Le roque de Tsipras, par Zébu

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Le virevoltant ‘cavalier’ Varoufakis qui a entamé une longue semaine de contacts avec différents ‘partenaires’ a réussi à prendre des positions sur le jeu qui s’entame entre la Grèce et l’Union Européenne d’un côté, les Etats-Unis et la Russie de l’autre.

Il a ainsi neutralisé le FMI, une des instances composant la Troïka, en intégrant dès le départ que sur le dossier ukrainien la Grèce dispose d’un droit de veto quant à d’éventuelles sanctions supplémentaires à l’encontre de la Russie, forçant ainsi les USA qui souhaitent stopper l’avance des pions russes en Ukraine à prendre position ouvertement par le biais de son Président Barack Obama, pour un appel à une solution viable pour la Grèce comme pour l’UE sur la question de la dette publique. Les Etats-Unis étant l’acteur majeur au FMI, force est de constater que l’institution se tient coite depuis l’élection d’Alexis Tsipras en Grèce, laissant aux acteurs européens le soin de répondre au jeu en cours développé par le ministre des Finances grec.

La nomination du ministre des Affaires Etrangères grec M. Kotzias dont les relations avec la Russie sont patentes, la réaction officielle de la Grèce quant au rappel de la nécessité de tenir compte de l’avis du pays pour une éventuelle position unanime quant à des sanctions supplémentaires envers la Russie et la nomination de M. Kammenos en tant que ministre de la Défense, lui aussi en ‘contact privilégié’ avec la Russie, ont constitué un point d’appui pour l’ouverture du jeu du Premier ministre grec, lequel jeu s’est déroulé dès la nomination, le surlendemain de l’élection, du gouvernement grec.

Mais M. Varoufakis a aussi neutralisé les marchés et la City, lors de son déplacement à Londres, en soulignant que les (rares, ou très minoritaires) créanciers privés n’auraient pas à subir quoi que ce soit du jeu en cours, ce qui a permis de stabiliser d’éventuels mouvements spéculatifs de la part des marchés financiers. Il a aussi neutralisé dès le départ la Commission européenne, en décrétant ne pas avoir besoin du dernier versement de 7 milliards de la Troïka, ‘institution’ qu’il déclara comme définitivement morte, rappelant ainsi au Président de la Commission M. Juncker ses propres prises de positions sur le sujet. Pour compléter ce dispositif, M. Varoufakis s’est déplacé, avant que M. Tsipras ne le fasse par la suite, à Paris et à Rome, afin de s’assurer de la bienveillante ‘neutralité’ de la France et de l’Italie dans les positions développées.

Enfin, aujourd’hui, le ministre des Finances grec doit entrer en contact avec la position majeure de la ‘défense adverse’ européenne (symbolisée par la déjà défunte Troïka), celle de la BCE, qui détient les clefs financières du jeu grec en Europe. Voilà pourquoi il a réitéré son offre d’indexer la dette grecque sur la croissance, tout en dévoilant son ‘joker’ avec son offre de dette perpétuelle. Ces propositions interviennent d’ailleurs dans le contexte d’un QE lancé par Mario Draghi, contre l’avis de la Bundesbank et la position allemande.

Et quand toutes ces positions auront été validées au plus haut niveau, lors des rencontres entre M. Tsipras et MM. Juncker, Hollande et Renzi, M. Varoufakis s’en ira rencontrer M. Schäuble, ministre des Finances allemand demain, pour lui proposer un deal clef en main, à valider très rapidement, juste avant le Conseil européen de la semaine prochaine, ne laissant ainsi quasiment aucun délai à l’Allemagne pour développer une stratégie de contre-attaque.

En quelque sorte, une déclaration d’échec à Mme Merkel.

Et quand le ‘cavalier’ Varoufakis aura fini de tenir en échec la ‘ligne de défense’ européenne pendant que les ‘fous’ Kotzias et Kammenos sont positionnés extérieur (Russie-Ukraine) / intérieur (armée grecque), on verra alors ce que fera le ‘roi’ Tsipras : ira-t-il jusqu’à faire un roque, à savoir changer ses alliances en direction de la Russie sur un jeu plus large, ou aura-t-il la latitude de mener son propre jeu sur l’échiquier européen ?

À cette question, ce sont bien M. Draghi et Mme Merkel qui seront en charge de répondre dans un jeu qui leur est imposé pour la première fois, notamment en ayant intégré une dimension extra-européenne qui s’impose elle-même au jeu intra-européen : déjà, les Etats-Unis envoient un émissaire en Grèce, s’imposant dans le jeu face à celui que mènent les Russes actuellement en Ukraine, réduisant encore la marge de manœuvre des décisionnaires européens sur ce dossier …

Les pro-Russes (et les Russes) en Ukraine ont ainsi profité du fait que des élections cruciales se passeraient en Grèce le 25 janvier 2015, pour lancer leurs offensives en Ukraine et ce dès le 23 janvier 2015. Les Russes auraient ainsi simplement ‘anticipé’ les résultats en Grèce, sachant que les Européens auraient les yeux braqués ailleurs, pour pousser leurs avantages en Ukraine et ensuite participer au jeu européen qui allait ainsi immanquablement devoir se dérouler, proposant ‘amicalement’ leur soutien à la Grèce…

Poutine anticipa donc les ‘mouvements’ possibles géopolitiquement, tout comme Tsipras anticipa ceux de l’Europe : chacun sa partie, chacun chez soi, mais avec l’intérêt commun de mettre en échec le jeu européen dans leur propre partie.

En un peu plus d’une semaine, les choses auront ainsi été rondement menées, ce qui en dit long sur l’état de préparation du jeu par l’équipe de M. Tsipras et qui en dit long sur l’état d’impréparation de ‘ceux d’en face’.

Car l’Europe n’anticipe rien parce qu’elle n’a aucune stratégie ni aucun but dans et pour l’Europe, sauf à perpétuer un ordre d’orthodoxie néo-libérale qui semble d’ores et déjà aussi dépassé que la Troïka et une position illisible sur l’Ukraine, et plus largement, sur l’extension territoriale sans fin de l’Union européenne comme mode compensatoire imposé pour faire face à son état critique interne.

On peut d’ailleurs revenir aux théories de Tainter sur l’effondrement pour ce qui est en train de se passer en Europe : quand les acteurs périphériques commencent à dérouler, mieux encore, à imposer leurs mouvements, leurs buts propres au ‘centre’, quand l’expansion (économique, territoriale, politique) est stoppée et même le reflux constaté pour un système complexe, on ne peut que constater le processus d’effondrement en cours.

On peut dès lors voir l’intervention de Barack Obama comme une tentative d’enrayer ce processus, en forçant les Européens à reprendre à leur compte les buts et les risques ‘périphériques’ (aujourd’hui la Grèce, demain l’Espagne, ensuite l’Irlande, …) pour mieux les contrôler et stopper le recul de l’Europe en Ukraine en parallèle.

Mme Merkel et M. Draghi vont porter des responsabilités historiques pour l’Europe.

Une réponse nous sera très rapidement offerte sur l’avenir de l’Europe : consolidation, ou délitement accru.

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337 réflexions sur « Le roque de Tsipras, par Zébu »

  1. Bonsoir à tous
    En vidéo, Paul a entendu les trois coups du grand effondrement. So what’sup doc? ( Screwy squirrel. T.A.)
    Ce soir, pour répondre à G. Leboutte, le commentaire de François Leclerc ne laisse pas beaucoup d’espoirs. La menace économique du Grexit? Comme l’a fait remarquer G. Ugeux, la dette grecque c’est 345 milliards d’euros, le PIB de la zone euro en 2014 de l’ordre de 10 000 milliards d’euros! Bref une pistache flottant dans une baignoire: ce n’est pas ça qui va boucher le réseau! Et l’économie n’est pas la question de fond!
    La question de fond c’est la paupérisation de la majorité des populations. Après tout, face au réchauffement climatique, une des solutions possibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est de faire en sorte que la majorité ne puisse plus acheter des trucs qui polluent tandis que les nantis ( j’ai failli dire les Friqués mais j’ai eu pitié…) seront au vert chez les Kiwis!
    Devoirs à la maison ce week end: revoir Metropolis, Soylent Green et Zardoz! Synthèse demandée Lundi matin!

    Dernières stats. d’emploi chez les Usa ( source J.Hatzius- GS-) les serveurs et les barmen sont désormais 1 million d e moins que les ouvriers de la production manufacturière, en 1990 l’écart était de 11 millions.

    Evasion géopolitique grecque: sortir de l’euro et accepter l’argent de la Fédération Wladimir en échange d’une base navale ? La Grèce est membre de l’OTAN et il y a des bases militaires américaines en grèce… Facile pour une salve d’allendisation du gouvernement grec…

    Rien n’est simple, tout se complique, mais vivons heureux en attendant la mort ( Sempé +P. Desproges.)
    Cordialement.

    1. Deux crises comportant des enjeux vitaux (L’Union, la paix en Europe), la Grecque et l’Ukrainienne, l’une économico-financière et politique, l’autre militaire et géo-politique, qui vont chacune vers leur paroxysme de façon quasi synchrone, avec de nombreux décideurs de premier plan communs dans le jeu, c’est assez rare.

      Est-ce à cela que Paul pensait dans son dernier temps qu’il fait ? Effrayé par la perspective, n’a-t-il pas voulu conjurer le mal, ou anticiper le fait que les dits décideurs vont prendront conscience qu’ils dansent devant le vide, nous assurant ainsi hier sur France24 que pour ce qui est de la crise grecque nous allons vers le compromis ? Les mystères joroniens sont parfois impénétrables. Y’a sûrement du soliton (ou solution !?) sous roche, non ? 😉

      1. Le compromis est sûr pour la Grèce, Pierre-Yves. On aimerait en dire autant pour l’Ukraine, 1,5 millions de déplacés, 600 000 réfugiés, 6 000 morts déjà.

  2. La question de fond c’est la paupérisation de la majorité des populations

    Oui, et c’est le but implicite du capitalisme des rentiers. Tout pour Lui.
    Lui étant Le Vainqueur de la partie de capitalisme commencée après que furent renversé les Rois.

    Le niveau de vie des populations s’élève lorsqu’elles sont utiles à leur compétition. Mais dès lors qu’elles deviennent inutiles… c’est le contraire.

    1. Non, c’est pas leur but. Ils se sont fait baiser, comme nous tous, depuis la petite enfance : le poids des choses est énorme, absolument énorme. Pense à l’inconscient Gagnot, comme la partie immergée de l’iceberg. Même toi tu manipules avec beaucoup d’aisance le hochet qu’on t’a donné.

      1. Les capitalistes n’ont pas de but, si ce n’est quand même d’accroitre toujours leur richesse, (sans nécessairement y parvenir, évidement) le But final (la ruine de tous) est implicite au capitalisme. C’est une compétition de sauvages, point.
        Que veux tu dire d’autre, avec le hochet? Si c’est que je participe au jeu, évidement! Comment faire autrement, puisque nous sommes prisonniers du Système?

        L’essentiel est de comprendre que le capitalisme des rentiers aboutit fatalement à la ruine de tous, sauf 1, et à la destruction de notre milieu.

        Dommage que l’on nous enseigne le contraire.

        Illustration: Détroit ville sauvage

      2. Merci Dominique pour le documentaire Détroit ville sauvage.
        Le moins que je puisse dire, ça m’a profondément touché.

  3. Pour apaiser la douleur quotidienne de vivre j’actionne l’intraveineuse :

    Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,
    Une source fermée, une fontaine scellée.
    Cantique des cantiques, IV, 12.

    1. Les messages codés ça m’a toujours gonflé. Y’ a t-il une traduction?
      (c’est déjà pas facile de se faire comprendre en clair …)

      1. Mon pauvre ami, je te plains. Et puis non, voyage un peu, et démerde-toi ! À celui qui sort de son trou de prolétaire.

      2. Eh bien… y a pas que l’intelligence dans la vie, les gars. Il y a aussi la poésie et les questions sans réponse.
        J’imagine que si j’appuie sur le bouton « Rabelais – le gai savoir » , tout à coup vous allez vous écrier « oui oui »? (Mouvement modéré pour certains par le besoin, qui ne manque pas, de crier « non, non! » , bien sûr.)

        L’appel à la rationalité et la place qu’on lui suppose dans les actions des uns et des autres sur la scène sociale et politique, sont, à mon pas-humble avis, généralement excessives sur ce blog – où par ailleurs on aime à dire que la justification est postérieure à l’action. Allez comprendre.

        Le titre seul de ce billet, qui appelle à l’image du jeu d’échec… (S’il n’était qu’un titre!) Deep Blue est la solution, quoi.

      3. (ma remarque s’adressait à notre ami vigneron.)

        Je sais bien qu’il n’y a pas que le rationnel dans la vie, mais j’avoue que la poésie ça ne me branche pas trop, sans doute qu’on m’en a dégouté petit, alors qu’on nous cataloguait selon notre aptitude à mémoriser des trucs dont je n’avais rien à foutre, tandis que personne ne répondait à mes questionnements… Je préfère la musique qui nous parle directement, sans traduction!
        (je sais je suis nul, mais je connais pas Rabelais non plus, snif.)

        D’ailleurs, que à l’école on n’explique pas pourquoi le Système dans lequel nous devons tous évoluer, conduit fatalement là ou on voit, est simplement monstrueux. Mais il est vrai que cette école fait partie du Système…

      4. @Dominique Gagnot
        Rassure-toi, la poésie c’est pas uniquement ce que les profs ou les éditeurs et les critiques appellent telle, la poésie c’est toutes ces échappées vers la rêverie dans ce monde de brutes… 🙂
        Je faisais allusion à
        Pour apaiser la douleur quotidienne de vivre j’actionne l’intraveineuse :
        Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,
        Une source fermée, une fontaine scellée.
        Cantique des cantiques, IV, 12.

      5. Ok, je reprends :

        Pour apaiser la douleur quotidienne de vivre j’actionne l’intraveineuse :

        ça je comprends, c’est français. (faut juste voir que le terme « intraveineuse » est une image)

        Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,

        Là, ça se complique. « jardin », c’est une image, pourquoi pas. Je veux bien être un jardin, et pourquoi pas fermé, mais à quoi mène cette phrase?
        Ensuite que vient faire ma sœur là dedans, et on parle de laquelle? Quant à ma fiancée, je vois pas qui ça pourrait être. (en plus faudrait pas que ma femme tombe là dessus, encore que je ne suis même pas sur de qui désigne « ma ».)

        Une source fermée, une fontaine scellée.

        Alors là, je plane à 15000… Pourquoi pas un dromadaire chauve, ou une porte raide?

        Manque plus que la note: Gagnot 2/20

      6. @ Dominique
        Je suis dans la même configuration que vous (si on peut dire)
        Ceci dit, l’intraveineuse peut se considéré comme le fait de vivre en dehors du processus habituel de la vie, réfugier son esprit dans autre chose que les habitudes.
        Le monde tel que je l’envisage n’existe pas, mais il se trouve des pièces un peu partout qu’il faut assembler comme un puzzle, je pense même que vos propositions en font partie en étant loin d’être les seules. Alors voilà, je me réfugie dans le rêve et aujourd’hui l’étude de la Thermodynamique de l’évolution, ce qui l’en adviendra, je ne sais pas je verrai bien en temps utile.
        A première vue, les deux alexandrins du Cantiques des cantiques (si je ne me trompe) veulent simplement dire que nous sommes en face de l’incompréhension du vivant et de notre vie en général qui reste fermée à notre représentation (les hochets qu’on nous a donnés).
        Dans leur contexte qui n’est pas présent, j’imaginerai peut-être tout autre chose.

        En secondaire j’étais nul en analyse littéraire et un prof de français se demandait bien ce que je comprenais aux chansons de Jean Ferrat. Ce dernier est devenu mon auteur compositeur interprète préféré.
        Je me réjouis d’être lundi pour examiner la troisième partie du film Detroit ville sauvage, merci pour ce lien.

      7. Merci Michel pour cet éclairage. Les termes « fermé, scellé, fermé » seraient là pour signifier que nous (« fontaines, source = sœur et fiancée ») sommes dans l’incompréhension.
        Eh bé. Faut avoir l’esprit tordu pour causer comme ça. Et comment dit on « passe moi le sel » dans cette langue ?

  4. Coucou est le seul à avoir mentionné le second billet de Lordon sur son blog depuis les élections grecques: http://blog.mondediplo.net/2015-02-06-Syriza-cernee .
    Il est beaucoup moins noir et nettement plus empathique pour le « corps social » grec, comme Lordon aime à dire. Ouf!

    Voici deux extraits, pour le plaisir:

    « En tout cas pour la première fois depuis très longtemps, il y a à la tête d’un pays européen des gens qui savent ce que c’est vraiment que la politique – une histoire de force, de désirs et de passions –, soit l’exact contraire des comptables-eunuques qui gouvernent partout ailleurs, à l’image du têtard à binocles dont la couverture de L’Obs, qu’on créditerait ici volontiers d’un second degré inhabituellement fielleux, révèle qu’il est l’une des têtes pensantes de François Hollande. »

    Et:

    « Ce sont des salauds. Et ils sont partout. Reuters a rendu publique la teneur d’un rapport allemand préparé en vue de la réunion des ministres des finances du 5 février [3] : c’est non sur toute la ligne. Non et rien, les deux mots de la démocratie-européenne-selon-les-traités. Croit-on que l’Allemagne soit seule en cause dans cette ligne de fer ? Nullement – ils sont partout. Ni l’Espagne, ni l’Irlande, ni – honte suprême – la France « socialiste » ne viendront en aide à Syriza. Et pour une raison très simple : aucun d’entre eux n’a le moindre intérêt à ce qu’une expérience alternative puisse seulement se tenir : dame ! c’est qu’elle pourrait réussir ! Et de quoi alors auraient l’air tous ces messieurs d’avoir imposé en pure perte à leurs populations un traitement destructeur ? De ce qu’ils sont. Des imbéciles, en plus d’être des salauds. »

    Hauts les coeurs!
    Pour ceux qui ont le budget: les vacances à l’étranger, c’est en Grèce cette année !

    1. Lordon plus empathique (en apparence), mais plus emphatique ! Donc moins subliminal que Jorion.
      Chacun son style, moi j’préfère le style joronien toujours calibré en fonction du contexte et de l’interlocuteur. Un style qui permet la percolation des idées. On se fait peut-être moins plaisir (quoique, il y a quelques passages d’anthologie joroniens qui n’ont rien à envier à l’éloquence lordonienne, plus attendue, plus répétitive), mais sur la durée c’est plus efficace. Lordon s’adresse surtout à ceux qui sont déjà convaincus, Jorion vise un public plus large.
      Jorion joue au go, encercle ses adversaires avec ses petits pions qui n’ont l’air de rien, mais qui à la longue finissent par occuper tout l’échiquier du terrain idéologique, l’adversaire n’ayant plus alors de position de repli. Le résultat n’est pas tangible, visible dans l’instant, mais il y a une action réelle, à moins que l’on se satisfasse du rôle de la conscience dans l’explication des faits, gestes et paroles des humains. Je pense par exemple à la thématique sur la disparition du travail, que Jorion a une fois de plus introduite sur France24. Pas de grands moulinets avec les bras sur la Grèce (même s’il n’en pense pas moins, mon petit doigt me l’a dit.), mais un travail de sape en profondeur du discours dominant. Ses interlocuteurs tyroliens (du nom du prix nobel d’économie Tyrole) sont restés cois lorsque Paul a indiqué que le travail disparaît. Jorion n’a pas répliqué quand on lui assène que Tyrole, mais si, mais si, c’est un régulateur, il laisse dire, et se revient sur l’arrière plan … Jorion est éloquent aussi par ce qu’il ne dit pas. Ne pas toujours tout dire à chaque fois permet de faire avancer les petits pions. Jorion a un coté très chinois, si vous ne me croyez pas lisez « Si parler va sans dire« , François Jullien.
      Ceci dit Lordon a toute sa place dans le débat et sur la scène médiatique. C’est une sorte de cri de ralliement qui a son utilité, outre ses qualités de pédagogue qui n’égalent toutefois pas celles de Jorion quand il s’agit vraiment d’élargir le cadre.

  5. Le Vatican prend ses responsabilités

    « Des centaines de parapluies donnés aux SDF

    Chaque lundi, traditionnel jour de fermeture des salons, des coiffeurs bénévoles doivent venir travailler gratuitement au même endroit. Avec l’approbation du pape François, le Vatican a prévu en outre de distribuer des centaines de parapluies aux SDF, une mesure qui ne coûtera rien puisqu’il s’agira de parapluies oubliés par les touristes dans les vestiaires des Musées du Vatican ou de la basilique Saint-Pierre.

    A l’occasion de son anniversaire en décembre, le pape François avait déjà fait distribuer 400 sacs de couchage frappés de l’emblème papal aux SDF de Rome. »

    http://www.20minutes.fr/insolite/1535711-20150207-vatican-parapluies-douches-coiffures-gratuits-sdf

    1. Encore ce vieux con de pape, somme toute très sympa.
      La jeunesse n’a pas d’avenir, malgré quelques gourous bien équipés à la grâce du forceps ultra conservateur.
      De toute manière, Google-moi, la grignote de l’intérieur la jeunesse, petite souris infiniment plus efficace que le Tyrannosaurus rex. Les temps anciens/modernes quoi.
      Encore quelques années avant de se rendre compte qu’il n’y a vraiment plus rien à bouffer que de l’avarié. Caves et greniers vides. Intériorités cramées. Culture de masse.

  6. Plus qu’important….

    Le choc de « croyances économiques »…..

    Acteur 1 : http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20150205trib2c6f85623/ce-que-couterait-vraiment-aux-contribuables-l-annulation-de-la-dette-grecque.html

    Acteur2 : un contributeur du blog de QUATREMER conteste pied à pied l’argumentation précédente…… :
     »  » « Il y a quelque chose de proprement hallucinant dans cette affirmation mille fois propagée selon laquelle « l’État -et donc les contribuables- ne rembourse jamais la dette publique. » Et en l’occurrence, ce pauvre M. Ivan Best ne se rend visiblement pas compte qu’il dit une chose et son contraire dans la même phrase :

    « Cette idée que les ménages français devraient rembourser ces 40 milliards à la place de la Grèce repose sur une méconnaissance du circuit de financement de l’État. Pour être clair, l’État -et donc les contribuables- ne rembourse jamais la dette publique. Quand un emprunt arrive à échéance, l’État le rembourse, via l’Agence France Trésor (AFT), en empruntant à nouveau. »

    Si, si, vous avez bien lu, et c’est parfaitement clair, comme le dit M. Best : 4ème et 5ème lignes : « l’État -et donc les contribuables- ne rembourse jamais la dette publique. » 5ème et 6ème lignes : « Quand un emprunt arrive à échéance, l’État le rembourse ». L’énorme confusion que commet M. Best et tous ses semblables, c’est de mélanger le fait de ne pas rembourser un emprunt avec le fait d’être capable de le refinancer. En l’occurrence, la France rembourse bel et bien ses emprunts, puisque les échéances sont une réalité parfaitement tangible, et que lorsqu’elles arrivent, il faut bien rembourser le montant prévu par le contrat d’émission de dette, à la date et aux conditions prévues. Et naturellement, rien n’empêche un État de refinancer ses remboursements par de nouveaux emprunts effectués auprès des marchés, avant ou après le remboursement du précédent, et à des conditions généralement différentes des emprunts remboursés puisqu’il y a un décalage chronologique entre les deux.

    Ce qui échappe en revanche à M. Best (qui porte décidément bien mal son nom), c’est que le refinancement d’un remboursement dépend des possibilités de l’emprunteur au moment où il a besoin de se refinancer. M. Best assimile de manière tout simplement grotesque le cas de la France à celui de la Grèce (quoique …). Mais c’est parfaitement débile. Par définition, si la Grèce devait faire défaut sur sa dette, comme cela a déjà été le cas antérieurement sur une grande partie de sa dette privée, ça ne serait pas pour refinancer immédiatement ce non-remboursement (ce dont elle serait bien incapable) et payer ses créanciers. Dans ces conditions, le remboursement attendu par l’État français ne se matérialiserait pas, et c’est bien évidemment autant que la France devrait emprunter elle-même sur les marchés, en plus de son déficit budgétaire courant. Ce non-remboursement par la Grèce serait donc évidemment un « manque à gagner », au sens de recette non perçue, pour la France, et donc pour tous les contribuables français, qui devrait être comblé par l’emprunt.

    Pourquoi lit-on en permanence sur les blogs..()..que les États-Unis « ne rembourseront jamais leur dette » ? Parce qu’un troupeau d’ignares, généralement incapables d’effectuer une simple règle de trois, n’a pas compris que les États-Unis remboursent rubis sur l’ongle toutes leurs échéances de crédit, certes en se refinançant, mais que ces possibilités de refinancement sont valables pour autant que la signature des État-Unis en tant qu’emprunteur demeure solide. Mais cela n’a rien d’un décret divin : que survienne une détérioration très grave de la conjoncture économique américaine ou mondiale, et l’on pourrait parfaitement assister alors à des difficultés pour les États-Unis de refinancer les remboursements de leurs emprunts.

    Un contributeur habituel de ce blog….().. tire habituellement des dissensions entre économistes ou commentateurs de l’économie la conclusion que l’économie ne mérite même pas d’être classée au rang des disciplines de la connaissance, sans même parler de mériter l’appellation de « science ». Position qui provient à l’évidence de l’ignorance totale de l’individu dans ce domaine et de la frustration dans laquelle le plonge le rappel constant de ce handicap par l’actualité quotidienne. Cela revient par exemple à décréter comme nulles et non avenues, en tant que disciplines d’étude, la médecine, la physique, l’histoire ou la sociologie, au motif que certains de leurs représentants seraient en désaccord sur un point d’explication, un paradigme originel, ou une approche de la discipline. Autant remettre en cause le concept même de connaissance, ce que d’ailleurs certains ne se privent pas de faire.

    En économie comme en matière de plomberie, il existe des manières différentes de faire. Et comme nous le rappelle M. Ivan Best, éditorialiste au sein de La Tribune, il existe dans chacun de ces domaines, indépendamment de leur manière de faire, des individus aux compétences très variables »  »  »

    A mon sens (?) (j’ai ma propre « certitude »..) l’occasion pour nos spécialistes de « faire le ménage » sur la notion de dette souveraine…

    1. Tout ça pour dire que la santé économique d’un pays EST celle de ses entreprises, indépendamment de toute considération financière.
      (Y’ a pas que les poètes qui ont l’art de rendre les choses incompréhensibles)

      Autrement dit si le Système induit (en l’occurrence à travers la Finance) la disparition de l’outil de production, et non plus son développement, alors mieux vaut s’en échapper le plus tôt possible… Ou le renverser.

      C’est le B A BA de l’économie, que bien peu d’économistes semblent avoir compris.

  7. Bonsoir ,

    Les deux argumentaires tendent à quantifier l’impact supposé sur le budget français d’un défaut [=non remboursement de l’échéance tant en capital prêté , (lui-même emprunté par le prêteur..!!..) , qu’en intérêts…] grec à un accroissement annuel de la dette souveraine français , avec impact fiscal citoyen , équivalent à environ X =?€annuels par adulte français. :

    BEST (La Tribune) estime que le capital prêté a déjà été budgété ( car emprunté par l’Etat français au départ du processus ) et donc que seuls les intérêts annuels devraient être considérés comme une perte de recettes pour le budget de la France soit €10 annuels par adulte français.
    Son contradicteur , lui , considère que ,puisque la GRECE ne pourra prétendre à « refinancer »= ré-emprunter nulle part (=ni marchés ni plus que probablement? aucun cordon ombilical BCE) le coût annuel par contribuable (…différent de adulte..!!.) à X=700 à €800…. qui seront évidemment agités « ad nauseam » comme chiffon rouge dans la presse « main-stream ».

    Je suis conscient qu’on est loin de l’arbitrage de la répudiation concertée des dettes européennes avec changement de « cadre » cher à l’animateur du blog…mais je voudrais lire certains concrètement , aujourd’hui et maintenant dans les circonstances actuelles sur ce sujet.

    1. Restons dans le cadre. Ne pourrait on dire que les créanciers, devenus propriétaires de la Grèce suite à sa faillite, sont en droit de vendre les grecs ?
      Dans la mesure ou leur économie est ruinée, plutôt donc que de les condamner à payer éternellement, ce serait une alternative.

      1. Sans oublier que la Grèce n’est pas seule à ne pouvoir payer sa dette. A terme aucun pays ne pourra payer sa dette (à des créanciers privés !)
        Cela suffit à démontrer l’absurdité du Système, et que donc il faut nécessairement changer le cadre (pour le moins).

  8. Syriza fait apparaître « un clash des légitimités » en Europe
    par Antoine Vauchez (Mediapart)
    Dans Démocratiser l’Europe (Seuil, 2014), Antoine Vauchez diagnostiquait la « grande précarité de la légitimité démocratique de l’Union ». Ce directeur de recherche au CNRS, membre du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP), centrait son analyse sur les «indépendantes», ces trois institutions qui forment la clé de voûte de l’Union, et qu’il convient, à ses yeux, de sortir de leur « sommeil dogmatique » : la Banque centrale européenne (BCE), la Cour de justice de l’UE et la commission européenne.
    (…)
    La BCE marque son autonomie politique. Le ton du communiqué publié jeudi soir est assez cinglant. Et il est publié à un moment particulier, en pleine campagne diplomatique, alors que les réunions entre ministres grecs et européens s’enchaînent. Le signal est clair : la BCE arrache son autonomie à l’encontre des Grecs, comme elle l’a arrachée, il y a 15 jours, aux Allemands (en décidant d’un « assouplissement monétaire » contre l’avis de Berlin, ndlr).
    Depuis le début de la crise de la zone euro, la BCE s’est vue accorder de nouveaux pouvoirs. Son leadership s’est renforcé, à travers la mise en place de l’union bancaire, ou encore sa participation à la troïka (pour les pays de la zone euro au bord du défaut, ndlr). Elle a progressivement assumé un rôle politique qui n’était pas le sien au moment de sa création

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    Jean-Claude Juncker, le président de la commission, a déclaré : « Il ne peut pas y avoir de choix démocratiques contre les traités européens. » Qu’est-ce que cela vous inspire ?
    La commission est dans son rôle traditionnel de gardienne des traités, et d’un projet européen indépendant des conjonctures nationales. Mais ce que Juncker ne dit pas, c’est qu’il est évident que les traités sont susceptibles d’interprétation. Les traités européens sont quelque chose de vivant, ils sont une création permanente. L’évolution du rôle de la BCE pendant la crise a montré les marges de manœuvre considérables qu’offrent les traités.

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    Il faut aussi dire que tout le discours de Juncker, qui a promis, lors de son entrée en fonction, une commission « plus politique », est en train de s’effondrer. Il ne peut pas dire à la fois : ma commission est politique, et les traités ne donnent aucune marge de manœuvre. Son discours de campagne est déjà bancal. Il s’est brûlé les doigts très vite, en tentant, comme certains de ses prédécesseurs d’ailleurs, d’intervenir dans le jeu politique national, en novembre (il avait dit espérer revoir des « visages familiers » pendant la campagne pour l’élection du président grec, ndlr).

  9. A propos de « la porte reste entrebâillée…  »
    Par bienséance, sans doute va t-on négocier pour la forme jusqu’au dernier moment. Si l’on fait l’hypothèse que l’objectif du Pouvoir (le vrai), est de mettre les peuples à genoux, un (vrai) plan de sortie de crise est inacceptable, d’autant que cela ferait un précédent aussitôt revendiqué par d’autres.

    Reste 2 solutions:

    – Réduire un peu la pression sur la Grèce, pour laisser au peuple le temps de s’habituer. (La Troïka y était allée un peu trop fort)

    – La Grèce sort de fait de l’Europe. Il sera ensuite toujours temps de lui mettre des bâtons dans les roues, de sorte qu’elle continue de s’enliser. Nous aurons alors la « preuve » qu’il est bien préférable de rester dans l’Europe, et d’accepter sa politique.

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