L’argent destructeur

Voici la traduction de mon entretien originellement en allemand avec le Dr. Stefan Fuchs qui a été diffusé de 9h30 à 10h00 sur Deutschlandfunk le 9 mai. Les germanophones peuvent toujours écouter le podcast ici

J’accueille toujours avec reconnaissance les entretiens longs parce qu’ils permettent de développer, sans devoir tronquer une partie des arguments, une véritable démonstration.

Traduction française : j’ai pris comme base essentiellement la traduction de Johannes Finckh, la plus proche des mes propos originels en français. Merci à lui, merci aussi à Timiota et Fleurbleue qui avaient unis leurs efforts dans une traduction parallèle.

L’exemple que j’avais donné de trois personnes se prêtant mutuellement de l’argent n’a manifestement pas été compris par le traducteur allemand, qui m’a « corrigé » en parlant d’un triplement de la somme au lieu d’un doublement. J’ai réexpliqué l’exemple, en lui rendant sa cohérence, et du coup, sa rigueur.

L’argent destructeur

Enseignements de l’hypercrise, deuxième partie : Entretien avec le chroniqueur économique Paul Jorion

Par Stefan Fuchs

La crise financière culmine depuis l’automne 2008 dans une crise du capitalisme global. Car la libéralisation débridée des marchés et l’expansion de la division internationale du travail n’ont pas pu tenir les promesses gigantesques de croissance et de prospérité.

Dans la deuxième partie de la série d’entretiens « « Enseignements de l’hypercrise », Stefan Fuchs a eu un entretien avec Paul Jorion sur l’effet destructeur de l’argent. Jorion est chroniqueur économique du journal français « Le Monde ». Economiste structuraliste, il critique la mise sur le même plan de l’argent et du crédit comme une pure idéologie. Le capitalisme actuel serait selon lui à l’agonie.

Stefan Fuchs: Monsieur Jorion, vous étiez parmi les premiers à avoir prédit la crise américaine de « subprimes ». Vous-même travailliez aux États-Unis dans le secteur du crédit, et vous prédisiez dès 2004 une grave crise de ce capitalisme financier américain. L’élément déclenchant de l’hypercrise est selon votre analyse un mécanisme interne de l’économie globale telle qu’elle se développait dans le dernier tiers du 20ème siècle et qui a eu pour effet une concentration de plus en plus forte de l’argent en peu de mains. Comment décrivez-vous ce mécanisme qui conduisit presque à un tarissement de la circulation monétaire et qui déclencha cette crise extrême qui saisit ensuite aussi l’économie réelle ?

Paul Jorion: En comparant la crise de 1929 qui avait débuté aux États-Unis pour devenir alors une crise économique mondiale et la crise à laquelle nous avons affaire depuis 2007, on observe une parenté stupéfiante : la concentration de la richesse économique entre les mains d’une minuscule minorité. En vertu d’un mécanisme économique très simple. Lorsque l’argent n’est pas là où il est nécessaire, soit pour produire dans une entreprise soit dans les ménages pour acquérir des biens durables, ou bien encore parce que le salaire est insuffisant pour vivre du fait que les salaires réels stagnent ou sont même en recul, il faut alors se le procurer par le crédit. C’est une loi aussi implacable que logique : la concentration de la richesse est un processus qui s’autoalimente. Lorsque l’argent est réparti inégalement dans un système économique, cette répartition inégale s’accentuera avec le temps toujours davantage. C’est ce que nous vivons. L’argent n’est pratiquement jamais là où il est nécessaire, ni dans la production industrielle, ni dans la consommation. On doit toujours se le procurer via le crédit. L’argent et son prix ont aujourd’hui un rôle prédominant et qui va se renforçant continuellement. Le système financier dispose d’une omniprésence quasi-divine qui ponctionne un profit sur chaque transaction. Du coup, une part croissante d’intérêts est contenue dans le prix de tous les produits et de tous les services.

Fuchs: Qu’est-ce qui explique cette baisse des salaires réels ? Qui selon vous est responsable de ce processus de concentration ? Est-ce un rapport de forces politique, ou alors y a-t-il des mécanismes économiques ? Qu’y a-t-il derrière cela ?

Jorion: Pour simplifier grossièrement, il y a trois groupes sociaux dans nos sociétés. C’est ainsi que l’on le concevait au 18ème et 19 ème siècle. Il y a les entrepreneurs qui ont le concept d’un nouveau produit. En cas de succès, ils peuvent faire travailler d’autres qui vendent leur force de travail : les ouvriers et les employés. Et puisque le capital n’est pas toujours là où se crée une entreprise, il doit provenir de crédits. Il y a donc ainsi un troisième groupe, celui des détenteurs de capitaux. Dès qu’un gain s’est constitué, généré par la production, il faut le répartir entre ces trois groupes. Le détenteur du capital percevra d’abord les intérêts qui lui sont dus. Il existe ainsi un antagonisme naturel entre détenteur de capitaux et entrepreneur, un rapport de forces, qui détermine la hauteur des intérêts. Quand l’économie va bien, l’entrepreneur abandonnera davantage d’intérêts et de dividendes au détenteur de capital, et moins quand l’économie va mal. Il doit partager le reste avec ses ouvriers. Il y a ici aussi un antagonisme. L’entrepreneur n’est pas disposé à laisser à ceux qui travaillent pour lui plus qu’il n’est nécessaire. Quand ceux-ci sont organisés en syndicat, ils peuvent réduire la concurrence entre eux et présenter un front dans cet antagonisme.

Depuis le milieu des années 1970, il y a cependant eu un facteur qui, au moins dans les grandes entreprises, a modifié radicalement ce jeu de forces. On a introduit le système des « stock options ». La firme de conseil McKinsey menait alors des recherches sur la manière d’éliminer l’antagonisme entre entrepreneurs et capitalistes, comment en faire deux groupes d’alliés immédiats. La réponse : aligner les intérêts des dirigeants et ceux des investisseurs. Le moyen : gratifier les managers d’options sur les actions émises par l’entreprise. Un dirigeant d’entreprise peut exercer ses options au moment de son choix. Naturellement, il ne le fera que quand l’action aura atteint un cours élevé. Il consacrera toute son énergie à ce que le cours de l’action monte, même si cela n’est possible que dans une perspective à court terme ou qui nuit même aux intérêts à long terme de l’entreprise. Les “stock options” marquent le début d’une nouvelle forme du capitalisme accompagnée d’un glissement des rapports de force entre les groupes sociaux. Dès lors, les capitalistes et les entrepreneurs sont alliés. Les salariés se retrouvent face à eux bien seuls. Le rapport de forces ne leur était déjà pas favorable initialement, leur position est désormais affaiblie d’une façon déterminante.

Parallèlement, la financiarisation de l’économie devint massive. Le cours de l’action devient plus essentiel que la production proprement dite. La firme américaine Enron, aujourd’hui disparue, est un bon exemple de ce changement de paradigme. A un moment de son histoire, le produit proprement dit de l’entreprise était devenu le simple cours de ses actions. Grâce à un procédé comptable appelé « bootstrapping » [se soulever en tirant sur ses lacets], le succès de l’entreprise était directement lié au cours de l’action. Lorsqu’une action dépassait une valeur seuil, le profit enregistré par Enron s’accroissait. La production est devenue immatérielle à 100%. C’est le système des stock options qui rendit cela possible. Et parallèlement, il y avait stagnation, voire baisse des salaires réels qui ne croissaient plus avec le taux d’augmentation de la productivité.

Dans ce contexte, le crédit est devenu, surtout aux Etats-Unis, une sorte de salaire d’appoint appelé à protéger contre la chute du niveau de vie et aussi contre un effondrement total de la demande. Mais les crédits signifient le paiement d’intérêts. 5 pour cents ne semblent a priori pas énormes, mais quand on doit payer un crédit immobilier à 5,3% sur trente années, comme cela est courant aux USA, on aura payé en fin de période le prix de la maison deux fois. Pendant ce temps-là, la spéculation poussait toujours davantage les prix immobiliers à la hausse. La valeur d’une maison pour une famille en était venue à correspondre à trente années de revenu disponible. Un prix véritablement astronomique.

Justifiant tout cela se trouvent les théories de l’ordolibéralisme économique qui croit fermement à une autorégulation des marchés et n’autorise à l’État que des interventions minimales dans leur déroulement. Dans la pratique, l’instauration de ce système n’avait été, comme nous sommes obligés de le constater maintenant dans le contexte de la crise, qu’une avancée par essais et erreurs, quasiment une vaste expérimentation de laboratoire sur l’économie mondiale. On dérégule et on verra bien ce qui se passe. Les effets apparaissent avec un certain décalage dans le temps, et quand on peut les observer, il est alors beaucoup trop tard. Il n’y a pas que dans le cas de la catastrophe climatique que l’on à affaire à des phénomènes irréversibles, c’est vrai aussi dans le champ économique.

Dans les années 1980, quand ces théories avaient été mises en pratique, on n’a pas eu une conscience claire de ceci : un système économique bâti sur le crédit multiplie les risques. Dans un système économique piloté par le crédit se constituent des chaînes d’emprunteurs, A doit à B qui doit à C et ainsi de suite. Quand un crédit fait défaut, toute la chaîne s’effondre à partir de celui qui fait défaut, comme des dominos. Contre le risque, l’industrie financière avait développé, avec son inventivité inépuisable, des instruments nouveaux, les fameux et problématiques “credit default swaps” ou CDS, des assurances de défaut du crédit. Mais, au lieu de contrôler ainsi les risques, ces instruments génèreront à leur tour des risques nouveaux. Car on peut les utiliser pour spéculer, on peut par exemple parier sur le fait que les obligations grecques se déprécieront. Tant pis pour celui qui aura mal spéculé. Exemple l’assureur US “AIG”. Perte pour le contribuable américain : 182 milliards de dollars, du même ordre que le sauvetage de “Fannie Mae” et “Freddie Mac”.

Fuchs: Je voudrais revenir sur la perspective de la majorité de la population. Dans un tel contexte, elle est mise à contribution deux fois, une première fois parce que sont déjà inclus dans les prix une grande part d’intérêts, et une deuxième fois en raison des crédits qu’elle doit souscrire afin de compléter un salaire insuffisant, ce qui signifie qu’on la fait payer à deux reprises.

Jorion: Dans les faits, débute à la même période, autour de 1975, l’introduction de la micro-informatique qui rendait possible une véritable explosion de la productivité. Mais cet accroissement de la productivité, les salariés n’en bénéficient pas. Leurs revenus resteront toujours davantage en retrait par rapport à l’évolution économique. La productivité est aussi augmentée partiellement par des rationalisations, autrement dit parce que les gens perdent leur emploi. En même temps, les prix augmentent parce que les intérêts et la spéculation les poussent à la hausse. Rien que dans l’essence et le gazole est contenu un bon tiers de gains spéculatifs. La majorité des Américains doit de ce fait compléter ses revenus grâce à du crédit alors que l’industrie financière prospère insolemment : les gains de productivité vont dans sa poche, les intérêts de toute manière aussi. C’est cela l’absurdité de la discussion autour des paiements des bonus des banquiers. Le pouvoir politique veut les limiter, et il fait valoir cela comme une régulation décisive du secteur bancaire. Or c’est un pur effet de surface. Ces bonus sont des commissions : un faible pourcentage des profits réellement générés par l’industrie financière. Quand des millions vont dans les poches des traders, c’est seulement parce qu’ils ont récolté des milliards pour l’établissement qui les emploie. Pourquoi les banques gagnent-elles de telles sommes ? Tout simplement parce que cet argent a cessé d’être redistribué aux salariés.

Fuchs: Vous faites partie de ces experts économiques structuralistes qui critiquent l’assimilation du crédit à la monnaie comme quelque chose d’idéologique au plus haut point et qui est responsable de l’invisibilité du processus de concentration de la richesse dont nous venons de parler. En quoi consiste l’erreur quand on dit que la monnaie en espèces et la monnaie scripturale seraient la même chose ?

Jorion: On parle de masses ou d’agrégats monétaires et de la création monétaire par les banques commerciales. Dans un calcul usuel, on additionne la quantité de monnaie liquide et ce dont les gens disposent sur leurs comptes et livrets d’épargne. On constate alors que le total croît continuellement, que la richesse croît constamment. On oublie alors que la monnaie liquide et la monnaie scripturale sont deux choses fondamentalement différentes. Supposons par exemple trois personnes qui ont, chacune, 10 euros en poche. Elles se prêtent cet argent l’une à l’autre. Si on calcule maintenant selon la manière conventionnelle, la somme a doublé. En effet, chacun des trois – en tant que prêteur – possède une créance de 10 euros en poche, et – en tant qu’emprunteur – possède 10 euros en espèces. Ce n’est pas une erreur de calcul, c’est la méthode prônée par le « science » économique. On parle de masses monétaires M1, M2, etc. L’économiste théoricien Schumpeter a très bien justifié pourquoi il conviendrait d’additionner la richesse réelle et la richesse « négative » que sont les dettes. C’est seulement en cas de crise que l’on reprend douloureusement conscience de la différence. La valeur d’un billet de 10 euros est 10 euros. Son pouvoir d’achat peut varier quand les prix montent, mais sa valeur reste fondamentalement la même. Quant à une reconnaissance de dette, son cas est tout à fait différent. Il faut l’évaluer en fonction du risque, selon la probabilité que le remboursement ait lieu réellement. Lors des crédits hypothécaires qui avaient déclenché la crise aux USA, leur valeur tombait à zéro. Et les masses monétaires M1, M2 fondaient soudainement comme neige au soleil. Où est passé l’argent, se demandait-on naïvement ? La monnaie liquide est toujours là, mais tous les crédits et reconnaissances de dettes ont disparu. Les économistes n’ont certes pas inventé ces calculs douteux uniquement pour faire plaisir au secteur bancaire. Objectivement, ceux-ci sont cependant très commodes pour l’industrie financière. Mais les économistes se sont trompés, on ne peut pas simplement additionner ces deux types de quantités. L’un des chiffres est réel, l’autre est virtuel.

Fuchs: La ligne de défense du secteur bancaire est que l’argent public employé pour leur sauvetage ne serait que des garanties et que cet argent ne serait en réalité pas réellement perdu et qu’il pourrait, dans certaines circonstances, être aussi bien restitué, que faut-il en penser ?

Jorion: Prenons par exemple une “mortgage-backed security”, un titre garanti par des hypothèques. Y sont contenus les crédits hypothécaires de 3000 propriétaires de maisons. Chaque fois qu’ils paient une mensualité, de l’argent parvient aux titulaires du titre (investisseurs). Si le titre papier est émis en 2007 et si certains débiteurs ont cessé de payer leurs mensualités, ce titre ne vaut peut-être plus que 83 cents par dollar (investi). Les banquiers disent alors que si les autres débiteurs continuent à payer, il n’y a pas de raison de décoter encore davantage ce titre, il suffit de le conserver sans s’inquiéter jusqu’à sa maturité. Mais ceci est ridicule, car rien ne vient soutenir la supposition que la situation s’améliorera nécessairement l’année prochaine ou dans deux ans. Sous-tend cet type d’argumentation la méthode de valorisation “mark to model” qui renvoie à la représentation d’une situation idéale où toutes les difficultés du présent auront été éliminées. Le taux de chômage par exemple ne varie pas brusquement d’une semaine à l’autre. Il est soumis à des cycles long. Aux USA, on a ainsi fêté dans l’euphorie le fait qu’en mars avaient été créés 162.000 nouveaux emplois. En y regardant de plus près, on constate qu’un tiers des emplois étaient des embauches provisoires pour le recensement décennal de la population, et un autre tiers avait été postulé à partir des fluctuations historiques de création et de disparitions d’entreprises aux USA. Ce qui veut dire que 50.000 seulement de ces emplois sont réellement nouveaux. On sait cependant que l’Amérique aurait besoin, pour confirmer son rétablissement économique, de 250.000 emplois neufs par mois pour les cinq années à venir. On peut bien sûr être un optimiste incorrigible qui image que demain au réveil tout se retrouvera miraculeusement comme avant la crise.

Fuchs: Est-ce à dire que les tristement célèbres “bad banks” sont des tombes où l’on a enterré de l’argent ?

Jorion: La probabilité d’une réanimation est en effet aussi élevée que dans un cimetière. En mars 2008, le ministre des finances américain Henry Paulson avait orchestré le rachat de Bear Stearns par JP Morgan. Il déclara par la suite à plusieurs reprises publiquement que ce sauvetage était unique et qu’il ne serait pas possible de le répéter. Il le redisait encore quand survint, 6 mois plus tard, la faillite de Lehman Brothers. On avait enfoui les déchets financiers toxiques de Bear Stearns et vissé par dessus un couvercle comme s’il s’agissait d’un deuxième Tchernobyl. Personne ne devait y toucher, personne ne devait savoir ce qui s’y cachait. Seule l’insistance des médias, de Bloomberg et de Fox News, a fait que le contenu a dû être dévoilé. On a dévissé le couvercle pour jeter un coup d’œil dans le sarcophage, et on a pu constater que ce qui s’y trouvait n’avait absolument aucune valeur.

Fuchs: Si je vous ai bien compris, vous attribuez à une sorte de perversion de la nature de l’argent, à un fétichisme de l’argent, le véritable arrière-plan historique et culturel de ce à quoi nous assistons maintenant sous sa forme extrême. On a fait, à partir d’un instrument destiné à l’échange, à savoir l’argent en tant qu’instrument de la circulation, un instrument d’accumulation de la valeur. En quoi est-ce un mésusage de l’argent, car, enfin, la formule de l’intérêt est pour nous, depuis la renaissance, liée à l’usage de l’argent ?

Jorion: On peut dire que l’argent est un instrument neutre qui n’a comme tel un effet ni positif ni négatif. Il constitue un simple substitut du troc : une marchandise spécialement conçue pour l’échange. Une image tout à fait différente émerge cependant au plan historique. A l’origine, les sociétés féodales étaient dominées par la caste des guerriers qui s’appropriait les terres par la force. Ils sont ce que Hegel nomme les “Maîtres”. En face d’eux se tient la majorité de la population, les « esclaves » devenus “serfs” par la suite. Les uns travaillent, les autres règnent sur eux. Pour pouvoir faire circuler les produits issus de cette division du travail, il fallait les marchands. Ils vont de pays en pays, vendent leurs marchandises et vivent de leur profit. Pour ce commerce, on a besoin de l’argent comme instrument de la circulation. Au moyen âge et surtout pendant la renaissance, les régnants font une découverte surprenante. Ils n’ont plus besoin de la violence comme base de leur règne. L’argent rend le même service. Avec lui, on peut amener quelqu’un à travailler pour soi, sans autre violence. La révolution française et sa nouvelle redistribution du pouvoir n’a rien changé à cela. Les aristocrates ont vite compris qu’il pouvaient renoncer à leurs privilèges seigneuriaux s’ils possédaient suffisamment d’argent. L’épée ou le sabre ne sont plus nécessaires, on peut arranger tout cela de la même manière avec de l’argent. Aristote avait reconnu cet aspect de l’argent comme l’héritier de la violence sociale. L’argent reflète le rapport de domination et remplace l’instrument de la violence.

Fuchs: Que devrait-on donc faire pour neutraliser cet effet antidémocratique renforçant les dominations dans nos sociétés, pour l’affaiblir voir l’annuler ?

Jorion: Ce qui avait été fait en 1929, a été refait en 2007 : attendre jusqu’à ce que la concentration de la richesse sociale devienne telle que tout le système s’effondre. C’est alors seulement que l’on repense soudain à la redistribution. Dans les années trente, ce sont des instruments redistributifs que Keynes avaient proposés en Angleterre et qui furent appliqués également aux États-Unis. Pour Keynes, le plein-emploi était l’objectif primordial. Il faut se souvenir que l’on assistait alors en Angleterre à une montée en puissance parallèle du fascisme et du communisme. L’enjeu devenait crucial. La démocratie était menacée sur deux flancs par des idéologies totalitaires. Pour Keynes, il fallait combattre le mécanisme de concentration de la richesse. Il fallait que l’argent soit redistribué de manière plus équitable. Pour que les gens consomment à nouveau et puissent aussi acheter les marchandises produites par eux, il fallait avant tout leur donner du travail et rémunérer celui-ci d’une manière adéquate.

L’instrument de la redistribution par l’imposition qui accompagne l’État keynésien, est, hélas, aujourd’hui émoussé. On a permis en particulier aux entreprises de l’économie réelle de se transformer en entreprises quasi virtuelles. Elles distribuent leur chaîne de création de richesse sur un grand nombre de pays, et bénéficient de la concurrence mondiale existant entre eux pour les derniers emplois restants. On permet à la richesse socialement produite de se réfugier dans un espace virtuel et quasi transnational. Il ne faut pas négliger non plus l’influence de l’argent sur la politique. Il est plus aisé de se faire élire à un poste politique quand on appartient à un parti soutenu par l’industrie financière. Cela a conduit aux États-Unis à un système qui se rapproche de l’ancien système électoral censitaire. La cour suprême des États-Unis a récemment suspendu pour les entreprises toute limitation des dons politiques. Et ce en invoquant le principe de la libre expression ! Naturellement, les entreprises ont des ressources financières d’un tout autre ordre que l’individu moyen. Avec de l’argent, on s’achète de l’influence sociale. Un coup d’état n’est donc pas nécessaire, pas besoin d’envoi de troupes. Une fois encore : l’argent procure le même type de service.

Fuchs: Il y a une autre proposition de Keynes que vous préconisez, c’est la monnaie synthétique mondiale qu’il appela le “bancor” et qu’il a proposée à Bretton Woods, mais qui ne fut pas retenue. Dans quelle mesure cela pourrait-il nous venir en aide dans le contexte actuel ?

Jorion: Il faudrait vérifier si le bancor pourrait vraiment constituer une solution. Dans son principe, il ressemble beaucoup aux droits de tirage spéciaux que le Fonds Monétaire International a institués. La crise grecque et de l’euro a très nettement souligné qu’une monnaie devrait correspondre à un espace économique poursuivant une politique économique intégrée. Les États-Unis ont ancré dans leur constitution la solidarité économique entre les états de la fédération. La Californie et ses excédents d’exportation doit pouvoir répondre de la Géorgie beaucoup moins riche. Cela ne pourrait pas fonctionner autrement. On ne peut revendiquer tous les avantages d’un espace monétaire unique et sans risque de change pour son industrie domestique d’exportation et en même temps refuser toute responsabilité pour le déséquilibre économique au sein de cette zone économique. Je parle évidemment du champion du monde de l’exportation, l’Allemagne, et, au niveau de l’économie mondiale, de son concurrent, la Chine. On ne peut pas en tant qu’économie nationale, qui s’est quasi spécialisée dans l’exportation, reprocher aux autres qu’ils n’exportent pas autant. Vers où doivent-ils exporter ? Tant que la planète Mars ne s’ouvre pas comme un nouveau marché vierge, il n’y a pas d’issue. Le commentateur en chef du Financial Times, Martin Wolf, a très bien décrit cela. Les Allemands ont renié la parole du philosophe Immanuel Kant : un principe moral doit toujours valoir pour tous, il doit être universel. Mais tous ne peuvent devenir champions du monde de l’exportation.

Keynes a reconnu ce problème. Il était à la recherche d’un système qui serait en mesure de compenser des déséquilibres dans les bilans commerciaux. Le noyau de son plan bancor était de créer une monnaie de compte qui sanctionne les excédents aussi bien que les déficits commerciaux. Car les deux sont nuisibles dans le cadre d’une économie mondiale durable. Malheureusement, sa conception n’a pas pu s’imposer à Bretton Woods. Son concept général, il faut le mentionner, n’était pas neuf. Un système d’accords bilatéraux équilibrés entre l’Allemagne et d’autres pays avait été mis au point par Hjalmar Schacht qui avait été président de la Reichsbank et ministre de l’économie d’Hitler. Schacht a été jugé après la guerre à Nuremberg pour complicité dans la mise sur pied de la machine de guerre allemande. Il a été acquitté. Quoi qu’il en soit, Keynes n’a jamais fait mention de la parenté intellectuelle entre son propre projet et des applications d’inspiration commune dans l’Allemagne vaincue. Cela aurait jeté la suspicion sur leur bien-fondé dans la période d’après guerre et aurait pu compromettre toute chance de leur mise en application.

Fuchs: Le mainstream économique a déjà évacué la crise : « Des signes positifs se pointent à l’horizon », « Le pire est derrière nous ». Vous êtes beaucoup plus pessimiste, vous croyez au “double plongeon”, ce profil en forme de W où la deuxième jambe sera beaucoup plus dramatique que la première. Cette seconde partie, sur quelle champ se joue-t-elle ? Sera-ce une crise de l’endettement public ? Sera-ce une crise de la demande déclenchée par l’épargne ? Donc une crise déflationniste, se produira-t-elle?

Jorion: Je pose d’abord une première question : où se trouve donc ce mainstream dont vous parlez ? Il s’agit de quelques journaux, de quelques stations de télévision, certainement pas la majorité des opinions exprimées ! Il y a eu en avril un sondage en France. On demandait aux gens s’ils croyaient que la crise état terminée. 75 % ont répondu non.

Ce qui se profile devant nous, c’est la maladie japonaise : une période de stagnation se traînant en longueur, accompagnée d’une déflation. Pour Keynes, la déflation était le plus grand des dangers. Plus personne ne dépense, car tout pourra être obtenu demain encore meilleur marché. L’économie se fige, le chômage monte en flèche, et on assiste à la paupérisation de large couches de la population.

La récession va reprendre en vigueur, les états nationaux ont épuisé leurs munitions. Ils sont incapables de recharger leurs armes. Le sauvetage du secteur bancaire a épuisé les dernières réserves. Pour lui, les États ont dépensé plus qu’ils n’avaient. Dans leur grande majorité, ils sont tout aussi insolvables que la Grèce. La tentation est grande de réduire la charge de la dette par l’inflation. Mais l’inflation, c’est incendier la plaine, c’est un processus qu’il est impossible de maîtriser.

On me pose souvent la question si nous sommes en train de vivre la crise finale du capitalisme. C’est en effet à une sorte d’agonie que nous assistons. Il ne mourra peut-être pas pour les raisons que Marx avait prédites. Mais cela n’y change rien. Le système peut être mortellement blessé, alors même que Marx se serait trompé.

Il faut agir sans tarder, il faut empêcher l’industrie financière de causer davantage de dégâts. Depuis trois ans, je plaide pour l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix. Mais rien ne bouge. Des sommes énormes sont soustraites à l’économie par des tours de passe-passe spéculatifs. Tout ça est très très dangereux.

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54 réflexions sur « L’argent destructeur »

  1. Qu’est-ce qu’un « économiste structuraliste », Paul, qualité que vous prête l’introduction de l’interview (on ne sait pas qui parle)? Pour le reste, je crois être suffisamment familier de votre pensée et des sujets que vous avez abordés dans le passé (récent) pour ne pas poser de questions oiseuses!

  2.  » Lorsque l’argent est réparti inégalement dans un système économique, cette répartition inégale s’accentuera avec le temps toujours davantage.  »

    Non seulement cela mais aussi autre chose,

    Comme le fait de pouvoir donner davantage de moyens d’influence médiatique à une minorité
    de personnes dans le monde, à vrai dire plus je possède des richesses et plus je recherche bien évidemment à REGULER et à Contrôler davantage le monde selon mes seules valeurs de plus moi et mes ami(e)s d’abord, saupoudré quand même de temps en temps d’une petite dose de démocratie, de salaire de pains et des jeux du cirque pour la populace.

    « La valeur d’une maison pour une famille en était venue à correspondre à trente années de revenu disponible. Un prix véritablement astronomique. »

    Autrefois il y a de cela bien longtemps avant même l’invasion de la Gaule par la Culture romaine, aussi bassement matérialiste et très vulgaire aussi sous d’autres aspects rarement dénoncés par les romains de l’époque encore aujourd’hui hélas avec Berlusconi, la terre de Gaulle n’appartenait à personne mais ça bien sur on se garde bien encore de le faire entendre aux enfants à l’école c’est comme autrefois avec les indiens d’Amérique.

    Nous avions en effet autrefois une Ame, un Esprit et une culture plus différente en Gaule mais
    ça on l’a bien oublié et rejeté de nos jours depuis d’ailleurs que nous honorons plus guère nos ancètres avec respect et mémoire, par dessus tout principalement le divertissement et le commerce de masse partout sur terre, le monde des marchands et des politiciens romains …

  3. Un sage amérindien a dit:

    “Lorsque l’homme blanc aura tué le dernier animal, coupé le dernier arbre et empoisonné la dernière rivière, c’est seulement là qu’il réalisera que l’argent ne se mange pas”

    Il me semble en effet que la crise écologique et environnementale qui se profile à l’horizon est
    hautement plus redoutable que la crise spéculative actuelle, qui pourtant « porte en elle la guerre comme la nuée l’orage » comme disait Jaurès. Il suffisait de voir l’émission de FR3 hier
    soir sur la qualité de l’eau, où d’écouter l’information selon laquelle il pourrait ne plus y avoir de poissons dans les océans à l’horizon 2050, si l’on continue à exploiter sans vergogne les ressources marines. Je ne parle même pas du sort des abeilles qui est préoccupant et de bien d’autres sujets qui devraient nous interpeler.

    Il faut avoir le courage de le dire : la voracité, la cupidité qui animent « l’homo capitalistus » sont
    les symptômes d’une grave maladie mentale, à soigner comme telle !

    Je ne sais plus qui disait le capitalisme c’est une maladie qui consiste à personnifier des choses, et à chosifier des personnes.

    1. En ce qui concerne le document sur l’eau je suis resté un peu sur ma soif car il était franco-français mais nous posait des questions préoccupantes, nul besoin d’entendre les réponses de certains interviewés, leur mine était explicite à la découverte des résultats d’analyses.
      Décidemment il est indispensable de disposer d’organismes indépendants de contrôle en complément de la puissance publique et surtout industrielle. Les liens entre l’industrie et le pouvoir politique national, régional ou même local ne sont pas toujours neutres.
      L’Europe est une garantie supplémentaire forte pour le respect des normes environnementales, de santé et de sécurité.

      Pour les abeilles le documentaire diffusé ce soir sur ARTE était particulièrement éloquent, instructif et surtout plus qu’inquiétant, où allons nous ? Je comprends aussi pourquoi certains arboriculteurs ou viticulteurs acquièrent des compétences en apiculture.
      http://www.arte.tv/fr/3218794.html
      Je me souviens de prévisions à 30 ans de Hubert Reeves, très sombres, il est plus que temps de se bouger, ça commence à mal faire !!

    2. Joan,

      « Contre la liquidation programmée de la singularité, de l’amour et de l’éperdu, Annie Le Brun appelle chacun au sursaut. Tout le monde s’inquiète désormais de la déforestation et de la fonte des glaces. L’intense brindille en noir veut croire qu’un jour ils seront aussi nombreux, ceux qui se préoccupent du massacre de la vie intérieure. » Aude Lancelin

  4. Si j’ai bien compris, il y a quelques décennies, les politiques se sont agenouillés devant les prêtres de la déesse finance et lui ont érigé des cathédrales à New York, à Paris, à Londres, etc… au sein desquelles plus de règles (ou presque) ne s’appliqueraient et où l’on vouerait un culte total à l’autorégulation. Leur foi a ensuite su convertir de plus en plus de fidèles dans une évangélisation mondiale et comme souvent dans ce cas, le clergé s’est enrichi et les nobles ont vu leur patrimoine grossir et grossir encore sans besoin de nouvelles prisons. Les fidèles n’avaient qu’à sacrifier leur temps et leur force de travail sur l’autel et Dieu leur donnerait une maison, une belle voiture et un métier propre pour les enfants. ça a marché…
    Et puis patatra, patatra et repatatra! Dieu a menacé. Dieu avait toujours plus faim, Dieu en voulait encore. Les fidèles ont dû encore plus se serrer la ceinture pendant que le clergé et les nobles amoncellaient les richesses aux paradis (oui, dans cette bible là, y a plusieurs paradis). Les fidèles voulaient crier qu’ils n’en pouvaient plus, mais ils savaient plus s’unir et étaient de toute façon bien démunis. « Attention, fidèle, prend garde,dis Dieu puis ses relais, tu dois craindre ma colère, ta voiture m’appartient, ta maison m’appartient, peut-être même ton hôpital et ta centrale nucléaire et bientôt ton école et tes musées. Tu doute encore, fidèle, regarde la cette montagne » et il montra la dette colossale cumulée des Etat « tu m’a vendu tes enfants, repris Dieu, et peut-être même tes petits-enfants, alors reste à genou, fidèle, baisse la tête et file tout droit, sinon, SINON…!!! »

    Sinon, quoi? ai-je demandé donc à Dieu. Mais il savait pas trop, alors je lui ai donné mon numéro de tél au cas où il se rappelle sinon quoi.
    En attendant, si j’ai bien compris les déclarations des présidents américains et français depuis 2008 (qui eux rendent ont à rendre des comptes de temps en temps à la voix du fidèle et même de l’infidèle dans son isoloir), sans parler de moralisation (celle là, perso, elle est dans mon top3), ils évoquent leur souhait de remettre de l’ordre, donc des règles, donc des lois dans tout ça. Il s’agirait donc, en gros si j’ai bien lu, de brûler la déesse, les prêtres, les cathédrales, fermer les paradis et de revenir tout simplement au bon vieux temps? C’est ça? Il n’y a donc rien de très inconnu dans de telles perspectives. Ni chômage de masse, ni pénuries alimentaires, ni guerre civiles, ni retour d’Attila dans les plaines d’Europe, ni croisades meurtrières, ni les 7 sept plaies sur le monde, etc… Comme à chaque fois, on s’est foutu de ma gueule et à la fin je découvre que le Dieu, il existait pas et que c’était l’homme qui se faisait peur tout seul, non? Et même si jamais il y avait vraiment des paramètres inconnus dans cette équation, c’est pas grave, si? J’ai noté que lorsqu’ils ont mis en place la dérégulation, ils ne savaient pas ce qu’ils se produirait non plus (c’est pas ça la politique?)
    Bon, bref, maintenant, on sait que dans le système là il y a 1% qui se régale et 99% qui galère. Mais comme les 99% ont encore le droit de vote, moi je dis ça y est c’est bon, la loi doit recouvrir tous les territoires (et pas seulement les hall d’immeubles) et hop on passe au plan suivant, histoire de trouver une formule un peu plus équilibrée.
    Monsieur JORION, à nouveau merci, vous m’inspirez au moins des idées qui égayent mon quotidien.

  5. « La firme américaine Enron, aujourd’hui disparue, est un bon exemple de ce changement de paradigme. » : Puisqu’il y a eu « changement de paradigme » initialisé par l’invention des stocks options, on est logiquement en droit d’espérer qu’un autre est possible… Le bancor ?

    Le texte citant l’ordolibéralisme, j’en profite pour signaler cette présentation relativement succincte qu’en fait Pierre Bilger sous le titre : L’école de Fribourg, l’ordolibéralisme et l’économie sociale de marché. Je citerai seulement ce passage, amusant comme tout :

    Si l’ordre social a la primauté sur le système économique au plan des finalités, celui-ci est à son tour prioritaire par rapport à la politique sociale au plan des moyens. La croissance économique assure automatiquement le progrès social en accroissant la richesse moyenne et en améliorant de ce fait la capacité des personnes à assurer leur propre bien-être, leur sécurité et la solidarité avec leurs proches. Elle constitue donc par elle-même la toute première et la meilleure politique sociale.

    Autrement dit, pour l’ordolibéralisme, la politique sociale peut être sacrifiée pour que le système économique continue à garantir… la politique sociale ! C’est fou tout ce que l’on peut faire automatiquement de nos jours !

    1. Peut-on voir le bancor comme une façon d’allier la classe des salariés et des entrepreneurs? Si c’est le cas, il m’étonnerait que les capitalistes restent les bras croisés à regarder faire.

  6. Citation :

    Mais l’inflation, c’est incendier la plaine, c’est un processus qu’il est impossible de maîtriser.

    Commentaire :

    La déflation a contrario, se maitrise davantage ?

    L’autre jour, on m’a demandé de dépanner un lecteur VHS, j’ai dit : nettoyez les têtes de lectures… résultat : « Ein volltreffer » : réussite totale. On m’a demandé comment j’avais eu l’idée de ce qu’il fallait faire. J’ai dit, c’est parce que c’était la seule chose qu’il était possible de faire.

    Même chose aux échecs, on demande à B. Fisher combien de coup il envisage à l’avance : réponse, 1 seul, mais le bon. Il n’y a parfois dans la vie qu’une seule possibilité. Pourquoi ? parce qu’il n’y en a pas d’autres !

    L’inflation ne se maitrise pas, en effet parce qu’on y prend gout, parce qu’elle s’institutionnalise, sous forme d’indexation des salaires sur les prix, ce qui s’est déjà vu, et personne n’est mort. En revanche c’est lorsqu’on a arrêté ce système qu’il y a eu des dégât. La preuve aussi qu’on peut le maitriser !

    Pire que ça, raréfier l’argent en refusant l’inflation, est renforcer le côté immoral de l’argent, puisque tout le monde en manque davantage.

    L’inflation est un indice indirecte d’une consommation en hausse et donc d’une activité économique. Vous n’en voulez pas ?

  7. Ordolibéraliste, je ne connaissais pas cette nouvelle variété d’oiseau, Professeur.
    Des néo-ordo-mondialistes séclorum peut-être?

  8. Vue de loin, l’opinion publique allemande semble
    accepter les prédicats du « main-stream », avec ses propres
    nuances: équilibre du budget,rigueur sociale, efforts en faveur
    des entreprises – et non du marché, un simple détail-
    et exportation à tout va. Au surplus, un trait répressif:
    sanctions positives , « pour apprendre à tenir ses engagements « ,
    envers ceux qui ne respectent pas les saintes règles.

    Comment cette opinion reçoit-elle le message de Paul ?
    Il doit bien exister des esprits allemands capables
    d’évaluer le danger de leur jeu solitaire.
    Ou bien l’ autosatisfaction de l’ excellence industrielle
    (et morale) emporte-elle toutes les opinions ?
    Avez-vous eut des réactions ?

    1. Bonjour de Strasbourg.

      Le DGB principal syndicat allemand, en congrès ces jours-ci, rejette toutes les mesures de rigueur prises par Schroeder, SPD (!), depuis 10 ans, et exige l’instauration d’un SMIC à 8,50 Euros. Il refuse la retraite à 67 ans à l’horizon 2023, etc.
      Y a-t-il un article à ce sujet dans la presse française ?

    2. @Alain V : c’est nouveau tout ça ! L’opinion allemande ne serait donc pas aussi monolithique qu’on veut nous le faire croire. Des failles se dessinent.

      @daniel : il est tout à fait vain de s’intéresser à l’opinion ! De toute façon, on ne sait pas dans quel état elle est réellement. Cf. réponse d’Alain V. Je me rappelle fort bien de la campagne présidentielle de Barak Obama : à en croire Libé et les autres, toute la France était en extase pour le candidat noir. Mais qu’en était-il en réalité ? Je n’ai trouvé aucun sondage disant ce que les Français en pensaient. Libé et Cie se contentaient de répéter que « les Français adorent » Obama mais seules leurs manchettes l’attestaient. Pour ma part, cet Obama ne m’a jamais « fait […] », et j’ai trouvé qu’il n’était pas judicieux de s’enthousiasmer sans savoir ce qu’il ferait exactement une fois en poste.

  9. Paul Jorion @
    « Et les masses monétaires M1, M2 fondaient soudainement comme neige au soleil. Où est passé l’argent, se demandait-on naïvement ? La monnaie liquide est toujours là, mais tous les crédits et reconnaissances de dettes ont disparu. ………
    Mais les économistes se sont trompés, on ne peut pas simplement additionner ces deux types de quantités. L’un des chiffres est réel, l’autre est virtuel…… »

    Virtuel n’est pas le qualificatif approprié à mon humble avis.
    Fictif est le terme juste (dans le sens de viser).
    La fictivité du capital est une « consanguinité » économiquement dangereuse comme cette crise le démontre. Or cette tare est connu depuis longtemps.
    En consolidation on connaît bien cette fictivité et les états financiers consolidés neutralisent cette dangereuse « fictivité » que le juriste connaît.
    Pas étonnant si on songe que P. Jorion a étudié semble t-il dans son cursus universitaire les liens de parenté dans un groupe social. Or la méthode de calcul des pourcentage d’intérêts permet semble t-il de déterminer très élégamment les degrés de consanguinité entre tous les membres d’un même groupe, exactement comme pour un calcul comptable dans un groupe à consolider.
    Pour la démonstration comptable: « Participations réciproques et circulaires, rachat par une société de ses propres actions, fictivité du capital » Les Petites Affiches 18 janvier 1982, 20 janvier 1982, 22 janvier 1982
    Paul Jorion revient donc à ses premières amours dans un autre contexte sous une autre forme et dimension.

    1. « Virtuel n’est pas le qualificatif approprié à mon humble avis.
      Fictif est le terme juste (dans le sens de viser). »
      : que nenni !

      1) Contestation de « fictif » : S’emploie en économie pour une valeur qui tire… sa valeur d’une convention, d’une fiction. Et mon dictionnaire fétiche de citer :  » Valeur fictive de la monnaie fiduciaire. » Seulement voilà, en ce qui concerne la « monnaie fiduciaire », le caractère conventionnel a depuis longtemps disparu, il est totalement oublié, de sorte que son caractère fictif a disparu aussi. En effet, pour savoir que telle valeur est « fictive », il faut savoir qu’en « réalité » elle est autre.

      2) Confirmation de « virtuel » : mon dictionnaire fétiche dit : « Qui n’est tel qu’en puissance, qui est à l’état de simple possibilité. » : c’est exactement ce qui passe avec une valeur sur compte en banque : elle ne peut se concrétiser que si vous faites une opération de retrait en liquide.

    2. Crapeau rouge @

      Votre dico est incomplet !
      Faudra demander aux auteurs de le compléter, notamment au niveau de:

      Fictivité du capital : se dit du capital d’une société légalement constituée qui n’est pas effectivement libéré par suite d’opération financière sur titres et ne constitue donc plus une garantie pour les tiers.

      Vente à terme position nue: opération de vente à date fixée portant sur des biens valeurs ou titres fictifs qui ne peuvent donc pas représenter une garantie pour les tiers.

      Achat à terme position nue: opération d’achat à date fixée portant sur des biens valeurs ou titres sans disposer des fonds à terme qui ne peuvent donc pas représenter une garantie pour les tiers.

  10. Que dalle, Monsieur Jorion.

    Même si hier j’ai écrit que l’argent nous tuait, je suis trop revanchar pour ne pas vouloir un effondrement total, définitif, absolu, inhilateur, vierge, fertile, cultivable, riche, humain, réfléchi de ce « put.. fout…bord..religio… » de système corrompu jusqu’à la moelle.

    1. Oui, et ce ne sera pas le seul ! Le cimetière des théories géniales mortes de ridicule va devenir plein à craquer. Faudra d’ailleurs songer à l’agrandir.

  11. L’enchainement des deux articles :

    18 mai 2010
    L’argent destructeur
    Qui conclu par : …plaide pour l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix….

    et le suivant
    18 mai 2010
    Interdiction des prises de position à découvert « nues » en Allemagne.

    Un vrai bonheur intérieur.

    Une première brèche est ouverte

    A nous citoyen de tous pays, de contacter nos représentant politique pour faire connaitre cette information et faire pression pour que cette premier résolution soit prise au niveau international des ce matin.

    Il faut, si j’ai bien compris, que tous les pays prennent la même résolution :
    Interdiction des prises de position à découvert « nues »

    Lecteur citoyen, à vos courriel ou courrier.

    Note : Si vous connaissez des adresse internet pour trouver les mails de nos représentants en fonction des pays et des régions, merci de le mettre en réponse.

    1. Le mot brèche est particulièrement bien approprié, car « la finance » constitue un véritable édifice, ( « Ensemble vaste et organisé. » dit mon dictionnaire fétiche), et cet ensemble forme un mur entre nous, braves citoyens, et eux.

  12. Un ptit encart dans Métro ce matin « Le taux d’inflation annuel de la zone euro a été de 1,5% en avril 2010, contre 1,4% en mars. Le taux d’inflation annuel de l’Union européenne a été de 2% en avril contre 1,9% en mars. La hausse est principalement due aux prix des produits pétroliers selon Eurostat. »

    Petit cours d’arithmétique de la croissance. A raison de 2% de croissance annuelle, quelle est la période nécessaire au doublement des prix ? Il suffit de diviser 70 par le pourcentage pour connaître le temps de doublement. En divisant 70 par 2 et on obtient 35 ans. Grâce à ce calcul on peut déterminer que dans 35 ans les prix auront doublé (sans tenir compte du fait que notre pouvoir d’achat baisse ou pas ou même que l’on en ait encore).

    Mais bon, ce petit 2% ne va plus durer très longtemps, ce que nous savons tous n’est-ce pas ?

  13. « Mais les économistes se sont trompés, on ne peut pas simplement additionner ces deux types de quantités. »

    Je crois qu’il y a un grand malentendu dans le débat sur la nature de la monnaie scripturale bancaire, et que ce malentendu repose sur le fait que l’économie est une science politique. Un économiste ne se déshonore pas prenant acte du contexte institutionnel et politique pour fonder ses analyses, il le fait lorsque il oublie que ce contexte n’est pas une fatalité, une loi naturelle ni une règle éternelle.

    Or, je lisais récemment dans le rapport d’un ancien banquier français : « Comme Phillips (1995) le remarquait, jamais aucun économiste n’a osé produire une réfutation en règle et globale du ≪ 100% Money ≫, soutenu par ailleurs, sous des formes diverses, par une kyrielle d’économistes parmi les plus grands (Ricardo, ≪ Currency School ≫, Walras, Von Mises, Hayek, Knight, Viner, Simons, Fisher, Machlup, Stiegler, Friedman, Allais, et, sous la forme du ≪ Narrow Banking ≫, Tobin et Minsky…) »

    Je traduis que cette kyrielle d’économiste, à l’instar d’une flopée de « pères fondateurs » de nos républiques, n’a jamais admis le fondement même de notre système monétaire et financier. Il s’agit là d’un jugement moral, politique, et même d’économiste dans la mesure où tout ce beau monde avait bien compris que ce régime, au-delà de son injustice et de son caractère proprement anticonstitutionnel, est structurellement désastreux et est une bombe à retardement.

    Il n’en demeure pas moins que, lorsqu’il s’agissait d’analyser la situation contemporaine, comme tout le monde, ces économistes étaient bien contraints de composer avec l’ordre institutionnel établi. Ne pas le faire aurait constitué un déni de réalité ridicule et cela aurait évidemment retiré tout caractère scientifique à leur travail. Mais cela n’a rien à voir non seulement avec une caution politique mais avec une « caution intellectuelle » qui consisterait à considérer que l’équivalence entre reconnaissance de dette et monnaie est autre chose qu’une convention politique… et une donnée contingente, autrement dit une convention d’équivalence qui peut être (et qui sera tôt ou tard — qui le nie ?) remise en cause complètement par la situation (de crise).

    Le fait est que nous vivons dans un monde où le pouvoir, depuis des siècles, a permis aux banques et, ce faisant, nous a imposé par la loi, de traiter la monnaie scripturale comme de la monnaie fiduciaire. Le traitement des contre-parties, dans ce système, depuis le milieu du XVIIe siècle, a placé les banques au-dessus du droit commun, leur donnant même, souvent, un pouvoir que je qualifierais de totalitaire puisque, en définitive, le défaut privé est assumé par l’État, qui met tout le monde à contribution.

    Le bon sens voudrait que toute création monétaire vienne de l’État, puisque le système du crédit est en soi une bonne chose, une chose devenue essentielle pour nos sociétés, et puisque, en définitive, la contrepartie vient de l’avenir et implique, si je puis m’exprimer ainsi, la constitution du peuple et de l’État.

    Conclusion qui n’empêche pas, bien au contraire, d’exiger beaucoup de séparation (et de décentralisation) des pouvoirs et de contrôle démocratique — la vérité historique, c’est qu’on a toujours baissé les bras devant la difficulté d’assurer et de maintenir cette nécessaire démocratie et que c’est bien pour cela qu’on a admis de laisser le « contrôle » (et une bonne part du bénéfice) de la création monétaire aux banques et, au présent, à des marchés internationaux, à commencer par les marchés obligataires, qu’on a délibérément établis, précisément dans une tentative désespérée et désespérante d’établir un gendarme miraculeux qui sanctionnerait toute l’action des gouvernements. Tout cela a créé un dogme plus encore qu’il n’en a été le produit. Mais tôt ou tard, ce genre de grand bon en avant totalitaire, une fois qu’il a presque tout détruit, se heurte au bon sens et à la colère du peuple. La récréation macabre est terminée.

    Et cela ne peut manquer de se produire, pour une raison simple : le système bancaire ne crée pas la monnaie nécessaire pour payer les intérêts. D’où, inévitablement, un accroissement constant et même exponentiel de la masse monétaire. Et une captation toujours plus intensive de cette masse par toujours moins d’agents, par le jeu cumulé des intérêts. Etc. Inutile d’élaborer ici sur les conséquences de ce mécanisme morbide.

    Le crash général ne peut manquer d’arriver. A moins, peut-être, que les agents qui empochent l’intérêt associé à la création monétaire le remettent rapidement en circulation. Ce qui suppose qu’ils le fassent en consommant. S’ils l’épargnent ou, même, s’ils réalisent, avec, des investissement productifs, ça ne va pas car ils tireront intérêt de ces placements et cela ne fera que déplacer ce problème fondamental. Voudrait-on essayer de leur imposer de consommer plutôt que de placer, la loi nous l’interdirait évidemment : puisque on a fait de ces agents privés les propriétaires légaux de cet argent, on ne saurait leur imposer la manière de l’employer. On pourrait vouloir les taxer à 100% sur ce revenu : tôt ou tard, ils hurleront à l’injustice pour la même raison. Ne reste plus qu’à nationaliser les banques. CQFD.

    Pour en revenir au point central et principal de mon message, le même raisonnement m’amène à constater qu’en fait, Paul Jorion semble prôner la même chose que tous ces « économistes [qui, d’après lui] se sont trompés » ! A savoir, précisément, l’établissement d’un régime monétaire et financier dans lequel il sera hors de question de traiter une reconnaissance de dette comme de la monnaie… Génial, Paul Jorion est lui aussi pour le « 100% money », pour la même raison qui le conduit à penser que les autres se trompent ! Très fort…

    Mais il y a un hic : pourquoi, alors, ces réflexions sur l’inflation ? Je passe sur le feu de plain incontrôlé : dans la plupart des pays on n’a jamais vu d’hyperinflation — je soutiens le beau message de Lisztfr.

    Il y a deux choses à distinguer :

    – d’un côté, le 100% monnaie, ça veut dire la couverture intégrale des crédits bancaires. A l’échelle de la France, par exemple, cela suppose l’émission publique de quelque chose comme 3 000 milliards d’euros. Mais cette monnaie ne serait évidemment pas balancée dans le circuit en supplément de celle qui y est déjà : elle serait immédiatement immobilisée pour servir de contrepartie aux crédits bancaires ;

    – d’un autre côté, puisque nous partons d’une situation non seulement injuste mais intenable, qui s’apparente clairement à un état de surendettement généralisé (des ménages, des entreprises et des États), avec une poignée de bénéficiaire et une masse d’agents lésés odieusement, il est évident qu’on devra en passer par une vaste opération de désendettement généralisé. Nous avons en outre à affronter une situation de récession. Etc. En pareil contexte, prêcher contre l’inflation revient à pisser dans un violon. Au mieux, ça fera plaisir aux dominants, mais ça ne durera pas : on n’y coupera pas. Ils n’y couperont pas.

    1. Pour en revenir au point central et principal de mon message, le même raisonnement m’amène à constater qu’en fait, Paul Jorion semble prôner la même chose que tous ces « économistes [qui, d’après lui] se sont trompés » ! A savoir, précisément, l’établissement d’un régime monétaire et financier dans lequel il sera hors de question de traiter une reconnaissance de dette comme de la monnaie… Génial, Paul Jorion est lui aussi pour le « 100% money », pour la même raison qui le conduit à penser que les autres se trompent ! Très fort…

      Pourquoi n’avoir pas commencé par nous dire ce que ce « 100% monnaie » signifie pour vous au lieu de nous faire d’abord avaler vos trois siècles d’histoire monétaire pour en arriver à cette conclusion qui montre que vous n’avez rien compris ?

    2. A défaut de lire « L’argent, mode d’emploi », faites un tour sur les billets « monnaie » du blog et vous constaterez que le 100% money a été débattu et réfuté des dizaines de fois.

    3. @ Crapaud rouge, Julien Alexandre,

      Ce ne sont pas des arguments. Expliquez-vous donc. Je n’ai rien contre les gens avares en parole pourvu qu’ils ne vous prennent pas de haut. Question d’égalité dans le temps passé à s’instruire. J’ai passé assez de dizaines d’heures à lire les pages « monnaie » de ce blog pour ne pas vous laisser le loisir de la flemme. Allez, réfutez, réfutez donc.

      Mais je crois que vous n’avez pas saisi le but premier de mon message, qui est de demander à M. Jorion ce qu’il veut, finalement, en matière de régime monétaire.

      C’est d’après ses propres explications que je conclus que la seule monnaie qu’il reconnait est celle dont la contrepartie est un engagement de l’État. Je dis : très bien, moi aussi. So what ?

    4. Je n’ai malheureusement pas le loisir d’engager systématiquement un nouveau débat avec tout nouveau lecteur remettant le couvert sur la monnaie. Je le ferais volontiers toutefois si vous avanciez des arguments qui n’ont pas été longuement débattus sur ce blog. Ce n’est pas le cas, et c’est la raison pour laquelle pour ce qui concerne le 100% money, je vous renvoie aux billets et commentaires précédents sur la monnaie.

      Je réponds néanmoins à votre question, si Paul m’y autorise puisqu’elle lui est adressée :

      Mais je crois que vous n’avez pas saisi le but premier de mon message, qui est de demander à M. Jorion ce qu’il veut, finalement, en matière de régime monétaire.

      Réponse : ne pas assimiler les reconnaissances de dette à de la monnaie.

    5. @sam : « Mais je crois que vous n’avez pas saisi le but premier de mon message, qui est de demander à M. Jorion ce qu’il veut, finalement, en matière de régime monétaire. » : il vous fallait 3 pages pour poser cette question ?

      Ma réponse : à ma connaissance, Jorion n’a préconisé aucun « régime monétaire ». Il se contente de dire que ce que l’on appelle « monnaie scripturale » est en fait une reconnaissance de dette. Dans son livre, il pousse plus loin, on y trouve des tas de choses sur les masses monétaires, mais ça me dépasse.

  14. Le « bancor » est issu d’une pensée, qui pour le coup me semble dépassée.
    Contre 1929 il y eu trois méthodes: Fachisme, Communisme, et la pensée Saint-Simonienne.
    Toutes les trois sont globalisantes et donc totalitaires.
    Aprés guerre, ce n’est pas tellement Keynes, mais saint-Simon auquel on a eu droit. Cette forme d’élitisme hégèlien n’ayant pas confiance en les peuples, bardé de « rationalisme » et de « chacun à sa place selon ses compétences », « d’évaluation », etc…Sorte de Big Brother virtuel, qui cette fois-ci n’est pas incarné par un dictateur ou un parti, mais tire les ficelles des politiques comme à guignol.
    Des guignols comme Obama, Sarkosy, Berlusconi, Merkel, et j’en passe…:Barroso, Junker, Trichet, Bernanke, Geithner….J’en oublie?

    Quand une grosse météore fonce sur la Terre, pour éviter la catastrophe finale il y a deux solutions:
    -Soit dévier le bolide et en prendre le controle: C’est la solution du « gouvernement mondial » d’Attali et visiblement de Jorion. Ca n’a jamais marché et ne marchera jamais, heureusement.
    Ce fantasme Saint-Simonien à la vie dure.
    -Soit faire exploser la comete en milles morceaux moins dangereux. C’est bien plus réaliste et la seule solution. Si le systeme globalisé est dangereux, il faut le détruire. Détruire la suprématie du dollar et de l’euro, de toute monnaie impérialiste. Empecher au contraire toute monnaie internationale, et laisser toutes monnaie flotter ou s’échanger en liberté. A condition qu’aucune ne prenne le dessus.
    Ce n’est pas du « libertarisme », car celui-ci n’interdit pas les impérialismes « naturels »: Que le meilleurs gagne et on écrase les autres. Non, c’est de l’Anarchie bien pensée, celle de la Nature.
    De toute manière les économistes sont tellement nuls et les politiques au raz de terre, que c’est justement ce qui va arriver en leur corps défendant. Dans leur bétise ils sont en fait géniaux, la Nature fait bien les choses!
    Ni chinois, ni américano-latins, ni indiens, ni japonais ne veulent de « bancor », ce qui signifie que cette option est totalement irréalisable. Il vaut mieux ne pas perdre son temps avec ça et réflechir à une économie totalement déglobalisée, qui par contre aura justement besoin de règles.
    Je ne comprends pas que des gens intelligents ne réalisent pas qu’une réglementation est nécessaire dans des économies déglobalisée, pour que tout le monde soit sur pieds d’égalité. Alors que reglementer un monde globalisé n’est que la définition parfaite du totalitarisme.
    Tous le monde voit bien que les flux financiers échappe aux nations et se concentrent dans les banques apatrides « mondialisées ». On voit bien bien que cela n’a rien à voir avec la liberté, et que la globalisation est la porte ouverte à toutes sortes d’impéralismes, dont le but et d’écraser les faibles, les petits, car est telle la loi du rapace. C’est un totalitarisme pur jus qui se met en place sous notre nez.

    Peuples, on veut vous enfermer, on vous ment! Mais l’Anarchie vaincra…

  15. @ Izarn

    Bravo pour votre plaidoyer.
    Cela me rapelle le projet OpenMoney ou MetaCurrency qui appelle de ses voeux à l’émergence de millions de monnaies à l’échelle mondiale. Qu’elle soit affectées ou non, ce pluralisme, à l’instar de la biodiversité, stopperait tout impérialisme monétaire ou privilège de la monnaie. Les grand machins ne servent qu’à nourrir une bureaucratie toujous plus totalitaire et à satisfaire des appétits expansionnistes. Demain, les « grands pays » disparaitront aussi car ils ne sont utiles que pour satisfaire des idéologie expansionnistes. Il est vital également de voir de nombreux territoires obtenir leur indépendance totale pour mener une politique centré sur les besoins des populations.

    Small is beautiful !

  16. Small is beautiful… et facile à avaler en une seule bouchée…

    Il faut un système généralisé de protection. Sans cela, les petits seront bouffés par les gros en un rien de temps. Vous ne tirez vraiment aucune leçon de l’actualité de ces quelques dernières années ?

    1. Oui, mais s’il n’y a QUE des petits , çà ne peut donc pas marcher ?

      Des petits ayant enfin pris conscience que croissance, compétitivité et compagnie ne sont que foutaises ?

      Oui, bon je rève encore là !

    2. Peut être je me trompe avec mon interprétation de vos mots. Mais ça l’air de dire: La système est comme il est, mais si on contrôle mieux tout va pour le mieux?

      C’est aussi que j’ai plus ou moins lu dans l’argent, mode d’emploi.

      Pour moi un peut trop attalien, sans analyse de l’origine de la crise.

      ps j’a apprécié votre chapitre sur Silvio Gesell, probablement une analyse assez réaliste.

    3. Menace de dissémination globale de l’atomisation délirante car il n’y a pas de monnaie sans armée pour garder le coffiot….

    4. @Paul Jorion
      Oui, mais que pensez-vous de la théorie de Bernard Lietaer ? En gros résumé : système monétaire = « système en réseau complexe qui n’est viable qu’a condition qu’il y ait ni trop peu, ni trop de diversité et d’interconnectivité. Un système avec trop peu de diversité sera peut-être très efficace, mais il devient aussi de plus en plus fragile.. En revanche, si l’on va trop loin dans la diversité, le système stagne par manque d’efficacité et de directivité. »

      @Louise

      « Lorsqu’on rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve alors que lorsqu’on rêve à plusieurs c’est déjà une réalité. L’utopie partagée, c’est le ressort de l’Histoire. » Elder Camara

      Mais comment éviter de passer de l’égoïsme individuel à l’égoïsme communautaire/régional/national ? Surtout avec des dirigeants/autorités/élites qui ne pensent qu’à défendre leurs privilèges, au besoin, en lâchant juste un peu de lest pour se maintenir en place.

      @ Peter Hoopman
      Paul Jorion a écrit d’autres livres… Vous ne voudriez tout de même pas qui écrive toujours le même livre ?

    5. Fujisan, je ne pense pas sur le même sujet il a chaque fois une opinion complètement différent? 😉

  17. merci et encore merci Paul Jorion et ce blog qui pense si juste.
    J’espère de tout mes veux que vous soyez entendu.

  18. « une concentration de plus en plus forte de l’argent en peu de mains » : oui

    « il faut alors se le procurer par le crédit » : pas nécessairement

    Cause ou conséquence ? Pour certains, le recours excessif à la dette résulte des inégalités. Pour moi, la causalité est inverse : la création monétaire accroît les inégalités. Les Etats sont les premiers à en bénéficier, et les intermédiaires financiers ne sont pas loin derrière. C’est cela qui provoque une concentration artificielle des richesses.

    On le voit empiriquement avec le cas de l’Islande : les inégalités y étaient-elles plus importantes qu’en Allemagne ? Pourtant, l’endettement battait tous les records.

  19. … à lire qu’on voit dans la société trois classes sociales maintenant, retombe dans sa perplexité coutumière.
    Le grand-père ne lui avait pas appris ça. Mais c’est vrai que ce grand-père avait bourlingué dans toutes les ports de révoltes et navigué sur les mers des révolutions. Pour lui, que des capitalistes et des prolétaires. Les uns et les autres plus ou moins bien unis, mais chacun devait choisir son camp. La grand-mère qui allait à la messe ne parlait que des riches et des pauvres, les gens comme il faut et les va-nu-pieds, et en plus les bonnes gens qui se faisaient respecter parce que les premiers les estimaient et que les seconds les couvraient d’insultes.
    C’est aussi vrai que l’oncle, dans son commerce, rappelle son propre père quand il se met en rogne contre son rapace de banquier : pas possible de faire tourner l’épicerie sans les crédits de la banque. On a beau courir les autres usuriers, il faut toujours rembourser plus d’intérêt et plus de capital aux dépens de son revenu et de la paye du commis.
    Mais moi, quand je m’embauche dans le dépôt de l’armateur, se dit le matelot, qu’est-ce que je vois ? Le lieutenant lit son journal, assis derrière l’écrivain. Il me regarde et il hoche la tête quand le gratte-papiers se tourne vers lui, ou il la secoue quand je demande plus que la dernière solde. Où sont les classes sociales ?
    Il y a là le lieutenant qui fait l’indifférent, le gratte-papiers qui me regarde d’un air mauvais en surveillant ses tas de pièces, et moi qui ai besoin de cette prime d’engagement. Et dans l’argent posé sur la table en piles il y a l’armateur et son banquier. Pas présent mais terriblement là.
    On va partir, l’équipage avec gabiers, soutiers, coq et bosco, les trois lieutenants et le commandant, et aussi l’écrivain, à l’autre bout du monde. L’armateur a proposé le voyage, le banquier y a mis ses conditions, et c’est nous qui partons sur la mer. Si nous coulons l’armateur peut prendre le bouillon dans cette affaire, et le banquier enregistrer des fuites à sa comptabilité, mais la mer c’est nous qui la boirons.
    Et au bout du compte, si nous ne coulons pas, quoi ? S’il s’agissait de se partager la cargaison, les marins n’auraient pas besoin d’argent. Mais on ne vit pas que sur la cargaison, et puisqu’il faut vivre aussi d’autre chose, l’argent est utile au matelot.
    S’il s’agissait, après s’être débarrassé de la cargaison, de se répartir le fruit de la vente, les marins pourraient attendre leur argent. En attendant on vit chacun de son pécule et on met au pot commun, entre matelots.
    Mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit. Il s’agit pour les matelots de trouver de l’argent qu’on dépense dans les îles, aussi bien lège à l’aller du navire que plein au retour. Et de faire vivre sa mère, sa sœur ou sa femme et ses enfants, et de payer leurs loyers et de rembourser les dettes et les ardoises. Et tout ça. On est bien loin de partager un bénéfice et son investissement.
    La cargaison est achetée là-bas avec l’argent de l’armateur pour qu’il la revende ici avec son profit en tête. L’argent il l’a, ou il l’emprunte à son banquier, ou il s’associe pour en trouver. L’armateur peut emprunter à son banquier ou pas, pour armer le navire, mais pour conclure mon contrat il n’attend pas :je ne serai payé au juste qu’au retour, sauf un peu à chaque escale pour me dégourdir, et un peu en attendant sur le compte de ma mère, mais le solde quand la cargaison sera sur le quai prête à être vendue. Et le commandant s’il a sa part de l’affaire, ou même s’il n’y est d’aucune, c’est la cheville ouvrière de l’entreprise sans être l’entrepreneur lui-même. Il commande, dirige et mène les négociations à l’autre bout du monde. Il a les instructions.
    Le matelot ne voit pas de grande différence pour ce qui concerne la solde, puisqu’autrement l’armateur reste à terre et le commandant est à bord pour faire régner la discipline, distribuer les tâches et répartir la nourriture embarquée pour tous.
    C’est en l’occurrence l’argent et son emploi qui partagent les classes sociales. La fonction de chacun à bord ou à terre divise les hommes et peut les affronter, mais elle peut s’échanger quand l’un est malade, tombe du mat, ou se perd à la mer. Quant à l’argent, on l’a ou on l’a pas. Soit on est investisseur et on n’attend pas autre chose de l’argent que plus d’argent, soit on n’a rien pour l’être. C’est aussi simple que ça. Et si on ne l’est pas, on est forcément sous la coupe de ceux qui se réservent de l’être. Même si cette dépendance a des degrés divers selon la fonction dans l’équipage, et avec des allégeances diverses. Et le plus d’argent que rapporte chaque voyage nous permet à nous matelots de signer pour un autre voyage. Et de monter à la coupée du bateau en saluant le lieutenant, et sur la dunette, le commandant.
    Le grand-père n’avait-il donc pas raison, si ?

  20. « L’argent n’est pratiquement jamais là où il est nécessaire, ni dans la production industrielle, ni dans la consommation. On doit toujours se le procurer via le crédit. »
    L’idée est séduisante mais probablement ne correspond pas à la réalité. Chacun a pu observer des gens pauvres qui avaient pourtant des économies et des gens comparativement aisés qui étaient endettés en permanence. L’endettement d’une personne dépends moins de ses ressources que de son train de vie. Sinon comment expliquer le fait que les Chinois, étant beaucoup plus pauvres que les Français, sont néanmoins beaucoup moins endettés?

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