Archives par mot-clé : espionnage

GUERRE CIVILE NUMÉRIQUE : La question à 1.000 francs

Extraits d’un article : « Comment la NSA espionne la France » , Le Monde, le 21 octobre 2013, par Jacques Follorou et Glenn Greenwald.

La question à 1.000 francs : « L’avenir dira peut-être, un jour, pourquoi Paris est resté si discret, par rapport à Berlin ou Rio après les révélations sur les programmes d’espionnage électronique américain dans le monde. Car la France a été tout autant ciblée et dispose aujourd’hui de preuves tangibles que ses intérêts sont quotidiennement visés. »

Le simple volume : « On constate que sur une période de trente jours, du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013, 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques des Français ont été effectués par la NSA. »

Des éléments de réponse : « En Europe, seuls l’Allemagne et le Royaume-Uni dépassent la France en termes de nombre d’interceptions. Mais pour les Britanniques, cela s’est fait avec l’assentiment de leur gouvernement… »

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BONJOUR MADAME LA TERRE, le lundi 1er juillet 2013 à 6h39

Sur YouTube, c’est ici.

Guerre numérique

L’espionnage des organes de décision européens par les États-Unis
– Blog de PJ : La loyauté, je sais : c’était il y a longtemps, mais vous en souvenez-vous ?, le 29 juin 2013
L’accord transatlantique est-il compromis ?

Finance

Hausse des taux : une réaction « excessive » de financiers trop nerveux ?
– PJ : « Adam Smith’s Invisible Hand Revisited. An Agent-Based simulation of the New York Stock Exchange », Proceedings of the 1st World Conference on Simulation of Social Systems, Kyoto, August 2006, Vol. I, Springer Verlag: 247-254
– Financial Times : Don’t blame ‘feral hogs’ for bond rout, le 28 juin 2013

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LA LOYAUTÉ, JE SAIS : C’ÉTAIT IL Y A LONGTEMPS, MAIS VOUS EN SOUVENEZ-VOUS ?

L’article de Der Spiegel révélant l’espionnage à grande échelle par les États-Unis des organes de décision des puissances européennes, leurs alliés les plus proches et les plus fidèles, rappelle étrangement l’attitude qui avait été celle de la banque d’investissement Goldman Sachs en 2008, tirant parti de la confiance que lui accordaient ses meilleurs clients pour leur vendre les produits financiers les plus avariés dont elle cherchait à se débarrasser.

La parole donnée, et la parole respectée, l’identification d’une personne – ou en l’occurrence, d’une nation – à ses engagements, la loyauté vis-à-vis de ses amis, et dans la mesure du possible vis-à-vis de chacun, sont indispensables à la vie en société : sans elles, c’est bien simple : le tissu social s’effrite, puis s’effondre sans espoir de retour.

Il est bien tard sans doute, mais il existe encore une chance ténue de restaurer la confiance trahie : interrompre immédiatement les pratiques condamnables, punir les responsables, et présenter des excuses sincères.

Lorsque Bradley Manning révéla le contenu des câbles du Département d’État expliquant aux diplomates américains que l’espionnage de la nation hôte faisait désormais partie de leurs attributions et de leurs devoirs, la traduction du soldat devant une cour martiale était loin de constituer la réponse appropriée. S’époumoner avec une véhémence allant toujours crescendo contre la traîtrise supposée du lanceur d’alerte Edward Snowden, constituerait une fois de plus une réponse parfaitement inappropriée et ferait, cette fois, désespérer de la capacité-même de cette nation à s’amender. Les pays européens trahis dans leur confiance devraient en tirer toutes les conséquences. Les justifications avancées seront bien entendu qu’il existe des ennemis pires encore que de tels amis, mais la capacité-même à vivre en société, dont la parole donnée et la loyauté sont les piliers, constitue le dernier bastion : celui qui ne peut à aucun prix tomber.

P. S. : Je me posais la question de savoir si la réponse américaine serait à la hauteur. Voici ce que nous rapportent les agences de presse aujourd’hui lundi 1er juillet à 14h47 :

« Chaque pays dans le monde engagé dans des relations internationales ayant des implication de sécurité nationale, met en oeuvre de nombreuses activités afin de protéger sa sécurité nationale et de nombreux types d’informations peuvent y contribuer. Pour autant que je sache, cela n’est pas inhabituel pour un grand nombre de pays » a déclaré John Kerry, Secrétaire d’État (ministre des affaires étrangères) américain.

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LA GUERRE NUMÉRIQUE

Paul Ariès m’avait demandé au mois de juillet, un article pour le N° du Sarkophage qui sortirait en septembre. En fait la revue à fait peau neuve, changé de titre, etc. et mon article est beaucoup trop long pour la nouvelle formule. Ici, on peut faire aussi long qu’on veut, Alors, le voilà.

Trois aspects des temps que nous vivons aujourd’hui sont très remarquables. Le premier est l’enthousiasme que nous mettons à rendre la planète inhabitable à notre propre espèce. Le second est l’effondrement économique et financier de nos sociétés dû à une disparition du travail par l’automation et à une tentative ridicule de remplacer le revenu de ceux qui continuent à travailler par un accès facilité au crédit, alors que les implications de la propriété privée drainent une portion toujours plus élevée du patrimoine vers une fraction toujours plus étroite de la population. Le troisième est notre perte de maîtrise sur la complexité, conséquence du fait que nous avons délégué les décisions de notre quotidien aux ordinateurs et que leur fonctionnement nous est devenu opaque parce qu’ils opèrent trop rapidement pour que nous puissions encore nous représenter de manière véridique ce qu’ils font exactement.

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WIKILEAKS : LA MAIN DANS LE SAC

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il est difficile de prévoir quelles seront les conséquences de la divulgation par WikiLeaks de 250.000 messages échangés par des diplomates américains et leur ministère des affaires étrangères. On saura dans les jours qui viennent s’il s’agit d’un tournant dans l’histoire récente des États-Unis. Ce soir en tout cas, la chose n’apparaît pas impossible.

Même si aucun message « Top secret » ne fait partie des documents publiés par WikiLeaks, la politique étrangère américaine n’en est pas moins mise à plat assez complètement et assez crûment. Nulle surprise bien entendu que la version officielle de la politique étrangère soit assez éloignée de la réalité des faits, ceci n’enlève cependant rien au fait que la vérité cachée et révélée aujourd’hui soit parfois étonnante, car s’ouvre ici à nos yeux médusés une caverne d’Ali-Baba débordant d’informations relatives aux rapports des États-Unis avec, entre autres, les responsables afghans, dont l’un se rend aux Emirats Arabes Unis avec 52 millions de dollars dans la poche avec, sinon l’approbation, du moins la complicité bienveillante des Américains, les responsables pakistanais, à propos desquels on tente de déterminer pour chacun s’il fait partie des bons ou des méchants, ou différents pays arabes qui ne sont pas parmi les plus tièdes à vouloir en découdre avec l’Iran, etc.

Pour tout ce qui touche à cela, et quoi qu’il arrive demain, le mal est fait : la realpolitik dans les relations avec tel ou tel pays est désormais visible en surface et ce qu’on en a raconté aux populations n’est pas nécessairement ce qui s’est vraiment passé et que l’on lira demain matin dans la presse locale.

Bien entendu, on fera aussi en sorte dès demain matin du côté américain pour que de tels courriers diplomatiques ne s’étalent plus à la une des journaux, et la politique étrangère sera redéfinie dans chacun des pays, sinon avec les mêmes interlocuteurs, dont pas mal sont sans doute définitivement grillés par les révélations d’aujourd’hui, du moins avec d’autres. Ce qui sera plus difficile à réparer, ce sera la confiance entre les États-Unis et les nations qui se considéraient jusqu’ici comme leurs amis. On découvre en effet dans les documents divulgués que l’espionnage n’est pas réservé aux agences dont la fonction officielle est le renseignement, comme la CIA ou la NSA, mais que le corps diplomatique américain s’y consacre dans sa totalité et à temps plein. Il ne sera pas même possible d’affirmer qu’il s’agit de pratiques anciennes puisque certaines circulaires qui enjoignent au personnel diplomatique de se livrer à l’espionnage sont signées Hillary Clinton (celle portant par exemple sur l’obtention de renseignements relatifs aux instances dirigeantes des Nations-Unies, comme le numéro de leurs cartes de crédit, leurs mots de passe sur l’internet, leurs horaires et habitudes de travail, etc.).

Sachant que tout diplomate américain qui vous approche a peut-être pour instructions de chercher à se procurer une photo haute définition de votre iris ou l’un de vos cheveux pour établir la carte de votre ADN, il est devenu désormais extrêmement difficile d’établir entre lui et vous un climat d’absolue franchise.

Bien sûr, on affirmera de source américaine qu’il s’agit de pratiques révolues. Ce n’est pas encore le cas ce soir toutefois puisque l’on semble encore sous le choc. Si l’ambassadeur américain en France, après avoir déclaré que « La France est le plus ancien allié des Etats-Unis, et la force, l’étendue et la profondeur des relations entre nos deux pays n’ont jamais été plus grandes qu’elles ne le sont aujourd’hui », exprime les regrets des Etats-Unis, il ne s’agit pas de regrets portant sur les pratiques douteuses qui ont été révélées grâce aux documents rendus publics et qui les montrent pris la main dans le sac, il s’agit des États-Unis regrettant « la divulgation de toute information qui était destinée à rester confidentielle ». Ce regret là en tout cas est sincère.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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