RÉPONSE À PIERRE SARTON DU JONCHAY SUR LE DROIT DE PROPRIÉTÉ, par Jean-Luce Morlie

Billet invité

Pierre, je ne sais pas encore traduire votre entreprise dans « ma langue », toutefois il me semble que nous pouvons dialoguer sur les inquiétudes situées aux jointures des articulations entre de nos deux modes de représentation.

Vous écrivez

« Le droit de propriété est ce qui permet à l’individu d’exister dans la société, donc à la société d’être une société et pas une masse librement manipulée par des théocrates. »

Je vous suis entièrement lorsque vous décidez de poser

« que le bénéfice collectif d’une propriété est l’utilisation par le propriétaire de la chose conforme au bien commun. »

J’ajoute, pour éclaircir, que la qualité de l’usage de la propriété privée en vue du bien commun est plus important que la question de sa « quantité maximale », (il y a assurément des limites).

Je défends une position, quelque peu hétérodoxe, sur ce blog, car si l’emprise du 1% sur l’économie mondiale et la marche du monde est un fait indiscutable, et odieux, je ne partage pas l’approche par la solution « nous sommes les 99% », il s’agit, de mon point de vue, de comprendre, comment les 99% ont accepté tout ça et depuis si longtemps.

Aussi, ajouter quelques noms de notables de gauche au Circus Politicus, ne change rien. Par contre, la thèse du fascisme blanc, selon laquelle s’est développé, depuis des décennies, un exercice du pouvoir dont les mécanismes fondamentaux sont la démagogie et la corruption ayant largement pénétré l’épaisseur du corps social me semble beaucoup plus intéressante. L’idée clef étant : nous sommes dedans depuis longtemps et nous n’en sommes pas conscients.

Outre l’impression qu’il donne d’une ambition personnelle appuyée, c’est, à mon avis, la limite de Mélanchon, (beaucoup de bonnes idées , par exemple, c’est pas mal pour le sport) mais, pour passer à 55%, il doit faire croire au 40% qui lui restent à conquérir que eux aussi sont des anges, aussi cette injonction qui, par l’usage de la deuxième personne, « prenez le pouvoir » a de quoi mettre l’eau à la bouche à ceux dont le mode principal de satisfaction du circuit de la récompense est de trouver leur satisfaction dans l’échelle du plaisir hiérarchique- (rien à perdre ;))

§

Il me semble que les questions qui tournent autour de la propriété, relèvent d’une part de l’organisation de la justice sociale et, d’autre part, non pas de l’individu abstrait, mais de la transmission des histoires familiales lesquelles sont, entre autres, matérialisées dans des propriétés dont les individus ne sont que les servants.

Vous partez du schéma :

Droit(matière) + propriété(forme) + prix(fin) = capital(effet)

Cette composition est relativement structurée de façon cybernétique, car le « capital » vient renforcer en boucle les diverses causes, la matière sous forme d’actifs tangibles qui seront réintroduits comme facteurs de production, etc. Il me semble cependant que l’usage d’une syntaxe trop rigide risque de nous empêcher d’avancer, et qu’il est nécessaire d’introduire un niveau d’analyse englobant, c’est-à-dire le niveau de l’État, lequel permet de poser la question de la propriété de l’ÉTAT et de son accaparement, mais aussi celle de notre dépendance et notre enrôlement et dépersonnalisation par un fascisme blanc.

À fin heuristique, je schématiserai trois modalités de la propriété en tant que formes opératoires pour l’exercice de la justice. Ce découpage ne cherche, en premier, qu’à mettre en évidence la montée en puissance de l’ÉTAT et à partir de perte de la totale liberté de la puissance d’agir individuelle sur son propre lopin.

Cela va de : « à chacun un lopin de terre égal ».

En passant par : « l’État s’approprie une partie des fruits du travail de chacun, pour la redistribuer dans le but d’égaliser l’accès à un niveau équivalent de bien-être pour chacun »

Et jusque : « tout est « bien commun », organisons nous démocratiquement pour que la gestion du bien commun ne produise pas d’injustice »

Il y a en ces matières toute une problématique que nous ne pouvons passer sous silence, à moins de verser dans un individualisme méthodologique radical. En effet, l’égalité des chances, la justice sociale, suppose que les individus ne soient pas égalitairement dotés par leur histoire familiale, mais qu’au contraire, ils soient dotés de la seule et même éducation reçue de l’État. Dans une société où toute la propriété serait collective, qu’est-ce qui viendrait compenser les injustices issues de la répartition des talents individuels, car pour qu’une société fonctionne, il faut bien que les talents s’expriment, à moins que l’objectif de cette société soit de se maintenir en équilibre stable à la manière d’une société de cloportes.

Nous voyons assez bien que le communisme débouche assez facilement sur une bureaucratie, et nous ne savons pas autrement que par des incantations à l’homme nouveau et à la sainteté du prolétariat, comment ne pas retomber dans les mêmes travers ?

Pour ce qui nous concerne maintenant, nous peinons à percevoir que la redistribution produit une classe sociale de redistributeurs, laquelle se construit transversalement aux hiérarchies sociales et concentre son pouvoir, en instrumentalisant l’État, comme le montre la prise de pouvoir la superclasse bruxelloise, (Circus Politicus) sur la Grèce, mais aussi à la prise de pouvoir par la « clientélisation de la société carolorégienne », comme partout. Ce pouvoir que s’approprie la classe des redistributeurs devient sa raison d’être, ce qui suppose la reconduction des injustices contre lesquelles la redistribution est supposée lutter.

Plus grave encore, de ce fait, l’idée du recours à la situation d’affrontement pur entre bourgeois et prolétaires devient un schéma désormais inopérant. Le jeu de la « lutte des classes » se joue désormais à trois et dans l’ignorance que nous sommes d’être, depuis longtemps , plongés dans un fascisme blanc.

Nous avons toutefois sur ce blog, bien progressé. Les six mesures retenues par Paul cassent les principaux effecteurs du runaway financier, pourtant, les caractérisations des positions de Paul introduites par Vigneron et Marlowe comme communisme ou libéralisme « moderne », me semblent marquer, de part et d’autre, une volonté inconsciente de réductionnisme. Allez Vigneron sortez vos petits poings.

Le réductionnisme consiste à refuser d’envisager la commande extérieure d’un niveau d’organisation, et à réduire l’explication d’ensemble au fonctionnement d’un seul niveau d’organisation. Expliquer le social par le social comme le préconise Durkeim, fort bien, mais Paul ne suppose pas que la compréhension des mécanismes financiers suffit à expliquer l’ensemble du système social, c’est une évidence. En plombier qui voit avec précision les causes de la fuite, il cherche à réparer avant que le plancher ne lâche.

L’étape réductionniste est nécessaire à la compréhension ultérieure des niveaux englobants, lesquels commandent le niveau financier et, dont le groupe social qui contrôle le second niveau, plus politique, s’arrange pour laisser pisser la fuite au niveau inférieur et préparer la solution qui lui convient au niveau supérieur.

Pragmatiquement, l’attitude de P. Jorion me semble intéressante, car elle permet de distinguer ceux qui souhaitent l’effondrement du plancher et qui ne désirent surtout pas faire état que ce que le cadre néolibéral est déjà « contrôlé de l’extérieur », c’est-à-dire dans la perspective que j’adopte, « de l’intérieur par le fascisme blanc ».

Ne pas parler du niveau qui contrôle le cadre actuel permettra de prendre le contrôle des ruines, ou, tant qu’à faire, de se voir attribuer un strapontin dans l’opération d’ensemble qui offrira « à tous » de reconstruire un semblant d’ordre social bien ordonné en prenant, dans les décombres chacun à sa façon, et, dans la tension dramatique d’un spectacle bien organisé autour du « soin du peuple ».

Pour dire les choses sous un autre angle : dans une première étape, il était nécessaire de montrer que la structure du capitalisme piège l’accumulation d’argent dans la boucle autoréférentielle de l’intérêt pour l’intérêt. D’un point de vue méthodologique et pédagogique, il était donc légitime que Paul découple la corruption de l’analyse économique et la situe provisoirement comme donnée de la nature humaine.

L’approche inverse, et complémentaire, était, d’entrée de jeu , également éclairante, ainsi Jean de Maillardl’Arnaque a montré comment l’organisation systématique de la déviance fut une nécessité systémique de la survie du système financier dans l’enchaînement des crises démarrées à partir des Savings and Loans. Dans l’analyse de Jean de Maillard, l’organisation systématique de phases de déviance par rapport aux normes est sitôt suivie de l’institutionnalisation des formes déviantes (grâce au silence obtenu par la corruption de ceux qui devraient à chaque étape s’opposer). Dans cette perspective, la corruption est une nécessité systémique, et non pas « une donnée contingente de la nature humaine » qu’il conviendrait seulement d’encadrer. Dans ce sens, la propension à la déviance de la nature humaine serait instrumentalisée comme par les nécessités de la survie systémique du sous-système financier.

Toutefois il est également vrai que notre mode particulier de satisfaction du circuit de la récompense instrumentalise, ô combien, l’organisation de l’économie en raison de la téléonomie de son mode actuel de structuration.

La bonne nouvelle c’est que nous pourrions changer tout çà, si nous choisissons la justice comme cause finale, comme téléonomie du système social global, augmenter sérieusement les salaires, organiser le travail avec pour finalité du travail d’en faire une joie pour chacun, mais aussi expliquer au 99% pourquoi et comment ils ne sont pas des anges non plus, voilà il me semble le travail qui reste à faire, taire ce dernier volet, serait nous condamner à la répétition et à la généralisation du fascisme blanc.

« Nous parlons de fascisme blanc parce que les régions des sous-pouvoirs et des surprofits, parce que les zones noires et subreprésentatives qui échappent à la souveraineté juridique de l’État ont réussi à modifier celui-ci dans une direction qui amène les gouvernements à être dirigé par les partis tandis que ceux-ci sont contrôlés, c’est-à-dire financés par de l’argent noir, délinquant. En Belgique la corruption (je ne dis pas l’enrichissement personnel) est une condition de l’exercice du pouvoir : fascisme blanc et non pas « noir ou brun », parce que l’État, bien qu’instrumenté par les partis, n’est pas une caisse de résonance totalitaire, fermée sur soi, autarcique ; il est tout entier déporté, emporté par une économie mafieuse, dispersée, diffuse, instable et déstabilisatrice qui agit dans l’épaisseur du corps social.

Marcel Paquet, le Fascisme Blanc, mésaventure de la Belgique

Pour mémoire en 1984 déjà l’ouvrage de René-Pierre Hasquin « Jean-Claude Ier de Carolorégie » montrait la résistible ascension du « mode Van Cauwenberghe » de socialisme ; comme dit Godard « aujourd’hui ils sont sincères ». En pleine tourmente des affaireS, Van Cau déclarait en substance, naïvement et sincèrement : la justice n’a pas à me reprocher quoi que ce soit, je représente le peuple et la justice est à son service. Le plus inquiétant est que si l’équipe des affaires (ils sont 24) est en cours de jugement, le clientélisme de base semble poursuivre l’affirmation de ses droits auprès des nouvelles équipes, affaire à suivre !

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224 réflexions sur « RÉPONSE À PIERRE SARTON DU JONCHAY SUR LE DROIT DE PROPRIÉTÉ, par Jean-Luce Morlie »

  1. http://www.lepoint.fr/bourse/la-bourse-de-paris-termine-en-forte-baisse-1-62-03-04-2012-1448042_81.php

    « ….Les marchés espèrent notamment y déceler des signes annonciateurs d’un éventuel nouveau programme d’assouplissement monétaire pour soutenir l’économie. »

    « Mais selon lui ce sont les craintes sur l’Espagne qui ont une nouvelle fois sapé le moral des investisseurs.  »

    ===> La fréquentation du blog risque de s’améliorer, après « un trou d’air » en mars… 🙂

  2. La corruption qui est un thème écrit, est essentiellement lié au survivalisme dans le monde. En Occident et partout où le système mercantile de la surconsommation s’est développé, le survivalisme n’est plus vu comme un moyen réel de subsistance hors ses secteurs ne sont pas étrangers aux autres.

    L’hyperinflation ou les prix en milliards d’euros sont très clairement un mode économique qu’il faut prendre en compte dans le futur, dans une société en proie aux crises économiques. L’injection massive d’argent dans le système économique (comme dernièrement) favorise l’hyperinflation, de facto elle entraîne à son tour un mode de vie survivaliste, c’est à dire que la solvabilité n’étant plus la règle économique, un autre moyen de subsistance prends mécaniquement place dans la société, le survivalisme.

    Il y a une crise économique qui peut faire craindre que celui-ci soit amplifié, la crise de 1929. En pleine crise économique, les dirigeants avaient fait le choix du protectionnisme, des barrières d’échanges en pleine crise. Les effets en seront dévastateurs. Au moins vous êtes prévenu si ce choix tragique devait exister, ignorant totalement les erreurs du passé.

    Ainsi le développement local s’effondre et il n’y a même plus d’arrivée venant d’ailleurs pour pallier à cette défaillance, alors qu’il y a une crise économique, un emballement de nombreux facteurs dont le social ou l’écologie. Pourtant la corruption favorise le survivalisme, quant le volonté du profit à tout prix n’existe plus.

    L’hyperinflation a des effets très graves et très lourds dans une société, comme toutes crises économiques, le survivalisme devient très important, surtout si avant on va dans le marché actuel et en s’informant (via net ou autres médias) sur les possibilités de l’assimiler.

    Lien vers l’hyperinflation
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation

    Citation

    « L’hyperinflation est une inflation extrêmement élevée échappant à tout contrôle ».

    « Les causes de l’hyperinflation sont budgétaires, elles tiennent à une émission excessive de monnaie. »

    « La monnaie perd ses fonctions d’intermédiaire des échanges, de réserve de valeur et d’unité de compte. »

  3. Vous écrivez: « il faut bien que les talents s’expriment, à moins que l’objectif de cette société soit de se maintenir en équilibre stable à la manière d’une société de cloportes. »
    Je vois bien qu’une société de cloportes n’est pas votre tasse de thé! Néanmoins cette phrase en dit plus par ses non-dits que par elle même et c’est là, une des méthodes habituelles de la publicité et de la manipulation.

    Ainsi, pour vous « équilibre stable » = ‘société de cloportes’?; L’équilibre et la stabilité seraient donc des valeurs négatives ou en tout état de cause inférieures et nuisibles car proches des cloportes.

    Que faut-il alors leur opposer pour s’élever à la dignité humaine: déséquilibre, instabilité? je ne pense pas que tel soit votre propos. Alors, Mouvement, progrès, dynamisme, changement? On rentre vite dans les concepts mous qu’on nous sert depuis des générations.

    Je pense par ailleurs que les grandes impasses environnementales, énergétiques, climatiques et sociales qui se présentent dés demain devraient nous inciter à ne pas considérer les rares sociétés contemporaines de chasseurs-cueilleurs comme des sociétés de cloportes

    Je pense d’autre part que le talent n’a pas besoin de la propriété pour s’exprimer mais je suis peut être un idéaliste – ou un crypto-communiste!

    1. Je ne suis pas pour la stabilité, je suis pour la composition de trois modes de stabilité, le cycle, l’exponentielle, et la variété nécessaire, si vous en avez un quatrième, je prendrai !

      « la vie est un équilibre dynamique dans un système polyphasique » L. von Bertalanffy, courage !

      1. Je ne voudrais pas avoir l’air de celle qui sait, je n’en ai qu’une notion très sommaire mais « le saut quantique » ?

  4. @ BasicRabbit et autres thomistes…

    René Thom conclut son oeuvre philosophique par un, pour moi énigmatique:
    « Seule une métaphysique réaliste peut redonner du sens au monde. »

    DE THOM À THOMAS – L’UN CACHE T’IL L’AUTRE ?

    Question d’un candide : R.THOM serait il lui même un thomiste ?…

    Je m’interrogerai d’abord sur la résonnance particulière que prend sur ce blog la pensée de René THOM.
    Notamment par notre éminent spécialiste, le bien nommé BasicRabbit, qui tel un émir, prodigue la parole de son maître. N’étant commentateur sur ce blog, que depuis cette dernière quinzaine; j’ai conscience d’être encore dans un noviciat, à l’écoute des us et coutumes (il y en a toujours) de ses membres et invités.

    Et me voilà… tombant sur cette citation testamentaire de l’oeuvre de THOM, selon Rabbit;
    dont il souligne aussitôt la vision égnimatique qu’elle engendre en lui.
    Très intéressant !…
    – Elle me fait rebondir sur… la finalité même de ce blog et de son agora inclusive à vocation thomienne, pour comprendre et expliquer la situation générale de l’humanité sur la planète, avec une facette certes prononcée sur l’économie, mais qui va bien au-delà par son éventail anthropologique.

    Car la crise que nous traversons aujourd’hui et qui pousse le capitalisme à l’agonie, tire sur des racines plus anciennes encore que la «rupture galiléenne» et des techniques modernes (dont R. Thom se charge de nous expliquer les effets nuisibles…). Cette crise nous renvoie aussi, selon moi, au siècle de Thomas d’Aquin.
    En fait, quoi de plus normal que de voir notre modernité mourrante nous renvoyer à ses origines.
    Le siècle de Thomas d’Aquin connaissait une très grande fièvre dans les discours.
    Entre eux, contradictoires sur la maîtrise du rationnel et l’intelligibilité du monde et de l’homme, par la foi ou la philosophie renaissante. (La redécouverte de textes grecs anciens. L’apport intellectuel arabe…)
    Je pense qu’en «replongeant» la phrase de Thom (ci-dessus citée) dans l’incoercible crise; mettant en jeu la raison et la foi, le nom et la chose, nous pourrions donner à l’être humain, en nature, la possibilité de vivre – non plus dans la contradiction d’une modernité finissante mais dans la sublimation de l’individu en un corps social uni et constituant. Introduction à une nouvelle ère où le travail ne serait plus facteur de division mais d’union. (Shère du Nous).

    « Le travail est si bien divisé que l’un travaille et que l’autre récolte.» LANZA DEL VASTO

    1. Le thomisme emprunte à St Augustin la doctrine de l’illumination divine ( en fait un intellect humain qui serait une raison conforme à la grâce divine ) . Mais il emprunte aussi à Aristote le principe selon lequel il l’est rien dans l’intellect qui n’ait été d’abord dans les sens .

      Saint Thomas c’est la superposition du discours sur Dieu ( dimension sacée) et du discours « scientifique » ( dimension profane ) , du « Croire » et du  » Savoir » . . Avec Jésus Christ au milieu , pour résoudre la tragique appartenance au  » métaphysique  » et au  » physique ».

      Comment revenir à la propriété dans tout ça ? Assez évidemment pour ce qui me concerne :

      – la propriété , c’est le pont levis entre « Je » et  » Nous »

      – Le passage du « Je » au  » Nous » , nécessite un « quelque chose » qui dépasse le « Je » ( et le « Nous » ?) .

      – Si le « Nous » est un idéal ( est ce bien sûr pour tous les « Je » ?) , donc de « nature métaphysique » , la propriété qui y est un obstacle ,ne peut être transcendée et surmontée que par une métaphysique , une croyance .

      Le  » quelque chose » métaphysique , pouvant avoir de nombreux  » visaes » .

      1. Comme tout ce qui fait frontière, la propriété délimite le domaine du « je » et celui du « nous ». C’est d’abord le je qui est posé, le nous vient par différence. Les termes ne sont pas équivalents. S’il a trait aux besoins vitaux, au statut, à la rente, etc.. le droit de propriété a quand même une forte charge égotique. C’est une pile de pont un peu fragile… Le nous est plus une nécessité qu’un idéal, nécessité qui contraint les hommes à vivre ensemble. Le passage du « Je » au » Nous » (pourquoi ces majuscules?) c’est la vie ensemble. « Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition ». Montaigne. En réalité, le « je » est déjà le « nous », il l’a toujours été.

      2. @Ando :

        Ben oui .

        La vérité de Montaigne , c’est sa « propre » métaphysique pour passer de « chaque homme » ( le « Je ») à « l’humaine condition  » ( le « Nous » ) .

        Cette  » propriété » de Montaigne est heureusement partagée par un certain nombre , et elle semble avoir l’avantage de n’être pas  » malpropre » .

      3. Nous formons ou déformons le Je , c’est selon .
        le Je se tient un peu en dehors du notre sans cependant nous l’ôter .
        C’est clair, le je, le notre ici bas n’a que cela à faire, il se cherche , se perd ou se trouve, monte ou descend, puis parfois passe.
        ce Je, est le Je Suis , et pas que .
        c’est le sans prix qu’on vend , vendu à bas prix .
        et c’est aussi Humain .
        La Propriété , il n’en a qu’une , il est unique . Et par cela , chaque je a la sienne . Vous comprenez, cela devient Un ensemble de propriétés (de la matière) qui rejoint la matière .
        C’est donc, soit une boucle Adorable, soit Rien . dit autrement, c’est un effondrement, ou une Arche .
        Bonne Pasque quand même aux chercheux de vraie Vie .

      4. @Eric :

        Pâques , c’est presque aussi compliqué et multiforme que la propriété .

        Mais je n’ai pas encore entendu parler du droit de Pâques .

        Est ce que Pâques ,qui est l’expression d’une métaphysique , transmute ou anéantit la propriété ? Peut être , dans la mesure où le Dieu , reconnu comme seul transcendant , dépasse et le Je , et le Nous .

        Mais pour certains des croyants , il n’interdit pas l’usure .

        Dur , dur …

      5. ce sont des plans qui n’ont pas grand chose en commun . pour ne pas dire rien .
        l’un rend le monde malade, voire carrément mort . d’où les effets terrifiants dans le monde et qui achèvent de nous déposséder de tout . ( et lisant de ci de là les nouvelles , il y a de quoi être atterré )
        l’autre ? faut voir, sans doute le vivre . ne pas le réduire à soi . je vous dis , faut voir .
        En sortirons nous ? je n’en sais rien .
        En tous cas Pâques impose un certain Devoir ; On reverra après …

  5. @jicé
    Merci pour la vidéo,( j’ai évité Galouzeau) qui me conforte dans ce que je pense du don, qui est d’une extrème complexité pour qu’il ne soit pas perçu comme une dette par celui qui reçoit .
    En ce qui concerne le revenu universel, j’étais déjà, sans le savoir, dans la problématique de la « reconnaissance » lorsque j’ai posté plus haut que cela pouvait être considéré comme « un remerciement au fait d’exister ».
    A propos du don dans les entreprises j’avais trouvé ceci, que je n’ai pas le temps de lire :
    http://centremagellan.univ-lyon3.fr/fr/articles/305_620.pdf

    Le don pour qu’il soit véritablement un don, doit laisser le donataire libre de donner à son tour ou non.

    1. Gêne-Ero-Usitée ?

      Eros Plus Massacre / 1969 / VOST
      http://www.youtube.com/watch?v=GWkCrTUhJjU
      3h36

      «  »
      Eros+Massacre fait partie de ces œuvres majeures et complexes d’autant plus fascinantes qu’elles échappent à l’entière compréhension du spectateur, et finalement à son processus critique lui-même. Il convient de venir se perdre régulièrement en ce labyrinthe semé d’énigmes, pour y découvrir des lectures multiples propres à contredire la précédente. Yoshida nous plonge dans une constellation de doutes et d’interrogations, entre dialectique, scepticisme, maïeutique et ironie socratique quant au regard porté sur l’Histoire.
      Un peu à la manière des œuvres de Tarkovski ou du 2001 de Kubrick, Eros + Massacre est visible à l’infini sans en épuiser le contenu. Grand bloc formel à l’esthétique éblouissante, il est tout à la fois politique et expérimental, symboliste et érotique, métaphysique et fantasmatique et ne cesse de réinventer le cinéma. Yoshida affirme lui-même avoir voulu tester toutes les ressources du septième Art, tous ses langages, visuels et narratifs au point d’en conclure qu’il ne s’agit pas « d’un film de Yoshida mais d’un film que le cinéma a réalisé ».
      «  »
      «  »
      Eros+Massacre est le premier volet d’une trilogie où la réflexion autour des mouvements idéologiques et leur répercussion aux niveaux individuel, collectif et historique lui sert également de champ d’expérimentation formelle: après l’anarchisme, il s’attaquera au communisme dans Purgatoire Eroïca puis au nationalisme dans Coup d’état. » »

      http://www.culturopoing.com/Cinema/Kiju+Yoshida+Eros+Massacre+-771

      Belle nuit

  6. Bonjour Martine,
    Votre commentaire aimable et précis me tiraille. Et Jean-Luce insiste très justement à pinailler sous votre aiguillon. Ce qui m’a amené à ce blog, c’est d’avoir achevé un livre de 600 pages en lisant Comment la vérité et la réalité furent inventées. J’ai vécu à l’intérieur de la banque la montée du cataclysme actuel. J’ai vu comment la vérité et la réalité financières ont été inventées par le discours de la déréglementation, de l’auto-régulation et de la gouvernance autocratique ; réalité construite par la vérité révélée du modèle financier, par des calculs discrets et des normes distraites de toute réalité sensible et véritablement humaine.

    Nous sommes bien dans un totalitarisme inversé. Ce n’est plus le discours qui sature la réalité pour supprimer la liberté ; c’est la réalité financiarisée qui sature le discours pour supprimer la délibération du vivre ensemble. La crise des subprimes est la réalité réduite par le « parcellitisme » qui se met à s’effondrer sur elle-même : l’autorité politique et personnelle, la loi et la volonté sont enfermées dans un crédit abstrait ; c’est à dire dans la spéculation libre des formes détachées de toute matière et de toute finalité. La spéculation interdit l’effet sur la réalité. Le crédit est nominalement comprimé pour dégager des plus-values comptables qui « prouvent » la stabilité d’un système creux. La systémique du vide s’est substituée au système de la vie humaine délibérable dans la politique.

    J’entends bien que mes billets et commentaires sont trop longs et trop denses. Mais nous sommes espérons-le dans un changement de paradigme où le discours oral et écrit va restructurer notre réalité pour lui redonner un sens. L’Internet des bases de données, des blogs et des liens hypertextes constitue l’infrastructure du nouveau langage en formation. Ce langage est celui de la finance vraie qui se construit actuellement sous la fausse finance. La finance vraie est l’intelligibilité systémique de la réalité physique cohérente avec sa métaphysique ; de la réalité transformée par le discours délibéré du bien et du prix ; de la réalité servie par des personnes libres de leur travail aux personnes libres de leur volonté.

    Désolé de cette dernière phrase encore trop dense pour compenser la désincarnation du réel par la finance off shore. Votre interpellation reste sans réponse ! 😉

    1. @Pierre Sarton du Jonchay

      Mais nous sommes espérons-le dans un changement de paradigme où le discours oral et écrit va restructurer notre réalité pour lui redonner un sens.

      Bonjour Pierre,

      Le changement de paradigme consiste justement à passer du « discours » à quelque quelque chose de plus vrai, de plus réel, de plus en lien. Avec la vie, avec le temps, avec le corps. De la même manière qu’il s’agit de concevoir une monnaie à vivre, le langage doit être une parole à vivre. C’est tout l’enjeu d’Internet, effectivement. C’est donc moins à mon sens la longueur de vos textes en tant que telle qui « pose problème » que le fait que vous perdiez dans l’expression intellectuelle de vos idées le fondement de toute votre démarche : la simplicité. Simplicité que l’on retrouve dans vos réponses à des intervenants et également dans vos petites phrases pleine de fulgurance.

  7. @PSDJ, ça fait quoi de voir un billet de commentateur de son billet récolter (à biste dé nase…) trois fois plus de réactions ?
    Ps : c’est cré cré mal je sais, mais j’ai lu l’original (le PSDJ), pas la réplique (le Morlie)… euhhh si : le titre et l’intro.

    1. @Vigneron,
      Je trouve les commentaires déclenchés par Jean-Luce tout à fait intéressants. Mais je ne sais pas dire pourquoi mon billet ne les a pas directement déclenchés. En matière financière, c’est l’effet de levier qui compte ! Qu’en dites-vous ?

      1. Trop aimable avec les commentateurs PSDJ. Quant à ce pourquoi, il serait bon assurément de par là creuser un peu, non ? Pour ce qui est du levier, j’ai comme la sensation que vous n’êtes pour le coup ni d’un coté ni de l’autre de la barre, mais bel et bien en-dessous, en point d’appui, non ?

    2. L’effet de levier ; je place un commentaire en réponse au billet de Pierre, et reçois sitôt , un mail

      « Ton dernier commentaire …. a été mis en billet. Paul. »

      😉

      A+

  8. Sans la volonté de m’immiscer dit-on en le faisant, je propose la réponse suivante : trop peu de champlgnons dans vos textes, chaque notion est clairement définie et délimitée et c’est un bonheur mais aussi une difficulté.
    Donc pour vous répondre il faut examiner attentivement tous les éléments et leurs rapports et le fil court si vite. Ce qui n’implique pas l’arrêt de la réflexion sur vos propos.

  9. L’Esprit, Le Je ou la Parole ne peuvent être la propriété de quelqu’un sauf s’il s’est laissé possédé par ce Je , par l’Esprit . Et comme le monde , ou un corps quelconque livré à son seul commerce, ne peut tenir sans cet Esprit, il tombe dans des formes chaotiques sacrément douloureuses , cercles de violences en chaines, jusqu’à sa fin. L’esprit singulier d’un homme peut se relier à cet Esprit universel et réciproquement , Si cet homme a une assise. La question revient à ce que cet homme soit nombreux . Et comme il n’ y a pas cela, sauf pour les quelques rares encore vivants, les autres noyés dans la course chaotique ne peuvent plus rien entendre , drogués ou sous illusions de toutes sortes . Ce qui fait depuis des siècles un déséquilibre terrible génétique et patrimonial , tant symbolique que matériel , puis des violences révolutionnaires qui réitèrent les mêmes schémas .
    parce que vous le savez , L’Esprit donne de l’ascendant sur les esprits . Ainsi, tout est clos .
    Et ce ne sont pas quelques misérables lettres qui vont renverser une situation plutôt catastrophique . Un cancer généralisé, une errance globale, et des défiances partout d’une humanité aux abois sachant la pente irréversible et qui tente de bricoler des remèdes.
    Il n’est cependant pas exclu que « Quelqu’un » ait Semé des graines d’un nouveau genre sur cette Terre maudite.
    ce Quidam ne pouvant plus désormais être mis sous tutelle .
    Avant que ces germes deviennent adultes, il faut bien sur un certain temps. Comme pour du goutte à goutte . ou des œufs disséminés partout …

  10. Propriétaires de Riens
    Nous subissons la loi des violents
    Déguisés en doux .
    Envoutés depuis l’enfance de l’homme
    jusqu’aux sphères dégrisées,
    partout ou presque la même fumée,
    le Démon qui empêche le Passant.
    « Passant » dans les deux sens.
    Empêchant l’es hommes de savoir
    ce qui leur est en Propre
    et qui font qu’ils courent désespérément en tous sens.

    Une fois entamée cette per-version
    on peut signer tous les papiers
    tous les billets …

    P.S qui n’a rien a voir
    C’est vrai qu’on donne de la valeur à un homme , on dit c’est un homme valeureux ou non .
    on ne peut pas dire, il vaut tel prix . s’il a un prix, alors il ne vaut rien .
    quoique ceci ne soient que des mots , on peut encore donner du prix à la vie . ici le prix est sublimé .
    comme quoi donner et avoir ne sont pas la même action… c’est trop bête .

    1. Savons-nous que prier et prix sont de la même racine. Si je prie quelqu’un de quelque chose et que quelqu’un me l’accorde, alors nous donnons un prix au quelque chose. Ni moi ni quelqu’un n’avons pour autant un prix mais uniquement le quelque chose. Entre êtres humains nous ne pouvons que nous prier. Mais nous demeurons au-dessus des prix que nous produisons ; sauf si nous acceptons de nous déshumaniser…

      1. @PSDJ
        Je crois avoir trouvé pourquoi vous n’avez pas entendu ce que j’ai tenté de vous faire entendre dans mon refus que vous utilisiez le terme « étalon » à propos du Bancor et de la réforme du SMI.

        Zhou Xiaochuan dit ceci dans la traduction anglaise (pas la moindre idée de terme en chinois dont provient cette traduction mais ça mériterait de poser la question à un spécialiste des enjeux sémantiques en chinois).
        There were various institutional arrangements in an attempt to find a solution, including the Silver Standard, the Gold Standard, the Gold Exchange Standard and the Bretton Woods system.
        Je vous soupçonne d’être de par votre activité très immergé dans la pratique de l’anglais financier, commercial etc.

        P. Jorion avait écrit un jour sur son blog qu’il ne disait pas la même chose selon qu’il s’exprimait en anglais ou en français. Ce qui me paraît juste.

        J’ignore comment vous déportez le « Standard » anglophone dans la langue de Molière mais ça pourrait bien être « étalon ».
        Il serait d’ailleurs approprié de traduire directement Zhou Xiaochuan en français sans la chicane de l’anglais et vous connaissez sans doute tous les débats relatifs à la traduction de l’ancien testament selon les sources Latin/Grec/hébreu en français contemporain.

        Alors Standard Vs Étalon, voyez ce qu’en dit Le grand Robert historique.

        STANDARD n. m. et adj. inv. est emprunté 1893) après quelques attestations isolées (1702, 1857. 1883. alors cité comme mot anglais) à l’anglais standard n. « étendard »-. « bannière »- (1154). qui prend le sens d’étalon de poids et mesure- (1429.- 1622. Adj.). Ce mot a été emprunté à l’ancien français estandart (1080; étendard) par l’intermédiaire de l’anglo normand estaundart: le mot signifiait « étalon de poids »- en ancien français (XIII’ s.l et en anglo-latin (standardus). En français. le mot s’est employé, cité comme mot anglais pour désigner- le titre légal de la monnaie ou des matières d’or et d’argent en Angleterre. Il désigne (1905) un type, une norme de fabrication, d’où un emploi adjectif (1905), spécialement dans la locution échange standard (1931) -remplacement d’une pièce usée par une autre du même type-. Le nom désigne en particulier les caractéristiques définissant un système de télévision (v. 1950). Standard de vie (1927) s’est employé pour niveau de vie: c’est un calque de l’anglais standard of living ou standard of life relevé en 1868 dans un journal français ‘l’anglais standard avait le sens de -degré de perfection, de réussite- depuis 1701). Par figure et. péjorativement le mot signifie seulement en français (1930), -conforme au modèle habituel, sans originalité- (le modèle standard).

        @ ÉTALON n. m. apparaît sous la forme estalon (v.1180, variante estelon), dérivé de l’ancien français estal ou estel-pieu, poteau. (fin XII » s.). Ce dernier est issu du francique °stalo ou °stelo, restitué par le moyen néerlandais stale -pieu, poteau, stele -manche, tige., le néerlandais stel. Le mot, d’abord attesté avec le sens de « poteau » qu’il n’a pas conservé, désigne au XIV » s. (1340-1341) un baliveau de l’âge de la dernière coupe. Au début du XVII » s. (1606), il prend le sens technique de « cheville reliant deux pièces de bois enchâssées dans des mortaises » et désigne une pièce de bois posée à terre sur laquelle les charpentiers tracent l’épure d’une charpente (aussi ételon). – Au début du XIV » s. apparaît le sens aujourd’hui courant de « modèle légal de mesure » ; représentation matérielle d’une unité de mesure• (1322). Son origine est incertaine. Cette acception apparaît en latin médiéval (stalonnus, 1275; stalo, 1282); le moyen néerlandais stael « échantillon, modèle » permet de supposer un étymon francique stalo « modèle de mesure », dont les rapports avec °stalo « pieu, poteau » ne sont pas éclaircis. P. Guiraud postule l’identité des deux mots : °stalo « pieu » aurait pu évoluer vers le sens de « jauge », « bâton gradué », l’étalon (de mesure) étant « le modèle à partir duquel on reproduit la mesure »•, comme l’étalon « cheval » est le reproducteur de la lignée. Étalon « modèle légal de mesure »• se dit spécialement (XIXs) du métal sur lequel est fondée la valeur d’une unité monétaire (1846, Balzac) : étalon-or, étalon-argent. Au figuré, le mot est un synonyme littéraire de modèle, archétype (déb. xx » s). De ce sens. courant, de ÉTALON dérive @ÉTALONNER v. tr., d’abord « vérifier (une mesure) » par comparaison avec un étalon. (1390, estalonner) puis par extension « graduer (un instrument) » conformément à l’étalon. (1690) : étalonner un appareil de mesure. _ Du verbe dérivent ÉTALONNAGE n. m. (1458, estalonnage), ÉTALONNEMENT n. m. (1540) et le terme technique ÉTALONNEUR, EUSE n. (1636, masculin).

        Le « horse-power » qui a inspiré le « cheval-vapeur » est présent en anglais au 18ème siècle, mais il n’existe pas de « Stallion-power ». Le « stallion » anglais pour parler du cheval-étalon-reproducteur français conserve bien la trace « stalo » qui fabrique l’étalon de mesure français mais ne permet pas aux anglophones d’option staliste, ils ne sont pas, j’ose, stalien. Le cheval-vapeur, tout le monde sait que c’est un vrai étalon, et si c’est un vrai étalon, que devient la vérité de la bestiole qui broute dans les prés ?

        Décorrélé de tout arrimage référentiel la future unité du système monétaire internationale ne peut recevoir le label d’étalon au sens français du terme, mais tout à fait le label de « standard » au sens français également. Car ce ne peut être qu’un étendard, une bannière, un drapeau, bref un signe renvoyant de façon à énigmatique à d’autres dont on ne connaitra la valeur d’échange sous la forme du prix payé, qu’au moment où si j’ai bien compris, une balance mesurera la quotité au regard des échanges commerciaux entre deux États-Nations ou regroupent d’États-Nations avec deux monnaies nationales, dans une chambre de compensation où de drôles de rapports ont lieu.
        Le kilo comme le mètre partout où ils ont été adoptés fonctionnent comme des noms propres. Pas traduit mais translittérés ou transcrits, comme les monnaies le sont déjà. Ce ne peut être que par ce biais que pourrait fonctionner pour une monnaie internationale, et donc une UMI ou USMI , pour Unité de Monnaie Internationale ou Unité du Système Monétaire International, en somme à la façon dont Jorion intitule « L’argent » et « Le prix » ses bouquins où il parle de l’argent et du prix, ou Lacan intitulant « Écrits » le livre de ses écrits ou « Télévision » la transcription de son interview à la télévision.

        Je ne vois aucune raison à que ce qui s’échange matériellement entre les hommes et qui fait donc sens pour eux, échappe à l’à-peu-près de tout échange langagier entre langues et même au sein de la réputée même langue, il suffit de fréquenter le blog de Paul Jorion pour constater que la foire ou le marché des échanges produit des détournements, des appropriations illicites, des escroqueries flagrantes, mais aussi des dialogues où chacun repart satisfait de son échange, pour parfois s’apercevoir quelques temps après que ce n’était pas tout à fait ce qu’il avait cru qu’on lui a refilé. La vie quoi !

      2. C’est vraiment clair, il y a les bénis, et puis les maudits qu’on ne prie pas , qu’on jette . qui ne valent rien .
        ça c’est trop étrange . sans doute les nantis d’argent n’en savent rien, il ne font qu’obéir à cette loi subconsciente ou acceptée comme normale , qui donne bonne conscience. et tout baigne ….
        dans le bénitier .

      3. @Rosebud1871,

        Je reformule cette analyse comparative entre le standard et l’étalon afin que vous me conduisiez à la compréhension de votre propos. Quand j’ai interprété le bancor comme un étalon, vous semble-t-il que j’ai pensé en réalité au « standard » qui n’est pas le résultat d’un choix collectif mais une référence tirée d’un usage moyen ? Avez-vous dans ce cas voulu me rappeler que le bancor ne peut pas être un étalon comme le mètre ou le kilogramme vu qu’il n’existe pas de phénomène physique objectif uniforme pour produire le bancor ?

        Avec le recul et si j’ai bien compris l’anglophone Keynes, le bancor est effectivement plus un standard qu’un étalon au sens où les latins l’entendent, c’est à dire une convention de mesure matérielle objectivée. Dans les propositions de Keynes, la « valeur » du bancor ne pouvait pas être convenue une fois pour toute ; il fallait qu’un comité international soit formé afin de reformer en permanence le standard selon des phénomènes sommairement modélisés. C’est à ma connaissance la raison profonde de l’abandon du système keynésien ; les États-Unis se sont rendus compte que leur concordance conceptuelle avec les Britanniques était assez faible quant aux modalités de gestion du futur standard monétaire international. Le coup de force du dollar exchange standard s’est imposé de lui-même : la gestion du bancor n’était pas suffisamment standardisée pour remplacer le dollar qui avait financé l’effort de guerre des alliés.

        Si le système de Keynes doit être repris aujourd’hui c’est parce que le dollar a été déstandardisé par les subprimes ; parce que la finance moderne lui a substitué un étalonnage du prix indépendant des monnaies ; enfin parce que les prix financiers sans monnaie sont un non-système qui instaure la guerre civile numérique incompatible avec la vie humaine. Concrètement l’étalonnage des prix internationaux hors des monnaies fabrique de la monnaie gagée sur la fin du monde d’un Fukushima financier géant. La liquidité monétaire est devenue une matière radioactive qui détruit de l’intérieur de la société humaine toute activité économique.

        Si le système de Keynes doit être remis en chantier, ce ne doit pas être pour remplacer le dollar et l’euro par un standard international que j’ai improprement nommé étalon mais pour créer une monnaie qui soit l’étalon d’un système international de monnaies. Ai-je compris ce que vous vouliez dire en affirmant ici qu’une monnaie n’est pas un étalon ? Autrement dit, si je tire l’interprétation, la compensation keynésienne n’est pas une solution si elle repose sur un standard privé dont la formule est secrète. En revanche, la chambre de compensation internationale peut fonctionner avec une monnaie internationale étalonnée par l’engagement des Etats de garantir la responsabilité juridique de tout emprunteur et de tout prêteur.

        Dans ce schéma, la monnaie internationale compense les crédits internationaux ; elle est gagée par un étalon de crédit international qui est pur engagement subjectif à faire varier le prix des monnaies nationales pour assurer le remboursement de tout emprunt international. Ai-je compris ce que vous m’aviez dit ?

      4. @Pierre Sarton du Jonchay 7 avril 2012 à 12:59
        §1 :

        Quand j’ai interprété le bancor…

        Je conclus que vous avez traduit standard en étalon.

        Avez-vous dans ce cas…

        Oui, pourtant vous connaissiez Denis Guedj
        § 2
        Un étalon depuis l’avènement de la science a une prétention scientifique universelle, donc pas de restriction aux « latins ». Il ne s’agit pas ça.
        Puis OK jusqu’à « phénomène sommairement modélisés.
        Pour la suite vous faites l’impasse sur le rapport de force politique de l’époque, qui ne permettait pas aux anglais de discuter ni de s’opposer. Il ne s’agissait pas embrouillamini de

        concordance conceptuelle

        , mais de rivalités, d’impérialisme, etc.
        §5

        « Si le système de Keynes doit être remis en chantier, ce ne doit pas être pour remplacer le dollar et l’euro par un standard international que j’ai improprement nommé étalon mais pour créer une monnaie qui soit l’étalon d’un système international de monnaies ».

        C’est drôle, vous réintroduisez l’étalon après l’avoir reconnu inapte à rendre compte du système. Si à mon tour j’ai bien saisi l’astuce, il s’agit d’un opérateur, d’une fiction comptable, d’un artifice, qui permettrait à intervalles réguliers par fixing d’ajuster le cours de chaque monnaie nationale ou communes à plusieurs Nations, en fonction des échanges commerciaux positifs ou négatifs de ces Nations vis à vis de l’ensemble des autres, comme de chacune d’elles.
        Pour que ce système tienne il me semble exclu qu’il puisse servir à autre chose, par exemple acheter ou vendre un minerai, au hasard, de l’or. Et si Keynes le nommait Bancor et envisageait que l’or dans un premier temps permette d’acheter du Bancor, ça ne pouvait être qu’un geste courtois ou de soumission vis à vis des alliés d’outre atlantique, car cette exception qui rend instable toute la proposition est à écarter absolument. Bye bye l’étalon, plutôt que buy buy l’étalon.

        Alors nommer « monnaie » un signe qui permet d’articuler entre elles des monnaies nationales qui elles représentent en puissance un référent ultime, on pourrait dire que c’est de la « monnaie des monnaies », mais « le signe du signe » n’est jamais qu’un signe, alors à quoi bon ?
        Par contre en inversant une lettre, le singe du signe, bref non pas de la monnaie de singe, mais du singe de la monnaie, c’est plus drôle.
        Écririez-vous que les DTS sont de la monnaie ? alors que vous écrivez que les 1000 millards de $ puis d’€ crées détruisent le sens du signe.
        La différence avec les DTS tient à l’articulation à l’ensemble des monnaies contractuelles au nouveau système et non aux 4 dominantes aujourd’hui et au vase communiquant de la balance du commerce extérieur.
        Dire USMI comme j’écris plus haut tente d’évider le sens « monétaire » qu’on se précipite à faire valoir à une suite de chiffre en € £ $ etc. Car si j’ai compris, il s’agirait d’une chambre de compensation mondiale ou interviendraient des États et non des banques, si ce n’est quand on leur demande d’aller faire les commissions commandées.
        Vous semblez écrire dans le même sens avec votre vocabulaire dans la suite du 4ème § et au 5ème § ?
        Suis-je lisible ? Vigneron écrit que non !

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