L’actualité de la crise : SAUVER AU MOINS LES APPARENCES, par François Leclerc

Billet invité

En annonçant chercher une « trêve », et en dépit de toutes les dénégations, les ministres des finances du G7 puis du G20, qui sont réunis avec les banquiers centraux en Corée du Sud, ont entériné que la guerre des monnaies est bien déclarée. Guerre ou guérilla, elle va se poursuivre, une fois le flot de paroles apaisantes prononcées et de bonnes intentions déclarées.

La politique de la chaise vide adoptée par les Brésiliens, qui ont sonné l’alarme initiale, exprime on ne peut plus clairement ce qu’ils attendent de ces réunions. Autre symbole, les Coréens du Sud, hôtes du G20, étudieraient la mise en place de mesures de contrôle de l’entrée de capitaux afin de se protéger, le Brésil et l’Indonésie les ayant devancés dans une perspective similaire.

Un projet de communiqué final du G20 proclamerait l’engagement de « s’abstenir de toute dévaluation compétitive », une déclaration de non belligérance destinée à calmer le jeu et les pays émergents. Réaffirmant que le G20 « va se diriger vers un système de taux de changes davantage déterminés par le marché », et que l’objectif est de « minimiser les effets adverses d’une volatilité excessive et de mouvements désordonnés » de ceux-ci.

Dans une lettre adresse au G20 Finances, Tim Geithner a appelé le FMI à surveiller les engagements monétaires pris par les pays du G20 et demandé des rapports trimestriels. « Les pays du G20 doivent s’abstenir d’appliquer des politiques de taux de change destinées à leur conférer un avantage compétitif », écrit le secrétaire d’Etat. A contrario, les pays ayant des déficits commerciaux doivent augmenter leur épargne en adoptant « des objectifs budgétaires de moyen-terme crédibles » et en renforçant leurs exportations.

S’en tenir à un simple rappel des principes, sous forme d’injonction, c’est reconnaître qu’il n’y a pas de solution en vue.

Dans une interview au Wall Street Journal destinée à améliorer le climat, Tim Geithner s’efforçait la veille de préciser les intentions américaines, déterminantes pour la suite. Il évoquait une durée de 3 à 5 ans comme nécessaire pour que chacun parvienne à mesurer « ce qui est dans son propre intérêt ». Regrettant que la situation ne soit pas mûre pour que soient signés de nouveaux accords du Plaza. Appelant à ce que soient déterminées des directives communes à propos des taux de change des monnaies – un « ensemble de normes », dit-il plus loin – ce qui sonne étrangement quand on est censé s’en remettre au seul arbitrage du marché.

L’idée explorée par les Américains serait non pas d’intervenir sur les taux de change mais sur les déficits des comptes courants, les Chinois réduisant leur excédent commercial en demandant à des organismes et entreprises publiques de développer leurs acquisitions à l’étranger. Ce que la Bank of China (qui n’est pas la banque centrale) vient précisément de proposer dans une étude. Un changement de politique que les banques chinoises pourraient suivre, en prenant la précaution de ne pas heurter les intérêts occidentaux et en dirigeant leurs investissements prioritairement vers les pays émergents. Les Américains espèrent que cette nouvelle base serait favorable à une réévaluation du yuan.

Prudent, Tim Geithner prend bien garde de préciser que les Etats-Unis ne soulèvent aucune objection à l’égard des pays qui se protègent des afflux de capitaux en levant des taxes à l’entrée, afin de ne pas se mettre tous les pays émergents à dos. Il laisse entendre qu’une dépréciation « délibérée » du dollar n’est pas à l’ordre du jour, voulant sans doute dire que la prochaine relance de la planche à billets par la Fed n’est pas effectuée dans ce but. Cela peut laisser penser, comme vient de le suggérer James Bullard, un dirigeant de la Fed, que celle-ci pourrait procéder par paliers et tranches successives, afin de ne pas inonder le marché de dollars et brutalement le dévaluer.

A la suite des Brésiliens, le premier ministre indien Manmohan Singh a publiquement exprimé sa préoccupation vis-à-vis des dérèglements du marché des changes. La Banque Mondiale s’est de son côté inquiétée du fait que « des afflux massifs de capitaux ont provoqué une forte montée des devises » en Asie, renchérissant la valeur des monnaies de la région de 10 à 15% par rapport à leur niveau d’avant la crise, et créant des risques de bulles financières.

Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a très diplomatiquement estimé que « le chemin laborieux vers la stabilité et la reprise tirée par le commerce pourraient être sérieusement menacés par des comportements monétaires non-coopératifs ». Quel jargon ! Enfin, donnant la mesure de l’alarmant afflux croissant de capitaux en Asie, la banque centrale de Taïwan a enregistré l’arrivée de 12 milliards de dollars américains dans le pays, venus anticiper une hausse du dollar taïwanais et prendre ensuite leur bénéfice.

Le G20 tentera autant que faire se peut de sauver les apparences, mais rien ne va avancer. Un compromis de dernière minute à propos d’une redistribution des sièges au conseil d’administration du FMI, fort symbolique, permettra dans le meilleur des cas de faire illusion. Pourtant, à l’occasion d’une allocution prononcée au Royaume-Uni, Mervyn King, le gouverneur de la Bank of England, a prévenu qu’il pourrait résulter de la situation actuelle « un effondrement catastrophique de l’activité mondiale, comme dans les années 30 ».

Chrisitian Noyer, gouverneur de la Banque de France, s’est voulu positif dans une interview accordée aux Echos : « La seule solution, c’est le dialogue : il faut rechercher ensemble les mesures concertées pour renouer avec une croissance mondiale plus équilibrée, en favorisant la demande interne de certains pays et en la freinant dans d’autres ». Nul doute que munis de ce précieux viatique les membres du G20 vont faire des étincelles une fois retournés chez eux !

Négocier en douceur et en prenant son temps une réforme progressive du système monétaire international est un programme de travail ambitieux que peuvent se donner les dirigeants réunis dans le G20. Obtenir que les investisseurs qui échangent tous les jours 4.000 milliards de dollars sur le marché monétaire viennent à résipiscence est une autre paire de manches.

L’autre grand dossier de Séoul va être celui de la régulation financière, donnant plus matière à de bienvenus effets d’annonce. Les décisions déjà prises par le Comité de Bâle vont permettre de donner l’impression que la régulation progresse alors qu’elle piétine. Car des détails décisifs manquent toujours à l’appel, notamment à propos de l’éligibilité de certains actifs aux fonds propres des établissements bancaires. Et, surtout, parce que l’étape finale, la fabrication de la bonde qui doit permettre de fermer hermétiquement le tonneau, n’est toujours pas au point. Le Conseil de stabilité financière (FSB), qui a mandat du G20 pour faire des propositions anti-systémiques, a annoncé avoir besoin de six mois de plus, afin de se donner du champ.

Certains sont franchement pessimistes à ce sujet. C’est le cas de Vitor Constâncio, vice-président de la BCE, qui considère que définir un mécanisme permettant d’éviter la faillite des banques d’importance systémique pourrait s’avérer mission impossible. Charles Goodhart, ancien membre du comité de politique monétaire de la Bank of England, a remarqué que « nous ne savons pas comment reconnaître qu’un établissement est systémique, pas plus que nous ne savons mesurer l’instabilité financière d’un établissement donné ou résultant de ses interconnexions avec d’autres ». Avant de conclure ainsi : « Tout ce dont nous disposons, pour mesurer la stabilité financière, c’est de constater que nous sommes en temps de guerre ou de paix ».

Accroître la surveillance des banques systémiques, comme le promet le FSB, c’est donc vite promis, puisqu’il faudrait préalablement clairement identifier ce que l’on surveille et qui l’on observe.

Sans sourciller, le FSB étudie néanmoins trois options, dont aucune n’est dans la pratique satisfaisante, sans parvenir à générer l’indispensable consensus d’un monde bancaire aux intérêts contradictoires. Augmenter les fonds propres « durs » pour les établissements systémiques (après avoir défini ce qui les distingue des autres), accepter des obligations contingentes convertibles (Cocos) pour garnir le coussin supplémentaire dont elles devront être pourvues, ou bien fignoler une procédure de « bail-in » (par opposition à « bailout »), afin de faire assumer par les dirigeants, actionnaires et créanciers le coût du sauvetage d’une banque, sans faire appel aux fonds publics.

Non seulement chacune de ces méthodes suscite de nombreuses objections, ou des interrogations sur la réponse que les marchés apporteraient à leur adoption, mais il est craint que trop réglementer et charger la barque pourrait inciter les banques à diriger vers des filiales réfugiées dans la shadow economy leurs activités sensibles, rendant caduque toute régulation…

Les besoins en capitaux qui résultent de la réglementation risqueraient par ailleurs d’avoir deux effets indésirables : une augmentation des taux sur le marché, aboutissant à baisser le rendement des banques ; l’assèchement du marché par les mégabanques au détriment des plus petites, qui ne pourraient alors plus suivre sur un marché à la hausse où les grandes se seraient servies en premier.

Quand aux Cocos, c’est terre inconnue, car elles sont également susceptibles d’être assujetties à des taux élevés, vu le risque que les investisseurs prendront, leurs obligations pouvant être sans crier gare converties en actions d’une banque en péril. Enfin, les procédures de « bail-in » mettraient ces mêmes investisseurs dans une désagréable position, un premier « bail-in » pouvant les inciter à participer à un reflux général des établissements bancaires afin de ne pas subir le suivant, et précipiter ainsi une gigantesque crise.

Qu’il est donc difficile de se préparer à faire payer les actionnaires ou les investisseurs en cas de coup dur, le doux confort procuré par les renflouements sur fonds publics écartés ! Quel langage va-t-il falloir tenir : celui de la théorie, qui veut que les crises sont inévitables ? Ou celui leur assurant que toutes les précautions ont été prises pour que cela n’intervienne pas ?

Que vaudra tout l’échafaudage de la régulation, si le dispositif qui doit le chapeauter ne parvient pas à être conçu et adopté ?

Décidément, quel que soit le grand dossier ouvert – relance économique, stabilité monétaire ou régulation financière – rien ne fonctionne comme on souhaiterait, tout file entre les doigts.

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95 réflexions sur « L’actualité de la crise : SAUVER AU MOINS LES APPARENCES, par François Leclerc »

  1. Il est tout de meme incroyable qu’au nom du liberalisme economique, et afin d’attirer/garder les capitaux dans notre pays, nous ayons fait tombe toutes les reglementations et abaisse toutes les taxes les concernant. Aujourd’hui, comme vous le soulignez, c’est l’inverse qui se produit: certains pays cherchent par tous les moyens a limiter leur arrivee.
    Concernant le volet reglementation, je vous recommande la video de l’economiste Lordon postee par Yvan hier (ici). Il explique (2eme moitiee de la video) que seule une reglementation prohibitive pourrait etre efficace, et qu’il n’y a pas besoin de G7/G20 pour cela.

    1. Ce que Lordon ne dit pas dans cette vidéo mais qu’il a déjà dit en d’autres occasions, c’est que le niveau de décision le plus adéquat aux réformes qu’il propose est à son avis le niveau européen, et, ajoute-t-il, qu’il convienne tout à fait du caractère déjà ô combien utopique de cette estimation.

      En effet si le G20 met en scène 20 nations qui disent toutes en substance la même chose: « Faites comme moi », ne doit-on pas admettre que le risque d’un authentique dialogue de sourds soit encore plus grand dans un contexte ramené au niveau européen, mettant en scène pas moins de 27 acteurs, dont on peut dire sans grand risque de se tromper qu’ils ne sont guère mieux disposés que leurs « grands frères » du G20 – au demeurant, certains du premier groupe sont également membres du second.

      Par conséquent, pour aussi pertinentes que soient les propositions de Lordon, elles restent néanmoins parfaitement théoriques du propre aveu de leur auteur, et pire, offrent peu d’espoir de se voir un jour mises en application.

    2. Dissonance…

      Nous n’avons pas encore vu TOUS les effets du déluge…
      Le Forex va ravager la planète. Et coté risque de change, ne t’inquiètes pas, je sais pourquoi on achète à terme.

      Reste optimiste : il se trouvera rapidement un moment où les peuples craqueront. Regardes déjà chez nous…

    3. @yvan

      Ce que je vois pour l’instant, c’est un beau mouvement de contestation qui monte en France, mais en face d’un pouvoir qui reste encore pour l’instant « droit dans ses bottes ». Signe que la mobilisation n’a pas encore atteint le « seuil critique ».

      J’entends par ailleurs que les syndicats veulent mettre fin à ce mouvement après le vote de la loi qui l’a catalysé. En conséquence de quoi si je dois faire preuve un jour d’optimisme, ce ne sera que si ce mot d’ordre de fin de conflit ne se trouve pas suivi d’effet.

    4. @romain : c’est exactement ce que je me suis dit ! On a tout cassé pour faire venir les capitaux, et maintenant l’on voit des pays empêtrés par des capitaux qui s’invitent comme un chien dans un jeu de quilles. C’est la preuve par A plus B que « la libre circulation des capitaux » est une absurdité, ce que nos politiques (de gauche à droite) pouvaient savoir à l’époque mais qu’ils ne voulaient pas voir. Preuve que les politiques n’y connaissent rien en finances, et donc qu’il vaut mieux subir la loi du marché qui exige « la libre circulation des capitaux »…

  2. Et pendant ce temps là, pendant que les hauts salaires font joujoue en attendant leur
    retraite luxueuse, qui morfle ?

    1. Il est impossible d’imaginer une même solution pour les 27 pays de l’UE.
      Les différents pays de la zone euro sont en train de diverger depuis 10ans.
      L’Allemagne a les deuxièmes excédents commerciaux du monde, juste après la Chine.
      Cette dernière est devenue le second partenaire commercial de l’Allemagne.

      Il faudrait proposer des politiques économiques différentiées, selon qu’un pays a des excédents commerciaux ou des déficits.
      Proposer une seule et même politique pour l’ensemble de l’UE n’a pas de sens!

    2. L’Europe n’aurait donc pas de volonté politique,
      car si le respect du chacun pour soi, des intérêts particuliers, doit être élevé comme la seule condition nécessaire de toute vision possible de toute volonté politique sensée,
      je ne vois franchement pas comment peut oser s’envisager de cette Europe-là, dont le sens et par delà celui de toute politique se doit d’abord et par principe se définir d’être sans queue, ni tête, pour prétendre de pouvoir se concevoir.

      Après, s’il s’agit de poursuivre plus loin,
      avec cette bonne idée de ne vouloir pouvoir penser de sens à aucune politique, établi au-dessus des intérêts particulier, dans le sens de l’intérêts général
      je suppose que lorsque même en France, les intérêts particuliers de la Région Rhône-Alpes, s’opposeront de ceux de l’Auvergne, qui divergeront de ceux de la Corse, ne chevaucheront plus ….
      la politique ne sera sensée que ne pas voir plus haut que de ses désacords, cela parce que certains budgets seront exédentaires, d’autres déficitaires ???

  3. François

    Ce que vous semblez nous dire est que, quelques soient les dispositions prises par les autorités pour empêcher le retour des crises (ou même les limiter), toute mesure sera dangereusescar les marchés, trop forts, trop rapides, trop bien informés, chercheraient des échappatoires qui, soit rendrait la mesure sans effets, soit précipiteraient par effet troupeau une crise encore plus grave que celle que l’on voudrait éviter. Le système est-il donc non réformable?

    1. Bonjour,

      La question de la réformabilité ou non du système dépend beaucoup de la représentation qu’on se fait des contraintes qui pèsent actuellement sur ce système.
      Pour beaucoup, ces contraintes résultent essentiellement du domaine économique. Pour ceux-ci, de bonnes mesures de gestion permettraient de réformer le système de manière à le faire perdurer.
      Je sais que d’autres analysent les difficultés actuelles comme résultant d’une fuite en avant du capitalisme, fuite en avant qui s’imposerait à celui-ci par son fonctionnement, fonctionnement qui le condamnerait à terme, terme dont nous approcherions. Ceux-là invoquent en solution l’avènement d’un autre fonctionnement social … que j’ai beaucoup de mal à imaginer ; je soupçonne l’Homme d’être capitaliste par nature !
      Personnellement, je me représente les difficultés que le système économique rencontre comme résultant prioritairement de nos difficultés grandissantes d’accès aux ressources naturelles qui permettaient la croissance économique, énergies fossiles et matières premières, ces difficulté enchérissant leur prix et décourageant in fine l’initiative économique.
      Dans cette représentation, et compte tenu des contraintes temporelles et limites d’adaptabilité du système économique et de nos sociétés, l’espoir dans les réformes est quasi nul.

    2. Le système ne fonctionne que par la croissance, il est fondé sur une expansion continue, et donc sur une utilisation toujours plus grande des ressources naturelles et humaines. Or les unes comme les autres ont des limites, de plus en plus manifestes.

      Une croissance infinie dans un monde fini?
      C’est une course vers l’abîme.
      En aveugle.

      Ces derniers temps, en voyant de jeunes enfants s’ébattre, je ne peux parfois m’empêcher d’éprouver de triste pensées quant à leur futur…

    3. Pour ce que je comprends, Il y a deux représentations de ce mot croissance, la croissance de l’un ne présageant pas fatalement de la croissance de l’autre ….
      ce pourquoi, je préfère lorsque de ce sujet contre la croissance, il est abordé par dénégation, (négation +négation = affirmation), par exemple contre la mécroissance

    4. @Alain A : « Le système est-il donc non réformable? » : si l’on entend par « réformable » le fait de pouvoir le « réformer » comme, par exemple, le système de gestion informatique d’une entreprise, c’est-à-dire en procédant par imagination, prévision et planification, la réponse est évidemment non. Ca devra complètement craquer avant que ne s’impose l’évidence d’une « refondation ».

  4. Je crois que la déclaration de Christian Noyer est très claire.
    Voici comment je la comprends : il faut que les pays où la demande intérieure est trop forte baissent encore les revenus de leurs habitants (par exemple en augmentant la TVA qui deviendrait alors « sociale » et/ou « communautaire ») pour réduire cette demande, imposent à leurs électeurs/travailleurs/consommateurs/chômeurs de travailler plus (« retroussons nos manches ») et plus longtemps et que parallèlement les pays qui exportent trop augmentent leurs salaires et leur consommation intérieure et tout cela sans mesure protectionniste !
    C’est, au moins pour la première partie, ce qui est en train de se passer.
    Pour le reste il faudra attendre les beaux jours.
    L’unification, sous la houlette de la mondialisation, est un rêve impossible pour les serviteurs volontaires de l’économie devenue folle, mais c’est un cauchemar pour tous.
    Qu’il est désespérant ce monde dirigé par des aveugles et des sourds.

    1. Je partage votre point de vue.

      Si vous rajoutez à ces « mesures », celles qui consistent à rayer l’Etat Providence, ainsi que l’Etat tout court de notre vocabulaire, je crois que tout sera dit…

      Dans le panorama qu’ont dressé les financiers/politiques, les populations sont amenées à régresser tant sur le plan social qu’économique, mais bizarrement, j’ai plus confiance en l’instinct de survie de l’homo sapiens, qu’au long terme de la stratégie des premiers.

    2. à edith,

      Je ne parle jamais de « l’état providence » car le rôle théorique de l’état est, entre autres, mais principalement de protéger les citoyens.
      Le simple fait d’employer le vocabulaire de l’ennemi (ce sont les libéraux qui parlent de l’état providence) est une défaite.
      Je crois depuis longtemps que l’émancipation des humains passe par la destruction du travail-marchandise, de la propriété privée des ressources et de l’Etat.

    3. L’Etat, l’Europe, le Monde même semblent toujours faire très grand cas de la sécurité …. (et pas seulement)

      Donc ainsi que dans chaque commerce, chaque entreprise, il est investi des blindages magnétiques, de caméras de surveillance …. et co …
      il se pourrait perdurer d’un’état providence tout bien assaisonné à la mode néolibérale,
      car si la sécurité est la liberté du marché, ….

    4. @Marlowe : « Qu’il est désespérant ce monde dirigé par des aveugles et des sourds. » : c’est joli, sauf que ce monde n’est dirigé par personne. Depuis sa « libéralisation » tous azimuts, (façon de parler, seuls les capitaux et les marchandises le sont, pas les individus, surtout s’ils ont émigrés), ceux qui le dirigent, les politiques, sont aux ordres de ceux qui ne le dirigent pas, les financiers et les multinationales. Quand les seconds seront aux ordres des premiers, on pourra dire que « ce monde est dirigé ». On en est loin.

  5. Villajoyosa (Alicante), belle ville touristique de 28 000 habitants sur la Costa Blanca, pas loin de Benidorm, et dont le maire est de droite, est la première ville espagnole à se déclarer en faillite. Le 30 septembre elle avait en caisse 286.847 euros et des factures à payer de 11,2 millions.

    Et elle n’est pas la seule. Selon la Federación Española de Municipios y Provincias 30 % des municipalités pourraient l’imiter avant la fin de l’année.

    En 4 ans, leurs ressources (grâce surtout à l’activité immobilière) sont passées de 43 milliards d’euros à moins de la moitié, 19,9.

    http://www.eleconomista.es/economia/noticias/2536449/10/10/Villajoyosa-primer-municipio-ahogado-por-la-quiebra.html

    1. Le site de Touati sur blog Jorion ! C’est pas modérable ça ? 😉

      L’antithèse j’veux bien, la foutaise, ret’nez moi !

    2. A la lecture des journaux espagnols, cela fait de moins en moins de doute que l’espagne soit en train de couler.
      Reste a savoir quelle sera la position de la catalogne et du pays basque dans ce naufrage. Vont ils couler avec le navire, ou reclamer (avec plus d’insistance cette fois) leur independance ?

    3. @ Romain

      Je vois que vous connaissez mal l’Espagne… Il n’y a qu’une minorité de Basques et de Catalans qui veulent l’indépendance, pour la très simple raison que ces deux régions ne pourraient pas, économiquement, survivre seules (ou alors avec une chute brutale du niveau de vie). La Catalogne est en faillite, elle doit 30 mds € et aucune banque lui prête de l’argent depuis pas mal de mois. Et pourtant en 2011 elle devra rembourser 8 mds €. Sa note vient encore d’être abaissée. La Catalogne est acculée à vendre ces jours-ci des bons (2,5 mds €) à 12 mois au taux de 4,75 % (contre 1,9 % pour l’Espagne) au « peuple catalan » pour tenir jusqu’aux élections anticipées du 28 novembre. Que le taux soit si haut et que les banques prennent au passage 3 % pour placer ces bons, montre bien l’urgence de la situation.

    4. Je connais pas très bien ce Marc Touati… Il a pas l’air de vous emballer…
      Enfin, je cherchais juste une source qui montre le contraste entre la locomotive « Chine » et le naufrage de l’Espagne…
      Et je trouvais cet article de M*** T****** assez parlant… ^^

    5. @Alexandria

      ???!!! « Intéressant » !!??
      Allez voir là par exemple, une interview du zig en janvier 2008…

      Extraits:

      Marc Touati a été directeur de la recherche économique et financière de Natixis de juin 1997 à janvier 2007. Outre ses interventions presque quotidiennes en salle des marchés, Marc Touati se déplace alors souvent dans le groupe des Banques Populaires, à Paris, dans toute la France, ainsi qu’à l’étranger, pour faire des présentations économiques aux clients et collaborateurs, mais aussi à l’extérieur du groupe (80 conférences en 2000, 115 en 2001 et 2002, 150 en 2003 et 168 en 2004, 190 en 2005, 210 en 2006 soient près de 75.000 personnes rencontrées en sept ans).

      .Next Finance : Depuis quelques années, les hommes politiques, en France mais aussi en Allemagne ou aux Etats-Unis, demandent une régulation des hedges funds ou des fonds de Private Equity…Peut-on et doit-on réguler ce que certains appellent les symboles du capitalisme sauvage ?

      Marc Touati : On oublie trop souvent ou on feint d’ignorer que la spéculation joue un rôle déterminant dans le bon fonctionnement des marchés mais aussi de l’économie. Elle assure la liquidité aux premiers et permet de couvrir certains risques dans la seconde. Il est vrai néanmoins que la spéculation doit rester la partie émergée de l’iceberg formée par les marchés financiers, dont le rôle est bien de financer l’économie. Lorsqu’elle devient l’iceberg tout entier, alors il y a danger. D’où la nécessité d’une certaine réglementation. Mais cette dernière doit rester minimale. Elle pourra ainsi donner bonne conscience aux dirigeants politiques sans priver les marchés d’acteurs déterminants pour leur bon fonctionnement

      Next Finance : On attendait un duo de choc Marc Touati-Patrick Artus à Natixis.Vous avez finalement préféré partir ? Pour quelles raisons ?

      Marc Touati : Pour des raisons juridiques, je ne pourrai en dire trop. Je dirai simplement que c’était à la fois pour mon bien mais aussi pour celui de l’entreprise à qui j’ai tout donné pendant douze ans. En effet, je ne conçois de travailler que dans la sérénité et pour le bien de tous au sein d’une équipe et d’une entreprise. Je suis partie en très bon terme avec les dirigeants, et notamment avec le Président Dupont et l’ancien Directeur Général François Ladam. Je n’ai aucune rancœur. Je conserve d’ailleurs dans mon portefeuille des actions Natixis dont j’estime le juste prix entre 25 et 30 euros d’ici deux ans au plus tard.

      http://bourse.lesechos.fr/bourse/details/graphique_histo.jsp?Code=FR0000120685&Place=XPAR&Codif=ISIN

      Intéressant en effet… On peut, de fait, conclure que le niveau d’incompétence et de malhonnêteté d’un « expert » de type économique et financier est strictement corrélé avec la fréquence de ses interventions médiatiques; c’est à peu près tout. C’est déjà beaucoup, me direz-vous.
      Si vous aviez fait partie de ceux , parmi ces 75 000 (« bien informés et très intéressés » ceux là), qui, à la suite de ses conseils « avisés et désintéressés », ont investi dans du Natixis, probablement ne vous intéresserait-il plus du tout. Et, pour tout vous dire, vous auriez raison.

    6. @vigneron : j’ai a-do-ré votre « ???!!! « Intéressant » !!?? » 🙂 🙂 🙂

      Vrai qu’il n’y a pas à creuser bien loin pour saisir que ce T******* (rigolote aussi, cette typographie…) est un type du sérail dont les critiques ne risquent pas de nuire à sa caste. Il suffit de lire les premières lignes du texte que vous citez, « Il fut à 27 ans économiste en chef de Natexis ! Connu pour son franc parler, Marc Touati nous livre sa vision sur l’évolution du métier de stratégiste… », pour comprendre ce que ce « franc parler » veut dire…

    7. @Alexandria

      Touati dit des choses intéressantes? Oui, dans cette vidéo, il en dit, mais uniquement grâce à l’opiniâtreté de son contradicteur. Les seules choses intéressantes de ce débat ne ressortent que lorsque Touati est acculé par Mélenchon, et qu’il doit concéder que le modèle qu’il défend à l’accoutumée n’est pas si « efficace » qu’il veut bien le prétendre.

      Touati laissé en roue libre, son discours est nettement moins « intéressant », teinté qu’il est d’une idéologie en contradiction frontale avec la réalité.

    8. @ pablo75
      Je ne pretendais pas « bien connaitre » l’espagne, mais je reste sur mon point de vue. Vos arguments, dont je vous remercie, ne m’ont guere convaincu.
      Je ne crois pas qu’il soit judicieux de coreller une hausse des prets a long terme avec l’economie reelle. Si les taux sont hauts, cela signifie certes qu’il y a un risque, mais aussi qu’il y a de l’argent a pressurer. Par ailleurs vous comparer les taux de la catalogne (une region) avec ceux de l’espagne (un pays, soutenu financierement par la BCE). Il eut ete plus serieux de comparer le taux octroye a la catalogne a celui d’autres regions espagnoles.
      Forca catalunya

    9. Touati …à arrêt-sur-images

      Face à Mélenchon, qui usait de pédagogie, il s’est trouvé coi…coi…coi …
      Du coup, « presque » plaisant, l’air « presqu’honnête » …si…si….
      Etonnant, non !

      Dès qu’il n’a plus de contradicteur, c’est une blague !! ça, il est doué pour son propre business !
      Plus exactement, dès que Mélenchon ne le tient plus par les ……par bonheur il n’en avait pas…
      c’est la cata !

    1. Il faut comprendre que les « dirigeants » tournent en rond dans la nuit et sont perdus.
      Le délire de ceux qui n’avaient pas de stratégie, sauf celle du bricolage (!), est à l’image de l’évolution du monde : il faut un euro fort mais il faut un euro faible, il faut l’Europe mais il faut la Nation, il faut travailler et consommer mais les revenus de tous (sauf de ceux qui sont plus égaux que les autres) doivent baisser, il faut rembourser les dettes mais il faut en faire d’autres : UBU roi !

    2. Ouais, ça vole pas haut… J’ai bien aimé l’attaque de derrière les fagots -et limite « dans la coquille » – de papa Schultz. Mais tout le monde se marre bien. DKB le premier…

      Moi yen a vouloir être député européen !

      Faut rigoler ! Faut rigoler ! Avant qu’le ciel nous tombe sur la tête !

    3. Extraordinaire le final de Barroso: « il est faux de dire que je n’ai pas été élu, j’ai été élu au vote à bulletin secret par ce parlement ». Et ben… J’en reste coi.
      Dieu merci, uniquement quelques timides applaudissement parmi les parlementaires et une grosse gêne visible.

  6. Le plus gros c’est que les directives du FMI ont toujours le vent en coupe auprès de nos gouvernants :
    pourtant les pays qui avaient la plus grande flexibilité du travail ou le moins d’impôts sociétés ou de charges sociales sont aussi les pays les plus en difficulté : je nomme les USA, le RU et l’Irlande.
    Donc les pays du libéralisme anglo-saxons
    Et pourtant on veut nous vendre leurs recettes qui sont des échecs une fois que le clairon a sonné la fin de la cavalerie
    Pourquoi aucun gouvernant en Europe n’ose t il le dire ?

    1. liervol 22 octobre 2010 à 13:30

      Pourquoi aucun gouvernant en Europe n’ose t il le dire ?

      R.G.C. (Robin George Collingwood) rédigé début 1939 :

      [ Mon idée était qu’une action qui, en tant qu’action pure et simple était une action morale, était aussi une action politique en tant qu’elle était relative à une règle, et en même temps une action économique en tant qu’elle tendait vers un but. Les problèmes de la théorie morale, au sens le plus large du mot « moral », pouvaient ainsi être divisés en (a) les problèmes de la théorie morale au sens étroit du mot autrement dit les problèmes liés à l’action comme telle: (b) les problèmes de la théorie politique, autrement dit les problèmes liés à l’action en tant qu’établissant, obéissant ou brisant des lois; et (c) les problèmes de la théorie économique, problèmes liés à l’action en tant que procurant ou ne procurant pas des fins au-delà d’elle-même. Je soutenais donc qu’il n’y avait d’action ni purement morale, ni purement politique, ni purement économique. Toute action était à la fois morale, politique et économique. Et même si les actions n’avaient plus à être divisées en trois classes séparées – le moral, le politique, et l’économique – ces trois caractéristiques – morale, politique, économique – devaient être distinguées et non confondues comme elles le sont, par exemple, dans l’utilitarisme, qui parle d’économie quand il prétend parler de morale. Ce furent là les directions que je traitais dans mes leçons de 1919. Je continuai à professer sur ce thème durant presque tout le reste de ma vie à Pembroke College, en y opérant de constantes révisions. Le projet que je viens juste de décrire représente évidemment une étape de ma pensée dans laquelle le rapprochement entre histoire et philosophie restait encore très incomplet. Tout lecteur qui a compris les premiers chapitres de ce livre peut voir par lui-même à quel point je l’ai modifié au fur et à mesure que le temps a passé. Le rapprochement entre théorie et pratique restait lui aussi très incomplet. Je ne les voyais plus comme mutuellement indépendantes; je voyais que la relation entre elles était celle d’une dépendance intime et mutuelle, la pensée dépendant de ce que le penseur a appris par expérience dans le cours de l’action, et l’action dépendant de ce qu’il pense de lui-même et du monde; je savais aussi très bien que la pensée philosophique, ou historique, ou scientifique dépendait tout autant des qualités morales que des qualités intellectuelles, et que les difficultés morales devaient être surmontées, non par la seule force morale, mais par une pensée claire. Mais ce n’était là qu’un rapprochement théorique entre théorie et pratique, et non pas un rapprochement pratique. Je menais toujours ma vie quotidienne comme si je pensais que le travail de cette vie était théorique et non pratique. Je ne voyais pas que ma tentative de reconstruction de la philosophie morale resterait incomplète aussi longtemps que mes habitudes resteraient basées sur la division vulgaire des hommes en penseurs et en hommes d’action. Cette division, comme tant de choses que l’on tient aujourd’hui pour assurées, était une survivance du Moyen Age. Je vivais et je travaillais dans une université, et une université est une institution basée sur des idées médiévales, où vie et travail sont enclos dans l’interprétation médiévale de la distinction grecque entre vie contemplative et vie pratique en tant que division entre deux classes de spécialistes. Je peux voir maintenant que j’avais trois attitudes différentes envers cette survivance. Il y avait d’abord le R. G. C. qui savait, dans sa philosophie, que cette division était fausse, et que théorie et pratique étant mutuellement dépendantes, devaient souffrir une égale frustration si on les séparait en fonctions spécialisées de deux classes différentes. Il y avait un deuxième R. G. C qui, dans les habitudes de sa vie quotidienne, se comportait comme si tout avait été normal et vivait comme un penseur professionnel dont la porte du collège symbolisait sa retraite des affaires de la vie pratique. Ma philosophie et mes habitudes étaient donc en conflit: je vivais comme si je n’avais pas crû en ma propre philosophie, et je philosophais comme si je n’avais pas été le penseur professionnel que j’étais de fait. Ma femme avait l’habitude de me le dire; et j’en étais régulièrement bien ennuyé. Mais, sous ce conflit, il y avait un troisième R. G. C, pour lequel l’habit du penseur professionnel était un déguisement tour à tour comique et répugnant du fait de son caractère inapproprié. Ce troisième R. G. C était un homme d’action, ou plutôt il était quelque chose où s’évanouissait la différence entre penseur et homme d’action. Il ne me quittait jamais très longtemps. Dès qu’il se retournait dans son sommeil, le tissu de ma vie de tous les jours commençait à se déchirer. Il rêvait, et ses rêves se cristallisaient dans ma philosophie. Quand Il ne voulait pas me laisser tranquille et me laisser jouer le rôle du professeur d’université, je l’apaisai en envoyant balader mes associations universitaires et en revenant à ma région d’origine où je pouvais parler à une société archéologique locale. Cela peut sembler une forme étrange de « libération » pour un homme d’action étouffé; mais c’en était une. La passion pour les études historiques, qui m’animait en tant que leader dans ces études et que je n’ai jamais manqué d’éveiller dans mes publics, n’était pas en principe différente de l’intérêt que sait éveiller un orateur politique vis-à-vis de sa personne et de sa conduite. Et quelquefois, ce troisième R. G. C. se réveillait sur le champ: un jour, par exemple, au tout début d’août 1914, quand une foule de mineurs de charbon du Northumberland, pleins de ferveur patriotique, vit ce qu’ils imaginèrent être un espion allemand dans « le vieux camp romain » sur la colline, et entreprirent ce qu’ils tenaient pour une action appropriée. Le troisième R. G. C. se levait pour applaudir, d’une main molle, quand je commençai à lire Marx. Je n’étais pas du tout convaincu par sa métaphysique ou son économie; mais l’homme était un combattant, et un grand; et non seulement ça, mais un combattant philosophe. Sa philosophie pouvait ne pas convaincre, mais qui s’avérait-elle incapable de convaincre? N’importe quelle philosophie, je le savais, paraîtrait non seulement peu convaincante mais aussi absurde pour quiconque comprendrait de travers le problème qu’il se proposait de résoudre. Marx voulait clairement résoudre un problème pratique; sa tâche, comme il l’a dit lui-même, était de « rendre le monde meilleur ». Sa philosophie devait donc nécessairement apparaître absurde sauf à quelqu’un qui, je ne dirais pas partageait son désir de rendre le monde meilleur par les voies de la philosophie, mais au moins considérait la chose comme raisonnable. En accord avec mes propres principes de critique philosophique, il me paraissait inévitable que la philosophie de Marx eût l’air absurde pour des philosophes aux mains gantées comme les réalistes, avec leur division tranchée entre théorie et pratique, ou les libéraux comme John Stuart Mill, qui soutenaient que les gens devaient être autorisés à penser ce qu’ils voulaient parce que ce qu’ils pensaient n’avait pas d’importance. En vue de critiquer une philosophie à mains nues comme celle de Marx, vous deviez être vous-même suffisamment un philosophe à mains nues pour considérer comme légitime une philosophie sans les gants. Le premier et le troisième R. G. C. étaient d’accord pour une telle philosophie à mains nues. Ils ne voulaient pas d’une philosophie qui fut un jouet scientifique destiné à amuser les penseurs professionnels tranquilles derrière les portes de leur université. Ils voulaient une philosophie qui soit une arme. Jusque-là, j’étais avec Marx. Mais peut-être que tout ce qui empêchait un accord plus profond entre le premier et le troisième R. G. C, c’était le second, le penseur professionnel et universitaire. Mon attitude vis-à-vis de la politique avait toujours été ce qu’on appelle en Angleterre « démocratique », et sur le continent « libéral », Je me voyais moi-même comme un élément d’un système politique dans lequel tout citoyen possédant le droit de vote avait le devoir de voter pour un représentant au Parlement. Je pensais que le gouvernement de mon pays, du fait d’un large suffrage, d’une presse libre, et d’un droit de parole universellement reconnus, rendait impossible qu’un groupe de citoyens puisse être opprimé par une action gouvernementale, ou que ses plaintes puissent être étouffées, même si l’on ne pouvait trouver de remède à la situation. Je pensais que le système démocratique était non seulement une forme de gouvernement, mais aussi une école d’expérience politique à la dimension d’une nation, et qu’aucun gouvernement aussi autoritaire, aussi puissant soit-il, ne pouvait l’être autant que celui qui reposait sur une opinion publique éclairée en matière de politique. En tant que forme de gouvernement, je pensais que son essence tenait au fait que c’était une pépinière où les politiques étaient amenées à maturité et au grand jour, et non un bureau de poste pour distribuer des politiques toutes faites à un pays les recevant passivement. C’était là, à mon avis, de grands mérites; plus grands que ceux de tout autre système politique conçu jusque-là, et qu’il valait la peine de le défendre à tout prix contre les gens qui l’accusaient d’être lourd et inefficace, parce qu’ils souhaitaient duper le citoyen et l’enrôler dans des politiques toutes faites, montées par quelque cabale irresponsable. Je savais, bien sûr, que Marx l’avait dénoncé comme une escroquerie, dont la tâche consistait à jeter un semblant de légalité sur l’oppression des travailleurs organisée par les capitalistes; mais bien que je susse qu’une telle oppression existât et était dans une large mesure légalisée, je pensais que la tâche d’un gouvernement démocratique était de l’éradiquer. Je ne pensais pas que notre constitution fut sans défauts. Mais la découverte et la correction de ces défauts étaient à la charge des gouvernements, pas de chaque votant. Car le système était fait pour s’auto-corriger, pour amender ses défauts par les voies de la législation. C’était aussi un système qui s’auto-alimentait. Les membres du Parlement étaient choisis parmi les votants eux-mêmes; les plus hauts grades du système étaient remplis de membres du Parlement; et ainsi, aussi longtemps que chaque votant remplissait son devoir politique en restant correctement informé des questions publiques, et votait en accord avec son jugement pour ce qui était de savoir où se trouvait le bien de la nation conçue comme un tout, il y avait peu de danger que ses représentants fussent insuffisamment informés ou insuffisamment dotés d’esprit public pour mener à bien leur tâche. Et, vu le vote de la majorité, il n’était pas trop important que quelques uns, à quelque niveau que ce fut, fussent ignorants ou égarés. Aussi longtemps que la majorité était assez bien informée et assez tournée vers le bien public, les idiots et les voyous ne seraient pas élus. L’ensemble du système pouvait cependant s’effondrer si une majorité de l’électorat devenait, soit mal informée sur les questions publiques, soit vicié dans son attitude envers elles, je veux dire par là capable d’adopter une politique dirigée non vers le bien de la nation dans son ensemble, mais seulement vers une partie de celle-ci. Sur le premier point, je devins conscient d’un changement vers le pire au cours des années 1918-1920. Les journaux de l’époque victorienne avaient pour premier objectif de donner à leurs lecteurs une information complète et précise sur les choses publiques. Arriva alors le Daily Mail, le premier journal anglais pour qui le mot « nouvelles » perdit son vieux sens de « faits » que tout lecteur se devait de connaître s’il voulait voter intelligemment, et acquit un sens nouveau, à savoir celui de « fictions », faites pour amuser. Un tel journal n’apprenait plus à voter. Il apprenait bien plutôt à ne pas voter car il conduisait son lecteur à voir dans les nouvelles, non des situations dans lesquelles il devait agir, mais un spectacle pour se délasser. Sur le deuxième point, je ne pris conscience des influences vicieuses que plus tard. Le règlement de la question sud africaine du ministère Campbell-Bannerman fut un parfait exemple des principes auxquels je croyais, et une preuve que je n’avais pas tort de les tenir pour les principes de la politique anglaise. La législation sociale de son successeur, le premier ministre Asquith, fut telle que je ne pouvais l’approuver. Mais la façon avec laquelle elle fut présentée, qui promettait aux votants « neuf pence pour quatre pence », était la négation de ces principes. M. Lloyd George devint pour moi un point de repère, tout de suite après le Daily Mail, de la corruption de l’électorat. Durant le premier quart de ce siècle, chacune de ces influences corruptrices a connu un énorme développement. Après la guerre, le système démocratique s’est trouvé menacé par deux puissants rivaux. Il y avait dans ce système deux éléments dont chacun se retrouvait chez chaque rival. Sur la base lockienne de la propriété privée, la tradition démocratique avait installé un système d’institutions représentatives destinées à promouvoir le bien de la nation considérée comme un tout. Mais existait aussi, sur le papier depuis que Marx l’avait formulé, et en termes de réalités politiques depuis la révolution russe, un système ayant le même but mais un tout autre point de départ. Les socialistes (j’emploie ici ce terme comme équivalent à socialistes marxistes) étaient d’accord avec la tradition démocratique visant à l’amélioration économique et sociale pour l’ensemble du peuple, mais ils se proposaient d’y arriver grâce à la propriété publique des moyens de production. Puis vinrent le fascisme en Italie et le national-socialisme en Allemagne, qui étaient d’accord avec la tradition démocratique en prenant comme premier principe la propriété privée; mais, de façon à la protéger, ils abandonnaient, non seulement les institutions politiques du gouvernement démocratique, mais aussi le but d’amélioration sociale et économique sur lequel ces institutions avaient été construites. Le désaccord effectif entre la tradition démocratique et les socialistes portait, non sur un point de politique, mais sur un point de fait. Personne, je pense, ne songera à nier que la société moderne européenne est divisée entre des gens dont les énergies sont centrées sur le fait de posséder, et des gens dont les énergies sont centrées sur le fait d’agir. Appelons les respectivement capitalistes et travailleurs. Tous les capitalistes font des choses, et tous les travailleurs possèdent des choses; mais ceci n’annule pas la distinction. Si la propriété de certaines choses est vitale pour quelqu’un, alors que son engagement dans certaines activités est relativement sans importance, c’est un capitaliste, qu’il en fasse beaucoup ou pas. Dans le cas contraire, c’est un travailleur, qu’il possède beaucoup de choses ou pas. Entre ces deux classes de la société moderne européenne, les socialistes soutenaient qu’il y avait bel et bien une lutte, et que les institutions parlementaires ne faisaient que déguiser cette guerre sans la surmonter. La tradition démocratique maintenait que les institutions parlementaires agissaient de façon à écarter la lutte des classes en utilisant la discussion ouverte et la parole libre. Sur ce point, fascisme et socialisme étaient d’accord, bien que ses porte-parole, en poursuivant leur politique ouverte d’escroquerie, le niassent. Mais tandis que le socialisme espérait mettre fin à la lutte des classes par une victoire du prolétariat conduisant à l’abolition de la distinction entre classes, le fascisme espérait la perpétuer par une victoire capitaliste menant à un permanent assujettissement des travailleurs. Le national-socialisme allemand n’est qu’une variante locale du fascisme. On comprendrait mieux le fascisme si on le voyait comme un socialisme capitaliste: un système dans lequel la machinerie du socialisme est mise tête en bas, de façon à la connecter avec un premier moteur différent, à savoir le désir des capitalistes de rester des capitalistes. De façon à satisfaire ce désir, ils étaient prêts à payer à l’État fasciste des sommes bien plus conséquentes que n’importe quel impôt ou taxe prélevé par un gouvernement parlementaire. Dans le socialisme, le premier moteur était le désir pour le bien de la nation dans son ensemble et le bien-être économique. En comparaison, le premier moteur du fascisme n’était en rien respectable, et devait être déguisé. Il était donc caché sous une vaste nappe de haine et de jalousie internationales. De fait, le fascisme n’avait rien à faire avec la haine internationale. Il n’était pas basé sur l’idée de nation, mais sur celle de classe; et, s’il avait été honnête, il aurait répondu au mot d’ordre des communistes avec un appel du genre: « Capitalistes de tous les pays, unissez-vous. » Mais le fascisme était incapable d’honnêteté. Tout en étant essentiellement une tentative de retourner contre le socialisme les armes de ce dernier, il a toujours été inconsistant. Il y eut un philosophe très capable et très distingué pour se convertir au fascisme. En tant que philosophe, il était fini. Personne ne peut embrasser une croyance si fondamentalement confuse et rester capable d’une pensée claire. Les grandes voix du fascisme ont été des spécialistes des émotions populaires; ses petits adhérents, des tacticiens et des comploteurs. En sachant tout cela, et en pensant qu’en dépit des influences corruptrices la vraie tradition démocratique continuait d’exister dans mon propre pays, je rejetais le socialisme en pensant que le système parlementaire était encore capable d’accomplir sa fonction d’antiseptique contre la lutte des classes; et je rejetais le fascisme en tant que caricature incohérente des pires traits du socialisme ; je restais donc fidèle à la tradition démocratique. « C’est l’ulcère espagnol, disait Napoléon, qui m’a détruit. » J’avais voyagé dans de nombreuses régions d’Espagne en 1930 et 1931, et cette année-là j’avais vu des mouvements révolutionnaires surgir un peu partout. Ils étaient dirigés de la plus ordonnée des façons. Mes amis et moi-même n’avons jamais vu ou entendu un seul acte de violence, ou la moindre preuve que de tels actes eussent eu lieu. Dans une ville, nous regardions ce que nous pensions être un festival religieux, dans lequel des enfants vêtus de blanc chantaient sous les yeux des adultes, respectueux et parfaitement tranquilles. Plus tard, dans un café, tandis que la radio diffusait les chants des vêpres depuis la cathédrale de Canterbury, nous demandâmes à nos voisins de table à quel festival nous avions assisté. «Festival?, dirent-ils. C’était la Révolution. » Nos amis avaient l’habitude de nous écrire d’Angleterre pour dire leurs craintes au sujet de notre sécurité au milieu des atrocités qui accompagnaient, aux dires des journaux, la révolution, à la merci du bain de sang que les communistes faisaient couler dans leur guerre contre la religion. Mais il n’y avait pas d’atrocités; pas de communistes à voir ou à entendre; seulement des hommes occupés démocratiquement à établir un gouvernement parlementaire; pas de guerre contre la religion, seulement un bon coup de balai de la vieille domination politique des patrons militaires et ecclésiastiques, tandis que l’Église elle-même, comme on pouvait le voir dans chaque ville, accomplissait ses fonctions religieuses sans troubles particuliers, ses bâtiments et son personnel n’étant en rien inquiétés. À l’époque, je trouvais plutôt comique que les journaux anglais fussent à ce point mal informés de la situation en Espagne. Il ne me vint pas à 1’esprit qu’il pouvait y avoir une autre explication. Je ne sais pas quelle est la bonne. Soit il s’agissait là d’une pure coïncidence, et cette épidémie d’ignorance journalistique ne faisait que préparer la voie pour la politique à travers elle laquelle un peu plus tard, l’essentiel de la presse britannique (agissant, on ne peut pas ne pas le croire, sur instructions du gouvernement) trompa délibérément ses lecteurs sur les caractères de la république espagnole; soit cette politique était déjà au travail, et ces instructions déjà données, en 1931. Quelques années plus tard, la guerre civile espagnole éclatait. C’était au départ une rébellion des chefs militaires déposés par la république contre le régime démocratique qui les avait supplantés: la rébellion de l’armée d’une nation contre le peuple de cette nation et leur gouvernement constitué selon les règles, du moins auregard des idées anglaises en la matière. Tout anglais qui avait quelque foi dans la tradition politique anglaise ne pouvait, s’il connaissait la vérité, que vouloir soutenir le gouvernement espagnol contre les rebelles. Et ce gouvernement n’avait pas besoin de beaucoup d’aide: seulement d’un combat loyal. S’il pouvait tenir et équiper une armée, le destin des rebelles était scellé. Le gouvernement « national » britannique a empêché cela. Il a adopté, et soutenu avec d’autres nations, une politique de « non-intervention », qui signifiait l’interdiction d’introduire en Espagne des hommes et des munitions. Lorsque, dans un certain pays, l’armée est en rébellion contre un gouvernement désarmé, qui tente de s’armer pour sa propre défense, il n’y a pas besoin de beaucoup réfléchir pour voir qu’un embargo sur l’importation d’armes est un acte d’assistance aux rebelles. En Angleterre, les gens voyaient que leur gouvernement, sous le masque de sa non-intervention, intervenait, et très énergiquement, du côté des rebelles; et donc, pour qu’ils se tiennent tranquilles, on a lancé une campagne de presse en répétant les histoires au sujet des communistes et de leurs atrocités, histoires dont j’avais pu m’assurer de la fausseté quelques années auparavant. La campagne eut du succès. Les gens qui croient dans la tradition politique anglaise n’aiment pas les communistes et n’approuvent pas les atrocités. La sympathie pour le gouvernement espagnol déclina de façon très visible. Pas de doute, disaient les gens, il n’y a eu que notre baratin sur la «non-intervention» qui a permis aux rebelles de gagner contre le gouvernement; mais qui avait vraiment envie que le gouvernement gagnât? Tout le monde savait que le chef des rebelles était une marionnette des dictateurs allemand et italien; et que ces derniers, quoi qu’ils aient pu bafouiller sur la non-intervention, le fournissaient constamment en hommes et en munitions. Tout le monde savait qu’en faisant ça, ils avaient changé la situation stratégique en Méditerranée et, du point de vue britannique, en direction du pire. Mais dès que quelqu’un faisait allusion à ce genre de choses, le gouvernement national britannique répondait: «Faites-nous confiance; nous savons ce que nous faisons; on vous a apporté la paix. » Ce message, encore une fois, rencontra le succès. L’électorat voulait bien supporter n’importe quoi aussi longtemps que la guerre était écartée. Mais aucune preuve n’était avancée, à ce moment-là ni plus tard, qu’elle l’avait bien été. Aucune preuve ne fut avancée que l’un ou l’autre ou les deux dictateurs eussent brutalisé le gouvernement britannique afin qu’il adopte une politique de non-intervention par crainte de la guerre. Aucune preuve ne fut avancée quant à ce que leur propre refus, notoire, de suivre cette politique, fût escortée par des menaces du même ordre. Aucune preuve ne fut avancée que le gouvernement britannique eût mis la paix en danger en simplement s’abstenant de ces actions par lesquelles, légalement ou illégalement, il empêchait ses citoyens de se mettre au service du gouvernement espagnol. Rien de tout cela ne tenait debout; et c’était là des choses que certainement personne n’aurait crû à cette époque, et que personne ne croira jamais, sans preuve, et sans preuve évidente fournie à cette fin. Mais l’ambiance de dissimulation dans laquelle le gouvernement national avait enveloppé sa politique durant tant d’années était si forte (à commencer par les rodomontades de Ramsay MacDonald, qui donnait l’impression de dire tant de choses alors qu’il ne disait strictement rien; et, pour continuer, avec les méthodes d’escroc de M. Baldwin, qui disait rarement quoi que ce soit sinon qu’il était un homme honnête et à quel point chacun pouvait lui faire confiance), que personne n’attendait des porte-parole du gouvernement qu’ils dissent ce genre de choses, et encore moins qu’ils en avançassent des preuves. Rien n’était dit de façon définitive, on se contentait de faire des allusions. Et bien qu’on en dît si peu, on s’activait beaucoup. N’ayant affaire à aucune déclaration sur la politique du gouvernement national, je me trouvais obligé de comprendre leur politique à partir de leurs actions. Ce n’était guère difficile. Pour quiconque habitué à interpréter des faits, leurs actions n’admettaient qu’une seule explication. Ils voulaient que les rebelles gagnassent, et voulaient cacher ce fait à leur électorat. Ils savaient que les rebelles ne pouvaient l’emporter sans leur aide, et donc ils la leur donnèrent. Ils savaient que les rebelles ne pouvaient pas gagner sans mettre en danger les intérêts britanniques, et ils ont donc sacrifié ces intérêts. Pourquoi étaient-ils si désireux d’un succès des rebelles? Non à cause de la menace communiste, car bien que mon vieil ami le Daily Mail, un fervent supporter du gouvernement national, et alors comme toujours un bon travailleur pour ce qui était de corrompre l’esprit public, se référât habituellement au gouvernement espagnol comme « les rouges », autrement dit les communistes, le gouvernement savait, aussi bien que le Daily Mail, que l’Espagne républicaine n’était pas un État communiste mais une démocratie parlementaire, et que le cabinet du Senor Negrin, par exemple, ne comportait qu’un communiste, qui y avait été inclus après que son parti eût signé la déclaration générale de loyauté aux principes démocratiques. La guerre civile espagnole a été une bagarre directe entre les dictateurs fascistes et les démocraties parlementaires. Le gouvernement britannique, derrière tous ses déguisements, s’est déclaré lui-même partisan des dictatures fascistes. Au début de 1938, quand tout cela me devint clair, je n’avais pas d’opinion sur le point de savoir jusqu’où chacun des membres de ce gouvernement savait ce qu’il faisait. Le fascisme, je le répète, est un travail confus. Je trouvais un peu facile de croire que la politique du gouvernement national d’humiliation devant les pouvoirs fascistes, tout en refusant de dire au pays ce qu’ils étaient en train de faire, n’aurait pas eu lieu si le gouvernement avait eu une claire compréhension de ses propres buts, une claire intelligence de l’opposition que ceux-ci rencontraient dans le pays, le tout conduisant à la claire décision de tromper le pays. Cette attitude pouvait venir d’une bêtise de la volonté et d’une faiblesse de l’intellect mélangées à des admirations inavouées et des peurs laissées dans l’ombre, un sens défectueux des responsabilités, et une préoccupation faible et quelquefois inopérante pour la vérité. Si quelqu’un, en 1937, ou au début de 1938, avait dit au premier ministre, avec en mémoire la répartie du Dr Johnson au batelier de la Tamise: « Monsieur, votre gouvernement, avec pour seule excuse son incapacité à défendre les intérêts de la nation, est en train de nous conduire à une révolution fasciste », j’ose dire que le premier ministre l’aurait nié avec toute la sincérité dont il était capable. Les événements de 1938 ne m’enseignèrent rien sur le gouvernement national que je ne susse déjà. J’entamais l’année dans l’attente de deux choses: une rupture brutale du premier ministre d’avec les principes du gouvernement parlementaire, et une répétition encore plus flagrante, ailleurs, de ce qui était arrivé en Espagne: une agression par un État fasciste, rendue victorieuse grâce au gouvernement britannique sous couvert d’éloigner la guerre, le tout manigancé par ce gouvernement au sein du peuple anglais. La première attente s’accomplit au début de l’été quand, au total mépris des règles parlementaires, on assista à une tentative concertée des membres du cabinet de supprimer toute critique parlementaire des incapacités déjà notoires du gouvernement à satisfaire le programme de réarmement, et par les menaces de poursuites, menées au nom du Official Secrets Act, contre M. Ducan Sandy, le membre du parlement qui avait osé critiquer. La chose fut discrètement étouffée dans les journaux gouvernementaux; mais chacun qui avait encore accès aux faits savait que cela signifiait une guerre ouverte entre un cabinet fasciste et la constitution parlementaire du pays qu’il dirigeait. La seconde attente s’accomplit durant la crise tchécoslovaque en septembre, quand le premier ministre anglais s’envola successivement pour Berchtesgaden, Godesberg et Munich pour revenir avec chaque fois en poche les ordres du dictateur allemand à qui il obéissait en changeant la politique du pays dans le dos du parlement, et même du cabinet. Pour moi, donc, la trahison au sujet de la Tchécoslovaquie ne fut que le troisième pas de la même politique par laquelle le gouvernement national avait trahi l’Abyssinie et l’Espagne; et j’étais moins intéressé par le fait lui-même que par les méthodes qui avaient servi à les accomplir: la crainte de la guerre soigneusement entretenue dans le pays dans son entier, crainte officiellement lancée par l’invasion des masques à gaz et le discours populiste radiodiffusé du premier ministre, deux jours avant son départ pour Munich, ainsi que la mise en scène hystérique soigneusement montée au parlement la nuit suivante. Ces choses-là étaient tout à fait dans la tradition et les méthodes des dictateurs fascistes; sauf que, alors que les dictateurs italien et allemand remuaient les foules en appelant à la soif de gloire et à l’élargissement de la patrie, le premier ministre anglais le faisait en jouant purement et simplement sur la peur. Sur ce point, il l’emporta. Au moment où j’écris, l’Angleterre n’a pas encore dit adieu à ses institutions parlementaires; elle a seulement permis qu’elles deviennent inopérantes. Elle n’a pas renoncé à sa foi dans la liberté politique; elle a seulement lancé aux orties la chose dans laquelle elle faisait profession de croire. Elle n’a pas abandonné son empire; elle a seulement livré le contrôle des communications de cet empire à un pouvoir jaloux et cupide. Elle n’a pas cessé d’avoir voix au chapitre en Europe; elle a seulement employé cette voix pour contribuer aux fins d’un autre pouvoir encore plus jaloux et encore plus cupide. Ceci a été mené à bien sans le souhait du pays, ou d’une partie importante du pays, mais parce que ce pays s’est fait rouler. Pour rappeler ce que je disais plus haut, les forces qui ont été au travail durant près d’un demi-siècle pour corrompre l’esprit public, en amenant progressivement un empressement à renoncer à l’information complète, rapide et précise sur des sujets d’importance publique (nourriture indispensable d’une société démocratique), et à manquer d’enthousiasme pour la prise de décisions en ces matières à partir d’une tournure d’esprit orientée vers le bien public (sang vivant d’une société démocratique), ces forces « ont entraîné une génération d’anglais et d’anglaises » à être dupes d’un politicien qui en a appelé avec succès à leurs « émotions» en jouant sur la « promesse de gain personnel » (le gain d’une sécurité individuelle contre les horreurs de la guerre), de telle sorte qu’ils l’ont autorisé à sacrifier les intérêts de ce pays, à envoyer valdinguer son prestige, et à noircir son nom à la face du monde, au point de lancer dans ses photos ce type de regard hypnotisant bien connu pour être celui d’un dictateur. Ce n’est pas la tâche de cette biographie de demander jusqu’à quel point le pays a été de fait trompé, et jusqu’à quand le niveau actuel de tromperie va durer. Je n’écris pas un compte rendu des événements politiques récents en Angleterre; je tente une description de la façon dont ces événements m’ont affecté et ont brisé ma posture de penseur professionnel indifférent. Je sais maintenant que les philosophes minutieux de ma jeunesse, avec leurs allures de scientifiques détachés des affaires pratiques, furent les propagandistes d’un fascisme à venir. Je sais que le fascisme signifie la fin d’une pensée claire et le triomphe de l’irrationalisme. Je sais que toute ma vie j’ai été pris à l’improviste dans la lutte politique, et que j’ai combattu ces choses-là dans le noir. Désormais, je me battrai au grand jour.]

    2. Je sais que toute ma vie j’ai été pris à l’improviste dans la lutte politique, et que j’ai combattu ces choses-là dans le noir. Désormais, je me battrai au grand jour.

      Il est mort 4 ans plus tard… Dépêchons nous, chacun, d’allumer la lumière.

      Texte magnifique. Et qui m’a fait penser que la mort de Claude Lefort au début de ce mois avait causé bien peu d’émoi et de commentaires. Son analyse de la démocratie , en miroir du totalitarisme sur lequel il a longuement travaillé aurait aurait pu trouver une place sur ce blog:
      « lieu vide » du pouvoir, « pouvoir de personne », inachèvement, indétermination, « puissance créative capable d’ébranler, voire d’abattre le Léviathan totalitaire.  »

      Quant à ses craintes sur la perte de substance de l’imagination démocratique et ses conséquences…

      Nous entreverrions la possibilité de situations dans lesquelles l’efficacité symbolique de la démocratie serait annulée … dans lesquelles la compétition politique s’avérerait impuissante à donner forme et sens à la division sociale, ou le conflit s’avérerait comme de fait dans toute l’étendue de leur société et où s’évanouirait la distinction du pouvoir comme un sens symbolique et comme un sens réel. La référence à un lieu vide céderait alors devant l’image insoutenable d’un vide effectif… Dans ces situations limites où l’autorité des hommes qui détiennent la décision politique ou cherchent à s’en emparer s’efface pour ne plus laisser voir que des individus ou des clans occupés à satisfaire leur appétit de puissance, dans ces situations limites s’effectue un investissement fantastique dans les représentations qui fournissent l’indice d’une identité et d’une unité sociales et s’annonce l’ouverture totalitaire.

      Une conférence du bonhomme en 2007 sur le site La vie des idées:

      http://www.laviedesidees.fr/Totalitarisme-et-democratie.html

    3. @Rosebud1871 : « Toute action était à la fois morale, politique et économique. » : ça devrait être évident, mais qui en manifeste le mieux l’évidence sinon ceux et celles de nos compatriotes qui épousent des immigrés « clandestins » ? Forcé ou non, le mariage a toujours été d’abord un acte économique, puis un acte politique dans la mesure où il est fondé par le pouvoir politique, et enfin un acte moral puisqu’il suppose le respect mutuel des contractants. S’agissant des « mariages mixtes », s’y ajoute une dimension fascinante : cet acte individuel microscopique est « branché en direct » sur l’échelle historique des migrations humaines. C’est un peu comme si l’on assistait de visu à la formation d’une molécule au sein d’une réaction chimique qui en met des milliards en jeu.

    4. R.G.C. (Robin George Collingwood) rédigé début 1939 :

      texte poignant : quelle honnêteté dans la démarche, et l’analyse …

      Merci : enfin, ces mots sont écrits …de l’impensable jusqu’à il y a peu de temps sur un blog …

    5. @ vigneron 23 octobre 2010 à 00:29
      Vu la vidéo et lu l’article de Caillé dans la revue du Mauss.
      J’ignorais Claude Lefort.
      À lire Caillé, il n’a pas cherché la massmédiatisation,
      Son style ne s’y prêtait pas puisque « Entre C. Lefort et son lecteur, c’est tout ou rien. », « l’absence de souci de transmettre un savoir calibré »
      Si CL dénonçait « la fiction d’un platonisme sans Platon, d’un cartésianisme sans Descartes, d’un marxisme sans Marx ou d’un freudisme sans Freud » j’entends bien mais je remarque que les spécialistes de ces auteurs ou d’autres, fabriquent des écoles où la disputatio est de règle quand il s’agit d’élaborer une consistance ramassée sur les points nodaux des œuvres. L’héritage mène systématiquement à des querelles d’évaluation ! Mais contrairement à ce qu’affirme Caillé, ça ne mène pas forcément à « commentaires indéfinis », puisque certains tombent, disparaissent, de nouveaux se forment, ça vit. C’est seulement quand un auteur n’a plus de lecteur depuis des lustres que survient un rat de bibliothèque pour lui donner une seconde vie, ce qui n’est pas offert à tous !
      Je n’ai pas saisi la conception lefortienne du politique dont Caillé relève la singularité.
      Comme chacun je marche avec quelques béquilles acquises et avec le temps ça m’offre quelques promenades en me dispensant du fauteuil roulant offert par plus avancé que moi.
      Au sujet de la phrase que vous citez et qui clôt l’article, elle est effectivement poignante, et je souscris à l’inquiétude des effets de la spécialisation et du cloisonnement des savoirs, de la division du travail intellectuel, mais si Freud puis Lacan ont donné quelques conseils de formation culturelle exigible d’un analyste, à cumuler toutes les branches de savoirs constitués qu’il y aurait à assimiler, on obtiendrait une espèce de savant moderne, à l’image de ce que Caillé rappelle pour les anciens. Or ce type de performance est impossible de nos jours à échelle humaine, trop c’est trop.
      Sur la vidéo, le parcours biographique a sa logique de départ, le passage par le trotskysme oblige presque au combat contre le totalitarisme. J’entendais un philosophe réputé dire récemment que si le « tout » n’est pas quelque chose de clair, alors « tous » nos raisonnements ne sont pas clairs. Ça m’a amusé, car c’était énoncé comme une remarque philosophique sérieuse, toujours les crétois…

    6. Crapaud Rouge 23 octobre 2010 à 13:01
      Au risque de vous contrarier, le seul respect qui vaut dans le mariage, c’est celui qui le fonde : le contrat. Il est sûr que quelques dispositions sont prises.
      Article 212
      Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance.
      Article 213
      Les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille. Ils pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir.
      Article 214
      Si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives.
      (Si l’un des époux ne remplit pas ses obligations, il peut y être contraint par l’autre dans les formes prévues au code de procédure civile.)
      Article 215
      Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie.

      J’ai croisé quelqu’un sur ce blog plein d’états d’âme sur la force qui supprime le choix. Au vu de la force de la loi, mieux vaut le choix du célibat.

  7.  »Chrisitian Noyer, gouverneur de la Banque de France, s’est voulu positif dans une interview accordée aux Echos : « La seule solution, c’est le dialogue : il faut rechercher ensemble les mesures concertées pour renouer avec une croissance mondiale plus équilibrée, en favorisant la demande interne de certains pays et en la freinant dans d’autres ». Nul doute que munis de ce précieux viatique les membres du G20 vont faire des étincelles une fois retournés chez eux ! »

    N’est-ce pas ce qu »‘il se passe déjà chez nous ? Ce n’est plus des étincelles mais bientôt le feu au pays si cela continue ainsi.

  8. Oui « la bonde » comme vous dites …. elle doit être « de compétition » à « géométrie variable » et faire l’objet d’un miracle de la multiplication….du genre qui bouche les passoires.

  9. Une autre : 4000 milliards par jour et une taxe tobin à 0.1 % font quand même 14 600 milliards sur 10 ans, soit un fond contracyclique déjà coquet.

  10. eh oui, la « théorie »!
    En fait, tous ces délires autour des « fonds propres » ne sont rien d’autre que de l’air chaud quand on a affaire à la crise systémique!
    Cela n’a aucun sens!
    En effet, un gros défaut de paiement (genre subprimes ou défaillance d’un état, actuellement très possible), je ne vois pas comment les « fonds propres », même à 8% ou davantage, éviteraient une crise systémique.
    Quand les débiteurs font défaut, ce sera le sauve-qu- peut du côté des déposants et autres prêteurs des banques.
    Et là, la réponse sera, une fois de plus, une monétisation massive de la part de toutes les banques centrales, pour des montants substantiellement plus élevés que fin 2008 et en 2009.
    Résultat: encore plus de sommes dormantes et utilisées pour des bulles spéculatives et le HFT par exemple.
    On ne voit absolument pas comment toutes les déclarations « rassurantes » autres pourraient être autre chose que du blabla.
    Le système s’effondrera-t-il?
    Nous sommes dans une dimension inconnue, car il s’agit d’une généralisation mondiale de la « maladie japonaise » depuis 1991.
    Ce qui est, par contre, inéluctable, c’est l’aggravation des écarts de richesse entre créanciers et débiteurs, moyennant quoi, les faillites vont plutôt croissant et exclure toujours davantage de personnes de l’économie monétaire.
    Ainsi, nous apprenons que 100 millions d’américains reçoivent déjà des bons alimentaires, soit un tiers de la population du pays soi-disant le plus riche du monde!
    Jusqu’à quand sera supporté ce nouveau régime véritablement néoféodal?
    Il me semble que l’enjeu politique est là!

    1. Mijn geachte heer J. Finck, mes félicitations, vous avez réussi à ne pas placer votre cher Signe Monétaire Temporaire dans votre post! 😀

      Cela dit, je partage votre opinion sur le bien-fondé d’une monnaie empêchant par sa nature même la thésaurisation, mais les temps ne sont pas mûrs. Le système a amplement montré qu’il est irréformable, parce que sourd et aveugle. Le bubon pour éclater, doit hélas encore grossir.

    2. @Amsterdamois : je pense que M. Johannes finckh ne prendra pas mal votre petite ironie, que je reprends volontiers à mon compte. N’empêche, il a raison sur le fond, car l’argent doit circuler, l’argent est fait pour circuler. Mais le mode actuel de diffusion de l’argent est selon moi comparable à celui d’un gaz dans un corps poreux : il circule un peu, mais très mal. Et ce que propose Johannes, c’est de le faire s’évaporer : ainsi le « corps poreux » se vide partiellement, et de « l’espace libre » apparaît qui facilite la diffusion. Mais cela ne suffira jamais à établir une véritable circulation monétaire, et cette solution ne répond pas à tous les problèmes que pose l’usage de l’argent. Elle empêche les individus de thésauriser sans expliquer comment ils vivraient sans pouvoir le faire. Pour le commun des mortels, l’argent est le fruit du travail : accepteriez-vous que le fruit de votre travail s’évapore tout seul à cause du SMT ?

    3. @Johannes finckh

      Bon puisque pour une fois vous n’évoquez pas directement votre SMT, votre monnaie fondante, votre monnaie franche à la Gesell, j’en profite pour l’aborder directement en vous susurrant, gentiment, qu’à moins d’instaurer également le sol franc, franchement, ça n’a aucun sens. Mais j’admire néanmoins votre constance.
      Voyez ci-après qu’il y en eut des plus radicaux que vous, qui surent mettre beaucoup de mouchoirs sur leurs « rêves geselliens » au fond de leur poches profondes…

      La conclusion d’un texte de Charles Rist (1874-1955), à l’époque physiocrate (ami de Charles Gide, précurseur de l’économie sociale et oncle d’André), d’inspiration Saint-Simonienne, et partisan de Gesell – économiste et expert de la monnaie, partisan ensuite (avec Rueff) du métallisme contre les nominalistes anglo-saxons… Texte consultable là, sur le site de l’encyclopédie anarchiste !.
      A priori, cela daterait du milieu des années vingt, avant son engagement avec le cartel de la gauche, puis son entrée à la Banque de France et une carrière d’expert monétaire et financier international… J’sais pas pourquoi, mais j’ai comme l’impression que l’adversaire non déclaré de ce genre de texte, c’était p’têt bien ce bon vieux Karl machin bidule… 😉
      Souvent économiste varie, bien sûr, bien sûr…

      TERRE FRANCHE (sol et sous-sol avec richesses naturelles).

      L’introduction de la monnaie franche ne sera qu’une œuvre imparfaite sans « terre franche ». Le sol et sous-sol avec ses richesses naturelles est directement la seule possibilité à l’existence humaine et de ce fait nous avons comme « terriens » un droit absolu à la « terre ». Cependant le droit romain met notre existence entre les mains des propriétaires privés. Les bienfaits par la monnaie franche seront accaparés en grande partie par le rentiérisme si nous ne faisons pas table rase de ce côté-ci. La terre (à entendre tout ce qui n’est pas créé par l’homme) doit être reconnue propriété collective, avec droit absolu pour chaque humain d’en profiter. La rente foncière ne pouvant disparaître entièrement, elle sera socialisée ou collectivisée et l’exploitation du sol et sous-sol passera aux mains privées par voie d’enchère publique. La rente foncière ne peut être abolie parce que la terre est restreinte, c’est-à-dire nous ne pouvons augmenter la quantité de sol disponible. Celle-ci est régie par l’offre et la demande. La demande va naturellement en s’accentuant avec la population croissante et la rente en sera plus forte. Pour anéantir la rente foncière, il faudrait anéantir les avantages naturels des différents terrains, enfin toute culture et civilisation – c’est absurde! Si l’on ne peut détruire la rente foncière, on peut du moins lui enlever le pouvoir de rendre les hommes esclaves, justement par l’abolition de la propriété privée, en la transformant en « rente de mères ».

      Les mères du pays la recevront proportionnellement au nombre d’enfants qu’elles auront à élever. Ce droit de rente pour un enfant pourra aller jusqu’à l’âge de 16 ans de celui-ci. Les mères ont un droit naturel sur cette recette, vu que la naissance des enfants est le facteur qui garantit et augmente aussi la rente foncière.

      Les propriétaires fonciers actuels ne peuvent être punis pour leur position, car ce n’est pas eux qui ont créé cet état de chose, ils en profitent seulement. Les déshérités ne valent en rien mieux qu’eux – que feraient-ils à leur place? Il ne s’agit donc pas ici d’un vol aux propriétaires actuels au profit des autres citoyens ; ce serait changer le titre de propriété privée quant au nom du possesseur ; non, le sol franc sera constitué par voie de simple expropriation. Des obligations à valeur nominale (voir plus haut sous monnaie franche) formeront le rachat pour autant de ce que la liquidation des dettes publiques aura pu laisser…
      La réalisation du revenu intégral par le travail, c’est la solution de la question sociale, il n’y en a pas d’autre.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Rist

      Sur l’opposition en France dans les années 30 essentiellement entre métallistes et nominalistes, un texte sur les thèses respectives de Rist et Nogaro :

      http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/12/25/71/PDF/BlancRistNogaroHAL.pdf

      Et vous serez heureux d’apprendre, j’en suis sûr, si vous ne le saviez déjà, que l’œuvre de Gesell avait été présélectionnée avec 150 autres dansun »projet de bibliographie de base de la science économique » de l’UNESCO en 1954 !
      Certes en y adjoignant la précision : « L’intérêt de cet ouvrage, où est exposée la théorie de la monnaie fondante, réside surtout dans les discussions que cette théorie a provoquée. »

  11. C’est vraiment incompréhensible, tous ces braves gens du FMI, OMC, UE, USA, GB qui nous expliquent qu’il faudrait de la régulation et de la négociation… alors qu’ils sont tous pour la concurrence libre et non faussée !

    Un G20 qui tente de fausser la concurrence qui n’est plus libre depuis longtemps ! What a pity !

    Heureusement que le traité de Lisbonne va bloquer toutes ces tentatives régulo-négociatrices, dès que MM. Barroso et Trichet vont s’en apercevoir.

  12. Cher François, je l’étonne que vous n’ayez pas retenu ce commentaire lapidaire de Tim Geithner sur le dollar : il ne croit pas que le billet vert perde un jour son rôle de monnaie de réserve du monde !

    Le G-20 – ou ce qu’il en restera – ne peut rien envisager d’autre qu’une poursuite du système actuel. Les Américains restent hostiles à toute usurpation de leur hégémonie en matière monétaire.

    La guerre des devises n’en sera que plus vive. Je ne serais pas étonné qu’après ce G-20 les choses changent radicalement et que l’Occident se retrouvera seul et isolé. La Chine prépare déjà le terrain : elle vient d’annuler la dette que 32 pays africains avaient vis-à-vis d’elle.

    1. « il ne VEUT PAS QUE L’ON croit que le billet vert perde un jour son rôle de monnaie de réserve du monde ! »
      Hors, dans les échanges internationaux, le dollar est passé de plus de 50 % à moins de 50% sur la période 2000-2007.
      Et, depuis Lehman, le retrait a dû être encore plus important avec le BRIC, le SUCRE, l’ESEAN,…
      Mais là, ça m’étonnerait qu’on ait droit à des chiffres de la situation actuelle.
      Bien trop dangereux.

    2. Je l’ai entendu dire dans une interview à CBS « not in our life time » (pas de notre vivant), ce qui peut s’interpréter de bien des manières ! Par exemple, « après moi le déluge ! »

    3. Les Américains restent hostiles à toute usurpation de leur hégémonie en matière monétaire.

      Hostiles à toute usurpation de leur hégémonie tout court serait plus juste. Et au prochain coup de canon (réel ou financier), vous verrez les petits serfs se masser autour du château du Seigneur et se bousculer pour payer leur dîme.
      Le dollar est toujours la monnaie de l’Empire et restera monnaie de réserve quasi-monopolistique (les deux tiers des 8500 mrds de réserves monétaires mondiales contre le quart pour l’euro…) tant que les US seront la puissance écrasante qu’ils sont toujours et qu’ils seront encore longtemps, quoiqu’il arrive.
      Je prétends que la part d’une monnaie nationale dans des réserves monétaires mondiales reflète fidèlement la puissance réelle de sa Nation émettrice, bien plus que sa valeur de change ou sa proportion dans les échanges commerciaux. Puissance qui ne se limite pas à sa part de PIB mondial ou de la richesse mondiale mais qui englobe toutes ses puissances, toutes ses présences, toutes ses empreintes symboliques ou réelles. Et là, entre étalage de hard-powers et diffusion de soft-powers, l’écart avec le « reste » du monde est vertigineux.

      L’État fédéral américain et ses soutiens plus ou moins reconnus (Chamber of Commerce, FED, Big Banks, FMI etc) régulent de fait le capitalisme mondial. Et si, comme je le crois, tout système économique capitaliste doit être rattaché à un État qui le promeut et le protège (par régulation et/ou coercition-dissuasion), alors on peut dire que l’État des USA est bel et bien le pouvoir étatique lié à ce capitalisme mondial. Qu’on le veuille ou non.
      C’est que l’on peut tout permettre et tout interdire. C’est qu’est le pouvoir. C’est que les pressions internes du système, comme ses informations (nous sommes obligésd’espérer par exemple qu’ils lisent Blog Jorion… 🙂 ), sont concentrées. Sauf que l’effet feedback du sous-système central étatique de régulation semble sacrément grippé. Z’ont dû oublier une sonde ou y’a du sabotage. Ou bien non. Et alors là c’est qu’ils en savent plus que nous. Mais bon, là c’est une autre histoire et que ça ne nous empêche pas de babiller ! On nous écoute peut-être… 🙂

    4. Excellente sortie, vigneron ! Je note en particulier : « Puissance qui ne se limite pas à sa part de PIB mondial ou de la richesse mondiale mais qui englobe toutes ses puissances, toutes ses présences, toutes ses empreintes symboliques ou réelles. » Mais il y a une faille dans votre raisonnement, c’est qu’il ne faut jamais dire jamais. La puissance US finira par s’effondrer, comme toutes les autres avant elle.

    5. @Crapaud

      Coquin… J’ai jamais dit jamais dans ce post.
      Et plus généralement, vigneron ne dit jamais jamais. 🙂
      Glups… enfin… on sait jamais quoi…

  13. Pour la Chine, il peut peut-être y avoir un accord passé avec les US pour qu’ils achètent une partie du monde avec l’accord du grand frère.
    La vérification se fera en regardant comment les US font encore tourner la planche.

    Le gâteau le plus intéressant étant la première zone économique mondiale. Nous.

    1. Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?
      Qu’est-ce qu’on y voit ?
      Quand elle est ouverte

      Charles Trenet

    1. … »et assez pensé, assez lu ! au travail!… »
      … »et que vont-ils faire les français avec leurs petits bras musclés ! » …
      (discours, déjà fort ancien, de la marquise à l’assemblée …et en aparté ….)
      Moralité :
      les petits français musclent leurs cuissots et leurs cordes vocales dans les manif°….
      Lisent beaucoup …réfléchissent beaucoup ( selon leur possibilité : je parle pour moi : pas » moi », moi !) …

      Mais qu’est-ce qu’ils font ? ils font ren ! ils existent pas …d’après les sondages « opinion- .. »,ô pardon ! d’après le gouvernement.

    1. Bof !
      L’avez-vous vue dans les manifestations à coté des salariés ?
      Moi pas.
      Et pourtant je l’avais conviée à venir nous rejoindre en réponse à certains de ses billets.
      Sans succès pour les manifestations précédentes. Il lui est encore possible de venir le 28 Octobre et le 6 Novembre.
      L’opposition ne peut être de façade tant l’heure est grave.
      Un peu de réel courage politique.
      Nous comptons sur elle …

  14. Timothy Geithner a un don pour les lettres qui fâchent ( à Lagarde, à Bernie, à Mme Merkel )
    mais celle-cci prendra place dans les annales

    Geithner calls for cap on trade surpluses ( FT )

    Washington a pris un nouvel angle d’attaque dans sa tentative d’obtenir de Pekin l’appreciation
    du yuan-renmimbi, appelant le groupe du G20 à se mettre d’accord sur un seuil pour les
    surplus commerciaux actuels
    Les E-U cherchent depuis longtemps une appréciation plus rapide et plus conséquente du renminbi mais Pekin a résisté de façon consistante à l’établissement d’objetifs précis

    Afin de ‘résoudre’l’impasse, T. Geithner, a dit aux ministres des finances du G20, qui se recontrent cette semaine, qu’ils devraient s’engager à limiter les déficits commerciaux et les
    excédents qui créent des déséquilibres pour l’economie mondiale

    Les pays du G20 avec des excédents commerciaux persistants devraient entrependre des
    politiques structurelles, fiscales et de taux de change afin de ‘booster’ les sources de croissance et soutenir la demande internationale. LOL !

    Le texte complet Dear G-20 colleagues

    t

    1. Correction: en lieu de Bernier, Michel Barnier et sa lettre détonante sur l’ équité de traitement pour
      les hedge-funds américainsns, qui doivent payer autant d’impôts américains que Googol…

  15. Dites-moi, monsieur Leclerc : ne pourriez-vous pas remplacer dans votre texte le terme ‘investisseurs’ par celui de ‘spéculateurs’? Il n’est en effet ici nulle part question d’investissements dans l’appareil productif, mais de mouvements de capitaux visant à faire de l’argent avec de l’argent, indépendamment de toute activité économique.

    1. Comprenez-moi bien, il s’agit d’offrir un peu de résistance à cette novlangue néolibérale qui consiste à détourner les mots de leur sens afin de restreindre l’horizon des possibles, tout comme le faisaient jadis les régimes communistes [‘démocraties populaires’ etc]. Ainsi la destruction des systèmes sociaux en Occident est-elle affublée du terme connoté positivement de ‘réforme’, afin d’occuper par avance le terrain conceptuel. Nous sommes en guerre, et il s’agit de ne pas laisser l’ennemi occuper les positions stratégiques.

  16. Je multiplie déjà les italiques pour prendre mes distances avec des appellations porteuses de confusion et vous voulez que j’en rajoute d’autres…

    1. En l’occurrence, je propose non d’utiliser des italiques ou des guillemets, mais d’appeler simplement un chat un chat… 🙂

    2. @ Amsterdamois,

      Sacré problème que vous soulevez…
      Nous sommes d’accord que le novlangage est un coucou. Il s’impose en s’installant dans le nid des mots que nous avions l’habitude d’utiliser, en prenant soin de les vider ensuite de leurs sens originels.
      Etre qualifiés de spéculateurs commençait à gêner les spéculateurs (Jorion et Leclerc n’hésitent jamais à les qualifier de parasites, ces spéculateurs, croyez-le bien, Amsterdamois). Le sens de spéculateur était trop clair, on voyait la carambouille (*) au travers. Le mot spéculateur s’est alors glissé dans le nid du mot investisseur. L’ancien investisseur, qui dotait quelque chose avec son argent (du latin investio, v. tr., revêtir, garnir) n’existe plus. Nous ne sommes bien sûr pas dupes de la manoeuvre accomplie ; il s’agissait de conférer au spéculateur une nouvelle virginité, en le présentant comme un mécène. Pour reprendre les mots de François Leclerc aujourd’hui, là aussi il fallait « sauver au moins les apparences ».

      Le problème est que, tout en devant résister à cette novlangue, nous sommes contraints parfois de l’utiliser pour espérer être compris de ceux qui ne pratiquent plus que ce langage, pour qui un chat ne s’appelle plus un chat.
      Leclerc et Jorion ne cherchent pas à prêcher des convaincus, mais à être compris des novlangophones. Funambulisme hélas nécessaire.

      —————

      (*)
      @ François Leclerc,

      Carambouille n.f. (esp. carambola, tromperie) : escroquerie qui consiste à revendre une marchandise qui n’a pas encore été payée. (Petit Larousse)

      Le système dans lequel nous sommes a institutionnalisé l’escroquerie, n’est-ce pas ?

    3. Les mots ont un sens et sont souvent pervertis par des stratégies de communication tenant lieu de politique. C’est juste et trivial de le remarquer, mais il faut aussi en tenir compte.

      Se mettre dans le moule, avec les distances requises, c’est effectivement tenter de mieux se faire comprendre. Les attitudes proclamatoires ne sont pas nécessairement les plus convaincantes…

      Enfin, les mots n’ont jamais remplacé une analyse, surtout dans une situation aussi innovante que la présente !

    4. @Amsterdamois : très sensible à tout ce qui touche le langage, j’approuve votre commentaire. La novlangue est une plaie dont les développements sont assez récents. Sur Wikipedia, l’on découvre par exemple que ce n’est que dans les années 80 que « SDF » a remplacé « vagabond », faisant aussi oublier « clochard » qui disait très bien ce qu’il disait. SDF vient de la police, comme PACS provient d’une quelconque administration française, à l’instar de tant d’autres. Avec « investisseur », c’est plus vicieux, parce qu’il y a encore de vrais investisseurs, des fonds de pension ou autres qui achètent des « actifs » bien réels, mêlés à des « faux » qui ne font effectivement que spéculer. Honnêtement, il me semble difficile de ranger le mot dans la catégorie novlangue.

    5. Carrefour et autres grandes surfaces et co …. sont les pros de la carambouille
      (donc elle doit pouvoir parfois, -pour certains acteurs et sous certaines conditions- être parfaitement légale, même si pas pour nous …)

    6. @ Crapaud Rouge, François Leclerc et Cécile,

      Oui, je crois que je suis allé un peu vite en besogne en affirmant franco que l’investisseur avait disparu au profit du seul spéculateur. Peut-être que le spéculateur tente simplement de faire oublier la part de risque qui reste attaché au mot investisseur, et surtout de faire oublier que l’investissement est une opération qui doit accompagner l’ensemble du processus économique jusqu’à son terme (le spéculateur n’est-il pas quelqu’un qui ne met aucun état d’âme à réaliser ses avoirs dès que son intérêt immédiat lui le commande ?)

      Quoi que nous puissions dire des mots et de leurs transformations (c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup aussi), la réflexion de François Leclerc doit toujours demeurer à l’esprit :
      « Enfin, les mots n’ont jamais remplacé une analyse. »
      Donc, tant qu’il nous restera quelques mots pour cette analyse, il nous restera les moyens pour aller « sauver » le sens que certains mots nouveaux tentent de faire disparaître.

      A propos de l’enseigne Carrefour, que vous citez, Cécile, et des mots nouveaux :
      C’est en 1988 qu’une campagne de publicité des magasins Carrefour à lancé ce slogan : « Avec Carrefour, je positive ! »
      Je me souviens très bien du jour de 1988 où, sortant de chez moi, j’ai vu la première affiche portant cette signature. J’étais publicitaire, et la chose m’a surpris. Bien piètre publicitaire que j’étais ! car j’ai pensé immédiatement que le distributeur venait de faire un faux pas. D’accord, en 1988, le PIB français venait de connaître son plus fort taux de croissance en volume depuis dix ans, à 4% – de bonne raisons d’être optimiste- , mais il me semblait que ce nouveau mot « positiver » ne serait jamais compris des clients de l’enseigne, traditionnellement attachés à la valeur des choses comme à la valeur usuelle des mots.
      Peut-être que j’aurais dû faire tout de suite le lien avec la campagne précédente, qui venait de « travailler » les esprits pendant quelques années : « Les produits libres. Sans nom. Aussi bons. Moins chers. » (carrefour faisait fabriquer, et distribuait, des produits sans marques – sur l’étiquette blanche des produits était seulement écrit « Café moulu », « Huile d’arachide », « Papier toilette », etc.) … »Sans nom. Aussi bons. Moins chers. » … »SANS NOM », voilà sûrement où était la clé que je n’avais pas vu de l’installation de ce nouveau verbe « positiver ». Ce mot est arrivé dans nos esprits « lavés », « vidés » des marques, dans nos esprits connectés DIRECTEMENT à Carrefour.
      Il s’est passé avec ce slogan la même chose qu’avec certaines chanson de variété mal fagotées que j’entends pour la première fois ; je ne donnais pas deux mois pour que cette phrase de signature disparaisse de la communication de Carrefour. Je me suis trompé très souvent en matière de chanson de variété, et plus de vingt ans après, le verbe positiver est un des plus utilisés quotidiennement, et pas seulement en psycho-psycho de bazar.

      Dans mon Petit Larousse, je lis que « le système philosophique positiviste (Auguste Comte) considère que l’humanité passe par trois étapes : théologique, métaphysique et positive. Dans « l’état positif », l’esprit humain trouve l’explication ultime des phénomènes en élaborant les lois de leur enchaînement. »
      Les tenants de la fin de l’Histoire et tous nos maîtres penseurs actuels, convaincus de « l’explication ultime », devraient penser un de ces jours à rendre les honneurs qu’il mérite au « publicitaire inconnu » qui a, un jour de 1988, inventé ce mot nouveau, positiver.

    7. @Jean-Luc : merci infiniment pour vos brillantes explications. Puis-je faire un pas de plus ? De l’occultation des marques au verbe « positiver », il y a l’incitation à combler soi-même, par l’imagination, une lacune créée délibérément, et une lacune qui déborde largement les noms. Elle touche le défaut de sens de la consommation, le défaut de qualité des produits, le défaut de convivialité de ces magasins géants, le défaut d’honnêteté sur les prix, (les fournisseurs se font massacrer), le défaut d’humanisme dans la gestion du personnel,… Je soupçonne le « publicitaire inconnu » à l’origine du verbe d’être sans illusion sur ce que vendait Carrefour. Faut être dans la m… pour éprouver le besoin ou le plaisir de « positiver » ! Du reste, quand cette pub est sortie, c’est peut-être ce que tout le monde a pressenti sans pouvoir le saisir clairement, ça expliquerait le succès du néologisme.

    8. @ Crapaud Rouge,

      Je mets mon pas dans votre pas de plus. Finalement, à force d’ôter toutes ces choses – sens de l’achat, qualité des produits, hospitalité des lieux de vente, honnêteté des prix, humanisme dans la gestion du personnel -, à force de faire grossir ce négatif, il fallait, comme toujours, que le positif fasse retour d’une manière ou d’une autre. Le risque pour les enseignes de distribution était que ce retour se fasse contre ces lieux de négation que sont les supermarchés (en effet quelle meilleure façon de voir à nouveau les choses de façon positive que de ne plus aller chez Carrefour ?). Le risque était que les consommateurs fuient, par recherche de choses positives ailleurs. Bonne explication que la vôtre, et je fais un pas de plus : Carrefour à su devancer notre dépression de consommateur, en murmurant à nos âmes meurtries : Si vous partez vous serez en manque ; nous sommes le poison, mais nous sommes aussi l’unique antidote à ce manque ! Mise en route d’un phénomène d’assuétude (tiens, je me rallume un clope en écrivant ça …poison et unique antidote à l’absence de poison !). Comme vous le dites : « combler soi-même cette lacune » … »JE positive ».
      Sûr, le publicitaire était sans illusion, et il a fait ce jour là du très très bon travail.
      Et comme notre société de consommation est d’abord une société de consolation, le verbe « positiver » pouvait commencer sa carrière…

    9. Et puis, c’était, peut-être inconsciemment à l’époque de la part du publicitaire, une « arme » contre ceux qui, un jour, se rendraient compte de la magistrale arnaque – ça a pris du temps – en effet, s’ils ne positivent pas, c’est qu’ils sont négatifs, pas fun, pas modernes, archaiques …donc à fuir comme la peste …à montrer du doigt …à discriminer face à ceux qui « positivent » …à exclure …leur dénier donc toute possibilité d’argumenter …ne plus les écouter, ne plus les entendre …
      nous y sommes toujours …je parle de l’oligarchie.

  17. Même scruté à la loupe, le communiqué final du G20 ne pourra que confirmer ce qui était prévisible. En dépit de la tentative américaine de donner un peu de souplesse aux moyens qui permettraient d’y parvenir, leur volonté d’obtenir une rapide réévaluation du yuan chinois est illusoire. Certes, elle admet du bout des lèvres que les Etats-Unis doivent aussi oeuvrer au bien commun supposé, mais elle élude l’essentiel.

    L’idée générale défendue par Tim Geithner est donner une limite supérieure aux déséquilibres de la balance des comptes courants (ou balance commerciale), afin de ne pas s’en tenir aux seuls surplus commerciaux. Afin que, dans une deuxième étape, les taux de change reflètent les « fondamentaux de l’économie ».

    C’est beaucoup d’acrobaties pour pas grand chose. Car ce mécanisme fait totalement l’impasse sur ce qui suscite une levée de boucliers parmi les pays émergents : le flux des capitaux spéculatifs qui les envahissent et déséquilibrent leurs économies. Comment dissocier la résorption des déséquilibres monétaires sans s’appuyer sur la reconfiguration du système monétaire lui-même  ?

    Une autre objection au plan américain provient naturellement des autres principales puissances exportatrices que la Chine, l’Allemagne et le Japon. Le seul élément crédible du dispositif est donc la diminution du déficit commercial américain, résultant de la diminution structurelle prévisible de la demande intérieure.

    La plus importante mesure qui a déjà été annoncée n’est pas non plus la remodélation du conseil d’administration du FMI, à propos de laquelle une formule faisant de la place aux pays émergents a finalement été trouvée. Sans passer sous les fourches caudines américaines qui voulaient le lier à un accord de réévaluation du yuan.

    L’essentiel a été le doublement des quote-parts des pays membres du FMI – leurs cotisations en quelque sorte – doublant les ressources de celui-ci.

  18. Monsieur François Leclerc

    Dans le domaine de l’optimisme, il y a des sites (blogs) qui font presque mieux que vous, j’en identifie au moins un (disons plutôt que je n’en ressort qu’un – ce n’est pas véritablemnt un concurrent de l’excellent blog où vous « sévissez « ):

    On y parle de la fin du virtualisme, du technologisme, de l’américanisme (de l’américan dream), de la crise eschatologique, de l’épuisement des psychologies, de la dynamique de l’effondement etc, etc …

    Vous connaissez certainement ce site. j’y ai vu notamment un article : « Le deuxième âge du virtualisme ». Qu’en pensez vous ?

    1. Je ne marche pas ! La thèse défendue par dedefensa.org est qu’il n’y a pas d’alternative au monde « virtuel » qui est sensé avoir pris le dessus, mais que ce n’est pas grave, car il va s’effondrer.

      Le rôle que joue la communication dans l’exercice du pouvoir politique n’est plus à démontrer, mais le « virtualisme » théorisé par ce blog est une construction qui a de vilains défauts…

    2. @François : pour une fois, je ne suis pas trop d’accord. Le concept de « virtualisme » me semble tout à fait pertinent. En tout cas, je me suis laissé convaincre à force de lire des articles expliquant le fonctionnement du Pentagone, ses budgets faramineux, sa bureaucratie kafkaïenne, (l’adjectif s’applique à merveille), ses conflits d’intérêt, etc., le tout sans égard aucun pour les objectifs et résultats effectifs. A la limite, le pétrole lui-même apparaît comme un prétexte quand on étudie finement le rapport entre les fins, (la sécurité des approvisionnements), et les moyens. dedefensa exagère-t-il quand il présente le complexe militaro-industriel comme autonome par rapport à toute autre réalité que celle de ses intérêts, c’est-à-dire n’étant même pas au service de la puissance étasunienne ?

    3. Je ne suis pas un lecteur régulier de ce blog.

      Si vous voulez dire qu’une institution comme le Pentagone, pour reprendre votre exemple, a sa logique propre et ses intérêts à défendre, c’est indéniable. Mais cela va-t-il jusqu’à considérer qu’elle puisse avoir imprimé sa marque déterminante dans par exemple la décision d’intervenir en Irak par deux fois ? Cela renvoie à la structure du pouvoir aux Etats-Unis, qui ne me semble pas se résumer à l’existence du complexe militaro-industriel.

      On sait que ce même Pentagone surestimait volontairement la puissance et le danger militaire soviétique, afin de justifier ses propres crédits. La guerre froide est-elle pour autant sa création ?

      Cette vision de l’histoire me semble beaucoup trop manichéenne.

  19. J’ai malgré tout le « sentiment » que ni le gouvernement américain ni la Fed ne maîtrisent grand’chose de la suite. Pas plus que d’autres acteurs dans ce drame.
    Les USA sont confrontés à une crise surtout sociale où une part importante du pays, en raison de l’absence d’amortisseurs sociaux comparables aux nôtres, est en train de sombrer dans une très grande misère.
    Il me semble que la Fed et le gouvernement agiront donc surtout dans un sens où il faut à tout prix éviter la déflation. Par tous les moyens et aussi longtemps que cette menace subsiste. Vivant de leur réputation et de celle de leur monnaie, les USA inonderont donc, au rythme qui leur semble adéquat à leur besoin d’évitement de déflation, le monde avec des dollars neufs sans véritable limite. Ils ne tiendront pratiquement aucun compte du reste du monde, selon la loi que vous m’aviez rappelée: « notre monnaie, votre problème… »
    Et tant que le reste du monde accepte les dollars en acceptant de les accumuler, ce petit jeu pourrait continuer et neutraliserait en bonne partie les efforts américains.
    Une lente érosion du dollar, lente au regard de l’hyperinflation d’émission, est sans doute engagée, même si elle nous paraît « rapide ».
    Les détenteurs de dollars extérieurs aux USA, et aussi sans doute certains américains aisés, n’ont probablement pas envie ni intérêt à lâcher les montagnes de dollars détenus, car cela déclencherait une hyperinflation en dollars, moyennant quoi, les détenteurs seraient très largement ruinés, car ils ne pourraient pas acheter grand’chose avec de tels dollars.
    Evidemment, les surplus servent surtout à former des bulles spéculatives dans les pays émergents et même le tiers monde (achat de terres agricoles par les chinois en Afrique), et le tout est éminemment fragile, car on ne voit absolument pas avec quoi les USA deviendraient capables de réduire leurs déficits colossaux dans la mesure où le reste du monde ne produit que davantage en ne laissant aux USA guère le répit de faire repartir une industrie susceptible de satisfaire leurs besoins intérieurs, voire redevant excédentair à l’exportation.
    Les choses pourraient cependant se corser si une panique se déclenche, par exemple à l’occasion d’une très prochaine crise systémique aigue américaine, quand un autre montage de crédits pourris s’effondrera.
    L’instabilité me semble assez énorme.
    Si, dans le passé, le dollar pouvait passer plus plus stable que d’autres monnaie du tiers monde, cela est peut-être de moins en moins vrai.
    Il n’empêche que cette « mauvaise » monnaie qu’est devenu le dollar pourrait néanmoins révéler des vertus circulantes du fait de sa « mauvaiseté » même!
    Ne serait-il pas tentant pour de plus en plus d’acteurs dans le monde d’utiliser ce dollar directement comme monnaie, car il vaut sans mieux le dépenser, car il se déprécie plus vite que bien d’autres monnaies nationales?
    Moyennant quoi, le dollar resterait encore quelque temps la monnaie mondiale, même si les raisons de ce statut auraient évolué: ce n’est plus la « valeur refuge », mais plutôt une sorte de « monnaie fondante » mondiale…
    Je dirais alors à la Fed: « encore un effort, imprimez sur vos dollars une date limite désormais, et la crise serait résolue! »

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