Archives par mot-clé : post-vérité

Fake news, post-vérité : les travaux d’un précurseur

Fake news, vous savez ce que c’est. Post-vérité, le concept vous est maintenant familier, le principe vous en est connu : le vrai aurait pu se produire ou non (c’est souvent une question de hasard, n’est-ce pas ?), tandis que le vraisemblable est lui le trésor accumulé de la sagesse des peuples, une sorte de savoir empirique longuement sédimenté portant sur ce qui peut se passer et ce qui ne se passera pas. Si bien que, oui ! s’il fallait choisir entre le vrai et le vraisemblable, pas d’hésitation : le vraisemblable qui a fait ses preuves, contre le vrai qui aurait pu aussi bien ne jamais avoir lieu.

Exemple : L’affirmation que M. Biden l’a emporté à l’élection présidentielle américaine n’a pour seul mérite que d’être vraie, alors que l’affirmation que c’est M. Trump qui l’a emporté a pour elle l’immense mérite d’être bien plus vraisemblable.

Si l’on m’avait demandé de deviner qui a mis au point la doctrine de la post-vérité, j’aurais soupçonné quelque comité militaire associé à un projet de guerre psychologique faisant de la désinformation son arme de prédilection.

Quelle ne fut donc pas ma surprise hier à la lecture de La conquête de l’Amérique. La question de l’autre (Éditions du Seuil 1982), de Tzvetan Todorov (1939-2017) en son temps directeur de recherche au CNRS, de lire ceci :

« … les questions soulevées ici renvoient moins à une connaissance du vrai qu’à celle du vraisemblable. Je m’explique : un fait a pu ne pas avoir lieu, contrairement aux allégations de tel chroniqueur. Mais que celui-ci ait pu l’affirmer, qu’il ait pu compter sur son acceptation par le public contemporain est au moins aussi révélateur que la simple occurrence d’un événement, laquelle relève après tout du hasard. La réception des énoncés est plus révélatrice pour l’histoire des idéologies que ne l’est leur production ; et lorsqu’un auteur se trompe ou ment, son texte n’est pas moins significatif que quand il dit vrai ; l’important est que le texte soit recevable par les contemporains, ou qu’il ait été cru tel par son producteur. De ce point de vue, la notion de « faux » est non pertinente » (page 72).

Je n’ajouterai rien, sinon que, Todorov ayant été de son vivant un sémiologue et critique littéraire reconnu et apprécié, je n’en ai tout simplement pas cru mes yeux.

Partager :

Que peut-on savoir du réel ?, le 23 décembre 2020 – Retranscription

Retranscription de Que peut-on savoir du réel ?, le 23 décembre 2020. Bonjour, nous sommes le 23 décembre 2020 et…

Vous devez être connecté pour lire le contenu complet de l'article. Vous pouvez vous abonner ici

Partager :

Liberté d’inexpression : nouvelles formes de la censure contemporaine par Anne-Sophie Chazaud

Atlantico publie aujourd’hui les bonnes feuilles de Liberté d’inexpression : nouvelles formes de la censure contemporaine (éditions de l’Artilleur) par Anne-Sophie Chazaud. On y lit entre autres :

L’anthropologue et sociologue Paul Jorion, auteur, notamment pour le sujet qui nous occupe ici, de Comment la vérité et la réalité furent inventées, explique par exemple dans une publication de son blog intitulée « La post-vérité est une fake news ! » que l’usage surabondant de ces termes « post-vérité », fake news est avant tout le signe manifeste d’une hyper- « polarisation » de la société servant à disqualifier la représentation du monde d’un groupe par un autre groupe. Car la vérité des faits, sans être exclusivement relative, est toujours le fruit d’une négociation discursive, mais elle nécessite pour cela que le débat démocratique soit encore possible. L’exemple repris par Paul Jorion, fourni par la révolte des Gilets jaunes, semble aller dans le sens de cette partition/polarisation qui aboutit non pas à nier la vérité mais à l’interpréter selon des réalités et des représentations si différentes, si opposées qu’elles n’ont aucun moyen de s’identifier réciproquement comme énonçant un quelconque discours de vérité.

Partager :

Marathon des sciences, « Combien existe-t-il de vérités ? Réponse : 2 ! », le 3 août 2019 – Retranscription

Retranscription de Combien existe-t-il de vérités ? Réponse : 2 !, le 3 août 2019. Ouvert aux commentaires.

Bonsoir, je vais commencer par trois exemples, trois exemples d’illustrations de la vérité qui appartiennent à trois continents différents. Le premier, c’est l’Asie. Le second, c’est l’Afrique et le troisième, c’est l’Europe.

Vous le savez, quand on traduit d’une langue dans une autre, on a parfois de très très grandes difficultés parce qu’on a l’impression, nous avons tous l’impression, qu’il y a un monde autour de nous qu’on appelle « la réalité-objective » et que nous le décrivons essentiellement et que nous avons tous mis, chacun dans son coin, au point des langues qui se contentent de décrire le monde tel qu’il est.

Continuer la lecture de Marathon des sciences, « Combien existe-t-il de vérités ? Réponse : 2 ! », le 3 août 2019 – Retranscription

Partager :

Marathon des sciences, « Combien existe-t-il de vérités ? Réponse : 2 ! », le 3 août 2019

Ouvert aux commentaires.

Mon intervention l’été dernier à Fleurance, à propos de la notion de « post-vérité ».

Partager :

Fake news : « L’indicible est tabou », par TomBilabong

Ouvert aux commentaires.

Votre post Si vous n’avez pas l’occasion de venir m’écouter à Fleurance samedi… est très juste. Il me semble évident qu’il est le reflet d’une personne qui a fait une psychanalyse. Pourquoi ? Parce qu’il montre qu’on peut parfaitement inverser cause et conséquence et donner un tout autre sens à ce qu’on considère comme un fait, et donc une info, etc. et au final un affect . Et donc une opinion / pulsion. L’inconscient est tout proche… 

Mais pour dire tout cela, il faut impérativement avoir fait une analyse ou parfaitement en mesurer/connaître les effets – bons ou pervers : être en mesure d’interpréter différemment, verbalement notamment, en donnant un autre sens à ses affects.  

Continuer la lecture de Fake news : « L’indicible est tabou », par TomBilabong

Partager :

Si vous n’avez pas l’occasion de venir m’écouter à Fleurance samedi…

Si vous n’avez pas l’occasion de venir m’écouter à Fleurance samedi, ce que je vais dire, je l’ai déjà dit en gros dans une vidéo le 2 novembre de l’année dernière : La post-vérité est une fake news !

Je voudrais attirer votre attention sur cette notion de vérité. J’ai écrit deux ouvrages. Le premier a un titre qui ne l’évoque peut-être pas nécessairement, Principes des systèmes intelligents (1989), où j’expliquais comment on allait reconnaître qu’un système, c’est-à-dire un ordinateur, est intelligent. Dans ce livre qui date de 1989, il y a deux chapitres. Le premier s’appelle La vérité I : l’« adéquation (du mot) à la chose » : dire ce qui est vrai, c’est dire qu’une chose est telle qu’elle est. Et dans un autre chapitre qui suit, La vérité II : Le produit de la négociation, je dis que la vérité est le produit d’une négociation : nous nous mettons d’accord sur le fait qu’une chose est une vérité.

Continuer la lecture de Si vous n’avez pas l’occasion de venir m’écouter à Fleurance samedi…

Partager :

Les « fake news » comme forme d’irrévérence, par Vincent Burnand-Galpin

Ouvert aux commentaires.

L’idée est répandue, il y aurait une culture « noble » (considérée comme telle par les classes dominantes de la société) et une culture « populaire » inférieure en valeur à la première. Dans la Culture du pauvre, Richard Hoggart s’attache à se défaire cette hiérarchisation des cultures en étudiant la culture populaire des quartiers ouvriers de Londres dans les années 1950. Son analyse est la suivante : la culture populaire n’est pas une forme décadente de la « haute culture », mais une réinterprétation de celle-ci, avec ses codes propres, ses nouveautés propres. Selon ses mots, la culture populaire porte un « regard oblique » sur la haute culture : elle s’inspire de la culture « noble » comme elle s’inspire d’une culture étrangère, mais avec une certaine distance irrévérente.

Continuer la lecture de Les « fake news » comme forme d’irrévérence, par Vincent Burnand-Galpin
Partager :

Trends-Tendances – Facebook et la post-vérité, le 24 janvier 2019

Facebook et la post-vérité

Une très intéressante analyse du mouvement des Gilets jaunes en France nous est offerte par la Fondation Jean Jaurès *. Les personnalités évoquées sont bien sûr propres à cette nation mais la dynamique décrite est certainement commune à l’ensemble des mouvements de ce type, quel que soit le pays.

Continuer la lecture de Trends-Tendances – Facebook et la post-vérité, le 24 janvier 2019

Partager :

Piqûre de rappel : ina global, Paul Jorion : « La notion de post-vérité est beaucoup trop floue… », le 7 avril 2017

Sur ina global, l’entretien que j’ai accordé à Isabelle Didier et Philippe Raynaud. Ouvert aux commentaires.

« La notion de post-vérité est beaucoup trop floue… »

  L’actuel système économique entraîne le monde vers une catastrophe. La crise des subprimes en aura été l’un des révélateurs. Interview de Paul Jorion, anthropologue, spécialiste de la finance, sur les vérités, « post-vérités » et mensonges de notre temps.

Comment les vérités que vous avez établies au sujet des subprimes dès 2004 ont-elles fini par s’imposer ? Quels rôles les médias ont-ils joué ?

Paul Jorion : Il y a eu deux vagues. D’abord, une sidération liée au fait que cette crise n’avait pas été prévue par les économistes. Ceux qui l’ont anticipée se comptent sur les doigts d’une main même si, depuis, certains se sont découverts une lucidité d’après-coup, arguant non d’études qu’ils auraient publiées mais d’une petite phrase par ci ou par là. J’ai recensé quatre à cinq personnes qui ont réellement argumenté dans des publications que nous étions à la veille d’une crise majeure que les subprimes pouvaient déclencher[+]. Ces personnes n’étaient pas des économistes ou si elles l’étaient, elles étaient marginales dans leur profession car venues d’un autre horizon ou avaient eu l’habitude de relier des phénomènes appartenant à différents domaines.

Continuer la lecture de Piqûre de rappel : ina global, Paul Jorion : « La notion de post-vérité est beaucoup trop floue… », le 7 avril 2017
Partager :