La transition (IV) – Le citoyen et le bourgeois chez Hegel

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ce matin, dans La transition (III) – La propriété inanalysable, j’ai évoqué trop brièvement : « … l’idée hégélienne d’une origine distincte entre les deux fonctions de citoyen et de bourgeois, la première, fondée sur la logique aristocratique de la lutte à mort, la seconde sur l’éthique du travail née parmi les descendants d’esclaves ». Avant de poursuivre ma réflexion sur la propriété, j’explicite cette idée à partir des commentaires d’Alexandre Kojève, lecteur de Hegel.

Dans son Esquisse d’une phénoménologie du droit, Kojève analyse la logique historique qui préside au conflit entre citoyen et bourgeois : la propriété – comme John Locke l’avait déjà bien analysé au XVIIe siècle – dérive du droit du premier occupant et de la lutte que celui-ci est prêt à mener pour défendre sa possession. Kojève écrit : « L’ »occupant » – et en particulier le « premier occupant » – n’a un droit de propriété que dans la mesure où il est censé vouloir risquer sa vie en fonction de la chose qu’il « occupe », tandis que les autres sont censés refuser ce risque pour la chose « occupée ». […] Un voleur, brigand, etc., peut risquer sa vie en fait. Mais ce risque n’est pas son but. Et c’est pour la possession qu’il risque sa vie, non pour la propriété. Il risque donc sa vie en animal et c’est pourquoi ce risque ne crée aucun droit » (Kojève 1981 : 535).

Cette lutte du propriétaire premier occupant se calque sur le modèle de la « lutte à mort » qui fonde l’apparition d’un « ordre » de seigneurs guerriers : seuls sont dignes d’en faire partie ceux qui se sont montrés prêts à mettre leur vie en péril pour obtenir du vaincu la reconnaissance de leur supériorité, et la justification a posteriori de leur appartenance à cet ordre des vainqueurs. Le propriétaire, à un stade historique ultérieur, réclame une reconnaissance du même type, à la mesure – quantitative – du volume de ses possessions, bien que la lutte qu’il doive éventuellement mener pour les défendre n’a plus pour prix sa vie mais une simple somme d’argent et ne se déroule plus sur un champ de bataille ou sur le pré au petit matin mais dans les couloirs du tribunal où il brandit pour preuves ses contrats.

Le perdant dans la lutte à mort, le serf, est condamné au travail. « L’un, explique ailleurs Kojève, sans y être aucunement « prédestiné », doit avoir peur de l’autre, doit céder à l’autre, doit refuser le risque de sa vie en vue de la satisfaction de son désir de « reconnaissance ». Il doit abandonner son désir et satisfaire le désir de l’autre : il doit le reconnaître sans être « reconnu » par lui. Or, le « reconnaître » ainsi, c’est le « reconnaître » comme son Maître et se reconnaître et se faire reconnaître comme Esclave du Maître » (Kojève 1947 : 15).

Vient la société bourgeoise qui fait du serf un « homme libre ». Sa seule protection contre l’abus est d’invoquer l’égalité, mais une égalité au niveau des principes seulement : en tant uniquement que citoyen, puisqu’au niveau des possessions, en tant que bourgeois, elle n’existe pas, la garantie du droit de propriété – associée à l’héritage – empêchant qu’une véritable égalité économique puisse apparaître. La société civile de l’État bourgeois est schizophrène. Je cite toujours Kojève : « … si la socialisation de la Lutte engendre l’État, la socialisation du Travail engendre la Société économique […] Et puisque la Société économique, fondée sur le Travail diffère essentiellement de l’État (aristocratique) fondé sur la Lutte, cette Société aura tendance à affirmer son autonomie vis-à-vis de cet État, et l’État, s’il ne nie pas son existence, aura tendance à reconnaître son autonomie. […] Mais du moment que tout État a pour base aussi la Lutte, tandis que la Société économique est exclusivement fondée sur le Travail, l’État et cette Société ne coïncident jamais entièrement : le statut de citoyen et le statut de membre de la Société économique, ainsi que les fonctions des deux, ne se recouvrent pas complètement. C’est pourquoi il y a une certaine autonomie de la Société économique vis-à-vis de l’État » (Kojève 1981 : 520, 522, 523). Le citoyen et le bourgeois seraient donc nés à des endroits distincts et à des moments différents de l’histoire, le premier comme héritier du Maître, le vainqueur de la lutte à mort, prêt à mourir pour mériter la vie, le second, de l’Esclave, qui préféra la servitude à la perte éventuelle de la vie. Ce serait cet héritage qui expliquerait la contradiction toujours vivante entre eux et leurs exigences.

Entre Maîtres, l’égalité n’est pas un objectif, c’est un donné de fait : elle découle, par le truchement de la lutte à mort, de notre égalité à tous devant la Grande Faucheuse. La fortune est elle quantitative : le bourgeois est plus ou moins riche, dans le degré exact de ses propriétés. De Tocqueville l’avait déjà noté à propos de l’Amérique : n’ayant pas d’aristocratie pour opérer entre les hommes des distinctions, les Américains ont dû mettre l’accent sur les différences qu’établit la fortune.

(… à suivre)

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Kojève, Alexandre, Introduction à la lecture de Hegel, Paris : Gallimard, 1947

Kojève, Alexandre, Esquisse d’une phénoménologie du droit, Paris : Gallimard, 1981

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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77 réflexions sur « La transition (IV) – Le citoyen et le bourgeois chez Hegel »

  1. Ainsi donc, le citoyen serait le digne héritier de la noblesse, le bourgeois celui de l’esclave qui aurait gagné sa liberté.

    Autant il est vrai qu’on a plus de respect pour le citoyen, autant le bourgeois passe pour quelqu’un de suffisant, qui se vautre dans son confort.

    En ce cas, trouver dans les serfs une origine de la bourgeoisie paraît concordant, puisque l’esclave n’aspire qu’à une chose, vivre pour lui, et plus pour l’autre. Sa liberté gagnée, il semble logique que son petit cul soit son seul centre d’intérêt. Et il le cultive de père en fils.

    A la différence du citoyen, qui ne se soucie que de l’intérêt commun, car jamais n’a-t-il eu à se soucier de la contrainte d’un autre homme.

    Pourquoi certains ont été contraints, d’autres non? Pourquoi aujourd’hui des bourgeois, et des citoyens?
    Le déterminisme est selon moi la cause primordiale: les plus puissants par nature ont asservi et divisé le plus grand nombre, qui par des unions fragiles (une union suppose des compromis, des concessions etc) gagne petit à petit un confort de vie. Ainsi, la majorité d’entre nous n’est qu’un petit bourgeois en quête de plus de confort.
    Les plus puissants ont concédé de la liberté aux asservis, mais n’en ont pas moins conservé leurs pré-carrés, desquels les anciens esclaves définissent leur liberté. Ainsi les puissants gagnent-ils l’honneur de se vouer à l’intérêt général, puisque leur envergure est la mesure de toute position sociale.

    Et de manière cyclique, le puissant arrive à asservir le plus grand nombre, jusqu’à ce que l’union fasse de nouveau force.

    La seule atténuation de ce qui est finalement une autre expression de cette adage « L’homme est un loup pour l’homme », c’est, selon moi, reconnaître une richesse extrinsèque, sur laquelle l’homme n’a aucune emprise. La Religion.

  2. De la part d’une « bête de somme » !

    UN RACCOURCI. Sur terre, les individus d’une espèce donnée – les bactéries, les coucous, les loups, les hommes – luttent pour coloniser un espace afin d’en tirer subsistance . Cet espace acquis devient leur propriété ou celle de leur espèce fragmentée ou non en groupes d’organismes vivants. D’autres espèces, colonisatrices par nécessité – la survie exige la colonisation et la subsistance -, vont combattre les premiers occupants en vue de l’appropriation de leur espace.

    UNE THEORIE. Enfant, je désirais le jouet de mon camarade de jeu et je voulais me l’approprier, ce que la morale m’interdisait de faire – provisoirement. Il me semble que l’instinct d’appropriation relève de la nature, et sa répression de la culture à moins que l’on ne considère que la morale ne soit inscrite dans les gènes ou d’autres véhicules chez l’homme. C’est la culture qui a construit – et parfois détruit – les plus solides barrières contre l’abus de biens ou leur accumulation, même si, selon Darwin, un certain altruisme peut s’exercer au sein d’une même espèce animale. Certes, l’opposition rhétorique entre nature et culture cède du terrain à l’heure de la neurobiologie, de l’anthropologie actuelle et de l’éthologie, mais enfin elle a le mérite de schématiser les données du problème.

    UNE REFLEXION. Oui, la propriété crée le désordre, mais je vois mal comment prétendre en contourner le désir immodéré sinon par des lois qui, malheureusement perdent peu à peu de leur efficacité comme l’histoire l’a montré – irrespect des lois anti trusts, dérégulations diverses. Robespierre espérait maîtriser la cupidité, il a été emporté et Rousseau piétiné.
    On peut marcher dans la bonne direction – essayer de contenir la cupidité – mais pas atteindre le paradis. Les réels progrès sociaux, durables mais limités, m’apparaissent comme les résidus de combats meurtriers – 89, 48, 70,45, chez nous – ou la réussite de potentats aussi rares qu’inspirés !
    Alors ? Moins rêver. Ne pas fonder le progrès social sur des bouleversements mais sur de progressifs aménagements !

    1. Pour quelles raisons devrions-nous dissocier notre conscience et notre libre arbitre de notre « nature »? Si ce point de vue a pu nous servir à éclaircir certains aspects et construire des valeurs collectives, peut-être que leurs associations peut nous permettre d’envisager d’autres perspectives, que notre « nature » est aussi conditionné par ce dont nous nous rendons conscient par exemple. L’enfant n’est qu’un enfant, avec tout son narcissisme… La culture (concept plutôt large) suppose souvent ou peut-être toujours un langage. Mais « parler » implique que l’on suppose qu’il est possible d’être entendu et donc recquiert déjà un processus emphatique. La « nature » contiendrait alors les possibilités et les conditions de la « culture »?

    2. Une précision. J’avais bien remarqué que vous preniez cette aspect en considération mais que vous ne lui attribuiez pas d’efficacité (ni d’inefficacité d’ailleurs). Or, ce petit laïus, n’avait que pour object de remettre au coeur du problème la possible efficacité. D’ailleurs cette utilisation de l’interaction entre notre « nature » et le reste est une activité pratiquée à l’échelle industrielle actuellement. Pourquoi n’y émergerait-t-il pas un apport collectif ou une construction collective?

  3. Merci pour cette « transition » ; très intéressant.
    Comment pourrait finir le conflit de valeurs entre l’Etat et la société économique ? Il se peut que, dans les prochains temps, nous expérimentions cette « intellectualisation » (je reconnais que le mot est laid) de Kojève (comme quoi, tout vient à point pour qui sait attendre).

  4. Si l’origine de la propriété est le vol, glorifié par le droit, le chemin de la libération semble tracé.
    Il faut historiquement que la propriété soit sanctionnée par le droit pour que les propriétaires puissent récupérer la survaleur produite par le travail de ceux qui, en droit, ne sont plus des esclaves mais des salariés apparemment libres mais en réalité incapables de pouvoir disposer des fruits de leur travail.

  5. « seuls sont dignes d’en faire partie ceux qui se sont montrés prêts à mettre leur vie en péril pour obtenir du vaincu la reconnaissance de leur supériorité, et la justification a posteriori de leur appartenance à cet ordre des vainqueurs »

    J’ai toujours été gêné par cette explication hégélienne qui sent bon l’ordre prussien. Et je suis encore plus gêné de voir qu’on la répète encore de nos jours à l’envi sans un petit mot critique pour en montrer le caractère légendaire.

    Qu’en disent les livres d’histoire? Est-ce cette capacité à mettre sa vie en péril qui a fait la supériorité de certains et rendus les autres esclaves? Spartacus par exemple était-il un lâche? Et le peuple thrace dont il est issu étaient-ils des lâches alors même que les anciens s’accordent à dire qu’ils étaient fort belliqueux? Ne parlons pas des gaulois, etc, tous peuples asservis par Rome. Et à l’intérieur même des peuples, ne voyons-nous pas souvent des révoltes d’opprimés finir en bains de sang? Bizarre pour des lâches.

    Bon, je résume: Hegel est un fayot, la supériorité des maîtres n’a rien à voir avec le courage ou la prise de risque, c’est le plus souvent affaire de supériorité technologique dans l’armement, d’économie et d’organisation de la société. Bien souvent les maîtres prenaient même beaucoup moins de risques que leurs valets de toute sorte.

    1. « Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force. »

      Blaise Pascal

      Et on a mis en avant la supposée « Noblesse » du fort pour légitimer l’accession violente, forcément violente, et illégitime au pouvoir.
      Noblesse qui ne pouvait être que celle du guerrier, du héros près à sacrifier sa vie contre son territoire, son fief, sa propriété, sa liberté. Le seigneur en défendant son fief, ses terres, sa propriété, défendait son honneur et sa légitimité avec les serfs qui faisaient partie intégrante de son identité, constituée de son corps, de son honneur, de ses biens et des esclaves qui le reconnaissaient comme tel en le servant corps et âme. Le patriotisme n’en est qu’une émanation citoyenne et républicaine, une réappropriation symbolique.

      De même que l’aristocratie a fini par ne plus du tout pouvoir faire preuve de sa noblesse (si elle l’a jamais pu..), de même la bourgeoisie ne peut plus faire preuve de sa noblesse aujourd’hui, ravalant chacun de ceux qui la compose à son rang politique et économique initial : esclave, plutôt que citoyen. Noblesse déchue…

  6. Bonsoir Paul

    Votre analyse qui ne prend en compte que le référentiel de la société moderne européenne est très intéressante et instructive. Cependant, lorsqu’on est confronté à une impasse de sens, il est bénéfique de retourner interroger les classiques, les plus anciens. Vous savez que la notion de propriété prend une tournure différente au néolithique lors de l’apparition de l’agriculture et des peuplades sédentaires, que la culture du blé engendre d’autres rapports sociaux que la culture du riz… Pourquoi ne pas retourner un peu « là bas » pour voir?
    L’économie devient « nomade » et première force: il y a donc conflit d’intérêts avec les « sédentaires »
    On retrouve la divergence du néolithique!
    Par ailleurs la notion de « premier occupant  » telle que vous la rapportez , mériterait peut être d’être interrogée à la réalité de ce qui s’est passé lors de l’expansion des européens: il y a eu des prises de possession de terres au nom de tel ou tel roi comme « premier occupant » alors que ces terres étaient peuplées, que ce soit en afrique , en amérique ou ailleurs.
    On pourrait en tirer la question de « qui est humain » comme base des droits à faire ceci ou celà…
    Certains seraient donc plus humains que les autres? et c’est ce qui conditionnerait leur accession à certains droits?
    Le pur rapport de force comme constituant des rapports sociaux est une « donnée » culturelle naissant des mythes fondateurs des groupes humains, en interne et à l’externe. les éthologues modernes voient depuis peu la « collaboration » générale entre membres d’un biotope ….

    Si Michel Serres à raison en ce qu’il voit la fin du modèle mis en place en europe lors du néolithique, alors ce serait peut être à partir de « là »qu’il faudrait tenter de repenser un autre possible.

    Mais vous avez sans doute raison, pratiquement, de prendre le problème tel qu’en ses bases perçues afin de penser le probable possible: un voyage de dix mille lieues commence ici avec le premier pas que l’on sait faire…

    Cordialement.

    1. Merci d’inviter à sortir de modèles datés, dont je ne suis pas sûre qu’ils aient jamais eu la moindre validité et qui m’apparaissent plutôt comme le pendant en ces siècles passés de ces « modélisations » mathématiques que l’on veut nous présenter actuellement comme moyens de penser « hors sol » nombre de phénomènes que nous sommes bien loin de connaître autant que nous nous en flattons. On a vu les dégâts dans la finance, mais on est loin de mesurer ceux que cela peut générer dans d’autres domaines (environnementaux par exemple).

      Le texte de Kojève m’a particulièrement fait bondir.
      Lisons plutôt ce que nous apportent des anthropologues à partir de ce qu’on peut connaître d’autres sociétés, actuelles et passées, mais aussi des progrès dans l’observation et la compréhension de faits jusqu’ici ignorés ou niés. Spécialement ceux du registre que cite Steve sur la collaboration, l’entraide, le partage.
      Une remarque : il faut aussi se dégager de schémas tels que la mise en opposition chasseurs-cueilleurs/agriculteurs (voir par exemple « Les chasseurs-cueilleurs ou l’origine des inégalités » d’Alain Testart).

    2. C’est l’une des illusions contre lesquelles Lévi-Strauss nous a prévenus : l’anthropologie ne peut rien nous apprendre sur les sociétés passées, les anthropologues n’étudient que des sociétés contemporaines.

    3. Qu’ils utilisent, pour tenter d’analyser ces sociétés, les outils, matériels et mentaux, de leur temps : certes.
      Mais faut-il récuser des apports tels que ceux des éthologues, ou ceux d’archéologues mettant à jour des preuves de stratification sociale dans des sociétés du paléolithique ?
      Il est vrai que mes connaissances dans ce domaine sont très lacunaires, mais il m’a été donné à diverses reprises depuis mon enfance de m’insurger contre des discours savants sur des phénomènes (ayant trait par exemple au langage, aux apprentissages…) qui allaient à l’encontre de ce que j’observais et de voir mes observations et réflexion confortées longtemps après, quand les pontes qui dominaient leur discipline n’étaient plus là pour faire obstacle à un réexamen des faits.
      Je suis encline à penser que le grand Lévi-Strauss lui-même s’est laissé entraîner à l’ivresse de la construction intellectuelle en ne se préoccupant plus vraiment de vérification lorsque je lis certains de ses textes.

    4. À Steve et sylba,

      Je ne peux qu’approuver vos propos, car ils vont, tout à fait, dans le sens de ce que j’avais proposé dans le billet précédent « La transition (III) – La propriété inanalysée » à savoir qu’il me paraît nécessaire, avant de proposer les bases d’un nouveau modèle, de le réfléchir en tenant compte des derniers travaux, notamment en anthropologie. Souvent, par çi par là, nous avons des références à Hobbes, Locke, Rousseau, Hegel, mais leurs idées, leurs conceptions du monde – aussi intellectuellement intéressantes qu’elles puissent être – sont tributaires d’une époque limitée par son cadre épistémologique, et nécessitent donc d’être reconsidérées à la lumière des connaissances acquises en sciences humaines. Non seulement l’anthropologie, mais aussi l’éthologie, la psychanalyse, la sociologie nous aident à repenser le monde sur des bases conceptuelles différentes de celles du 17ème, 18ème et 19ème siècles. Ce travail de « refondation d’un nouveau modèle » ne pourra s’inscrire, si nous le souhaitons viable, que dans un cadre multidisciplinaire faisant appel à l’anthropologie, la sociologie, la psychanalyse, l’éthologie, la philosophie, l’économie, la politique, etc… Certainement difficile à réaliser… peut-être utopique… mais je ne vois pas d’autre solution pour sortir aujourd’hui de l’impasse. Des intellectuels comme Edgar Morin, Michel Serres illustrent parfaitement cette démarche, et je suis assez surpris de les voir assez peu souvent cités.

      À l’appui de cette thèse, je cite aussi Jacques Généreux qui, dans son livre « la dissociété » insiste sur le fait que le socle idéologique du néo-libéralisme – comme le marxisme qui disposerait du même matériel génétique à 90% – repose sur des croyances fausses, tributaires de constructions intellectuelles assisses sur un savoir parcellaire et approximatif, croyances d’autant plus fausses qu’elles sont souvent démenties par les faits et ce qu’il nomme nos « aspirations ontogénétiques ».

      Évitons de repenser le monde sur des conceptions philosophiques qui hantent nos inconscients et dont il est indispensable que nous fassions le deuil.

    5. Peut-être que ces « anciennes » pensées, même si elles sont produites en des « temps plus obscurs » contiennent une généricité produite aussi par l’époque et l’enjeu que les acteurs lui associait. Peut-être que cette problématique ainsi construite, par sa possible caricature aujourd’hui, produit justement l’analyse de l’enjeu. C’est une question…

    6. Encore une précision… Je ne souhaitais pas opposer les démarches. Au contraire j’y voyais une grande compatibilité ou complémentarité. J’avoue. Edgar Morin et Michel Serres, c’est vraiment pas ma tasse de thé mais je serais très heureux d’y découvrir quelque chose grâce à vous.

    7. @Jean-Luc D

      Toujours est-il que l’on vit toujours sous le magistère des grands noms que vous citez, ou plus exactement de ceux qu’ils ont inspirés jusqu’à aujourd’hui. Qu’ils soient philosophes (plus beaucoup d’influence hélas), scientifiques, technocrates, politiques, juristes.
      Allez voir ce qu’en dit Léo Strauss, j’ai pas les outils ni le temps pour aller voir dans le détail de ses visions, mais malgré l’image de penseur réactionnaire qu’une certaine droite et une certaine gauche ont voulu lui donner, il me semble que sa critique du rationalisme, du cartésianisme, du relativisme, du mythe de la fin de l’histoire et des croyances et de la dérive de l’Esprit des lumières est assez décapante et fertile…

    8. à tata,

      J’avoue avoir été excessif en parlant de « faire le deuil ». Vous avez eu raison de rappeler la nécessité de la complémentarité des démarches.

      Je connais mieux la pensée d’Edgar Morin que celle de Michel Serres. Morin est un des grands théoriciens de la complexité, comme vous le savez certainement. L’un de ses concepts les plus intéressants, à mon avis, et qui occupe une place centrale dans sa réflexion, est celui de la dialogique : principe différent de la dialectique, et selon lequel chaque élément est toujours dans une triple relation avec les autres : complémentarité, antagonisme et concurrence, le tout aboutissant à l’unité complexe. Mais contrairement à la dialectique qui mène à une synthèse éliminant la contradiction, la pensée dialogique la maintient et oblige à la penser en permanence, ce qui sous-tend qu’aucune idée – si nous plaçons dans ce domaine (noosphère) – n’est jamais totalement irréductible à une autre et indépassable. Tout doit toujours être pensé avec son opposé ou sa contradiction.

      Le grand principe qui en découle est celui de l’équilibre entre tendances opposées. Le fonctionnement du corps humain nous offre à cet égard une analogie des plus intéressantes dans la mesure où le principe de vie repose quasi exclusivement sur celui de l’homéostasie constituée de phénomènes excitateurs, inhibiteurs et rétroactifs. Si l’un quelconque de ces phénomènes est altéré, toute la machine se grippe, et parfois, il suffit de peu de choses. Cette homéostasie interne dépend aussi de son environnement externe qui constitue le 2ème niveau de complexité. Tout cela conduit à la notion d’écosystème et à la nécessité de tout penser de façon écosystémique c’est-à-dire associé et non pas dissocié. La réflexion plurisdisciplinaire en est constitutive. Pas simple en effet… et éminemment complexe… mais je ne pense pas que nous puissions aujourd’hui en faire l’économie au risque de retomber dans les erreurs d’hier.

      Si l’on suit cette logique, nous devrions penser essentiellement en terme de dynamique d’équilibre. D’une certaine façon, c’est ce que fait Polanyi quand il propose, dans le cadre d’une politique à visée sociale, un équilibre entre intérêt collectif et intérêt privé par la préconisation de la coexistence du principe de redistribution assuré et garanti par l’Etat et celui du principe de liberté entrepreneuriale dont l’économie de marché serait le substrat. Les deux coexistent sans annihilation de l’un par l’autre. N’est-ce pas un des enjeux majeurs d’aujourd’hui?

      Amicalement.

    9. Merci Jean-luc D de choisir un langage simple pour décrire un bout de ces travaux. Merci aussi d’y inclure une tentative d’application car il faut un peu de courage pour se lancer, comme c’est un peu le cas dans ces billets, dans la confrontation avec une réalité sociale. Dans ce cas, il est souvent très facile d’oublier l’essentiel d’une démarche et de ne s’attacher qu’à ce qui ne la contient pas, ou alors de passer tout son temps à la circonscrire!

      Cette idée d’équilibre aboutissant parfois à ceux que certains appelleraient « demi-mesure » me fait penser à Aristide Briand qui a abouti ainsi, avec le temps, à déplacer l’enjeu politique. On pourrait aussi se demander si cette contradiction bourgeois/citoyen (ou celle de « collectif/privé »), même si elle n’est pas explicité, n’a pas déjà trouvé dans la population des représentations très concrètes quand celle-ci n’aspire, matériellement, qu’à appartenir à ce doux nom de « classe moyenne ».

      L’enjeu de construction d’un équilibre « état/entreprise » est un enjeu majeur mais il y en a un autre plus pressant peut-être. Le pouvoir des « très riches », leur influence majeure sur notre avenir actuellement, est un fait qui, bien qu’il pose problème à beaucoup d’entre nous, n’est pas identifié collectivement (à part sur certains blogs) comme une problématique première. On ne s’imagine pas à quel point les plus aisés ont une vision sociale souvent très déformé. Pourtant, il suffit d’aller dans les campings (pleins) l’hiver.

  7. Pour revenir à l’actualité, il faut noter les vives tensions entre la Chine et les Etats-unis, provoquées par des manoeuvres militaires US avec la Corée du Sud au large des cotes coréennes, le tout regroupant quelques 15 000 GI au sein d’une flotte marine impressionnante. La Chine n’a pas tardé à réagir en prétextant que cette zone relevait de son égémonie, et que ces manoeuvres US n’étai entaient qu’une provocation de plus. Pour ce fait, L’empire du milieu n’a pas tardé à son tour à envoyer une flotte pour gonfler ses muscles face à l’Oncle Sam.

    Les US souhaitent faire comprendre qu’ils n’étaient pas prêt à laisser à la Chine, la main mise sur l’Asie, et tout particulièrement sur les pays sattélites (Singapour, Viet-nam .. ).

    Cette étape peut prêter à terme à une escalade dangereuse et être interprétée sans ambiguité comme une étape de la grande crise. Les états-Unis souhaitant substituer son déclin économique par une force militaire encore prédominante sur le Globe, au travers d’un message tout particulièrement adressée à l’ennemi de demain, la Chine …

    Quand un géant est dos au mur, montrer sa force reste sa seule expression, quitte à s’en servir pour se sauver lui-même.

    Un scénario d’escalade de la Crise qui ne faudra pas ignorée dans les années à venir, pour une hypothétique et dramatique épilogue à la crise.

    1. Les rats commencent à regarder au delà du navire…
      Le vice-premier ministre britannique Nick Clegg,
      parlant au nom du premier ministre britannique devant le parlement,
      a déclaré la guerre en Irak, comme tout bonnement « illégale ».
      Les dirigeants « socialistes » recentrés, avec Bush et consorts,
      devront répondre un jour de leurs crimes de guerre.

  8. Donc les résistants communistes de la seconde guerre sont des bourgeois aspirant à devenir des nobles…. je suis pas sur qu’il l’aurait bien pris….

    1. Non des bourgeois au sens de Paul tentant de préserver leur citoyenneté et donc leur liberté en résistant au déshonneur et à l’asservissement. Que cela soit passé par un engagement communiste est secondaire. Ce qu’avait bien compris De Gaulle et la majorité des français avec, au delà de l’appréciation purement pragmatique évidente.

    1. Vous n’êtes pas sans savoir que le conjoint hérite aujourd’hui en France à un plus haut titre que les enfants !

    2. J’ajoute que le conjoint hérite aussi à vie, pour le cas où le défunt « appartenait » à la fonction publique, d’une pension de réversion. En d’autres termes, l’héritage ne concerne pas seulement un patrimoine économisé pendant une vie mais aussi, et parfois surtout, une « dette » que la collectivité aurait contracté vis à vis de son fonctionnaire défunt et qu’elle doive payer à son conjoint (quelque soit son âge), non à ses enfants notez bien.

    3. @ tous,

      Petit cas pratique à l’attention de tous concernant la nouvelle loi sur les successions qui s’applique en France (votée en juin 2006 et applicable au 1er janvier 2007) :

      – le conjoint hérite, à son libre choix, d’1/4 de la succession en pleine propriété ou de la totalité en usufruit.
      – je précise qu’il s’agit, dans les cas soumis, de successions en France, sans application d’éventuelles évasions fiscales (ce qui est un tout autre problème).

      1) hypothèse 1 : la succession ne contient aucun bien immobilier, seulement des comptes bancaires (pas nécessairement pour les montants colossaux auxquels certains lecteurs peuvent penser, tout le monde ne s’appelle pas Bettencourt) ET le conjoint (qui est de moins en moins souvent le parents des enfants appelés à éventuellement succéder) choisi la totalité des biens en usufruit => dans ce cas, les enfants sont légalement et concreto déshérités car leur éventuel héritage est renvoyé au jour du décès du conjoint (dont l’âge n’est pas forcément avancé au moment de la succession en cause) et surtout aux bons soins des propres exécuteurs testamentaires de ce dernier qui devront effectuer, s’ils en sont au courant, des recherches fastidieuses pour retrouver les enfants de la première succession. En effet, hériter d’une somme d’argent en usufruit revient, concrètement, à en hériter tout court.

      2) hypothèse 2 : la succession du défunt comprend des biens immobiliers et le conjoint (qui n’est toujours pas parents des enfants appelés à la succession : ce qui devient le cas le plus courant) choisi là encore d’hériter de la totalité des biens en usufruit. Il en résulte que les enfants du de cujus se voient enjoints d’assurer la nue propriété (c’est-à-dire payer les impôts locaux du bien immobilier en question) pour leur « beau parent » qui peut avoir le même âge qu’eux d’ailleurs et qui n’est pas nécessairement dans le besoin ; les enfants en question, qui peuvent eux-même avoir déjà à charge leurs propres enfants, se voient donc obligés d’entretenir financièrement le conjoint de leur parent défunt (avec qui ils peuvent ne pas entretenir par ailleurs les meilleures relations : ça arrive dans les familles recomposées).

      Voilà deux petits exemples qu’il convient de garder à l’esprit lorsque l’on parle de succession ; grosso modo, l’héritage aujourd’hui est de moins en moins celui des enfants dans les familles modestes.

      Cordialement,

  9. Paul a terminé en citant Tocqueville.
    Il annonçait déjà que la démocratie impliquerait de décider du droit des propriétaires.

    « Bientôt, ce sera entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas que s’établira la lutte politique; le grand champ de bataille sera la propriété et les principales questions politiques rouleront sur les modifications plus ou moins profondes à apporter au droit des propriétaires. »
    Tocqueville, Souvenirs, 1978, Paris, Folio Gallimard, p. 48

    1. Tocqueville anticipait les mouvements communistes et socialistes utopiques. Et avait sur la propriété ou l’égalité des idées beaucoup moins arrêtées que ses dévots de la droite américaine ou française, ceux là derrière Aron, veulent bien le croire et le faire croire :

      …à mesure que j’étudie davantage l’état ancien du monde, et que je vois plus en détail le monde même de nos jours; quand je considère la diversité prodigieuse, qui s’y rencontre, non seulement parmi les lois, mais parmi les principes des lois, et les différentes formes qu’a prises et que retient, même aujourd’hui, quoi qu’on en dise, le droit de propriété sur la terre, je suis tenté de croire que ce qu’on appelle les institutions nécessaires ne sont souvent que les institutions auxquelles on est accoutumé, et qu’en matière de constitution sociale, le champ du possible est bien plus vaste que les hommes qui vivent dans chaque société ne se l’imaginent.

      Souvenirs, Alexis de Tocqueville.

      .. les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les conditions ne soient pas égales ; mais il dépend d’elles que l’égalité les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la barbarie, à la prospérité ou aux misères.

      De la démocratie en Amérique.

      Pour Tocqueville, l’aboutissement du changement social est forcément l’égalité des conditions.

      Et sur la citoyenneté, en plein dans le sujet de Paul :

      L’individualisme est un sentiment réfléchi qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables de telle sorte que, après s’être créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même.

      De la démocratie en Amérique.

      Pour lui, clairement l’individu renonce à sa citoyenneté en se repliant sur sa « petite société » , son espace privé et civil, son réseau personnel, ses petits privilèges insignifiants et improbables, sa pente bourgeoise.

    1. Excellent temoignage d’un economiste agent de l’empire US
      – coup contre Mossadegh en Iran en 1953, puis
      – coup contre Arbenz au Guatemala en 1954 (le Che en tira les conclusions adéquates sur les illusions électorales)
      – Roldos (Equateur), qu’il a tenté de corrompre en vain, assassiné en 1981 par la CIA
      – Torrijos qu’il a tenté de corrompre, en vain, encoré en 1981, assassiné comme le précédent dans un “accident” d’avion.
      – Chavez, la fin des présidents Gauleiters des pétroliers : coup de 2002, sur le modèle de l’Iran, échoue face au soulèvement de la population.
      – Dans le cas de l’Irak, ni la pression economique, ni les tentatives d’assassinat n’ont fonctionné, d’où invasion.
      (un précédent, la Rép. Dominicaine, coup en 62, puis écrasement de la révolution populaire en 1965)

      Sa conclusion : c’est un Empire. Mais cet empire est sans empereur. Il est dirigé par la « corporatocracy », autrement dit le Capital.

    2. Pourquoi pensez-vous que cela disparaitra? Il a déjà écrit un best-seller.
      Ce que dit cet homme n’est pas un secret. Cela se sait depuis longtemps. On pourrait citer bien d’autres noms de dirigeants du tiers-monde qui ont été écartés parce que gênants pour la chambre du commerce US (le dernier en date est je pense l’ex-président du Honduras).
      Le problème est que les gens s’en foutent, les citoyens américains en premier. On les comprend, ils en ont profité. En fait, ils ne s’en foutent plus tant que ça. Les choses ont changé depuis que les citoyens US n’en profitent plus et qu’ils font partie de la liste des victimes de l’endettement, de la privatisation des ressources communes et de la mondialisation. D’où ce soudain réveil douloureux. Ils sont en train de se dire « merde, on nous a traité comme des bougnoules du tiers-monde! Nos riches ont pactisé avec les riches chinois pour traiter tous les ploucs à égalité. ». Ils vont alors se jeter dans les bras de celui qui leur promettra: « plus jamais on ne vous traitera comme les bougnoules. L’exploitation ok, mais en votre faveur. ». Et tout reviendra dans l’ordre (ou pas), les citoyens US recommenceront à en profiter et les bougnoules à trimer pour eux tous, pas seulement pour les riches. On appellera ça les nouvelles 30 glorieuses.

  10. consubstantiel à la notion de propriété, l’espace disponible. la promiscuité fait que le ‘premier occupant’ doit défendre toujours plus fréquemment sa place. dans certaines parties du monde il faut remonter loin pour trouver de vrais ‘colons’ d’une terre vierge. l’espace physique joue un rôle déterminant sur les types et la viabilité des systèmes envisageables dans un lieu donné.

  11. Bonjour
    …. Les rapports nomades – sédentaires , avec leurs corrélats sur la propriété collective ou privée , peuvent s’étudier aujourd’hui chez nous : roms, tziganes /nous en europe, touaregs en afrique du nord, aborigènes en australie etc…. Comment sortir de l’affrontement est toute la question

    Je vois ici souvent avancer des propositions de mesures qui, appliquées, seraient censées régler les problèmes. La plupart de ces propositions sont d’ordre technique et nécessiteraient un pouvoir arbitraire pour être mises en oeuvre, indépendemment de leur supposée efficacité. Et non seulement arbitraire mais coercitif à l’extrême!
    Nous en revenons alors à la question de la violence des maîtres ….et du droit à la révolte des esclaves: combien de tours de roue dans sa cage faut il à un cobaye pour se rendre compte qu’il est prisonnier de son conditionnement?

    Comme le rappelait…zut son nom m’échappe à l’instant! : « C’est quand on a les idées bien arrêtées qu’on a cessé de réfléchir! »

    Comme quoi ce n’est pas facile de penser un tournant de l’histoire! La DS avait des phares qui tournaient pour éclairer les virages mais je ne suis ni DS ni dieu alors je laisserai le tournant dans l’obscurité et me fierait au « métier  » en espérant ne pas tomber sur un tyrannosaurus rex !

    Pour pouvoir penser une autre société ne faut il pas se penser soi même autre d’abord?

    Il y a une grande tradition, commune à l’humanité, mais d’expression multiple, qui permet d’essayer de se libérer du connu mais c’est un long et difficile travail personnel bien qu’à la portée d’un enfant!

    Cordialement.

    1. « C’est quand on a les idées bien arrêtées qu’on a cessé de réfléchir! »

      ….Bouvard ?…. Pécuchet ?…

    2. combien de tours de roue dans sa cage faut il à un cobaye pour se rendre compte qu’il est prisonnier de son conditionnement?

      Quand la roue veut plus tourner évidemment! Ou quant on lui réduit sa ration journalière à cause de sa surcharge pondérale consécutive à son peu d’entrain à faire tourner la roue…

  12. iGor, la photo est magnifique ! Je me reconnais bien en tant qu’âne bâté de bagages rustiques marchant dans un rude paysage ! D’ailleurs, j’ai tant marché au propre et au figuré (pardon de cette confidence) !

  13. Paul,

    Vous écrivez : « Vient la société bourgeoise qui fait du serf un « homme libre ». Sa seule protection contre l’abus est d’invoquer l’égalité, mais une égalité au niveau des principes seulement : en tant uniquement que citoyen, puisqu’au niveau des possessions, en tant que bourgeois, elle n’existe pas, la garantie du droit de propriété – associée à l’héritage – empêchant qu’une véritable égalité économique puisse apparaître.  »

    Ce n’est pas clair pour moi. Si l’égalité n’existe évidemment pas dans la « société civile » (où nous apparaissons tous comme « bourgeois ») , elle n’existe pas plus dans la « société polique » (où nous apparaissons tous comme « citoyens »). Le bulletin de vote que Monsieur Dassault (ou tout autre oligarche) dépose dans l’urne, pèse 500 K, tandis que le mien ne pèse que 1 K.

    1. oui, mais en terme de suffrage, c’est le même poids : un homme, une voix !
      c’est différent lors d’une assemblée générale d’actionnaires…

    2. @Karluss

      Vous dites : « en terme de suffrage, c’est le même poids : un homme, une voix ». Allez raconter cela à Buffet et Cie qui se sont très certainement réjouis de la récente décision de la Cour suprême levant toute restriction aux dons aux politiciens en campagne électorale.

    3. @André

      Karluss a raison, il ne tient qu’à l’électeur de voter en citoyen ou en bourgeois en de votant pour les amis de W. Buffet, de Bettencourt ou Bouygues, ou de…ben… Berlusconi.

    4. Il ne faut pas idéaliser l’électeur !
      Nous savons tous à quel point on peut acheter le choix de l’électeur par les promesses électorales.

      Et s’il faut, par après, tenir ses promesses, il suffit à l’homme politique élu de faire un trou dans la caisse commune.
      C’est ce qui a été fait pendant la période glorieuse des « droits acquis » ! Il faut, actuellement, rembourser les emprunts conclus pour payer ces droits acquis à crédit.
      Entretemps, ceux qui ont bénéficié du système sont déjà à la retraite. Ils n’en ont plus rien à cirer.
      Tous les électeurs ne lisent pas le blog de Paul Jorion !

  14. c’est intéressant mais un peu réducteur : le riche bourgeois serait un digne descendant du serf d’antan et le citoyen libre, au chômage, dans la poursuite de l’aristocratie… le monde marchand renverse les valeurs.

    1. Non, un « riche bourgeois peut penser et agir en citoyen, rarement et difficilement certes, et un « chômeur citoyen » peut parfaitement penser et agir en bourgeois, tout l’y encourage d’ailleurs.

  15. Pour ce que l’on peut en savoir jamais la noblesse ne s’est définit comme pouvoir ABSOLU sa spécialisation militaire reposait sur la DEFENSE d’un territoire ménacé par les invasions barbares.Les barbares eux mêmes souvent refluaient devant plus barbares qu’eux. Les germains par exemple venait du moyen orient chassés par des conquérants asiatiques. D’ailleurs les bourgeois salariés ont moultement prouvés qu’il n’y avait pas besoin d’être un maître ni d’ être contraint pour risquer sa vie. L’esclave n’a pas plus peur de la mort que son maître. Généralement l’esclave est un ancien maître comme le prouve les colonisations récentes ou l’on a pu voir l’orgueilleuse et combattante noire contrainte à aller travailler dans les champs de coton. La dialectique du maître et de l’esclave de Hegel mais plus encore semble-t-il les commentaires qu’elle a suscitée depuis deux siècle me semble ne tenir compte ni de l’Histoire ni de la réalité.

    1. Ce qui me semble, tout de même, important à souligner est que les rapports de subordination (pour prendre un terme juridique à la mode) entre le noble et le serf étaient bien définis !

      Ce qui, pour moi, est fondamentalement clair et net, alors que plus rien de tel ne fut le cas entre le bourgeois et l’ouvrier après la révolution.

      Il en fallut du temps pour que soit (re-)valorisé le statut équivoque de l’employé du bourgeois.
      On est encore à l’heure actuelle dans des rapports flous qui se renégocient sans cesse, au gré des rapports de force.

  16. Tout le monde aura compris que devant noire il fallait lire « société ».
    …..Pour continuer les études historiques ont montrées que jamais le Noble ne considérait le Serf comme sans droits et pour être plus complet la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel ne concerne en rien quelques seigneureries européenne que ce soit mais bien plutot l’esclavage volontaire tel qu’on peut l’observer dans nos sociétés.
    Hegel avait – comme a son habitude – bien anticipé les problèmes nouveaux de la société incivile bourgeoise et l’esclavage contemporain qui s’y manifestait. La dialectique du maitre et de l’esclave ne concernait pas les rapports des très chrétiens seigneurs et serfs mais bien plutôt celui du Bourgeois et du Salarié. Toute les études marxistes depuis cette époque n’y ont vu que du feu.

    1. « La dialectique du maitre et de l’esclave ne concernait pas les rapports des très chrétiens seigneurs et serfs mais bien plutôt celui du Bourgeois et du Salarié.  »

      Très intéressant, là ça semble coller. Ce qui est sûr c’est que cette histoire de peur de la mort comme justification de la noblesse d’antan est proprement absurde.

    2. Faut s’appeler Moi et Kabouli pour s’attaquer impunément au maître de la dialectique et à son concept du Maître et Esclave, qui servit de base tout bonnement au marxisme! Bon courage pour détricoter la Phénoménologie de l’Esprit (1346 pages dans la traduction de J P Labarrière en Folio)…

      Petit approche liminaire sur Wiki :

      En tant que désir, c’est-à-dire volonté de s’assimiler, de faire sien, donc de détruire ce qui s’oppose, la conscience de soi cherche la reconnaissance d’une autre conscience dans un combat à mort. La négativité de cette conscience implique donc :

      * la négation de sa nature animale, donc la possibilité de se nier, de vouloir sa propre mort ;
      * la reconnaissance de la liberté d’autrui que l’on cherche à s’assimiler.

      L’animal homme devient véritablement homme par son mépris de la mort. Mais, s’il cède à la peur de mourir, il devient une conscience esclave, non-reconnue, il reste dans un état animal, mais en travaillant pour un maître qu’il reconnaît comme son supérieur.

      Le maître est donc le vainqueur, il n’a pas besoin de reconnaître l’autre, mais pour être tel, il doit être reconnu par un homme qu’il juge son inférieur. L’homme-maître est en ce sens une impasse existentielle : il ne parvient pas à satisfaire son désir. L’esclave est quant à lui une conscience servile : il a préféré vivre, il dépend encore de sa vie animale, il n’est pas libre. Il travaille pour le maître, et, en travaillant, il transforme la nature, et c’est parce qu’il transforme qu’il sera le sujet véritable de l’histoire humaine. On voit ici que, pour Hegel, la nature est transformée en monde, en histoire, par le résultat d’une lutte : cette lutte aboutit au travail de l’esclave.

      Pour mémoire le projet européen est largement inspiré d’hégélianisme par les bons soins d’un certain Alexandre Kojeve, russe d’origine, stalinien assez revendiqué et inspirateur hégélien de la fine fleur de l’intelligiencia française, dont il fut le professeur à l’École pratique des hautes études. Dans sa seconde vie de diplomate et de conseiller du pouvoir après la guerre, il influença aussi les premières négociations du Gatt en temps que secrétaire de l’Organisation européenne de coopération économique à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement.
      C’est lui qui, plus de 20 ans avant Fukuyama, annonça la fin de l’histoire avec la disparition des classes aux US et la possibilité offerte à tous d’accéder à la propriété…

      « La fin de l’histoire marque la fin de l’homme historique, de l’Action au sens fort du terme (guerres et révolutions). Désormais l’homme peut s’adonner à l’art, à l’amour et au jeu (activités qui le rendent « heureux ») » Alexandre Kojève, Introduction à la lecture de Hegel.

      Léo Strauss est resté son ami, mais une amitié de jeunesse étudiante dans le Berlin des années 20 doit favoriser une certaine indulgence…

    3. @vigneron: d’accord c’est un peu présomptueux, mais le passage que tu cites, si on le prend au pied de la lettre, me semble un ramassis de conneries, j’ose le dire. 🙂
      Par contre, comme dialectique bourgeois-salarié, ça a un sens. Mais il faut aussi enlever tout ce fatras autour de la crainte de la mort et de la vie animale (ces derniers craignent moins la mort que les hommes).

  17. A propos de la propriété et du « progrés ».

    « Mais même dans ses affirmations explicites, Marx ne se montre pas toujours très convaincu par la mythologie progressiste. Il n’existe presque pas de remarques marxiennes sur les révoltes prémodernes comme celles des luddites, dont on avait perdu en peu de temps juqu’au souvenir. Mais dans un de ses derniers écrits, il prend nettement position contre l’affirmation – qui alors comme plus tard passait pour « marxiste » – que tous les pays doivent subir un développement capitaliste complet avant de pouvoir accéder au communisme. Dans sa lettre à la révolutionnaire russe Vera Zassoulitch de 1881, et dans les brouillons relatifs, Marx fait des observations extrêmement intéressantes sur le village russe traditionnel, encore vivant à cette époque-là, et sur la propriété collective d’une partie de la terre qui y règne : « L’étude spéciale que j’en ai faite (…) m’a convaincu que cette commune est le point d’appui de la régénaration sociale en russie. » Il affirme que la commune rurale russe « peut devenir un point de départ direct du système économique auquel tend la société moderne (…) elle peut s’emparer des fruits dont la production capitaliste a enrichi l’humanité sans passer par le régime capitaliste » (…) d’autant plus que cette communauté trouve le capitalisme « dans une crise qui finira par son élimination, par un retour des sociétés modernes à une forme supérieure d’un type « archaïque » de la propriété et de la production collective (…) »

    Anselm Jappe. Les Aventures de la marchandise. Denoël. 2003.

    Remarquons que depuis 130 ans les « fruits du capitalisme » sont un peu pourris et quand ils ne le sont pas, c’est par l’effet de la chimie industrielle appliquée à l’agriculture.
    Par ailleurs, bien que ce texte ne soit pas un élément fondateur de l’idéologie de la décroissance, il me paraît intéressant de le verser comme contribution au débat à l’heure où l’agriculture mondiale, indispensable à la survie de l’espèce humaine, est particulièrement attaquée par l’industrie chimique et les spéculations de toute sorte.

  18. « Le pur rapport de force comme constituant des rapports sociaux est une « donnée » culturelle naissant des mythes fondateurs des groupes humains, en interne et à l’externe. les éthologues modernes voient depuis peu la « collaboration » générale entre membres d’un biotope …. »

    De Steeve

    « Pour ce que l’on peut en savoir jamais la noblesse ne s’est définit comme pouvoir ABSOLU (…), jamais le Noble ne considérait le Serf comme sans droits « .

    De Kabouli

    La collaboration générale (pour laquelle je serais heureux d’en savoir plus), n’est-elle pas l’art du plus fort d’édulcorer sa domination? Le noble a-t-il eu intérêt à qualifier son pouvoir d’absolu? A-t-il eu intérêt de voir en son serf un homme sans droit?

    Je travaille personnellement pour quelqu’un qui me paraît être un tyran, et pourtant il me fait vivre.

    1. Il y a des tyrans à tous les niveaux, y compris dans les familles. Même certains enfants se comportent comme des tyrans.
      La tyrannie exercée par les petits chefs dans les bureaux et les entreprises est connue et tellement reconnue qu’on a mis en place des moyens de défense pour l’employé(é) contre les abus exercés par ces petits potentats lorsqu’aucune intelligence ou aucune culture ne peut les tempérer ! Il existe aussi, bien entendu, d’excellents petits chefs.

    2. Mon intention n’était pas de pointer du doigt la notion de tyran, mais plutôt de souligner le fait que même un tyran peut concéder des droits.

  19. J’avais laissé de coté ce N° spécial de Challenges du 8 juillet consacré aux grandes fortunes car je ne voulais pas me gâcher mes courtes vacances.
    J’ai déjà subi une éruption de boutons lors de la découverte dans un N° de Capital (signalé sur ce blog) du hit-parade des patrimoines et revenus des pauvres français.
    Les vacances c’est passé, je sors la tête du sable :

    Les 500 plus grandes fortunes professionnelles de France :
    http://www.challenges.fr/magazine/encouverture/0220.031638/?xtmc=fortunes&xtcr=2

    J’ai effectué un calcul « à la louche » : 250 milliards d’euros, hors …… (280 milliards en 2007).
    Plusieurs classés ne me sont pas inconnus et je me demande bien quelle est la valeur de leurs biens détenus à titre personnel.
    Nous sommes bien peu de choses face à ces actionnaires.

    « Pour la quatorzième édition de ce classement, Challenges, épaulé par Editorial & Régie, a évalué les fortunes des principaux actionnaires individuels français au terme d’une procédure contradictoire. Nous avons intégré au classement les non-résidents de nationalité française, et exclu du calcul les biens immobiliers détenus à titre personnel, les oeuvres d’art et les signes de richesse extérieure non durables (voitures, bateaux, avions… ). Eric Tréguier, avec Damien Pelé et la rédaction de Challenges »
    Fortunes de France :
    http://www.challenges.fr/magazine/encouverture/0220.031587/?xtmc=fortunes&xtcr=1

    Consolation : la France ne s’appauvrit pas et se classe derrière l’Allemagne : 861.000, La GB : 448.000 avec ses seulement 383.000 millionnaires en dollars.
    Et moi et moi et moi (il vient de remporter un sacré succès à Colmar).

    Et aussi
    Que vaut il mieux : hériter, travailler ou risquer (C’est selon).
    « Le problème, c’est qu’il semble impossible de déterminer le poids respectif de ces facteurs, notamment parce qu’ils interagissent »
    http://www.challenges.fr/magazine/encouverture/0220.031581/?xtmc=kessler&xtcr=3

    « Les petits plaisirs des exilés fiscaux en Suisse » (quel devoir d’identité !).
    http://www.challenges.fr/magazine/encouverture/0220.031535/?xtmc=fortunes&xtcr=4

    Et pourtant Bernard Monassier nous démontre « Ce ‘est pas en taxant les riches que l’Etat s’enrichira »
    Don Quichotte face au haut de l’iceberg Bettencourt. ?

    1. Qui parle de taxer les riches? « Tchalliinge »?
      Nous on parle de spolier, rincer, exproprier, réquisitionner, paupériser, à oualper! Et c’est un service qu’on leur rend, généreusement.

    2. Réflexion faite, dans ces fortunes professionnelles il y en a 100 ou sans doute, acquises à force d’innovation, de labeur, de gestion rigoureuse et qui permettent à leurs salariés et collaborateurs de produire des biens utiles et partager le fruit des efforts communs plus ou moins équitablement.

      Mais tout de même, à lire le témoignage terrain du couple Lefranc, producteurs de lait, certains efforts ne sont pas payés de retour. Le Monde du 12 août titre dans un article :
      -« La désolation » d’une ferme laitière où « on fait tout bien »-
      http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/08/11/la-desolation-d-une-ferme-laitiere-ou-on-fait-tout-bien_1397808_3234.html
      7 jours sur 7, 120 heures de travail par semaine, résultat 1.400 euros/mois …..à 2 dont 400 pour rembourser l’emprunt de la maison.
      Bizarre «  »On travaille avec un capital énorme, et on vit moins bien que nos parents, qui en avaient quatre fois moins. » Il y a comme un cheveu dans le bol de lait. Le lait ça eut payé mais ça paie plus.
      De quoi placarder au bord de la route à destination des vacanciers de passage : « Les politiques ont bradé l’agriculture aux financiers. » Enfin, il y a un petit mieux ce matin.

      Bruno Laforestrie s’exprime dans le Monde du 13 août :
      « Le ghetto français, ce ne sont pas les quartiers, mais la vieille élite »

      « Pour Bruno Laforestrie, PDG de Générations 88.2, la société française « a peur de sa jeunesse ». Bruno Laforestrie, 37 ans, est une « tête chercheuse », parmi les pionniers d’Internet, aujourd’hui patron de la radio Générations 88.2, un média très influent en banlieue parisienne ».
      http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2010/08/12/le-ghetto-francais-ce-ne-sont-pas-les-quartiers-mais-la-vieille-elite_1398266_3224.html

      « Pour les nouvelles générations, la question ethnique est dédramatisée parce que la diversité est une évidence. La mixité sociale, en revanche, reste une idée lointaine parce que l’entre-soi et la ségrégation sont très puissants ».
      « Pour le reste du monde, le ghetto français, ce ne sont pas les quartiers ou les nouvelles générations de la diversité, mais bien la vieille France, cette vieille élite repliée sur les réseaux traditionnels ».
      Ce Bruno ne mâche pas ses mots, en tous cas il y a de quoi au moins épousseter, renouveler, alterner.

    3. @papiman
      Ah, parceque la jeune élite bourgeoise à l’aise dans la mondialisation, plus ou moins boboisée et riche et jalouse de ses réseaux soi-disant ouverts ne constitue pas du tout un guetto, juste un peu plus présentable?
      Yen’a vraiment marre de cette sociologie de bazar!

    4. @vigneron
      L’ascenseur social c’est Xerox ou Ricoh, vous posez la face du paternel sur la vitre, vous baissez le couvercle, vous choisissez le nombre de copies = nombre de rejetons et vous appuyez sur la touche GO.
      C’est ainsi que l’on pérénise les entreprises.
      On oublie juste une loi simple : première génération peut-être et encore, ensuite beurk, cata garantie.
      Cette loi je ne l’ai pas trouvé dans le code civil, juste un souvenir vague, par contre je connais nombre d’exemples où le procédé Xerox/Ricoh est appliqué.

  20. @ Bruno frandemiche
    11août à 21 : 32
    @ VB
    @vigneron

    Dans une nouvelle configuration de société où la fortune sera limitée le montant de la succession sera automatiquement limité !
    Si le montant de la fortune personnelle est limité par exemple à 100 000, un héritier ayant déjà une fortune de 60 000 ne pourra hériter de plus de 40 000.

    En ce qui concerne la pension de réversion, elle existe aussi, bien évidemment dans le régime général avec quelques petites différences.
    Pour le régime général il y a une condition de ressources.
    Par contre dans ce même régime, tous(tes) les ex-conjoints(tes) du(de la) défunt(e) se partagent la pension au prorata de leur durée de mariage, et ce qu’ils(elles( soient remarié(e)s ou non !
    Alors que le remariage du survivant ne permet pas le versement de la pension de réversion d’un fonctionnaire décédé.
    Mieux ce partage est fait même si toutes les épouses ne font pas la demande de pension !
    Ainsi, un défunt ayant été marié 3 fois, chaque mariage ayant duré 10 ans, si une seule des « veuves » demande la pension de réversion, elle ne pourra toucher que le tiers du montant total, soit 1/3 de 54 % de la retraite de base. (pour les retraites complémentaires il y a d’autres dispositions)

    C’est très instructif de voir comment, du moins en France, tous les aspects de la vie et de la mort sont ainsi régis par une foultitude de lois, décrets, circulaires, réglements en tous genres !

    1. Le Droit positif, du Droit de la famille jusqu’au Droit constitutionnel européen ou le Droit international, en passant par le Droit fiscal, le Droit public et bien sûr le Droit commercial ou pénal, détaille, entérine et proclame la prééminence du Droit de propriété privée sur tout autre Droit fondamental.
      En fait d’État de Droit, nous vivons de fait sous un régime d’État de Droit de propriété privée!
      Merci aux sieurs Locke Montesquieu et consorts! Seraient ils heureux du résultat? Pour le premier, j’en doute. Pour le second, la simple libéralisation du commerce et l’affaiblissement des États
      souverains qui en résulte le rendrait sans doute acceptable à ses yeux de bourgeois propriétaire et commerçant, malgré des petites aigreurs citoyennes concernant l’équilibre des pouvoirs de nos démocraties, massacré par la défense du riche.

      Le « Patrimoine » est devenu notre seule idole. je n’arrive plus à entendre ce mot qui envahit tous les champs de l’actualité ou de la pensée moderne, sans ressentir des pulsions incendiaires…

      Élie Faure, ce magnifique écrivain girondin, neveu du grand géographe anarchiste Élisée Reclus, « inventeur » de l’histoire de l’Art, et homme de gauche comme seul le XIXème siècle français en a donné au monde, disait dans le premier tome de son « Histoire de l’Art » qu’il détestait la sauvegarde des « monuments historiques » et l’esprit de « conservation » muséale, et n’aimerait voir que des ruines, des vestiges du Passé. Et pourtant son œuvre embrassait toute l’histoire artistique humaine connue de son temps. Il méprisait l’Art utilitaire des ingénieurs romains (« L’idéal grec, c’est la diversité et la continuité dans le vaste ensemble harmonique des actions et des réactions. L’idéal romain, c’est l’union artificielle de ces éléments isolés dans un ensemble raide et dur. Si l’art de ce peuple n’est pas utilitaire, il sera conventionnel »). Je n’ose imaginer le jugement qu’il porterait sur l’Art de nos sociétés modernes et leur religion du patrimoine et du Marché! La religion du résidu!

      A propos de Gauguin, dont il stigmatisait l’échec, la fuite, la désertion, lui qui tentait « d’édifier dans les îles lointaines des paysages brûlants dont la sensualité tendue et confuse ne dissimule ni la minceur ni la mollesse et qui s’arrêtent à la façade des édifices cézanniens. », il annonce ce qu’il considère être la prochaine déchéance de l’Occident dans un essai de 1932, « Découverte de l’archipel »:

       » il est bien certain que l’Occident (…) ne croit plus à peu près à rien de ce qui a fait sa puissance (…). Il a usé tour à tour ses idoles successives, le catholicisme, le protestantisme, le criticisme, les notions dites civiques de morale, de liberté, de nationalité. Et le voici prêt, ou se croyant prêt à renier l’idole scientifique et à revenir aux dieux morts par une espèce de désespoir organique qui prouve sa sénilité. »

      Héritage patrimonial=marchepied vers la décadence? Ce n’est pas le consumérisme qui est la source du mal de nos sociétés, il n’est juste qu’un des effets collatéraux du vice fondamental : la prééminence du Droit de propriété privée.

    2. @ Vigneron je sais tout,

      « Le Droit positif, du Droit de la famille jusqu’au Droit constitutionnel européen ou le Droit international, en passant par le Droit fiscal, le Droit public et bien sûr le Droit commercial ou pénal, détaille, entérine et proclame la prééminence du Droit de propriété privée sur tout autre Droit fondamental.
      En fait d’État de Droit, nous vivons de fait sous un régime d’État de Droit de propriété privée! »
      =>
      Oui monsieur, mais si vous aviez suivi l’évolution du droit et si vous regardiez de plus près ce dont vous parlez, vous constateriez que le fameux droit de propriété que vous décriez tant a subi, dans sa qualité (pas sa quantité notez le bien) de nombreux et larges assauts pour « le bien commun » sans jamais que celui-ci ait été finalement atteint. J’ai un peu l’impression (qui n’est pas nouvelle vous concernant) que vos « principes » (en tout cas ceux que vous revendiquez ; sans possivilité de savoir si ce sont réellement ceux que vous vivez) vous aveugles sur la réalité.

      Juridiquement, nous sommes dans une situation où les principes proclamés (respect de la propriété privée) sont quasi-systématiquement battus en brèche dans leurs applications.

      Il faudrait redevenir clair sur le droit, ce qui suppose une clarification de l’esprit du droit et donc de celui des gens (de la majorité d’entre eux) : que voulons-nous, collectivement ? Vivre sur un régime collectiviste sans aucune propriété privée ou vivre sous un régime permettant l’appropriation des biens (dans quelles conditions, dans quelles quantité etc.) ; ce qui reviendrait, in fine, à rendre à l’argent le rôle de moyen que la monnaie n’aurait jamais due perdre.

      Cordialement,

    3. erratum,

      – 2ème § dernière phrase : lire « sans possibilité de savoir si ce sont réellement ceux que vous vivez » au lieu et place de « sans possivilité de savoir si ce sont réellement ceux que vous vivez »

      – ma dernière phrase est enigmatique, j’accorde à tous qu’elle relève bien plus d’une intuition que d’une réflexion : plus explicitement, je pense en effet que l’appropriation (propriété) et évaluation de celle-ci sont irrémédiablement liées d’où mon lien entre propriété et monnaie. La propriété et la monnaie sont deux parties liées qui doivent concorder pour aboutir à une Société sereine.

      Cdt,

  21. « Réflexion faite, dans ces fortunes professionnelles il y en a 100 ou sans doute, acquises à force d’innovation, de labeur, de gestion rigoureuse et qui permettent à leurs salariés et collaborateurs de produire des biens utiles et partager le fruit des efforts communs plus ou moins équitablement. »

    De Papimam

    Je ne doute pas que les dignes entrepreneurs, apportant une véritable richesse à la communauté, aient droit à la reconnaissance, mais un patrimoine hors du commun, pourquoi? Et à quoi ça sert? Le confort de vie nécessite-t-il un pouvoir d’achat d’une grande ampleur? Reconnaître le talent, est-ce forcément conférer du pouvoir d’achat?

    Bill Gates, qui me paraît être un de ces entrepreneurs, a aujourd’hui beaucoup perdu de sa splendeur, du haut de ses milliards… Car donner 50% aux œuvres, ça ressemble fort à un MEA CULPA…Au final, l’argent qu’il a gagné démesurément salit plus son travail qu’il ne le grandit.

    1. Un article intéressant du Monde au sujet des philantropes américains mais aussi français, plus rares.
      http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/14/un-bill-gates-philanthrope-francais_1387927_3232.html

      Je me souviens aussi d’un article qui émettait quelques doutes sérieux sur le coté strictement philantropique et altruiste de la démarche de Bill Gates, pour l’instant je ne le retrouve pas.

      D’autre part, le cas du couple Lefranc et la génération 88.2 amène la conclusion : on bride le travail et les talents, au profit de, je vous le donne en mille Emile ……. les positions établies, donc sclérose et conservatisme.

    2. Je ne me fais pas non plus d’illusion sur la véritable nature de « la donation » de Bill Gates.

      Néanmoins, la propagande pour préserver sa fortune l’a amené à prétendre un certain altruisme.

  22. @ Louise et à tous,

    Pour revenir sur la question du droit des successions.

    Concrètement : les enfants n’ont rien à voir avec une éventuelle pension de réversion et, par ailleurs, la nouvelle loi sur les successions (droit commun des successions qui s’applique à tous) est particulièrement défavorable aux enfants d’un premier lit.

    Cette donnée sociétale, nouvelle doit être prise en compte lorsque l’on parle de succession : parlons de celle d’aujourd’hui et non de celle applicable il y a 100 ans.

    Les pensions de reversions au conjoint étaient tout à fait compréhensibles et nécessaires (indispensables) dans un environnement où le conjoint survivant, qui avait éduqué les enfants, se retrouvait sans aucun bien et droit en cas de décès ; mais aujourd’hui ce n’est plus le cas en raison d’une part de la notion d’assurance vie (qui n’entre pas dans l’héritage) et d’autre part et surtout de la nouvelle loi sur les successions.
    J’ajoute que la décomposition des familles (remariage avec un conjoint jeune) et l’allongement de la durée de la vie aboutit à des situation où les pensions (ou des parties de pensions) de reversions peuvent être versées pendant plusieurs décennies ; l’environnement sociétal à beaucoup changé par rapport à l’époque où les pensions de réversions avaient été institué.

    Nous sommes passé d’une situation où les conjoints n’avaient rien à une situation où ils ont tout alors que dans le même temps les familles se sont décomposées et recomposées.

    Les enfants d’un premier lit sont maintenant spoliés à plus d’un titre :
    1) parcequ’ils ont vécu la décomposition familiale ;
    2) parcequ’ils se retrouvent sans droit à héritage tandis que, simultanément, ils n’ont jamais eu autant de devoirs envers leurs ainés à une époque où l’économie générale (conditions économiques extérieures) leur est très défavorable.

    Si on veut regarder plus avant : vous avez les enfants du baby boom hyper gâtés par l’histoire qui continuent à revendiquer des droits vis à vis non plus de leurs parents mais de leurs enfants alors même que ceux là subissent la Grande crise (qui fait suite à beaucoup d’autres).
    Dans les familles unies tout est atténué par l’affection familiale ; de la même façon, tout cela est atténué dans les familles disposant d’un très gros patrimoine (tout le monde trouve à être avantagé d’une façon ou d’une autre, éventuellement grâce à l’évasion fiscale) mais dans toutes les autres familles, et surtout dans les désunies, tout cela crée de graves rancœurs et alimente la grogne sociale : ferments de guerre civile.

    Il y a des déséquilibres qui ne devraient pas être, ni dans un sens, ni dans l’autre. On a ici une belle application du principe selon lequel un excès (conjoint sans droit à hériter) en entraîne un autre en sens contraire (enfants sans droit à hériter, ou avec des droits qui peuvent très vite se transformer en devoir d’entretien du conjoint survivant qui n’est pas leur parent).

    Cordialement,

    1. Raison de plus pour taxer à mort l’héritage, pour qui que ce soit. Les parents trouveront d’autres façons plus élégantes d’aider leur progéniture, et les enfants de nouvelles raisons d’aider leurs vieux parents…

  23. Sur le plan juridique, le changement suivant dans l’ordre des priorités aura alors lieu :

    De la situation actuelle (en majeure partie inconsciente) les principaux critères de décision, qualifiables de « logiques », consécutifs à la concurrence réciproque :

    1. propriété
    2. protection du monde politique et financier
    3. droits fondamentaux de la constitution française et de la Convention européenne des droits de l’homme

    Vers :

    a. vie (en société)
    b. liberté, prise de conscience et responsabilité (au sein de l’ensemble)
    c. propriété

  24. Ce dimanche, à la télé, passait Les Visiteurs.
    Le film m’a rappelé le billet de Paul Jorion:

    Godefroy de Mont Muraille, noble, a une descendance vivant dans un confort feutré, désintéressée par le matérialisme, mariée à un Médecin, en bon rapport avec le Curé, fière de sa famille…Prête à aider son prochain…Et topujours riche.

    Le gueux a une descendance qui ne pense qu’à l’argent, ses costards et sa voiture… Et dont la famille tient sa richesse par le larcin dudit gueux (sous entendu le vol des bijoux du beau père du noble, ce qui peut surprendre dans la mesure ou ce dernier n’est pas sensé être mort par l’arbalète de Godefroy).

    Bien qu’on laisse plâner les effets de la révolution pour que le gueux trouve sa descendance propriétaire, l’affranchissement de cette ligne ancestrale est acquise par un larcin et la dévolution de la succession, pas par la méritocratie, objectif de la révolution.

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