Je ne suis pas d’accord avec vous (III), par Dominique Temple

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Je ne suis pas d’accord avec vous (I) ; Je ne suis pas d’accord avec vous (II)

Je ne suis pas d’accord avec vous (III)

Roméo et Juliette ou le verbe réciproque

Comment donne-t-on une assise universelle aux sentiments que tous les hommes invoquent pour se justifier de leurs choix ? Pour rester empirique : le sentiment que j’éprouve vis-à-vis de quelque chose ou de quelqu’un est le produit d’une interaction entre moi et cet objet, entre le sentant donc, le sujet, et le senti, l’objet, ce pourquoi on la dit relation d’objet, et cette expérience est immédiatement traduite par un verbe transitif, par exemple j’aime la pomme, qui fait du ressenti la qualité de l’objet mais la propriété du sujet (j’aime). L’observation suivante est capitale : si le sentiment en question naît d’une relation de réciprocité avec autrui, l’interaction est intersubjective (les deux objets sont en même temps les deux sujets) et le produit de leur interaction, leur ressenti, est la propriété commune des partenaires de la réciprocité. Heureusement, l’expérience est plus immédiate que ce petit théorème. Son expression est celui d’un verbe réciproque Romeo et Juliette s’aiment – ce qui est tout à fait différent que de dire Romeo aime Juliette comme une pomme. Mais la conclusion théorique est que tout sentiment né d’une relation de réciprocité est universel.

Cette approche est suffisante pour justifier la reproduction systématique de cette expérience créatrice de valeur d’amitié ou de confiance et lui éviter son évolution dans l’égoïsme et sa déchéance (confondre Juliette avec une pomme), autrement dit, pour éviter de confondre l’amour avec un transfert (j’aime ma pomme), ou encore un verbe réciproque avec un verbe transitif.

Mais une autre question se présente aussitôt : comment éviter que la valeur créée par les uns n’affronte la valeur créée par les autres, puisqu’elles sont toutes absolues. L’empirisme lui-même donne la solution théorique !

Dans toute famille qui se constitue à partir de la relation d’un homme et d’une femme (et il a bien fallu que celle-ci se constitue pour que nous soyons nés quelque part sur cette terre), l’interaction intersubjective constituante (Adam et Eve) est une relation de face à face (que l’on appelle l’Alliance matrimoniale) ; mais le fruit de cette alliance (ou de cet amour, en termes de conscience affective) est un enfant : nous qui parlons. Or, la mère est seule à porter un enfant, l’allaiter, et, pour le début de sa vie, à lui prêter son attention comme l’a fait pour elle sa mère. D’où la reconnaissance sinon la dévotion de l’enfant pour sa mère dans toutes les communautés du monde. La maternité implique trois générations : la mère est la fille de sa mère et mère de sa fille, c’est-à-dire qu’elle est le terme moyen d’une réciprocité ternaire dite de Filiation. La différence est évidente avec l’alliance : au lieu d’être binaire (on reçoit et on donne au même vis-à-vis), la mère reçoit d’un côté (l’attention de sa propre mère) et la donne de l’autre côté (à son enfant). Notons cette observations décisive : le visage dans lequel se reflétait l’amitié créée par la réciprocité de face-à-face (la beauté du visage transfiguré de l’aimé(e) [Juliette]) n’est plus là pour refléter la joie de l’amour que l’on éprouve. La disparition de ce miroir (la structure de face-à-face) oblige la mère à reconnaître le sentiment qui l’habite dans son propre cœur : c’est ce que l’on peut dire l’individuation du sentiment d’humanité ou encore l’individuation du sujet. Or, cette individuation n’est pas possible si la réciprocité ternaire est rompue, menace qui contraint la mère à s’assurer qu’elle ne le soit pas, ce que l’on appelle le sentiment de responsabilité, unanimement reconnu dans toutes les communautés du monde comme celui de la mère pour la vie pour l’homme. Ici aussi encore le sentiment est universel.

Nous allons montrer que ces deux structures fondamentales de la réciprocité de parenté sont à l’origine de deux structures fondamentales de l’économie politique : le partage et le marché. La généralisation de la réciprocité de face-à-face est le partage, et la généralisation de la réciprocité ternaire est le marché. Mais auparavant il faut compléter l’observation de l’atome de la parenté, car il est plus complexe qu’il y paraît. Nous avons vu comment s’engendrent l’amitié et la responsabilité à partir de l’alliance et de la filiation. Entre frères (ou entre sœurs), l’identité d’origine est très vite contredite par une différenciation les uns des autres, jusqu’à une certaine distance. Cette distance s’impose comme la matrice d’un nouveau sentiment : le respect. En termes théoriques, on dira que la distance qui engendre le respect entre les frères est obtenue quand l’identité entre eux est égale à leur différenciation (la bonne distance s’appelle la mésotes = le juste milieu ; l’égalité entre la différenciation et l’identité = l’isotes).

Alliance, filiation, fraternité sont trois structures élémentaires de la réciprocité vécues empiriquement par tout le monde dans le système de réciprocité des origines. Mais alors pourquoi des termes théoriques puisque l’on peut s’en passer ? Pour les justifier, il faut seulement observer que la famille se construit sur un territoire donné et exige l’appropriation de ce territoire, d’où l’économie, du grec oikonomia, parce que l’oikos est le mot grec qui définit la communauté familiale. Or, le même problème se pose pour ces communautés de base que pour l’individu : il s’agit de ne pas rester identique à soi-même et voué à la déchéance annoncée de l’égocentrisme de ceux qui dans une association veulent faire triompher leur conception du bonheur. Et, pour vaincre les contradictions entre les communautés, qui aboutiraient à leur affrontement, les hommes ont reproduit entre les communautés familiales les relations de réciprocité en vigueur à l’intérieur de la communauté familiale. Ils ont de la sorte construit la cité (polis) par la reproduction des relations de réciprocité que nous venons de voir (alliance, filiation et fraternité) d’où le nom d’économie politique. Cette entreprise a été couronnée de succès : elle leur a permis de différencier leurs activités, les uns pour les autres (ainsi apparaissent le forgeron, le meunier, le médecin, le juge, etc.). L’économie politique doit assurer à tous les hommes ce que leur assurait la nature (satisfaire les besoins d’autrui), mais aussi ce que la différenciation du travail permet d’inventer pour autrui – ce qui est aujourd’hui mis en une évidence par les médecins et les infirmiers face à la pandémie du coronavirus. Ils soignent ceux qui en ont besoin. Le ressort du travail pour autrui est de créer les sentiments humains qui naissent lorsque cette attention est réciproque et qui font la dignité de l’être humain – ce pourquoi tous les jours les gens remercient le personnel soignant.

Mais voici une observation capitale : que ce soit directement à partir du marché (le commerçant) ou que ce soit par la division du travail en devenant intermédiaire entre les uns et les autres (l’artisan), cet intermédiaire, qui dans une structure de réciprocité de face-à-face entre les producteurs n’était à l’origine qu’un salarié, devient par son savoir-faire, en créant les outils ou les services qui permettent de multiplier la productivité des uns et des autres, le maillon d’une chaîne de réciprocité de type ternaire. C’est lui qui est alors investi du sentiment de responsabilité qui naît de cette structure. Mais il en est un qui reçoit une dignité particulière : le commerçant. Chacun au sein de la relation dite de marché n’est pas seulement responsable de tous les autres, en ce sens qu’il doit répondre du cycle de réciprocité, mais parce qu’il lui incombe désormais d’être égal aussi bien vis-à-vis de celui dont il reçoit d’un côté, que de l’autre à qui il donne, puisqu’il reçoit de lui pour redonner au premier ; il se doit d’équilibrer par l’égalité les deux prestations : cette obligation transforme son sentiment de responsabilité en sentiment de justice. C’est lui qui désormais définit le “prix juste”. Nous savons à présent que nos marchés dits libres, ouverts ou populaires comme on voudra les nommer, sont la matrice du sentiment de justice qui fonde la société dite de marché. Cette structure ternaire et bilatérale est une structure fondamentale à part entière que l’on nomme la réciprocité généralisée. Le partage ou la redistribution et la réciprocité de marché sont les deux fondements de l’économie politique. Mais alors pourquoi l’économie politique devient-elle l’économie capitaliste ?

(à suivre…)

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28 réflexions sur « Je ne suis pas d’accord avec vous (III), par Dominique Temple »

  1. Ceci n’est pas qu’une histoire juive :
    A un riche qui refuse de contribuer à soulager la misère des pauvres, le rabbin montre un jour la fenêtre et demande : Dis-moi, que vois-tu là ?
    – Quelle question ! Je vois la rue, la vie, les autres gens…
    – Et regarde maintenant dans cette glace, qu’y vois-tu ?
    – Je me vois. Qu’est-ce que c’est que ces questions stupides ?
    – Elles ne sont pas si stupides, mon fils, soupire le rabbin : dès que tu recouvres la vitre transparente avec une fine pellicule d’argent, tu ne vois plus les autres, tu ne vois plus que toi-même.

    1. C’est marrant parce que la « réflexivité » (miroir , miroir dis moi qui est le plus vert … ) est au centre de la philosophie
      de Pierre Charbonnier, philosophe « post-Latourien » (post Bruno Latour) qui a écrit l’excellent « Abondance et Liberté. Une histoire environnementale des idées politiques » .

      Livre où il essaye de « symétriser » les différents protagonistes (société / nature, minorités/majorités, opprimés/capitalistes), au motif de la nécessité de cette « réflexivité »,
      qui est un ingrédient de départ des gauches : chez puissants, faites votre nuit du 4 août car regardez comme vous êtes allé trop loin, … et puisque vous trainez, nous commençons ».
      Mais un ingrédient qui ne s’est pas appliqué à la symétrie nature/société, donc nous avons une « liberté » au prix d’une « abondance » d’apparence, qui s’épuise etc.

      C’est un peu moins stoïque que le « memento mori » mais c’est « un certain regard ».

  2. Je pense que l’image que nous avons de nous n’est pas la même que l’image qu’ont les autres de nous.
    C’est important de faire la différence et peut être de soigner notre propre image.

    1. Attention ne pas confondre le Nous du Je. Je pense que l’image que j’ai de l’Autre n’est pas la même que l’Autre à de moi. Mais ici il n’y a pas d’image de moi, seule une description de mon portrait mais je ne saurais pas me décrire aussi bien que l’image ou la photographie.

      1. Bernadette, ils sont pourtant confondus par essence, le nous étant la somme des je. Si le nous est une société malade, c’est que le je pense mal, la société malade en étant la conséquence. Un je, grenouille man, dit que le doute est partout, ce qui est exact et logique, mais aussi faux puisque sur le seul point principal d’ où le reste suit, le je ne doute même pas de ce qu’ il soit, à savoir un humain, alors que pourtant, déjà, c’ est faux, et que partant de cette erreur comme point de départ tout le reste est logiquement faux, quant à ce qu’ il pense, d’ ou qu’ il soit logique qu’ il doute de tout le reste. Je pense donc je suis, rien de plus exact, sauf que ce que pense le je qu’ il soit est totalement faux. Le je est une entité pensante de secours du cerveau de l’ humain, arrivée là pour aider les deux entités du cerveau d’ origine à fonctionner au mieux comme avant le problème qui a fait que cet ensemble se mette à dysfonctionner, et que pour aider à résoudre ce problème le je soit apparu. Le je se croyant, pensant être, le malade qu’ il doit soigner, il réfute et refuse une maladie qui serait la sienne, puisqu’ il pense être le malade. Dans ces conditions, aucune chance, absolument aucune, que le malade, l’ humain, soit soigné, le je ne se pensant pas malade, soit ce qui donne finalement deux malades, le malade, l’ humain, et son médecin, le je qui se prend pour le malade, ce qui est une maladie. Ce cerveau de l’ humain qui dysfonctionnement n’ est pas le nôtre, penser qu’ il le soit c’ est soi-même dysfonctionner, ajoutant au dysfonctionnement de base. Les gens qui vont voir un psy pour se soigner vont voir en fait un autre malade, qui lui, ne se pense pas malade, ça ne risque pas de marcher. L’ humain est mal parti, et le je aussi, car sans humain, pas de je non plus. Si l’ humain disparait, ce que sa maladie va produire, le je, son médecin, disparaitra puisqu’ il fait partie de l’humain, mécanisme interne de secours. Tu viens de prendre connaissance de la plus grande découverte de tous les temps, et pourtant tu vas en douter. L’ histoire ne sert à rien, les gens sont aussi bêtes que du temps de Copernic, sauf que les humains n’ ont plus le temps pour que mes idées soient reconnues, un bon siècle pour Copernic.

    1. Bernard, considère j’ aime la pomme, mais pas d’ Amour, et tu auras compris. Trop de gens croient aimer d’ Amour, alors qu’ ils aiment comme ils aiment la pomme, là est le problème.

  3. L’esprit entrepreneurial ou salarial allemand me semble échapper à l’exclusivité du « commerçant ».
    La reconnaissance des apports des échelons intermédiaires dans la division du travail vécue au pays de Goethe
    est importante, et se manifeste encore aujourd’hui par la présence (obtenue de haute lutte certes, le capitalisme n’est pas de la gnognotte) des salariés
    dans l’équivalent des CA, à hauteur de 50% (mais la voix du chef compte double en cas d’égalité, hein, faut pas pousser).
    C’est peut être simplement le fait d’une reconaissance extrême de la culture technique. Même si les élèves moins bons vont en « filière technique »
    (qui monte ensuite jusqu’à la FachHochSchule si je dis pas de bêtise, mais est distincte des Universités et des Technische Universitäten de haut niveau),
    la reconnaissance sociale leur est acquise. Cas particulier : les instituteurs, 5ème roue du carosse EN chez nous, bien payés chez eux.
    Qui sont les pauvres allemands ? il y en a beaucoup certes, il reste un volant « petite qualification » comparable à d’autres pays, je ne dis pas qu’ils ont tout résolu,
    mais le curseur d’une de leur réciprocité marchande/artisanale n’est pas placé comme le nôtre.
    Le commerçant est d’ailleurs vu dans les cas un peu technique comme médiateur des désirs des clients plus que marchand de soupe
    (cas limite : leur hobby des trains électriques et les revendeurs Märklin, marque qui a failli être liquidée par un fond de pension, avant que « zorro n’arrive ».

    1. timiota, le technicien, à la retraite, que je suis, te remercie, en effet une partie du problème est là, la reconnaissance du technicien et son importance. Le technicien résout des problèmes et fabrique des biens, le commercial et le financier fabriquent des problèmes. Le technicien utilise la logique, le financier la réfute.

  4. Ce que j’aime :
    – Il y a là la possibilité de refonder l’anthropologie économique sur une base non polanyienne, ou disons qui ne prête pas le flanc à la critique anti-polanyienne d’une science dont l’objet resterait introuvable à mesure qu’on avance.
    – Il y a là une manière élégante d’introduire l’environnement/le milieu dans la réflexion politique.

    Ce que j’aime moins :
    – vous ne définissez pas la réciprocité
    – Ranger l’artisan et le commerçant dans la même catégorie des intermédiaires. C’est ethnologiquement rarement (jamais?à) le cas et il y a une raison…
    Cela n’est possible que parce que vous accordez peu d’importance à la distinction dedans-dehors (de par les 3 structures fondamentales que vous retenez) et parce que vous imaginez un début fictif dans lequel les rapport intra-groupes sont seuls à exister ou disons plus structurant que les rapports aux autres groupes (lignages), sans doute car éthologiquement déterminés (or la priorité de l’éthologique sur le symbolique, chez l’homme, est discutable).
    – L’alliance, ce n’est jamais entre 2 personnes – sauf depuis que l’Eglise y a mis son grain de sel… ;-)), mais toujours entre 2 lignages/clans (ce qui implique là encore l’introduction d’un rapport d’exteriorité à l’intérieur du groupe).

    Une question:
    Vous pensez que la conception du sens de la vie (les croyances du groupe) ne peut pas ne pas se greffer/s’adosser à ces structures archi-originaires de la réciprocité? Que ces dernières les antécèdent (étant ethologico-biologiques, donc universelles), et donc sont présentent au coeur de chaque construction mytique? J’ai du mal à considérer le système de croyances comme marginal, en surplus (considérée comme des croyances ad hoc), alors qu’il surdétermine, au contraire, la structure de réciprociation du groupe.
    Peut etre introduire une distinction anlytique à la rawls (conceot de justice – conception de la justice) avec « concept de reciprocité/structure de réciprociation »?

  5. J’ajoute que le pb dedans-dehors est lié à celui du tiers.
    Je ne vois pas le lien précis rapport au tiers/ réciprocité.
    A vous lire j’ai l’impression, soit qu’il n’y a pas de tiers, soit qu’il vient après d’hypothétiques rapports je-tu (matrimonialité – alliance – fraternité).

    Il ne faut peut-être pas prendre l’exemple de l’amour (les japonais disent « il y a… de l’amour » et non « ils s’aiment »).
    L’amour est un sentiment non réciproque. Romeo peut aimer Juliette alors que Juliette… non.
    Au contraire de l’amitié qui est un sentiment que les 2 ne peuvent pas partager, et dont la philia est beaucoup plus proche (que Rawls appelle « liens de l’amitié civique »).
    Je comprend que vous l’ayez choisi pour le rapport à l’alliance, mais encore une fois, l’alliance, dans les systemes de parentés, est toujours entre groupes/lignages/clans et jamais de l’ordre de l’inter-individuel (l’appartenance au bon groupe dans les sociétés traditionnelle surdétermine le choix des partenaires dans 99% des cas). « L’amour » à la romeo et juliette n’entre pas en jeu.

    1. ping, tu confonds Amour et attirance, l’ Amour étant de l’ attirance soumise à une condition supplémentaire à celles qui produisent de l’ attirance, condition qui produit une réciprocité automatique. Il y a deux conditions produisant de l’ attirance, l’ une est réciproque, l’ autre ne l’ est pas, à moins de très rare hasard, d’ où que si Roméo est attiré par Juliette, Juliette ne l’ est pas forcément par Roméo. L’ amitié c’ est pareil, c’ est soit de l’ attirance, soit de l’ Amour. L’ amour filial, parental ou fraternel c’ est aussi de l’ attirance. L’ attirance est basée sur des point communs entre les deux personnes attirées, et donc réciproque, ou entre la personne qui n’ est pas attirée et une autre personne qu’ a aimé d’ Amour la personne attirée par la première, et dans ce cas, en effet ce n’ est pas réciproque. L’ histoire familiale compte dans les points communs conditionnels à l’ attirance, ce qui ne joue pas exclusivement entre les membres d’ une même famille. Il y a eu viol dans ma famille, je suis attiré au moins par les femmes pour qui c’ est aussi le cas.

      1. Il y a surtout l’amour et l’amour propre ( qui ne l’est pas tant que ça ) .

        Le spécialiste de la question est mon baron préféré .

  6. Dernière remarque pour lier les 2 commentaires.

    Ce qui compte cimme un jeu et comme un tu, ce qui fait l’alliance, la matrimonialité et la fraternité, c’est le système de parenté. Or, le systeme de parenté lui-même me semble toujours justifié non par des motifs naturels d’adaptation au milieu (sauf à la marge : on change de systeme familial ou on adapte le taux de fécondité, mais on ne revient pas sur le systeme de parenté !) mais en dernière alternative par tel ou tel set de croyances, par du symbolique, du « non naturel », donc.
    Du coup, même si je comprend l’intéret pour un programme d’anthropologie, j’ai du mal avec l’idée d’enraciner la réciprocité dans ces séries de relations je-tu indépendamment du rapport au tiers qui, lui, est au premier plan dans le système de croyance.

      1. C’est un gars qui fréquente les journalistes qui tournent autour du pot , mais je ne sais pas qui c’est non plus .

        Content que vous l’ayez bien pris .

    1. « vous ne définissez pas la réciprocité »
      Temple a par ailleurs beaucoup écrit sur la notion de réciprocité (voir ses livres, son site et des billets publiés sur ce blog https://www.pauljorion.com/blog/?s=r%C3%A9ciprocit%C3%A9 )
      En suivant ses travaux on peut comprendre que la notion de « tiers » n’apparaît pas ici car elle est encapsulée dans le concept de « réciprocité positive » à l’oeuvre dans ces trois billets. Temple s’est inspiré des travaux de Lupasco qui définissent le « tiers inclus » d’une relation logique. L’idée étant qu’aucune relation interpersonnelle ne se fait sans intériorisation d’un monde extérieur. Sur cette base, la référence explicite à un tiers est écartée.
      Malgré cela, j’aurais à formuler contre Temple une objection pas tellement éloignée de la vôtre :
      Il me semble qu’il y a un « saut » dans le raisonnement lors de l’hypothèse de généralisation des relations interpersonnelles aux structures économico-sociales. On ne lit pas dans ces billets de justification solide de l’invariance des concepts avec un tel changement d’échelle.
      Temple fait une hypothèse de continuité entre l’intime et le macro, allant même jusqu’à « l’universel », disons plutôt, le « mondial ». Or les grandes échelles posent des problèmes sans rapports avec la cellule de réciprocité initiale. On n’est pas dans le même contexte. Le « Zeitgeist » de papa Hegel est certes idéaliste mais il continue à faire sens je trouve, sauf qu’il faut bien se résoudre à ce qu’il n’y en ait pas un seul mais plusieurs… et pan! dans l’universel.

      1. Je vous rejoins . Pourrait on avancer que si les agrégats intimes obéissent aux mêmes lois universelles que le macro , chaque niveau d’agrégat manifeste des « propriétés émergentes « particulières , un peu comme , en physique , il y a des lois universelles pour aller du Quark à une IA ou plus simplement un cerveau , mais que chaque niveau à des propriétés et aptitudes différentes ?

      2. Ceci étant , si , à défaut d’être assurément exhaustif , on connait assez bien les quelques lois ( et les forces ) de la physique , il faudrait en faire autant pour les « lois » d’agrégation /répulsion humaines , à moins qu’on ait tout dit quand on a dit  » animal social » .

      3. J’ai vu qu’il avait beaucoup écrit sur le sujet.
        Je constate qu’il est obligé de chercher des solutions dans une logique du type de celle de Lupasco… (alternative à la dialectique hegelienne… c’est qu’il faut bien mettre du mouvement quelque part… un mouvement qui obéit à une logique… sans quoi il n’y a plus même de discours anthropologique possible).

  7. juanessy, nous ne sommes qu’ une entité pensante adjointe au cerveau de l’ humain que nous pensons être, pas de quoi susciter un quelconque amour propre chez nous. L’ amour propre n’ est qu’ un concept de plus, sans réalité, comme la plupart de ce qu’ on pense.

    1. J’ai beau le lire de gauche à droite ou de droite à gauche , je comprends rien . Je ne dois pas être une entité pensante potable .

  8. Il y a beaucoup d’entités sur ce blog depuis quelques temps, c’est certainement un complot encore…..mdrrr
    Enfin, tant que ce sont pas des entités émanant de pangolins et de chauve-souris….
    On ne va pas passer son temps en confinement, non mais !

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