Archives par mot-clé : Yanis Varoufakis

UNE BRÈCHE EST POSSIBLE, par François Leclerc

Billet invité.

Le dos au mur, à force de détermination, le gouvernement grec est en passe d’ouvrir une brèche qui reste à concrétiser.

Depuis l’échec de la dernière réunion de l’Eurogroupe, des discussions présentées comme « techniques » ont préparé la prochaine rencontre de lundi. Avec les représentants des créanciers de la Grèce – l’appellation Troïka est abandonnée – priorité a été accordée à l’analyse des mesures que le gouvernement grec pourrait prendre dans les six mois à venir, s’il n’était plus exigé qu’il sollicite une extension du plan de sauvetage qui se termine. L’exercice a consisté à associer des mesures prévues dans le programme gouvernemental grec à d’autres précédemment imposées afin de conclure ce plan de sauvetage, de chiffrer l’ensemble et de lui faire correspondre un excédent budgétaire primaire réaliste.

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LES GRECS VONT-ILS ÉCHAPPER À LEUR TRAGIQUE DESTIN ? par François Leclerc

Billet invité.

Il n’est pas attendu de la réunion de l’Eurogroupe d’aujourd’hui qu’elle clarifie cette interrogation, celle toute proche et de la dernière chance du 16 février y pourvoira. Comme Pierre Moscovici a cru devoir hier le préciser, « le scénario n’est pas une sortie de la Grèce de l’euro », mais celle-ci n’a jamais été aussi proche sans qu’il ne contribue à l’éloigner. Accusant Wolfgang Schäuble d’exiger « des choses irrationnelles », Alexis Tsipras a déclaré devant le Parlement : « Schaüble peut nous le demander de n’importe quelle façon, nous ne demanderons pas d’extension du plan d’aide ! ». Ce dernier avait d’Istamboul fait valoir que « nous ne négocions pas de nouveau programme. Nous avons déjà un programme », faisant référence à celui de la Troïka que Pierre Moscovici n’a pas hésité à qualifier comme étant « notre ancre, notre boussole, notre référence », avant d’argumenter en jouant sur un registre douteux : « le gouvernement grec doit être conscient qu’il y a aussi des électeurs en Allemagne, en Italie, en France, en Finlande, en Slovénie ».

Certains font mine de croire qu’un accord est encore possible une fois assis autour d’une table et abandonné toute « rhétorique », mais n’est-ce pas faire peu de cas de l’intransigeance de Wolfgang Schäuble qui n’envisage pas de quitter son terrain de prédilection ? Celui-ci balaye d’un revers de main toute politique alternative à la sienne, voulant faire plier les Grecs pour étouffer dans l’œuf une remise en cause commençant à faire école, et ceux qui le laissent faire en portent conjointement la responsabilité. Le sommet des chefs d’État et de gouvernement de demain permettra à cet égard de le confirmer, dans un contexte où la guerre en Ukraine éclipsera la crise grecque.

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Le Monde / L’Écho, La leçon américaine de Yanis Varoufakis, mardi 10 février 2015

La leçon américaine de Yanis Varoufakis. Ma chronique mensuelle pour Le Monde paraît désormais simultanément dans le quotidien belge L’Écho.

Le parti Syriza qui a accédé au pouvoir en Grèce à la faveur des élections législatives du 25 janvier fait apparaître, par contraste avec des partis plus anciens rodés par la discipline de parti, une mosaïque de personnalités parfois hautes en couleur. Tel est le cas de l’économiste Yanis Varoufakis, le nouveau ministre grec des Finances.

Parlant de lui-même, Keynes observait autrefois que « les citoyens ordinaires ne sont pas soumis à la même obligation que nos ministres, de devoir sacrifier la véracité au bien public ». Or, blogueur impénitent, M. Varoufakis se dit déterminé à continuer de communiquer de cette manière, quoique conscient que le style de ce médium n’est pas celui que l’on attend d’un ministre. M. Varoufakis, jusqu’ici convaincant dans l’identification de son engagement à la cause du bien public, n’entend pas sacrifier la véracité pour autant.

C’est à juste titre que l’on suppose que, auteur de livres savants sur la théorie mathématique des jeux, le ministre des Finances grec n’ignore pas dans la pratique ce qu’il maîtrise sur le plan théorique ; il faudrait de même prendre au sérieux le message de son ouvrage Le Minotaure planétaire, originellement publié en 2011 et paru en traduction française en décembre 2014 aux Editions du Cercle, avec l’ajout à cette occasion d’un nouveau chapitre 9.

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ILS S’Y SONT MIS À TOUS POUR CLAQUER LA PORTE, MAIS LA PARTIE N’EST PAS FINIE ! par François Leclerc

Billet invité

Une mesure « légitime », c’est ainsi que Matteo Renzi et François Hollande ont sans l’ombre d’une hésitation approuvé le coup de semonce de la BCE laissant aux banques grecques comme seule source de financement les aides de liquidités d’urgence (ELA). Et c’est cette annonce qui a sonné la fin de l’espoir de voir adopter le plan du gouvernement grec. On apprenait peu après que la BCE avait décidé d’augmenter le plafond de l’ELA, désormais porté à 60 milliards d’euros, afin que la situation ne leur échappe pas des mains : la BCE veut faire plier mais pas déclencher un effondrement bancaire et ses suites inévitables.

De Bruxelles, Francfort et Berlin, une pression maximum a été exercée sur le gouvernement grec. Les semaines de répit qu’il demandait pour négocier un plan global ont désormais un prix : Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, exige du gouvernement grec – comme s’il était seul à décider – qu’il sollicite une « extension technique » du plan de sauvetage en cours, avec pour effet de se retrouver face à une Troïka qu’il a rejetée. Rien n’est donc épargné aux nouveaux dirigeants grecs dans ce scénario destiné à leur administrer une leçon. La manifestation spontanée d’hier soir à Athènes a refusé le chantage, mais il reste aux manifestants la dignité dont ils se sont réclamés.

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MM. Varoufakis, Weidmann et … Draghi !

Commencez par lire, s’il-vous-plaît, ce qui est écrit ci-dessous.

Quand, en juillet 2012, M. Draghi, à la tête de la BCE, annonce la création prochaine du mécanisme OMT et ajoute que « Tout sera fait pour préserver l’euro ! », quelle est la part de sa déclaration qui fait retomber le taux grec à 10 ans au niveau « quasi-raisonnable » de 10% ? La seconde partie bien entendu.

Cela n’avait pas été compris à l’époque et j’avais consacré à la méprise sur mon blog, un billet intitulé : Mario Draghi : et s’il s’agissait d’un abominable malentendu ? Et aujourd’hui, Yanis Varoufakis, a-t-il compris de quoi il retournait quand il s’indigne que Jens Weidmann écrive dans le rapport qui fait scandale que ce n’est pas à la Banque centrale européenne de garantir l’irréversibilité de la monnaie unique ? Pas plus apparemment. Est-ce en effet à M. Draghi de faire tomber la « prime de crédit » des pays de la zone euro en difficulté en assurant que celle-ci mutualisera tout risque de défaut ? Est-ce à lui de neutraliser toute « prime de convertibilité » en jurant ses grands dieux qu’aucun pays de la zone euro n’aura à la quitter ? Poser ces questions, c’est bien entendu y répondre, et donner raison du même coup au patron de la Buba.

Il s’agit là d’un extrait d’un billet publié ici le 2 mai 2013, intitulé Notes en vue de l’entretien avec Martine Orange publié par MEDIAPART le 30 avril [2013].

Vous pouvez retourner pour les détails au billet en question, et à ceux auxquels il renvoie. Il y est question, comme vous venez de le comprendre, de Yanis Varoufakis – pas encore ministre grec des Finances à l’époque mais déjà économiste grec -, reprochant à Jens Weidmann, déjà Président de la Bundesbank, la banque centrale allemande, de reprocher lui-même à M. Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne, de se conduire de facto en Président de la zone euro, fonction qui – je vous le rappelle – n’existe pas, et que M. Draghi n’est pas habilité – en principe – à exercer.

C’est hier à 22 heures que M. Draghi a fermé l’un des robinets amenant de la liquidité en Grèce (pour les détails techniques, voir l’article de Marie Charel dans Le Monde : Entre Athènes et la BCE, « une partie de poker menteur », il s’agit des « T-bills » dont il est question au milieu de l’article).

M. Varoufakis a-t-il maintenant compris qui est le véritable boss ? le “Président de la zone euro” faisant fonction, c’est-à-dire son seul interlocuteur véritable dans le bras de fer actuel ? A-t-il maintenant compris, cette fois dans le feu de l’action, pourquoi M. Weidmann avait raison de se plaindre ?

La zone euro a besoin d’un Président, mais pas que ce soit le premier venu passant par là et qui se sente assez fort pour dire : “C’est moi !”

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LA BCE ENGAGE LES HOSTILITÉS, par François Leclerc

Billet invité.

C’est peu dire que le style et la tactique de négociation de l’équipe grecque agacent les dirigeants européens. Cohérent avec son rejet de la Troïka comme interlocuteur, Yanis Varoufakis voit un par un ses créanciers et essaime des interviews dans la grande presse au fur et à mesure de ses déplacements. Au fil de ses déclarations, on apprend petit à petit les éléments de son plan qu’il distille. En expliquant par exemple qu’il voudrait renégocier le taux des prêts du FMI, qui sont au-dessus de ceux du marché, après avoir aussi rencontré Poul Thomsen, son représentant pour l’Europe. Il réserve, a-t-il promis, des derniers détails qui auront leur importance pour la prochaine réunion de l’Eurogroupe mercredi prochain, la première à laquelle il assistera.

Alexis Tsipras a joué au même jeu en proposant à Bruxelles de préparer un plan de réformes et de financement sur quatre ans, qui comprendrait un plan de lutte « radical » contre la corruption et la fraude fiscale, ainsi qu’un allègement des contraintes budgétaires qui pèsent sur la Grèce. Ne créant pas la surprise, François Hollande est apparu en retrait de Matteo Renzi après avoir rencontré Alexis Tsipras à Paris. Spécialiste des prudents petits pas qui ne donnent pas grand-chose, il n’était pas l’homme de la situation. Cela a en tout cas permis à Angela Merkel d’affirmer qu’il n’y avait pas “de divergences de fond” entre les États de l’Union européenne à propos de la Grèce, ce qui laisse tout de même la place à des différences de vue.

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Le roque de Tsipras, par Zébu

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Le virevoltant ‘cavalier’ Varoufakis qui a entamé une longue semaine de contacts avec différents ‘partenaires’ a réussi à prendre des positions sur le jeu qui s’entame entre la Grèce et l’Union Européenne d’un côté, les Etats-Unis et la Russie de l’autre.

Il a ainsi neutralisé le FMI, une des instances composant la Troïka, en intégrant dès le départ que sur le dossier ukrainien la Grèce dispose d’un droit de veto quant à d’éventuelles sanctions supplémentaires à l’encontre de la Russie, forçant ainsi les USA qui souhaitent stopper l’avance des pions russes en Ukraine à prendre position ouvertement par le biais de son Président Barack Obama, pour un appel à une solution viable pour la Grèce comme pour l’UE sur la question de la dette publique. Les Etats-Unis étant l’acteur majeur au FMI, force est de constater que l’institution se tient coite depuis l’élection d’Alexis Tsipras en Grèce, laissant aux acteurs européens le soin de répondre au jeu en cours développé par le ministre des Finances grec.

La nomination du ministre des Affaires Etrangères grec M. Kotzias dont les relations avec la Russie sont patentes, la réaction officielle de la Grèce quant au rappel de la nécessité de tenir compte de l’avis du pays pour une éventuelle position unanime quant à des sanctions supplémentaires envers la Russie et la nomination de M. Kammenos en tant que ministre de la Défense, lui aussi en ‘contact privilégié’ avec la Russie, ont constitué un point d’appui pour l’ouverture du jeu du Premier ministre grec, lequel jeu s’est déroulé dès la nomination, le surlendemain de l’élection, du gouvernement grec.

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Les bonnes lectures de Yanis Varoufakis

Ouvert aux commentaires.

Yanis Varoufakis, le récent ministre grec des Finances, a l’art consommé jusqu’ici de prendre tous ses interlocuteurs (lire : “adversaires”) à contre-pied. Il est tout particulièrement jubilatoire de le voir qualifier de “pure et simple grossièreté” le style d’entretien de la bonne dame de la BBC qui l’interroge, sachant que celle-ci se félicite probablement tous les soirs avant de s’endormir de la qualité admirablement “incisive” de son talent, alors qu’il ne s’agit effectivement de rien d’autre que de grossièreté de sa part.

Est-ce la familiarité de Varoufakis avec la théorie des jeux qui explique – se demande-t-on – sa technique du contre-pied ?

J’ai une autre hypothèse : sa lecture de L’art de la guerre (VIème siècle av. J-C) de Sun-Tzu :

Quand ton ennemi croit que tu es dans la montagne, sois dans la plaine. Quand ton ennemi croit que tu es dans la plaine, sois dans la montagne.

Vas-y Yanis ! n’oublie pas non plus que

Le ridicule de ton ennemi est le premier pas dans sa défaite.

(Bon d’accord, ça c’est de moi !)

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LE MISTIGRI DÉCOUPÉ EN TRANCHES, par François Leclerc

Billet invité.

On parle toujours du remboursement, des émetteurs de la dette et de leur remboursement, et l’on s’intéresse à tort bien plus rarement à ceux qui la détiennent. Ce qui se comprend lorsqu’il va de soi qu’ils seront tous remboursés en bénéficiant d’un traitement égal, mais n’est plus possible quand ce n’est plus de cas. Le jeu se complique alors, comme lors de l’effacement précédent de la dette grecque, qui a uniquement touché les créanciers privés, préservant la BCE, et a été organisé sous l’égide de l’Institute of International Finance (IIF), cette émanation des mégabanques internationales. Or c’est la situation qui se présente désormais si l’on veut résoudre l’équation.

Le ministre des finances grec, Yanis Varoufakis, a pour cette nouvelle opération exclu tout sacrifice des détenteurs privés de la dette grecque, devenus largement minoritaires parmi les créanciers, ainsi que du FMI pour des raisons politiques évidentes : il se mettrait tout le monde à dos. Le traitement de la dette qu’il a proposé concerne donc la BCE et l’Eurosystème, ainsi que les Etats et le Fonds européen de soutien financier (FESF) qu’ils garantissent. Dans ces conditions, on comprend que les bourses et le marché obligataire gardent leur calme. Et l’on croit saisir que, par un surprenant renversement d’alliances, le gouvernement grec cherche à Londres l’assentiment des investisseurs privés pour faire front aux gouvernements européens, en les épargnant.

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SUFFIT-IL D’ÊTRE ICONOCLASTE POUR AVOIR RAISON ? par François Leclerc

Billet invité.

L’équipe de Syriza n’a pas fini de prendre à contrepied les dirigeants européens en ne satisfaisant pas aux rituels auxquels ils sont accoutumés ainsi qu’en refusant de se glisser dans leur moule. Après avoir refusé de satisfaire à un examen de passage devant la Troïka doté de 7 milliards d’euros, lui opposant la négociation d’un contrat sur de toutes autres bases, Yanis Varoufakis en a dévoilé hier les grandes lignes.

Le plan consisterait à émettre deux types de nouveaux titres en échange des créances actuelles. Les premiers titres seraient destinés aux pays européens créanciers, et indexés sur la croissance nominale, tandis que la BCE recevrait des titres « perpétuels » dont seuls les intérêts seraient payés, calculés suivant une formule qu’il n’a pas donnée. Le principe de titres perpétuels n’est pas une nouveauté mais leur dernière émission remonte aux lendemains de la seconde guerre mondiale, par le Royaume Uni. Les grandes entreprises en émettent pour leur part régulièrement sur le marché.

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La carte secrète d’Alexis Tsipras

Ouvert aux commentaires.

Si vous imaginez que la carte secrète d’Alexis Tsipras, c’est la Russie, parce que vous auriez pris à la lettre le fait que Panos Kammenos, nouveau ministre de la Défense en Grèce, président de ANEL, les « Grecs indépendants », partenaire de Syriza dans l’alliance gouvernementale, est un grand ami de la Russie, détrompez-vous.

La carte secrète de la Grèce, elle se trouve ailleurs. Tendez l’oreille, et prenez au sérieux la leçon d’économie de M. Obama hier dimanche : « on ne peut pas pressurer continuellement un pays en dépression : il vient un moment où doit intervenir une stratégie de croissance pour qu’il soit à même de rembourser ses dettes de façon à éliminer une part de son déficit ».

Pourquoi ce ton encourageant de M. Obama envers la Grèce ? Parce qu’il doit y avoir quelqu’un dans son entourage à avoir lu le livre de Yanis Varoufakis, nouveau ministre grec des Finances, ouvrage intitulé « Le Minotaure planétaire » (2011).

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LE BALLET DES RENDEZ-VOUS SE POURSUIT, par François Leclerc

Billet invité.

Le jeu s’est calmé et le baromètre de la Bourse d’Athènes l’a enregistré lundi matin. Angela Merkel, qui se place sur la réserve, sera bientôt la seule à ne pas rencontrer la nouvelle équipe grecque. Mais, après avoir dîné avec François Hollande à Strasbourg, elle a téléphoné à Matteo Renzi, devançant leurs rendez-vous respectifs avec Alexis Tsipras. Barack Obama ayant déclaré sur CNN que « on ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression », et que « à un moment donné, il faut une stratégie de croissance pour pouvoir rembourser ses dettes », le secrétaire d’Etat au Trésor Jack Lew a déjà rencontré Yanis Varoufakis, le ministre grec des finances. Celui-ci a annoncé vouloir aller à Berlin et Alexis Tsipras devrait rencontrer d’ici la fin de la semaine Jean-Claude Juncker, le président de la commission. Le FMI ne dit mot quant à lui.

Un accident de parcours peut toujours arriver, mais l’esquisse d’un premier accord se dessine au lendemain de la rencontre parisienne d’hier du ministre français des finances Michel Sapin avec son homologue grec. Ce dernier réclame « un nouveau contrat pour la Grèce et toutes les nations » (européennes), par opposition à toute extension du plan de sauvetage dont l’échéance arrive, et il propose la fin mai pour parvenir à un accord. A la demande d’un tel délai, Michel Sapin reconnait qu’il faut « laisser le temps de respirer » au nouveau gouvernement, mais il n’en vient pas au contenu du délicat chapitre du contenu de l’accord futur à trouver, tout en assurant que « la France accompagnera, facilitera, sera toujours là pour qu’on trouve une voie, une solution qui permette à chacun de surmonter ses difficultés ».

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LE RAPPORT DE FORCE QUI SE CONSTRUIT, par François Leclerc

Billet invité.

Le nez rivé sur la Grèce, on en viendrait à négliger l’accentuation en janvier de la poussée déflationniste annoncée vendredi dernier par Eurostat. Ce n’est pas le cas de Vitor Constâncio, le vice-président de la BCE, qui la considère comme « très risquée ». Prenant le contre-pied de la politique d’austérité budgétaire européenne, il en a tiré samedi la conclusion suivante devant son auditoire de la Cambridge Union : la zone euro devait « élever la demande globale » pour échapper au risque du « piège de la dette ». Après avoir engagé un programme d’achat de titres de plus de mille milliards d’euros, en se contentant d’y mettre les formes vis-à-vis du gouvernement allemand qui y était opposé, la BCE continue de marquer sa différence. C’est dans ce contexte global qu’il va falloir suivre les péripéties à venir des négociations avec la Grèce.

De son côté, Alexis Tsipras a cherché à calmer le jeu, y compris en téléphonant à Mario Draghi pour l’assurer de ses bonnes intentions. Dans un communiqué, il a assuré « ne pas rechercher le conflit » et a demandé « du temps pour respirer et mettre au point notre propre programme de relance à moyen terme, qui prendra en compte des objectifs d’excédent budgétaire primaire, et comprendra des réformes radicales pour combattre l’évasion fiscale, la corruption et le clientélisme ». Précisant que cela « ne signifie en rien que nous ne respecterons pas nos engagements envers la Banque centrale européenne ou le Fonds monétaire international » (les détenteurs des créances à rembourser dans les prochains mois).

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ON EN VIENT AUX CHOSES SÉRIEUSES… par François Leclerc

Billet invité.

Les choses sérieuses ont débuté vendredi avec la mission de Jeroen Dijsselbloem à Athènes, toute empreinte de raideur. Le ministre des finances grec, Yanis Varoufakis, a confirmé au président de l’Eurogroupe que la Troïka n’était plus considérée comme un interlocuteur valable (pour mémoire, les deux dernières rencontres de cette dernière avec le précédent gouvernement avaient dû prudemment se tenir à Paris). Réagissant à la proposition d’une conférence européenne sur la dette, que Christine Lagarde n’a pour sa part pas repoussée, ce dernier a rétorqué que l’Eurogroupe était le lieu privilégié pour en discuter.

La veille, Yanis Varoufakis avait déclaré au New York Times, à propos du dernier versement suspendu du plan de sauvetage », « les sept milliards, nous n’en voulons pas, ce que nous voulons c’est repenser tout le programme ». Jeroen Dijsselbloem a eu comme réponse lors de la conférence de presse commune d’Athènes « qu’ignorer les accords n’est pas le bon chemin à prendre ». Les dirigeants grecs font remarquer que cela n’aurait pas de sens d’à la fois critiquer un programme et de demander son extension, affirmant leur volonté de négocier un « New Deal Européen » , tandis que Wolfgang Schäuble a de son côté déclaré : « nous sommes prêts à tout moment à toutes les discussions, mais les bases ne peuvent en être changées », ajoutant qu’il était hors de question de répondre à un quelconque chantage (sans préciser son objet, un défaut sur la dette). Mais l’on attend toujours le premier contact téléphonique avec son homologue grec, qui est de tradition pour saluer un nouveau venu mais qui n’a pas eu lieu. Aucun déplacement d’Alexis Tsipras à Berlin n’est prévu.

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À ATHÈNES, TOUT SE PRÉCIPITE, par François Leclerc

Billet invité.

Constitué en un temps record, le gouvernement Tsipras a prêté serment en se passant de la traditionnelle bénédiction de l’Église orthodoxe. Sans attendre, de premières cartes sont prêtes à être posées sur la table, mais les évènements se précipitent.

De nombreuses mesures législatives sont dans les tuyaux et, premier symbole en annonçant d’autres, le gouvernement a stoppé la vente de 67 % des parts du port du Pirée pour laquelle des acheteurs avaient été déjà sélectionnés. L’augmentation du salaire minimum suivrait. La priorité est accordée à la mise en œuvre sans tarder de premières mesures phares, avec comme projet de sortir le pays de la crise humanitaire en attendant de détruire les oligarques, qui « ont sucé l’énergie et le pouvoir économique du pays » selon l’expression du nouveau ministre des finances, Yanis Varoufakis. Mais le temps et les moyens vont-ils en être laissés ? Le taux de la dette grecques à trois ans a grimpé à 17 %, les marchés signifiant qu’ils ne veulent pas être de la partie qui va se jouer sans eux.

Ces mesures sortent délibérément du cadre des exigences de la Troïka qui restent pendantes, tout comme le versement des 7 derniers milliards d’euros du plan de sauvetage qui s’achève, la BCE ayant donné comme échéance la fin du mois de février afin de parvenir à un accord. Faute de ce dernier, elle a prévenu qu’elle stopperait l’aide en liquidités d’urgence que la Banque centrale grecque dispense aux banques du pays, alors que celles-ci font face à d’importants retraits de dépôts depuis un mois. Un effondrement du système bancaire précipiterait les évènements et n’aurait d’autre issue qu’une sortie en catastrophe de la Grèce de l’euro. Continuer la lecture de À ATHÈNES, TOUT SE PRÉCIPITE, par François Leclerc

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