Archives par mot-clé : Etat

LA VIOLENCE CONSTITUTIVE DES SOCIÉTÉS HUMAINES ? par Pascal

Billet invité.

Je suis en train de découvrir les biens faits de la CNV (communication non violente) dans le cadre du groupe de Colibris auquel je participe et où nous utilisons des cercles de paroles. Et je mesure à quel point, là aussi, une généralisation de la CNV serait bien un changement de paradigme.

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Donald Trump et Marine Le Pen : Le Peuple abandonné réclame au fond du désespoir le retour de l’État !

Un article sur le site américain The Week : « How an obscure adviser to Pat Buchanan predicted the wild Trump campaign in 1996 », par Michael Brendan Dougherty, analyse la course triomphale de Donald Trump dans la primaire républicaine des élections présidentielles du 8 novembre.

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Transition effective, par Cédric Chevalier

Billet invité.

Depuis 3 mois dans l’administration, je découvre un nouveau pan instructif de la réalité publique. Après l’Académie, la Politique, maintenant, l’Administration. Du coup je concentre ma réflexion sur la transition vers un développement durable fort, c’est-à-dire qui réponde à la contrainte biophysique de la Planète.

1) Est-ce possible de gouverner cette transition ? Non, on peut seulement influencer la vitesse et le sens du changement (conclusions du courant de recherche du « transition management »). Le processus d’Alliance Emploi-Environnement en Wallonie et à Bruxelles est un bon exemple de comment il faut procéder.

2) Comment optimiser l’action pour accélérer et orienter de la meilleure manière le changement ? Il y a cette triade nolletienne (de l’ancien Ministre wallon Ecolo Jean-Marc Nollet) : sensibilisation, incitation puis législation, très bien illustrée par l’évolution des normes de construction en Wallonie : sensibilisation à la construction durable, primes et puis obligation légale portant sur toute construction neuve. On doit certainement y ajouter : construction de la capacité de mise en œuvre, c’est-à-dire formation, recherche et financement. Formation des corps de métier, recherche sur les nouvelles méthodes  de construction et outils de financement (banques, prêts, tiers investisseurs…).

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Keynes : La fin du laisser-faire (V) Pourquoi le démenti par les faits du laisser-faire est-il ignoré ?

(I) Comment les girafes nous font mieux comprendre l’esprit du capitalisme
(II) La rationalité économique et l’éthique sont inconciliables
(III) La doctrine du laisser-faire résulte d’un compromis entre courants de la pensée politique
(IV) La « main invisible » d’Adam Smith

Keynes termine son examen de la doctrine du laisser-faire en 1926 par une réflexion sur la résistance qu’il constate à sa remise en question par lui, en dépit de la force des faits qui semblent infirmer le principe.

Suggérer à la City de Londres une action de type social dans une perspective de bien public est l’équivalent de discuter de L’origine des espèces avec un évêque il y a soixante ans [P.J. : dans les années 1870]. La réaction instinctive n’est pas d’ordre intellectuel mais moral. C’est une orthodoxie qui est mise en question, et plus les arguments seront convaincants, plus grave sera l’offense. Ceci étant dit, m’étant aventuré dans le repaire du monstre en léthargie, j’ai quand même pu investiguer ses prétentions et sa généalogie de manière à mettre en évidence qu’il a régné sur nous davantage par droit héréditaire que par mérite personnel Keynes [1926] 1931 : 287).

Pourquoi les inconditionnels du capitalisme rejettent-ils, se demande Keynes, ce que j’avance, alors que mes propositions n’ont qu’un seul but : le sauvetage du système qui leur est si cher ? La réponse est celle-ci :

… les adeptes du capitalisme sont le plus souvent indûment conservateurs, et rejettent les réformes de son fonctionnement technique qui pourraient en réalité le renforcer et le préserver, de peur que celles-ci ne se révèlent n’avoir été en réalité que les premiers pas conduisant à son abandon (ibid. 294).

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Le Monde : La fin du laisser-faire, lundi 30 juin – mardi 1er juillet 2014

Dans « La fin du laisser-faire », essai publié en 1926, John Maynard Keynes caractérise de manière caustique l’idéologie de ses collègues économistes comme une version délirante du darwinisme. Pour « les darwiniens, écrit-il, c’est la libre concurrence qui a bâti l’homme. L’œil humain a cessé d’être la manifestation d’un dessein ayant miraculeusement conçu toute chose pour le mieux ; il s’agit de la réussite suprême du hasard opérant dans un contexte de libre concurrence et de laisser-faire ». Or, souligne Keynes : « l’expérience ne révèle pas que les individus, quand ils se constituent en unités sociales, soient toujours moins clairvoyants que quand ils agissent à titre séparé ».

C’est dans la fin du laisser-faire que le retour en force des idées de Keynes, exigé par la crise de 2008, se manifeste aujourd’hui le plus clairement.

Pourquoi la montée au créneau de l’État ? Parce que les autres options en cas d’insolvabilité généralisée : le bail-out et le bail-in, se sont révélées inacceptables par les citoyens ordinaires, exprimant dans les urnes leur irritation croissante.

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La démocratie selon Friedrich (von) Hayek, économiste autrichien, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

Autant le dire tout de go, Friedrich Hayek (1889-1992), prix Nobel d’économie (1974) aurait dû, si Fortune avait été plus clémente avec lui, se voir attribuer en sus le prix Nobel de la Paix, car aux troupeaux d’hommes qui se rebiffent contre la tyrannie libérale, il n’a cessé de dire : « La paix ! Les bouviers savent ce qu’ils font. » Notre homme, disciple avoué d’Edmund Burke, maître à penser du parti Whig (conservateur) anglais, a beaucoup réfléchi à la démocratie, ce régime tant décrié, bouche-trou des interrègnes autoritaires. Il y a tellement réfléchi qu’il a fini par accoucher d’une définition toute personnelle de la chose, définition dont les rendements ont un peu baissé, cependant, depuis que bourgeonnent les printemps arabes : la meilleure démocratie, selon lui, est celle qui fait l’économie du demos. Il est l’inventeur, sinon de l’expression, du moins du concept paradoxal d’aristocratie libérale ou « démarchie ». Et le corps sec, terreur des vers, de feu l’inflexible Thatcher d’applaudir du fond de l’enfer de ses deux mains gantées de fer. Margaret Thatcher était une des claques les plus enthousiastes de Friedrich Hayek. Elle ne manquait jamais une occasion de recommander à chacun de ceux qui l’approchaient la lecture de ses principaux ouvrages d’économie politique, The Road to Serfdom(1944), charge antisocialiste inspirée de Tocqueville, The Constitution of Liberty (1960) et Law, Legislation and Liberty (trois tomes, 1973-79), le nectar et l’ambroisie de l’Olympe libertarienne. 

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RÉPONSE À PIERRE SARTON DU JONCHAY SUR LE DROIT DE PROPRIÉTÉ, par Jean-Luce Morlie

Billet invité

Pierre, je ne sais pas encore traduire votre entreprise dans « ma langue », toutefois il me semble que nous pouvons dialoguer sur les inquiétudes situées aux jointures des articulations entre de nos deux modes de représentation.

Vous écrivez

« Le droit de propriété est ce qui permet à l’individu d’exister dans la société, donc à la société d’être une société et pas une masse librement manipulée par des théocrates. »

Je vous suis entièrement lorsque vous décidez de poser

« que le bénéfice collectif d’une propriété est l’utilisation par le propriétaire de la chose conforme au bien commun. »

J’ajoute, pour éclaircir, que la qualité de l’usage de la propriété privée en vue du bien commun est plus important que la question de sa « quantité maximale », (il y a assurément des limites).

Je défends une position, quelque peu hétérodoxe, sur ce blog, car si l’emprise du 1% sur l’économie mondiale et la marche du monde est un fait indiscutable, et odieux, je ne partage pas l’approche par la solution « nous sommes les 99% », il s’agit, de mon point de vue, de comprendre, comment les 99% ont accepté tout ça et depuis si longtemps.

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Économie morale des retraites, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Valeur du droit présent projeté dans le futur

Le droit général et garanti par la société à recevoir une pension de retraite, c’est à dire des revenus liés à l’âge sans avoir à poursuivre des activités professionnelles rémunérées, est reconnu et appliqué dans les pays développés. L’application de ce droit résulte d’une discussion morale, politique et économique continue. Elle implique des redistributions de richesses dans l’espace et dans le temps entre des personnes qui les produisent au présent, des personnes qui les ont produites dans le passé et des personnes qui ne les produiront pas dans le futur. Les dépenses d’un retraité portent sur une production actuelle. Elles sont donc financées par des agents économiques actifs qui ne dépensent par pour eux-mêmes toute la contrevaleur de ce qu’ils produisent. Les revenus dépensés d’un retraité, quelle que soit leur origine, pension, produit d’épargne ou produit de capital investi, ont pour contrepartie de la valeur réelle qu’un salarié, un entrepreneur, un investisseur ou un service social public épargne. Une pension de retraite signifie que le cotisant qui produit effectivement la richesse épargne au bénéfice immédiat du retraité et à son bénéfice à terme.

Trois réalités cohabitent dans un système de retraite : la réalité économique actuelle du transfert de ressource ; la réalité financière qui lie la valeur du passé à la valeur du présent et la valeur du présent à la valeur du futur ; et la réalité politique qui attribue des droits aux membres de la société. La réalité politique est l’effet d’une décision collective. Elle détermine la réalité économique présente d’un certain niveau de transfert de richesses matérielles par les transferts qui s’opèreront dans le futur en vertu d’une certaine conception de la solidarité qui fonde la vie dans une même société politique. Dans l’ordre de la finalité, la réalité politique définit premièrement un équilibre de droits entre des cotisants, la puissance publique et des retraités présents ou futurs. Ensuite la réalité financière transforme des droits formels en cotisations et versements de pension effectifs. Enfin la réalité économique opère les transferts de valeur au bénéfice des catégories âgées qui ne produisent pas au présent.

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La finance n’a plus de raison de ne pas asservir la politique, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La fiscalité de l’assurance vie va peut-être changer pour réduire des déficits publics. Il est question de ne plus attendre l’échéance des contrats pour appliquer la fiscalité. L’État pourrait toucher au fil de l’eau sa quote-part des revenus issus des placements d’assurance vie. L’intérêt financier pour l’État d’une telle réforme est d’anticiper des recettes fiscales qui réduisent au présent le déficit budgétaire. A l’inverse, le bénéficiaire potentiel du contrat d’épargne assurantielle règle l’impôt avant de se connaître avec certitude. Le principe de l’assurance vie est en effet d’épargner non pour soi-même mais pour un autre. Le bénéficiaire touche l’épargne si avant l’échéance du contrat l’épargnant décède. L’assurance vie est une épargne sans propriétaire identifiable avant son échéance. C’est ce qui a permis l’application d’une fiscalité avantageuse différée dans le temps par l’attente d’une identification personnelle du contribuable.

L’intérêt de l’assurance vie en France vient de la Loi. Tout actif de valeur mesurable doit avoir un propriétaire redevable de l’impôt relatif a cet actif. Si la propriété est privée, la fiscalité applicable à la propriété doit être acquiescée par le propriétaire qui bénéficie du droit de discussion. L’interprétation française de ses principes de propriété, de citoyenneté et de fiscalité ont conduit à l’élaboration financière d’un produit d’épargne fiscalement avantageux par rapport à d’autres produits de même nature financière. L’inscription de l’épargne dans le cadre légal de l’assurance vie accroît son résultat potentiel au bénéfice de l’épargnant et de l’intermédiaire financier au détriment de la puissance publique. La règle applicable est argument financier qui met en concurrence l’intérêt matériel privé avec l’intérêt matériel public alors même que l’un et l’autre obéissent à la même Loi d’équilibre des droits.

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La décadence

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Hegel attribua la chute de l’empire romain à la prévalence des intérêts particuliers. Préoccupés de poursuivre essentiellement leur intérêts propres, les Romains se seraient désintéressés de la chose publique. L’avènement du christianisme aurait joué un rôle essentiel dans ce désintérêt croissant : en relation privée avec leur dieu – « Le royaume de Dieu est en vous » – les citoyens cessèrent de s’identifier au sort de leur Cité.

La guerre, dit Hegel, rappelle aux citoyens l’existence de l’État comme entité supérieure par rapport à laquelle leur vie s’organise dans un cadre plus large que celui de leurs préoccupations immédiates. Quand la guerre éclate, le bourgeois qui loge au cœur du citoyen se rend compte que seul, il ne pourra pas défendre les possessions dont il est propriétaire et auxquelles il tient par-dessus tout : c’est l’État seul qui pourra organiser la force collective qui permettra de défendre la propriété de chacun.

La décadence résulte de la perte de ce sentiment du bien commun comme seul capable d’assurer le bien individuel. La société civile, comme simple conjugaison d’intérêts particuliers est insuffisante à alimenter la flamme de ce sentiment.

La décadence a lieu de son propre mouvement quand l’individu fait prévaloir sa liberté immédiate par rapport au bonheur de la communauté dans son ensemble. Une idéologie existe qui place cette liberté immédiate au pinacle : l’ultralibéralisme sous ses formes diverses du libertarianisme, de l’anarcho-capitalisme, etc. Notre société contemporaine se singularise par le fait qu’une idéologie porteuse des principes de sa propre décadence s’est formulée explicitement en son sein, prône les valeurs qui la provoquent inéluctablement quand elles sont mises en œuvre, et applique son programme consciencieusement et systématiquement, quelle que soit la puissance des démentis que les faits lui apportent.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« L’Etat amnésique », vraiment ?, par Julien Alexandre

Billet invité.

Dans son dernier billet intitulé « L’Etat amnésique, promoteur des CDS », Alain Gauvin dénonce une nouvelle fois l’hypocrisie des politiques qui déclarent vouloir mettre au pas les CDS, alors même qu’ils ont mis en place les conditions de leur développement. A première vue, on pourrait effectivement s’étonner de ce double jeu. Mais à y regarder de plus près, les choses pourraient être un tantinet plus complexes.

Avant de revenir plus précisément sur ce point, intéressons-nous d’abord à la sémantique. Depuis que les CDS ont été placés, à l’insu de leur plein gré, sur le devant de la scène financière, on voit fleurir un peu partout des définitions par des spécialistes qui se veulent le plus didactique possible, et font pour cela appel à des images, des métaphores ou des approximations.

Les désormais fameux « éléments de langage » (expression popularisée et largement utilisée lors des dernières élections régionales en France, bien qu’à l’œuvre depuis 2007) ne sont pas utilisés au hasard : « instruments d’assurance-crédit », « assurances », « contrats de protection », « instruments de couverture », etc. Puisqu’on vous dit que c’est pour se « protéger » ! Il faut vraiment avoir l’esprit mal tourné pour imaginer une seconde que des instruments de protection puissent se révéler nocifs. Comparaison n’est pas raison, mais les pistolets Taser et les Flash Ball sont aussi présentés par leurs promoteurs comme des outils de « protection »… Pas étonnant après que même Warren Buffett qualifie les dérivés de « financial weapons of mass destruction »

En réalité, les CDS constituent une « assurance » dans un cas bien précis : la couverture d’événements à risque de préjudice pour un acteur réellement exposé à une perte consécutive à la survenance du risque assuré.

Aussi la qualification « d’assurance » accordée aux CDS devrait exclure de fait les CDS à découvert (short selling) et encore plus les CDS nus à découvert (naked short selling). Dans le premier cas, l’acheteur du CDS emprunte l’actif de référence, en espérant réaliser une plus-value entre sa vente et son rachat à posteriori. Même s’il peut encore y avoir ici des justifications de couverture, il s’agît le plus souvent de simples paris. Dans le second cas, l’acheteur du CDS ne prend même pas la peine d’emprunter l’actif sous-jacent, et pourtant il est autorisé à souscrire un CDS sur cet actif : il s’agît d’un pur pari directionnel.

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