LE BALLET DES RENDEZ-VOUS SE POURSUIT, par François Leclerc

Billet invité.

Le jeu s’est calmé et le baromètre de la Bourse d’Athènes l’a enregistré lundi matin. Angela Merkel, qui se place sur la réserve, sera bientôt la seule à ne pas rencontrer la nouvelle équipe grecque. Mais, après avoir dîné avec François Hollande à Strasbourg, elle a téléphoné à Matteo Renzi, devançant leurs rendez-vous respectifs avec Alexis Tsipras. Barack Obama ayant déclaré sur CNN que « on ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression », et que « à un moment donné, il faut une stratégie de croissance pour pouvoir rembourser ses dettes », le secrétaire d’Etat au Trésor Jack Lew a déjà rencontré Yanis Varoufakis, le ministre grec des finances. Celui-ci a annoncé vouloir aller à Berlin et Alexis Tsipras devrait rencontrer d’ici la fin de la semaine Jean-Claude Juncker, le président de la commission. Le FMI ne dit mot quant à lui.

Un accident de parcours peut toujours arriver, mais l’esquisse d’un premier accord se dessine au lendemain de la rencontre parisienne d’hier du ministre français des finances Michel Sapin avec son homologue grec. Ce dernier réclame « un nouveau contrat pour la Grèce et toutes les nations » (européennes), par opposition à toute extension du plan de sauvetage dont l’échéance arrive, et il propose la fin mai pour parvenir à un accord. A la demande d’un tel délai, Michel Sapin reconnait qu’il faut « laisser le temps de respirer » au nouveau gouvernement, mais il n’en vient pas au contenu du délicat chapitre du contenu de l’accord futur à trouver, tout en assurant que « la France accompagnera, facilitera, sera toujours là pour qu’on trouve une voie, une solution qui permette à chacun de surmonter ses difficultés ».

En quoi une première étape pourrait-elle consister ? En s’étonnant de l’implication de la BCE dans la Troïka, la Cour de justice européenne a donné l’argument tout trouvé pour que celle-ci se retire de la négociation, comme le gouvernement grec n’a cessé de le demander, mais cela reste à se concrétiser. Côté finances et pour attendre, le ministre grec précise que « nous n’allons pas demander de nouveaux prêts » tout en reconnaissant que « nous avons besoin désespérément besoin de l’argent ». Sur quoi pourrait-il compter ?

Dans l’immédiat, il va financièrement dépendre du dispositif d’aide de liquidités d’urgence (ELA) de la Banque Nationale de Grèce, qui est soumis à autorisation de la BCE. Son vice-président Vitor Constâncio a rappelé lors de son passage à Cambridge samedi dernier que toute décision à ce sujet relevait de son Conseil des gouverneurs, sous-entendu de personne d’autre. Dans le contexte actuel, on voit mal ce dernier appuyer dans l’immédiat sur le bouton et entrainer l’écroulement du système bancaire grec ainsi que la sortie de l’euro en catastrophe. Afin de rester à flot durant les semaines à venir, le gouvernement grec peut également miser sur l’autorisation d’utiliser le reliquat des fonds du plan de sauvetage destinés à la recapitalisation des banques grecques.

Si cette solution d’attente est trouvée, que pourrait être la seconde étape ? L’équipe gouvernementale grecque n’a pas fait mystère de ses intentions. Elle veut cesser les privatisations – sans revenir sur celles qui ont été effectuées – et réaliser à sa manière un excédent budgétaire primaire dont les montants prévisionnels seraient minorés, ainsi que faire face au désastre humanitaire ambiant en adoptant les mesures du programme de Thessalonique de Syriza. A plus long terme, elle cherche également à réduire le poids de la dette par différents moyens, dont sa réduction d’un tiers, ce point dur sur lequel les gouvernement allemand, français, espagnols et finlandais ont annoncé ne vouloir en aucun cas transiger.

Athènes ne s’est pas faite en un jour.

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