Archives par mot-clé : lobbying

Que faire ? (V) : Poser des limites aux rapports de forces, par Michel Leis

Billet invité.

S’il est bien une question qui revient de manière récurrente, c’est le quoi faire. Cette série de billets propose quelques solutions et synthétise un projet de livre : « 2017, programme sans candidat ». Je tiens à préciser que ces propositions reflètent une analyse et une vision qui n’est pas forcément partagée par tous les intervenants du blog de Paul Jorion.

Billets précédents de la série que faire : (I) : L’emploi, (II) : Répartir plus équitablement les richesses et les efforts, (III) : Corriger les déséquilibres du territoire, (IV) Lutter contre le gaspillage, développer une économie soutenable et moins mondialisée,

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La nature de la crise politique, par Michel Leis

Billet invité.

Ce que nous vivons n’est pas une crise des institutions, c’est une crise des rapports de forces, ce n’est pas une crise politique, c’est une crise de l’absence de politique, ce n’est pas une crise de la démocratie, c’est une crise de la fabrication du consentement.

Les rapports de forces ont atteint un tel degré d’intensité entre le monde de l’argent et les élus qu’ils ont fini par submerger la pensée politique. La dépendance du monde politique au monde économique est totale. Depuis le début de la crise dans les années 70, les partis répètent inlassablement le même refrain sur le retour de la croissance et la bonne santé de l’économie qui serait la seule solution à nos problèmes. Une fois au pouvoir, leur destin politique dépend donc de résultats dont ils n’ont pas la maîtrise, ils sont sujets aux pressions diverses et variées des lobbys patronaux ou celles exercées par les relations de proximité qu’ils entretiennent avec les dirigeants d’entreprises. Le monde économique dicte une large part des programmes politiques. L’exercice de la conquête du pouvoir nécessite des moyens financiers, une visibilité médiatique, des cercles d’influence. Compte tenu de cette nécessité, les partis de pouvoir vont au plus simple, ils demandent encore au monde de l’argent de l’aider dans cette entreprise de conquête. A force de glorifier l’économie et le monde de l’entreprise, de le côtoyer sans arrêt, la proximité devient telle que ce n’est plus seulement de la connivence, c’est du mimétisme. Le parti est une organisation comme une autre, une hiérarchie où les prédateurs ne pensent qu’à conquérir les sommets, où le seul enjeu est de maximiser les bénéfices qu’ils peuvent tirer de cette épuisante conquête.

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ATLANTICO.fr, Ce qui a été fait, ce qui reste toxique : le vrai bilan de la régulation financière depuis 2008

Ce qui a été fait, ce qui reste toxique : le vrai bilan de la régulation financière depuis 2008

Atlantico : 5 ans après le début de la chute de Lehman Brothers, la question du contrôle et de l’encadrement de l’industrie financière fait toujours débat. Si l’on devait aujourd’hui faire le bilan en la matière, quel serait-il selon vous ?

Paul Jorion : Il faudrait commencer par préciser qu’au début de cette crise, la réaction initiale a été vigoureuse à l’écroulement des structures financières à partir de l’automne 2008. Plusieurs commissions, en particulier aux Etats-Unis, ont ainsi été mises en place pour tenter de « prendre le taureau par les cornes » et diminuer la fragilité du système financier tel qu’il s’était spontanément construit.  L’Europe à l’inverse a réagi de manière bien plus molle en se contentant de se mettre à la remorque de l’exemple américain, autrement dit d’attendre et de voir ce qui se faisait ailleurs, et ceci assez logiquement vu le poids du dollar par rapport à celui de l’euro au sein du système économique global. Cela étant dit, les interlocuteurs de l’industrie financière ont conservé à l’époque un pouvoir de négociation considérable en dépit des erreurs qu’ils avaient commises et dont la catastrophe était le témoignage vivant. Elle a ainsi pu empêcher, par des efforts de lobbying, la mise en application de la plupart des mesures visant à changer les règles du jeu financier, restant convaincue que la forme du système telle qu’elle existait avant la crise restait souhaitable pour les années à venir, ce qui de son point de vue égoïste était effectivement le cas. Ainsi, des mesures visant à empêcher que ne se reproduise un effondrement tel celui de l’automne 2008 sur le marché des capitaux à court terme, ont été rejetées en juin 2012 par les intervenants sur ces marchés, laissant ouverte la possibilité qu’un tel désastre se reproduise. Un autre fait important à prendre en compte est le caractère non régulé d’une grande partie de l’industrie financière, permettant que des activités découragées dans la partie du secteur qui est régulé se déplacent vers celui qui ne l’est pas, le risque systémique global demeurant du coup inchangé.

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (XVI) – Quelle évolution du monde politique pour le mouvement néodémocratique ?, par Francis Arness

Billet invité.

Au regard de notre présente réflexion, il apparaît que nous sommes à un moment de réorganisation générale, y compris politique. Le mouvement néodémocratique à venir pourra s’appuyer sur la société civile. Mais il devra aussi s’appuyer sur le monde politique considéré plus largement que les simples partis, et qui connaîtra des transformations.

La structure  même des partis (y compris ceux faisant preuve de la meilleure volonté) ne leur permet pas de mener une réflexion de fond sur ce que nous devons véritablement faire pour le grand tournant. Leurs modes de décision, de financement, vont à l’encontre de cela. Leur obsession de la performance narrative, ou plus généralement des élections, ne promeut souvent qu’une fausse « activité » des électeurs et ne valorise dans les faits que l’« adhésion » passive des électeurs. Cela est opposé à la venue d’un mouvement néodémocratique généralisé. De plus, à la parole compassée et formatée s’ajoute, complémentaire sur l’échiquier politique général, l’agressivité qui s’appuie sur les passions les plus basses du corps électoral, et essaie de compenser le manque de réflexion et d’inventivité. C’est aussi leur ancrage uniquement national et local qui empêche les partis de pouvoir réfléchir à des solutions en amont.

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À PROPOS DE « THE BRUSSELS BUSINESS », par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

L’année passée, en revenant d’un concert à Anvers, une erreur d’aiguillage m’a dérouté sur Bruxelles et en traversant ce quartier des affaires politiques européennes, je me souviens m’être dit que cela ressemblait plus à un vulgaire Central Business District qu’au forum romain, où, au moins, les institutions, volumétriquement, en imposaient aux marchands.

Ce reportage de la rtbf.be apporte la confirmation que ce qu’on entendait par « marché unique », c’était le « marché uniquement ». Je regrette l’abandon du nom « écu » pour la monnaie européenne. « Écu » faisait penser à bouclier. Au moins, il ne logeait pas l’Euro des argentiers au coeur du nom Europe. L’Europe et sa monnaie se trouvaient dissociées à l’oreille. L’Euro, c’est une Europe raccourcie. L’un des effets pervers du développement du lobbying (15000 lobbyistes quand même, apprend-on, établis à Bruxelles, tout autour des institutions, comme s’ils en faisaient le siège), c’est l’obligation où se trouvent les organisations à but non lucratif, associations et groupes d’activistes, de se constituer elles-mêmes en lobbies pour contrecarrer les menées des grands patrons.

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LES LOBBYISTES ET NOUS

The English version of this post can be found here.

Dans le Wall Street Journal d’aujourd’hui :

Une nouvelle loi américaine oblige à mentionner sur les produits contenant certains minéraux que leur extraction alimente les conflits en Afrique centrale.

Trop cher pour les entreprises ont dit les lobbyistes ! À la trappe !

La Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés financiers aux États-Unis, a mis au point un ensemble de mesures permettant d’empêcher que ne se reproduise l’effondrement du marché des capitaux à court terme (money market), dont coût, plus de six cents milliards de dollars aux contribuables américains, plus quelques centaines de milliards d’euros aux contribuables européens.

Trop cher pour les banques ont dit les lobbyistes ! À la trappe !

 

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L’INEXORABLE LOBBY BANCAIRE EUROPÉEN, par Philippe Lamberts

Billet invité. Philippe Lamberts est député européen écologiste et co-président du Parti vert européen

Le risque d’une nouvelle crise bancaire en Europe s’apparente de moins en moins à une fiction. Surendettées et fortement exposées aux dettes souveraines des pays de la périphérie de la zone euro, les banques européennes assistent en effet impuissantes depuis l’été 2011 à l’effondrement de leur valeur boursière.

À première vue, la menace d’un nouveau cycle de faillites bancaires paraît surprenante compte tenu du soutien public sans précédent dont les banques européennes bénéficient depuis 2008. Outre les aides d’État colossales (1240 milliards d’euros entre octobre 2008 et décembre 2010) qui leur ont été octroyées, celles-ci bénéficient également des apports de liquidité de la Banque centrale européenne (BCE). Empruntées à des taux très faibles (1,5 %), ces liquidités sont réinvesties par les banques dans l’achat d’actifs à haut rendement.

Malgré leur ampleur, ces aides financières n’ont pas atteint leur objectif. À l’image du botox injecté aux actrices vieillissantes, elles ont en effet gommé superficiellement les fêlures du système, sans pour autant les éliminer. La cause de cet échec tient principalement au fait que l’opération de socialisation des pertes de l’industrie bancaire ne s’est pas accompagnée d’une réelle refonte de ses structures.

L’examen de la proposition de réforme bancaire de la Commission européenne (dénommé « CRDIV ») révèle combien le lobby bancaire – surreprésenté dans les 19 groupes d’experts qui conseillent la Commission sur les matières liées au secteur financier – est parvenu à en limiter fortement la portée. Sa première victoire est d’avoir convaincu la Commission de proposer un rehaussement (de 8 % à 10,5 %) relativement faible des fonds propres réglementaires des banques. Second succès : les standards de liquidité proposés par la Commission feront l’objet d’une longue période d’observation, sans aucune garantie de réglementation contraignante à la fin du processus. Or, les difficultés de refinancement sur le marché que rencontrent actuellement les banques françaises témoignent de l’urgence de contraindre ces dernières à privilégier un financement de long-terme de leur bilan.

La troisième victoire du secteur bancaire concerne l’absence de mesures spécifiques limitant les opérations financières entre le système bancaire régulé et le système bancaire dit « fantôme ». Ce dernier – qui englobe la plupart des acteurs financiers non régulés tels que les véhicules hors-bilan, les fonds spéculatifs, etc. – constitue pourtant un mécanisme clé à travers lequel la crise s’est propagée. Enfin, le fait d’armes le plus cinglant du lobby bancaire est d’être parvenu à exclure du champ d’application du projet de réformes de la Commission tout type de mesure posant les prémices d’une séparation stricte des métiers bancaires (banque de dépôt et banque d’investissement).

Il revient désormais au Parlement européen et au Conseil de négocier le règlement final qui jettera les bases du nouveau cadre prudentiel de l’Union. Les députés européens sont en cela confrontés aux mêmes choix que les gouvernements : contribuer au désenchantement démocratique en cédant aux cris d’orfraie du lobby bancaire ou, au contraire, le combattre en prouvant qu’il est encore possible de remettre la finance à sa place.

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La démocratie aujourd’hui

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’événement le plus significatif – sinon le plus important – des jours derniers, c’est cet appel à la création d’un « contre-lobby » financier émanant de l’euro-député Vert, Pascal Canfin, initiative justifiée par la puissance démesurée des intérêts particuliers dans les décisions que prend le Parlement européen et, comme il est dit dans l’appel, par « un contexte de forte proximité des élites politiques et financières ».

Le même message grave peut être entendu à Washington, communiqué non pas par un parlementaire, comme dans le cas de l’appel de Bruxelles, mais par le Président américain lui-même, affirmant dans son allocution télévisée hebdomadaire du 1er mai, que le pouvoir qui lui est institutionnellement garanti n’est pas de taille vis-à-vis de celui dont disposent les lobbys financiers, soulignant en outre qu’une décision récente de la Cour Suprême américaine a rendu ce pouvoir illimité en déplafonnant les sommes que les entreprises peuvent injecter dans les campagnes électorales.

On ne s’étonnera de la montée du « populisme » que si un éventail de partis démocratiques permet à chaque électeur de voir sa volonté représentée dans le gouvernement réel de son pays. Mais si la « forte proximité des élites politiques et financières » implique que tout vote s’assimile désormais à une voix de plus venant conforter des élites financières détentrices du pouvoir effectif, alors la démocratie n’est pas en danger mais elle est déjà morte.

L’optimiste pense que le courant peut encore être inversé, et il n’est pas impossible que le fossé entre le peuple et ses « élites politiques et financières », aujourd’hui perçues comme intimement liées, puisse encore être comblé. Les jours sont en tout cas comptés. Surtout, dans le climat actuel de nerfs à vif, tout importe ! Aux États-Unis, le président Obama a désigné la Cour Suprême comme « ennemie du peuple », il serait gravissime que celle-ci prenne cette accusation à la légère, il faut au moins qu’elle y réponde. En Europe aussi, l’opinion est en alerte : son regard est immanquablement attiré par la moindre apparence de « proximité excessive des élites politiques et financières ». Dans le contexte actuel, les hommes et femmes politiques vers qui le regard se tourne, à tort ou à raison, auraient grand tort d’écarter la rumeur d’un simple revers de main.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« L’Etat amnésique », vraiment ?, par Julien Alexandre

Billet invité.

Dans son dernier billet intitulé « L’Etat amnésique, promoteur des CDS », Alain Gauvin dénonce une nouvelle fois l’hypocrisie des politiques qui déclarent vouloir mettre au pas les CDS, alors même qu’ils ont mis en place les conditions de leur développement. A première vue, on pourrait effectivement s’étonner de ce double jeu. Mais à y regarder de plus près, les choses pourraient être un tantinet plus complexes.

Avant de revenir plus précisément sur ce point, intéressons-nous d’abord à la sémantique. Depuis que les CDS ont été placés, à l’insu de leur plein gré, sur le devant de la scène financière, on voit fleurir un peu partout des définitions par des spécialistes qui se veulent le plus didactique possible, et font pour cela appel à des images, des métaphores ou des approximations.

Les désormais fameux « éléments de langage » (expression popularisée et largement utilisée lors des dernières élections régionales en France, bien qu’à l’œuvre depuis 2007) ne sont pas utilisés au hasard : « instruments d’assurance-crédit », « assurances », « contrats de protection », « instruments de couverture », etc. Puisqu’on vous dit que c’est pour se « protéger » ! Il faut vraiment avoir l’esprit mal tourné pour imaginer une seconde que des instruments de protection puissent se révéler nocifs. Comparaison n’est pas raison, mais les pistolets Taser et les Flash Ball sont aussi présentés par leurs promoteurs comme des outils de « protection »… Pas étonnant après que même Warren Buffett qualifie les dérivés de « financial weapons of mass destruction »

En réalité, les CDS constituent une « assurance » dans un cas bien précis : la couverture d’événements à risque de préjudice pour un acteur réellement exposé à une perte consécutive à la survenance du risque assuré.

Aussi la qualification « d’assurance » accordée aux CDS devrait exclure de fait les CDS à découvert (short selling) et encore plus les CDS nus à découvert (naked short selling). Dans le premier cas, l’acheteur du CDS emprunte l’actif de référence, en espérant réaliser une plus-value entre sa vente et son rachat à posteriori. Même s’il peut encore y avoir ici des justifications de couverture, il s’agît le plus souvent de simples paris. Dans le second cas, l’acheteur du CDS ne prend même pas la peine d’emprunter l’actif sous-jacent, et pourtant il est autorisé à souscrire un CDS sur cet actif : il s’agît d’un pur pari directionnel.

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