ÉTATS-UNIS : PROBABILITÉ D’UN ACCORD DE DERNIÈRE MINUTE SUR LE REPLAFONNEMENT DE LA DETTE ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’écrivais dans mon billet de samedi intitulé « Fin de partie » :

Avec une dette publique de 14 mille milliards de dollars, l’État américain est de facto en faillite et un relèvement du plafond autorisé n’arrangera pas les choses. Les deux partis en présence le savent, et plutôt que de tenter de trouver une « solution » à un problème insoluble, ils semblent s’être résolus, chacun de son côté, à présenter au mieux aux yeux de l’opinion les raisons de son refus d’un compromis. Et ceci pour que ce soit le parti d’en face qui apparaisse responsable de l’échec des négociations, et soit blâmé in fine de la faillite des États-Unis… qui est elle d’ores et déjà acquise, et à laquelle ils ont tous deux contribué vaillamment au fil des années.

De nombreux commentaires à ce billet ont été ici sur le mode : « Nah ! Ils parviendront à un compromis de dernière minute. Comme ils l’ont toujours fait et le feront toujours ! » Une telle objection ne m’a pas surpris : elle rejoignait d’ailleurs ce qu’on pouvait lire samedi 23 dans la presse américaine elle-même. Les choses ont rapidement évolué au cours des trois derniers jours.

Y contribue, le fait que républicains et démocrates défendent maintenant chacun de leur côté un plan de sortie de la crise du replafonnement de la dette qui leur est propre, et que le souci de les réconcilier a apparemment été relégué au rang des préoccupations mineures.

Je relate ici – depuis le refus d’Obama de tirer parti de la majorité en or dont il disposait au moment de son élection – la montée en puissance des extrêmes au sein des partis démocrate et républicain, et la difficulté croissante du coup de parvenir à des compromis. Dans une chronique qui paraît aujourd’hui dans le Wall Street Journal, Gerald F. Seib, rejoint cette analyse – anathème jusqu’ici dans la presse américaine, je le souligne – quand il écrit :

Les forces politiques d’une génération entière ont repoussé les républicains vers la droite et les démocrates vers la gauche, et ont affaibli et amoindri le centre politique du Congrès, qui a pratiquement cessé d’exister. De ce point de vue, le Congrès ne fait que refléter les deux partis nationaux, qui se sont redéfinis au cours des trois dernières décennies selon des lignes strictement idéologiques au point qu’il n’existe plus aucun recouvrement entre eux.

Alors, « faible probabilité d’un compromis de dernière minute » ? Je ne suis en tout cas plus seul à l’affirmer. Et même s’il y avait compromis, disposerait-il d’une assise suffisamment ferme pour convaincre les agences de notation de ne pas dégrader la notation « AAA » des États-Unis ? Je serai plus affirmatif encore sur ce point-là : « probabilité nulle » ! Et probabilité de faire revenir ensuite la notation de crédit des États-Unis au niveau du « AAA » si convoité au cours des vingt années à venir : nulle également !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

88 réflexions sur « ÉTATS-UNIS : PROBABILITÉ D’UN ACCORD DE DERNIÈRE MINUTE SUR LE REPLAFONNEMENT DE LA DETTE ? »

  1. Si je comprends bien personne n’est en mesure d’élaborer des hypothèses sur l’avenir en cas de faillite étasunienne, à part Titi qui nous prédit une guerre civile entre états riches et pauvres (la même chose nous attends en Europe, alors?, juste par analogie)..
    peut-être qu’il ne se passera rien finalement, seulement un peu plus de pauvres et de crève la faim et des riches encore plus riches qui se pavaneront en toute impunité.
    Le paradis ou l’enfer c’est selon!
    Allez courage, nous reste plus que 16 mois et quelques jours!

  2. vous voyez bien que les USA et l’ UE s’efforcent de maintenir le radeau à flot en espérant que l’autre coule le premier, ce qui le tiendra pour responsable du cataclysme financier et social malheureusement inévitable !

  3. Pour tous ceux qui ont du mal à visualiser ce que représente cette fameuse dette officielle américaine, puis toutes les autres de ce pays (selon leurs approximations : 114.500 milliards de dollars), je conseille vivement le site : http://www.wtfnoway.com/

    Il remet les idées en place !

Les commentaires sont fermés.