Archives par mot-clé : démocratie

La mégabanque et le monde émergent, par zébu

Billet invité.

Le monde avait-il déjà basculé sur son axe ou bien les mégabanques ont-elles joué un rôle décisif dans ce basculement ? Histoire de l’oeuf et de la poule, me direz-vous.

Pour autant, il me semble que les mégabanques se font des illusions, qui préparent de grandes désillusions (pour elles) concernant les fameux ‘pays émergents’ (de quoi, de où ?).

Car ce qu’elles ont pu façonner dans le monde dit ‘occidental’ depuis près de 40 ans, depuis la ‘révolution conservatrice’ dans le monde anglo-saxon, elles auront bien plus de difficultés à le faire dans les pays dits ‘émergents’, pour 3 raisons à mon sens.

En premier lieu, le premier basculement du monde qui a eu lieu au sein du ‘monde occidental’ en faveur des mégabanques s’est institué dans un contexte de démocratie politique, contexte qui a mis quelque siècles à s’ancrer durablement dans ce dit ‘monde’. Or, il y a lieu de constater qu’en ce qui concerne cette dimension, les pays ‘émergents’ sont loin pour une part (encore) importante d’entre eux d’avoir accédé au statut de pays démocratique. Certes, le Brésil, l’Inde et d’autres (Afrique du Sud par exemple) le sont et depuis leur indépendance parfois. Mais d’autres, plus puissants, comme la Russie et la Chine gravitent dans d’autres ‘sphères’ politiques.

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La démocratie aujourd’hui

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’événement le plus significatif – sinon le plus important – des jours derniers, c’est cet appel à la création d’un « contre-lobby » financier émanant de l’euro-député Vert, Pascal Canfin, initiative justifiée par la puissance démesurée des intérêts particuliers dans les décisions que prend le Parlement européen et, comme il est dit dans l’appel, par « un contexte de forte proximité des élites politiques et financières ».

Le même message grave peut être entendu à Washington, communiqué non pas par un parlementaire, comme dans le cas de l’appel de Bruxelles, mais par le Président américain lui-même, affirmant dans son allocution télévisée hebdomadaire du 1er mai, que le pouvoir qui lui est institutionnellement garanti n’est pas de taille vis-à-vis de celui dont disposent les lobbys financiers, soulignant en outre qu’une décision récente de la Cour Suprême américaine a rendu ce pouvoir illimité en déplafonnant les sommes que les entreprises peuvent injecter dans les campagnes électorales.

On ne s’étonnera de la montée du « populisme » que si un éventail de partis démocratiques permet à chaque électeur de voir sa volonté représentée dans le gouvernement réel de son pays. Mais si la « forte proximité des élites politiques et financières » implique que tout vote s’assimile désormais à une voix de plus venant conforter des élites financières détentrices du pouvoir effectif, alors la démocratie n’est pas en danger mais elle est déjà morte.

L’optimiste pense que le courant peut encore être inversé, et il n’est pas impossible que le fossé entre le peuple et ses « élites politiques et financières », aujourd’hui perçues comme intimement liées, puisse encore être comblé. Les jours sont en tout cas comptés. Surtout, dans le climat actuel de nerfs à vif, tout importe ! Aux États-Unis, le président Obama a désigné la Cour Suprême comme « ennemie du peuple », il serait gravissime que celle-ci prenne cette accusation à la légère, il faut au moins qu’elle y réponde. En Europe aussi, l’opinion est en alerte : son regard est immanquablement attiré par la moindre apparence de « proximité excessive des élites politiques et financières ». Dans le contexte actuel, les hommes et femmes politiques vers qui le regard se tourne, à tort ou à raison, auraient grand tort d’écarter la rumeur d’un simple revers de main.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le temps qu’il fait, le 28 mai 2010

Je fais le bilan de l’année écoulée en réexaminant les prévisions que j’avais faites dans un entretien à « Parlons net », sur France Info le 5 juin 2009.

La conversation avec Éric Woerth, alors ministre du Budget, aujourd’hui ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique.

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Audition de représentants de la firme Goldman Sachs au sénat américain (I)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je suis en train de regarder en direct l’audition à la sous-commission d’investigations du Sénat américain. J’ai vécu aux États-Unis douze ans, de 1997 à 2009. Durant cette période, j’ai été très critique envers ce pays, comme je l’avais d’ailleurs été avant d’y résider, et comme je continue de l’être depuis. Aussi sévère que soit ma critique, j’ai toujours tenu à l’exprimer sans outrance, ce qui était ma manière d’exprimer le respect que méritait à mes yeux un pays qui me procurait avec générosité du travail à une époque où le continent où j’étais né me considérait sans aucune utilité.

Je regrette que le régime démocratique, dans tous les pays où il est en vigueur, soit dévoyé par le pouvoir de l’argent. La manière dont il l’est varie de pays à pays. Je regrette tout spécialement la manière choquante dont il l’est aux États-Unis, certaines de ses institutions, sa Cour Suprême en particulier, ayant été et étant toujours systématiquement complice d’un tel dévoiement.

À l’heure qu’il est, j’assiste à cette audition depuis deux heures. Ce qui m’épate, c’est la robustesse de ce régime démocratique, en dépit de toutes les forces qui s’opposent à son fonctionnement, en dépit des sommes colossales qui sont déversées pour le dévoyer dans son exercice quotidien. Il me semble quasi-miraculeux que des personnes, tel le sénateur Carl Levin, conservent – en dépit de la machine à broyer de l’argent – l’intégrité qui leur permet de s’opposer comme il le fait sous mes yeux, à ce rouleau compresseur.

Chapeau aussi au sénateur John McCain. Comme je l’ai laissé entendre ici durant la campagne des élections présidentielles américaines en 2008 : aurais-je été citoyen américain, je n’aurais pas voté pour lui en raison des valeurs que défend le parti républicain auquel il appartient. J’ai cependant été impressionné par la manière dont, d’entrée, il a affirmé sans équivoque qu’indépendamment du fait que le comportement de Goldman Sachs ait été légal ou non, il enfreint manifestement les principes de l’éthique.

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Ceux qui comprennent l’anglais et souhaitent suivre l’audition peuvent le faire ici.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« La crise financière, un an après… »

J’étais hier à la Cité des Sciences pour un entretien d’une demi-heure. Sept autres spécialistes de la crise ont été interrogés comme moi dans ce cadre et des vidéos reproduisant nos exposés seront accessibles à la Villette du 20 octobre au 29 novembre. Nos commentaires seront également présentés thématiquement, répondant à des questions particulières.

Aspects qu’il ma été demandé d’exposer plus spécialement : le comportement colonisateur de notre espèce et son auto-domestication par l’instauration de la démocratie ; l’économie et la finance laissées pour compte de la démocratie et la nécessité de les domestiquer à leur tour par une constitution pour l’économie ; pourquoi il n’y a en finance ni autorégulation ni auto-adaptation ; la perversion de la démocratie par l’argent et la transformation par l’argent de la science économique en discours idéologique.

Vous devinez à ces thèmes que mes interlocuteurs : producteur, réalisateur et preneur de son, étaient de fins connaisseurs de mes écrits et qu’ils entendaient mettre en avant ce qui en eux les distinguent de ceux des sept autres.

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