41 réflexions sur « Vidéo – Que peut-on savoir du réel ? »

  1. Bonjour Paul !
    Une bonne occasion d’attirer votre attention la question du libre arbitre dans le modèle computationnel de Steve Wolfram.
    https://www.wolframphysics.org/
    https://www.wolframphysics.org/visual-summary/dark/
    https://writings.stephenwolfram.com/2020/04/finally-we-may-have-a-path-to-the-fundamental-theory-of-physics-and-its-beautiful/

    Il n’est pas envisageable de présenter ici ce modèle (ceux qui seraient intéressés pourront suivre les liens). Ce que je souhaite souligner, c’est le concept d’irréductibilité computationnelle associé à ce modèle, qui interfère avec les questions que vous évoquez ici.

    Le modèle de Wolfram est absolument déterminé : l’univers serait l’état d’un gigantesque calcul, un hypergraphe relationnel colossal, abstrait, découlant de l’application indéfiniment réitérée de règles relationnelles extrêmement simples. Dans ce graphe (hypergraphe en fait), certaines régions exhibent des propriétés de régularité qui sont, en dernière analyse, les lois physiques. Mais l’essentiel du graphe ne comporte pas ces régularités, de sorte qu’on ne peut le connaître que par l’exploration pas-à-pas, en suivant le déroulement du calcul : c’est l’irréductibilité computationnelle. Wolfram a nommé “A New Kind of Science” l’attitude intellectuelle consistant à ne pas se contenter de mettre en équations les régularités de l’univers, mais à explorer aussi ce que l’univers fabrique dans ses zones “sauvages”.

    Pour en revenir au libre arbitre, selon Wolfram, tout est complètement déterminé, mais à cause de l’irréductibilité computationnelle, les déterminations ne sont identifiables qu’en refaisant tout le calcul qu’a fait l’univers, c’est à dire, de fait, en faisant l’expérience du libre arbitre…
    Une jolie boucle étrange, n’est-ce pas ?

        1. @Marc Peltier :

          Bonjour et heureux de vous lire .

          Merci pour cette mise à jour d’un vieux qui n’a eu que le temps et les aptitudes de comprendre suffisamment la théorie de la relativité restreinte et générale , puis les fondamentaux de la théorie quantique et l’ébauche de la théorie des cordes ,
          mais pas celui de se frotter aux nouvelles pistes unificatrices ….Le mur de Planck est resté mon terminus …

          Comme je regrette , encore plus que vous , de n’être pas né beaucoup plus tard pour connaitre et posséder les avancées extraordinaires que vous rapportez !

      1. @Juannessy
        “Cette balle a 50 % de chances d’être noire (respectivement blanche). Elle a aussi 50 % de chances d’être en bois (resp. en métal). Lorsque je sors la balle de la boîte, j’ai au total 25 % de chances que la balle soit noire, et en métal.”
        Si l’on peut mette dans la boite soit une boule en bois noire soit une boule en métal blanche, (en tirant en aveugle d’une urne contenant ces 2 boules) on satisfait les hypothèses.
        sans une hypothèse supplémentaire d’indépendance non explicitée la balle noire en métal ne sort jamais.

    1. Oui, c’est selon moi l’explication. Notez, que je l’avais déjà dit dans Le temps qu’il fait le 26 octobre 2017, à une époque où on n’appelait pas ça l’hypothèse de Wolfram mais l’hypothèse de Zuse (1910-1995) :

      Et en relisant ça, ça m’a fait penser à une théorie mathématique qui est celle des automates cellulaires. Chacun de nous, nous sommes entourés d’un certain nombre de personnes sur lesquelles nous pouvons agir et lesquelles peuvent agir sur nous, et ça ressemble fort à ce qu’on appelle en mathématiques un « automate cellulaire », c’est-à-dire un système dynamique discret : on regarde la configuration du monde et en fonction de cela, on décide d’un état suivant. En particulier si vous regardez, je ne sais pas, sur un plan quadrillé et que vous regardez une petite cellule et que vous allez décider dans quel état elle va être maintenant à l’étape suivante en fonction de l’état de celles qui l’entourent, vous allez pouvoir faire avancer d’un coup. Vous connaissez peut-être ce qu’on appelait le, voilà, le… je ne sais plus comment ça s’appelait… c’était Conway, en tout cas. Conway qui avait produit une petite machine qu’on utilisait comme jeu vidéo, qui était un automate cellulaire et on voyait des petits cerfs-volants à certains moments qui partaient dans une direction particulière. Et ce petit cerf-volant qui va dans une direction particulière, ça, c’est nous, ce glider [« planeur » dans le Jeu de la vie de Conway]. Ce glider-ci, c’est nous, c’est qu’en raison de l’influence des autres sur nous et de nous sur les autres, eh bien, tout à coup, il se passe quelque chose : on part dans une certaine direction. C’est une belle image de… ce Jeu de la vie… Ah voilà ! Ça s’appelle le Jeu de la vie de Conway en français. C’est une belle image ces automates cellulaires, de la manière dont nous fonctionnons dans le monde.

      C’est un certain M. Konrad Zuse (1910-1995), un Allemand, un des inventeurs de l’ordinateur, qui avait attiré l’attention sur le fait que notre univers est un grand automate cellulaire, et il a parfaitement raison, il faut répéter ça après lui. C’est vrai. C’est comme ça que ça marche.

      1. En effet. Un automate cellulaire est le dual d’un graphe relationnel. Un hypergraphe est un graphe dont chaque arête relie un nombre quelconque de sommets, et c’est la représentation mathématique la plus générale de tous les automates cellulaires concevables.

        C’est bien la même idée, qui progresse spectaculairement depuis un an avec le modèle de Wolfram : Jonathan Gorard, un physicien de Cambridge, a montré que le modèle rend l’intrication quantique inévitable, et lui assigne une vitesse de propagation, bien supérieure à celle de la lumière, mais finie. Le même Gorard a par ailleurs dérivé du modèle la relativité restreinte et la relativité générale, ainsi que les ondes gravitationnelles, entre autres. Des connexions très naturelles se forment avec des théories en cours de développement, comme la gravité quantique à boucles, les mousses de spins, et d’autres.

        C’est un modèle qui semble extrêmement fécond, et, imaginez ça, ça se passe en ce moment, nous en sommes contemporains ! Quelle incroyable époque, et quel chagrin essentiel que de savoir qu’il ne nous reste qu’à peine le temps de comprendre, avant le grand effondrement !

        1. Oui mais quelle chance pour ma génération d’avoir pu assister à tout ça ! Comme dans “Total Recall” : nous en avons vraiment eu pour notre argent.

          J’espérais voir l’IA dépasser la nôtre, et ça c’est fait, mais voir se constituer la théorie unifiée, là, je n’étais pas sûr ! Mais comment arriverons-nous à intégrer la réalité du déterminisme ? J’ai peur que cela ne nous achève, je veux dire du point de vue du moral de l’espèce.

            1. Tout est écrit, mais ça n’enlève rien à l’expérience subjective du libre-arbitre, de voir ses propres décisions changer le monde dans la bonne direction, d’être reconnu pour la qualité de ses bonnes prévisions, d’apprécier le sourire d’une petite fille et celui d’un crapaud pustuleux…

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              1. C’est en tous cas plus sympathique que l’inverse !

                “Décision” , vous avez dit ” décision” …. Un acte “volontaire” alors ?…

                1. Le pas discret de plus dans l’automate cellulaire, c’est un automatisme, mais il est vécu par moi comme “volontaire”. Enfin, quand je dis “moi”, Paul Jorion ne fait pas ça, mais la plupart des gens oui. Mais on n’a pas besoin de Wolfram pour penser ça : Freud + Lacan ça suffisait déjà amplement. cf Le secret de la chambre chinoise, L’Homme 1999

    2. Et quand vous dites

      Le modèle de Wolfram est absolument déterminé : l’univers serait l’état d’un gigantesque calcul, un hypergraphe relationnel colossal, abstrait, découlant de l’application indéfiniment réitérée de règles relationnelles extrêmement simples. Dans ce graphe (hypergraphe en fait), certaines régions exhibent des propriétés de régularité qui sont, en dernière analyse, les lois physiques. Mais l’essentiel du graphe ne comporte pas ces régularités, de sorte qu’on ne peut le connaître que par l’exploration pas-à-pas, en suivant le déroulement du calcul : c’est l’irréductibilité computationnelle.

      vous reconnaîtrez l’idée que j’exprimais dans ce texte de 1988, paru dans Synapse, que je viens de republier ici, « Les nervures du chaos » ou une physique sociale de Durkheim à Lacan, quand j’écrivais :

      Si l’on abandonne alors le rêve leibnizien d’une physique sociale conçue sur le modèle de la mécanique classique, toute en ellipses immuables et en mouvements d’horlogerie, pour une physique sociale « des turbulences » où alternent plages d’ordre et plages de chaos, mais en sachant que ce dernier contient encore en lui-même des « filaments » d’organisation dignes d’étude, cette physique sociale – dont les conditions sont aujourd’hui réunies – pourra rendre compte aussi bien des affaires personnelles de l’homme que des métamorphoses de son histoire collective. À condition bien entendu que son regard porte à la fois sur ce qui s’impose à l’attention comme l’ordre des sociétés et des sujets humains et sur ces régularités plus confuses que l’on pourrait appeler les nervures du chaos.

    3. Est ce que le calcul permet d’établir “d’où” vient l’information qui dicte un re-calcul quand vous faites l’expérience du libre arbitre? Le problème du libre arbitre n’est pas tant qu’il met à mal un destin “écrit” (la prise à défaut du temps et de la causalité on déjà bien mis à mal le concept..) mais qu’il suppose surtout la création d’information nouvelle dans un univers ou rien n’est censé se créer : la décision qui est prise. Si un choix n’est pas le résultat d’une “mécanique” alors il apporte quelque chose en plus à l’univers. Pire cette nouvelle information peut aussi bien avoir des conséquences sur le passé que sur l’avenir. Que l’on recalcule un unique univers ou qu’on en construise des myriades de jumeaux on ne résout pas la question de l’origine de l’information qui conduit à bifurquer. Les curés ont sans doute encore de beaux jours devant eux…

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    4. Rebonjour !

      Je viens de lire ( avec mes petits moyens) la totalité de votre troisième lien . C’est effectivement vertigineux !

      J’ai retrouvé , me semble-t-il la trilogie qu’il m’arrive de citer en suite du spectacle de “Democracy in America ) , à propos de la naissance des ” nouveaux mondes ” : les corps , les codes , le sens .

      On a ici les corps ( on garde encore une brique élémentaire avec “l’oligon “, si j’ai bien compris ) , les codes ( c’est tout l’enjeu de l’avancée conceptuelle ) , mais le “sens ” , même s’il est défini dans ses contraintes , ne me semble pas rendre compte encore de la joie ou de la douleur .

      ” Pourquoi je ris , pourquoi je pleure ? ”

        1. Quand il y a une voix , une âme et un talent , le reste passe au second plan . Certains ont d’ailleurs reproché à La Callas et à Nana Mouskouri de chanter faux . Et pourtant , pour l’une ou pour l’autre , moi je me fige et je tue le premier qui parle !

          https://www.youtube.com/watch?v=bczxFA_otMM

          PS : je n’ai pas oublié la remarque de Julien Alexandre mais quand je regarde la lune j’oublie vraiment le doigt .

            1. Moi j’en ai pas , mais les puristes ( italiens ) prétendaient qu’elle en prenait parfois à son aise avec la partition originale pour rester dans son registre propre .

              Et comme je suis incapable de décrypter une partition ….

              1. “… elle en prenait parfois à son aise avec la partition originale pour rester dans son registre propre”

                Quel rapport avec “chanter faux” ?

                Chanter juste, chanter faux
                Michel Paperman, Élisabeth Vincent, Marie-Ève Dumas

                Qu’appelle-t-on chanter faux ? On peut distinguer : la difficulté à réaliser l’unisson, c’est-à-dire produire un son unique à plusieurs voix ; la difficulté à reproduire une hauteur tonale donnée ; la difficulté à reproduire les intervalles d’une suite de notes (en répétition ou de mémoire) ; ou encore une instabilité qui empêche de garder une hauteur tonale constante même sur un temps assez court (permanence de la hauteur).

      1. @juannessy
        Le modèle de Wolfram est, en effet, très convainquant sur ce qu’il dit, et qui concerne la structure des objets et des lois physiques.

        Mais il ne dit pas forcément tout sur tout : il est, pour l’instant, muet sur les formes, les comportements, etc… A mon avis, pour ces choses, il nous reste encore à comprendre vraiment ce qu’est l’émergence, et à articuler une théorie générale de l’émergence avec le modèle de Wolfram.

        Ceci dit, la puissance de l’idée de l’hypergraphe relationnel est telle qu’elle pourrait peut-être rendre compte aussi de ces niveaux émergents. Des meta-hypergraphes ?…

  2. J’ai pensé ,en vous suivant dans les évocations d’Aristote et de Kant relativement au réel , à la réalité et au vrai , puis à celle du ” performatif” , au deux sens ….possibles du mot Pouvoir :

    – Pouvoir = être ” capable de” parce qu’on s’appuie sur des connaissances et des forces acquises ou innées .
    – Pouvoir = être délégataire d’une autorité octroyé par un consensus majoritaire ( ou pas !), avec un appendice bizarre qui est ( pouvoir ” dans le sens ” être autorisé à ” par le ” pouvoir institutionnel .

    Les conflits troubles que vous citez en fin de vidéo , ne sont pas nouveau dans leur ” logique” . Ce qui est inquiétant , c’est effectivement que leur nombre et intensité croissante sont à la fois le signe que les mécanos anciens s’effondrent , et que ces
    ” conflits troubles” aggravent le chaos sans donner d’espoir de solution .

    J’espère qu’un certain bouquin trouvera un écho aux niveaux nécessaires .

  3. La réalité de l’Univers, l’abbé Georges Lemaître a décrit mathématiquement le début de l’Univers issu de l’’atome initial’, et son expansion dynamique, tout cela a été démontré au cours du temps grâce aux observations réalisées par les télescopes spécialisés mis en orbite et les interprétations réalisées par une foule de savants à sa suite.
    Ce brave abbé faisait bien la part des choses entre création de l’Univers, concept philosophique et religieux et commencement ; tout cela sentait un peu le soufre pour les autorités supérieures de l’Église catholique, dont PieXII…, je ne suis pas loin de penser qu’à l’époque de ‘la sainte inquisition’, il aurait fini comme une vulgaire brochette sur un maxi BBQ… 🙂

      1. @Marc PELTIER
        Merci pour le lien
        Faut-il des premiers de cordée pour escalader le mur de Plank avec des cordes ?
        ça reste théorique !
        Il est sans doute toujours utile d’aller se faire voir chez les Grecs.
        Et si les boules manquent d’effet (comme à la pétanque), faute d’électricité ça ne fait ni chaud ni froid !

  4. A propos de l’Islam et du libre-arbitre, bien entendu, ces questions ont été débatues dans le chaudron intellectuel qu’étail la Bagdad `Abbsside du IXème siècle. notamment avec l’école des Mutazzilites. Même si la dernière école néo-platonicienne d’Athènes avait été fermée par l’empereur byzantin Justinien trois siècles auparavant, peut-être leur influence se faisait encore sentir à ce moment-là.

  5. Exploration et invariants

    De part chez nous, nous appelons le progrès ce gradient positif de connaissance que l’humanité peut mesurer, alors que l’Univers lui, explore loin de nos sens depuis la nuit des temps la foultitude des possibles.
    Nous postulons des invariants, sortes de vaisseaux d’exploration, que nous lançons dans l’immensité. Ces derniers nous ramènent des trésors cachés pour lesquelles nous construisons des nouvelles langues pour les codés/stockés.
    – L’exploration de notre ciel étoilé nous a offert la théorie de la relativité,
    – L’exploration de la matière, un univers rigoureux, mathématique de la mécanique quantique.
    – Plus récemment l’exploration par la réplication de structure, tous les Mondes auxquels nous pouvions rêver.
    Ces explorations que nous menons conjointement depuis que le langage nous a fait humanité sont propulsé par
    – Les ondes électromagnétiques (photon : Télescope : ~kW)
    – Les accélérateurs de particules, (matière, LHC : 85 MW)
    – Les ordinateurs (structures, Fugaku : 16 exaflop pour 30MW)
    Avec les invariants suivants
    – La vitesse de la lumière
    – La conservation de l’énergie
    – Les structures de réplication
    Mais dans l’ombre des résultats concrets que sont les avancées techniques et les promesses de maîtrise des forces de la Nature que nous ont procurées toutes ces explorations, se cache l’image que l’humanité se fait d’elle-même.
    Pour que ces explorations puissent advenir, il a fallu d’abord faire péter le cadre de nos croyances,
    – Du centre du Monde, nous nous sommes retrouvé nulle part (Copernic),
    – De nulle part, nous nous somme découvert comme un mécano d’atome ou d’énergie.
    – De ce mécano, on nous demande de nous dissoudre dans la Matrice mère qui répondra définitivement à nos questionnements en nous éliminant.
    Fin de l’histoire.

    L’invariant des invariants de cette comptine, c’est l’irrépressible fierté de croire les modèles plutôt que les faits.

    Alors moussaillons de tous rivages, courage, c’est l’heure de prendre la mer avant que le dernier tsunami vienne vous prendre, Ta dada..dada.

    Bon Noël à tous.

    PS. Bien sûr qu’il existe.

    1. Le lien s’est dégradé . Viser l’émission de 18h10 ” Intelligence service” d’aujourd’hui par Jean Lebrun .

  6. Pour ce qui est du libre arbitre, vous livrez le concept des exégètes, théologiens et philosophes de tous poils. Il y a aussi une approche de la mystique (soufie mais aussi chrétienne comme chez Jean de la croix) qui pose la question différemment et de façon radicale. Dieu est l’existence absolue, alors le réel n’est rien d’autre que lui. On retrouve ceci dans le bouddhisme, sans que la question de Dieu soit posée. La réalité est une. L’existence individuelle et transitoire est donc une illusion. Mais illusion que nous nous infligeons à nous même et dont il est possible de se libérer. De même pour le temps qui est l’apanage du moi. Ici l’intellect passe au second plan et devient même un obstacle sur la voie de cette libération, car il fonctionne dans le temps, il est partie d’un tout. La partie ne peut appréhender le tout. Comme dans la parabole de l’éléphant…

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