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L’actualité de la crise: les débats s’engagent sur les taxes de la finance, par François Leclerc

Billet invité.

LES DEBATS S’ENGAGENT SUR LES TAXES DE LA FINANCE

Barack Obama, soucieux de reprendre l’initiative et de se démarquer de Wall Street auprès des Américains, n’a pas attendu avril prochain et les conclusions de l’étude confiée au FMI à propos de la taxation des banques, afin de déterminer quelle pourrait en être la meilleure formule. Il a pris les devant et, après étude des différentes possibilités qui s’offraient, en à choisi une. Celle d’une taxation au prorata des engagements d’une cinquantaine des principaux établissements financiers opérant aux Etats-Unis (américains et étrangers), assorti d’un montant global à recouvrir (pour l’instant estimé à 90 milliards de dollars) ainsi que d’une période d’a priori dix années pour l’atteindre.

Ce faisant, il a voulu couper court à toute taxe permanente, ainsi qu’à une taxe sur les transactions financières. Se réfugiant sous l’ombrelle de la loi instituant le TARP (le plan de sauvetage public de 700 milliards de dollars), qui avait prévu, mais seulement sur le principe, que les sommes engagées devraient être remboursées. Ecartant au passage toute estimation supérieure qui prendrait en compte non seulement ses coûts directs, mais tous les autres qui ont été engagés par l’administration et la Fed avec ce même objectif.

S’il est prématuré de chercher à estimer l’impact que va avoir dans l’opinion publique ce projet de taxation, qui doit encore être adopté par le Congrès, il peut être sans attendre relevé qu’il est donc à tiroirs et ne manque pas d’habilité. Dans l’immédiat, il a permis à Barack Obama, dès son allocution radiophonique hebdomadaire du week end, de prononcer des mots bien sentis à propos de ceux qui veulent revenir au « business as usual » : « Si les grands établissements financiers peuvent se payer des bonus massifs, ils peuvent rembourser le peuple américain ». Ou bien : « Les mêmes établissements qui récoltent des milliards de dollars de profit et qui annoncent distribuer plus d’argent en bonus et compensation qu’il n’en a jamais été versé dans l’histoire, plaident maintenant la pauvreté, c’est une manière de voir les choses. »

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L’actualité de la crise: confusions et indécisions, par François Leclerc

Billet invité.

CONFUSIONS ET INDECISIONS

En peu de temps, de nombreux éléments concordants sont venus accréditer l’idée que nous sommes probablement au début d’un tournant de la crise. Sans être en mesure de comprendre où celui-ci va nous conduire. Comme si tous les discours dont nous avons jusqu’à maintenant bénéficié étaient épuisés, leurs veines taries, que le temps des pronostics de circonstance était révolu, et qu’il allait falloir passer d’une manière ou d’une autre à l’acte, mais lequel  ?

On perçoit dans l’actualité qu’une réelle incertitude s’approfondit dans les milieux qualifiés de décisionnaires, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, selon des modes et des sujets différents. A laquelle semble correspondre une non moins réelle et palpable indécision. L’heure est encore à l’énumération des multiples dangers qui nous menacent, celui des déficits publics ayant succédé à celui de l’inflation, qui n’était plus crédible, sans que l’on soit encore franchement entré dans le vif des sujets qui risquent de fâcher. Il faudrait en tirer les conséquences, mais lesquelles précisément ?

A Washington, on est étourdi par une multiplication d’initiatives qui partent un peu dans tous les sens. Venant du Congrès ou de l’administration, toutes témoignent, dans leurs genres respectifs, de la même exigence ressentie par leurs acteurs : aller à la rencontre de l’opinion publique, à défaut de résoudre l’essentiel de ce qui la préoccupe, c’est à dire le chômage. Alors que les mégabanques poursuivent sur leur brillante et impudique lancée.

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L’actualité de la crise: le syndrome Japonais, par François Leclerc

Billet invité.

LE SYNDROME JAPONAIS

Parmi les certitudes qu’il est envisageable de partager à propos de cette année à peine entamée, si toutefois un tel réconfort est recherché, il en est une à propos de laquelle on ne risquera pas de se tromper. Ce sera la montée en puissance des déficits publics, occasion d’une sourde et insistante campagne destinée à convaincre de l’inéluctabilité des sacrifices qui nous attendent et auxquels nous allons devoir nous résoudre. Une fois que la responsabilité de ceux qui sont à l’origine des déficits sera autant que possible estompée, ce qui n’est pas très bien parti.

Si on écoute le choeur des sirènes du FMI, de la BCE et de l’OCDE – qui ont pris les devants -, les formules employées pour inciter les gouvernements à s’engager dans cette voie sont d’une prudence de Sioux, exprimant combien le sujet est délicat, à manier avec précaution, risquant même d’être explosif. Impossible de résister et de ne pas citer longuement, à propos de ce terrain glissant, le communiqué du FMI, dont l’inimitable jargon n’a d’égal que l’admirable imprécision. Cette institution propose à ses membres l’adoption sans tarder de règles encadrant le déficit budgétaire afin de lutter, dès que possible mais plus tard, contre la dérive de la dette publique. On croit entendre une banque centrale expliquant qu’elle saura retirer les liquidités du marché quand ce sera opportun, mais qu’elle s’en gardera autant de temps qu’il sera nécessaire. L’art de prôner une politique tout en ne la mettant pas en oeuvre  !

Ces règles, précise le FMI, « visent à corriger les distorsions dans la définition de la politique économique, en particulier la tendance des gouvernements à une vue à très court terme du fait des cycles électoraux, et les demandes rivales de groupes d’intérêts spéciaux. » Il est doctement ajouté  : « En se projetant dans l’avenir, et en regardant au-delà de la crise, des cadres s’appuyant sur des règles peuvent être utiles à ancrer les attentes concernant la viabilité des budgets, mais ils doivent tenir compte des circonstances propres au pays ». Pour être crédibles, ces règles doivent comporter « un lien non ambigu et stable entre la cible chiffrée et l’objectif ultime, tel que la viabilité de la dette publique, une souplesse suffisante pour réagir aux chocs, et un mécanisme institutionnel clair pour transformer les déviations par rapport aux objectifs chiffrés en incitations à prendre des mesures de correction ». Redescendant à temps sur terre pour conclure son communiqué, le FMI propose d’éviter « un ajustement excessivement brutal », ainsi que de privilégier un « plan réaliste d’ajustement, accompagné d’un calendrier, soutenu par des politiques adéquates ». Munis de ce solide vade-mecum, les gouvernements sont désormais parés.

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L’année 2009 : l’ère du semblant

Paraît dans L’ENA hors les murs No 397, janvier 2010.

L’année 2009 restera sans doute comme la plus extraordinaire dans les annales de la finance. Des règles fondamentales qui dictaient son organisation furent suspendues, de peur que la poursuite de leur application ne mette tout l’édifice économique en danger. Le caractère tout à fait exceptionnel des circonstances conduisit à la mise en place de l’équivalent d’un état d’urgence où les problèmes qui se posaient étaient réglés au cas par cas par les autorités en charge, donnant leurs directives hors des cadres convenus, autorités administratives, directeurs de banques commerciales et président de banque centrale prenant leurs décisions conjointement dans l’ignorance de tout protocole, et ceci en Europe aussi bien qu’aux États-Unis en raison de l’urgence et parce que les chiffres économiques calculés à l’abri des regards indiscrets mettaient en évidence une insolvabilité généralisée. Le monde était entré dans une période où le système capitaliste ne pouvait plus fonctionner que par le jeu de mesures ad hoc improvisées. Jamais sans doute on ne parla tant de transparence, jamais pourtant l’opacité ne fut davantage à l’ordre du jour.

La fin de l’année 2008 avait offert le spectacle de la déliquescence de la seconde administration Bush, naviguant à vue sur un océan de mauvaises nouvelles, incapable faute de temps, de mettre en place une politique innovatrice. Barack Obama avait été élu président des États-Unis et prendrait les rênes du pouvoir en janvier 2009. Il s’agissait d’un homme jeune et dynamique : le cauchemar, pensait-on s’achèverait bientôt !

Il n’en fut rien. Durant la campagne présidentielle, pressé par sa base populiste, John McCain, le candidat républicain avait adopté une attitude sans concession à l’égard de Wall Street, menant en particulier la fronde contre le « Plan Paulson » destiné à stopper la gangrène par une injection de fonds au montant jusqu’alors inouï de 700 milliards de dollars. Obama, prenant de la hauteur, tenait lui des propos modérés. Wall Street n’hésita pas un instant et vint se ranger comme un seul homme sous sa bannière. Le sort en était jeté : Wall Street apporterait son soutien au candidat démocrate, tandis que Goldman Sachs, son fleuron, devenait son principal soutien financier. Wall Street embrassait Obama et, c’en était fait de lui.

Le monde attendait du nouveau président un « New Deal » ambitieux à la hauteur de l’enthousiasme qui l’avait porté au pouvoir et ne se vit offrir à la place qu’une tentative dérisoire de reconstruire à l’identique le système dont l’irrémédiable effondrement avait été observé dans la stupeur l’année précédente.

La bulle du crédit avait été d’une dimension inédite et l’on découvrait rapidement que le trou creusé par son éclatement était si grand que les moyens pour le combler manquaient, et ce malgré un doublement du déficit budgétaire des États–Unis. La tentative de reconstruction tourna rapidement au fiasco et l’on décida alors d’instaurer un état d’urgence qui permettrait la mise entre parenthèses des règles prudentielles régnant d’ordinaire. Citons parmi les oukases les plus spectaculaires et les plus choquantes : l’obligation faite sous la menace au FASB, le Financial Accounting Standards Board, l’organisme américain chargé des règles comptables, de modifier dans un sens favorable le mode de calcul du prix des produits financiers dépréciés, ou la directive encourageant les organismes de crédit à s’abstenir d’enregistrer comme pertes la différence entre la somme encore due et la valeur du collatéral lorsque la seconde était devenue inférieure à la première. Le contexte d’un tel abandon des principes les plus élémentaires de gouvernance était celui d’un « tout est bon » généralisé où la Federal Reserve distribuait ses faveurs sans révéler ni à qui ni pour quel montant, prétextant que la divulgation de ces informations fausserait la logique concurrentielle.

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L’actualité de la crise: la crise sous son angle politique, par François Leclerc

Billet invité.

LA CRISE SOUS SON ANGLE POLITIQUE

Le 16 décembre dernier, deux sénateurs républicain et démocrate déposaient un projet de loi intitulé « Banking Integrity Act », qui n’a pas probablement pas fini de faire parler de lui. En une seule page et trois articles, John Mc Cain (R) et Maria Cantwell (D) ne proposent rien de moins que de rétablir la principale disposition du Glass-Steagall Act, qui avait instauré en 1933 une stricte séparation entre banques de dépôts et banques d’affaires. Un mur qui avait été ensuite abattu en 1999, par le Gramm-Leach-Bliley Act. Cela pourrait être courant janvier que Christopher Dodd, président de la Commission des Banques du Sénat, devrait annoncer le sort qui sera réservé à ce projet, qui suscite actuellement d’intenses discussions. Un projet similaire avait bien été déposé sur le bureau de la Chambre des représentants par Maurice Hinchey (D), mais il n’avait pas été retenu au sein du paquet de mesures de régulation financière adopté le 11 décembre dernier. Les dispositions votées prévoyant que les régulateurs pourraient seulement, si jugé nécessaire, instaurer au cas par cas un tel démantèlement.

Les opposants à ce nouveau projet de loi sénatorial, très mobilisés sous la bannière de la toute puissante American Bankers Association, ont beau jeu pour s’y opposer de faire valoir, examen des épisodes successifs de la crise bancaire à l’appui, qu’une telle séparation n’aurait pas empêché celle-ci de survenir. Lehman Brothers, pour ne prendre que cet exemple, n’ayant que des activités de banque d’affaire. Mais ils feignent d’oublier un événement majeur, alors intervenu dans la précipitation la plus totale : l’obtention par Goldman Sachs et Morgan Stanley du statut de compagnie bancaire, leur donnant accès aux liquidités de la Fed. Le retour à une séparation des activités bancaires aurait, en effet, comme conséquence la perte de ce soutien décisif pour celles qui ne conserveraient que le statut de banque d’affaires. Autant dire qu’elles auraient été condamnées dans le cours de la crise actuelle et le seraient tout aussi probablement si une nouvelle crise survenait. Si l’on veut réécrire l’histoire, il faut le faire pour tous ses épisodes.

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Escroquerie à la Réserve fédérale : de Bernanke à Bernankoff ?, par Onubre Einz

Billet invité. Vous avez été plusieurs à me signaler ce billet. Je me suis adressé à son auteur, Onubre Einz, lui demandant le droit de le reproduire ici, ce qu’il m’a très aimablement autorisé de faire. Comme il le dit sans ambiguïté : il ne s’agit que d’une hypothèse.

Dans un post récent, nous émettions des doutes sur la politique financière des USA ; les achats de bon du Trésor des USA nous servaient à exprimer de lourdes interrogations sur les acheteurs des bons émis, la thèse de l’achat en sous-main des titres nous paraissait plausible. La démarche que nous avons initiée est poursuivie ici en prenant pour base un examen serré des comptes de la Réserve fédérale (Fed).

Ces comptes donnent lieu à de sérieuses interrogations sur la politique menée par la Fed. Ces doutes concernent deux éléments : d’une part la sincérité des émissions de titres de dette par le gouvernement américain – qui est sujette à caution -, d’autre part un possible soutien au secteur immobilier via les opérations de rachat de créances titrisées des GSE Fannie Mae et Freddie Mac. Si notre lecture est vraie, la Fed sortirait de ses domaines d’attribution depuis l’arrivée de l’administration Obama avec des risques colossaux pour l’économie mondiale.

L’examen qui suit ne doit surtout pas être pris pour « argent comptant ». Nous formulons des hypothèses de lecture en les étayant pas un examen précis des comptes de la Fed. Nous ne prétendons en aucune manière dire le fin du fin de la politique financière des USA. Il ne faut pas plus voir dans les suppositions que nous formulons une énième expression de la théorie du complot ; les USA sont au cœur d’une tourmente pouvant laisser libre cours à des collusions entre acteurs financiers – privés et publics – afin de mettre en place des opérations douteuses de sauvegarde de l’économie américaine. On formulera simplement les raisons pour lesquelles la politique de la Fed pourrait avoir pris une direction inusitée dans un contexte historique exceptionnel.

Pour construire notre argumentation, nous avons utilisé deux documents : Les “Flow of Funds account Z.1″ de la Fed, tableau F. 108 et L. 108, Monetary Authority et les “Factors Affecting Reserve Balances H 4.1″ de la Fed, December 17 2009. Les données du quatrième trimestre qui figurent plus haut dans les graphiques sont extraites et compilées à partir du document H 41 de la Fed. Tous les chiffres des tableaux sont en Md de $.

L’examen des comptes de la Fed peut se diviser en deux : le passif de la Fed correspondant à la couverture financière de ses opérations, ces opérations elles-mêmes qui constituent ses actifs. Le plan que nous suivrons est donc simple, l’examen des couvertures sera suivi de celui des actifs de la F.E.D. Ce sont les actifs qui constitueront la matière de nos investigations. Au final, nous replacerons notre lecture des comptes de la Fed dans le cadre de la politique générale de l’administration Obama.

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L’actualité de la crise: une addition dans les moyens, ni des uns ni des autres, par François Leclerc

Billet invité.

UNE ADDITION DANS LES MOYENS, NI DES UNS NI DES AUTRES

La nouvelle est tombée, non pas à l’heure du laitier, mais en pleine nuit de Noël. Le gouvernement américain a accordé une garantie financière illimitées pour leurs pertes actuelles et futures à ses deux Governement-sponsored entreprises (GSE), Fannie Mae et Freddie Mac, déjà nationalisées de fait. Cette garantie est valable pour les trois prochaines années, alors que celle qui était en vigueur venait à échéance le 31 décembre et était plafonnée à 200 milliards de dollars pour chacune des deux GSE. A ce jour, 111 milliards de dollars ont été utilisés, à elles deux. Mais il fallait visiblement prévoir beaucoup plus large.

Le marché immobilier américain reste en effet un grand malade. Les saisies se poursuivent à un rythme très soutenu, le volume des transactions y est très faible, la construction est très ralentie. Les programmes de soutien gouvernementaux aux emprunteurs fonctionnent fort mal, les banques tirant la patte. Or, les deux GSE garantissent plus de 40% des encours de prêts immobiliers du marché américain et, à ce titre, portent à bout de bras celui-ci. Leur rôle est central, il vient d’être réaffirmé, faisant d’elles un élèment essentiel d’un dispositif dont la philosophie est simple : cela va empirer et il faut gagner du temps en jouant au mieux sur les leviers dont on dispose !

Cette nouvelle décision de l’administration Obama pourrait cependant se révéler extrêmement onéreuse pour les finances publiques américaines, car nul ne connaît les proportions que pourrait prendre l’hémorragie, qui n’est pas arrêtée. Elle remet à leur juste place, c’est à dire dans le tiroir du bas, les recommandations du FMI et de l’OCDE, qui ont toutes les deux dernièrement encore beaucoup insisté sur la nécessité de préparer, mais pour plus tard, de solides plans de … résorption des déficits ! Les Américains n’en montrent pas vraiment la voie.

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La situation de l’immobilier américain s’aggrave – oui, c’est possible !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ceux qui avaient prévu la crise étaient peu nombreux. Ceux qui annonçaient qu’elle aurait son origine dans l’immobilier résidentiel américain étaient encore moins nombreux. Le sort a voulu que je fasse partie de ce club très sélect et je n’ai pas arrêté de répéter depuis, non seulement que ce lieu d’origine n’était pas accidentel mais aussi que l’économie américaine ne pourrait pas redémarrer tant que son immobilier résidentiel ne recouvrerait pas la santé.

Dans « L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes » » (Fayard 2008), je parle des crédits hypothécaires « Pay Option ARM ». J’explique que ces prêts immobiliers qui s’adressent à des emprunteurs relativement fortunés embarqués dans un processus de « cavalerie », finiraient par exploser à leur tour, déclenchant une nouvelle crise au coût à peu près égal à celle des subprimes. Ces prêts doivent leur nature explosive au fait que les mensualités ne couvrent dans environ 80 % des cas qu’une somme inférieure aux intérêts dus, et que la différence entre ce qui est dû et ce qui est effectivement versé par l’emprunteur est alors ajoutée au montant restant à rembourser, faisant croître celui-ci inexorablement. Quand la somme due atteint 115 % du prêt initialement contracté, l’emprunteur est immolé : son crédit est instantanément converti en un prêt avec amortissement mensuel, ce qui représente de son point de vue un doublement, voire un triplement, de ses mensualités. J’écrivais dans « L’implosion » : « Avec la poursuite de la chute de l’immobilier, le seuil fatidique des 115 % sera franchi en 2008 ou en 2009 » (page 34).

Manque de pot, on est en 2009. Voici un diagramme qui met cela en images (© wwww.agorafinancial.com à partir de données fournies par le Crédit Suisse).

Le premier diagramme montre les volumes très comparables de la crise en cours des « Pay Option ARM » et de celle des « subprimes ».

Option ARM wave

Dans le second diagramme, la ligne bleu foncé montre l’échéancier initialement prévu, la ligne jaune, ce qui s’est réellement passé en raison de l’augmentation inexorables de la somme à rembourser dans la plupart des cas.

Option ARMS

Le résultat ? 27,9 % des prêts « Pay Option ARM » sont désormais « en difficulté », soit que les mensualités n’ont pas été réglées depuis plus de trois mois, soit que le processus de saisie a déjà été engagé. 27,9 % c’est énorme : entre un quart et un tiers des emprunteurs. Evidemment, il s’agit de ménages très particuliers : ceux qui étaient disposés à jouer à la roulette russe au plus fort du boom immobilier des années 2002-2006. Cela ne couvre pas tout le monde : juste un secteur de l’immobilier américain d’un volume du même ordre que le secteur subprime de triste mémoire.

Au sommet de la pyramide de l’immobilier résidentiel américain, il reste encore, le secteur « prime », celui des gens sans problèmes. C’est du moins la manière dont on les caractérisait jusqu’ici. Le niveau de défaut y atteint désormais 3,6 %, un chiffre qui a doublé en un an. Quant au programme d’aide aux emprunteurs en difficulté, seul un candidat sur six a pu y avoir accès jusqu’ici. Mais qu’importe : de toute manière six mois après avoir obtenu des conditions plus favorables sur leur crédit, plus de la moitié des emprunteurs font à nouveau défaut.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Janet Tavakoli, President, Tavakoli Structured Finance, Inc.

J’ai lu le livre de Janet Tavakoli « Collateralized Debt Obligations & Structured Finance. New Developments in Cash & Synthetic Securitization » (1) en 2007. Ce qu’elle écrivait avait un rapport immédiat avec mon travail à l’époque. Nous sommes entrés en contact, je crois me souvenir que c’est à la suite d’une question que je lui ai posée. Depuis, nous échangeons régulièrement des informations.

Depuis un mois ou deux, Janet mène une croisade contre Goldman Sachs. Je l’ai plusieurs fois encouragée – tout en espérant que l’on est bien aux USA et pas en Russie – je veux dire en espérant que les risques pour sa propre personne quand elle mène une offensive aussi résolue soient limités.

Dans cette vidéo en date d’aujourd’hui, elle accuse Goldman Sachs d’avoir calculé les bonus de ses vendeurs de produits structurés à partir du prix exigé des acheteurs, plutôt qu’à partir de la valeur réelle de cette camelote et ce, avec la bénédiction du Treasury Department, autrement dit, du Ministère américain des finances.

Good luck Janet: it’s on behalf of all of us you’re leading this fight!
––––––
(1) John Wiley & Sons, 2003

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L’actualité de la crise : crise bancaire, le long chemin plein d’embûches restant à parcourir, par François Leclerc

Billet invité.

CRISE BANCAIRE: LE LONG CHEMIN PLEIN D’EMBÛCHES RESTANT A PARCOURIR

On attendait la publication de la nouvelle réglementation du Comité de Bâle destinée à renforcer la solidité du secteur bancaire, dont il vient d’être annoncé à Zürich qu’elle a été adoptée. Mercredi matin, une nouvelle est parue dans le quotidien japonais spécialisé Nikkei, et n’a pas cessé depuis d’agiter le monde entier de la finance, qui en a cherché la confirmation. D’après le journal, ces nouvelles règles qui s’imposent à tous, destinées à être introduites en 2012 après une large et longue concertation, pourraient n’être mises en application que très progressivement, au cours d’une période s’étalant sur rien de moins que les dix à vingt prochaines années. Les bourses réagissaient aussitôt et les valeurs financières en grimpaient de soulagement.

Sans connaître encore les détails de cette future réglementation, on sait qu’il s’agit de renforcer la qualité et la transparence des fonds propres (le Tier one) des banques, d’accroître leur ratio d’endettement, et de constituer des « coussins » amortisseurs pour faire face aux situations imprévues. Et qu’il est fort probable que les banques vont, en général, devoir procéder à d’importants appels de fonds, auprès de leurs actionnaires ou des marchés, afin d’y satisfaire. D’où ces délais impressionnants, s’ils sont confirmés, qui trouveraient leur justification officielle dans la crainte de casser la relance économique, en exigeant trop et trop vite des banques.

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L’actualité de la crise: crise économique et vide politique aux Etats-Unis, par François Leclerc

Billet invité.

CRISE ECONOMIQUE ET VIDE POLITIQUE AUX ETATS-UNIS

« La fête est finie  ! » s’est exclamée Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, afin de fêter l’adoption de la loi intitulée « Réforme de Wall Street et loi de protection des consommateurs », qui est intervenue hier. Au risque de la contredire, on peut penser que celle-ci va au contraire plus que jamais continuer. Car les lobbies sont parvenus à creuser un véritable gouffre dans ses dispositions, déjà très accommodantes, grâce au vote d’un amendement qui fait pratiquement échapper à tout contrôle l’essentiel des activités sur les produits dérivés. Après que, petit à petit, de nombreux trous aient été creusés au fil des semaines dans leur projet de dispositif de régulation. Ces produits mêmes qui ont été le vecteur de la crise actuelle (dont le marché est quasi exclusivement contrôlé par Goldman Sachs, Morgan Stanley, Chase, Citi et Bank of America), et qui le seront encore à la prochaine occasion. En proportion, le reste des dispositions apparaît donc bien secondaire.

Que ce soit la création, combattue avec la dernière énergie par les banques, d’une agence de protection des consommateurs, ou bien le dispositif de contrôle systémique des activités financières, qui prétend anticiper celui-ci et, au cas où il n’y parviendrait pas, faire payer le coût d’une nouvelle crise par un fonds abondé par les établissements financiers, pourvu de la somme de… 150 petits milliards de dollars. Ou bien le droit de regard donné au Congrès sur les opérations monétaires et de prêts aux établissements financiers de la Fed, à condition qu’aucune mesure ne soit rendu publique dans les six mois qui suivent son adoption. Ou encore des restrictions mises à tout prêt à des entreprises autres que des banques, dans le cadre de la mission de « prêteur en dernier ressort » de la banque centrale.

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L’actualité de la crise: atteint en plein coeur, par François Leclerc

Billet invité.

ATTEINT EN PLEIN COEUR

Les projecteurs s’éteignent progressivement sur Dubai, mais l’alerte aura été chaude. C’est ce qui en sera retenu en attendant la prochaine, les candidatures ne manquant pas pour la susciter. De nouvelles plaies financières, s’ajoutant aux précédentes, vont devoir être pansées à l’abri des regards. Les banques britanniques, qui n’en avaient pas besoin, s’avérant les plus exposées du monde occidental. Le Royaume-Uni figurant de plus en plus sur la liste qui s’allonge des pays particulièrement à problème.

Avec fracas, le Japon vient de se manifester à son tour, ayant replongé dans la déflation, subissant de plein fouet la faiblesse renouvelée d’un dollar surenchérissant le yen et faisant obstacle aux exportations. Le pays a du recourir massivement et dans l’urgence à la création monétaire via sa banque centrale (l’équivalent de 77 milliards d’euros). Afin de financer un nouveau plan de relance gouvernemental, ainsi que soulager un système bancaire déjà gorgé d’obligations publiques, notoirement caractérisé par une énorme carence en fonds propres. En résumé : la BoJ (Bank of Japan) sauve les banques qui financent l’Etat. Mais rien n’y fait jusque là.

Hier c’était l’Allemagne, première puissance économique européenne, qui envoyait ses signaux inquiétants. Aujourd’hui, c’est le Japon, deuxième puissance mondiale. Il n’y a donc pas que les petits pays, plus vulnérables, qui connaissent d’inextricables situations. C’est au coeur de ses mécanismes que le système est atteint. S’il en fallait une illustration de plus, il suffirait de se référer aux conclusions d’une étude d’impact du Comité de Bâle (cette émanation de la Banque des règlements internationaux), selon laquelle les banques vont devoir, en moyenne, tripler leurs fonds propres afin de faire face à leurs risques, en application des nouvelles normes prudentielles du Comité, dont les recommandations ont été dans leurs grandes lignes formulées en juillet dernier. C’est gigantesque, à la mesure des problèmes qui doivent être résolus, et va créer aux banques de très sérieuses difficultés afin d’y parvenir. Avec le risque qu’il soit fait appel aux petits génies de la finance afin de remplir formellement ces nouvelles obligations, expliquant aussi l’acharnement des banques sur ce dossier pour s’y dérober.

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« Vous le méritez ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mes amis du MAUSS se posent en ce moment la question : « Peut-on se faire un don à soi-même ? » J’ai fait la petite remarque suivante, que m’a inspiré ma familiarité avec le crédit à la consommation aux États-Unis.

L’éventualité de se faire un don à soi-même sous-tend la publicité entourant le crédit à la consommation aux États-Unis. L’argumentation est du type suivant : votre niveau de rémunération ne correspond pas à ce que vous méritez « objectivement ». L’industrie du crédit, dans sa très grande générosité, vous permet de restaurer l’équité en vous permettant de vivre au niveau de vie qui correspond à votre « mérite objectif » (« objectif » aux yeux de Dieu bien entendu). « Empruntez : faites-vous ce cadeau à vous-même ! » – qui rétablira l’identité entre le monde sensible (imparfait et injuste) et la Réalité-objective (idéale et juste) – « L’industrie du crédit est là pour jouer ce rôle de catalyseur ».

Les publicités de ce type (ainsi que les boniments des démarcheurs qui vous téléphonent à l’heure du dîner) contiennent toujours la phrase : « You deserve it ! » (Vous le méritez !) suivi d’un nombre indéfini de points d’exclamation. La faiblesse humaine – s’inscrivant dans le calvinisme ambiant – fait que chacun écoute aussitôt avec attention.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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