USA : FIN DE PARTIE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les républicains ont interrompu hier en fin d’après-midi les pourparlers, alors qu’un accord sur le relèvement du plafond de la dette publique américaine doit être trouvé avant lundi si l’on veut que l’échéance du 2 août soit respectée. Si elle ne l’est pas, l’État sera alors en défaut de paiement. Ce qui ne serait pas trop grave s’il ne s’agissait que de l’affaire de quelques jours. Si ce n’est que la notation de crédit des États-Unis sera dégradée, dégradation difficilement réversible et provoquant une hausse des taux d’intérêt dont ils doivent s’acquitter sur leur dette, et une dépréciation immédiate de tous les titres de dette déjà en circulation – ce dont le pays n’a certainement aucun besoin !

On savait évidemment que l’échéance du 2 août serait l’occasion d’effets de manche de la part des deux partis en présence. Mais on imaginait que leurs positions se seraient suffisamment rapprochées pour être réconciliables grâce à un accord de dernière minute. Ce n’est pas le cas, et on pouvait en réalité s’en douter depuis en certain temps, les positions n’ayant cessé de diverger entre républicains et démocrates au cours des derniers mois.

De quoi s’agit-il ? Les républicains prétendent démanteler une fois pour toutes ce qu’il reste aux États-Unis d’État-providence, et en particulier Medicare, l’assurance-maladie des retraités, tentent aussi d’empêcher la mise en application de la loi Dodd-Frank de réforme de la finance votée l’année dernière – en l’asphyxiant par manque de fonds, et enfin et peut-être surtout, tentent de réaliser un vieux rêve républicain d’interdiction de fait de l’avortement, en éliminant son financement.

Avec une dette publique de 14 mille milliards de dollars, l’État américain est de facto en faillite et un relèvement du plafond autorisé n’arrangera pas les choses. Les deux partis en présence le savent, et plutôt que de tenter de trouver une « solution » à un problème insoluble, ils semblent s’être résolus, chacun de son côté, à présenter au mieux aux yeux de l’opinion les raisons de son refus d’un compromis. Et ceci pour que ce soit le parti d’en face qui apparaisse responsable de l’échec des négociations, et soit blâmé in fine de la faillite des États-Unis… qui est elle d’ores et déjà acquise, et à laquelle ils ont tous deux contribué vaillamment au fil des années.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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52 réflexions sur « USA : FIN DE PARTIE »

  1. Ce qui est en route, ce n’est pas la faillite des usa, mais la fin des usa en tant que fédération. Si les usa ne sont plus gouvernables, des états vont profiter de l’occasion pour déclarer leur indépendance, vu que ça les démangent depuis déjà quelques mois.

  2. Fin de partie ? …. Ah…. !

    En 2008 (Lehman), j’ai failli acheter de l’or, en 2009 (immobilier bas) failli acheter un appart en locatif, en 2010 j’ai constaté que mon PEA avait fait zéro sur la décennie, en 2011 j’ai plastronné dans les diners en ville: « ça fout la trouille cette histoire de plafond de la dette américaine, lisez vite Paul Jorion ! »… Juillet… 2 août… Quand je pense que j’ai failli devenir riche… Me v’la failli tout court.
    Paul si vous faites un camp d’égarés post-fin-du-monde amateurs de rock, de jazz et de bon vin sur une ile quelconque, faites le savoir. Tiens, je m’en vais à San Francisco. On verra bien ce qui se passe dans le yaourt le jour de la date de péremption du 2 aout…Et puis il parait qu’ils ont repeint la maison bleue de Maxime le Foxterrier, alors autant y aller !

      1. Décidément ma chère vous racolez à tout va. Tiens, je vais m’y mettre aussi.
        Qui sur ce blog possède de l’or? Pas un peu non, beaucoup.
        Histoire de remettre de l’huile sur le feu et d’être à la hauteur de la réputation des femmes, qui font tant pour l’égalité des genres.
        Bien à vous. Tous.

  3. Une énième date butoir ,dramatisation prétexte à l’élaboration d’un accord historique de dernière minute qui devrait rassurer un temps les marchés.Le rituel est contra-phobique,mais l’oubli de la peur n’évitera pas le danger.

    1. Ce qui ne change rien au plafond de la dette.

      Enfin, il suffit de ne pas appliquer les règles et faire comme si le plafond n’existe pas (nécessité fait loi).

      1. L’audit de la FED (Bernie SANDERS Senateur US du Vermont)
        http://www.legrandsoir.info/l-audit-de-la-fed.html
        « au terme de cette vérification, nous savons maintenant que la Réserve fédérale a fourni plus de 16 000 milliards de dollars en aide financière totale a certaines des plus grandes institutions financières et des sociétés des Etats-Unis et partout dans le monde »

        http://sanders.senate.gov/newsroom/news/?id=9e2a4ea8-6e73-4be2-a753-62060dcbb3c3

  4. Ils vont trouver un accord à la dernière minute, j’en suis presque certain. Mais comme pour l’Europe, ça sera juste pour repousser l’échéance de la chute plus loin.

    1. « Ils vont trouver un accord à la dernière minute, j’en suis presque certain. »

      Il y a de fortes chances en effet que cela se produise, juste histoire de faire durer encore un peu la mascarade.

      1. Moi ça me rappelle un peu Octobre 2008 avec Paulson se mettant à genoux devant les démocrates pour qu’ils signent son plan…cette scène était impressionnante, après on peut se dire que c’était du théâtre (des 2 côtés) mais il y a bien eu de forts remous en bourse (-25% en quelques semaines) juste après, l’élément déclencheur ayant été Mme Lagarde annonçant « la crise est derrière nous » (hihi)

        Là on est dans le cas inverse, les républicains veulent revenir au pouvoir, alors, vont-ils faire plonger les indices pour essayer de reprendre le pouvoir ? Franchement bien malin qui sait ce qui se trame entre ces pseudo « décideurs »

      2. Vous avez l’air content de ce qui se passe.
        Mais il n’y aura pas de faillite des US, c’est une crise créée de toute pièce pour supprimer le système social.
        En effet, la planche a billet n’est pas pour les gueux, elle fonctionne uniquement pour la finance.
        Et c’est Obama qui s’occupe de supprimer Social Security, Medicare et Medicaid, pas les républicains.
        Vous tournez toujours les infos d’une manière très étrange, vous prétendez être gauche tout en défendant une ligne a droite.

        Pushing Crisis: GOP Cries Wolf on Debt Ceiling in Order to Impose Radical Pro-Rich Agenda
        http://www.democracynow.org/2011/7/22/pushing_crisis_gop_cries_wolf_on

  5. Qu’ils trouvent ou non un accord, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils savent très bien ce qu’ils font, et qu’ils le font ensemble (personnellement je pense qu’il n’y aura pas d’accord). Comme disait Coluche : ces gens là sont l’élite intellectuelle, c’était les premiers de la classe et en plus ils ont accès à l’information (la vraie… et la fausse aussi). Bref, qu’ils y arrivent ou pas n’est pas le sujet de mon post. Je dis simplement qu’ils ont un projet en cours de réalisation. Mais bon, on en a vu des fusée tomber dans la mer juste après le décollage, pour quelque chose comme un point-virgule oublié dans un programme peut-être. Qui vivra verra.

    1. @ Robin

      « Madame Lagarde « la crise est derrière nous », (hihi) …. »

      oui, mais elle court plus vite que nous et nous rattrape ! argggggggggghhhhhhhh !

  6. Tout Ca c du bluff politik pour oqp la galerie. Le vrai fight est en arrière plan… Jpm, la FED, les militaires… Et surtout : le contrôle des médias. Commencent a flipper j vous dit.. Bon anni a notre hôte!

  7. Obama a déclaré qu’il rehausserait le plafond de son propre chef.
    En a-t-il les pouvoirs de par la Constitution des Etats-Unis ???

    1. Oui, par décret présidentiel, il en a le pouvoir, comme en a usé Clinton et Bush à plusieurs reprises et mon sentiment est que c’est ce qui va se passer, les Républicains poussent Obama dans ce sens, pas seulement pour des raisons électorales.

  8. Pass the parcel, the buck, se refiler la patate chaude du dollar, les responsables du roman politique ne répondent plus…..il ne reste plus que la force de l’Etat nu et brute. Fuite en avant où en arrière.

  9. J’en lis des choses sur ce sujet, mais il faut encore et toujours que je passe ici pour voir « the writing on the wall ». La conclusion du présent billet est une triste évidence, une fois formulée.

  10. Si ce n’est que la notation de crédit des États-Unis sera dégradée, dégradation difficilement réversible et provoquant une hausse des taux d’intérêt dont ils doivent s’acquitter sur leur dette, et une dépréciation immédiate de tous les titres de dette déjà en circulation – ce dont le pays n’a certainement aucun besoin !

    ce qui serait un coup dur pour les grands argentiers du royaume. Vu qu’on a rarement vu les républicains s’opposer à eux, m’est d’avis qu’ils vont arrêter leur bluff à la dernière minute.

  11. Un défaut aurait également des conséquences en chaîne, de nombreux actifs étant indexés sur la dette américaine.

  12. en Europe on se partage des dettes et quand soi-disant tout le monde se met d’accord pour payer les dettes des autres alors que la situation de chacun n’est pas fantastique
    on transforme ça en victoire.

    les usa ce n’est pas mieux ils sont archi-endettés et ils veulent la possibilité de s’endetter encore plus et s’ils y arrivent
    ils vont être content ce sera une victoire pour eux aussi.

    et si nous simple citoyen , nous pouvions nous endetter autant que ces états notre vie serait meilleure ?

    1. Si on est capable de rembourser, peux être…
      Si cela évite de toute perdre, pour être encore solvable encore quelques mois, années…

    2. et si nous simple citoyen , nous pouvions nous endetter autant que ces états notre vie serait meilleure ?

      Tant que vous arriveriez à trouver quelqu’un pour vous prêter oui 🙂

  13. La force brute contre l’irrésolution tranquille.
    Il y aura donc un accord.
    Obama va, une fois de plus, manger son chapeau.

    PS: si vous voulez savoir ce qu’une dette publique de 14 mille milliards de dollars représente suivez ce lien (d’après GEAB)

  14. D’abord le chaos, ensuite les banksters zorro arrivent avec leur solution..
    Esclavage des 7 milliards d’humains !!

    1. Bonne question..

      1. situation de la dette publique des Etats Unis au 30 Juin 2011

      dette publique totale : $14 343 milliards
      dont:
      dette publique détenue par d’autres agences fédérales des USA (principalement sécurité sociale) : $4 600 milliards (32%)
      dette publique détenue par tout autre agent : $ 9 742 milliards (68%)

      dette publique émise sur les marchés : $ 9 334 milliards

      2. dette publique détenue par des non résidents

      Total : $ 4 514 milliards (46% de la dette détenue par tout autre agent que les agences fédérales)

      dont:

      1. Chine : 1 160 (26%)
      2. Japon : 912 (20%)
      3. Royaume Uni : 346 (7,7%)
      4. Pays du golfe : 230 (5%)
      5. Brésil : 211 (4,6%)
      viennent ensuite Taiwan, les Paradis fiscaux des caraïbes, Hong Kong, la Russie et la Suisse…

      Les résidents français arrivent loin derrière avec seulement 23,6 milliards, moins que les belges!

      3. dette publique détenue par des résidents des Etats Unis (hors agences intra gouvernementales)

      $9 742 – $4 514 = $ 5 228 milliards (54%)

      dont

      détenue par la FED : $ 1 500 milliards
      reste $ 5 228 -$ 1 500 = $ 3 728 milliards détenue par les résidents américains privés

      Pour résumer, la dette publique des USA se trouve:

      32% dans les agences fédérales des USA
      10,5% à la FED
      26% chez les résidents américains privés
      8% en Chine
      6% au Japon
      2,5% au Royaume Uni
      15% dans tous les autres pays du monde

  15. Mais dites-moi, Paul ou quelqu’un d’autre, qu’est-ce qui empêcherait le super-président des Etats-Unis, aux pouvoirs si étendus, de prendre de bonnes décisions si la plafond de la dette n’était pas surélevé ou levé ?
    J’imagine, par exemple:
    – le retrait immédiat des troupes états-uniennes d’Irak et d’Afghanistan;
    – la réduction du budget militaire qui à lui seul dépasse l’ensemble des budgets militaires du reste du monde;
    – la fin des subsides aux agriculteurs américains qui poussent à la faillite les petits agriculteurs du sud de la planète;
    – la fin du soutien aux industries polluantes aux USA;
    – la création de taxations environnementales qui réduisent la boulimie énergétique des states…?
    Avec un peu d’imagination, on peut trouver maints autres moyens de limiter le déficit états-unien.
    Ne serait-ce pas parce qu’ils ont tous un petit inconvénient: il ne favorisent pas le capitalisme financiarisé de Wall Street…?

    1. super-président des Etats-Unis, aux pouvoirs si étendus, de prendre de bonnes décisions

      Il me semble que vous confondez les pouvoirs du locataire de la maison blanche avec ceux, hégémoniques et effectivement mirobolants, offerts par la constit gaullienne à celui de l’Élysée. Obama est un nain politique dans son pays avec une majorité d’avis favorables dans les sondages quand super-sarkozy reste tout puissant et intouchable avec 20 % de soutien dans l’opinion.
      C’est d’ailleurs pour ça qu’un Obama peut être président impuissant aux US et un umtra-médiocre comme Sarkozy Président tout-puissant en France…

      1. Bien sur, Vigneron, une partie de mes suggestions devrait être avalisée par un Congrès qui a une légère majorité républicaine. Mais si Obama faisait de telles propositions, on aurait alors un débat politique aux USA et pas seulement des jeux politiciens qui prouvent qu’entre blanc bonnet et bonnet blanc, la différence est vraiment infinitésimale…

    2. « le retrait immédiat des troupes états-uniennes d’Irak et d’Afghanistan » : un Empire sans ses marches ?
      « la réduction du budget militaire qui à lui seul dépasse l’ensemble des budgets militaires du reste du monde »: un Empire sans ses légions ?
      « la fin des subsides aux agriculteurs américains qui poussent à la faillite les petits agriculteurs du sud de la planète »: l’ arme alimentaire ?
      « la fin du soutien aux industries polluantes aux USA »: les droits à polluer ?
      « la création de taxations environnementales qui réduisent la boulimie énergétique des states…? »: la concurrence libre et non faussée ?

  16. Ah M. Jorion

    En pariant que vous avez raison, je vais dès demain avec les quelques USD qui me restent d’un ancien voyage acheter du champagne et attendre pour fêter ça avec quelques amis la nuit du 4 août.
    Patience.

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