situation d’oligopole voire de monopole et que des intermédiaires de marché interviennent dessus.
      En fait, je pense que la notion de marché d’entreprise est en soi une aberration et que ce qui est valable pour des marchandises ne l’est pas pour des « entités » entières.

      Cdt,

    5. Gu Si Fang,

      « Le marchand, l’intermédiaire, puis l’intermédiaire financier, sont des personnages dont l’utilité sociale est souvent violemment contestée. On ne voit pas ce qu’ils produisent puisqu’ils se contentent d’acheter à quelqu’un pour revendre à quelqu’un d’autre. »

      Désigner un « coupable », pointer du doigt une minorité est un excellent moyen de se rassurer quant à sa propre utilité sociale ! Mais celle-ci reste à prouver pour un très grand nombre d’emplois : c’est ça la société de consommation, l’évolution moderne du capitalisme où la seule utilité sociale est de donner au maximum la possibilité de consommer en échange de l’acceptation de l’asservissement au salariat…ça s’appelle aussi la servitude volontaire, fujisan parle de servitude moderne.

    6. @ Valérie

      « les intermédiaires sont […] dans l’ordre logique des choses et que cet ordre découle du fait que chacun n’a pas les mêmes besoins  »

      C’est très exactement ce que je voulais dire ! C’est pourquoi on parle plutôt de « préférences » que de « besoins » (autre débat).

      En revanche je ne vois pas le lien le monopole ou l’oligopole d’une part, et la spéculation d’autre part. Vous pensez à quelle situation ?

      Cdt,
      GSF

    7. @ GSF,

      Je parle de situation d’oligopole ou de monopole au niveau de la production, sur laquelle vient se greffer de la spéculation boursière.
      Une telle spéculation est en soi dangereuse et mortifère : on retrouve les problématiques d’accaparement et d’organisation de la pénurie (qui ont, en effet, les mêmes conséquences que la pénurie réelle de biens et marchandises mais dont les causes sont différentes).

      Mais lorsque la spéculation boursière ne concerne plus des marchandises mais des entreprises… alors là, c’est le bouquet !
      On est en hors sol (je parle de l’évaluation des entreprises) avec à la fois un pouvoir apparent aux dirigeants d’entreprise et un pouvoir réel aux financiers et autres agents boursiers-spéculateurs : en réalité, on voit l’avènement du tout financier sur le tout créatif en même temps que la déresponsabilisation de facto des dirigeants d’entreprise qui ont, de façon institutionnelle et mécanique, perdu le contrôle de la direction de leur boîte.

      C’est, en substance, ce que je reproche aux marchés financiers et aux spéculateurs.
      Pardonnez mois d’avoir en effet fait des raccourcis un peu trop rapides, assortis de liens de causalité peu clairs et indifférenciés entre évaluation de la production de biens et évaluation d’entreprise, dans mon précédent commentaire.

      Cdt,

    8. Addendum,

      @ GSF,

      En premier lieu je parle des marchés de matière première, et en second lieu je parle des marchés de capitaux (entreprises) ; je pense que cet addendum sera de nature à éclairer mon discours ;-).

      Cdt,

    9. @VB : « Votre histoire laisse, en vérité, très songeur. Elle tendrait à démontrer que les intermédiaires sont « dans la nature », c’est-à-dire dans l’ordre logique des choses et que cet ordre découle du fait que chacun n’a pas les mêmes besoins »

      Comme d’habitude GSF raconte des cracks et des sophismes (en toute logique, ils se présentent d’ailleurs souvent comme « antisophistes », vieu truc réthorique).
      A. R. Radford était un économiste américain qui a été prisonnier de guerre et qui a cherché à démontrer la thèse néo-classique (Economica, la revue dans laquelle il a publié son article appartient d’ailleurs à la London School of Economics dont le plus célèbre représentant était à l’époque Hayek himself). Tout cela pour situer l’affaire et dire que ce n’est donc pas un récit impartial mais au contraire un texte écrit par un économiste engagé pour démontrer un thèse et qui a servit par la suite d’outil de propagande. Aucun récit n’est impartial, certes, mais autant savoir d’où vient le biais lorsqu’on lit.
      Et enfin, le récit de Radford montrerait paradoxalement qu’il n’y a rien de « naturel » en économie. Du moins si l’on en croit une thèse de doctorat en sociologie d’un australien (Ben Manning) que je n’ai pas eu le temps de juger. Cette thèse étudie elle aussi le comportement économique des prisonniers de guerre mais en s’arrêtant sur les particularités nationales.
      Je vous cite la conclusion: « To summarise, the Australians tended to have an egalitarian ethos and a code of behavior based on ‘mateship’ which was reflected in communitarian economic institutions. The British maintained strict a hierarchy and based their institutions of economic distribution on class. The Americans were individualistic and favoured highly marketised economic distribution. »
      Ce qu’a décrit Radford est donc ce qu’il voyait chez les américains. Cela prouve tout le contraire, n’est-ce pas?
      Jugez sur pièce: http://www.allacademic.com//meta/p_mla_apa_research_citation/1/0/5/3/4/pages105346/p105346-1.php

    10. @ Moi,

      Je vous remercie des quelques précisions que vous avez bien voulu apporter au récit initial de GSF. En effet, la perspective en est quelque peu changée, mais il me faudrait lire l’intégralité des deux récits tout en les replaçant dans leur contexte (ce que vous me permettriez par vos précisions) pour me faire une idée définitive sur la question. Je ne nie pas l’intérêt de la question mais reconnais quand même manquer de temps, et honnêtement ;-), de motivation pour le faire.
      D’une façon générale, il semble clair que le comportement des individus est aussi façonné par celui de la collectivité qui les entoure : l’homme est ce que son expérience, son environnement et les événements de la vie ont fait de lui, quasi-indépendamment de ses aptitudes initiales qui sont, je le crois, malléables (en tout cas beaucoup moins figées que ce que certains laissent entendre). Il n’y a, a priori, en toute logique, pas de raison de penser qu’il en allait différemment dans les camps que partout ailleurs, bien que le premier contexte ait, pas sa pénurie et difficulté, tout exacerbé.

      J’ai moi-même, grâce à ce blog, appris beaucoup sur Hayek-économiste duquel je n’avais humblement lu que la prose juridique (une bonne partie), ce qui amputait sérieusement ma compréhension du problème. Encore maintenant, et n’ayant toujours pas lu son oeuvre économique, j’ai du mal à faire honnêtement la part des choses, chez lui, entre ce qui relevait du contexte historique et ce qui relevait purement du dogme économique.

      Bien cordialement,

    11. Article très intéressant, merci. Il soulève quelques questions.

      « the Australians maintained a strict egalitarian communalism. Trade between men was usually banned »
      Les échanges étaient interdits : on aimerait savoir comment ils étaient interdits, et pourquoi. L’auteur ne le précise pas.

      « when they were transferred to camps dominated by Americans they found that intense levels of commodification and trade prevented them from pursuing their own habits of sharing, because it was unreciprocated and that could easily lead to starvation. »
      L’article parle d’un Australien transféré (seul) vers un camp à majorité américaine. Il perd effectivement la solidarité du groupe auquel il appartenait. Mais on se demande si un groupe d’Australiens aurait eu la même réaction. Le groupe transféré dans son entier peut préserver son mode de fonctionnement en interne, tout en échangeant avec les Américains. Il peut cumuler les deux avantages.

      Notez que ces différences de comportement traduisent des différences de préférences, pas des différences dans les loi économiques. Il est vrai que les préférences en question sont particulièrement intéressantes en raison de leur caractères « social ». Il ne s’agit pas du comportement d’un individu, mais d’un ensemble de comportements communs à tous les membres de la communauté.

      Est-ce que cela contredit l’utilité des intermédiaires dont je parlais tantôt ? Je crois plutôt qu’il s’agit d’une communauté où l’échange marchand est l’exception plutôt que la règle ; or, sans échanges marchands, pas besoin d’intermédiaire. Il n’y a pas de marchands au sein d’une famille non plus, ni au sein d’une PME, etc. Dans ces communautés homogènes et de taille limitée, on retrouve un peu les mêmes comportements. Ce n’est pas une violation de « la thèse néoclassique » (de quoi s’agit-il, au fait ?) mais le constat qu’une certaine activité n’a pas de valeur dans ce contexte précis, de même que les plombiers-zingueurs sont peu demandés dans les maisons d’édition.

    12. @GSF:
      « Les échanges étaient interdits : on aimerait savoir comment ils étaient interdits, et pourquoi. »

      Je ne vois pas de mystère là-dedans. De la même manière qu’ils étaient imposés de manière individuelle du côté américain: pression sociale.

      « Notez que ces différences de comportement traduisent des différences de préférences, pas des différences dans les loi économiques. Il est vrai que les préférences en question sont particulièrement intéressantes en raison de leur caractères « social ». Il ne s’agit pas du comportement d’un individu, mais d’un ensemble de comportements communs à tous les membres de la communauté. »

      On vous sent sur la défensive. 🙂
      Au fait, pourquoi mettre « social » entre guillemets? Ces préférences n’ont pas un vrai caractère social? Expliquez-moi.

      « Est-ce que cela contredit l’utilité des intermédiaires dont je parlais tantôt ?  »

      Non. Mais cela contredit ceci: « les intermédiaires sont […] dans l’ordre logique des choses et que cet ordre découle du fait que chacun n’a pas les mêmes besoins ».

      « Ce n’est pas une violation de « la thèse néoclassique » (de quoi s’agit-il, au fait ?)  »

      Voir juste ici plus haut. Vous n’avez pas conscience de la thèse que vous défendez ou vous n’avez pas conscience que c’est la théorie néo-classique? (on passe sur la scolastique qui s’en suit et qui ne fait que masquer l’objectif principal poursuivi, le « core business » est là: justifier un certain ordre social en disant que c’est « naturel », « l’ordre logique », « des lois objectives », etc.)

    13. @GSF
      Vous ne pouvez que retenir la nécessité de l’intermédiaire comme donné.
      Vous ne pouvez que retenir la régulation des prix utile à la satisfaction de la demande avec la concurrence comme credo.
      Vous ne pouvez que retenir le groupe culturel comme milieu.
      Vous ne pouvez que retenir l’ensemble social comme tout englobant.

      Ensuite, ainsi que vous le faites, il me semble en tout cas, vous ne pouvez guère faire plus que rechercher comment se balade à l’intérieur de ce tout englobant qu’est la société votre credo, observer en quelle communauté comment il s’interprète, garder tête froide pour alors conserver à votre crédo le statut d’une vérité, et dans le commerce des idées vous demander comment cette vérité à toujours cours, et quelles sont en effets de cette vérité les formes prises en réalité.

      Et même, vous pouvez oser l’interrogation sur la validité des formes apparues…, et comment on se vautre en ces formes, et à combien, et même au service de qui, avec la membrane, la coquille et même le matelas qui contoure ces formes et protège, vous vous mettez.
      Vous pouvez même dire que l’argent, ainsi que vous « réduisez les choses par le biais », c’est l’élément constitutif et nutritif de ces formes…. , mais vous n’aurez encore rien dit sur la validité de ces formes, ni sur leur vitalité.
      Au final, vous ne pourrez guère mieux que constater qu’il y a de telles formes, vous avouer dans celle-ci plutôt que dans celle là, mieux ici que là.
      Mais vous ne pourrez avec votre crédo expliquer pourquoi il est des formes où ce credo ne fonctionne pas en réalité, ni savoir si le fait que la forme idéalement englobante à laquelle vous tenez et nous exposez en sorte de vérité, cette forme idéale donc, peut se passer d’autres forme pour seulement être.

      Mais peut-être que votre affirmation recèle une interrogation morale, toute autant englobante si en moralité elle ne satisfait jamais, celle qui intime l’autre partager ses principes comme soi-même , alors réponse être cette forme unique pleine et englobante, alors elle est là, la voila bienheureuse.

      Mais la forme sociale avec le capitalistisme est là depuis longtemps, toujours en conflit d’autres formes…et bien malin qui saurait si c’est en contrepoint ou laissant en contre-point d’autres formes.

      Ainsi,
      un intermédiaire arabe m’a dit jeune enfant, moi lui parlant de mes sous en poche pour l’achat de bonbon, nous demandant pourquoi le prix chez le marchand est fixe alors qu’entre nous il peut se négocier, que nous allions demander à son père pour savoir.
      C’était si compliqué, les explications du père, que seulement bien plus tard j’ai compris l’importance de la forme sociale et son parcours avec l’argent.
      Le prix n’est pas seulement fixé par l’intermédiaire marchand en terres d’arabie, il l’est aussi par l’acheteur.
      Le même service à thé se marchande auprès le Sultan comme auprès le manant.
      Si le marchand propose un prix trop bas au Sultan, il est un mauvais commerçant, et le Sultan peut lui faire des ennuis. Enrichi de la sorte, le marchand pourra s’approvisionner, et faute de Sultan à nouveau acheteur, il pourra avec un prix très bas nourrir le manant.
      Ainsi contrôlé par le Sultan, le marchand opère la régulation sociale, avec le prix.

      Est-ce parce que votre modèle inlassablement répété s’auto-régulerait qu’il n’y a plus de Sultan?
      Ou bien y a-t-il des Sultan? Ou seulement des manants?
      Le commerçant serait empêché?
      Croyez-vous vraiment que l’on soit tantôt manant, tantôt Sultan, et commerçant tout ensemble, par la grâce des prix?
      Mais alors, en phase Sultan, en quelle forme abstraite pouvons-nous réguler?
      Quoi tombe du ciel, et où ça?

    14. @ Moi

      « pression sociale »

      D’accord, donc les Australiens n’échangeaient pas, mais il auraient pu le faire ? Le prix à payer était de subir l’ostracisme du groupe, mais aucune contrainte physique.

      Si ces préférences sont « sociales » et j’insiste sur ce mot parce que, justement, ces préférences sont partagées par tous les membres du groupe. Tout le monde n’aime pas serrer la main gauche de son interlocuteur en lui caressant les cheveux de la main droite pour lui dire bonjour. On préfère se serrer la main droite, c’est une préférence sociale – ce que les économistes appellent une convention.

      « Radford […] a cherché à démontrer la thèse néo-classique »
      « un économiste engagé pour démontrer une thèse »

      Quelle thèse ? Vous vous défilez… Comme vous le remarquez très justement, un « objectif principal poursuivi » n’est pas une thèse. Quelle est donc cette thèse, cette prémisse, cette supposition sur laquelle repose toute l’économie, mais qui est fausse ?

    15. @Gusif’ange

      Cher Gus, vous aurez bien mérité de votre cause!

      Il ne fait aucun doute que votre abnégation courageuse et votre dévouement inconditionnel au parti de la Liberté et de l’empirisme rationaliste économique vous vaudront incessamment les médailles d’honneur correspondant à ces Vertus cardinales et nécessaires à la défense de vos Maîtres-Prophètes si injustement maltraités par les aveugles démoniaques du collectivisme revendiqué (Moi), comme par les borgnes égarés de sa version rampante social-démocrate (VB).
      C’est sûr, vous aurez droit un jour d’être cité sur la liste future de Libéral.com dédiée aux valeureux soldats morts au champ d’honneur pour la défense de l’Ordre Naturel et Spontané Universel Economique (l’ONSUE)!

      Je pense quant à moi que viendra forcément le jour où la communauté de vos semblables, transformée en Église Universelle, glorifiera votre mémoire en mettant votre nom sur la liste d’attente d’une procédure de béatification, pour laquelle, croyez le bien, je serai votre premier défenseur.

      Bienheureux martyr Saint Gus de l’Église du Mont Pèlerin, percé de flèches au champ d’honneur jorionique et toujours combattant, touché par la grâce divine, debout jusqu’à son dernier souffle…

      A votre auréole de martyr, je rajouterais à titre personnel deux auréoles, plus modestes sans doute, mais oh combien plus méritoires pour moi : celles que votre acharnement thérapeutique et vos inépuisables ratiocinations viennent de faire naitre sous vos aisselles.
      Les humbles et prolétaires auréoles des pue-la-sueur!

      Mes hommages encore.

    16. @ zenblabla

      Vous mettez le doigt sur plusieurs questions centrales :

      Est-ce la société qui fait l’homme ou les hommes qui font la société ? Qui a raison : les sociologues ou les économistes ? Ma réponse – en caricaturant : les deux mon général ; la société influence l’homme, et c’est l’un des objets d’étude de la sociologie ; les hommes tels qu’ils sont ont une certaine logique, et les actions et interactions des hommes donne une société, c’est ce qu’étudient les économistes. Opposer les deux serait non seulement stérile, mais aussi absurde que le débat oeuf-poule.

      Concernant l’intermédiaire, ce que dit l’économiste, c’est que là où il apparaît il est utile, et l’interdire empêcherait ou réduirait le bien-être des individus. Cela repose sur la prémisse que les gens font en général ce qu’ils préfèrent, ce qui est meilleur pour eux de leur point de vue.

      Un sultan, un manant, un serf, etc. ne peuvent pas exister sur le plan légal dans une société libre. La définition de ces personnages c’est qu’ils n’ont pas les mêmes droits, or une société libre suppose l’égalité en droit. Mais il peut y avoir des gens riches et des gens pauvres. Si cela vous déplaît, et c’est légitime, il faut absolument vous demander : mais d’où vient cette inégalité de richesse ? de l’action libre des individus, qui a aboutit à une situation inégale, ou bien des privilèges légaux qui les distinguaient au départ ? Est-ce le marché qui engendre la lutte des classes, ou bien la loi ? Je penche nettement pour le second choix pour des raisons qui sont assez bien exposées ici :
      http://mises.org/journals/jls/9_2/9_2_5.pdf

      Cdt,
      GSF

    17. @ zenblabla (suite)

      Par exemple, pour moi un bon exemple est la « lutte des générations » à laquelle notre système de répartition a abouti.

    18. @Gus

      Citez vos sources! Gary Becker, Nobel d’économie 1992, pape ultra-lib de « l’impérialisme économique », inventeur du concept de « capital humain », bien utile aux hajekistes de tous poils et aux gestionnaires de la même engeance (revendiquée ou pas), et bien sûr Chicago boy.

      Sur ce que vous instillez comme soupçon libertarien, voilà comment votre délicieux apôtre évangéliste Becker chemine pour y parvenir, de façon tellement « naturelle », si rationnellement empirique et déconstructive, rapporté par Wikipédia (peu soupçonnable d’anti-libertarisme primaire, son fondateur Jimmy Wales est un fervent admirateur d’Ayn Rand…)…

      Becker introduisit également le théorème de l’enfant gâté. Il montre que si le chef de famille est altruiste à l’égard des autres membres de la famille, alors il est rationnel pour les autres membres de la famille, supposés égoistes, de se comporter comme s’ils étaient eux même altruistes, et agissaient de telle sorte à maximiser le revenu global de la famille (et non le leur directement). Un problème plus controversé encore est la conclusion de Becker selon laquelle les parents agissent souvent de façon altruiste à l’égard d’enfants égoïstes en investissant grandement dans leurs enfants afin de se prémunir au moment de la vieillesse. Becker voit en effet que le taux de rendement de l’investissement dans ses enfants est plus élevé que ceux des placements retraites habituels. Cependant, les parents ne peuvent pas être sûrs que l’enfant en question prendra soin d’eux plus tard. Puisqu’ils ne peuvent pas forcer juridiquement l’enfant à prendre soin d’eux plus tard, ils utilisent souvent le levier de la manipulation en instillant le sens de la « faute » à leurs enfants, de l’obligation et de l’amour filial. Cela agit certes indirectement mais très efficacement pour forcer les enfants à aider leurs parents au moment de la retraite. Becker, en poursuivant son raisonnement, a vu dans la sécurité sociale un ennemi possible de la famille, en ce qu’elle peut distendre ces liens par la suppression des incitations faites aux parents d’agir de façon altruiste avec leurs enfants.

      Ps : à propos de Rand, une citation de Gore Vidal pour expliquer la fascination que son école de pensée exerce sur des personnes telles que vous et qui pourrait résumer une partie des griefs que je partage, sans états d’âme :

      Elle a un grand attrait pour les gens simples, perdus dans une société organisée, réticents à payer des impôts, n’aimant pas l’État providence, qui se sentent coupables face à la souffrance des autres mais voudraient durcir leur cœur. Elle leur propose une prescription alléchante : l’altruisme est source de tous les maux, l’intérêt individuel est le seul bien, et si vous êtes stupide ou incompétent, c’est votre problème.

    19. @GSF : « D’accord, donc les Australiens n’échangeaient pas, mais il auraient pu le faire ? Le prix à payer était de subir l’ostracisme du groupe, mais aucune contrainte physique. »

      La contrainte physique fait aussi partie de la pression sociale.
      Bien sûr que les Australiens auraient pu agir différemment. Tout comme les Américains auraient pu s’organiser collectivement mais utilisaient la même pression sociale pour que cela n’arrive pas.

      « c’est une préférence sociale – ce que les économistes appellent une convention. »

      Exactement, une convention sociale. Heureusement que les économistes sont là pour avoir découvert l’eau chaude.

      « Quelle thèse ? Vous vous défilez… Comme vous le remarquez très justement, un « objectif principal poursuivi » n’est pas une thèse. Quelle est donc cette thèse, cette prémisse, cette supposition sur laquelle repose toute l’économie, mais qui est fausse ? »

      Je vous l’ai déjà dit, faites un petit effort. La thèse est: « l’ordre social actuel (les inégalités) est naturel ». L’objectif est : « l’ordre social actuel (les inégalités) est donc bon, justifié, souhaitable ». C’est pour ça qu’on les paye, ils ont repris le flambeau du clergé.
      Bien sûr, la plupart enrobent ça très subtilement, à tel point que parfois ils se présentent comme étant « de gauche », ainsi Rawls par exemple. Ce sont les pires, évidemment. Un Hayek on l’entend venir de loin avec ses gros sabots autrichiens mais un Rawls ou un Keynes… on a vite fait de se faire enfiler et d’encore dire merci en se rhabillant…

    20. @ Moi

      Ouf, la maïeutique a encore quelques beaux jours devant elle 😉 Nous y voilà :

      « La thèse est: « l’ordre social actuel (les inégalités) est naturel ». L’objectif est : « l’ordre social actuel (les inégalités) est donc bon, justifié, souhaitable ». »

      OK, je comprends. Plusieurs remarques brèves :

      La seule affirmation qui fasse plus ou moins partie des hypothèses en économie c’est « les inégalités sont naturelles » (avec une bonne douzaine de guillemets). Mais c’est encore une formulation trop forte. Si on la prenait au pied de la lettre, par exemple, il serait naturel qu’il y a des maîtres et des esclaves ? Aucun économiste ne dit cela, bien sûr. Les inégalités dont il est question sont ce que l’on appelle communément des différences : différences dans l’environnement (tous les territoires n’ont pas les mêmes ressources, ce qui rend l’échange intéressant), différences de compétences (tous les gens n’ont pas ou n’acquièrent pas les mêmes compétences, ce qui donne la spécialisation et la division de certaines tâches), différences de besoins et de préférences (de gustibus non est disputandum). Je ne nie pas que ces différences ne sont pas inscrites dans les étoiles, qu’elles peuvent varier en fonction de l’éducation que l’on reçoit, etc. mais quoi que l’on fasse il restera toujours des différences. De là découle logiquement la spécialisation et la division du travail.

      « Les inégalités sont bonnes et souhaitables » n’est jamais une hypothèse à ma connaissance. C’est parfois une conclusion à laquelle parviennent certains économistes. Je m’empresse de dire que je n’y souscris pas. L’idée de ces économistes est que les inégalités seraient facteur de croissance. Je ne détaillerai pas leurs arguments, que je connais mal à vrai dire. Même si l’argument a des mérites, la croissance n’est pas une raison suffisante pour justifier une injustice. Ce n’est pas l’étalon-or de l’éthique. La justice passe avant la croissance, du moins telle est ma conception. Je considère certaines inégalités comme injustes ; mais la violence l’est encore plus.

    21. @GSF: « La seule affirmation qui fasse plus ou moins partie des hypothèses en économie c’est « les inégalités sont naturelles » (avec une bonne douzaine de guillemets). »

      Non, je ne vous parle pas d’hypothèses mais de thèse. Ces hypothèses sont les différences. La thèse est l’inégalité « naturelle ». Tout l’art de la discipline est de passer des uns à l’autre. Exemple: des différences de compétences justifient une inégalité de revenu.
      Voyez-vous comment l’on passe subrepticement d’un rapport de l’homme aux choses (différences) à un rapport entre hommes (inégalités)? Allez, faites un effort.

      « Si on la prenait au pied de la lettre, par exemple, il serait naturel qu’il y a des maîtres et des esclaves ? Aucun économiste ne dit cela, bien sûr. »

      Bien sûr que oui, ils disent cela. Oh, ils ne disent pas les mots « maîtres » et « esclaves » bien sûr. Ils disent « je considère certaines inégalités comme injustes » et l’on comprend que certaines autres sont justifiées. Voir plus bas.

      « De là découle logiquement la spécialisation et la division du travail. »

      La spécialisation et la division du travail est encore un rapport de l’homme aux choses. Il n’implique en soi aucune inégalité et il n’y a pas besoin d’économistes pour démontrer quoique ce soit là-dedans.
      Les économistes (surtout certains économistes) sont là pour démontrer que de la division du travail découlent des inégalités et les justifier.

      « « Les inégalités sont bonnes et souhaitables » n’est jamais une hypothèse à ma connaissance. »

      Vous le faites exprès? Je vous ai dit que c’était là l’objectif final, la conclusion. Pas l’hypothèse.

      « C’est parfois une conclusion à laquelle parviennent certains économistes. Je m’empresse de dire que je n’y souscris pas. »

      Bien sûr. Vous êtes égalitariste… 🙂

      « Je considère certaines inégalités comme injustes »

      Certaines? Donc il y a selon vous des inégalités justes? Moi qui vous croyais égalitariste… 🙂

    22. @GSF

      Comment allez-vous?
      L’inégalité de richesse ne fait pas motif dans mon intervention en vos propos.
      Pas plus que la remise en cause de l’intermédiaire…ni même opposer les spécialistes en leur concours d’intelligence.

      Il y est sujet, pour vous contre-dire débattant, de formes et de simple survie dans ces formes, comme propos premier avec la faim.
      Mais plus loin, de la survie des formes elles-mêmes, car dedans ces formes, il y a des gens.

      Alors oui, on peut à la suite comprendre avec vous que certains mécanismes qui ne se partagent pas seulement des sociologues et des économistes en interprétation , mais bien des politiques ainsi qu’avec la loi, peuvent aboutir au déséquilibre mais à la survie des formes, aussi bien qu’à leur équilibre en cas de particulière générosité de l’histoire .
      Mais la violence, c’est toujours avec l’apparition ou la disparition de l’une d’entre elle, parmi celles où s’agitent les humains en elles, qu’elle se manifeste.

      Peut alors se poser la question de la forme nocive, ou malade, ou à sauver, sans que la question de l’origine du mal ait la moindre importance, si l’abus des hommes ou l’excés des choses y sont manifestes ne serait-ce que comme effets.
      La réduction des abus et des excès suffit généralement, l’entrave au commerce peut même être une voie de réduction, et la possibilité de formes différentes devient un propos où celui des origines, doctrinaires fussent-elles tiend aussi sa place.

      Le propos d’avoir raison d’être dans la bonne forme, ou qu’il y aient de bonne formes, il ne me guide pas encore, ainsi qu’il vous guiderez si je vous entends bien.
      Invariablement, la liberté se répend jusqu’aux frontière de quelques formes, puis invarialement le masque de cette liberté fait comme un voile en leurs frontières.
      On ne dit plus: « es-tu en forme? » mais « comment tu vas? »

      Vous dites:
      « les hommes tels qu’ils sont ont une certaine logique, et les actions et interactions des hommes donne une société, c’est ce qu’étudient les économistes. »

      Prenons un économiste au hasard et écoutons le:
      Ne vous dira-t-il pas qu’a savoir quoi de l’œuf ou de la poule, c’est un commerce stérile.
      Ensuite, n’invoquera-t-il pas des conflits de génération?
      La logique est chose plus certaine, qu’avoir de la logique.
      .
      Par mes propos il y a seulement l’idée, puissiez vous la partager, que la vitalité des formes prime, autant que la faculté de pouvoir se déplacer d’entre les formes si elle ne peut toujours être comptée, prime pour autant.
      Je n’aborde pas la justesse de telle ou telle forme, n’examine pas la vitalité de la forme concentrationnaire si elle était pour l’exemple, interrogeant si cela serait par la grâce du commerce être plus doux, seulement dirais avant tout que les occupants de cette forme doivent la quitter vivants pour une autre qui les acceuillent vivants, et qu’en cet effet la forme concentrationnaire disparaisse.
      En même digression, feriez-vous du commerce un antidote à toute violence? Et avec le marchand l’adoucissement des moeurs en tout lieux et en toutes places?
      Les ghettos urbains s’adouciraient ainsi avec le commerce de la drogue.

      La capacité des formes d’être investie par l’une ou l’autre théorie, celle qui ferait le spécialiste, mais où se trouve le généraliste qui est simplement son habitant, qui doit pouvoir aussi se déplacer d’une forme à l’autre par simple nécessité et hors trop de violence, cela fait-il existence de formes qui ne soit pas autrement proposée que par les marchés en lieux et en places?
      Vous représentez qui se saisie des lieux et des places, pour étude, démonstration et peut-être carrière, et implore le marché de l’y aider à se prouver, l’épreuve suffisant à valoir preuve.
      Pourtant existe les lieux et les places, et les libertés qui vont avec, des formes par avance, qui se métamorphosent suivant différents règnes.

      Car il y a des résistances importantes qui inévitablement concourent à l’existence des formes, autant qu’a celle des hommes.
      Les voileriez-vous avec la capacité des marchands, elles seraient toujours là!
      Vous dites que ce voile ne se pose pas sur la liberté elle-même, je veux bien vous croire.
      Vous me parleriez de l’impossibilité « d’être en forme », alors j’en reviendrais avec: « comment allez-vous? »

    1. @ Luc,

      Bonsoir,

      Après les stocks de gaz flottant (capital spéculant? en bon anglais maritime, on entendrait sûrement en écho AGWWP/All going well weather permitting) évoqués par paul, le fret s’amarre et les indices s’emmelent les grosses ficelles, manque de vigilance?

      Connaissez-vous la fonction d’agent de consignation maritime – shipping clerk, clerc d’affrètement littéralement -? Il « est » le représentant local de l’armateur, du navire et du capitaine, nommé/choisi/payé par le premier, pour agir en son nom pour une escale/opération en un port donné.

      Dans la pratique, l’affréteur (le « loueur » du bateau, le plus souvent l’acheteur de la marchandise acheminée, question d’us d’incoterm de ventes en fret maritime, fob prédominant sur le vrac sec) suggère à son client armateur l’agent qu’il apprécierait de voir nommé, informellement bien entendu.

      Le client est roi, le sujet obtempère, relation informelle entre consignataire et affréteur formalisée par des paiements de commissions sur frais d’agence (circa la moitié, en fonction des agences et des types de vrac), et défense officieuse des intérêts de l’affrêteur, ne coïncidant pas toujours avec ceux de son officiel mandant, l’armateur, cela donne parfois des situations croquignolesques, ou dramatiques…

      Bien entendu ces commissions ont des noms pudiques et de légales justifications, en tant que ligne comptable..La mer et les changes, cela change-t-il les hommes?

      Entre l’officiel et l’officieux, souvent existent de troublants rapports, liés par les possibles divergences d’intérêts en responsabilité et risque sur opérations communément menées. Le blé de la discorde?

      La mer et ses aléas, mare nostrum, yeah man jah oups yémanja

      http://www.youtube.com/watch?v=mrcPsliut04

      http://www.youtube.com/watch?v=nLZSy1GsvCk

  11. gsf, toute cette casuistique qui consiste encore et toujours à raisonner dans un monde où la concurrence est pure et parfaite…qu’il convient de faire advenir afin de tout résoudre… L’antienne est connue, et pourtant, elle a encore des chantres empressés. pour ce qui est de vos intermédiaires indispensables dans l’échange (utiles certes, mais dont la liberté d’action s’arrête là ou celle des autres agents commence…), je vous indique quelques ouvrages non ésotériques mais agréables : « l’arnaque » de jean de maillard, « la face cachée des banques » d’éric laurent qui pourront vous renvoyer sur d’autres plus pointus…(sans parler ceux de paul jorion…
    bien à vous.

  12. @GSF,

    Bonjour,

    Reprenons les choses sérieuses. Vous serez d’accord avec moi pour dire que l’argent sert à l’échange, pas d’échange, pas d’argent. Donc, si vous n’avez pas de biens à échanger, il n’y a aucun problème monétaire. La monnaie n’existe que parce qu’il existe des choses à échanger, matières premières naturelles ou biens transformés issus de l’industrie.
    Dans ce contexte, les problèmes monétaires ont été créés par les problèmes liés à la création de richesse, qui est le préalable à la monnaie.
    L’histoire débute, sans surprise, aux Etat-Unis d’Amérique (sanctuaire de la Société – commerce).
    Les grands détenteurs de capitaux-industriels ont eu l’idée géniale d’étendre leur terrain de jeu d’abord en Europe (création du Grand Marché européen avec monnaie unique) et dans le monde entier ; appréciant au passage le fait que des peuples étaient prêts à travailler pour quasiment rien ( travail contre contrepartie monétaire très faible) ; le bonheur capitalistique quoi.
    Moyennant quoi, ce dessein parfaitement accompli, a eu un prix (si l’on peut dire !) c’est-à-dire une contrepartie : diminution du travail disponible en occident (accentué par les progrès technologiques) et appauvrissement subséquent ! Sur cette belle lancée, ne pouvant et ne voulant pas faire marche arrière, il devenait donc primordial que les peuples occidentaux ne se rendent compte du problème que trop tard.
    Là intervient la question monétaire : il a été donné libre court aux financiers pour libérer leur créativité de façon à cacher l’appauvrissement en développant « le marché de la finance ». Le problème est que le crédit ne dure qu’un temps (il faut rembourser un jour) tandis que l’appauvrissement est quasi-illimité : dès lors s’ensuivit une course contre la montre, perdue d’avance avec nécessité absolue de « sauver les meubles » pour les « encore riches ».
    Voilà le schéma d’ensemble.

    Au plaisir de vous lire,

    Cdt.,

    1. « les problèmes monétaires ont été créés par les problèmes liés à la création de richesse, qui est le préalable à la monnaie »

      Vous sautez pas mal d’étapes, là. Il faut assurément des échanges monétaires – et donc des échanges en général – pour avoir des problèmes monétaires. Mais cela ne prouve pas qu’un pays qui a beaucoup d’échanges monétaires doive nécessairement avoir des problèmes. Pour parler comme PSDJ, la monnaie est une condition nécessaire des problèmes monétaires, mais pas une condition suffisante (je sais que ça va vous plaire 😉 ).

      Sur le plan économique, le marché unique européen et la monnaie unique n’avaient pas besoin d’être « créés ». Il suffisait de laisser les gens échanger, mais ils étaient empêchés par les barrières douanières et les monopoles monétaires nationaux. C’est sur le plan politique qu’il fallait créer quelque chose pour arrêter de nous taper dessus. La motivation de la construction européenne a toujours été politique : convaincre d’autres gouvernements de passer des arrangements amiables avec notre gouvernement pour éviter qu’ils en arrivent au point où ils nous demandent d’aller dans les tranchées régler leurs problèmes. Est-ce que cela aurait pu, accessoirement, être favorable aux intérêts du « grand méchant capital » ? J’en doute. Partant d’une situation protectionniste, les entreprises en place n’avaient pas grand intérêt à ouvrir leur marché à la concurrence. Etait-ce favorable aux consommateurs ? Oui ! (mais qui se soucie des consommateurs… http://tinyurl.com/37xaaqd ).

      Quant à la « diminution du travail disponible » : aïe, aïe, aïe ! Vous connaissez la blague : c’est un économiste qui visite le chantier du barrage des trois gorges en Chine. Il s’étonne que les ouvriers ne soient équipés que de pelles et de pioches. On lui explique Comment ? Mais si on mettait des bulldozer, tous ces gens seraient au chômage ! Et l’économiste rétorque Ah ! Je comprends maintenant, ce que vous voulez, ce n’est pas construire un barrage, mais donner du travail à tous ces gens ! Dans ce cas, ce ne sont pas des pelles et des pioches qu’il fallait leur donner, mais des petites cuillers ! PJ a parlé récemment du luddisme, je préfère le terme de « sisyphisme » inventé par l’inénarrable Bastiat : http://tinyurl.com/2wurudv

      « il a été donné libre cours aux financiers pour libérer leur créativité de façon à cacher l’appauvrissement » : oui, MAIS (un gros mais). Les financiers dont on parle ici ne sont pas des entrepreneurs sur le marché, mais des entrepreneurs sur un monopole, celui de la monnaie. Ca change beaucoup de choses. Sur le marché, ils ne pourraient pas « créer de la monnaie » ; la planche à billets du monopole, oui. Sur le marché, ils ne pourraient pas prêter à n’importe qui, et être sauvés de la faillite ; avec une planche à billets, oui. Sur le marché, ils ne vendraient pas un produit « garanti par l’Etat » (la garantie des dépôts), etc. etc.

      Dès lors, il y a deux directions possibles et opposées pour réformer le système financier. Soit l’on considère que le monopole de la monnaie est un tabou, que les privilèges des banques sont intouchables, et dans ce cas il faut les réglementer encore plus. C’est un exemple typique des « effets pervers inattendus » : on intervient en violation des droits de propriété, cela provoque des conséquences néfastes ; on intervient donc encore plus pour atténuer ces conséquences ; mais cela provoque un deuxième round d’effets pervers ; et on finit pas tout réglementer. Tout ce qui n’est pas obligatoire est interdit. L’autre voie consiste à comprendre que le monopole de la monnaie n’est pas un tabou, et les privilèges financiers pas intouchables.

      L’erreur tragique des années 80 a été de vouloir déréglementer SANS toucher au monopole et aux privilèges. On était dans une situation historiquement inédite : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, tous les pays utilisaient du papier-monnaie inconvertible, que les planches à billets nationales pouvaient imprimer en quantité illimitée. Il n’y a pas de situation potentiellement plus dévastatrice pour une économie. Le premier résultat est que les gouvernements ont fait de l’inflation en faisant croître la masse monétaire de 20-25% par an, du jamais vu qui a donné la stagflation des années 70. Contrairement à ce qu’on entend souvent, les chocs pétroliers ont joué un rôle mineur dans cette histoire. C’est à cette époque qu’ont été mis en place l’indexation des salaires, du SMIG, l’autorisation administrative de licenciement, la représentativité irréfragable de cinq centrales syndicales (pour « services rendus pendant la résistance » sic). Ces mesures ont littéralement protégé les emplois existants et bouché le marché de l’emploi pour les nouveaux entrants, d’où 30 ans de chômage de masse et la « génération sacrifiée ».

      Face à cette situation, la planche à billets devait être arrêtée. Les gouvernements n’avaient pas le choix : après, c’est l’hyperinflation et l’implosion politique et sociale. La planche à billets a donc été ralentie, mais pas les dépenses publiques, d’autant que la protection de l’emploi coûte cher, les programmes de keynésianisme militaire de Reagan aussi, etc. A défaut d’imprimer, les gouvernements se sont donc mis à emprunter. Et ils ont soudain pris conscience que ça coûtait cher ! Les banques étaient des administrations poussiéreuses, sur un marché non concurrentiel, et prélevaient des marges éhontées. L’épargne était rare, et tant que ça ne touchait que les entreprises personne ne s’en était vraiment ému, mais lorsque la pompe à phynances a eu besoin d’accroître son débit les choses ont commencé à bouger. La déréglementation financier, l’ouverture des marché financiers : tout cela a permis aux gouvernements d’emprunter moins cher, et depuis 1973 la France n’a pas voté un seul budget équilibré.

      Depuis 30 ans nous sommes passés de la folie de l’inflation à la folie du crédit. Aujourd’hui, nous allons peut-être assister à un mouvement de balancier dans l’autre sens. Mais ce ne sera pas un retour à la raison, contrairement à ce que pensent certains, mais le chemin inverse de la folie du crédit à la folie de l’inflation. Et pendant ce temps, qui c’est qui trinque ? C’est nous !

      Cordialement,
      GSF

    2. @GSF,

      1er para. : d’accord, la monnaie est en effet une condition nécessaire mais non suffisante aux problèmes monétaires : il faut, entre les deux, le dérèglement d’une Société (au sens civil et politique).

      2ème parag. : c’est vous qui allez vite en besogne. On nous a vendu l’Europe du commerce comme paratonnerre anti-tranchées, mais l’euro c’est encore autre chose. Cette Europe du commerce (CECA et suivants) n’était motivée que par des intérêts commerciaux bien compris, sous la houlette et supervision des Services Américains. Quant à l’euro, avouez que créer une monnaie commune sans gouvernement commun et sans contrôle politique : l’étrangeté du processus interpelle, pour le moins.

      3ème parag. : oui, c’est sûr, vous avez raison, aucun doute possible.

      4ème parag. : le marché de la finance a certes pour particularisme d’opérer sur un bien particulier : un bien qui n’est soumis (la monnaie) à aucune contrainte physique sans échapper à la spéculation. Ce qui est très aggravé par le fait que les monnaies ne sont plus étalonnées sur un métal ; l’étalonnage métal avait l’avantage de limiter les opérations sur avec et pour la monnaie dans un contexte de finitude des biens sur Terre. Les problèmes de la finance proviennent plus, à mon sens, de ce particularisme que du fait que la monnaie est un monopole d’État (il serait d’ailleurs plus juste, dans le contexte actuel, de parler de non-État ! La garantie dite d’état est d’ailleurs fort logiquement dépréciée par les temps qui courent). Ce qui invalide votre raisonnement suivant.

      6ème parag. : oui pour estimer que l’inflation est, en soi, un mal ; mais un moindre mal lorsque l’inflation concerne aussi, comme dans les années 80, les revenus (salaires). Mais que dire de la décision selon laquelle les États doivent emprunter auprès d’organismes privés : une décision pour le moins surprenante et contraire aux intérêts bien compris du contribuable, et du citoyen (trahison). D’autant que l’emprunt n’a absolument pas pour effet de limiter les montants, l’histoire récente est là pour le démontrer. Une reculade de plus pour l’intérêt commun qu’était censé représenter l’État, et par ricochet pour la légitimité de l’État lui-même, en tant qu’institution ! CQFD.
      Et puis, rien ne dit que la folie de l’inflation (qui ne concernera pas les salaires) viendra au lieu et place de la folie du crédit : parions sur un cumul des deux !

      Au plaisir,

    3. Bonjour,

      « créer une monnaie commune sans gouvernement commun et sans contrôle politique : l’étrangeté du processus interpelle, pour le moins »

      Attention aux lieux communs répétés ad nauseam par les médias mais dont le sens n’est pas bien clair. Une monnaie commune n’a pas besoin d’être gouvernée pour bien fonctionner. Une monnaie unique, oui. Une monnaie commune aurait consister à ouvrir les monopoles monétaires nationaux à la concurrence. C’est ce que la CE prétend faire dans les autres biens et services, et on se demande pourquoi la monnaie ferait exception. La monnaie unique a consisté à remplacer des monopoles par un monopole plus grand. Les monnaies nationales étaient gouvernées et ça a donné la stagflation. Pourquoi voudriez-vous qu’une monnaie gouvernée au niveau européen donne de meilleurs résultats ? Si vous regardez les 80 pages de Salin ci-dessous vous en saurez plus à ce sujet mais en résumé il commence par décrire le système monétaire européen (serpent etc.). Ce système politique visait à imiter un régime de changes fixes reposant sur l’or, mais sans préciser avec suffisamment de détails quelle banque centrale devait intervenir en cas de déviation. Chaque décision faisait donc l’objet d’une négociation politique, et le résultat était entaché d’une grande incertitude et d’un biais inflationniste. Dans l’euro, une règle parmi d’autres qui n’est pas précisée est la suivante : la BCE crée les euros en achetant des titres de dette publique allemande, française, grecque etc. mais on ne sait pas à l’avance dans quelles proportions. Le résultat est entaché d’incertitude et d’un biais inflationniste…
      http://tinyurl.com/284h6ma

      « que dire de la décision selon laquelle les États doivent emprunter auprès d’organismes privés […] Une reculade de plus pour l’intérêt commun qu’était censé représenter l’État, et par ricochet pour la légitimité de l’État lui-même, en tant qu’institution ! »

      Je ne comprends pas bien quelle serait l’alternative ? Emprunter auprès d’autres Etats ? Auprès des Martiens ?

      Cdt,
      GSF

    4. @ GSF,

      Je commence par la fin : l’alternative à emprunter auprès de banques privées consiste, évidemment pour les Etats à faire marcher la planche à billets : je ne vous dit pas que c’est bien, mais ce n’est certes pas pire que l’emprunt auprès d’organismes privés.

      Je confirme l’étrangeté de la création de l’Euro (un peu à marche forcée) ; les médias (ad nauseam je vous l’accorde n’ont rien à voir dans l’histoire). Je n’ai pas souvenir que les peuples aient été interrogés sur la question, peut-être cela m’a-t-il échappé ! Il y a évidemment des avantages à l’euro, qui n’est toutefois pas non plus dépourvu d’inconvénients ! Une monnaie commune sans peuple commun : quelle est sa légitimité, et, un pas plus loin, quel est son avenir ? La monnaie me semble éminemment liée à une homogénéité politique ; vous avez dans l’Europe de l’euro des peuples aux histoires et aux intérêts (politiques, culturels et économiques) divergents, ce qui, sauf à fonctionner au « déni de réalité », ne risque pas de disparaître de sitôt. Je ne vois vraiment pas comment vous pourriez séparer la monnaie d’une institution politique ; sinon, en bout de raisonnement, on pourrait aller jusqu’à imaginer que chaque groupe d’individus, et même chaque individu isolé, pourrait décider d’utiliser sa propre monnaie : je ne sais pas si cela serait une réelle avancée, mais il y a sûrement des choses qui m’échappent.

    5. @ VB
      « Je n’ai pas souvenir que les peuples aient été interrogés sur la question, peut-être cela m’a-t-il échappé ! »
      J’ai moi-même été convaincu par la nécessité de créer l’euro… un « système » magnifique qui vise à permettre d’avoir tous la même monnaie, de dépasser les nationalismes étroits, etc. Qui pourrait être contre ? Et puis je me suis intéressé à l’économie de la monnaie, et j’ai compris mon erreur. Au lieu d’être une monnaie commune qui remplace les monopoles nationaux, c’est juste un autre monopole, mais plus grand.

      « Une monnaie commune sans peuple commun »
      Cela ne pose AUCUN problème ! C’est bien le point important. Les gens n’ont pas besoin d’être tous pareils pour échanger. C’est tout le contraire : pour un économiste, on ne gagne à échanger avec quelqu’un que SI l’on est différent de lui : goûts différents, ressources différentes, talents différents. Plus les différences sont marquées entre les échangeurs, plus l’échange est profitable. Deux clones qui ont les mêmes goûts, les mêmes ressources et les mêmes talents ne gagnent rien – ou très peu – à échanger. La monnaie sur un marché libre est une institution sociale qui émerge spontanément de l’échange entre des gens différents. Voyez les premières pages ci-dessous pour une exposition très claire de ce raisonnement :
      http://tinyurl.com/dy2skf

      Cdt
      GSF

  13. @ GSF,

    J’ai sans arrêt le sentiment que vous désolidarisez la monnaie du processus de création de richesse ;il me semble que vous rattachez chaque événement (malheureux ou non) à une caractéristiquedu fonctionnement monétaire alors qu’à mon avis, les événements concernant la monnaie sont à rattacher en priorité à la création de richesse et, à la marge, à un disfonctionnement du processus monétaire lui-même. Comment pouvez-vous séparer la monnaie de la création de richesse alors que la monnaie ne s’explique et ne se justifie (nécessité fait loi) que par la nécessité d’échanger des biens, services, qui se résume à un échange de richesse au sens de création matérielle et/ou immatérielle. Je crois que la clef pour comprendre votre raisonnement réside précisément ici : la monnaie semble, selon vous, fonctionner comme une entité propre et autonome.

    Cordialement,

    1. Je n’attribue pas tout à la monnaie, mais j’étudie surtout les conséquences de l’intervention dans la monnaie. Par exemple : si l’on crée plus de monnaie, quelle est la conséquence sur le prix du blé ? Il montes. Mais on pourrait dire aussi : si une mauvaise récolte a lieu, que se passe-t-il ? Le prix du blé monte. Il n’y a pas de contradiction. Même symptôme, causes différentes. En ce qui concerne les cycles économiques, les bulles et les crises, que se passe-t-il si l’on crée de la monnaie de banque ? Le prix de actifs monte, et ça de termine par un krach. Mais, contrairement au cas du blé, il ne semble pas y avoir d’explication alternative. La création de la monnaie de banque est nécessairement le résultat d’un privilège, qui meut être utilisé pour financer une guerre, l’Etat-providence, ou autre chose, mais le lien de cause à effet économique est toujours le même. Ce sont donc, pour répondre à votre interrogation, uniquement les cycles économiques et les crises que je ramène toujours aux privilèges monétaires.

      Cdt,
      GSF

  14. @ GSF,

    Certes, les gens n’ont pas besoin d’être tous pareils pour échanger, c’est une évidence, mais là n’est pas la question ; entre l’échange et la monnaie il y a un pas énorme car l’échange peut aussi se faire à la façon troc.
    Sans avoir besoin d’être gouvernée, une monnaie a certes besoin d’être régulée, il me semble d’ailleurs que vous ne dites pas le contraire, et c’est précisément cet acte de régulation qui est, de par ses énormes conséquences, un acte éminament politique ; c’est la raison pour laquelle je lie la monnaie à la notion d’Etat.
    Je n’ai pas le temps de détailler plus pour le moment, je reviendrai vers vous demain pour répondre à toutes vos réponses (également à celle sur le thème de l’aristocratie 😉 ).

    Cordialement,

    1. « une monnaie a besoin d’être régulée, il me semble d’ailleurs que vous ne dites pas le contraire »

      Il y a le fameux débat « le marché s’autorégule-t-il ? » Considérez cette question en vous limitant à la monnaie et vous verrez que l’autorégulation de la monnaie est infiniment supérieure à sa réglementation par des autorités monétaires. Enfin je dis « vous le verrez » c’est une façon de parler, puisque toutes les monnaies existantes sont réglementées. Si vous vous demandez : comment puis-je comparer les deux ? vous entrez de plain pied dans le raisonnement économique. On veut comparer une situation à une situation contrefactuelle. Par exemple : quelle est la différence entre cours légal et pas de cours légal ? Si des gens échangent en utilisant des pièces de monnaies frappées par des monnayeurs privés, et qu’un souverain arrive et instaure un monopole légal, quelles sont les conséquences ? Enquoi cette nouvelle situation diffère-t-elle de la précédente ? Pour répondre à la question, on a donc un schéma analytique qui est toujours le même :
      – comprendre la situation initiale
      – analyser les conséquences du cours légal
      – regarder l’histoire et l’interpréter à la lumière de cette analyse
      Voyez la table des matières du Rothbard, et vous y trouverez très précisément ce plan :
      http://www.scribd.com/doc/11452701/

      Ensuite, pour en tirer des conclusions normatives, c’est une autre histoire. L’analyse que je viens de décrire peut, en principe, être faite de manière factuelle, sans aucun jugement normatif. Mais je serai honnête : en pratique, c’est rarement le cas 😉

      Cdt,
      GSF

  15. @ GSF,

    Il me semble que les histoires de monnaies se sont octroyées une place qu’elles ne devraient pas avoir. Je répète que, pour moi, tout cela provient du découplage maladif qui est fait entre monnaie « instrument de paiement » et un étalonnage de ce moyen sur des biens matériels finis (or, argent, que sais-je encore : théoriquement, tout bien un peu rare pourrait servir d’étalonnage à une monnaie). L’étalonnage sur des biens matériels finis permet d’éviter à l’homme la folie consistant à n’avoir plus aucun repère que lui-même dans l’infini de ses délires. Aujourd’hui, on en est clairement là.
    Vous avez raison de préciser que le problème aujourd’hui résulte des conséquences de l’intervention sur la monnaie ; mais partir de ceci pour résoudre le problème me paraît mal poser le problème qui vient clairement, pour moi, d’ailleurs (mon 1er § ci-dessus).
    Aussi, c’est moi qui ai raison en disant que jamais la monnaie en tant que moyen de paiement ne devrait être conçue dans un découplage d’avec des biens matériels finis.

    Au plaisir de continuer cette conversation,

    Cdt.,

    1. « découplage maladif qui est fait entre monnaie « instrument de paiement » et un étalonnage de ce moyen sur des biens matériels finis (or, argent »

      Oui ! Le « couplage » avec un bien fini est une qualité essentielle pour une monnaie. La preuve en est que jamais aucun peuple n’a choisi comme monnaie un bien disponible en quantité infinie sans y être forcé. Quand c’est le peuple qui choisit, il choisit l’or ou l’argent etc. Quand ce sont ses élites qui choisissent, elles choisissent en fonction de leur intérêt à elles…

  16. Toujours à GSF (sur un autre sujet),

    Vous n’avez pas répondu à ma question suivante : si on accepte de vous suivre concernant la possibilité laissée à tout un chacun (ou à des groupes) de créer leur propre monnaie pour échanger, serait-ce une avancée économique, sociale, politique ?
    Le Moyen-Age en Europe a connu ces situations de monnaies multiples, elles ont permis à des « changeurs » (banquiers) de s’enrichir plus de coutume en pratiquant, accessoirement, l’usure.
    Et oui, s’il devient aussi difficile d’échanger la monnaie que les biens matériels ou les services eux-même : dites moi quel est l’avantage d’une soit-disant monnaie par rapport à une relation d’échange fondée sur le troc ?

    Au plaisir,

    Cdt.,

    1. @ VB

      Ce serait une avancée éthique, dont découleraient des changements sociaux, politique et économiques que chacun jugera selon ses préférences.

      Pourquoi une avancée éthique ? Parce que le fait d’imposer une monnaie par la force est un recul éthique, même si beaucoup sont trop myopes pour le voir. Les gens qui ont le choix le savent bien. Par exemple, De Gaulle qui se faisait imposer le dollar comme monnaie de réserve par les accords de Bretton Woods préférait l’or. Ainsi il considérait évidemment comme un « mal » de se faire imposer une monnaie. Mais imposer le papier de la Banque de France à ses sujets ne le gênait pas du tout, par contre… Même Rueff n’a jamais proposé d’abolir le monopole national de la monnaie, alors qu’il était le premier à pester contre les privilèges du dollar.
      http://www.amazon.fr/dp/B0000DL5P6

      Quelles sont les conséquences économiques, sociales et politiques de ce que je propose ? L’inverse des conséquences des mesures qui, les unes après les autres, ont depuis des siècles permis à une partie de la population d’accroître ses privilèges monétaires : cours légal, réserves fractionnaires, suspension de paiement, cours forcé, banques centrales. Pour comprendre le chemin inverse du papier-monnaie vers la « monnaie honnête » le plus simple est d’étudier le chemin de la monnaie honnête vers le papier-monnaie sur le plan économique, social et politique : crises économiques récurrentes, inflation, apparition d’une classe légalement et économiquement privilégiée (voir le papier de Hoppe), concentration et centralisation du pouvoir.

      « quel est l’avantage d’une soit-disant monnaie par rapport à une relation d’échange fondée sur le troc ? »

      … ? ! ? Réduire les coûts de l’échange. Voir Rothbard ou n’importe quel manuel sur la monnaie. La blague traditionnelle des profs d’éco à ce sujet est la suivante :  » Imaginez que je veuille manger du poisson dans une économie de troc ! Il faudrait que je trouve un pêcheur qui a envie de prendre des cours d’économie…  »

      Cdt,
      GSF

  17. @ GSF,

    Mais vous ne répondez pas à la question de savoir quel serait l’avantage d’une monnaie aussi difficile (ou onéreuse) à échanger qu’un bien matériel ?
    Certes, votre blague d’économiste vaut ce qu’elle vaut mais en retour je peux vous rétorquer que si le change de votre monnaie contre celle du vendeur de poisson coûte plus cher que le poisson lui-même (prélèvement au passage de la dîme du banquier changeur), je doute que vous l’achetiez, ou alors à crédit ? Bonne blague :-D.
    Vous troquez (sans jeu de mots) le privilège monétaire contre un privilège garanti à tous les changeurs (banquiers) qui n’ont certes pas besoin de privilèges supplémentaires !

    Au plaisir de continuer cette intéressante conversation,

    Cordialement,

    PS : il n’y a pas que les myopes qui ne savent pas voir, car il faut encore voir avec les yeux de l’intelligence et du coeur…

    1. @ Valérie

      Mais pourquoi voulez-vous qu’une monnaie que les gens choisissent volontairement pour faciliter les échanges soit difficile et/ou onéreuse à échanger ? La meilleure manière de rendre les échanges difficiles et onéreux c’est de placer des obstacles sur le chemin des échangeurs. Si on les laisse faire, ils utiliseront (probablement, je ne suis pas devin) des espèces métalliques, des billets de banque, des cartes bancaires, des virements électroniques, etc. etc.

      Il vous faut comprendre ce qui se passe dans un échange monétaire. Reprenons l’exemple du prof d’éco et du pêcheur ! Le prof veut un poisson : c’est son but, son objectif, sa fin. De quels moyens dispose-t-il pour y parvenir ? Quel est le moyen le moins coûteux (de son point de vue à lui, subjectif) ? Ca c’est le point de départ du raisonnement économique.

      Dans une économie de troc, par définition, il n’y a pas de monnaie, donc pas de prix du poisson en monnaie. Voici quelques exemples de moyens à sa disposition :
      – il peut aller pêcher
      – il peut échanger X leçons d’économie contre un poisson (reste à trouver quelqu’un qui accepte, et négocier X)
      – il peut échanger ses leçons d’économie avec la laitière dont le fils prépare Sciences Po, parce qu’il sait que les pêcheurs apprécient le lait (pour faire du beurre blanc)
      – etc. etc.

      Enfin, s’il était dans une économie monétaire, il aurait de plus :
      – il peut aller chez le pêcheur et négocier le prix en monnaie avec lui
      – il peut aller chez le poissonnier et acheter du poisson au prix offert
      – etc. etc.

      Tous ces moyens sont disposés, grosso modo, par ordre de coût décroissant. Pêcher soi-même est très coûteux car cela vous prive des bénéfices de la spécialisation et de la division du travail : la plupart des profs d’éco font de très mauvais pêcheurs. Le troc est très coûteux prof, car ces bourrins de pêcheurs de s’intéressent pas à l’économie et il est obligé de faire des heures de porte à porte (ou de barque à barque) pour en trouver un qui daigne échanger un poisson (et encore, contre une prestation royale…). Aller chez la laitière est déjà nettement moins coûteux, et surtout c’est une étape-clé dans l’émergence de la monnaie. Si les profs d’éco se mettent à vendre leurs leçons contre du beurre, puis à échanger leur beurre contre des poissons, bientôt le beurre deviendra une marchandise utile dans les échanges. Mais le beurre a tendance à fondre en été, donc ils essaieront d’autres marchandises. Parmi celles-ci, seules quelques marchandises pratiques seront finalement sélectionnées pour servir de moyen d’échange. On passe de l’échange direct à l’échange indirect. Le paradoxe est que cela représente, j’insiste sur ce point, une économie de moyens. C’est en apparence un chemin détourné, mais en réalité moins coûteux que le troc.

      Je m’arrête là, la suite est dans le Rothbard :
      http://www.scribd.com/doc/11452701/

      Ce processus d’émergence de la monnaie a été découvert et analysé pour la première fois par Carl Menger vers 1870. C’est un raisonnement très général et qui s’applique à d’autres institutions sociales telles que le droit (ça devrait vous intéresser) ou le langage. A connaître impérativement.

      Bien à vous,
      GSF

  18. @ GSF,

    Vous voulez rire : je ne veux pas, je constate (nuance), que lorsqu’une multitude de monnaies existaient, les échanges de biens et/ou services (pour parler à la mode) s’accompagnaient de change de monnaies (échange de monnaie avec coût de conversion et dîme bancaire au passage).
    Quant à votre assertion selon laquelle pêcher soi même est très coûteux, permettez moi de m’élever en faux ; très coûteux d’un point de vue écologique peut-être, et encore, sûrement moins que la pêche au gros et tous ses dégâts collatéraux actuels. Le problème provient du pourcentage de population à aller s’approvisionner sur une même source, lorsqu’elle existe encore, sinon, pas d’autre choix que d’échanger pour manger du poisson.
    Quant au troc : pas de porte à porte, il existait justement des marchés, des lieux de croisements de populations (des villes et des villages sont même nés de ce processus), qui rend un service identique au porte à porte, en plus efficace. Certes, la récurrence des marchés n’était peut-être pas quotidienne, encore que ce ne soit pas un argument rédhibitoire (il suffit d’organiser plusieurs marchés sur des distances accommodantes) surtout avec nos moyens actuels de locomotion…
    En un mot, je m’inscris en faux contre votre assertion selon laquelle l’échange indirect est moins coûteux que l’échange directe ; ce d’autant plus que vous n’incluez pas les coûts financiers et surtout écologiques que cet échange indirect favorise.
    Non, vraiment, il faut revoir tous les postulats de travail pour avancer et réfléchir sur nos besoins nouveaux.
    Dans ces conditions, vous comprendrez que j’hésite à aller voir le processus d’émergence du droit que C. Menger a décrit : je crains de n’être pas d’accord avec les postulats de départ !

    Cordialement,

    1. Bonjour Valérie,

      Oui, lorsque plusieurs monnaies coexistent, cela entraîne des coûts de change, et cela augmente le coût de l’échange. Lorsque les gens peuvent choisir la monnaie dans laquelle ils échangent, il y a donc une incitation à réduire le nombre de monnaies qu’ils utilisent. Si j’ai le choix entre le dollar et l’euro pour échanger avec un Américain, je choisirai des deux la monnaie qui me semble la « meilleure » et notamment la plus échangeable (« liquide »). Ainsi, la monnaie la plus échangeable devient plus demandée, et par suite plus échangeable, etc. C’est un processus auto-renforçant qui fait qu’un petit nombre de monnaies est finalement sélectionné par les utilisateurs. Sans monopoles nationaux, il serait inconcevable d’avoir des dizaines de monnaies qui circulent en parallèle comme c’est le cas aujourd’hui.

      Menger est le premier à avoir décrit ce processus d’émergence de la monnaie. C’est une source d’inspiration non seulement pour les économistes, mais aussi pour certains sociologues dans l’émergence d’autres institutions sociales. Il existe des approches concurrentes pour expliquer l’apparition de la monnaie, dont la principale est le « chartalisme ». C’est l’idée que le souverain instaure la monnaie en demandant que les impôts soient payés dans un bien particulier, qui devient la monnaie du pays. En réalité, il n’y a pas forcément opposition entre les deux. Menger reconnaît lui-même que le cours légal rend une monnaie existante (j’insiste : existant déjà) plus échangeable, et donc améliore son caractère monétaire. Mais il ne peut pas « décréter » une monnaie ex nihilo. Aglietta et Orléan, nos « régulationnistes » nationaux spécialistes de la monnaie, en conviennent dans La monnaie, entre violence et confiance.

      Un petit exemple tiré d’une discussion avec mes garçons ce WE. Ils jouent à Dofus sur Internet, c’est un jeu de rôles où l’on utilise des « kama » comme monnaie pour acheter armures, anneaux et autres potions (enfin je crois…). Les joueurs peuvent gagner ces objets utiles dans des combats, et ensuite ils font des échanges en se payant en kamas. Le prix est négocié entre joueurs de façon totalement libre. Ils obtiennent aussi des kamas dans les combats. Le point crucial, que je me suis bien fait préciser, c’est que les kamas n’ont aucune autre utilité que celle d’être échangeables. C’est un moyen d’échange pur, sans aucune autre fonction. Pour Menger et surtout Mises, ceci paraît impossible. Une monnaie dérive nécessairement son caractère monétaire de son utilité propre (monnaie-marchandise) ou de la promesse de l’émetteur de la convertir en marchandise (monnaie fiduciaire). En creusant, j’ai fini par comprendre qu’il existe dans le jeu des épiceries où l’on peut acquérir certains victuailles contre des kamas. Dans les épiceries, les prix ne changent jamais : les kamas sont donc « convertibles » en victuailles. Ainsi, le paradoxe est levé : les kamas sont une monnaie fiduciaire émise par les créateurs du jeu et convertibles en marchandises avec une parité fixe. Sans les épiceries, les kamas n’auraient pas pu être la monnaie. Les joueurs auraient soit sélectionné une marchandise interne au jeu comme moyen d’échange, selon le processus d’émergence mengérien. Les « anneaux du piou » semblent un candidat possible 😉 mais il est impossible de savoir à l’avance quelle monnaie sera sélectionnée : c’est une question empirique. A défaut d’une marchandise interne au jeu, les joueurs se seraient peut-être contactés dans le monde réel pour échanger en euros. A défaut, ils auraient fait du troc.

      Bref, cet exemple illustre très bien la manière dont la monnaie réduit le coût de l’échange. En réalité, pour être rigoureux, il faudrait dire : réduit le coût de certains échanges. Pour certains échanges, la monnaie ne réduirait rien du tout et elle n’est d’ailleurs pas utilisée. Je ne paie pas mes garçons pour qu’ils descendent les poubelles pendant que je débugge leur ordinateur.

      « je crains de n’être pas d’accord avec les postulats de départ ! »

      J’ai l’impression, à tort ou à raison, que ce sont plutôt les conclusions qui vous gênent. On n’a en effet pas du tout parlé des postulats, et assez peu de la méthode qui permet de passer des postulats à la conclusion. Toujours est-il que réfuter une théorie en refusant de la lire n’est pas sérieux.

      Voici un essai court de Menger intitulé The origins of money. Il est assez abouti sur le plan théorique, même si Mises a résolu certains problèmes qui subsistaient.
      http://economic-education.org/menger-origin-money
      Une traduction française partielle :
      http://www.catallaxia.org/wiki/Carl_Menger:Les_origines_de_la_monnaie

      Une petite recherche sur Menger les institutions sociales émergentes ou organiques vous en apprendra plus.

      Cdt,
      GSF

    2. @ GSF, bonjour,

      Vos promesses ont tendances à se démonétiser ! Le 8 n’est pas, à ce que je sache, le lendemain du 4 !

      Sur le fond, et plus sérieusement : je ne parlais de postulat que parce que vous m’aviez soumis une hypothèse de travail : je vous cite : « Reprenons l’exemple du prof d’éco et du pêcheur ! Le prof veut un poisson : c’est son but, son objectif, sa fin. De quels moyens dispose-t-il pour y parvenir ? Quel est le moyen le moins coûteux (de son point de vue à lui, subjectif) ? Ca c’est le point de départ du raisonnement économique. »
      Vous parliez du point de départ, j’ai traduit, postulats ; pas de conclusion en question ici. Et je ne suis toujours pas d’accord sur votre postulat, je maintiens.

      Si j’ai le choix entre le dollar et l’euro pour échanger avec un Américain, je choisirai des deux la monnaie qui me semble la « meilleure » et notamment la plus échangeable (« liquide »). Ainsi, la monnaie la plus échangeable devient plus demandée, et par suite plus échangeable, etc. C’est un processus auto-renforçant qui fait qu’un petit nombre de monnaies est finalement sélectionné par les utilisateurs.

      Vous oubliez, dans votre démonstration, que celui qui aura la monnaie la plus enviable sera le plus fort au sens physique du terme.

      Sans monopoles nationaux, il serait inconcevable d’avoir des dizaines de monnaies qui circulent en parallèle comme c’est le cas aujourd’hui

      .
      Je ne comprends pas où vous voulez en venir ; je croyais, très ingénument, que vous militiez pour l’avènement de monnaies multiples indépendantes d’un pouvoir politique ? Me serai-je fourvoyé ?

      A bientôt, j’espère, pour plus de précisions,

      Cdt.,

      Ps : je vous conseille au passage de bien conserver les kamas de vos 2 garçons car vous risquez d’en avoir bientôt besoin pour acheter votre baguette de pain ! peut-être pourriez-vous même envisager de les dupliquer et de les vendre à tous les lecteurs du blog qui voudront acheter des aliments 😉

    3. @ Valérie

      « je ne suis toujours pas d’accord sur votre postulat, je maintiens »

      Pas d’argument ?

      « celui qui aura la monnaie la plus enviable sera le plus fort au sens physique du terme »

      Ce n’est ni précis, ni argumenté, et le rapport avec le sujet n’est pas évident.

      « je croyais, très ingénument, que vous militiez pour l’avènement de monnaies multiples indépendantes d’un pouvoir politique ? »

      Vous vous méprenez sur « multiple » : je suis favorable à la liberté monétaire, ce qui rendrait possible la production et l’utilisation de diverses monnaies, mais conduirait à l’utilisation d’un (très) petit nombre d’entre elles. Plus de producteurs potentiels, mais moins de monnaies au final ! Quel paradoxe ! Si cela vous surprend, c’est que vous n’avez pas encore saisi le raisonnement de Menger. Mais si vous avez regardé Rothbard ou Menger, vous savez comment ils expliquent ce phénomène.

      Cdt,
      GSF

  19. @ GSF,

    Sur l’explication de mon désaccord sur le postulat évoqué, vous l’avez plus haut, il vous suffit de la relire : commentaire du 4 novembre à 14h48.
    La liberté monétaire qui aboutit à l’utilisation de seulement quelques monnaie, je doute. Mais laissez moi le temps de lire et de m’imprégner de vos lectures avant de pouvoir poursuivre plus avant cette conversation.
    Il y a peut-être quelque chose à creuser, mais la vérité est que je doute de vos motivations ; je ne sais pas si nous avons la même conception de la liberté et conserve la petite appréhension que vous ne voguiez vraiment que pour le « tout banquier ».

    Cordialement,

    1. @ VB

      « Tout banquier » ce n’est pas le cas, mais au fonds on ne peut jamais totalement convaincre quelqu’un d’autre de ses intentions. En revanche, vous pouvez vous demander : GSF propose de supprimer le cours légal, la garantie des dépôts et le prêteur en dernier ressort, car il prétend que ces dispositions encouragent l’irresponsabilité des banques et des finances publiques. Première question : est-ce bien le cas ? Allons voir ce qui s’écrit sur le cours légal etc. pour voir si ces mesures ont logiquement les effets décrits par GSF ! Deuxième question : y a-t-il d’autres effets de ces institutions ? Est-ce autre chose qui motive GSF dans cette histoire ?

      Pour vous mettre sur la piste, il y a quelques autres effets qu’on a déjà abordés ici ou là :
      – la création monétaire permet de financer des dépenses publiques (mais j’ai précisé que cette contribution est mineure, et que les partisans de l’Etat-providence ne peuvent pas voir dans la suppression du cours légal une réduction importante du rôle de l’Etat)
      – la création monétaire permet d’atténuer temporairement les conséquences des crises, comme le pensaient Keynes tout autant que Friedman (mais ma réponse est que c’est la création monétaire qui a causé la crise en premier lieu, ce qui revient à soigner une cuite avec une bouteille de whisky)
      – le monopole de la monnaie est un attribut de la souveraineté
      – le monopole de la monnaie est un moyen de financement stratégique pour la défense nationale
      – etc.

      Cdt,
      GSF

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