Archives par mot-clé : John Maynard Keynes

BFM Radio, le lundi 16 novembre à 10h46

Un héros des temps modernes

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par vous citer quelqu’un parlant de quelqu’un d’autre. Voici :

« … [son système] était sur le plan moral, égalitaire. On y trouvait le plein emploi, il était à la fois généreux et joyeux ; c’était une nouvelle sorte de capitalisme, contrôlée non pas par les adorateurs cupides de Mammon mais par l’intellect et la joie de vivre d’une démocratie intelligente et robuste ». (*)

De qui parle-t-on selon vous ?

Oui, il s’agit bien de John Maynard Keynes, le grand économiste anglais, et c’est l’un de ses élèves qui parle de lui. J’ai beaucoup pris le train durant les semaines passées et, m’ont accompagné dans mes voyages, les trois épais volumes de la biographie de Keynes par Robert Skidelsky. J’essaie d’en savoir plus, non pas tant sur l’œuvre que sur la vie de celui dont le nom hante aujourd’hui les conversations des économistes. Vous connaissez le refrain ? « Quand un économiste rencontre un autre économiste, Qu’est-ce qu’y s’racontent ? » Eh bien, aujourd’hui, ils parlent de Keynes.

Qu’est-ce qui semblait donc si neuf chez lui, par rapport à ses contemporains ? C’était le fait que le plein emploi apparaissait comme la solution recherchée à un équilibre entre production et consommation. Jean-Baptiste Say avait fait croire au XIXe siècle que la consommation s’alignerait toujours sur la production. Les années trente mettaient en évidence que – même vraie – la loi de Say n’interdirait pas des périodes de misère profonde dues à un chômage massif. Keynes apportait un rai de lumière en mettant en évidence qu’un capitalisme en bonne santé exigeait le plein emploi. Deux bénéfices évidents à sa théorie : premièrement, que le capitalisme pouvait être sauvé – et le communisme ou le fascisme cessaient d’être ses seules alternatives ; et deuxièmement, que les hommes d’affaire devaient se convaincre qu’il fallait donner du travail à tous – et la misère refluerait des rues qu’elle avait envahies.

Est-ce toujours vrai aujourd’hui ? On ne croit malheureusement plus aujourd’hui à ces fadaises : on vous dit que la reprise aura lieu – voire même qu’elle A eu lieu – mais l’on met aussitôt les points sur les « i » : « Cela ne signifiera pas une reprise de l’emploi ! Pensez ! avec la productivité d’aujourd’hui, on ne pourra pas remettre tout le monde au travail ! »

Zut ! Keynes, ça ne marche plus !? Alors comment fera-t-on pour éviter la misère dans les rues ? « Excellente question mon cher Watson ! Sur laquelle il nous faudra certainement revenir un prochain lundi ! »

–––––––––––––
(*) David M. Bensusan-Butt cité dans Robert Skidelsky, John Maynard Keynes. The Economist as Saviour. 1920-1937, London : MacMillan, 1992 : 574.

Jeff Parker

© Comics.com/Jeff_parker

Partager :
Email This Post Email This Post