Je ne suis pas d’accord avec vous (IV), par Dominique Temple

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Je ne suis pas d’accord avec vous (I) ; Je ne suis pas d’accord avec vous (II) ; Je ne suis pas d’accord avec vous (III)

Je ne suis pas d’accord avec vous (IV)

La spéculation commerciale, la spéculation financière et la spéculation capitaliste

D’où vient qu’une part de l’économie politique soit devenue l’économie capitaliste, et pourquoi ?

Si l’on comprend cela, on comprendra aussi pourquoi toutes les tentatives d’économie empiriques en l’absence d’une théorie de l’économie politique sont condamnées à réanimer l’économie capitaliste dont elles espéraient (pour la plupart) s’affranchir.  

Dès l’antiquité, le Philosophe a décrit comment se constitue l’accumulation capitaliste. Le Philosophe a pris acte de façon très empirique qu’entre les producteurs qui produisaient les uns pour les autres (l’un le blé et le pain, l’autre le vin), des intermédiaires pouvaient être appelés moyennant une juste rétribution, pour faciliter les transactions sur le marché parce qu’il était difficile d’être à la fois dans les champs et sur la place en ville. Le marché aujourd’hui fonctionne toujours ainsi, du moins les marchés populaires, dits ouverts ou libres. On y trouve en effet des producteurs qui font eux-mêmes le travail de production et celui de la vente sur le marché, grâce à leurs enfants, leurs parents ou apparentés, mais aussi des commerçants rétribués par les producteurs. Ces derniers, que l’on dit parfois “revendeurs”, n’interviennent pas sur les prix déterminés d’un commun accord par les producteurs en fonction des aléas des récoltes, ces prix sont des équivalences de réciprocité. Or, lorsque ce commerce a lieu à de grandes distances, le commerçant peut prendre son autonomie parce qu’il préfère prélever directement son bénéfice de la différence de la valeur d’un produit d’un lieu à un autre : si le blé se vend très bon marché en Egypte et très cher en Grèce et si le vin se vend très bon marché en Grèce et cher en Egypte, le commerçant pourra vendre un sac de blé et acheter deux amphores de vin en Grèce, puis vendre chacune de ces deux amphores en Egypte et acheter deux sacs de blé. S’il existait un contrat de réciprocité entre la Grèce et l’Egypte, il devrait partager la différence de son bénéfice entre les deux producteurs et ne garder qu’un salaire juste. Mais s’il échappe aux obligations de réciprocité entre la Grèce et l’Egypte, il mettra toute la différence dans sa poche : c’est la spéculation commerciale. Cette spéculation à grande échelle a fondé la fortune des bourgeois à la Renaissance. À cette époque, les bourgeois ne rêvaient encore que d’acquérir des titres de noblesse ou religieux. Mais lorsqu’ils purent être autonomes (Amsterdam !) ils ont rêvé de conquérir le pouvoir politique sous leur propre nom. Leur pouvoir s’est construit sur la spéculation commerciale, la traite des esclaves africains, puis le produit du travail des esclaves.

Comment se justifie néanmoins l’abandon de la réciprocité par toute la société, pas seulement la naissance mais la généralisation d’un commerce indépendant de la cité et de ses lois, et l’érection de nouvelles normes économiques fondées sur l’échange et la propriété privée ? Il se justifie au moins parce que les gardiens de la cité ou du temple exigèrent la soumission des uns et des autres aux obligations de réciprocité dans leur imaginaire et selon des procédures de réciprocité inégale à l’avantage de leur prestige, le “don infâme”, et de leur pouvoir, le tribut ou le servage. Dès lors, ils excluaient beaucoup de monde, de plus en plus de monde, qui choisit de faire du commerce hors les murs, dans les bourgs et les faubourgs, et qui élabora une nouvelle économie sur la valeur d’échange et la raison utilitariste. L’économie de libre-échange suppose alors logiquement la privatisation de la propriété.

Pour revenir à l’origine de la spéculation qui fonde l’économie précapitaliste, Aristote observait une deuxième pratique, qui jouait non plus sur la distance spatiale entre systèmes de production différents mais à l’intérieur d’un même système de production, pour la dénoncer, le philosophe Thalès de Milet loua pendant l’été où ils étaient inactifs tous les moulins à l’huile de la région de Milet, et quand vint la saison de la cueillette, il demanda aux oléiculteurs qui voulaient faire presser leurs olives des prix exorbitants pour l’utilisation des moulins – et les oléiculteurs ne purent faire autrement que de s’incliner ou de renoncer à leur récolte. Thalès de Milet venait de mettre en évidence la spéculation, qui devait devenir plus tard la spéculation capitaliste sur la force de travail et le travail des hommes privés d’accès à leur outil ou moyen de production. Mais pour que cette opération sur le travail des hommes puisse se matérialiser, il a fallu attendre encore vingt siècles et le développement de l’industrie. Ce ne fut que lorsque les ressources naturelles, objet d’appropriation des hommes, furent confisquées par les plus forts, que les plus faibles se trouvèrent contraints de travailler sous la direction de ceux qui s’en étaient emparés. N’ayant plus les moyens de produire, ils ne purent survivre qu’au prix de l’aliénation de leur travail pour un salaire qui ne satisfaisait que la reproduction de leur force de travail (payée au plus bas prix évidemment par le propriétaire des moyens de production). La différence entre l’analyse d’Aristote et celle de Karl Marx est que la spéculation capitaliste porte sur la force de travail arbitrairement séparée de la valeur d’usage qu’elle créait dans le travail de l’artisan libre, et qui est désormais arbitrairement définie et confisquée par le propriétaire des moyens de production. La contradiction entre le loueur des moulins à huile de la région de Milet et les oléiculteurs est devenue la contradiction entre le propriétaire des moyens de production et les salariés, qui se mesure par le profit des uns et le salaire des autres. Cette distance artificielle a été créée de toute pièce par la privatisation de la propriété. Ici, j’entends la protestation générale : nous ne sommes plus au XIXe siècle. Cette analyse marxiste est périmée. Nous n’avons plus besoin de ce genre de théorie intellectuelle sujette de surcroît à polémique. C’est vrai : cette analyse, et surtout l’idée d’une lutte de classes des prolétaires qui veulent une plus juste rétribution de leur travail que celle qui leur est consentie par les propriétaires, ou qui veulent abolir la privatisation de la propriété (les uns donc socialistes et les autres marxistes) est complètement dépassée. Néanmoins, si l’on comprend la base du système capitaliste, on peut en comprendre son évolution, et pourquoi la lutte de classes est dépassée ! Donc, seulement pour mémoire, l’exploitation de l’homme par l’homme a meurtri pendant près d’un siècle la société sur toute la terre.

L’évolution de la confrontation entre prolétaires “privés” des moyens de production et propriétaires “privés” des moyens de production se présente aujourd’hui sous un tout autre jour. L’intégration du génie humain des salariés à la croissance du capital conduit à l’amélioration des conditions d’existence d’une majorité, ce pourquoi ces mêmes salariés choisissent de participer à la croissance de l’économie capitaliste depuis qu’elle promeut le pouvoir d’achat du prolétariat. La science accepte ce pari de la collaboration avec le capital car elle y trouve une rémunération suffisamment importante pour doper sa recherche et se projeter dans des objectifs novateurs. L’accumulation du capital est désormais illimitée parce que la force de travail de l’homme est multipliée par son énergie psychique et l’invention de conditions d’existence toujours nouvelles (l’électricité, la machine à vapeur, l’atome, le numérique…). Le prolétariat s’est transformé en techniciens qui contribuent au progrès économique en conscience dès lors qu’à l’intérieur de la production industrielle ses activités sont reconnues en fonction des capacités de chacun. Il est même conseillé de pratiquer la réciprocité pour se donner du cœur à l’ouvrage et forger son sentiment de responsabilité au service de l’entreprise. On crée des départements de psychologie, de thérapie du stress, d’accompagnement à l’épanouissement de la personnalité individuelle et collective, d’éveil critique et artistique, qui deviennent des multiplicateurs de la productivité de l’entreprise. Une question demeure : la finalité de l’entreprise. Elle n’est pas décidée par le développement harmonieux de la cité, elle est déterminée par l’accumulation du capital, non par l’économie politique mais par l’économie capitaliste. Dit de façon plus claire encore, l’économie capitaliste répond au verbe transitif (j’aime ma pomme). L’économie politique vise le bonheur des citoyens sous la tutelle de la réciprocité ; l’économie capitaliste, la croissance du capital sous la contrainte de l’égoïsme.

Marx (encore lui, désolé !) prévoyait néanmoins que cette force psychique du prolétariat scientifique s’émanciperait et finirait par poser la question du “pour quoi faire ?”, et il espérait qu’elle ferait naturellement sauter le verrou de l’idéologie (selon ses termes, les rapports de production). La soumission de la raison au capitalisme serait alors comprise de plus en plus comme ce que supposait déjà Hegel : une “ruse de la raison”. C’est au nom de cette ruse de la raison que le prolétariat accepte de collaborer avec le patronat aujourd’hui. En attendant l’évolution de cette économie capitaliste à visage humain et sa transformation en économie politique, qui reste problématique, le principe de réciprocité est mis de côté (pour un siècle, disait Keynes en 1930), ou plus précisément préservé dans l’économie domestique et non plus politique : nous retrouvons la famille (l’oikos sous le terme latin domus) et les associations de la société civile qui produisent les sentiments de base à partir desquels il sera toujours possible pour une nouvelle génération de tourner la page.

(à suivre…)

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19 réflexions sur « Je ne suis pas d’accord avec vous (IV), par Dominique Temple »

  1. Je ne suis pas d’accord avec vous. Très bien, parfait ! eh bien, moi non plus !

    Revendre plus cher qu’on n’a acheté, pourquoi dieu du ciel, appeler cela « spéculation » ? Quel rapport avec la spéculation ? C’est l’occupation du marchand : cela s’appelle « arbitrage », acheter quelque chose là où c’est bon marché, prendre sa besace et sa valise, et aller le revendre là où c’est cher, et empocher la différence pour sa peine. Ça s’appelle « profit » et pas « spéculation », que diable !

    Je ne dis pas que j’en aurais fait mon métier – et que je n’ai aucune critique à émettre à ce sujet – mais j’avais un arrière-grand-père qui en avait fait son métier et si à 19 ans j’ai pu acheter une 2CV qui m’a permis un jour d’emmener 4 copines et copains (oui, ils étaient serrés à l’arrière !) aller écouter Steppenwolf (« Born to Be Wild ») à Amsterdam, c’est grâce à lui ! (Merci ! Tout le monde était content !).

    Quant à l’histoire de Thalès de Millet, c’est de l’ « accaparement » : pas grand-chose à voir non plus avec la spéculation ! Relisez le discours de Robespierre sur les subsistances : confond-il « spéculation », « arbitrage » et « accaparement » ? Non, il distingue très précisément, en décembre 1792, trois manières de réaliser un profit, de statut éthique extrêmement différent. Alors pourquoi tout confondre en avril 2020 ?

    1. D’accord avec vous, sur ces points, c’est bien dommage! Par contre, je ne comprend pas pourquoi vous n’avez pas vous-même développé/inclu le concept de réciprocité et son articulation à la base de notre société dans votre livre « Comment sauver le genre humain ». Vous aviez pourtant fait un commentaire d’introduction élogieux à l’article :
      https://www.pauljorion.com/blog/2017/05/26/monnaie-de-renommee-et-monnaie-de-reciprocite-par-dominique-temple/
      et l’articulation entre réciprocité et éthique me semblait bien intéressant ici aussi :
      https://www.pauljorion.com/blog/2015/07/14/pourquoi-la-theorie-de-la-reciprocite-est-elle-ignoree-de-ceux-qui-se-referent-a-lethique-par-dominique-temple/

      Existe-t-il une explication rationnelle à cette absence ?
      (même pas en bibliographie, mais puisque ce n’est pas évoqué dans le livre, ça parait logique)

  2. On attend le chapitre V pour savoir si  » accaparement  » est mis out , et comment s’en sortent spéculation et arbitrage .

    Combat homérique entre Marx et Aristote , avec Robespierre qui compte les coups .

  3. Propriétaire de vigne que mon époux exploitait dans les Bordeaux jusqu’à sa retraite. Autour de Bordeaux il y a des crus bourgeois comme le Pomerol, le Médoc et le St Emilion et d’autres. Les Bordeaux se vendent moins chers que les crus bourgeois mais si les Bordeaux existent c’est bien parce qu’ils sont entouraient de crus bourgeois.
    Enfant je me souviens que ma famille faisait de la polyculture (blé, maïs, pommes de terre, courges, luzerne, près, bois de chauffage) qui étaient destinée à nourrir les animaux que nous mangions. Tout cela a disparu lorsque la mécanisation et les supermarchés sont arrivés.
    En 1970 ma famille vivait avec 6 ha de terre maintenant il en faut 10 fois plus.
    Vivre de la vigne dans les Bordeaux est difficile avec les aléas climatiques,
    les destructions par les maladies sur les vignes. Il faut traiter avec des insecticides régulièrement pour ne pas se laisser dépasser par le mildiou et autres…
    De plus les marchés commerciaux sont très difficiles à obtenir parce que la vigne est largement répandu dans le monde. Le commerce est l’axe majeur de la réussite.

      1. @juannessy,
        La réussite est de permettre de vendre le produit, c’est à dire le vin avec un état sanitaire satisfaisant pour un prix correct permettant de couvrir les dépenses liées à l’exploitation.

      2. @Bernadette :

        Il y a beaucoup de vignerons bordelais comme ça ?

        Et si plus personne ne boit de vin , que fait le vigneron ?

    1. Le propos de D. Temple consiste à dire, je crois, que tant qu’on vit dans une économie de marché (ce qui implique la concurrence),  » le commerce DEVIENT l’axe majeur de la réussite » (normalement ca devrait être : faire du bon vin…).

      En fait, tout est déjà foutu à ce niveau là.
      Je crois que ce qu’il veut dire, c’est que ce n’est même pas la peine de chercher à réformer/changer de système, si c’est pour garder une économie concurrentielle (non fondée sur la réciprocité, non politique, donc).

      Et si on pense que revenir sur une économie de marché, concurrentielle est impossible (ce qui semble etre le point de vue de P.J / Timiota – et en tout cas impossible sans être souverainiste/localiste/subsidiariste, le maximum devant être produit au niveau local), et s’il ne reste donc à explorer que la voie jorianesque d’une économie de marché non capitalistique (admettons que ce soit possible), on ira à la catastrophe.
      Je crois que ca vient de là, le cri du coeur/ de révolte (^^’) de D. Temple.

  4. Il y a aussi, de façon analogue à la « barrière géographique », qui permet au marchand de jouer sur la différence des prix entre deux lieux distincts en étant isolé dans son action (le système se stabilise , pour le recrutement d’autres candidats marchands, là où ce n’est plus une aubaine, mais juste un job), une autre barrière que je qualifierais de « cognitive », même si elle est bien engrainée dans le capitalisme tel qu’il va schumpeterant comme une 2CV sans pot d’échappement.:

    C’est la multiplication des objets, qui fait qu’on ne peut se faire une idée « raisonnable », « stable » du prix d’un objet. Et que son acquisition est lié au désir d’imiter les Dupont ou les Jones plus qu’au « besoin » ou à « l’utilité » avant que les économistes n’en vinssent à redéfinir cette chose là, l’associant à tout affect humain, puis à toute pulsion humaine.
    Ainsi, une maison, c’est 4 murs et un toit…. plus, par ordre d’apparition de bas en haut :
    – un puisard sous les fondations et son éventuelle pompe de relevage
    – des tuyaux de PVC et cuivre (arrivée et départ d’eau)
    – idem cuivre (fil)/élec, prises, plinthes, tableau élec
    – des tuyaux de clim (cas des lieux de travail)
    – des cheminées/aérations
    Bon, j’arrête la liste avant de sombrer dans les gadgets domotiques (volets qui applaudissent automatiquement à 20h) , mais on ne peut stabiliser grand chose là-dedans en terme de « réciprocité », si on n’a pas une idée des savoirs derrières les objets et les circuits qu’il représentent.
    Or cela s’est perdu.
    Quel chamane moderne pourra faire que j’intègre le coût environnemental d’une cuisinière à induction (7-8kW au bas mot) dans ma pensée ?
    Les « doctrines » ou théories autour de la réciprocité sont belles et bonnes et matières à de riches débats et spéculations (:;). Mais la pente savonneuse de celui qui veut « vivre en réciprocité » (ayant lu ce qu’il faut d’anthropologie, de blog de PJ, de D. Temple) est dans les objets autour de lui, sauf à vivre en ermite.

    Quelle réciprocité dans le « siècle foisonnant » ? (« siècle » par opposition au monde des ermites et des reclus, ici).

    1. « Objets inanimés , avez vous donc une âme
      qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »

      On avait déjà pas mal de monde sur le tapis , alors si on rajoute encore Lamartine ….

      Ce chapitre quatre ne suscite pas encore une vague de commentaires .

      1. Lamartine, dont le « moment 1848 » est bien mis en exergue par Richard Sennett,
        sacralisation nouvelle de l’artiste, propre à une évolution des urbains qui face au nouvel anonymat des villes
        (il apparait vers 1600-1700 quand l’exode rural devient une pression urbaine non négligeable, aux temps des manufactures non encore « carbonées »).
        La réaction fut une sorte de dichotomie :
        le bourgeois anonyme à sa table de café,
        la célébrité séparée sur son pinacle,
        etc.
        (jusqu’à la Vienne du temps de Freud où les questions d’identité et de modèle pour les femmes sont… névrosantes)

    2. Le concept du Bancor, il est pas bon alors ? Ça sera pas parfait à tout les niveaux, c’est sûr, mais ça peut aider pas mal quand même, comme un peu plus de gratuité sur les besoins essentiels et le renchérissement du mésusage et de l’incivilité (comme en temps de guerre). De l’éducation continue avec des séjours d’une semaine par an au goulag pour petits et grands pour parfaire la civilité, ça peut le faire ? Et puis, entre rien du tout, et le goulag, il y a de la marge…

    3. @ Timiota
      Vous êtes tout plein de surprises et vous évoluez très vite.
      Vers quoi?
      Le concret, évidemment.
      Encore un effort, – léger parce que logique- vous allez réclamer une ré-industrialisation en Europe ( sauf l’Allemagne et ses satellites) , en France particulièrement.
      Notez qu’en plus d’être souhaitable pour des tas de raison, cette ré-industrialisation est le plus court chemin vers la réciprocité. Pour le comprendre, suffit d’avoir été au chômage assez longtemps.
      Puissiez-vous faire des émules, mais ce sera rude.

      La plupart des pays sont maintenant autonomes technologiquement et industriellement. Ils peuvent se consacrer à leur marché intérieur. Et par conte-coup nous, aux nôtres. Malheureusement ce constat rassurant ne concerne guère l’Afrique subsaharienne. Nous avons encore de bonnes raisons de nous sacrifier.

  5. Il est évident que pour D. Temple, l’accaparement et la spéculation son anti-sociaux.
    Son propos est simplement de dire que l’idée même de profit, qui semble accompagner l’économie de marché comme son ombre, est également anti-sociale.
    La question n’est pas celle du statut éthique (on s’en fiche) de l’origine du profit. La question est de savoir si oui ou non du « commun », de la philia, passe dans ces échanges de marchands (ce qui n’est pas une question éthique mais politique). Pour D. Temple a réponse est non, et cela constitue donc déjà un problème.
    En celà, il est vrai, il est plus proche de Marx que de Aristote/Henaff.
    Mais du coup, ces distinctions font complètement passer à côté de son propos.

    Le marchand, pour Aristote, n’est pas un membre de la Cité.
    Et si, à la fin de la journée, « tout le monde est content », l’activité ne relève pour autant aucunement de la réciprocité, car le fait que « tout le monde soit content » (ce qui s’inscrit dans le cadre des théories de la justice comme « avantage mutuel ») n’entretient aucun rapport nécessaire avec l’idée de réciprocité. Tout le monde (chacun) peut consentir à exploiter mutuellement son prochain, et être en même temps très content du résultat.

    Pour autant, la position de D. Temple est quand même extrême.
    Et, si j’interprete correctement le point de vue de P. Jorion, il n’a peut etre pas tort de penser que, « même si l’activité marchande n’implique pas la réciprocité (ou s’en passe tres bien), ce critère de réciprocité lui-même n’est pas pour autant l’alpha et l’omega de la justice politique, de sorte que… bon… ce n’est pas parce qu’un type d’échange ne s’inscrit pas dans cette logique qu’il est pour autant injuste ou politiquement indésirable. En gros, il fat regarder dans le détail, pour chaque type d’échange non fondé sur de la réciprocité, s’il est acceptable ou non (accaparement non, speculation non, arbitrage sous certaines conditions… oui).
    Bon je suis peut etre passé completement à côté du sens de la remarque sybilline de P.J. ^^’

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