Fake news : « L’indicible est tabou », par TomBilabong

Ouvert aux commentaires.

Votre post Si vous n’avez pas l’occasion de venir m’écouter à Fleurance samedi… est très juste. Il me semble évident qu’il est le reflet d’une personne qui a fait une psychanalyse. Pourquoi ? Parce qu’il montre qu’on peut parfaitement inverser cause et conséquence et donner un tout autre sens à ce qu’on considère comme un fait, et donc une info, etc. et au final un affect . Et donc une opinion / pulsion. L’inconscient est tout proche… 

Mais pour dire tout cela, il faut impérativement avoir fait une analyse ou parfaitement en mesurer/connaître les effets – bons ou pervers : être en mesure d’interpréter différemment, verbalement notamment, en donnant un autre sens à ses affects.  

Exemple : j’ai besoin d’un ennemi bien visible pour rassembler autour de moi mes électeurs, que je vais rassurer en leur montrant ce que je fais de bien visible (le Mur à la frontière mexicaine et le discours qui va avec) contre cet ennemi. Ce faisant, c’est à mon racisme que je donne un autre sens apparent : il y a péril d’invasion, etc. 

Un psychiatre a écrit un jour – ça doit pouvoir se retrouver – un article fantastique sur la pédophilie et les prêtres catholiques. Il y expliquait ceci : beaucoup de religieux sont pédophiles ou homosexuels parce que ces personnes l’étaient dès le départ (ou étaient  dans le doute, le tourment) et ont trouvé naturellement dans la religion un refuge où on ne les harcèlerait pas pour leurs penchants ou leurs doutes. Ce n’est donc pas la religion qui fait des pédophiles mais simplement que ces gens aux identités sexuelles « mal assumées » initialement (on rentrait assez jeune dans les ordres…) trouvaient la paix dans une religion qui s’intéresse davantage à la spiritualité et le « fond des gens » qu’à leur enveloppe charnelle. Dans le chaos médiatique de l’époque des scandales à répétition, cet article n’a pas eu d’écho à ma connaissance. Il n’était pas audible.

Ce que j’essaye de vous dire, c’est que l’indicible est tabou. Exemple : je suis raciste et je ne peux le reconnaître, donc j’invente un autre récit. Et plus un tabou est puissant (exemple : le refoulé américain de votre autre post, États-Unis : Une nation où le refoulé pèse des tonnes), plus il se partage très largement et « devient » une vérité partagée , une opinion, une croyance. Il est nourri. 

Le moteur inavoué d’une fake news serait donc les tabous la servant. Le reste ne serait que mise en spectacle. 

La baisse du niveau de démocratie favoriserait la polarisation des opinions construites sur les tabous ? Les peurs ou les croyances s’y accentuent par nécessité face aux incertitudes générées par la baisse de démocratie ? Pourquoi pas ? Un talent est nécessaire pour cela : le charisme, le pouvoir de fascination. 

Vous allez parler de croyances et d’opinions polarisées dans un contexte de régression démocratique ? Fort bien. Cette position est audible pour ceux qui ont fait une analyse ou qui savent ce que c’est. Pour les autres, ça peut rester du blabla . 

Partager :

25 réflexions sur « Fake news : « L’indicible est tabou », par TomBilabong »

  1. « Mais pour dire tout cela, il faut impérativement avoir fait une analyse ou parfaitement en mesurer/connaître les effets – bons ou pervers »

    Je n’ai pas fait d’analyse, je n’en mesure ni n’en connais parfaitement les effets, c’est sans doute pour cela que je ne comprends rien à ce que vous écrivez.

    1. Allons-y gaiment, je dois sans doute pouvoir faire plus clair.

      Quand je fais une psychanalyse (on appelle ça aussi « travail »), ou que j’en comprends parfaitement les principes, je peux en ressentir – physiquement et psychiquement – les effets.

      Dit de façon caricaturale, je peux ressentir en moi quelque chose de très particulier : verbaliser ce que je ressens et tourner autour de ce ressenti (mes affects) grâce à l’usage des mots (ou des silences) me permet ainsi de mesurer le sens de mes émotions.

      En faisant cela, je peux parvenir à « comprendre » ce que je ressens, donner un sens (intime, à moi seul) à mes émotion. Bref, les interpréter, et pourquoi pas à changer mon interprétation. Consciemment ou pas.

      La portée de ce cheminement peut être remarquable. Allant jusqu’à pouvoir ainsi changer complètement une croyance erronée. Et donc les comportements.

      « Mon père me battait. J’en ai souffert. Pourtant, je commence à donner des fessées à mon propre fils et ça me terrifie. En faisant une psychanalyse, un retour sur mon passé, je me rends compte qu’il m’aimait pourtant énormément. Il n’arrivait tout simplement pas à contenir sa violence avec moi parce que lui-même avait connu la guerre et avait subi ses violences incompréhensibles. Ça ne l’excuse pas des violences à mon égard , ça l’explique. Je comprends donc que ce que je ressentais comme de la haine à mon égard était faux. Et que donner des fessées à mon propre fils n’est pas une nécessité « de faire comme mon père ». Je peux donc peut-être pardonner à mon père pour ce qu’il m’a fait et aborder l’éducation de mon fils de façon plus apaisée, surtout s’il m’exaspère. »

      J’ai donc changé le sens de mes ressentis face à ce qui m’est arrivé. Je n’ai pas changé les faits de violence à mon égard.

      Exemple au hasard :
      Je souffre de voir tous ces bronzés tenter de rentrer à tout prix dans mon pays.

      Raisons possibles : l’autre, le bronzé, me fait peur parce que je suis moi-même blanc, assurément très riche, avec un vague sentiment d’usurpateur pour n’avoir rien fait d’exceptionnel pour être si riche. Il me renvoie au fond une vérité qui me fait peur, est tabou, insupportable si exprimée comme suit : « je suis pauvre et bronzé foncé, tu es riche et blanc, avons-nous réellement mérité notre sort ? Ne peut-on pas un peu changer cette situation injuste ?». Ma réponse est non. Ce serait reconnaître que les comportements racistes de mon propre père étaient injustifiés. Et sa richesse imméritée. Or comme je suis un bon fils aimant et que je veux être reconnu comme tel par mon père et par tout le monde, ta question est inaudible et sans objet. La preuve ? Je suis riche blanc et tu es pauvre bronzé ! CQFD

      Mon racisme l’emporte sur le reste mais ne pouvant pas m’avouer être raciste, j’habille ce racisme en crainte de l’invasion pour mon pays que je dirige et défends avec fougue. Et ce, malgré les chiffres qui me contredisent. Mais j’honore mon père…

      Je donne un autre sens aux faits à cause de mon expérience intime, celle de ma relation père-fils.

      Pouvoir comprendre cela nécessite soit d’avoir fait une psychanalyse, soit d’en mesurer parfaitement la portée : ré-interpréter à la lumière de…

      1. C’est plus clair comme cela (il faut toujours qu’on m’explique deux fois…). Je pourrais dire une chose comparable de mon travail : mes parents m’ont instillé une « angoisse de bon parent » qui leur venait de leur histoire subie enfant, et dont j’avais gardé… l’angoisse, ainsi mise en place par mon travail et devenue moins destructrice.
        Mais dans quelle mesure peut-on appliquer cela à une collectivité comme une Nation ? (comme Paul Jorion le dit pour les USA). Comment pointer le refoulé, le « tabou » ? En étudiant l’histoire de France, c’est fou comme les guerres civiles restent dans le placard (1550-90 et 1606/1684 ; 1789-93, 1940-45,etc. et aussi des guerres coloniales) dont on ne conserve vaguement que le mauvais coupable (Henri IV, Robespierre, Kagamé selon Pean…) et encore pas toujours , ce qui se manifeste à mon avis aujourd’hui par ce désir d’un chef et ce désir de le trucider (au lieu d’accepter les divisions sociales et de les gérer, il y a un fort « mépris social » réciproque). Et que dire de la Belgique, dont nous prétendons que le passage des armées voisines nous a donné l’esprit de modestie (sic) et de surréalisme, mais beaucoup moins que nous avons connu une bourgeoisie richissime à la belle époque (« fransquillonne ») qui a surexploité toutes les régions et les a abandonnées sans vergogne ; notre nationalisme (sous-)régional serait une fausse vérité de notre histoire. Est-ce cela le refoulé ? La fausse vérité ?
        Et deuxième question : comment faire un travail collectif à ce sujet ? Un nationalisme est-il en soi-même un délire, une négation de son histoire ? Et comment avoir une volonté collective de se mettre au travail ? Pensons à ces peuples ayant commis ou subi un génocide… et dont nous ne sommes différents que par ce que l’histoire nous a « réservé » de différent.
        Et ces questions devraient être appliquées à mon avis à la masculinité (et sa violence dominatrice). Mais c’est un autre travail.

      2. Merci pour ces quelques précisions.

        Dire les choses permet de les appréhender, dans la mesure du possible de les comprendre, oui, bien sûr, « au commencement était le verbe ». Faut-il pour autant passer forcément par la psychanalyse pour parvenir à cette compréhension ? N’y a-t-il vraiment ni lucidité ni salut en dehors de la psychanalyse ?

        L’inconscient a bon dos. Il est le mythe moderne par excellence.

        Sur le racisme : par tous ces justificatifs anti-immigration nous ne cherchons pas tant à faire taire notre inconscient raciste qu’à cacher la trahison de notre idéal de fraternité.

      3. A vos questions, la réponse est plutôt de votre côté. Je n’oublie pas la satisfaction d’un transfert autant que la formulation dans des mots. J’ai avec la séance un témoin de mon travail de dé-faisance /mal-faisance. Je peux délirer : il/elle me ramène à la réalité, car il EST, et est un AUTRE. Ma fausse vérité délirante est mise à l’épreuve, au travail. Et je me projette sur cet autre écoutant mon délire, mon désir, mon besoin de retour/reconnaissance, cad d’une nouvelle vérité partageable. Donc : effet de relation ou effet de mise en langage ? Je privilégie le premier, vous le second, non ? Et l’introspection n’arrive pas à ce résultat, mais elle peut suffire pour certains moins souffrants (comme certains peuples ou nations paraissent moins délirer que d’autres, je pense aux peuplades scandinaves, mais …).
        L’inconscient a bon dos ? Il est un mythe ? Mais le délire ou le tabou ou le refoulé ou le blocage est là . Et la souffrance est là. (Par exemple la souffrance des hommes, une généralité peu partagée entre hommes mais dont attestent les femmes, cfr les conférences en vidéo du fondateur de Zeromacho, je ne reviens pas sur son nom, Patrick ?). Peut être notre humanité en crise a-t-elle besoin d’un travail, d’un médiateur, qui met le doigt sur le tabou. En ce sens un humoriste (travail des mots) est-il le contraire d’un populiste, qui exacerbe l’inconscient.
        Sur le racisme : tout est bon pour dénier notre mépris (raciste, sexiste, nationaliste; même le dominé est dans le mépris, le dégagisme, etc.). Notre « idéal » est parfois un leurre de groupe, qui « fait société » tout en masquant notre superbe (la charité, la bienveillance, la tolérance). Il faut travailler notre mépris, nos crimes génocidaires pour arriver à une solidarité qui intègre les hiérarchies sociales.
        Sur la Belgique et son tabou, je me suis souvenu des livres « le chagrin des Belges » (Hugo Claus, je crois) et le « Chateau des Belges » (par une canadienne, je crois) et je pense que cela va avec ce que j’ai avancé comme tabou : nous n’avons pas renversé notre aristocratie, nous n’avons pas imposé nettement notre « concordat » séparant État et Église, nous préférons ne pas voir clair sur les forces qui nous structurent et nous divisent. Nous nous satisfaisons de la confusion…

  2. Pour synthétiser, ne peut-on pas dire que l' »être-au-monde », ce qu’on croit être notre sentiment d’être en prise avec le monde, est canalisé par le langage, du moins dès que nous ne sommes plus seul dans ledit monde ? Et que cette canalisation joue de nous (c’est le gant de velours du social en nous) et impose ses plus grandes pentes « nolens volens » (j’ose à peine écrire cette expression, vu que le « volens », ce n’est qu’une apparence…).

    1. J’aime bien l’expression « faire société », qui indique que c’est un travail de construction/structuration permanent et pas seulement un « donné ». Les mammifères aussi font société par des rites, des comportements, des médiations (l’épouillage pacificateur). Il y a donc des « pentes » avant le langage à mon avis; songeons aux pratiques sexuelles qui structurent le social (et la personnalité) et sont structurées par lui (hétérosexualité, lois de la parenté). Le langage est un ciment de plus. Mais cela ne nous innocente pas de nos pratiques. Il faut les travailler. Sinon on est comme le drogué dans « l’insu de mon plein gré », le déni.

      1. @chabian
        « Faire société » implique peut-être la mise au placard des épisodes de guerres civiles ?

  3. C’est un travail bien compliqué d’être soi, individuellement, collectivement c’est pire, même s’il se produit parfois un miracle, la main invisible du bien ou de la lucidité. J’essaie d’expliquer à ma fille, qui vit des temps troublés, lors de longues discussions, la manière dont je me représente désormais les choses. Il se passe des choses en nous et il se passe des choses hors nous. Ce qui se passe hors nous influence ce qui se passe en nous ; et ce qui se passe en nous influence ce qui se passe hors nous – la famille, le cercle proche, amical ou professionnel ( dans le cas d’un Trump ce hors lui peut s’étendre au reste de la planète). Beaucoup de personnes que je croise, ces choses qui se passent en elles, elles l’appellent « moi ». Elles ne l’appellent pas « ces choses qui se passent en moi », elles l’appellent « moi ». Si j’essaie de souligner telle ou telle réaction de leur part, leur réflexe premier est de considérer que je remets en cause leur personnalité, que je les remets en cause, elles, personnellement. J’habite le même cerveau depuis plus de soixante ans. C’est toujours le même cerveau mais, bien entendu, en tous cas c’est vrai pour moi, le climat a changé plusieurs fois, ainsi que la végétation et les animaux qui la peuplent. Les représentations, les pensées, les émotions, tout ça. J’essaie d’être maître de mes représentations, de mes pensées, de les choisir, et ce n’est déjà pas simple. Quant à mes émotions… Je ne crois pas, une seule fois au cours de ma vie, avoir jamais choisi d’être triste, en colère, plein d’ennui, frustré, gai, courageux, envieux, jaloux, etc. L’émotion surgit en moi et, si elle relève d’une passion triste, j’essaie, tant bien que mal, de reprendre la main ; le culbuto tente de retrouver sa position initiale d’équilibre. Une vidéo a circulé récemment sur les réseaux. Elle montre un type sortant comme un fou de sa voiture et bousculant une personne mal voyante et son accompagnant. Au moment où elles s’engageaient sur le passage piéton, il les a frôlés avec son véhicule et, par réflexe, l’accompagnant a tapé du plat de la main sur le toit de la voiture. Que s’est-il passé dans le cerveau du chauffard ? La partie de son cerveau qui contrôle ses émotions a appuyé sur le bouton « crise de rage » et le type a freiné et bondi. Il n’a pas cherché à discuter avec lui-même. Il ne s’est pas tourné vers son cerveau pour lui demander : « Euh, t’es sûr ? » Il n’a pas regardé quelque chose se passer en lui, sa brutale montée de colère , et considéré que cette réaction relevait, en la circonstance, de la connerie. Non, agent passif, il a obéi à son émotion. Il s’est senti agressé, victime du geste de l’accompagnant, et non pas agressé, victime de la chose qui se passait en lui. Sans doute aujourd’hui regrette-t-il d’avoir ainsi « collaboré ». Dans quelle proportion, avec quel niveau de lucidité, je l’ignore. Et puis j’en parle à l’aise, moi, au calme, devant mon clavier. Alors que je sais, comme chacun d’entre nous, que résister à ses émotions, ne pas être emporté par la vague, est une tâche souvent difficilement surmontable. Cela demande un travail, une patience, au niveau individuel comme collectif, qui ne sont jamais achevés. Il n’y a qu’à regarder l’état du monde.

  4. D’un point de vue formel , je sais pas si il existe 36 vérités subjectives ou négociables , une négation de la vérité certainement mais une négociation ?? Et le faux peut très bien impliquer le vrai

  5. bonjour
    quel dommage que vous fassiez un amalgame (révélateur?) entre pédophilie et homosexualité… sans doute quelque chose à « travailler » dans votre prochaine séance! 😉
    par ailleurs, je ne partage pas du tout votre opinion, assez élitiste, sur le fait que seules les personnes ayant suivi une analyse seraient en mesure de comprendre la position que Paul Jorion défend dans son post. il suffit juste d’etre curieux de la complexité du monde et des humains, d’avoir un peu d’empathie, et de garder un bon souvenir de ses cours de philo.
    bien cordialement

    1. Je maintiens et j’inverse la phrase en la reformulant : « comprendre parfaitement les principes d’une analyse OU en avoir fait une ».

      Si vous savez parfaitement interpréter et réinterpréter vos émotions / affects sans jamais vous être penché sur leur sens, leur signification, et sur ce qu’elles vous disent de vous, bravo! Vous avez gagné !

    2. Je citais l’article du psychiatre, pas moi.
      Je n’ai aucune compétence en la matière.

      L’article était très puissant au sens où il mettait en perpective les faits. Au lieu de suivre l’opinion très répandue que « l’église fabrique et concentre des pédophiles, des homosexuels, et tout ce que tout ou partie de la société considère comme tout juste acceptable ou parfaitement criminel », il inversait les termes mêmes des raisonnements. Et d’expliquer que l’église catholique avait parfaitement pu représenter pour toutes les futurs prêtres concernés le refuge idéal à tous leurs doutes de jeunesse dans leur époque. PS : pour mémoire l’homosexualité était un délit au code pénal, rappelez-vous… donc, si on voulait trouver un rôle dans la société où cet aspect est sans intérêt pour l’employeur, c’était le havre idéal. Or l’église qui recrute s’intéresse aux vocations et à la foi en Dieu, moins au reste (ça a beaucoup changé paraît-il mais ce n’est pas la question ici). Ce faisant, l’article renversait totalement le regard qu’on peut porter sur les scandales qui souillent l’église pour le mal que les religieux concernés ont fait aux enfants ou à d’autres.

      Si un psychiatre mentionnait cela, c’est que sa démarche de construction / déconstruction des interprétations relevait de la démarche psychanalytique. Rien de plus.

  6. @ TomBilabong,
    Votre billet est intéressant et de plus visiblement il confirme une thèse de Paul Jorion, lui-même psychanalyste ─ d’ailleurs il serait profitable que vous, nous disiez davantage qui vous êtes, ce que vous faites, sans pour autant lever un anonymat sans doute nécessaire. Mais bon, peu importe, on a l’habitude avec Internet des gens masqués… La question que je ne peux malgré tout de me poser est de savoir si ce billet oscille entre une proposition apodictique ou assertorique…
    Pour le dire en le ramenant à ma fraise, la question serait de savoir si je puis m’autoriser de penser le tabou si bien évoqué alors que je le confesse (avec honte et tremblements) je n’ai pas suivi de cure psychanalytique. Non que j’en tire gloire, ou que surtout je ne le regrette pas, mais c’est ainsi. J’avais eu aussi l’expérience d’amis qui étaient tombés sur de mauvais psychanalystes et leur expérience était plutôt décourageante pour ne pas dire plus… Pour malgré tout être plus positif, je dirais que vers mes 20 ans ayant lu les mauvaises traductions en français de Freud, ma vie en a été bouleversée à jamais. Je sais que nul ne peut s’autoanalyser mais au moins j’ai commencé à faire partie des gens pour qui ce savoir était fondamental ─ avec toutes ses limites dues à de si nombreux « gourous » malfaisants ─ et qui devinait ainsi que, dans ma vie, j’étais plus animé plus qu’« animateur ».
    Mais pour aller plus loin que ma petite (et vieille) personne, la question serait de savoir comment alors peut-on sauter ce terrible obstacle à un éveil de tous face à la catastrophe : dire le tabou ! Suggérez-vous de psychanalyser tout le monde ou bien devant cette impossibilité, êtes-vous implicitement défaitiste ?
    Ou bien encore, nous retrouverions-nous devant l’impasse de Roland Barthes : la langue est fasciste ? Ce que pour ma part j’ai toujours refusé comme un raccourci imbécile de sa part…

    1. C’est beaucoup plus simple que ça, merci de votre apostrophe, Jacques.

      Paul nous décrit dans son post son intuition que Myriam Renault d’Allones se fourvoie sur son interprétation de la situation car elle inverse involontairement (ou pas) les causes et leurs effets. Et l’analyse de cette dame repose notamment sur l’interprétation de ses propres affects dans une situation donnée.

      Le reste est du discours.

      Quant à nous rencontrer ou discuter en privé, ce serait avec grand plaisir . Vous verrez, je suis très banal.

      1. @ TomBilabong, vous rencontrer : le plaisir serait partagé ! Il est possible justement que nos banalités partagées le soient de façon enrichissante…

        J’en profite pour raconter une anecdote. Un jour (il y deux ou trois ans) j’ai assisté à une conférence donnée dans ma lointaine banlieue à laquelle Mâdâme Myriam Renault d’Allones participait. Il y avait également Hervé Kempf, fondateur de Reporterre (avec qui j’avais pu échanger des mails, notamment après son éviction du Monde). En écoutant ces deux orateurs, j’avais été favorablement confirmé dans mon estime pour H. Kempf et plutôt déçu par le savant blabla de Mme MRA. Mais à un moment cette dernière fut très méprisante avec H. Kempf et cet insupportable personnage se ridiculisait involontairement par sa façon de le contredire, avec une morgue mal dissimulée.
        A la fin de la conférence, j’ai eu alors l’occasion de rencontrer Hervé Kempf et lui dire ma solidarité et surtout le remercier pour son intervention et ses actions.
        Il n’y a pas de morale dans les histoires vraies mais je vais en tenter une.
        Dans l’avenir, qui se souviendra des « petits » livres de M. Renault d’Allones ?
        Par contre, le site Reporterre aura joué un rôle important en France dans la lutte pour notre survie.

  7. Bonjour,
    La distinction que fait PJ entre la vérité « des choses » – cad la réalité scientifique et la vérité « négociée » , cad la croyance m’a d’abord un peu choqué. Tenant à la stabilité sémantique, je parlerais plutôt et plus simplement de vérité et de foi. J’ai raison , de l’extérieur. Mais pas pour le fonctionnement intérieur d’un homo credens (nous) où c’est PJ qui a raison.
    Beaucoup des comportements humains s’expliquent par l’impossibilité de distinguer entre notre foi (pas celle des autres dont nous nous moquons aisément) et la vérité. Pire: les « vérités » qui déclenchent nos émotions priment toujours sur les vérités scientifiques.
    Un exemple proche ?
    Sur ce blog, la haine du capitalisme jugé responsable de l’effondrement (exemple de « vérité » émotive) prime chez beaucoup sur la réalité (qui constate que c’est notre consommation qui entraine l’effondrement).
    😉

    1. Ah mais quel sophiste vous faites ! Alors même que vous semblez d’accord avec l’article. Bravo ! L’absurde est un bon moyen de mettre en doute une théorie ou une opinion : qu’est-ce qu’une société dont la consommation outrancière et vorace (au point de rendre malades des millions d’obèses en tous points) n’est pas capitaliste ? Une tribu de gentils indigènes ? Une expérience et communiste ratée ? Une dictature militaire ? Des chasseurs cueilleurs ? Allez, éclairez-nous svp .

      1. Votre ire illustre et prouve ma thèse.
        Pourtant, sur le fond, nous disons la même chose, en effet:
        Vous dites: « …la consommation outrancière et vorace … »
        Je dis: « … c’est notre consommation qui entraine l’effondrement… ».
        Je pourrais même vous suivre dans la condamnation du capitalisme SI et Seulement SI vous indiquez clairement que la fin de ce système entraînera la baisse du pouvoir d’achat – alors que la gauche anticapitaliste aux oripeaux écolos prétend le contraire.

    2. Hadrien,
      Je vous rappelerai juste une superbe formule de Paul :
      « L’anthropocène c’est le capitalocène déguisé en brave type. »

  8. Nous nous construisons une image mentale de notre environnement que nous réorganisons toujours plus difficilement alors que nous vieillissons. Notre vie est un film, la raison et la réflexion ressemblent plus à des diaporamas. Réfléchir avant d’agir, le temps du doute et du sens, est une hygiène de vie ensevelie sous les injonctions de l’industrie consumériste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.