Archives par mot-clé : Alexandre Kojève

LE TEMPS QU’IL FAIT LE 2 FÉVRIER 2018 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 2 février 2018. Merci à Marianne Oppitz et Catherine Cappuyns.

Bonjour, nous sommes le vendredi 2 février 2018 et je ne sais pas si c’est la même chose chez vous, mais ici en Bretagne, à Vannes, eh bien, il a gelé cette nuit. Alors, un beau démenti à la face des gens qui vous parlent de réchauffement climatique puisqu’il a gelé dans la région du Morbihan cette nuit.

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Pourquoi j’écris Qui étions-nous ? Défense et illustration du genre humain

Ouvert aux commentaires.

Et dans cette immensité, figurez-vous ce réseau : des orbites de soleils reliées par des ellipses de comètes ; les comètes jetées comme des amarres d’une nébuleuse à l’autre. Ajoutez les vitesses et les flamboiements, des astres faisant des courses de tonnerres. Abîmes, abîmes, abîmes. C’est là le monde.

Victor Hugo, Voyage de 1843

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À partir d’une conférence de Kojève, par Nikademus

Billet invité.

Une conférence de Kojève en janvier 1957, publiée en 2 fois dans Commentaire, la première partie en 1980, la seconde – ils ont pris leur temps -, en 1999.

A lire attentivement pour la hauteur de point de vue et parce qu’il y rappelle entre autres qu’« il est avantageux, non seulement du point de vue politique, mais encore de celui de l’économie elle-même, de payer pour le travail non pas le minimum, mais le maximum possible » et que c’est cela et rien d’autre qui a sauvé le capitalisme première manière (Ford).

On sait que les ministres du premier cercle du pouvoir ont choisi une voie contraire puisqu’ils proclament ces jours-ci que l’antithèse exacte de cette proposition les mène certes au suicide politique mais n’en est pas moins la seule envisageable, avec un fatalisme que l’on jugerait digne de l’antique s’il ne rappelait pas plutôt ces idéologues soviétiques qui trouvaient très en-dessous d’eux d’accepter une quelconque validation par la réalité ou l’expérience quand seule une sanctification finale par l’Histoire était à leur mesure. Mais pour ces derniers celle-ci n’est jamais venue, comme on sait ; et pour leurs pâles imitateurs, elle ne viendra pas.

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AU SOLEIL D’AUSTERLITZ. Une conversation entre Bernard Stiegler et Paul Jorion, le 14 mars 2011

La transcription de cette conversation, le 14 mars, a un peu tardé. La voici enfin.

Paul Jorion : Pour moi, le motif de notre rencontre tient essentiellement à un intérêt ancien pour vos idées dont je sens qu’elles sont proches des miennes. Nous nous sommes rencontrés il y a pas mal de temps, je crois qu’il est important maintenant, dans cette période, pour tout le monde, de totale hésitation, que les gens qui ont des idées, et des idées qui sont conciliables entre elles, qui permettent de faire quelque chose où le tout est plus grand que l’ensemble des parties, se rencontrent. J’ai rencontré cette semaine et dans ce type de perspective, Susan George, et nous avons décidé de nous revoir immédiatement, pour continuer à réfléchir sur ce genre de choses.

Bernard Stiegler : Je me réjouis beaucoup moi aussi à l’idée de travailler ensemble dans un moment où l’opinion publique est tellement en attente de nouvelles perspectives : lorsque nous parlons, dans l’équipe qui anime Ars Industrialis, des quelques économistes (ou des universitaires qui parlent d’économie) qui travaillent sur les questions qui nous intéressent – et qui, pour le dire très sommairement, concernent la possibilité de changer de modèle industriel – , nous nous référons régulièrement à vous et à vos analyses.

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FRANCE CULTURE, « La Nuit rêvée de… Paul Jorion », dimanche 6 novembre de 1h00 à 6h15

Pour les couche très tard ou les lève très très tôt. Je vous rassure, ce n’est pas du direct !

Ressusciter par la voie des ondes, la voix de quelques-uns de mes penseurs favoris.

01:00 « La Nuit rêvée de… Paul Jorion » : Entretien avec Paul Jorion – 1ère partie
par Marc Floriot

01:14 « Rencontre avec Fernand Braudel » – 1ère diffusion : 30/3/80
par Patrice Galbeau
Avec Fernand Braudel, Collège de France ; Étienne François, Université de Göttingen ; Georges Vallet, École Française de Rome ; Maurice Aymard, EHESS ; Jacques Thuillier, Collège de France ; Karl Ferdinand Werner,
Institut historique allemand ; Pierre Toubert, Sorbonne

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 21 JANVIER 2011

Les suicidés

Stéphane Hessel et Edgar Morin

Alexandre Kojève

Quand je parle d’un entretien que Kojève a accordé juste après sa mort, c’est une erreur, j’aurais dû dire : « juste avant » 😉 Ce n’est pas Caillé non plus qui fut un élève de Kojève, c’est Lacan !

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La transition (IV) – Le citoyen et le bourgeois chez Hegel

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ce matin, dans La transition (III) – La propriété inanalysable, j’ai évoqué trop brièvement : « … l’idée hégélienne d’une origine distincte entre les deux fonctions de citoyen et de bourgeois, la première, fondée sur la logique aristocratique de la lutte à mort, la seconde sur l’éthique du travail née parmi les descendants d’esclaves ». Avant de poursuivre ma réflexion sur la propriété, j’explicite cette idée à partir des commentaires d’Alexandre Kojève, lecteur de Hegel.

Dans son Esquisse d’une phénoménologie du droit, Kojève analyse la logique historique qui préside au conflit entre citoyen et bourgeois : la propriété – comme John Locke l’avait déjà bien analysé au XVIIe siècle – dérive du droit du premier occupant et de la lutte que celui-ci est prêt à mener pour défendre sa possession. Kojève écrit : « L’ »occupant » – et en particulier le « premier occupant » – n’a un droit de propriété que dans la mesure où il est censé vouloir risquer sa vie en fonction de la chose qu’il « occupe », tandis que les autres sont censés refuser ce risque pour la chose « occupée ». […] Un voleur, brigand, etc., peut risquer sa vie en fait. Mais ce risque n’est pas son but. Et c’est pour la possession qu’il risque sa vie, non pour la propriété. Il risque donc sa vie en animal et c’est pourquoi ce risque ne crée aucun droit » (Kojève 1981 : 535).

Cette lutte du propriétaire premier occupant se calque sur le modèle de la « lutte à mort » qui fonde l’apparition d’un « ordre » de seigneurs guerriers : seuls sont dignes d’en faire partie ceux qui se sont montrés prêts à mettre leur vie en péril pour obtenir du vaincu la reconnaissance de leur supériorité, et la justification a posteriori de leur appartenance à cet ordre des vainqueurs. Le propriétaire, à un stade historique ultérieur, réclame une reconnaissance du même type, à la mesure – quantitative – du volume de ses possessions, bien que la lutte qu’il doive éventuellement mener pour les défendre n’a plus pour prix sa vie mais une simple somme d’argent et ne se déroule plus sur un champ de bataille ou sur le pré au petit matin mais dans les couloirs du tribunal où il brandit pour preuves ses contrats.

Le perdant dans la lutte à mort, le serf, est condamné au travail. « L’un, explique ailleurs Kojève, sans y être aucunement « prédestiné », doit avoir peur de l’autre, doit céder à l’autre, doit refuser le risque de sa vie en vue de la satisfaction de son désir de « reconnaissance ». Il doit abandonner son désir et satisfaire le désir de l’autre : il doit le reconnaître sans être « reconnu » par lui. Or, le « reconnaître » ainsi, c’est le « reconnaître » comme son Maître et se reconnaître et se faire reconnaître comme Esclave du Maître » (Kojève 1947 : 15).

Vient la société bourgeoise qui fait du serf un « homme libre ». Sa seule protection contre l’abus est d’invoquer l’égalité, mais une égalité au niveau des principes seulement : en tant uniquement que citoyen, puisqu’au niveau des possessions, en tant que bourgeois, elle n’existe pas, la garantie du droit de propriété – associée à l’héritage – empêchant qu’une véritable égalité économique puisse apparaître. La société civile de l’État bourgeois est schizophrène. Je cite toujours Kojève : « … si la socialisation de la Lutte engendre l’État, la socialisation du Travail engendre la Société économique […] Et puisque la Société économique, fondée sur le Travail diffère essentiellement de l’État (aristocratique) fondé sur la Lutte, cette Société aura tendance à affirmer son autonomie vis-à-vis de cet État, et l’État, s’il ne nie pas son existence, aura tendance à reconnaître son autonomie. […] Mais du moment que tout État a pour base aussi la Lutte, tandis que la Société économique est exclusivement fondée sur le Travail, l’État et cette Société ne coïncident jamais entièrement : le statut de citoyen et le statut de membre de la Société économique, ainsi que les fonctions des deux, ne se recouvrent pas complètement. C’est pourquoi il y a une certaine autonomie de la Société économique vis-à-vis de l’État » (Kojève 1981 : 520, 522, 523). Le citoyen et le bourgeois seraient donc nés à des endroits distincts et à des moments différents de l’histoire, le premier comme héritier du Maître, le vainqueur de la lutte à mort, prêt à mourir pour mériter la vie, le second, de l’Esclave, qui préféra la servitude à la perte éventuelle de la vie. Ce serait cet héritage qui expliquerait la contradiction toujours vivante entre eux et leurs exigences.

Entre Maîtres, l’égalité n’est pas un objectif, c’est un donné de fait : elle découle, par le truchement de la lutte à mort, de notre égalité à tous devant la Grande Faucheuse. La fortune est elle quantitative : le bourgeois est plus ou moins riche, dans le degré exact de ses propriétés. De Tocqueville l’avait déjà noté à propos de l’Amérique : n’ayant pas d’aristocratie pour opérer entre les hommes des distinctions, les Américains ont dû mettre l’accent sur les différences qu’établit la fortune.

(… à suivre)

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Kojève, Alexandre, Introduction à la lecture de Hegel, Paris : Gallimard, 1947

Kojève, Alexandre, Esquisse d’une phénoménologie du droit, Paris : Gallimard, 1981

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Deux approches conflictuelles pour la gravité

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La physique constitue aux yeux des membres de notre culture, un discours certain : la physique dit les choses comme elles sont. À ce titre elle s’assimile à ce que nous reconnaissons dans d’autres cultures comme « religion ». Différence notable cependant avec les religions monothéistes révélées : il est admis par tous que la physique est une construction humaine, son édification peut être constatée comme résultat de l’activité des hommes au fil de plusieurs siècles ; son processus est celui d’une découverte, non d’une révélation.

Autre différence avec les religions, l’efficacité empirique de la physique comme application d’un discours théorique peut être mise en évidence sans difficulté. Ainsi, dans le cas de la physique impliquée dans la construction de la bombe atomique : sa faisabilité fut acquise de manière déductive à partir d’une équation entre la masse d’un corps et son énergie, et la masse critique à mettre en présence (par rapprochement de deux demi-quantités) fut calculée avec une très grande précision à partir, une fois encore, de considérations théoriques, avant qu’ait lieu tout test pratique. Ou, dit autrement, le cas de la bombe atomique met en évidence de manière incontestable que sa mise au point ne résulte pas de manipulations empiriques fondées en réalité sur l’essai et l’erreur.

Cette efficacité réelle et indéniable n’exclut cependant pas la possibilité d’une « surdétermination », la possibilité que la physique moderne contemporaine n’ait produit que « l’un des discours théoriques possibles » sur la nature et sur le fonctionnement de l’univers qui nous entoure. Après tout, de nombreux discours « empiriques » ont eux aussi une efficacité réelle dans le monde sensible. Ce qu’ils ont découvert, c’est une manière d’appréhender les choses, qui débouche sur un efficace. Ainsi, la médecine yoruba, décrite par Buckley (1985), fondée sur une typologie des humeurs corporelles en fonction de leur couleur blanc, noir ou rouge, débouche elle aussi sur une efficacité réelle dans le monde sensible. Kojève, dans sa thèse refusée (par des savants classiques) sur la physique mettait en avant qu’un autre discours physique qui supposerait lui une causalité « approximative » où les causes ont « en général » les mêmes effets – soit une vision du monde extrêmement différente de celle qu’offre la physique contemporaine – produirait les mêmes résultats pratiques que celle-ci, et serait même irréfutable par elle (Kojève 1990).

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