Réflexions pour un mouvement néodémocratique (XVI) – Quelle évolution du monde politique pour le mouvement néodémocratique ?, par Francis Arness

Billet invité.

Au regard de notre présente réflexion, il apparaît que nous sommes à un moment de réorganisation générale, y compris politique. Le mouvement néodémocratique à venir pourra s’appuyer sur la société civile. Mais il devra aussi s’appuyer sur le monde politique considéré plus largement que les simples partis, et qui connaîtra des transformations.

La structure  même des partis (y compris ceux faisant preuve de la meilleure volonté) ne leur permet pas de mener une réflexion de fond sur ce que nous devons véritablement faire pour le grand tournant. Leurs modes de décision, de financement, vont à l’encontre de cela. Leur obsession de la performance narrative, ou plus généralement des élections, ne promeut souvent qu’une fausse « activité » des électeurs et ne valorise dans les faits que l’« adhésion » passive des électeurs. Cela est opposé à la venue d’un mouvement néodémocratique généralisé. De plus, à la parole compassée et formatée s’ajoute, complémentaire sur l’échiquier politique général, l’agressivité qui s’appuie sur les passions les plus basses du corps électoral, et essaie de compenser le manque de réflexion et d’inventivité. C’est aussi leur ancrage uniquement national et local qui empêche les partis de pouvoir réfléchir à des solutions en amont.

Le rôle des partis est donc aujourd’hui essentiellement théâtral. Ce sont maintenant, par-delà les partis et les États, les lobbys, les institutions supranationales composées de non-élus, les think tanks qui prennent les décisions réelles, tandis que ces mêmes acteurs, mais aussi les blogs, la presse authentiquement indépendante et les réseaux sociaux, ont un grand rôle à jouer dans la propagation des idées nouvelles. C’est donc (en même temps que l’on doit démocratiser les institutions supranationales) vers ces acteurs politiques-là qu’il faut se tourner dès maintenant, soit pour s’appuyer sur eux, soit, le cas échéant, pour les contrer. C’est de ces acteurs politiques-là qu’il faut attendre à la fois les réflexions et les initiatives permettant un mouvement néodémocratique et le grand tournant, et les tentatives les plus déterminées de les rendre impossibles.

Dans ce cadre, il ne faut malheureusement rien attendre du monde économique privé. Même si l’économie privée réelle est parmi les grands perdants du néolibéralisme, il lui faudra du temps pour s’en rendre véritablement compte, et modifier son optique pour s’apercevoir que seul un tournant néodémocratique les aidera à survivre, ou à renaître.

Bref, avec le tournant politique actuel et avec la venue, à moyen terme, de la tentative néoautoritaire, le monde politique va petit à petit se réorganiser. Structurellement impuissante, la forme parti poursuivra sa route vers l’insignifiance, y compris dans le monde politique lui-même. Comme dans le monde économique, d’autres modes d’organisation naîtront ou gagneront en importance du fait des changements actuels, il nous faut penser les formes d’organisation politiques qui succéderont aux partis et chercheront à agir dans un cadre élargi, ainsi qu’à mener une réflexion plus avancée. Ces organisations politiques nouvelles émergeront des véritables acteurs d’aujourd’hui : lobbys, institutions supranationales composées de non-élus, think tanks, blogs, presse authentiquement indépendante et réseaux sociaux.

Pour porter cette évolution du monde politique, nous avons besoin d’une « solidarité des ébranlés », telle que la qualifie Havel : « la perspective d’un avenir meilleur pour le monde ne réside-t-elle pas dans une communauté internationale des ébranlés, une communauté qui, sans tenir compte des frontières nationales, des systèmes politiques et des blocs », et qui « n’aspirant ni aux fonctions ni aux secrétariats, tentera de faire une force politique réelle de la conscience humaine, ce phénomène tant décrié à présent par les technologies du pouvoir » (Essais politiques).

Le mouvement néodémocratique que nous appelons de nos voeux devra s’appuyer sur une alliance politique entre ces nouveaux acteurs. Ceux-ci devront développer des propositions qui vont dans le sens du grand tournant, trouver un langage commun, et bâtir les passerelles qui permettront cette alliance. Nous le voyons, tout ceci demandera du temps, et donc de la ténacité, considérant les difficultés qui nous attendent.

Il faut dès lors encourager toutes les initiatives allant dans ce sens, et faire preuve d’inventivité du point de la vue de la structure des organisations politiques. Nous devons aussi continuer à mener des réflexions de fond sur notre situation et sur ce qui est à faire, pour préparer cet avenir. Le projet d’Encyclopédie au XXIème siècle qui se développe sur le blog va d’ailleurs en ce sens.

 

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